La Plume d'Aliocha

21/02/2011

Amoureux de Paname

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 12:49

Par Gwynplaine

Paris. J’y ai vécu quelques année privilégiées, sans problème de logement ni d’argent. De bien belles années : cinés sorties, concerts… La vie culturelle de la capitale, pour peu qu’on ait quelques piastres à y consacrer, est tout de même riche et variée. (Je n’ai pas cette aversion que d’autres professent de si plaisante façon que  peu de personnes me procurent autant de plaisir de lecture – du même acabit que celui ressentit à la découverte de Desproges.)

Quand on vit à Paris, on s’habitue à croiser la misère quotidiennement, et on finit par perdre cette culpabilité qui vient si l’on ne donne pas la pièce (ou même si on la donne d’ailleurs). Mais que l’on cesse d’y vivre, et le choc est chaque fois plus violent.

Je m’y rendais récemment pour raison professionnelle depuis ma préfectorale province : le métro me fut une épreuve saisissante. L’on a beau s’y attendre, la confrontation n’en est pas moins difficile. Je fus saisi par un de ces contrastes propres à la vie moderne : alors que le clochard de la rame débitait son laïus maintes fois ressassé sur ce ton lénifiant que tous finissent par adopter, j’avisais par-dessus son épaule une pub se voulant hilarante de provoc’ et qui sloganait à qui voulait la lire « Devenez radin ! » – manière pour le moins subtile de vanter les prix défiant toute concurrence d’un service dont j’ai depuis oublié la teneur.

Puis, la station suivante, je fus tiré de mes pensées par l’inévitable musicienne chantant je ne sais plus quel air ; ce devait être Mon amant de Saint-Jean ou encore La foule, ce ne pouvait être que l’un ou l’autre… Je songeais alors que « Les Enfoirés », initiative louable – quoique discutable en soi dès le départ – et, plutôt que se vautrer dans un ridicule consommé devenant chaque fois un peu plus gênant, devraient sortir la compil’ des musiciens du métro : voilà qui rendrait un hommage mérité à ces réprouvés qui la plupart du temps massacrent les airs populaires aussi bien que les oreilles des passagers pour essayer de se dégotter de quoi croûter le soir même.

En plus de leur en fournir l’idée, je suis pas chien, je leur fournis également la sélection

Mise à jour du 22 février : un habitué de ce blog, qui a souhaité conserver l’anonymat, m’a adressé ces photos, dont il est l’auteur, pour illustrer le billet de Gwynplaine. J’ai trouvé que celles-ci donnaient au texte une singulière résonance, et réciproquement. Qu’il en soit remercié. Aliocha.

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17 commentaires »

  1. Un peu de musique dans ce monde de brute ne peux pas faire de mal.
    Moi, j’adore celle là de version de La Foule : http://www.youtube.com/watch?v=ekzWe_yUMaA&feature=channel
    et si vous arrivez à bien caler les 2 vidéos vous pouvez faire jouer les 2, accordéon et guitare, en même temps.

    Commentaire par Oeil-du-sage — 21/02/2011 @ 15:08

  2. Au fait Aliocha, la tribune est ouverte à tous ?… moi aussi j’aimerais bien faire un petit article comme Gwynplaine. C’est où qu’on s’inscrit ?

    Aliocha : tout le monde peut me proposer en effet un billet. Mais il ne faudra pas s’offenser si j’exerce mes droits de rédacteurs en chef, c’est-à-dire accepter l’article ou pas, proposer des corrections, etc. Mon adresse figure dans les mentions légales.

    Commentaire par Oeil-du-sage — 21/02/2011 @ 15:16

  3. Ni « Mon amant de Saint-Jean » ni « La foule ».

    Mais ça swingue bien et, après une réaction de réserve, la majorité des voyageurs a l’air d’apprécier : http://www.dailymotion.com/video/x8hs10_beat-box-et-chanson-dans-le-metro-b_music

    Commentaire par Goloubchik — 21/02/2011 @ 16:26

  4. Et j’ajouterais à la compil’ une reprise paresseuse des « yeux noirs » par un groupe de musicos tziganes; j’adore les déplacement en métro, parce qu’ils offrent l’occasion de réentendre ce classique à l’intensité inaltérable.

    otchi chornye! otchi strasnye!
    kak lyublyu ya vas, kak bayus ya vas!

    Okay, Chaliapine reste en cran au-dessus de la plupart des artistes souterrains, mais cette chanson d’amour et de désespoir tolère la médiocrité d’interprétation.

    Commentaire par Switz — 21/02/2011 @ 17:39

  5. Avec tous ces chanteurs de qualité dans le métro on en arrive a apprécier les grèves et les retards !

    (je suis sûr que c’est la nouvelle parade trouver par la direction pour calmer la colère des usagers. Bien vu !).

    Commentaire par Oeil-du-Sage — 21/02/2011 @ 18:37

  6. @ Switz :

    Vous avez tout à fait raison. C’est donc fait.

    Commentaire par Gwynplaine — 21/02/2011 @ 20:26

  7. Petite réflexion du matin…

    Amoureux de Paname, je l’étais aussi… quand j’y habitais…
    J’allais plusieurs fois par mois me faire quelques concerts et autre évènement de toute sorte ( expo, dédicace, … )

    Après avoir quitté Paname pour sa petite couronne, la ville me parait beaucoup plus egocentrique avec une concentration trop forte d’évenement et suffisamment loin pour avoir un léger goût amer en ratant les quelques sorties intéressantes.

    C’est comme si Paname, n’ayant plus de rempart, avait créer un bouclier invisible autour d’elle, suçant l’énergie de l’extérieur…

    Paname je la traverse, quelque chose me manque…

    Commentaire par Michael — 22/02/2011 @ 09:27

  8. En bonus, j’ajoute à cette compil’ La java du caniveau, preuve qu’on peut aujourd’hui encore faire des chansons intelligentes et bien torchées sur la pauvreté.

    Gilbert (et à d’autres), si vous ne connaissez pas encore, je vous recommande le disque d’où je l’ai tirée, Noir… et rouge un peu aussi, une histoire de la chanson contestataire de la Commune à nos jours, sortant des sentiers (re)battus du Temps des cerises, de L’internationale et de Hasta siempre. Il me revigore un peu dans certains moments de déprime. (Mention spéciale à La chanson de Craonne, qu’à l’époque on pouvait payer de sa vie le simple fait de l’avoir chantée… Comme quoi, la chanson – comme la poésie d’ailleurs – ça n’a pas toujours été anodin.)

    Commentaire par Gwynplaine — 22/02/2011 @ 10:35

  9. Les Restos du cœur sont une grande et belle association, transparente, propre, utile, efficace. Et donc, merci aux bénévoles et aux donateurs qui permettent son existence.

    Ceci dit, je suis inconsolable que Desproges ait eu raison sur la dégoulinade de bons sentiments surmédiatisés, d’autant qu’un petit détail aurait pu faire une différence fondamental. Un détail oublié de beaucoup.

    J’ai le souvenir marquant d’une interview de Coluche, qui n’a pas, à ma connaissance, été beaucoup rediffusée : Cette charité se distinguait des autres par le fait qu’on y invitait ouvertement à tricher. Point de justificatifs à apporter, point de seuil de pauvreté à avouer, point d’inscription préalable. Vous étiez riche à millions et souhaitiez, de façon éhontée, gruger « le système » en vous arrogeant le luxe de bénéficier sans droit ni raison de la commisération publique ? Qu’à cela ne tienne : Les portes des resto du cœur vous étaient ouvertes et vous étiez accueillis avec la même sympathie que les autres. Ca vous choque, évidemment, mais c’était génial : celui qui avait vraiment besoin aussi, pouvait mentir et se faire passer pour un tel salaud de profiteur… « Rhôôôô ! vous n’avez pas honte ? ». Ben non, justement. Il pouvait ne pas avoir honte.

    Voilà ce qu’étaient le resto du cœur. Une charité mal ordonnée, c’est à dire sans hiérarchisation, une accusation directe de la charité qui ravale, de l’aumône comme marqueur social, du don insincère et condescendant par lequel le donateur se paye à la fois une bonne conscience et le droit de se considérer « du bon côté » de la barrière, tout en marquant que celui qui reçoit, lui, ne l’est pas. Au contraire, le « client » du resto du cœur pouvait en profiter sans perdre sa dignité, puisque impossible à distinguer du vilain profiteur.

    Cette dimension disparue, les restos ne sont qu’une Soupe Populaire de plus, propre à contenter la rombière décatie en mal d’œuvres laïques. A mon avis, vu ce que les restos du cœur sont devenus, la vitesse de rotation de Coluche dans sa tombe pourrait alimenter en électricité un quartier entier. Desproges avait raison, mais quelques temps trop tôt, et ces bons sentiments ont eu tôt fait de retomber dans l’ornière où la charité chrétienne est si souvent tombée avant eux, avec son modèle sirupeux de bonne conscience petite bourgeoise conservatrice. Ça tire quelques pauvres dans la lumière pour qu’on se sente moins pauvres qu’eux, et qu’on puisse s’indigner quand ils ne s’humilient pas en gratitude servile. Et ça n’est donc plus subversif du tout.

    Seul avantage, l’initiative privée suppléant, en la matière, les carences administratives, ça réduit les dépenses publiques et donc, le déficit. Non, je déconne…

    Encore que…

    Mais merci quand même aux restos du Cœur et à tous ses contributeurs.

    Bien à vous,
    L’Ankou

    Commentaire par An Ankoù — 22/02/2011 @ 10:46

  10. Je signale aux abonnés aux commentaires que le billet de Gwynplaine est désormais illustré de très belles photos qui m’ont été adressées par un habitué du blog. Je vous encourage à venir les voir.

    Commentaire par laplumedaliocha — 22/02/2011 @ 13:08

  11. Qu’il en soit grandement remercié ! C’est un honneur que d’être illustré par des portraits aussi puissants. Ils donnent au texte une profondeur qu’il n’a pas à l’origine.

    Commentaire par Gwynplaine — 22/02/2011 @ 13:22

  12. Michael,

    Bouclier invisible?

    Vous avez le périph, je sais pas ce qu’il vous faut en matière d’invisible.

    Alors, certes, il est enterré ou en cours d’enterrement, mais pas n’importe où: à l’ouest vers le XVIième et Saint Cloud et le nord ouest vers le XVIIième, côté Neuilly et Levallois. Et a au sud, l’enterrement actuel du périph correspond à l’embourgeoisement de Montrouge et de ses environs.

    Le principe est simple: quand une banlieue limitrophe s’embourgeoise, comme par miracle le périph se cache dans le sol. Attention: le mode de recouvrement (sous dalle) maintient la barrière du périph car il n’est pas destiné à créer un sol d’échange sur lequel on peut circuler, mais seulement à masquer un axe de circulation sous une dalle de béton qui, en pratique, fait rempart.

    En deuxième ligne de remparts, à l’intérieur de Paris, on trouve le labyrinthe des pédés de la mairie de Paris. L’idée est la suivante: truffer les rues des quartiers périphériques de sens interdits qui ramènent l’automobiliste qui sort ou qui entre sur les axes principaux par ailleurs aménagés pour laisser plus de place aux transports collectifs ou alternatifs, d’où inévitable baisse du débit voiture, donc encombrements et pollution.

    Mais cette déclaration de guerre à la voiture a d’autres répercussions: le banlieusard, qui est celui qui a le plus besoin de sa bagnole à Paris, vu que le réseau de transports collectif est en étoile, souffre.

    En troisième ligne de défense, à l’intérieur même de la ville, les enculés de la préfecture de police ont pour mission d’insécuriser l’automobiliste quand il circule (contrôles divers) et quand il stationne (enlèvements). Là encore, c’est l’usager banlieusard qui paye un lourd tribu à ce modèle urbain du chacun chez soi (le communautarisme urbain).

    Il est prévu de créer une quatrième ligne de défense en développant des zones réservées à tous sauf la bagnole.

    Parallèlement, les pouvoirs publics ont décidé la modernisation des transports collectifs, et la création de transports alternatifs (vélib) mais c’est tardif, coûteux et ça prendra du temps si bien que les quatre remparts que je viens de décrire resterons une réalité pour de longues années encore.

    Enfin, on peut parler de cette cinquième barrière, décisive celle-là: l’argent. Vivre à Paris coûte cher. Et là-dessus, ben… y a du boulot.

    Bref, si les frontières de Paris sont poreuses, elles ne le sont pas suffisamment pour permettre des échanges heureux avec la banlieue, sauf si vous avez le bol d’être sur une radiante (RER, métro ou train) ou sur une porte qui peut être franchie à pied ou à vélo.

    Mais bizarrement des villes comme Orléans, parce qu’elles sont connectées TGV avec desserte quasi en centre ville, sont mieux reliées à Paris qu’une banlieue limitrophe.

    Le parisien heureux ne serait-il pas le provincial habitant en centre ville historique d’une ville en périphérie de mégalopole? Tous les avantages de la province, tous les avantages de la capitale, mais une condition: un TGV entre les deux. Car là, c’est une sixième barrière qui se rappelle à notre bon souvenir: celle du temps.

    Commentaire par tschok — 22/02/2011 @ 14:27

  13. Le Vélib ? C’est pour les bob… heu, je veux dire les urbains-branchés-qui-se-la-pètent-avec-des-comportements-pseudo-alternatifs. (Moi, j’aimais bien quand on pouvait encore utiliser le mot de 4 lettres).

    Je le sais, je suis un bob.. de droite qui se la pète tous les jours en prenant le Vélib alors que je pourrais prendre le métro.

    Commentaire par Tocquevil — 22/02/2011 @ 15:18

  14. @ Tocquevil :

    Utilisez snob s’il vous chaut, vous vous y retrouverez en nombre de lettres. De plus faites attention, c’est dangereux le vélib’ : gare aux bobos.

    Commentaire par Gwynplaine — 22/02/2011 @ 15:45

  15. De souche parisienne et de naissance aussi je vis en banlieue et n’y vais que rarement, la ville n’est plus la même et se modifie continuellement. Plus de vie de quartier, les gens changent de lieux sont interchangeables et sans racines, il y a belle lurette que l’accordéon a disparu même du métro tout comme est folklorique le petit bistrot de quartier qui se cramponne pour survivre et on rigole d’Amélie Poulain en l’asimilant à une France d’occupation qui n’était en fait que celle d’avant guere avec un Montmartre de poulbots avec ses clochards. Même eux se font rebaptiser S.D.F et ils viennent de partout et ne parlent plus argot.
    Vous avez dit « Paris » ? Où est-il? Ce n’est plus qu’une ville anonyme polluée sans badauds sans vie et où le vrai parisien est très rare, elle ressemble à toutes les grandes villes du monde sans âme mis à part les mouments du patrimone classique, mais pour combien de temps? On vend les hôtels du marais et pas seulement..

    Commentaire par scaramouche — 24/02/2011 @ 12:19

  16. L’accordéon n’a pas disparu du métro, ce sont les accordéonistes qui ne sont plus français. Vu la façon dont ils massacrent la playlist de tubes nationaux, l’abondance de Kalinka, Un jour Lara, et même les danses slaves de Dvorak, on peut se dire que ce sont des Européens de l’est.

    Je signale à tous une dame âgée qui chante inlassablement Milord à Denfert, je la croise presque toutes les semaines. Au début, j’ai pensé que c’était vraiment indigne à son âge qu’elle doive chanter dans le métro pour gagner sa croûte. Puis j’en suis venue à penser qu’il y avait peut-être autre chose (elle a une belle voix), peut-être un désir de communiquer avec d’autres humains, le plaisir de chanter en public, d’avoir une audience… enfin, je ne sais plus qu’en penser! C’est peut-être tout à la fois.

    Commentaire par Syl — 27/02/2011 @ 12:34

  17. […] ont remonté le fil du temps – me connaissent pour avoir commis par le passé quelques billets (ici, là, et puis là ou encore ici, sans oublier celui-ci et le tout premier de la […]

    Ping par La bande dessinée du réel | La Plume d'Aliocha — 02/04/2013 @ 13:30


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