La Plume d'Aliocha

28/02/2011

Une photo, rien qu’une photo

Filed under: Coup de chapeau ! — laplumedaliocha @ 11:51

C’est une photo coup de poing, que j’ai prise en plein plexus solaire ce matin. Je venais d’acheter Polka et je le feuilletais en attendant le métro. Et tout à coup, sur une double page, un homme en larmes. En gros plan. Elle a été prise au Caire, le 11 février sur la place Tahrir au moment de l’annonce officielle du départ de Moubarak. Elle est signée John Moore pour l’AFP.

L’homme pleure de joie.

Je crois que j’ai raté une rame, tellement j’étais fascinée. J’en ai aussi lâché mon dossier qui s’est éparpillé par terre. Un rapport économique quelconque dont soudain je n’avais plus que faire…

On a dit et  écrit beaucoup de choses depuis des semaines sur la Tunisie et l’Egypte. Mais croyez-moi, cette photo-là, elle vaut tous les papiers et toutes les analyses du monde. Comme l’écrit Alain Genestar dans son éditorial : « au beau milieu des peuples en danger qui se libèrent, il y a des photographes. Ils sont là, en danger, eux aussi. Là pour témoigner, sans juger, sans imposer leurs idées, sans exposer leurs analyses. Là, comme Riboud, comme Lucas, comme les autres. « Là, pour « montrer le monde, surtout quand le monde est en train de changer ». Leurs photos sont les plus justes des commentaires ».

26/02/2011

Profession : variable d’ajustement

Filed under: Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 10:45

Hier, les sites lemonde.fr et le post.fr étaient en grève. Motif ? Ils redoutent que la nouvelle équipe de direction ne prépare des réductions d’effectifs. Ils ont des raisons. Car les journalistes en France ont toujours été traités comme la seule variable d’ajustement en cas de difficultés financières. Le coût du papier ? Les groupes de presse n’ont jamais vraiment su le négocier. L’imprimerie et la diffusion ? Entre les mains du syndicat du livre. On ne touche pas à ces gens-là, sinon, ils vous pètent une rotative aussi facilement qu’ils vous pètent la gueule. C’est le dernier bastion du marxisme en France. Les journaux auront disparu depuis longtemps qu’ils continueront à exiger d’être payés à faire tourner les rotatives à vide. Je gage même qu’ils réclameront des augmentations. C’est comme ça mon bon Monsieur, on ne touche pas aux avantages salariaux des camarades. Non mais des fois !

La grande vie, c’est pour nos dirigeants

Et au milieu de tout ce cirque, il y a les journalistes. Sont gentils les journalistes. Plèbe souple et maléable, prête à tout pour avoir le droit d’écrire un papier, à subir la précarité, à multiplier les CDD, à se faire payer en droits d’auteur alors que c’est illégal, à toucher des salaires de misère et encore, versés des mois après la remise du travail. Et prêts à se faire virer quand on ne sait plus comment faire des économies. Ô bien sûr il y a eu longtemps des privilégiés, je n’en disconviens pas. Des légions de journalistes occupant des postes dorés dans des titres prestigieux, mais à l’époque, c’était la grande vie pour tout le monde. Aujourd’hui, la grande vie est réservée aux cadres dirigeants qui s’en mettent plein les poches sous prétexte de tenter de redresser la barre et puis qui se cassent ailleurs quand ils voient qu’il n’y arrivent pas.

Eh bien dansez maintenant !

Désormais, c’est la galère pour presque tous.Alors les journalistes trinquent plus que jamais. Même là où il n’y a plus de frais de papier ni d’imprimerie et de diffusion, c’est encore les journalistes qui paient. Car les éditeurs de presse n’aiment pas les journalistes. Mieux, ils estiment qu’ils n’en ont pas besoin. C’est cher, c’est chiant, et avec tout ce contenu gratuit sur Internet qui n’attend qu’une chose, être exploité, à quoi bon payer des professionnels ? Surtout que l’information ne se vend plus, depuis qu’elle est gratuite sur Internet. Il faut inventer un nouveau modèle et c’est fatiguant intellectuellement. Ce sont les services associés à l’information qui ont une chance d’être monétisables. L’info est devenu produit d’appel, c’est tout. Alors on ne va pas en plus payer pour la produire. Surtout sur le web auquel on continue de ne rien comprendre. Et pourtant, il y a des gens très sérieux et très experts qui ont des solutions à proposer. Des gens qui travaillent dans la presse depuis plusieurs décennies, qui ont développé un vrai savoir-faire. J’en connais, je sais qu’ils ont les solutions pour aborder le web tout en conservant le papier, et rendre tout ça rentable. Mais ça n’intéresse personne. Trop compliqué, trop d’investissements à faire, trop de mauvaises décisions à avouer. Faudrait quand même pas prendre des risques, mieux vaut laisser crever tout ça et invoquer ensuite la faute à pas de chance.

Chers confrères du Monde et du Post, vous payez, nous payons tous, des décennies d’incompétence à la tête des groupes de presse français. Nos anciens dirigeants ont trop longtemps cru à leur talent alors qu’ils surfaient sur un succès dont ils n’étaient en rien responsables. Ils n’ont pas vu venir Internet, ils n’ont pas anticipé ni investi. Ils ont chanté tout l’été. Et c’est à nous qu’on dit aujourd’hui « eh bien dansez maintenant ».

Résister, mais jusqu’à quand ?

Alors on se fait tous embaucher chez l’ennemi, dans les services de communication. Eux aperçoivent bien nos mérites. Ils apprécient nos plumes, nos capacités d’investigation, nos carnets d’adresse, notre connaissance intime du fonctionnement des médias. Il ne se passe pas un jour en ce moment sans que j’apprenne qu’untel est à la com’ d’une grande banque, qu’un autre s’installe à son compte en tant que conseiller en communication, qu’un troisième se lance dans le media training, qu’un autre encore intègre un ministère. C’est l’hémorragie, la débandade. Moi je tiens, mois après mois, parce que je l’aime ce putain de métier, parce que je hais la com’, parce que, comme vous, je préfère galérer dans un boulot qui a de la valeur à mes yeux que d’aller faire la pute sous prétexte d’un salaire garanti et mirobolant chez les marchands de mensonges.

Mais jusqu’à quand ? Combien de temps encore va-t-on devoir subir l’incompétence ? Vivre sur l’idée folle qu’on peut faire de la presse sans journalistes ? Baisser la qualité et s’étonner qu’il n’y ait plus de lecteurs, en refusant d’admettre que c’est tout simplement parce qu’il n’y a plus d’information digne de ce nom ?

Courage confrères. On aura toujours besoin de nous, et même de plus en plus, faut juste serrer les dents, laisser passer l’orage, et continuer de l’aimer ce métier, envers et contre tout.

24/02/2011

Les bisounours ont trouvé leur maître !

Filed under: Mon amie la com' — laplumedaliocha @ 18:07

C’est tellement beau qu’au début j’ai cru à une blague.

Jean-Luc Delarue, flanqué d’un nouvel amour prénommé Anissa, sillonne les routes de France en camping-car pour parler de son expérience de la drogue dans les lycées. Si !

Excusez-moi….

Je m’interromps pour réprimer…

… un sanglot d’émotion.

Reprenons.

Tout y est. L’histoire d’amour, la repentance publique, l’humble camping-car symbole de contrition. Un grand shoot d’émotion populaire garanti. Larmes à tous les kilomètres, sortez vos mouchoirs, préparez vos acclamations, branchez les applaudimètres ! Le circuit débute ce soir à Quimper et se poursuivra dans une trentaine de villes de France. Les parents d’élèves sont ravis que Delarue attire l’attention des adolescents sur le problème de la drogue. Ils ont raison, quel modèle en effet pour la jeunesse que cet homme-là ! Delarue est ravi à l’idée de se racheter une conduite et de sauver sa carrière. On le lui souhaite de tout coeur. La fiancée doit être ravie aussi de voir son homme prendre le chemin de la vertu. Ah ! Le miracle de l’amour. Quant aux médias, ils frisent l’orgasme. Pensez donc, un présentateur vedette  tout droit sorti de l’enfer de la drogue qui part évangéliser la jeunesse en compagnie de sa jolie fiancée, ça c’est de la belle histoire à raconter aux lecteurs. Avec photos et témoignages reconnaissants à l’appui. Peut-être même qu’on s’offrira un sondage sur les chances de Delarue aux présidentielles. Tant qu’on y est.

Bref, nous baignons dans le ravissement de l’Empire du bien triomphant si cher à Muray. C’est beau comme un après-midi entier chez Drucker. Nous atteignons même, à mon avis, le summum de la fiction positive dégoulinante. A côté, les Bisounours font figure de dangereux prédateurs pervers, E.T. prend des allures de serial killer et Casimir ressemble à un vieux reptile venimeux.

22/02/2011

Quand la finance murmure à l’oreille du politique

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 09:30

Qu’on aime ou pas Nicolas Sarkozy, il faut bien admettre qu’il a eu raison d’inscrire au menu du G20 la régulation des marchés financiers de matières premières. Histoire que les délires d’une poignée de génies de Wall Street ne viennent pas semer la pagaille, pour ne pas dire pire, dans l’alimentation mondiale (blé, sucre, cacao etc…), après avoir déclenché la crise financière que l’on sait en jouant sur leurs platebandes non régulées. Mais vous allez voir que la crise, dont nous ne sommes pas sortis, est déjà loin dans les esprits de nos chers financiers. Ils récupèrent très vite leurs vieux réflexes consistant à freiner des quatre fers dès lors que le politique fait autre chose que de mettre la main à la poche pour réparer leurs âneries. Car le spectre de la réglementation approche et a sur eux l’effet d’une tête d’ail sur un vampire ou d’un bol d’eau bénite sur la tête d’un possédé.

L’ambition de réguler ces marchés, à Paris comme à Bruxelles, part du constat que la spéculation se déplace des marchés actions vers les marchés de matières premières. Sur fond d’émeutes de la faim en 2007-2008, dont le souvenir se trouve opportunément rappelé par l’actuelle flambée des matières premières, il s’agit donc d’imposer des règles de fonctionnement et de transparence susceptibles de calmer les fantasmes spéculatifs et d’éviter ainsi la formation de bulles purement financières sur les matières premières.

Un refrain bien connu

« Horreur ! » s’écrient les financiers. Et les voici qui nous sortent sans rire une longue série d’arguments éculés :

« le président de la République s’empare du sujet dans une perspective électoraliste, voire populiste » : ça, ils vous le disent en off. Je ne suis pas certaines que le public mesure exactement les enjeux du problème. Comme sujet électoraliste, on a déjà vu mieux. Mais en admettant qu’ils aient raison, Nicolas Sarkozy n’a pas inventé le problème que je sache, il ne fait que l’inscrire au menu du G20. Il suffit de lire les conseils d’investissement délivrés par les grandes figures de la finance pour se convaincre que les matières premières sont bien inscrites dans leur viseur. Accessoirement, c’est une contestation classique du politique sur le terrain de la légitimité liée à l’expertise. « Nous seuls comprenons ce que nous faisons, s’écrient les financiers, que le politique aille jouer ailleurs, ces sujets le dépassent techniquement ». A ce compte-là, autant confier tout de suite les manettes de la France à un comité de techniciens.

« il ne connait rien au dossier » : possible, mais ses conseillers si. Et de l’avis général, sur ces matières-là, ils sont excellents depuis le début de la crise.

« le lien entre la flambée des cours et la spéculation n’est pas démontré. Les marchés de matières premières fabriquent eux-mêmes des bulles et sont soumis à leurs propres aléas » : en effet, ces marchés sont soumis par nature aux aléas climatiques. Par ailleurs, la hausse constante de la demande mondiale entraîne une augmentation des prix. C’est précisément pour cette raison qu’on ne veut pas y ajouter un phénomène spéculatif. Mais au fait,  depuis quand faut-t-il attendre qu’un immeuble ait déjà brûlé pour installer un dispositif de sécurité anti-incendie ? Oui, je fais appel au bon sens, et j’assume. Les polytechniciens qui ont conçu les spendides produits financiers à l’origine de la dernière crise ne m’en imposent plus du tout. Ils feraient mieux de retourner construire des ponts. Accessoirement, l’argument tiré du lien non démontré entre un phénomène et sa cause supposée s’appuie, là comme ailleurs, sur des rapports le plus souvent commandés et financés par ceux qui ont intérêt à défendre cette position.

« les financiers sont indispensables au bon fonctionnement des marchés de matières premières » : Tiens donc ! Elles sont où les études démontrant le caractère indispensable de la finance en la matière ? Il y aurait donc des croyances appelant des preuves et d’autres auxquelles on serait sommé d’adhérer les yeux fermés ? Quand je parle d’études, je songe bien sûr à des travaux indépendants, pas aux propres productions de nos amis financiers, ni aux consultations universitaires téléguidées.

« la réglementation risque de brider le redémarrage des économies » : ça c’est une variante de l’air bien connu « plus vous réglementez, plus vous nuisez à la créativité et à la compétitivité ». Entre nous, si la régulation nous évite l’équivalent d’une crise des subprime sur le marché du blé, franchement le jeu en vaut la chandelle. Question innovation et compétitivité de la finance, on a déjà donné…

La finance exige la transparence…chez les autres

Mais il y a mieux. Mon amie la finance est en train d’organiser un joli tour de passe-passe. Comme elle ne peut s’opposer à la volonté sarkozyste d’imposer le sujet au G20 (pour une fois que l’obstination du Chef de l’Etat s’avère utile), elle enfourche le débat pour mieux l’orienter. Et en profite pour stigmatiser le manque de transparence des marchés physiques de matières premières. En clair, l’information insuffisante sur l’état des stocks, par exemple. Eh oui, un manque de transparence qui l’empêche de fonctionner de manière optimale. Autrement dit d’exploiter totalement les moindres failles des marchés de matières premières pour spéculer. Comment voulez-vous créer une pénurie artificielle destinée à faire grimper les cours pour empocher un maximum de bénéfices en un minimum de temps si vous ne savez pas exactement quel est le niveau de production ?

Ceux que le sujet intéresse pourront aller lire le rapport de l’Association française des marchés financiers. Sans vouloir faire d’angélisme, la position des financiers français sur le sujet est relativement raisonnée, même si elle ne peut s’empêcher de ramener l’argument des effets maléfiques non démontrés de la spéculation. Il est vrai que, politiquement, la finance en France se sent actuellement obligée de jouer profil bas. Entre nous, je vois mal au nom de quoi la spéculation pourrait entraîner des effets différents selon que l’on est sur les marchés actions ou sur les marchés de matières premières. Le blé aurait-il le pouvoir de la rendre vertueuse ? Elle ne cesse de créer des bulles partout où elle passe mais il ne faudrait pas s’inquiéter de la voir désormais lorgner de manière appuyée le blé ou le riz ?

Allons, soyons sérieux. Devrons-nous attendre une crise pour admettre, le nez dans le fumier, qu’il aurait fallu surveiller ces marchés et adopter en urgence des réformes qui s’avéreront alors inutiles car la catastrophe suivante s’amorcera ailleurs ?

Il y a également cet autre document, rédigé par le centre d’analyse stratégique du gouvernement. Dans les deux cas, il faut savoir lire entre les lignes. Les sujets sont si sensibles qu’on les aborde à grands coups d’euphémismes prudents. Le rappel systématique du lien non démontré entre spéculation et volatilité relève ainsi de la pure tartufferie. Si l’on veut réformer la finance, autant ne pas l’irriter….

Reste à savoir si le G20 pourra avancer sur le sujet. Rien n’est moins sûr. Car aux Etats-Unis, on rigole. Les marchés européens de matières premières sont des nains. Tout se passe à Chicago. Autant dire que notre crédibilité n’est pas au top sur le sujet. Or, si on ne parvient pas à mettre en place un système mondial de régulation, autant jeter l’éponge tout de suite. A cela s’ajoutent d’autres difficultés. Le Brésil et l’Argentine, gros producteurs, n’entendent pas se laisser dicter leur conduite par l’Europe.

La volatilité menace de s’inviter dans nos assiettes !

Invité de Mots Croisés hier soir dans le cadre d’un débat sur les dangers de l’agriculture en France (pesticides sur les cultures, antibiotiques administrés aux animaux, etc.) le ministre de l’agriculture Bruno Le Maire a émis le souhait d’indexer le prix des produits alimentaires sur le coût des matières premières. Il relaie ainsi une proposition de la FNSEA. Il s’agit de sauver les producteurs, en grandes difficultés actuellement, en leur permettant de répercuter sur leurs prix la hausse de leur coût de revient. Mais si on ne régule pas la finance sur les marchés de matières premières, cela signifie que les français vont prendre de plein fouet les conséquences de la spéculation dans leur assiette…

21/02/2011

Amoureux de Paname

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 12:49

Par Gwynplaine

Paris. J’y ai vécu quelques année privilégiées, sans problème de logement ni d’argent. De bien belles années : cinés sorties, concerts… La vie culturelle de la capitale, pour peu qu’on ait quelques piastres à y consacrer, est tout de même riche et variée. (Je n’ai pas cette aversion que d’autres professent de si plaisante façon que  peu de personnes me procurent autant de plaisir de lecture – du même acabit que celui ressentit à la découverte de Desproges.)

Quand on vit à Paris, on s’habitue à croiser la misère quotidiennement, et on finit par perdre cette culpabilité qui vient si l’on ne donne pas la pièce (ou même si on la donne d’ailleurs). Mais que l’on cesse d’y vivre, et le choc est chaque fois plus violent.

Je m’y rendais récemment pour raison professionnelle depuis ma préfectorale province : le métro me fut une épreuve saisissante. L’on a beau s’y attendre, la confrontation n’en est pas moins difficile. Je fus saisi par un de ces contrastes propres à la vie moderne : alors que le clochard de la rame débitait son laïus maintes fois ressassé sur ce ton lénifiant que tous finissent par adopter, j’avisais par-dessus son épaule une pub se voulant hilarante de provoc’ et qui sloganait à qui voulait la lire « Devenez radin ! » – manière pour le moins subtile de vanter les prix défiant toute concurrence d’un service dont j’ai depuis oublié la teneur.

Puis, la station suivante, je fus tiré de mes pensées par l’inévitable musicienne chantant je ne sais plus quel air ; ce devait être Mon amant de Saint-Jean ou encore La foule, ce ne pouvait être que l’un ou l’autre… Je songeais alors que « Les Enfoirés », initiative louable – quoique discutable en soi dès le départ – et, plutôt que se vautrer dans un ridicule consommé devenant chaque fois un peu plus gênant, devraient sortir la compil’ des musiciens du métro : voilà qui rendrait un hommage mérité à ces réprouvés qui la plupart du temps massacrent les airs populaires aussi bien que les oreilles des passagers pour essayer de se dégotter de quoi croûter le soir même.

En plus de leur en fournir l’idée, je suis pas chien, je leur fournis également la sélection

Mise à jour du 22 février : un habitué de ce blog, qui a souhaité conserver l’anonymat, m’a adressé ces photos, dont il est l’auteur, pour illustrer le billet de Gwynplaine. J’ai trouvé que celles-ci donnaient au texte une singulière résonance, et réciproquement. Qu’il en soit remercié. Aliocha.

19/02/2011

Les charmes de l’industrie alimentaire

Filed under: Coup de chapeau ! — laplumedaliocha @ 11:33

Bon, délaissons un peu les frasques présidentielles, même si elles sont juteuses. Habituellement, nous recevons ici 1400 lecteurs par jour.

Depuis que je parle de notre président, nous frisons les 2000 visites. Le phénomène est amusant, mais il est temps de passer à autre chose. Je signale quand même qu’un producteur a tenté ce matin à l’ouverture du Salon de l’agriculture d’empoisonner notre président en lui faisant goûter, ah le facétieux, un morceau de Munster à 8h30  !

A propos de la grand-messe annuelle de l’agriculture justement, et au risque de gâcher la fête,  je voulais attirer votre attention sur la remarquable enquête diffusée mercredi soir dernier par France 3 intitulée « Manger peut-il nuire à la santé ? ». Vous pourrez la visionner gratuitement sur Pluzz jusqu’à mercredi prochain. Les journalistes se sont penchés, en compagnie d’experts, sur l’élevage du porc, la culture intensive des pommes, le pain et le saumon. Le résultat est tout bonnement écoeurant. En voyant les conditions de « vie » de nos amis les cochons, j’ai songé avec amusement à tous les adversaires de la corrida. C’est vrai, ils ont raison. Il vaut mieux passer son existence dans une cage allongé sur ses propres excréments avant d’être abattu discrètement, pendu par un pied et égorgé, plutôt que de pâturer tranquillement et risquer de finir un jour dans un combat singulier au milieu d’une arène. Etonnante métaphore de notre société de consommation.  Je referme la parenthèse. Le reportage non seulement révèle de précieuses informations sur les dangers liés aux pesticides, mais donne des conseils pour tenter de corriger les effets néfastes de la nourriture industrielle.

Au-delà du problème sanitaire, l’émission nous interroge bien évidemment sur notre mode de vie et notre rapport à la nature, c’est-à-dire au fond, à nous-mêmes. En observant les délires de l’industrie alimentaire, je n’ai pu m’empêcher de faire le rapprochement avec des délires qui me sont plus familiers en ce moment, ceux de la finance. J’ignore comment nous allons nous sortir de nos erreurs, mais il est certain que c’est urgent.

A ne pas manquer.

Et pour ajouter un trait d’humour, car après tout, c’est le week-end, l’émission m’a rappelé ceci :

 

 

Mise à jour 18h35 : dans le même ordre d’idée, je recommande cette remarquable enquête d’Arte sur l’obsolescence programmée. Merci à Gilbert de l’avoir signalée !

17/02/2011

Ne citez plus le Président de la République sans guillemets

Filed under: Droits et libertés — laplumedaliocha @ 10:16

Bon, l’actualité du jour m’oblige à vous venir en aide. BFM TV m’apprend en effet que le professeur français qui a participé à une manifestation en Egypte avec une pancarte sur laquelle il était inscrit « Casse-toi pauvre con » (vous noterez au passage le soin apporté à l’orthographe, quand tout le monde écrit habituellement « cass’toi pov’con ») ce ressortissant français donc vient d’être rapatrié à Paris. Comme quoi, quand le Quai d’Orsay est vraiment motivé, il arrive sans difficulté  à extraire nos compatriotes des pays dangereux. Je me demande au passage si nos otages n’auraient pas intérêt à se faire filmer avec une pancarte arborant fièrement la citation présidentielle. Allez savoir…

Bref, ce professeur a été rapatrié, dit-on, pour sa sécurité, ce que dément le journaliste, François-Xavier Ménage, qui l’a interviewé lors de la manifestation.

Toujours est-il que ce n’est pas la première fois qu’un admirateur de Nicolas Sarkozy ne peut résister à la tentation d’exprimer son adoration à l’égard du Chef de l’Etat en reprenant l’un de ses propos les plus célèbres. Je les comprends. Il y a du Audiard dans cette saillie aussi courte qu’efficace et parfaitement balancée. Quand on l’entend, on voit immédiatement défiler les images en noir et blanc de quelques monstres sacrés du cinéma français, Gabin, Ventura etc. Les Tontons flingueurs version années 2000.

Mes chers compatriotes, comme dirait un président français, je vous en prie. Votre amour du Chef de l’Etat est louable, l’enthousiasme que suscite chez vous ses propos inspirés est largement partagé, mais cessez donc de jouer les plagiaires. C’est ça qui l’irrite Nicolas Sarkozy. Quand on cite quelqu’un, il est de bon ton de mettre des guillemets et de préciser le nom de l’auteur.

Par conséquent, je vous en conjure, la prochaine fois que vous voudrez utiliser cette phrase sur une pancarte, faites ainsi :

« Casse-toi Pauvre con »

(Nicolas Sarkozy, salon de l’agriculture 23 février 2008)

16/02/2011

L’empathie à géométrie variable de Nicolas Sarkozy

Filed under: Mon amie la com' — laplumedaliocha @ 10:13

Alors comme ça Nicolas Sarkozy téléphone à Florence Cassez au moins une fois tous les deux mois ?

Il est si mobilisé sur le dossier qu’il en vient à déclencher une crise diplomatique avec le Mexique.

Comment ne pas comparer cet engagement aux côtés d’une de nos compatriotes, ontologiquement innocente parce que française, comme le faisait remarquer hier Daniel Schneidermann, avec le traitement  réservé à deux autres de nos compatriotes, Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier ?

Rappelez-vous, quand on a appris leur enlèvement il y a aujourd’hui 414 jours, Nicolas Sarkozy et Claude Guéant n’ont pas particulièrement brillé par leur compassion. On les a traités de chasseurs de scoops, on leur a reproché leur « imprudence coupable » et leur « irresponsabilité ». Le chef d’état major des armées a surenchérit : ils coûtent cher à la France en frais de recherche. On a même décidé à l’époque, étrange coïncidence, de voter une loi pour mettre à la charge des otages une partie des frais engagés pour leur sauvetage.

Mais ces journalistes ne faisaient que leur travail, Mesdames et Messieurs du gouvernement. Valent-ils moins que ceux d’entre vous qui se font inviter dans des palaces par des dictateurs au beau milieu d’une révolution ?

Face à eux, une jeune femme, Florence Cassez, condamnée par la justice mexicaine pour enlèvement. Sans doute faut-il tout tenter pour obtenir l’application des conventions internationales, et même pour faire la lumière si, en effet, il y a eu dysfonctionnement de la police et de la justice du Mexique dans ce dossier.

Mais qu’est-ce qui peut bien justifier cette différence de traitement entre Florence Cassez et mes confrères ? Cette incroyable empathie pour la première et ce souverain mépris à l’égard des seconds ?

Je ne vois qu’une explication. Florence Cassez, c’est Madame Toutlemonde, n’est-ce pas ? N’importe quel français pourrait être à sa place. Et puis c’est une femme, jolie de surcroît, donc attendrissante. La cause est politiquement juteuse. A l’inverse, les journalistes sont des boucs-émissaires de choix. Ils sont ontologiquement coupables. Mais coupables de quoi, au fait ?

15/02/2011

La musique adoucit les moeurs

Filed under: Brèves — laplumedaliocha @ 09:54

Les juges, non contents de commettre des fautes à répétition et en plus de se plaindre quand on les rappelle à l’ordre, ont failli nous faire manquer une information cruciale sortie hier.

Carla Bruni Sarkozy enregistre une version italienne de Douce France dans le cadre de son prochain album.

L’AFP souligne malicieusement que cette chanson est la préférée des quelque 60% de français confiant aimer Trenet. On la dit plus appréciée à gauche qu’à droite (tiens donc !). Il parait aussi qu’elle n’enthousiasme guère les 18-34 ans.

Peu importe. On imagine déjà le charme de cette reprise en version italienne susurrée d’une petite voix sucrée par la première dame de France. Face à une concurrence aussi déloyale, je vois mal comment la gauche va pouvoir s’en sortir pour gagner les présidentielles. Sauf peut-être si Ségolène Royal nous improvise un de ces shows dont elle a le secret.

Quand je pense qu’on a brocardé Marie-Antoinette durant des siècles pour avoir dit des français « s’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche ! ». Wikipedia m’apprend que c’est une citation apocryphe et qu’elle n’a sans doute jamais proféré pareille ânerie. Du coup, la situation actuelle nous amènerait presque à regretter l’ancienne monarchie.

 

14/02/2011

Le coup de la fuite au Figaro

Filed under: Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 10:30

La bataille de communication de l’Elysée contre le système judiciaire continue.

Comment donner le maximum d’impact au rapport d’inspection remis ce jour à Michel Mercier, garde des Sceaux, sur l’affaire Laetitia en évitant dans le même temps qu’il ne soit soumis à la critique de ceux qu’il met en cause ?

En le faisant fuiter dans un journal ami, avant sa remise officielle. Ledit journal fier de son scoop recueilli au pied du fax va le sortir en faisant un minimum de bruit pour ne pas éventer l’information avant qu’elle ne soit publiée. En effet, quand vous détenez un scoop, si vous passez des coups de fil à droite et à gauche pour avoir des réactions, vous risquez :

1. de vous faire griller par un concurrent,

2. de ruiner votre effet de surprise.

Donc Le Figaro nous sort ce matin les grandes lignes du rapport à l’état brut et sans les avoir soumises au jeu classique du contradictoire.

Les conclusions du rapport sont immédiatement reprises par les concurrents.

Résultat ? L’information selon laquelle il y a eu des fautes de commises dans le suivi de Tony Meilhon tourne en boucle toute la journée. Au milieu du brouhaha médiatique, le lecteur/auditeur/téléspectateur retient une idée force : il y a bien eu dysfonctionnement. Ensuite, il suffit de laisser prospérer l’idée induite dans l’esprit du public : si le suivi de Tony Meilhon avait été assuré, il n’aurait pas tué Laetitia.

CQFD.

Mais vous pouvez toujours lire Eolas pour vous désintoxiquer.

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