La Plume d'Aliocha

15/11/2010

Mediapart enquête sur… l’affaire Mediapart

Filed under: Justice — laplumedaliocha @ 12:25

On n’est jamais si bien servi que par soi-même.

Choqué de constater que l’AFP avait eu connaissance de la citation directe de Claude Guéant à son encontre dès vendredi alors que le site di’nformation n’avait toujours pas reçu le document, Mediapart  a décidé d’enquêter sur…l’affaire Mediapart et a réussi à se procurer la fameuse citation directe avant même qu’elle ne lui soit officiellement notifiée. Elle est ici. Le commentaire d’Edwy Plenel est . En voici l’extrait le plus savoureux :

« S’agissant d’une citation directe, l’usage en droit veut que le prévenu – en l’occurrence le signataire de ce billet – en soit le premier informé, ne serait-ce que parce qu’il lui reviendra de se défendre de l’accusation portée contre lui. Par conséquent, la plainte annoncée de Claude Guéant n’aurait dû être publiquement connue qu’à partir du moment où nous l’aurions reçue en mains propres. Le respect de la présomption d’innocence ayant depuis longtemps été jeté aux orties par ce pouvoir, notamment quand Nicolas Sarkozy fit ses armes de ministre de l’intérieur, puis, de façon stupéfiante, lors du procès Clearstream où comparaissait Dominique de Villepin, nos lecteurs ne seront donc qu’à moitié surpris d’apprendre que la plainte de Claude Guéant est connue de tous sauf de nous ».

Convenons que voir des journalistes se plaindre du non-respect de la présomption d’innocence, certes moins à l’égard de leurs confrères que de l’auteur de l’action judiciaire, c’est piquant. Et que ces mêmes journalistes partent en chasse de la pièce de procédure qui, de toute façon, leur serait parvenue, c’est franchement désopilant !

Décidément, l’affaire Bettencourt n’a pas fini de surprendre par ses extravagances…

Accessoirement, on observera que le procès médiatique dans cette affaire donne au moins autant de travail aux juges que l’instance judiciaire.  Ô tempora, ô mores….

Après l’action en référé de Liliane Bettencourt et Patrice de Maistre pour obtenir le retrait des extraits d’écoutes sauvages sur les sites de Mediapart et du Point, puis l’action en diffamation d’Olivier Metzner contre Georges Kiejman, et la plainte du journal Le Monde pour violation de la loi sur la protection des sources, voici maintenant la citation directe de Claude Guéant contre Mediapart pour diffamation ! Si on résume, cette affaire nous aura déjà appris que la publication de conversations privées pouvait relever de l’intérêt général (1 point pour la liberté de la presse), que la liberté d’expression de l’avocat dans les médias était presque aussi grande que dans les prétoires, pour peu qu’elle s’exerce de bonne foi (1 point pour la liberté de la défense), que la loi sur la protection des sources des journalistes ne protège sans doute pas autant les sources  qu’on pouvait l’espérer (ça c’est très intéressant à savoir mais très ennuyeux sur le fond). Reste à déterminer si le fait de présenter Claude Guéant comme « le grand ordonnateur de la surveillance de tous les journalistes » est diffamatoire, ou pas. Ce qui soulève de nouveau, on l’aura compris, la question de la liberté de la presse…

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90 commentaires »

  1. Ce sera également le moment de regarder l’indépendance de la justice : quelle type d’enquête, quel type de procès.

    Mais bon, il ne faut pas rêver, seul médiapart enquêtera pour prouver que ce n’est pas diffamatoire mais que c’est la vérité. Je ne crois pas que la justice veuille faire le procès du politique qui utilise des fonctionnaires pour cacher ses propres turpitudes.

    Ce qui est bien avec cette fin de la séparation des pouvoirs, c’est que lorsque tu es au pouvoir, personne ne peut plus rien contre toi, on se croirait dans une nouvelle de K. Dict

    Commentaire par herve_02 — 15/11/2010 @ 14:33

  2. Personnellement, je pense qu’il aurait été plus judicieux qu’Edwy Plenel s’attaque au cabinet du président plutôt que de chercher une accusation sur un personnage en particulier, ici le secrétaire général.

    Dénoncer Claude Guéant d’avoir « impulsé et « coordonné » cette violation de la loi, je trouve que ça occulte le fait que tout le cabinet est au courant et approuve ce comportement. Bien entendu, je vais pas m’étendre jusqu’au gouvernement (et qui plus est l’intérieur, pré ou post-remaniement c’est la même).

    De plus, un journaliste, je trouve que ça ne devrait pas dénoncer. Enfin, pas de manière aussi explicite que celle d’Edwy Plenel.

    Aliocha : eh, si. Notre rôle consiste notamment à dénoncer ce genre de pratique. Tout ce qu’on nous demande, c’est de le faire avec des éléments tangibles et un dossier solide. Sinon, ça donne l’affaire Baudis.

    Commentaire par Demos — 15/11/2010 @ 15:57

  3. Moi j’aime bien la liberté de la presse…

    Par exemple, sur le site du point.fr, en page d’accueil, on a ce titre là…

    « L’affaire impliquant le nouveau ministre de la Justice Mercier classée sans suite »

    alors moi je clique sur le lien, et fort logiquement une page s’ouvre… Tiens… le titre de l’article n’est plus le même…

    « Une affaire susceptible d’impliquer Michel Mercier classée sans suite à Lyon »

    Remarquez la différence subtile entre « impliquant » et « susceptible d’impliquer »…

    Mais bon… lisons l’article…

    « La section économique et financière de la police judiciaire a rendu son enquête début octobre et a retenu qu’il n’y avait rien »

    Ah ben ça alors !!! L’info est déjà vieille d’un mois !!!

    Moi j’aime bien la liberté de la Presse…

    Aliocha : certes mais elle redevient d’actualité dès lors que ledit Mercier a été nommé hier soir garde des sceaux. Je vous accorde que les titres sont discutables.

    Commentaire par Arnaud — 15/11/2010 @ 16:31

  4. @Arnaud : après lecture de quelques articles sur le sujet, il me semble que l’affaire mérite un peu plus d’attention que ce que vous laissez supposer. Voir à ce sujet Lyon Capitale qui a débusqué la chose : http://www.lyoncapitale.fr/lyoncapitale/journal/univers/Actualite/Edito/Affaire-Mercier-Rhonexpress-Francois-Bayrou-menace-Lyon-Capitale-d-un-proces
    Le classement sans suite remonte au 10 novembre et le parquet semble avoir cafouillé dans ses explications aux différents journalistes qui l’ont interrogé.

    Commentaire par laplumedaliocha — 15/11/2010 @ 22:15

  5. @ Arnaud : Sur ce sujet, allez donc plutôt voir les articles sur le site de Lyon capitale, par exemple à cette adresse : http://www.lyoncapitale.fr/lyoncapitale/journal/univers/Politique/France/Rhonexpress-le-volet-Mercier-classe-sans-suite

    Extrait :

    « Le classement sans suite aurait été décidé « la semaine dernière » sans que le parquet général ne soit capable de donner une date plus précise. Pourtant, nous avons contacté le parquet général ce lundi matin et le classement sans suite de l’affaire n’a à aucun moment été évoqué. Notre interlocuteur indiquait au contraire que la nomination de Michel Mercier au ministère de la Justice « ne changerait rien aux investigations en cours » . »

    No comment

    Commentaire par niodayoda — 15/11/2010 @ 22:23

  6. @niodayoda

    Méfiez vous tout de même car, dans les grandes villes, tous les grands travaux amènent plaintes, rumeurs, enquêtes préliminaires. Si un classement sans suite est décidé (si ça concerne telle ou telle personne) il n’a pas obligatoirement une date précise puisque plusieurs personnes vont se consulter. Par ailleurs, ça ne change rien aux investigations en cours (pour d’autres, sur d’autres points) car les enquêteurs peuvent très bien continuer leurs investigations ou garder le dossier ouvert. Les contradictions relevées n’en sont donc pas obligatoirement.

    Commentaire par didier specq — 16/11/2010 @ 02:03

  7. @ Herve_02 : la justice, en matière de diffamation, n’a pas à investiguer sur le fond de l’affaire ; c’est la loi qui le dit. Si elle décidait de le faire, c’est là qu’elle violerait la séparation des pouvoirs, et elle le ferait à peine de voir toute la procédure annulée. Votre exemple est donc bien mal choisi pour dénoncer l’inaction de la justice, et la justice à la botte (et pourtant, sans faire de gros efforts, il y en a d’autres des exemples).

    @ Didier Specq : euh, non, ça ne se passe pas vraiment comme ça un clasement sans suite. Lorsque la décision est prise, elle est datée, car matérialisée par un écrit. Des discussions ont lieu avant (entre parquetier et enquêteur, et/ou entre plusieurs parquetiers), mais disons qu’elles sont à ce stade encore une réflexion. Tant que la décision n’est pas matérialisée par un écrit, daté et signé d’un parquetier, elle n’existe pas encore juridiquement. Donc dire qu’on n’a pas de date exacte, c’est du pur foutage de gueule : soit on dit « c’est en cours, aucune décision n’a été encore prise », soit on est capable de dire « la décision de classement sans suite a été prise le telle date ».

    Ensuite, une décision de classement sans suite est en général prise en clôture d’enquête de flagrance ou prélimianaire et ne vise pas nominativement telle ou telle personne : l’affaire (on parle de faits) ne donne lieu à aucune suite, c’est le classement sans suite pur et dur, ou donne lieu à des suites qui peuvent être diverses (ouverture d’une information, renvoi de tel ou tel devant le délégué du proc, le tribunal, etc…), et en effet ne concerner que certaines personnes viosées et impliquées dans l’affaire, et on en déduira que les autres font en effet l’objet d’un classement sans suite. Le classement sans suite qui ne concernerait nominativement que telle ou telle personne alors que l’enquête du parquet se poursuit est théoriquement possible, mais sauf quelques cas particuliers (par exemple, on la preuve formelle d’accusations mensongères contre telle personne, ou on disjoint deux affaires finalement pas si connexe, et on sait que tel pan du dossier ne donnera rien : mais alors, c’est le fait lui-même qu’on classe, de sorte que le classement de ce fait affecte l’ensemble des personnes qui étaient mises en cause pour ce fait), quand on y réfléchit, c’est un non sens. Puisque la plupart du temps, tant que l’enquête se poursuit, elle est susceptible de révéler de nouveaux éléments concernant tous les mis en cause ; de fait, par nature, une décision de classement sans suite est susceptible d’être remise en cause en cas d’éléments nouveaux ; donc votre classement sans suite ne vaut pas grand chose si il est décidé alors que les investigations continuent. Et, fort logiquement, je ne l’ai tout simplement jamais vu pratiquer depuis que je fais du pénal.

    Donc pour moi, si, claiurement, si on a une décision de classement sans suite qui ne concerne que Mercier, prise à une date floue, disons correspondant à la semaine de sa nomination comme GDS, et alors que le reste de l’enquête se poursuit, perso, je trouve cela très très louche, comme fonctionnement (après, ça ne signifie évidemment pas que Mercier est coupable de quoique ce soit, ce peut être simplement une volonté de le blanchir le plus vite possible, et ce alors même qu’il serait de toute façon innocent : simplement l’idée qu’une enquête en cours concernant notamment le GDS, ça la fout mal).

    Commentaire par Jalmad — 16/11/2010 @ 08:48

  8. @Jalmad

    bonjour,
    je sais bien que la « justice » ne _peut_ pas enquêter pour accuser ou disculper l’un ou l’autre dans ce cas particulier puisqu’il n’y a pas d’instruction. Quel dommage ! Maintenant paranoïaque par nature (je ne me soigne même plus), j’ai l’impression dans ce dossier que l’égalité des chances devant la balance qui a oublié de mettre son bandeau sur les yeux, est un tant soit peu déséquilibrée. J’ai un peu l’impression qu’une partie aura plus de moyen à enquêter que l’autre (celle qui le fera avec nos impôts, c’est ballot).

    Je veux bien comprendre, intellectuellement, même si je n’approuve que par nécessité, que le pouvoir en place ait plus de « moyens » que le citoyen ordinaire, je ne peux que m’offusquer d’imaginer possible qu’il puisse s’en servir pour s’exonérer du respect de la loi normalement égale pour tous.
    Maintenant que le pouvoir politique ait un « regard » sur le déroulement de la justice, pourquoi pas, en revanche il devrait sembler « impérieusement normal » que tout utilisation par le politique de ces « supers pouvoirs », à des fins autre que gestion de l’intérêt supérieur, devrait être réprimée avec la plus grande intransigeance et le plus grand rigorisme.
    Malheureusement l’histoire montre que pour une raison qui m’échappe, les politiques et dirigeants économiques bénéficient presque toujours d’une bienveillance au moins suspecte si ce n’est complice. Cela éveillera toujours chez le commun des mortels une volonté de vengeance de ne pas être traité avec équité (je n’ai pas dit égalité).
    Attention Mme le juge 😉 je ne m’attaque pas à votre intégrité, mais il suffit d’un seul procureur bien placé pour résoudre tout plein de « petits soucis ». Et nous savons également que la nature humaine est corruptible : il y a « tout plein » de petits collabos en puissance : ce qui fait un champs de bataille peu ragoûtant.

    On ne peut pas faire témoigner des sources anonymes dans ce dossier, mais on peut dans celui de villiers le bel – Équitable vous avez dit ?

    Commentaire par herve_02 — 16/11/2010 @ 09:24

  9. Je précise juste, pour mon message sur le cas Mercier, je ne parle pas du fond. Je n’y connais rien… Je souligne juste comment des « journalistes » manipulent leurs titres pour vous faire croire des trucs.

    Aliocha : allons, allons, ne sombrons pas si vite dans le complot. L’un des titres est plus nuancé que l’autre, mais l’info reste la même.

    Commentaire par Arnaud — 16/11/2010 @ 09:59

  10. @ Herve_02 : écoutez, la loi sur la diffamation, elle n’est pas nouvelle, et j’ose espérer que Plenel la maitrise suffisamment pour savoir que si il écrit (ou un de ses journalistes, puisqu’il est directeur de la publication) un truc du style « on nous dit que c’est Guéant qui dirige tout cela » (en parlant d’un truc totalement illégal), il sait exactement à quoi il s’expose (une action en diffamation), et, prend le risque en connaissance de cause, soit en sachant qu’il perdra son procès, soit en étant certain de pouvoir le gagner, soit en acceptant l’incertitude. Si il ne le sait pas, c’est dommage pour lui, mais la loi est la loi, et, comme je le disais, pour complexe qu’elle est (mais j’imagine qu’on a un service juridique ou un avocat qui tient la route en la matière à Mediapart), elle n’est pas nouvelle, et les règles de preuve ne la matière non plus. Imaginez 2 secondes que Guéant n’y est pour rien dans cette affaire, ou que Mediapart affirme ça un peu gratos, sans avoir vérifié quoique ce soit, sur la base d’une vague source qui a Guéant dans le pif pour des raisons diverses et variées : et bien, perso, ça ne me choque pas que guéant fasse valoir ses droits. Et si Mediapart a bien fait son taf, elle prouvera la véracité du fait ou sa « bonne foi » et sera relaxée. Attendons la suite.

    @ Dider Specq : des articles que j’ai pu lire sur l’affaire du tram de Lyon, si j’ai bien compris, il y avait en effet 2 volets distincts, mais qui me paraissent tout de même assez liés : l’un, concernant un délit de favoritisme en faveur de l’attributaire de la concession, et l’autre concernant le financement occulte de la campagne de Bayrou en 2007. Or, semble-t-il, le parquet aurait décidé, d’une part de classer le volet financement occulte du modem, mais d’ouvrir une information sur le volet délit de favoritisme. Mercier, qui était à l’époque trésorier du Modem, est donc en effet a priori tranquille pour l’aspect financement occulte. En revanche, d’après les articles que j’ai lus, il est également, en qualité de Président du Conseil général du Rhône au moment de la passation de marché public pour le tram, en cause dans le volet favoritisme (mais n’aurait, à ce jour, pas été entendu), qui lui aurait été confié à un juge d’instruction, et va donc suivre son cours. Et, on peut imaginer que si le juge d’instruction recueille de nouveaux éléments sur le rôle de Mercier dans ce volet, et sur le volet financement occulte (il va nécessairement s’intéresser, on l’a vu, au rôle de Mercier comme président du Cons général, ainsi qu’à le destination de certains fonds), alors il pourrait y avoir des suites contre Mercier dans l’affaire de favoritisme, voire une relance du volet Modem.

    Bref, à la lumière de ces éléments (à les supposer exacts), je trouve finalement que les décisions du parquet peuvent se comprendre, et ne signifient pas nécessairement une volonté de protéger Mercier.

    Commentaire par Jalmad — 16/11/2010 @ 11:26

  11. @Jalmad

    He, tout doux. Ai-je dit autre chose que ce que vous me répondez ?

    Mon questionnement porte sur l’étape suivante :

    Imaginons improbablement que Médiapart gagne, est-ce à dire que dans un autre procès Guéant puisse être condamné ? sera condamné ?

    Elle est là la vraie question

    Commentaire par herve_02 — 16/11/2010 @ 12:00

  12. @ Aliocha réponse au comm 9…

    Allons, allons, Aliocha… Entre « vous êtes virée » et « vous êtes susceptible d’être virée », je ne dirais pas que l’info reste la même…

    Commentaire par Arnaud — 16/11/2010 @ 12:34

  13. Investir a organisé un chat avec Le Bret : http://www.investir.fr/infos-conseils-boursiers/chat-interview-video/chat/chat-avec-hugues-le-bret-mardi-16-novembre-296642.php
    La presse économique s’encanaille, fournir une tribune à un collaborateur remercié du groupe Société Générale, c’est courageux.

    Commentaire par laplumedaliocha — 17/11/2010 @ 11:30

  14. @Aliocha :
    C’est un peu tard.

    Aliocha : pour y participer, certes. Pour en savourer le résultat, non 😉

    Commentaire par herve_02 — 17/11/2010 @ 14:11

  15. J’ai sûrement raté qqch, mais le fait que M. Guéant saisisse une juridiction pénale en qualité de SG de la PdR me pose problème : si j’en crois Eolas, « le parquet considère que l’immunité pénale du chef de l’Etat, prévue par la Constitution doit aussi s’appliquer à ses collaborateurs » (affaire Buisson, mais pourquoi ne pas l’étendre à l’affaire Guéant c/ Mediapart).

    Aliocha : sauf erreur de ma part (et dans ce cas une bonne partie des commentateurs du blog vont me tomber dessus 😉 ) l’immunité empêche les poursuites contre le Chef de l’Etat et, éventuellement, ses proches collaborateurs, mais elle ne leur interdit nullement d’agir en justice. L’immunité c’est une protection pas une incapacité.

    Commentaire par Cimon — 17/11/2010 @ 15:38

  16. Effectivement, l’immunité aurait été utile si Mr. Guéant se faisait attaquer en justice par Mediapart. Mais là, c’est l’inverse. Je pense que vous êtes saine et sauve Aliocha ! Pour le moment… (rire machiavélique)

    Cela souligne bien l’injustice de la situation : c’est un peu comme si Mr Guéant était dans un tank entrain d’éliminer un civil armé d’un silex…

    Commentaire par Demos — 17/11/2010 @ 16:18

  17. Non mais c’est vrai quoi !!! Et pourquoi pas demander aussi aux journalistes d’avoir des preuves avant d’accuser quelqu’un pendant qu’on y est !!!
    Autant changer tout de suite de métier…

    Commentaire par Arnaud — 17/11/2010 @ 16:26

  18. « Si on résume, cette affaire nous aura déjà appris que la publication de conversations privées pouvait relever de l’intérêt général » = a priori, avec un risque que, de manière étonnante cela devienne recevable par la justice (en tout cas de manière indirecte, puisque révélé par la presse)

    « que la liberté d’expression de l’avocat dans les médias était presque aussi grande que dans les prétoires, pour peu qu’elle s’exerce de bonne foi » : A croire que les avocats en question, se foutent totalement de leurs clients…

    « que la loi sur la protection des sources des journalistes ne protège sans doute pas autant les sources qu’on pouvait l’espérer » : sous d’autres régimes politiques, ca marchait encore, mais je crois que c’est desespéré de nos jours

    Je sais… je devrais arreter de critiquer, mais c’est plus fort que moi 😉

    Commentaire par misty — 17/11/2010 @ 16:33

  19. @Aliocha sous 14 …

    le résultat …. savoureux :

    Hugues Le Bret: Je crée une nouvelle entreprise, comme je l’avais fait il y a 17 ans. Je conseillerai à partir de janvier des entreprises en stratégies de croissance et en stratégies d’opinion. Je continuerai aussi d’écrire, des articles et des livres.

    tout son discours peut se résumer à cela.

    Aliocha : en fait, il y a plusieurs messages : il a vendu 50 000 exemplaires (Qoâ ? Vous ne l’avez pas encore acheté, alors vous allez avoir l’air con dans les dîners en ville), il oppose le devoir de vérité au devoir de confidentialité (lisez mon livre, c’est la vérité vraie), les salariés de la Socgen lui sont reconnaissants pour cette VERITE (contre les mensonges de Kerviel) et, en effet, il monte sa boite (venez, venez gentils clients). C’est pas beau la com’ ? Vous noterez qu’une fois de plus, c’est un titre économique qui lui déroule le tapis rouge. Le timing n’est pas anodin. On peut supposer que les ventes sont corrélées au bruit médiatique autour de l’affaire Kerviel, or, ce bruit s’éteint, il fallait donc en remettre un petit coup. En fait, le vrai Robin des bois dans cette affaire, c’est pas Kerviel mais Le Bret. Je vais vous dire, je n’aime pas la com’, c’est même ma pire ennemie, mais je dois admettre que c’est beau.

    Commentaire par herve_02 — 17/11/2010 @ 16:45

  20. Pour l’immunité de Guéant : je pense que Cimon fait référence à cette jurisprudence établie tacitement par les présidents de la 5e république jusqu’à Sarkozy : le président ne poursuit pas en justice, car il y a déséquilibre du fait de son immunité. On peut donc concevoir que cette jurisprudence s’applique également à l’entourage du président, s’il bénéficie de l’immunité.

    Cela dit, je suis d’accord avec Arnaud : j’attends avec impatience que Médiapart montre ses preuves…

    Commentaire par Tocquevil — 17/11/2010 @ 16:59

  21. A part ça, je suis effaré par les nombreuses interventions de Jalmad – toujours aussi agréables à lire d’ailleurs. Où trouve-t-elle le temps de concilier cette frénésie d’activité bloguesque, ses nombreuses lectures (Chomski, Oriane Fallaci et cie) son rôle d’épouse parfaite (quoique virtuelle) et, accessoirement, celui de magistrate ?

    Commentaire par Tocquevil — 17/11/2010 @ 17:06

  22. ça bouge sur le dossier Bettencourt : http://www.lepoint.fr/fil-info-reuters/la-mise-sous-tutelle-de-liliane-bettencourt-envisagee-17-11-2010-1263479_240.php

    Commentaire par laplumedaliocha — 17/11/2010 @ 17:07

  23. raison de plus pour croire que les enregistrement semblent recevables par la justice…………

    Commentaire par misty — 17/11/2010 @ 17:30

  24. @ Tocquevil :

    Jalmad se la coule plutôt douce en ce moment, pour cause de vacances stratégiquement posées entre les ponts et inactivité forcée du fait de déménagements et travaux dans tous les sens dans son TGI , et hop : elle bosse 2 jours, elle fait l’épouse et lit Chomsky 5 jours, elle rebosse 3 jours, elle blogue et monte un placard 4 jours, elle bosse 1 jour, hop c’est férié et elle fait un pont, etc….

    Aliocha : quand je pense qu’à chaque rentrée solennelle depuis 15 ans, j’entends les magistrats se plaindre d’un excès de travail et d’un manque chronique de moyens…tout est relatif, en somme 😉

    Commentaire par Jalmad — 17/11/2010 @ 17:45

  25. @Aliocha :

    Oui la comm’ c’est beau, beau comme une pute de luxe dans une bmw. la ressemblance ne n’arrête pas qu’à la beauté.

    Commentaire par herve_02 — 17/11/2010 @ 18:11

  26. Mais rendez vous compte des endroits ou ils travaillent aussi : http://www.europe1.fr/France/Justice-un-Livre-blanc-tres-noir-311056/

    Commentaire par misty — 17/11/2010 @ 18:13

  27. Bonsoir,

    Les dossiers Bettencourt sont dépaysés à Bordeaux http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/societe/20101117.FAP1170/les-affaires-bettencourt-depaysees-a-bordeaux.html « loin du microcosme parisien » 😉

    Commentaire par gabbrielle — 17/11/2010 @ 19:28

  28. Et Europe1 en rajoute une couche

    « Le tribunal de grande instance de Bordeaux doit désormais distribuer les dossiers à plusieurs de ses magistrats. Ce transfert risque de repousser la date des différents procès prévus, qui devraient se tenir après l’élection présidentielle de 2012. « 

    Commentaire par gabbrielle — 17/11/2010 @ 19:31

  29. L’immunité du PdR est totale, pas seulement pénale : l’article 67 de la Constitution parle de toute « juridiction ou autorité administrative française »… A priori, ça inclut aussi bien le civil que le pénal.

    Si on étend cette immunité à ses collaborateurs (à mon avis, c’est là que ça coince le plus), adieu la demande reconventionnelle (et la « contre-attaque » en général).

    Je ne sais pas à quel point cela correspond à l’égalité des armes entre défense et accusation… Question sympathique à poser à la CEDH, non ?

    Bref, c’est la même problème que l’affaire Villepin, avec le problème de l’extension de l’immunité présidentielle en plus.

    Commentaire par Cimon — 18/11/2010 @ 09:57

  30. @ Cimon,

    On pourrait peut être se poser des questions plus terre à terre.

    Par exemple, j’ai été surpris de voir qu’un secrétaire général de l’Elysée était considéré comme un dépositaire de l’autorité publique. Je suppose que ce point a été creusé par l’auteur de la citation.

    Pour ma part, je ne l’ai pas vu dans la liste des dépositaires, mais je n’ai fait qu’une recherche rapide.

    Un secrétaire général, ce n’est jamais qu’un super chef de cabinet et un chef de cabinet, ce n’est jamais qu’un super secrétaire. A ma connaissance, ça ne signe pas d’arrêté ou de décret ou d’actes qui comportent l’énoncé d’un ordre s’appliquant à tous.

    Mais je ne suis pas un grand connaisseur des arcanes de l’administration centrale de l’Etat.

    Cela étant dit, s’il y a un pépin à ce niveau là, c’est la régularité de la citation qui devient discutable.

    En matière de presse, il ne faut pas se gourer d’incrimination et c’est one shot.

    Commentaire par tschok — 18/11/2010 @ 10:34

  31. C’est bien qu’on soulève le point des fonctions du secrétaire général du PdR, parce qu’il y a quelque chose qui me turlupine.

    Je me souviens, mais pas avec exactitude, avoir vu surnommé le secrétaire général « premier ministre bis » dans plusieurs articles et journaux. Et pas seulement ceux du moment, même si cela fait moins d’une décennie que je lis attentivement le journal.

    Et je me suis toujours demandé pourquoi cette comparaison est faite par les jorunalistes ? Parce qu’il peut influencer le PdR ?

    Commentaire par Demos — 18/11/2010 @ 10:53

  32. Bonjour tschok,

    Je me suis fait la même réflexion. Je pense que la citation vise l’article 31 de la loi de 1881 qui vise la diffamation commise « à raison de leurs fonctions ou de leur qualité, envers un ou plusieurs membres du ministère, un ou plusieurs membres de l’une ou de l’autre Chambre, un fonctionnaire public, un dépositaire ou agent de l’autorité publique, un ministre de l’un des cultes salariés par l’État, un citoyen chargé d’un service ou d’un mandat public temporaire ou permanent, un juré ou un témoin, à raison de sa déposition ». Je m’attendais à voir également la personne « chargée d’une mission de service publique », parce qu’on retrouve souvent les deux notions jointes l’une à l’autre, mais je ne l’ai pas vu dans la loi de 1881 (mais j’ai pas fouillé).

    Apparemment, pour ce qui est du domaine pénal (mais c’est bien le cas ici), les personnes dépositaires de l’autorité publique sont celles « qui ont été investies d’un pouvoir de décision par délégation« , et l’expression peut désigner aussi bien des fonctionnaires représentants de l’État que des élus également bénéficiaires d’un pouvoir de décision, maires, adjoints. Selon la circulaire de la direction des affaires criminelles et des grâces du 14 mai 1993 (l’introduction au nouveau code pénal), l’expression « personne dépositaire de l’autorité publique » désigne les personnes qui exercent une fonction d’autorité, que cette autorité soit de nature administrative, juridictionnelle ou militaire : le statut de la personne qu’il soit privé (par ex. un juré ou un assesseur non professionnel) ou qu’il soit public (ainsi un magistrat professionnel) est indifférent.

    Les personnes chargées d’une mission de service public, sont celles qui, agents du service ou préposés de celui-ci, assurent, qu’ils soient ou non des agents statutaires, qu’ils exercent leurs fonctions de manière permanente ou temporaire et, quel que soit leur rang hiérarchique, une mission d’intérêt général.

    Toujours selon la circulaire, l’expression « personne chargée d’une mission de service public » vise les personnes privées ou publiques qui, sans être dépositaires d’une parcelle de l’autorité publique, accomplissent, à titre temporaire ou permanent, volontairement ou sur réquisition des autorités, un service public quelconque.

    Je ne connais pas le statut précis du secrétaire général, mais a priori, et intuitivement, j’aurais cru qu’il relevait plutôt de la deuxième catégorie. Je peux totalement me tromper cela dit.

    Il a peut-être des délégations

    (ne serait-ce que pour espionner les journalistes).

    Commentaire par Fantômette — 18/11/2010 @ 12:47

  33. Bonjour Fantômette,

    Le service public…

    Ca c’est un autre problème, effectivement. Le texte vise « citoyen chargé d’un service public temporaire ou permanent »

    Je me pose deux problèmes: je me demande jusqu’à quel point les expressions « service public » et « mission de service public » sont synonymes. Et je me demande si les fonctions d’un secrétaire général de l’Elysée entrent dans l’un ou l’autre.

    Concrètement Guéant est un conseillé privé qui a été catapulté secrétaire général: il est davantage attaché au service d’un homme, par ailleurs chef de l’Etat, qu’au service de cet Etat. Il fait partie de la garde rapprochée du chef, la garde prétorienne. Si le président n’est pas réélu, Guéant valse: il est dans le périmètre du spoils system à la française et ne fait pas partie de cette « administration qui reste, alors que les gouvernements passent ».

    Maintenant, on peut aussi estimer que le simple fait de conseiller le président est une mission de service public. Si l’exécution d’une mission de service public suffit à caractériser le service public au sens du texte, alors je ne vois guère d’incidence sur la régularité de la citation, alors même que par ailleurs il ne serait pas dépositaire de l’AP.

    Mais j’ai tout de même du mal à imaginer que le rédacteur de la citation n’ait pas creusé le sujet de l’AP. Il doit donc y avoir quelque part une base textuelle assez sure définissant un secrétaire général de l’Elysée comme un dépositaire de l’AP, soit parce que c’est écrit noir sur blanc, soit parce que les éléments constitutifs de la qualification juridique sont compris dans la mission du secrétaire. Cela pourrait figurer par exemple dans son acte de nomination.

    Mais je reste étonné: un type qui n’a a priori aucune fonction décisionnaire se voit doté de l’AP. Je me demande bien pourquoi? Un type qui n’est ni membre de l’exécutif, en tant que tel, ni membre de l’administration au sens strict se voit doté d’une parcelle d’AP. Pourquoi? Mystère.

    C’est peut être lui qui décide quand changer l’eau des fleurs en vase de l’Elysée, je sais pas.

    Il faut de l’autorité publique pour changer l’eau des fleurs, d’après vous?

    Commentaire par tschok — 18/11/2010 @ 14:44

  34. @ Fantômette et Tschok :

    aux termes de la jpce, en gros, la personne dépositaire de l’autorité publique au sens de l’art 31 de la loi de 1881, c’est celle qui tire de sa mission des pouvoirs exorbitants du droit commun (en gros, on rejoint plutôt les notions de droit administratif, sur ce coup là). En l’occurence, je dirai comme ça, à vue de nez, mais sans certitude, que guéant n’entre pas dans cette catégorie pour les raisons énoncées par Tschok : il est juste un super-secrétaire et super-conseiller du Président.

    Il n’est pas non plus, selon moi, un citoyen chargé d’un service public, et encore moins d’un mandat public.

    En revanche, il entre à mon sens sans pb dans « agent de l’autorité publique », l’autorité publique étant en l’espèce le Président de la République, dont il est bien un agent. Il suffira juste donc de démontrer que c’est à raison de cette fonction ou de cette qualité qu’il a été diffamé.

    Et, juste un détail pour Tschok : si cette circonstance n’est pas démontrée, ce n’est pas un pb de recevabilité de la citation, mais relève d’une relaxe au fond.

    Commentaire par Jalmad — 18/11/2010 @ 17:16

  35. @ Jalmad,

    Je m’étais focalisé sur « dépositaire » de l’AP.

    Fantômette sur « service public ».

    Et voilà que vous débarquez avec « agent » de l’AP. Pas bête. J’y avais pas pensé.

    La citation vise Guéant en tant que dépositaire de l’AP, en sa qualité de secrétaire général de l’Elysée, désigné par arrêté du préz: en sa qualité de secrétaire, dit la citation, Guéant assume des fonctions de direction du secrétariat général dans le cadre d’une mission d’intérêt général.

    L’auteur de la citation en déduit donc que l’intéressé est dépositaire de l’AP.

    Là dessus vous dites qu’il est agent de l’AP, car agent du préz, qui représente et incarne l’AP.

    Je suis allé faire un tour dans les recueils de JP et je suis tombé sur de vieilles décisions,datant d’une époque antédiluvienne (avant même la loi de 1881) dont l’intérêt est de définir ce qu’était un dépositaire ou un agent, dans la mesure où cela commandait la compétence de la juridiction chargée d’examiner l’affaire née de la diffamation alléguée, savoir les assises si la personnes diffamée était dépositaire ou agent de l’AP, ou la correctionnel, s’il s’agissait d’un particulier.

    Et là, il y a un double clenche:

    – Une personne qui se prétend dépositaire ou agent de l’AP ne l’est pas nécessairement;

    – Le plaignant doit démontrer par ailleurs, comme vous le relevez, que c’est à raison de cette fonction ou qualité qu’il a été diffamé (et ça, nous sommes bien d’accord: c’est un élément légal de l’infraction)

    J’ai vu deux jurisprudences à propos de médecins:

    – Un médecin appelé à exécuter des missions de nature judiciaire comme des autopsies ou des expertises n’est pas un agent de l’AP, ni même un dépositaire.

    – En revanche un médecin inspecteur des eaux thermales en est un: je suppose qu’il est doté de prérogatives de puissance publique lui permettant de mener des inspections sanitaires, avec éventuellement faculté de dresser des PV ou de faire des observations qui pourront servir de base à des sanctions.

    De là, je déduis qu’un agent est doté de prérogatives de puissance publique. Mais ces JP sont anciennes (1840 et des brouettes).

    Je ne suis pas certain que Guéant soit un agent de l’AP au seul motif qu’il bosse pour le président, même en tant que secrétaire de la présidence. Cela étant dit, la qualité d’agent de l’AP est régulièrement reconnue par la JP aux secrétaires généraux d’entités publiques ou investies d’une mission de service public.

    On peut d’ailleurs voir cette JP qui, je pense, vous intéressera (si vous ne la connaissez pas):

    http://www.legifrance.gouv.fr/affichJuriJudi.do?oldAction=rechJuriJudi&idTexte=JURITEXT000006982036&fastReqId=228477904&fastPos=3

    Elle fait un peu la synthèse des deux clenches.

    Commentaire par tschok — 19/11/2010 @ 00:01

  36. PS: s’il y a une erreur de qualification, ce n’est pas un problème de recevabilité, c’est plutôt une nullité.

    Ici, je pense qu’on est dans l’élasticité de l’article 31: qu’il soit dépositaire ou agent ou citoyen chargé d’un service public, ça ne change rien. On reste dans le cadre de l’article 31. Donc, pas de nullité.

    Mais savoir si Guéant est mis en cause en sa qualité de secrétaire général, ça, vu la citation, ça se discute.

    Commentaire par tschok — 19/11/2010 @ 00:09

  37. Nouveau rebondissement :

    David Sénat assigne Hortefeux pour diffamation
    http://www.leparisien.fr/affaire-bettencourt/affaire-woerth-bettencourt-l-ex-conseiller-de-mam-assigne-hortefeux-19-11-2010-1157252.php

    Pourquoi n’assigne-t-il pas Guéant pour atteinte à la vie privée ?

    Commentaire par Tocquevil — 19/11/2010 @ 13:15

  38. Correction : il assigne Hortefeux pour atteinte à la présomption d’innocence.

    Commentaire par Tocquevil — 19/11/2010 @ 13:27

  39. @ tocquevil,

    Atteinte à la vie privée ou atteinte à la présomption d’innocence?

    (vous avez réfléchi à cette mise en balance?)

    Ou diffamation?

    (encore une autre mise en balance)

    Je suppose que David Sénat, magistrat au sein même de l’exécutif, est confronté à la complexité de lois qu’il n’avait pas songé un seul instant voir s’appliquer à lui-même. Peut être est il emmerdé par la profusion des qualifications juridiques disponibles et l’angoisse du choix?

    Je n’en sais rien. Le fait est qu’il a subi une sanction sans procès et sans procédure régulière (« vous êtes viré! », c’est tout ce qui transparait pour l’heure). Donc la qualification « atteinte à la présomption d’innocence » est adaptée.

    Elle vous titille?

    Ah oui, c’est vrai!

    Pour vous, c’était un traitre (parce que le pouvoir le disait). Et ce point n’était pas hypothétique, selon vous.

    Il semblerait donc que l’intéressé ait quelque chose à dire à ce sujet. D’après ce que je lis, il compte le dire en référé: urgence et/ou évidence.

    Soit il a des billes, soit c’est un homme pressé (pressé de paraitre et de disparaitre, ou pressé de rester?).

    On verra bien. Mais si vous avez une idée sur le choix du mode procédural, je suis preneur.

    Je serais un magistrat et on m’aurait utilisé en tant que fusible, je n’irais pas en référé pour 10.000 euros.

    J’irais au fond et pour beaucoup plus.

    Mais… entendons ce qu’il a à dire sur sa situation perso, puisque ça nous concerne tous.

    Qu’en pensez-vous?

    Aliocha : (HS total : en fait, je me demande si vous n’êtes pas en train d’inventer une expression web particulièrement sophistiquée, de sublimer en quelque sorte la discussion bloguesque. Bon sang, y’a de l’artiste chez vous à haute dose, j’espère que vous songez à exploiter ce talent…)

    Commentaire par tschok — 19/11/2010 @ 14:28

  40. @ tschock,
    non, je ne suis pas naïf au point de croire qu’il est un traitre, simplement parce que le pouvoir le dit. J’avais d’ailleurs évoqué des luttes intestines dans lesquelles il n’était peut être qu’un pion. Je m’étonnais aussi qu’il ne se défende pas lui-même, laissant au Monde l’initiative judiciaire.

    Il a pris son temps pour agir, et je suis surpris par son approche : pour invoquer la présomption d’innocence, ne faut-il pas qu’une procédure judiciaire soit engagée ? Il semblerait qu’aucune procédure n’ait été lancée contre lui.

    Une plainte pour diffamation n’aurait-elle pas été plus appropriée ?
    Ne pourrait-il pas se porter partie civile dans la plainte du Monde, au titre de l’atteinte à la vie privée ?

    Commentaire par Tocquevil — 19/11/2010 @ 17:14

  41. @ Tschok et Tocquevil :

    Tschok, quand on assigne quelqu’un pour violation de la présomption d’innocence, ça ne veut pas dire qu’on dit qu’on est innocent. En fait, c’est même totalement indifférent, d’être innocent ou coupable : l’atteinte est en elle-même constituée dès lors qu’on est présenté comme coupable d’une infraction pour laquelle on est poursuivi ou suspecté mais pas encore définitivement jugé. Car, ce qui se joue, au delà de notre image ou notre réputation, notre honneur (ça, c’est plutôt en effet l’action en diffamation qui défend cet aspect là), c’est notre droit à un procès équitable, en fait.

    Quant au fait qu’il ait été viré, ou muté, pour ce même motif, s’il entend le contester, c’est pas vraiment devant le bon juge et le bon adversaire qu’il a assigné (Hortefeux a fait beaucoup de mal, on en est d’accord, mais je crois qu’on peut dire qu’il n’est pour rien dans la décision qui a coûté à sénat son poste. de fait, les déclarations d’Hortefeux visées par l’assignation sont d’octobre, et son limogeage était je crois antérieur). Donc attention à ne pas tout mélanger.

    Ensuite, Tocquevil, non, il ne faut pas qu’il y ait une poursuite. Il faut et il suffit qu’il y ait une enquête. Je pense que c’était le cas de Sénat, puisqu’on avait chopé ses FADET.

    Commentaire par Jalmad — 19/11/2010 @ 17:29

  42. Heu, Jalmad, je ne vois pas où tschok a pu laissé entendre autre chose que vous dites sur l’atteinte à la présomption d’innocence. Je suis sûr qu’il connait cela parfaitement.

    Sur l’opportunité de cette plainte, je reste sceptique : vous voulez dire qu’il y a encore un risque que Sénat soit poursuivi suite à cette enquête, dont on soupçonne qu’elle a été conduite illégalement ? S’il n’y a pas poursuite, il n’y a pas non plus préjudice à son droit à un procès équitable, il me semble.

    Commentaire par Tocquevil — 19/11/2010 @ 18:14

  43. @ Tocquevil,

    Le fondement textuel d’une procédure en référé pour atteinte à la présomption d’innocence est à l’article 9-1 du code civil, lequel, après avoir affirmé le principe pour chacun du droit au respect de la présomption d’innocence, dispose (deuxième alinéa): « lorsqu’une personne est, avant toute condamnation, présentée publiquement comme étant coupable de faits faisant l’objet d’une enquête ou d’une instruction judiciaire, le juge peut, même en référé, sans préjudice de la réparation du dommage subi, prescrire toutes mesures, telles que l’insertion d’une rectification ou la diffusion d’un communiqué, aux fins de faire cesser l’atteinte à la présomption d’innocence, et ce aux frais de la personne, physique ou morale, responsable de cette atteinte. »

    Donc, en effet, il vaudrait mieux pour le bien fondé de cette procédure (civile, vous l’aurez compris, et non pas pénale) que Sénat puisse établir qu’il y a enquête judiciaire sur les faits de violation du secret de l’enquête dans l’affaire Woerth-Bettencourt. J’ignore si tel est le cas; on a essentiellement évoqué les investigations de la DCRI, et je ne crois pas que l’on puisse les qualifier d’enquête judiciaire, si l’on entend le terme strictement, mais deux observations: d’une part, il reste possible qu’une enquête judiciaire ait été ouverte sans que l’on en ait beaucoup parlé (les enquêtes préliminaires sont peu « visibles »), d’autre part, il y a la plainte du Monde, laquelle porte sur des faits tout à fait connexes (là-dessus, on serait un peu à côté du texte de l’article 9-1, mais, sous réserve de revoir les termes de la plainte, ça me semble plaidable).

    Enfin, comme je le rappelais plus haut, il s’agit de droit civil et non pas pénal: pas d’application du principe d’interprétation stricte de la loi.

    Donc, il me semble que cette action pourrait bien être une arme plus efficace entre les mains de Sénat qu’une action en diffamation, laquelle présente l’inconvénient de laisser la possibilité à la partie poursuivie de se défendre en démontrant sa bonne foi et/ou la véracité de ses allégations (possiblement fâcheux).

    Si enquête il y a, et tant qu’enquête il y a, cette action me semble plus sûre, et peut-être également plus dissuasive, qu’une action en diffamation.

    Commentaire par Fantômette — 19/11/2010 @ 18:47

  44. Ce qu’il y a de chiant dans ces actions multiples des uns et des autres, c’est que, pour ma part, j’aimerais juste voir les actes de procédure.

    Et – pourquoi pas? – les pièces.

    Oh mon Dieu! Je crois que j’abuse!

    Commentaire par tschok — 19/11/2010 @ 19:24

  45. Merci Fantômette.

    Commentaire par Tocquevil — 19/11/2010 @ 23:08

  46. Selon Libé et Le NouvelObs, le directeur de Bakchich aurait lui aussi été écouté http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/media/20101120.OBS3248/le-directeur-de-bakchich-aurait-lui-aussi-ete-espionne.html
    et l’article de Nicolas Beau sur Bakchich http://www.bakchich.info/Ouf-Bakchich-a-ses-fadettes-grace,12457.html

    Commentaire par gabbrielle — 20/11/2010 @ 11:28

  47. Nicolas Beau pose la question : « Est-il normal que les flics réquisitionnent les factures détaillées des journalistes ? »
    Sa réponse : « La pratique s’explique par un certain flou juridique »

    Bakchich est beaucoup plus nuancé que Le Monde, qui avait crié à la violation du secret des sources et porté plainte pour moins que ça…

    Commentaire par Tocquevil — 20/11/2010 @ 17:48

  48. Il faut dire que Le Monde a bêtement pu être influencé par les débats législatifs qui ont précédé le vote de la loi sur la protection des sources.

    La question des factures détaillées a été spécifiquement posée par Noël Mamère, lequel a souligné « que le texte était muet au sujet des opérateurs de téléphonie qui, comme l’a montré la récente mise en cause d’un journaliste du Télégramme de Brest sur le fondement des appels passés depuis son portable, fournissent en dehors de tout contrôle juridictionnel les factures détaillées de leurs clients journalistes et permettent ainsi d’avoir accès à l’intégralité de leurs interlocuteurs sur l’année expirée. »

    Il a été adopté un amendement (n°16) supposé répondre, notamment, à cette inquiétude, en ces termes:

    « L’article 1er du projet de loi fonde un principe général de protection du secret des sources qui doit être appliqué dans la conduite de tout acte d’enquête, même en l’absence de mention expresse dans le code de procédure pénale.

    Mais de même que l’article 2 apporte des précisions quant à la procédure de perquisition, votre rapporteur juge préférable de prévoir une disposition particulière en matière de réquisitions comme en matière d’interceptions des communications, compte tenu des graves atteintes qu’elles peuvent porter à ce principe.

    Votre rapporteur a présenté un amendement visant à compléter les dispositions du code de procédure pénale relatives aux réquisitions judiciaires (articles 60-1, en matière d’enquête de flagrance, 77-1-1 pour l’enquête préliminaire et 99-3 en cas d’ouverture d’une information), afin de préciser que celles-ci ne peuvent porter atteinte de façon disproportionnée, au regard de la gravité et de la nature de l’infraction, à la protection qui est due au secret des sources d’un journaliste, ce qui peut être le cas dans l’hypothèse de réquisitions adressées à un opérateur de télécommunication ou de communication en ligne (pour obtenir la liste des numéros appelés ou reçus par un journaliste ou la liste de ses correspondants e-mails).

    Lors des auditions menées par votre rapporteur, mais aussi à l’occasion de la table ronde organisée à l’initiative du Président de votre commission des Lois, des journalistes ont souligné l’existence de techniques permettant de retrouver indirectement la source d’une information journalistique (certains évoquant la « traçabilité » accrue des individus dans notre société), notamment au travers des remontées d’appels des téléphones portables des journalistes.

    Cet amendement vise à répondre à ces objections appliquant très clairement aux réquisitions judiciaires le principe de la protection du secret des sources consacré à l’article 2 de la loi de 1881. »

    Ajoutons, à toutes fins, que le fait que certaines factures détaillées soient apparemment obtenues en-dehors de toute réquisition judiciaire ne me semble pas vraiment constituer une judicieuse justification du procédé.

    Commentaire par Fantômette — 21/11/2010 @ 10:27

  49. Bonjour,

    Nouveau cambriolage cette nuit avec disparition d’ordinateurs chez Rue89, le 2ème en 10 jours http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=9708 et http://www.lepost.fr/article/2010/11/21/2312391_journalistes-espionnes-rue-89-se-fait-voler-des-ordinateurs.html

    Commentaire par gabbrielle — 21/11/2010 @ 11:47

  50. @Fantômette,

    Bakchich serait effectivement fondé à dénoncer une violation du secret des sources. En revanche, je pense que Le Monde continue avoir tort lorsqu’il titre le 19 nov : « Violation du secret des sources du « Monde » : la place Beauvau bloque l’enquête ».

    Dans l’article, il est précisé :
    « Le pouvoir pense alors avoir identifié la source du Monde. Il s’est fondé pour cela sur les factures téléphoniques détaillées de M. Sénat (dites « fadettes ») obtenues auprès des opérateurs téléphoniques hors de tout cadre légal. »

    Or, les débats que vous mentionnez désignent « la liste des numéros appelés ou reçus par un journaliste », ce qui me paraît exclure les sources, conformément à la position de Jalmad (et moi) dans le débat que nous avons eu tantôt.

    Commentaire par Tocquevil — 21/11/2010 @ 23:34

  51. Ben oui, merci, je sais. Vous les découvrez ces débats, oukoi? Ils ont été hyperliés à la discussion dès le début.

    Je réagissais à votre com: Nicolas Beau pose la question : «Est-il normal que les flics réquisitionnent les factures détaillées des journalistes ?» Sa réponse : «La pratique s’explique par un certain flou juridique».

    Non, non et non. La pratique de réquisitions des factures détaillées des journalistes ne s’explique par « un certain flou juridique », du moins normalement pas depuis l’entrée en vigueur de la loi sur la protection du secret des sources. Elle s’explique bien mieux par un certain foutage de gueule politique.

    Commentaire par Fantômette — 22/11/2010 @ 10:29

  52. Bonjour Fantômette,

    Juste une remarque sur votre com 43 (parce que je crois que j’ai été un peu elliptique en com 44)

    Je ne sais pas si Sénat va danser sur ce pied là (ie:démontrer le caractère illégal d’une enquête le concernant en tant que source).

    Perso, je me contenterais de soutenir, si j’étais lui, que j’ai été présenté comme la source du Monde par l’Elysée et ou le ministère de l’intérieur, sans aucune précaution particulière, comme si je l’étais, avant tout jugement, via ses canaux de communication habituels: en l’espèce, surtout, les patrons de la DCRI et de la DGPN qui ont communiqué sur le sujet, en présentant Sénat comme la source.

    Je pense que le débat (celui du référé art 9-1 C civ) doit plutôt porter non pas tellement sur le caractère légal ou non des investigations (c’est un peu la cerise sur le gâteau) mais sur le caractère affirmatif et dénué de précaution de la communication faite par le ministère de l’intérieur (et éventuellement l’Elysée) sur le sujet.

    D’où mon regret de pas avoir l’acte intro (et les pièces…).

    Commentaire par tschok — 22/11/2010 @ 11:04

  53. @ Tocquevil, com 50,

    Je vous propose de poser le problème sur deux plans:

    – Premier plan, le Monde a tort, parce que c’est comme ça (d’abord parce que c’est le Monde et qu’il est forcément pourri): ce plan là, on va l’appeler le plan du réel;

    – Le second plan: il se pourrait que le Monde ait raison. Ce plan là, on va l’appeler le plan de l’hypothèse. Il n’engage à rien. C’est juste un plan de réflexion purement intellectuel.

    Qu’en pensez-vous?

    Commentaire par tschok — 22/11/2010 @ 11:12

  54. Aliocha,

    Euh… Le théâtre?

    Aliocha : j’sais pas, mais faut trouver. J’ai pensé à vous en écoutant Luchini lire Muray. Si vous n’avez pas vu le spectacle allez-y. Luchini et Muray forment un joli couple de dynamiteurs. Je trouve que vous avez une forme d’expression exceptionnellement juste et percutante. Chaque phrase a une puissance singulière, un relief tout à fait surprenant. Ensuite, qu’est-ce qu’on fait de ça, du théâtre, sans doute, ou du pamphlet, ou quelque chose d’entièrement neuf. Allez savoir…

    Commentaire par tschok — 22/11/2010 @ 11:16

  55. @ Fantômette : je suis d’accord avec vous, en fait. Mais si Nicolas Beau n’a pas les idées claires sur la question (on ne peut pas l’accuser de foutage de gueule), c’est qu’une clarification reste nécessaire : espérons que les plaintes en cours puissent déboucher sur une telle clarification.

    Commentaire par Tocquevil — 22/11/2010 @ 11:21

  56. @ tschok,

    comme vous le savez, je suis loin d’avoir votre subtilité, ce qui me fais bien enrager. En conséquence, j’ai un peu de mal à comprendre en quoi poser le problème sur ces deux plans est pertinent.

    Dans mon com 50, je ne faisais que :
    – m’étonner du ton conciliant de Bakchich qui évoque un flou juridique
    – opposer ce ton à celui du Monde, qui continue à avoir une vision maximaliste de la protection du secret des sources.

    Je n’ai pas d’animosité à priori à l’égard du Monde, auquel je continue à être abonné.

    Commentaire par Tocquevil — 22/11/2010 @ 11:37

  57. @ Tocquevil,

    Sous savez, ma subtilité… M’enfin bref.

    Je pense que Nicolas Beau est dans l’ironie, ce qui correspond à la ligne satirique de son média. Le Monde, lui, est plus dans la majesté du sérieux. Il ne peut s’en départir vu qu’il est un journal de référence.

    Il s’agit de deux façons de contempler le même scandale, mais je ne suis pas certain qu’elles traduisent une différence de degré dans l’indignation. C’est juste une façon d’être, quoi.

    A partir de là je ne sais si Beau est aussi conciliant que vous le dites. Je crois plutôt qu’il est ouvertement dans le foutage de gueule à l’égard du pouvoir. Il y a quand même de la grossièreté dans le style du gouvernement que nous avons eu jusqu’à présent, ou à tout le moins une grande désinvolture. Il est tout à fait possible que ce style gouvernemental ait pu susciter dans l’esprit des journalistes l’idée qu’ils n’avaient plus à obéir aux codes de déférence en vigueur auparavant.

    Ca a un effet positif: ça libère la parole.

    Mais un effet négatif: les engueulades sont permanentes, y-compris en interne. Les assignations fusent dans les tous les sens, faut sortir casqué, faut planquer son ordinateur portable dans un coffre, égarer les filatures bref, c’est la guerre.

    Le président voulait du clivage, il est servi. Bien servi d’ailleurs, si j’en juge par les derniers développements judiciaires de l’affaire des rétrocommissions.

    Commentaire par tschok — 22/11/2010 @ 12:44

  58. Bonjour tschok (votre com 52)

    Ce n’est pas ce que je dis. Il ne s’agit pas de démontrer (ni même d’alléguer, à ce stade) l’irrégularité des mesures d’enquête subis par Sénat.

    Il s’agit d’établir l’existence d’une enquête, pas sa licéité.

    L’article 9-1 du code civil n’a pas l’air de protéger la présomption d’innocence d’une personne qui n’est officiellement suspectée de rien. Si aucune enquête judiciaire n’a été ouverte, une lecture un peu rigoureuse de l’article 9-1 pourrait exclure le recours à cette action. Ce n’est pas totalement illogique: on ne peut être présumé innocent que de charges qui pèsent sur vous, en un sens. Ici, c’est de facto le cas, mais de jure? Je l’ignore. Mais Sénat est issu de la magistrature, s’il a introduit cette action, je suppose qu’il a regardé ça de près.

    Si je vous accuse d’avoir tué le président Kennedy (chenapan que vous êtes), je viole moins votre présomption d’innocence que je ne vous diffame (à supposer que je sois de mauvaise foi, bien entendu).

    Commentaire par Fantômette — 22/11/2010 @ 15:15

  59. Ah oui, ok.

    Mais votre interprétation de l’article 9-1, dans sa rédaction actuelle, revient à lui donner le sens qu’il avait avant 2000, dans sa rédaction antérieure, qui était plus exigeante:

    http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=B97C5D0C5060E2BA8D6FEE7019470A09.tpdjo05v_3?idArticle=LEGIARTI000006419315&cidTexte=LEGITEXT000006070721&dateTexte=20000615

    Mais c’est plus ça. C’est ça:

    http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=B97C5D0C5060E2BA8D6FEE7019470A09.tpdjo05v_3?idArticle=LEGIARTI000006419316&cidTexte=LEGITEXT000006070721&dateTexte=20101122

    Dans la mesure où le patron de la DGPN, je crois, a indiqué avoir saisi le parquet, certes postérieurement aux investigations dont les résultats prétendus l’ont amené à présenter Sénat comme la source du Monde, la condition me semble remplie sans la moindre discussion.

    (je veux dire celle relative aux « faits faisant l’objet d’une enquête ou d’une instruction judiciaire »: le problème avec les enquêtes de barbouzes c’est qu’on peut s’interroger sur leur caractère « judiciaire »)

    A partir du moment où il y a transmission au proc, c’est du tout cuit.

    Sur la question de la présentation publique de l’intéressé comme un coupable, c’est le juge qui verra si le fait est suffisamment caractérisé: le fait de présenter X comme la source d’un média est-il constitutif du dommage que veut prévenir l’article 9-6 C . Civ, alors qu’une enquête pénale a officiellement été ouverte pour découvrir cette source?

    Je pense que la réponse est dans la question.

    Maintenant la question est de savoir si le ministère de l’intérieur (c’est lui qui est assigné? J’ai pas suivi dans le détail) a suffisamment désigné Sénat comme ce X, ou s’il a seulement procédé par voie d’allusion ne caractérisant pas suffisamment une désignation précise, en laissant le soin à la presse de colporter la rumeur qu’il a lui-même lancé.

    Toujours est-il que son nom s’est retrouvé dans la presse, en tant que taupe du Monde, et qu’il s’est fait lourdé du cabinet de MAM pour cette raison, d’après ce qu’en a dit la presse, qui n’a pas été démentie par un communiqué officiel.

    Voilà comment je me pose le problème.

    Commentaire par tschok — 22/11/2010 @ 16:48

  60. Yep, c’était un peu ce que je disais au com #43. Je m’étais même demandée si, au cas où la DGPN n’aurait jamais transmis au Parquet, la plainte du Monde n’était pas susceptible de caractériser l’enquête judiciaire au sens de l’article 9-1 c.civ. puisque, pour le coup, au moins, on sait que cette plainte a été transmise (et a priori, pour l’instant, n’a fait l’objet d’aucun classement sans suite, ou je suppose que nous en aurions entendu parler). Ça me semble plaidable.

    Ensuite, sur la question de sa présentation au public comme coupable des faits objets de l’enquête, tout dépend des propos effectivement visés. Vous trouverez le communiqué officiel de Brice the Nice ici, mais bon, ça ne nous dit pas grand chose, sauf que ne seraient visés que les propos tenus par le ministre lors d’une émission RTL du 17 octobre dernier.

    Le Monde le confirme, mais relate l’échange en question ainsi:

    « Ce magistrat conteste les propos du ministre de l’intérieur recueillis sur RTL, le 17 octobre. Un des journalistes demandait dans quelles conditions David Sénat, « qui a été présenté comme une des sources du journal », avait été identifié. « Cette vérification [de la police] a confirmé qu’effectivement un haut fonctionnaire, magistrat, membre de cabinet ministériel, ayant donc accès à des documents précisément confidentiels, alimentait selon ces sources, vérifiées, un journaliste sur des enquêtes, a répondu Brice Hortefeux (…). Je dis que ça tombe sous le coup du non-respect du secret professionnel. »

    Il semblerait que le ministre n’ait pas nommément cité David Sénat.

    Mouahahhhahahhahahhahhahahaha.

    Oui, j’espère que son avocat fera un subsidiaire.

    Commentaire par Fantômette — 22/11/2010 @ 17:22

  61. @ Fantômette : vous êtes sérieuse, là, avec votre subsidiaire ? vous pensez qu’avec ce qui est dit par Hortefeux (tel que rapporté dans le passage que vous citez, si les propos sont exacts), étant observé que Brice répondait à une question précise désigant nommément David Sénat, que sa réponse inclut un » effectivement », et désigne un « haut-fonctionnaire, magistrat, membre de cabinet ministériel » ne permet pas de considérer que Sénat est aisément identifiable ? (la jpce sur la diffamation considère de façon constante que c’est suffisant).

    euh….par ces motifs condamne, en ce qui me concerne.

    Commentaire par Jalmad — 22/11/2010 @ 18:28

  62. Euuh, ben oui, évidemment, je suis sérieuse avec mon subsidiaire, à savoir, j’espère que l’avocat d’Hortefeux ne se contentera pas, à titre principal, d’arguer de ce que son client n’a pas nommément désigné le demandeur et qu’il prévoira à titre subsidiaire – si par extraordinaire, le président du tribunal inclinait à penser que la désignation nominative de Sénat dans la question qui précédait suffit à établir que c’est bien de lui dont BH voulait parler – de développer une défense un peu plus pertinente (ne serait-ce que pour notre taux de sinistrabilité, merci pour lui).

    Commentaire par Fantômette — 22/11/2010 @ 18:42

  63. @ Fantômette,

    Merci pour le lien, vous êtes un chou. J’attends donc le 29 et l’ordonnance qui suivra.

    S’il y a condamnation, notre inébranlable Brice aura à son actif une condamnation en correctionnelle pour ses blagues racistes et une autre en référé pour atteinte à la présomption d’innocence à l’encontre d’un magistrat.

    Et dire que je balise quand je roule à 135 km/h sur autoroute, l’œil aux aguets, dans la hantise du radar…

    Allez! le weekend prochain, je me fais un petit 160!

    (vous savez que j’ai une caisse de père de famille maintenant? Elle dépasse pas le 170)

    (keske je vais faire avec ça?)

    Commentaire par tschok — 23/11/2010 @ 01:58

  64. @ Fantômette :

    oups, pardon, je croyais que vous parliez de l’avocat de Sénat, en fait ! Nous sommes donc d’accord.

    Commentaire par Jalmad — 23/11/2010 @ 02:24

  65. tschok,

    Mais vous n’êtes pas ministre, vous, il vous échoit de baliser.

    Si vous voulez, c’est un peu une théorie des vases communicants appliqué à l’échelle d’une nation: la crainte n’est pas équitablement produite par tous, de même que la menace (ceci expliquant peut-être cela).

    Nous, nous produisons de la crainte. On la thésaurise, elle produit des intérêts, sur le fondement desquels on estime leur taux de rentabilité.

    A côté de nous, il y a ceux qui mettent en place des systèmes de gestion assez sophistiquée des avoirs en craintes, qui permettent de les stocker (sous forme d’angoisse diffuse et de ressentiments), puis de les régénérer sous des formes éventuellement symboliques, pour en faciliter la tradition. On dépose, on retire, on s’enrichit dans le trafic moral en se constituant un capital d’inquiétudes qu’on peut ensuite investir dans une entreprise de reproche.

    Vous ne croyez pas que l’on assiste actuellement à des mouvements de regroupement des capitaux en craintes?

    Commentaire par Fantômette — 23/11/2010 @ 19:24

  66. @ Fantômette,

    Si, effectivement, sur les matières premières.

    La hausse des cours de MP produit des capitaux qui viennent s’investir, notamment dans l’immobilier à Paris (qui reste peu cher, enfin faut le dire vite: ni pour vous ni pour moi).

    Il y a une traduction assez inattendue: la baisse du prix « officiel » des grands appartements parisiens! J’en ai vu un diviser son prix par deux entre la signature de la promesse et l’acte authentique.

    Vu la JP fiscale, le procédé est très grossier mais les investisseurs s’en foutent complètement. Ils tentent le coup. Ils ne se font même pas chier à faire des montages complexes, c’est du frontal.

    Et, ma foi, je ne vois pas de raison de leur dire de ne pas le faire.

    Je parle de biens immobiliers qui sont dans la tranche 5-10, à prix officiels.

    Millions.

    D’euros.

    Commentaire par tschok — 24/11/2010 @ 18:40

  67. 😐

    Alors, tschok, comment vous dire… Je ne voudrais pas qu’un excès de formalisme finisse par rendre nos conversations vraiment contraignantes, évidemment, mais sinon, il existe une autre option: lire mes coms avant d’y répondre.

    Vous le faites comme vous le sentez, bien sûr.

    Commentaire par Fantômette — 24/11/2010 @ 19:08

  68. Ben je l’ai lu… ça m’inquiète!

    Et j’ai essayé de répondre à ça:

    « Vous ne croyez pas que l’on assiste actuellement à des mouvements de regroupement des capitaux en craintes? »

    Réponse en trois temps:

    Le premier: phase de concentration:

    « Si, effectivement, sur les matières premières. »

    Le deuxième:phase de réinvestissement

    « La hausse des cours de MP produit des capitaux qui viennent s’investir, notamment dans l’immobilier à Paris (qui reste peu cher, enfin faut le dire vite: ni pour vous ni pour moi). »

    Le troisième: la conséquence inattendue

    « Il y a une traduction assez inattendue: la baisse du prix « officiel » des grands appartements parisiens! J’en ai vu un diviser son prix par deux entre la signature de la promesse et l’acte authentique. »

    En fait j’essayais de vous parler des biens mal acquis. Parce qu’il n’y a pas que des « regroupements des capitaux en craintes ». Il y a aussi beaucoup d’espoirs.

    Mais, je voyais la chose du côté de ceux qui n’ont pas de crainte et beaucoup de capitaux, alors que vous parlez plutôt de ceux qui ont beaucoup de craintes et peu de capitaux, si j’ai bien suivi.

    Commentaire par tschok — 25/11/2010 @ 18:34

  69. Bonsoir tschok,

    Non, ce n’est pas vraiment ça.

    En fait – à moitié saisie par une inspiration qui a autant de chance d’être pertinente que d’être totalement à côté de la plaque – j’ai connecté votre remarque sur la peur (vous balisez plus qu’un ministre à l’idée de faire l’objet d’une condamnation) à plusieurs sujets qui me trottent dans la tête.

    Pour commencer, une question de science politique : la peur et son instrumentalisation dans la théorie du pouvoir. C’est une thématique qui traverse beaucoup de théories du pouvoir (peut-être bien toutes d’ailleurs), mais j’ignore si elle a été abordée de manière frontale. Mon point d’entrée, c’est le sentiment d’insécurité: la façon dont il est véhiculé, exprimé, manifesté, la façon dont on en parle, dont on l’exploite – comme s’il était, dans le fond, une richesse ou une ressource. Un capital. Vous, l’abordiez sous un autre angle, non moins intéressant, en mettant en balance votre peur (celle du gendarme, disons) et l’absence de peur d’un ministre, déjà condamné.

    Du coup, je me suis dit que la peur était inéquitablement produite, qu’il y avait ceux qui la produisaient, et ceux qui l’exploitaient.

    Le citoyen lambda produit de la peur, qui s’accumule, se transmet, s’échange. Je me suis demandée si la peur pouvait être décrite comme une ressource, et j’ai eu l’impression que ça marchait. Et ensuite, j’ai simplement filé la métaphore dans un vocabulaire financier.

    La peur se transmet sous une forme symbolisée, qui lui permet également de se diffuser, dans une forme « d’énervement de l’insécurité » (face au voleur, face au gendarme). Ça, c’est en partie les états de stress synchrones dont on parlait il y a quelque temps.

    Je me suis demandée dans quelle mesure la politique de l’État pouvait être assimilée à la mise en place de systèmes plus ou moins sophistiqués de gestion de la peur – tantôt pour aider à la production, tantôt pour en limiter le volume… et tantôt pour l’amasser – et c’était ma dernière question sur une éventuelle assimilation de la politique actuelle à une politique de regroupement des capitaux en craintes.

    Voili voilou.

    Commentaire par Fantômette — 25/11/2010 @ 22:45

  70. Tiens c’est marrant. Je n’aurais pas du tout fait une association par rapport à ça (d’ailleurs, je ne l’ai pas fait).

    (j’étais plutôt parti dans une autre direction, à 2000 km)

    Ca me fait dire qu’on peut se bien connaitre, mais complètement se louper.

    Commentaire par tschok — 25/11/2010 @ 23:40

  71. @ Fantômette

    Ce thème, humoristiquement et lapidairement évoqué par Jules Renard avec son célèbre « N’écoutant que son courage, qui ne lui disait rien, il se garda d’intervenir », est très intéressant mais vaste.

    Il apparaît avoir été approché -récemment et synthétiquement- par un auteur (Corey Robin): http://ses.ens-lyon.fr/d10a/0/fiche___article/

    Pourriez-vous développer davantage, notamment lorsque vous évoquez la transmission symbolisée de la peur ou encore sur ce que vous entendez exactement par « sentiment d’insécurité », tant cette notion est politiquement connotée depuis vingt ans (en étant opposée à « l’insécurité réelle »), connotation qui est infortunément de nature à fermer usuellement rapidement le débat ?

    Commentaire par Goloubchik — 26/11/2010 @ 01:35

  72. Bonjour Goloubchik,

    Merci pour la référence, j’ai commandé le livre chez mon libraire préféré. 🙂

    Je risque de peiner à développer davantage, parce qu’il ne s’agit que de petits bouts de réflexions personnelles que je me suis faites, sur des sujets liés – comme par exemple, la production d’états de stress synchrones, que j’avais déjà évoqués ici, il y a quelques temps.

    Vous avez suivi, je pense, la discussion à propos de l’affaire des « journalistes pédophiles ».

    Quand j’ai exploré googlenews à la recherche d’éléments sur cette fameuse affaire, j’ai pris connaissance de l’affaire en passant par les étapes suivantes. D’abord, Aliocha, qui en parle en tout premier lieu comme d’une affaire où Nicolas Sarkozy aurait « traité un journaliste de pédophile« , explicite ensuite l’affaire en expliquant qu’il ne s’agit, en réalité, que d’une analogie, mais poursuit, malgré tout, en s’interrogeant:« …pourquoi ce choix de la pédophilie parmi tant d’infractions au code pénal ? Notre Président verrait-il un pédophile derrière chaque journaliste?… »

    Trois étapes donc:

    1- un journaliste se fait traiter de pédophile par le président interviewé en off. C’est un scandale que l’on rapporte, qui ne peut que susciter la désapprobation, voire la colère, mais on décèle de l’ironie dans le propos d’Aliocha.
    2- Explication sur le mode rationnel: n’en faisons pas toute un montagne, en réalité, si les mots ont un sens, le PR n’a jamais « traité » qui que ce soit de pédophile, ni même insinué qu’il pouvait l’être, mais a simplement utilisé le terme dans le cadre d’une analogie pour expliquer son refus de faire un commentaire sur Karachi face à des accusations dépourvues de fondement. Le stress retombe.
    3- Oui, mais pourquoi pédophile? Franchement, d’où ça sort? La tension revient, réintroduite un peu artificiellement, mais réintroduite tout de même.

    L’ensemble me laisse donc totalement perplexe, donc je pars à la recherche de quelques données factuelles. Et je vais retomber sur les mêmes « oscillations ».

    Je commence par prendre connaissance de la retranscription des propos tenus, dont je tire l’idée que les offusqués font un fromage de pas grand chose, et qu’il est instructif de vérifier que cette analogie fonctionne manifestement au-delà des espérances les plus folles, qui démontre que même une accusation off, dont on indique qu’elle est sans fondement, et n’est utilisé que pour démontrer un propos, parvient à provoquer l’indignation de ceux à qui elle s’adresse. C’est dire si elle démontre ce qui devait être démontré.

    Je continue mes recherches, ne serait-ce que parce que ma profession m’a tout de même appris qu’une transcription, même parfaitement fidèle, pouvait vous faire passer à côté du « sens » d’une déclaration, à défaut d’en évoquer le ton, le débit, les gestes qui l’accompagnent… Là, je tombe sur un article (Mediapart) qui parle de NS comme s’étant précisément montré à deux doigts de la folie furieuse. L’article n’est plus en accès libre, mais il est évoqué ici. Ce qui suit est extrait de l’article, comme il est dit dans le blog que je vous ai hyperlié, ce qui correspond également à mon souvenir de l’article.

    « …Quand il lui est rappelé que son nom figure notamment dans des documents montrant qu’il a donné son aval à la création d’une société-écran luxembourgeoise par laquelle transitaient les commissions, il «pète les plombs» selon de nombreux journalistes présents en s’adressant à celui qui a osé lui poser la question. «Qui vous a dit ça? Vous avez eu accès au dossier? Charles Millon a une intime conviction. Et si moi j’ai l’intime conviction que vous êtes pédophile? Et que je le dis en m’appuyant sur des documents que je n’ai pas vus…» «Survolté», «hors contrôle», le président ne s’arrête plus. Sa diatribe dure une dizaine de minutes, pendant lesquelles à plusieurs reprises, il reprend la comparaison. Finalement, il clôt son intervention, tourne les talons et s’en va en déclarant : «Amis pédophiles, à demain.» Les journalistes français se regardent interloqués, notamment les «journalistes diplomatiques», qui n’ont pas l’habitude des dérapages du président. »

    Hop – re-scandale, évidemment. Émoi et colère, énervement, agitation.

    Jusqu’à ce que je prenne connaissance de la bande des propos tenus, qui me fait derechef pencher pour mon interprétation précédente. NS ne me semble guère plus agité qu’à son habitude, et je ne pense pas une seconde qu’il « pète les plombs » dans cette saynète. D’autres articles évoquent également des réactions différentes des journalistes présents.

    Pourquoi je vous raconte tout ça. Eh bien, parce que je me suis précisément fait la réflexion, dans cette affaire, que décidément, il avait beaucoup été question, dans cette affaire, de créer ou faire partager un état de stress synchrone, et que ça s’est montré à la fois efficace et peu efficace, en ce sens où des états de stress synchrones ont été créés et perturbés un peu en permanence. Ce qui fait retomber le soufflé, c’est l’échec de la création d’un état de stress synchrone stable.

    Mutatis Mutandis, à propos du sentiment d’insécurité (entendu de la façon la plus lambda qui soit, c’est-à-dire une pression criminelle subjective, ressentie, opposée à une pression criminelle objective), j’observe un peu les mêmes phénomènes.

    J’ignore comment ça se passe exactement, mais je trouve ça intéressant à observer.

    Je parle de craintes « symbolisées » parce qu’elles transitent par les media (je parle de transmission par les media, et pas nécessairement de construction. Les choses sont toujours plus complexes qu’on ne le souhaiterait). Il ne s’agit pas uniquement, ai-je tendance à penser, d’un phénomène de mimétisme, qui exigerait que l’on soit physiquement présents les uns aux autres.

    Si le stress se transmet au téléspectateur lambda, assis sur son canapé devant la télé ou son écran d’ordinateur, c’est qu’il se transmet par l’entremise d’une symbolisation. Les mots, sûrement, mais peut-être pas uniquement. Je n’en sais trop rien. Mais je trouve ça intéressant à observer.

    Commentaire par Fantômette — 28/11/2010 @ 12:57

  73. Hello Goloubchik

    Tenez, encore un exemple entendu ce matin à la radio: les autorités se veulent rassurantes sur les risques de contagion de la crise financière de l’Irlande à la France. Ici, il s’agit de rassurer.

    Et il y a encore trois semaines-un mois, on attirait l’attention du public sur les menaces terroristes, qualifiées d’extrêmement sérieuses.

    D’un côté, on nous rassure, de l’autre, on nous inquiète. Bien entendu, il s’agit de deux choses différentes, je ne dis pas l’inverse, et je ne prétends même pas que, sur le fond, Ch. Lagarde, F. Baroin, ou N. Sarkozy et B. Hortefeux ont tort. Peu importe – mais j’observe dans ces deux exemples ce que je proposais d’appeler plus haut des systèmes de gestion des craintes. A ce stade, je n’essaye d’ailleurs même pas d’en tirer une conclusion quelconque – et je précise d’ailleurs que je ne fais pas de ces observations une raison pour nourrir une quelconque absurde théorie du complot. C’est autre chose, je ne sais pas bien quoi, au juste.

    Je trouve cependant intéressant d’observer l’actualité sous cet angle-là. Ça permet de la « taguer » différemment.

    Commentaire par Fantômette — 29/11/2010 @ 11:59

  74. @ Bonsoir Fantômette

    Vous êtes le bénéfique messager (en soi, la vérité n’est jamais laide) de la confirmation de l’altération de mes capacités intellectuelles 😉

    Sur un sujet qui m’intéresse bigrement (la peur, concernant une nation française aux sujets hyper-anxiolitiqués), j’en suis à mon troisième post en réponse effacé.

    Tout simplement, je me sens débordé par la richesse du questionnement.

    Mon sens de la courtoisie (auteur d’une sollicitation active, je vous dois une réponse) prévalant sur celui de mon ridicule (dont heureusement -ou hélas- nul ne meurt plus), je formule témérairement les quelques observations qui surnagent, à partir de vos développements, de l’état confusionnel où vous m’avez placé :

    Je suis OK pour la peur comme considérée comme ressource, mais pas sur la bétonnisation de sa capitalisation et encore moins sur l’anatocisme qui pourrait être attaché à celle-ci.

    (le « capital peur » étant susceptible de fluctuer dans le peuple, comme à la Bourse, à la hausse comme à la baisse).

    Il ne m’apparaît pas personnellement que le déséquilibre soit si important entre la peur produite par le citoyen lambda et celle produite par le pouvoir d’Etat (la limitation de l’examen du phénomène à ce dernier seul me semblant par ailleurs de nature à gauchir le débat), notamment et tant l’exercice de ce pouvoir d’Etat sert de révélateur et d’amplificateur des faiblesses de certains de ceux qui le composent.

    (ce qui est à la fois infiniment rassurant et désolant, le citoyen français lambda espérant désespérément de son côté que le politique lui soit très proche sans lui ressembler éthiquement)

    Pour cette raison, dans le fil et pour me prononcer sur ce qui me semble être le point nodal de votre questionnement, je considère pour ma part, à ce jour, notre pouvoir d’Etat comme incapable de mettre correctement en place « des systèmes plus ou moins sophistiqués de gestion de la peur ».

    Il lui faudrait déjà pour cela commencer à maîtriser suffisamment la com’, ce qui -quoi que ce que certains prétendent- n’est en rien le cas. Autrement, NS serait à 60% dans les sondages et les allégations de Christine Lagarde (que j’ai pourtant perso à la bonne) seraient davantage crédibles que celles de ses lointains prédécesseurs qui, à l’époque du franc, juraient la main sur le coeur la veille d’une dévaluation qu’une telle opération était inenvisagée.

    HS ou peut-être pas, un mot plus personnel: le contenu du long billet de Nancy Huston (que j’affectionne pour différentes raisons) dans Le Monde de ces dimanche/lundi m’a fait penser à vous.

    Commentaire par Goloubchik — 29/11/2010 @ 23:57

  75. @Goloubchik, je vous suis sur ce point : s’il y a une chose que ce gouvernement a démontré, c’est qu’en matière de com’, il ne maîtrise rien du tout.

    Son désir de maîtriser la com’ s’est retourné contre lui très rapidement, dans tous les domaines : gestion des télé et radio nationales, santé (gestion de la grippe), sécurité, immigration (les Roms), identité nationale, affaire Bettencourt, gestion des retraites, politique extérieure… Difficile donc d’en faire le monstre froid qui mobilise les peurs pour servir son agenda. D’un point de vue com’, c’est le fiasco total, et je ne parle même pas des dérives bling-bling (Fouquet’s & co).

    Commentaire par Tocquevil — 30/11/2010 @ 10:17

  76. Bonjour Goloubchik,

    Oh?! Vous aimez Nancy Huston? Vous savez que j’ai dans ma bibliothèque un exemplaire du « Tombeau de Romain Gary » qui m’a été personnellement dédicacé par l’auteur, après une passionnante discussion avec elle sur le sujet de son livre? Je crois que c’est le livre le plus « juste » jamais écrit sur Romain Gary – et au-delà, sur la création littéraire, le rapport qu’un écrivain entretient avec ses personnages, ses livres, son écriture, l’histoire qu’il n’en finit jamais de se raconter sur lui-même et ce qu’il fait. J’ai du le lire au moins quarante fois (il est vrai qu’il est court). Je crois d’ailleurs qu’elle a à moitié réinventé, à cette occasion, la forme littéraire de la biographie, en en faisant cette « correspondance » (dans son double sens) entre un auteur et son lecteur.

    J’aime aussi beaucoup ce qu’elle écrit dans ses articles ici ou là. Après, à dire vrai, ça dépend de ses livres. Elle s’embrouille un peu parfois, je trouve. Cela donne des livres aussi touffus qu’un taillis, dans lesquels on a surtout envie de saisir au hasard une idée ou une phrase, avant de s’en extraire. Mais j’ai beaucoup aimé l’Espèce Fabulatrice, également. J’ai été lire son article sur LeMonde.fr, merci de m’y avoir renvoyée quoique pour être tout à fait franche, je ne suis pas certaine d’avoir saisi ce qui vous avez fait penser à moi dans cet article.

    Si je devais conseiller à N. Sarkozy de lire un livre, comme le suggère N. Huston, peut-être lui conseillerais-je de lire Le Tombeau de Romain Gary, d’ailleurs. Je crois que c’est un livre que l’on est capable d’écrire lorsque l’on sait écouter – vraiment écouter je veux dire, avec infiniment d’attention, d’intelligence et une oreille de musicien. C’est certainement une qualité qu’il a besoin de développer, je le crains.

    (Il ne devait pas faire un bon avocat, à mon avis).

    (A propos de la peur et sa nature capitalisable, notamment, je reviens vers vous plus tard, vu que je ne suis pas d’accord.)

    Commentaire par Fantômette — 30/11/2010 @ 15:57

  77. @ Tocquevil

    Cette absence de maîtrise, qui s’est manifestée en tant de circonstances, cela effectivement dès le jour même de l’élection, constitue pour moi LA grande énigme des trois premières années du quinquennat.

    J’hésite entre inconscience, incompétence (je n’ose évoquer le sabotage) et hyper-arrogance, sinon même mode suicidaire.

    La clé de l’énigme sera peut-être connue dans trente ans, si Franck Louvrier se décide un jour à écrire ses mémoires 😉

    @ Fantômette

    Je connais (un peu) l’auteur Huston mais moins (cela date, les liens sont rompus et elle n’avait pas encore atteint la notoriété qui l’autorise maintenant à billetter en dernière page du Monde) que la personne Nancy, grave et légère, sérieuse et drôle.

    Je lui dois une reconnaissance éternelle pour m’avoir oralement débloqué en langue anglaise en usant d’une méthode musicothérapeutique consistant à faire chanter jusqu’à plus soif deux jours d’affilée une chanson des Eagles.

    Un air de croulant mais que j’adore toujours et que vous connaissez peut-être :

    Je n’ai pas lu Le Tombeau de Romain Gary. Et comme je suis pas N. Sarkozy, je vais suivre votre conseil.

    Ah oui, et pour ce qui m’a fait penser à vous dans le billet, c’est la référence à Barthes et à sa défense et illustration du Neutre. Le goût du décorticage, le penchant Sirius anti-binaire, l’appétence pour l’excentré (ce qui ne vous interdit pas le rentre-dedans ou le pétage de plombs, notamment lorsque vous avez soif et êtes en manque de Coca Zéro ou de gueuze Lambic).

    Commentaire par Goloubchik — 30/11/2010 @ 22:21

  78. Alors. Cher Goloubchik.

    La pensée de vous avoir fait cogiter toute une partie de la soirée d’hier m’enchante, vous avouerai-je. Je vais tenter de réitérer l’exploit (comme vous le savez je ne cesse jamais de parier sur l’intelligence). Et puisque vous confessez un certain intérêt pour le sujet (nous sommes deux), c’est reparti 😉 Je m’en vais donc défendre mon point de vue.

    Je ne suis pas certaine de saisir la distinction que vous semblez faire entre ressource et capital, pour commencer, les deux termes étant liés, dans mon esprit – mais peut-être à tort. Si je vous suis, vous proposez de distinguer, grosso modo, deux définitions possibles de la peur-ressource, la première à laquelle vous acceptez de prêter quelque réalité, et la seconde, qui vous convainc nettement moins. En ce qui concerne la première, il s’agit d’une ressource statique, accumulation d’une valeur que l’on conserve telle quelle, dans l’attente du jour où l’on en aura besoin; c’est le bas de laine. En ce qui concerne la seconde, il s’agit d’une ressource que l’on investit, que l’on fait travailler, à qui l’on fait courir des risques, dans le but de la voir produire des dividendes. C’est le capital-peur. Contrairement au bas de laine, ce capital va nécessiter un système de gestion un peu sophistiqué: il ne s’agit plus simplement de produire et stocker, mais de mesurer. Le capital, comme vous le rappelez, fluctue; c’est son charme, mais c’est aussi toute la difficulté. La transformation d’un bas de laine en capital passe donc par la création d’un système de gestion, capable notamment d’élaborer des outils de mesure comptable sophistiqués.

    Ainsi, dans mon idée (vous avez compris que je l’élabore au fur et à mesure que j’écris, n’est-ce pas? Ça ne vient pas de très loin, et ça n’ira pas forcément très loin non plus), définir la peur comme un capital, et évoquer l’élaboration de système de gestion appropriés est très lié: c’est quasiment le fait de détecter des mécanismes de gestion de la peur qui devrait nous faire faire l’hypothèse que l’on se trouve face à une ressource de type capital.

    Bon.

    Alors, qu’est-ce qui me fait penser, dans l’actualité, que l’on en est déjà là, dans cette logique fiduciaire.

    C’est finalement l’impression (qui n’est pas véritablement scientifiquement étayée), ou l’intuition, que sur beaucoup de sujets politiques, économiques, sociaux… il est essentiellement question de cela. Qu’est-ce qui doit nous inquiéter, qu’est-ce qui ne doit pas (trop) nous inquiéter?

    Par parenthèse, je vous rejoins parfaitement sur votre remarque à propos du fait qu’il ne s’agit pas de tout mettre sur le dos de l’État. C’est plus général. Il faut y inclure les partis politiques, les syndicats, le MEDEF, et beaucoup d’acteurs de la société civile, également (j’ai en tête l’expression anglaise des « powers-that-be », j’ai du mal à en trouver une bonne traduction).

    Il s’agira pour eux (pas au même titre, ni au même degré) d’activer, puis capter, les émotions libérées. Et là, vous avez déjà un premier système de gestion, à mon sens. Ensuite, ce n’est pas parce que ce système de gestion ne permet pas nécessairement d’anticiper tout ce qui se produit, ou ne permet pas une parfaite manipulation du capital qu’il n’existe pas (sinon, la faillite des bourses à prévenir la crise signifierait que la notion de capital économique n’a plus cours). Il suffit d’avoir des systèmes qui tendent à gérer, mesurer, et diriger dans les grandes lignes, cette énergie négative pour que l’on puisse en parler comme de systèmes de gestion quelle que soit par ailleurs leur efficacité, très relative le cas échéant.

    Vous avez évidemment raison de dire que la com’ officielle n’est pas absolument efficace. Elle tend à l’efficacité – et justement, me semble-t-il, en rentabilisant le capital peur, qu’elle contribue elle-même à nous faire produire.

    Ce que je trouve inquiétant est d’ailleurs de voir à peu près tout le monde jouer la même partition. On ne nous désigne pas le même objet de crainte, mais l’utilisation de ce ressort est extrêmement commune. Qui aujourd’hui, dans le débat public, est fondamentalement et globalement rassurant? Question encore plus difficile: qui a intérêt à l’être?

    Et ça, c’est une réflexion que je m’étais faite il y a un moment, sur la question très spécifique du sentiment d’insécurité. On ne lutte pas contre le sentiment d’insécurité comme on lutte contre l’insécurité. Mais qui, parmi les acteurs intervenant dans le domaine de la criminalité, va avoir un intérêt plus que ponctuel à se montrer rassurant? L’attribution des budgets de la justice et de l’intérieur commandent de ne pas lésiner sur les chiffres de la délinquance. Il convient d’éviter deux écueils: donner l’impression d’un appareil répressif inefficace, donner l’impression que l’on a commencé de résoudre le problème (ou que, les hommes étant ce qu’ils sont, on ne pourra pas faire beaucoup mieux).

    Et en fait, c’est relativement simple. Ça fait des années qu’on y arrive très bien.

    C’était aussi un peu dans cet ordre d’idée que l’été dernier, j’avais émis l’idée que la véritable vertu, aujourd’hui, devrait être le courage – qui pourrait, après tout, être défini comme la capacité individuelle à résister à l’injonction de contribuer à l’enrichissement de la banque nationale des dépôts et consignations de nos craintes collectives.

    Commentaire par Fantômette — 30/11/2010 @ 22:33

  79. @ Goloubchik

    Très bon exercice, les chansons en anglais. Les chansons folkloriques aussi peuvent aider. Quand vous savez chanter « Hickory Dickory Dock » ou « what shall we do with the drunken sailor » à toute vitesse, et avec une prononciation correcte, c’est le signe que vous allez pouvoir commencer à vous faire passer pour un Belge à Londres.

    (Au stade suivant, on hésitera entre vous confondre avec un hollandais ou un allemand.)

    ( 🙂 )

    Ah oui, Barthes. La distance dont il parlait est précieuse. Sans elle, pas d’échange possible – aucune marge de manœuvre. C’est effectivement une idée à laquelle je tiens. Et une des raisons qui font que je me méfie de cette tendance à présenter comme une qualité cette capacité à se mettre à la place des autres – sans se poser la question de savoir quelle place il leur reste une fois qu’on s’y est installé en leur nom.

    Vous me direz ce que vous en aurez pensé, du Tombeau de Romain Gary?

    Commentaire par Fantômette — 30/11/2010 @ 23:33

  80. Bonsoir Fantômette,

    J’ai entendu « pétage de plomb »?

    Je suis votre homme! J’ai tout un tableau de vieux plombs à péter, sous ampérage divers.

    Les analogies entre la peur et le capital sont nombreuses et fructueuses, ne serait ce que parce que les deux mots sont intimement mêlés dans l’histoire récente (et même ancienne à vrai dire) qui les relie par les fils de la répression – qui fait peur, c’est son office – de la domination, qui repose sur la peur – ou du spectacle, qui entretient et représente l’idée de la peur.

    C’est, je crois, plus par ce dernier fil que vous tirez les deux mots l’un à l’autre pour révéler une parenté qu’on aurait cru au premier abord assez improbable.

    Pour ma part, je compare la peur et son spectacle bien plus volontiers à la monnaie qu’au capital.

    Bizarrement, pour que la peur prenne et s’installe dans les esprits comme chez elle, il faut lui faire confiance. D’ailleurs, vous employez vous même le terme de « fiducie ». La peur est une valeur sure: on peut lui faire confiance, elle ne nous trahit jamais.

    On peut donc, en première analyse, s’expliquer la prégnance de la peur dans le discours social par cette proximité, cette promiscuité même que nous entretenons spontanément avec les choses qui… nous rassurent. Et paradoxalement la peur en fait partie.

    C’est que la peur est aussi l’indicateur d’un danger. Si on a peur, c’est qu’il y a danger, donc on a raison d’avoir peur. La peur nous renvoie à des mécanismes psychiques profonds et obscurs qui relèvent presque du sixième sens. Sous cet angle, loin de la considérer comme un cancer qui nous ronge et nous diminue, on peut aussi la percevoir comme le ressort d’un instinct dont le rôle est d’assurer la protection et la survie.

    Il est d’ailleurs un fait certain que l’homme n’est jamais plus violent et acharné à lutter pour sa survie, jusqu’à une sauvagerie qui fait peur aux bêtes les plus terribles, que sous l’effet de la peur.

    Voilà donc le premier argument qu’on pourrait vous opposer, ou plutôt qu’on pourrait apposer aux vôtres pour compléter le tableau.

    Mais, personnellement, je m’étais posé le problème un peu différemment. Je m’étais demandé de quoi le discours de peur est le vecteur. En fait, le discours de peur contient immanquablement un sous discours: la peur n’est que l’onde porteuse et c’est dans la modulation de la fréquence qu’on va trouver le ou les messages.

    Par exemple, le discours sur l’insécurité, qui entretient la peur sur un mode quasi pathologique, renvoie à un discours de martialisation de la police qui permet à celui qui la dirige de passer symboliquement pour un « homme fort ».

    On comprend dès lors que notre président, ancien ministre de l’intérieur, n’ait placé pour lui succéder à ce poste, que des hommes liges et qu’il ait bien fait comprendre à qui voulait l’entendre, en multipliant les sorties de toutes sortes, qu’il restait le vrai chef de la police: il est donc hors de question que le ministre de l’intérieur se saisisse de ce symbole d’un pouvoir mâle et dominateur, sinon son propre prestige de président en prendrait un coup. Il n’aurait plus que la constitution pour assoir son pouvoir. Or la constitution n’en fait qu’un petit Hercule, pas un maître du monde.

    On a donc une explication très simple, en fin de compte, de l’existence d’un discours et d’un climat: la réalité des rapports de forces entre les être humains fait qu’on instrumentalise les peurs pour accéder à ce qui anime le symbole et sa puissance évocatrice dans l’esprit des citoyens.

    Dire que la peur n’est qu’un vecteur serait sans doute insuffisant: le vecteur interagit avec le message qu’il transporte et réciproquement.

    Reprenons le discours de peur sur l’insécurité. Il porte en lui-même le discours sur la martialisation de la police dont il est le prolongement nécessaire: seule une situation sécuritaire d’une grande gravité peut nous faire accepter qu’on passe en mode « guerre ». Mais le discours sur la martialisation de la police modifie également l’idée qu’on se fait du danger et nous l’avons vu tout dernièrement lorsque Brice l’Insondable a affirmé, après la mort d’un homme touché par deux décharges de taser, qu’il n’y avait pas d’alternative à cet équipement. Ce qui signifie donc que cet équipement ne peut, selon le ministre, être retiré du service sans que la mission à laquelle il correspond ne soit plus remplie (on se demande comment faisait la police auparavant).

    En somme, nous avons accepté une police de guerre car la situation sécuritaire était grave: la gravité de l’insécurité était donc présentée comme une justification de la martialisation de la police.

    Maintenant on nous explique que la situation sécuritaire est grave parce que nous avons une police de guerre, la meilleure preuve en étant que si on la prive d’un équipement une partie de la mission ne sera plus remplie: la martialisation de la police est bien la preuve que la situation sécuritaire est grave, elle est en soi une justification du discours de peur.

    Un vrai petit mouvement perpétuel.

    L’avantage évident de l’interaction entre le vecteur peur et le discours porté est qu’elle procure un luxe, celui de se déconnecter totalement de la réalité.

    De fait, on constate que les chiffres sur la délinquance sont conçus pour être illisibles. Le monde est bien fait: pourquoi avoir un tableau de bord avec des indicateurs fiables, puisque de toute façon on se fiche de ce qui se passe vraiment?

    Pour revenir à l’analogie monétaire, je conclurais en disant qu’on ne peut que remarquer que les interactions entre le vecteur et ce qu’il porte, et la déconnexion du réel que ces interactions impliquent, font furieusement penser aux marchés des produits dérivés.

    Commentaire par tschok — 01/12/2010 @ 01:13

  81. @ Fantômette,

    Picorée dans Le Monde du jour à cette adresse:http://www.lemonde.fr/international/article/2010/11/30/wikileaks-le-cauchemar-nucleaire-de-m-obama_1447156_3210.html#ens_id=1446739

    Une citation d’Anne Patterson, ambassadrice US à Islamabad:

    « Les actifs nucléaires pakistanais sont contrôlés par une armée laïque, qui a mis en place des mesures de sauvegarde étendues. Notre principale inquiétude n’est pas qu’un groupe islamiste puisse subtiliser une bombe entière mais plutôt le risque qu’un individu travaillant au sein des installations gouvernementales fasse sortir suffisamment de matériel fissile pour fabriquer une bombe. »

    Remarquez comme le vecteur de peur (le nucléaire militaire d’un pays qui détient ce type d’armes) est décrit en terme monétaire comme un « actif », avec la notion d’actif liquide ou figé.

    Remarquez également comme le risque considéré comme majeur n’est pas celui du vol d’un actif (« subtiliser une bombe entière ») mais plutôt celui du détournement ( faire « sortir suffisamment de matériel fissile pour fabriquer une bombe »).

    Ici on a une représentation mentale quasi bilantielle du complexe militaro industriel nucléaire pakistanais: il faut que la matière fissible qui rentre dans le système se retrouve à la sortie et que le bilan soit équilibré.

    Cette préoccupation est d’ailleurs le sujet de l’article: une partie de la production a été stockée (on est vraiment en compta) et les Américains voudrait nettoyer le bilan. Pour cela, il ont imaginé une « opération » visant à évacuer du système cette ressource inemployée, mais figée dans un réacteur (donc en quelque sorte, virée sur un compte bloqué).

    (quand la matière fissible est dans le réacteur, c’est comme si elle était dans un coffre fort: prendre la décision de la sortir du réacteur, c’est la rendre vulnérable, donc ça revient à se poser la question du « virement » de cette ressource sur un compte à l’étranger, pour l’exfiltrer).

    On peut pousser plus loin l’analogie: une arme nucléaire est assimilable à de la trésorerie, donc à une liquidité (il y a une très forte exigence de disponibilité dans une arme nucléaire). Cette liquidité est bien gardée par l’armée pakistanaise qui a mis en place des « mesures de sauvegarde ».

    Là, on se croirait carrément au tribunal d’instance: faut protéger le compte postale de mémé de la convoitise de son p’tit neveu. Bettencourt et Banier, à la limite.

    Enfin bref: ici, on voit clairement émerger l’intermédiation d’un vocabulaire comptable qui fait l’interface entre l’objet de la peur (l’arme nucléaire) et la peur elle-même, par ailleurs présentée sous sa dimension la plus symbolique: le cauchemar du Prince (« le « cauchemar » nucléaire pakistanais de Barack Obama ».

    Commentaire par tschok — 01/12/2010 @ 14:01

  82. Bonjour tschok,

    Oui, la peur est fiable, et cette fiabilité a quelque chose de fondamentalement rassurant. Et puis, elle est de toute façon inévitable. Elle est là, et elle nous autorise normalement à être actif. Elle pousse à sa propre transformation en quelque chose, en actes, par exemple, en investissements (militarisation de la police), en intentions de vote ou que sais-je. Elle est utile, donc utilisable, et utilisée. Exploitée.

    Le constat a une apparence de banalité – on peut d’ailleurs dire à juste titre que le pouvoir souverain a toujours joué sur la peur; pourtant, si on réfléchit à l’histoire moderne, à partir de la fin du XIXème siècle jusqu’à la seconde guerre mondiale (je vous le fais à la louche), je dirais que le registre émotionnel mobilisé et exploité par excellence était moins la peur que la colère. Que ce soit les révolutions sociales, la montée des fascismes, la sécularisation des mœurs… les grands mouvements politiques et sociaux exploitaient essentiellement des formes de colère, produites – certes – en partie sans leur aide, mais que leur aide (c’est-à-dire leur propre système de gestion) canalisait et dirigeait dans la perspective d’une fin qu’ils se donnaient.

    Mais ça, ça a changé. Notre propre regard a changé à ce propos. Un mouvement de contestation sera moins souvent explicité ou décrit sous l’angle de la manifestation d’une forme de colère que sous l’angle de l’expression d’une forme de désarroi, une inquiétude, une crainte. Nous ne sommes pas d’avantage « en colère » contre la délinquance, nous avons peur d’elle, et « la peur doit changer de camp » – d’où la militarisation de la répression, par exemple. Il s’agit moins de rendre justice que de compenser la peur par la peur (logique comptable).

    Merci pour le lien avec l’article de LeMonde.fr. Je le retiens, avec votre dernière phrase sur l’émergence « de l’intermédiation d’un vocabulaire comptable qui fait interface entre l’objet de nos peurs et la peur elle-même« , la nôtre ou celle que l’on éprouve en notre nom (la peur du Prince, comme vous l’écrivez joliment). Exactement. C’est exactement ça:) Je me demande si l’émergence d’un tel vocabulaire ne constitue pas en partie la symbolisation qui permet la « transmission » de la crainte, comme on transmet une créance.

    Je ne sais pas si vous avez déjà eu l’occasion de lire des vieux journaux, genre l’Illustration, ou le Petit Journal. Il m’arrivait de tomber dans des piles de journaux de ce genre, dans le grenier de mes grands-parents, et je continue de bien aimer en feuilleter des rééditions. On est frappé par un style qui semble typiquement Belle Époque, et qui donne une impression de candeur et de naïveté. C’est évidemment une relecture, un ré-interprétation rétroactive des évènements qui nous fait avoir cette impression. Mais, en en relisant quelques uns dans mes archives perso hier, je me faisais la réflexion que, ce qui était légèrement déstabilisant dans ces articles, était en fait justement l’absence d’exploitation du sentiment de crainte. L’absence de transmission. Ce qui donne l’impression d’une forme d’inconscience (au sens littéral: ils ne réalisent pas), qui évoque la naïveté, pourrait en fait relever d’une sous-utilisation de ce registre dans le discours public. (Il faudrait que je me replonge un peu là-dedans pour vérifier l’hypothèse cela dit).

    Commentaire par Fantômette — 01/12/2010 @ 15:15

  83. @ Bonsoir Fantômette

    Pour faire bref (trop de galère ces dernières semaines avec mon temps disponible pour me faire plaisir à causer avec les potieaux) :

    L’analyse des phénomènes politiques opérée sous l’angle de l’économie est intellectuellement séduisante mais risque de se heurter aux mêmes pesanteurs cycliques qui enkystent cette dernière.

    Est-ce raisonnablement envisageable de favoriser la vente du sentiment d’insécurité au point de favoriser la constitution d’une bulle qui ne peut manquer d’éclater à terme devant la réalité (quel réélecteur, «dur» de l’UMP ou arraché au FN en 2007, croit actuellement que l’insécurité soit en baisse, celle, effective, afférente aux vols d’auto-radios comptant pour du beurre ?),

    Les conseils tactiques d’usage (telle la profitabilité pour un dirigeant d’acheter de la peur au son du canon et de la vendre au son du violon ?) ne se heurtent-ils pas à la constante d’irrationalité qui reste propre à l’homo oeconomicus en dépit du nombre de circonvolutions de son cerveau ?

    Tout comme la permanente insatisfaction qui a permis à l’être humain de survivre au tigre à dents de sabre (aucune agression dans mon quartier depuis 18 mois mais il me devient alors insupportable que la voisine du 3ème use de la poubelle jaune pour mettre ses déchets périssables).

    (d’ailleurs la prochaine fois que je la choppe, je lui colle la tête dedans, la police municipale se refusant d’intervenir)

    (je vois là en outre perso une spécificité nationale, génétiquement étatique en sa perpétuelle recherche d’un Père protecteur)

    Toute production humaine est ressource –capital si vous voulez (mais fluctuant, j’y tiens) – immatérielle comme matérielle.

    (pour les déchets nucléaires, ça marche aussi, il faut juste attendre de la technique règle le problème)

    Appréciée d’un point de vue purement national, la peur -si étroitement liée à la colère qu’il ne convient pas à mon sens de le dissocier structurellement de celle-ci- est constructrice de haine de l’autre, donc liante, donc positive à court ou moyen terme pour la communauté.

    Le père Cyrulnik exprime bien cette dimension « positive » dans son «Eloge de la peur»: http://www.nouvellescles.com/article.php3?id_article=507

    (Avertissement à la population : la référence à ce lien est tirée de Wikipédia, rubrique « peur » : http://fr.wikipedia.org/wiki/Peur )

    (Message personnel : Michel, tu déconnes très grave en piquant sur ce site des créations follement originales relatives à la description de la mouche domestique, à l’historique de la ville de Beauvais et au CV de Frédéric Nihous. Et c’est un psycho-rigide de l’application du droit qui te le signale. L’excuse de provocation a ses limites pour les artistes, comme le soulignait déjà fort justement Pierre-Henri Destignol-Glievitch il y a maintenant 70 ans).

    Pour en revenir au sujet, Fantômette, je peine à voir -et même à imaginer- chez nos détenteurs nationaux de parole et/ou d’autorité –de quelconques «systèmes de gestion assez sophistiquée des avoirs en craintes».

    A supposer même que ces systèmes sophistiqués existent, il me semble qu’en cette période de glaciation frileuse, de repli et de désarroi qui frappe pour une période durable les masses populaires de l’Europe occidentale, ils ne seraient pas nécessaires. Les bonnes vieilles recettes devraient suffire.

    PS : Je vous dirai ce que j’ai pensé du Tombeau de Romain Gary (que je vais acheter) seulement quand tschok aura délivré son appréciation critique sur Luchini lit Muray , qu’il s’est publiquement engagé à aller voir 😉

    Commentaire par Goloubchik — 02/12/2010 @ 02:03

  84. @ Goloubchik,

    Deux choses (vu que vous êtes pressé):

    – Faites gaffe: moi aussi je me fais refiler une liste de lectures (Fantômette est mon principal pourvoyeur). Je remarque que vous assimilez la lecture à l’achat, ce qui suppose une lecture rapide, quasi dès la caisse. Hélas, je n’en suis pas encore là: ma liste de lectures se matérialise sous la formes de piles, disséminées aux endroits stratégiques (dont je le confesse, ce qui est le cas de le dire, l’endroit où le roi va seul, même sans son cheval) (et sans lunette, car il y en a une sur place).

    – Vous pouvez comptez sur moi et sur les délais qui me seront nécessaires pour produire une critique à peu près intelligible de Murray lu par Luchini. Autant dire que vous avez le temps…

    Commentaire par tschok — 02/12/2010 @ 14:32

  85. PS: merci pour les liens que je vais explorer d’ici…

    Peu.

    Commentaire par tschok — 02/12/2010 @ 14:34

  86. @ tschok

    Comment voulez-vous que je résiste à Fantômette ? En plus, je la joue polardos. Dans le rectangle à images, y’avait ce soir un docu sur Romain Gary que je me suis fait d’abord un devoir, puis un plaisir, de scruter.

    Z’avez du bol d’avoir des chiottes format grand siècle permettant de caser des bouquins. Dans les miennes, je peux juste entrer avec Grazia ou Femme Actuelle.

    Trois conseils pour Luchini: 1) Ne tardez pas trop pour y aller (le spectacle ne durera pas éternellement et la salle se bourre vite à la réservation) 2) Ne lisez pas les critiques (Elisabeth Lévy a beaucoup aimé) 3) Si la Fête des Voisins vous semble constitutive d’une initiative inéluctablement sympathique, n’allez pas voir le spectacle.

    Euh, vous qui connaissez bien le CP, esquy’a un article spécifique dedans qui interdise de mettre sa voisine dans la poubelle jaune de l’immeuble (vivante, hein, chuis pas un violent) ou ça ressortit d’un truc plus général genre voies de fêtes ? J’ai bien essayé le pari de Fantômette, à savoir parler à l’intelligence de cette dame, mais je dois être trop con pour arriver à trouver où elle la cache.

    Commentaire par Goloubchik — 03/12/2010 @ 01:24

  87. Bonjour Goloubchik,

    Mais… qui vous demande de me résister, voyons? 🙂

    Bon, un mot encore (rapide)(bref)(synthétique)(si si, j’en suis capable, mais être rapide me prend beaucoup de temps)(en fait je suis quelqu’un de lent), non pas pour tenter de vous convaincre mais pour m’expliquer mieux.

    Je veux surtout corriger une impression que je vous ai peut-être (malgré moi) donné: je ne fais pas l’hypothèse d’une tactique politique, sciemment tournée vers la gestion de la peur. Je suis peu attirée par les théories complotistes (qui m’intéressent comme objets de savoir, mais pas pour leurs conclusions) et même en général rétive aux théories de « l’acteur pervers » (celles qui transforment des décisions collectives absurdes, en indice d’une volonté fautive). Je m’intéresse d’avantage aux systèmes – à leurs logiques, leur formation, leurs mouvements, leurs transformations… ainsi qu’au moment où ils donnent des résultats absurdes ou dommageables, alors même que vous ne trouverez aucun agent du système qui aura voulu aboutir audit résultat, le cas échéant collectivement déterminé – mais ni collectivement souhaité, ni encore moins collectivement recherché.

    Pour dire les choses simplement, je ne confonds pas les systèmes qui ont pour effet de provoquer tel ou tel résultat, des systèmes qui ont pour mission de provoquer tel ou tel résultat (c’est en général pile à cet endroit-là que viennent s’engouffrer confusément les intelligences les plus averties).

    Pour le reste, je prends bonne note de vos objections (qui m’apparaissent fondées) et m’en vais approfondir mes hypothèses en retournant à mes ressources.

    Commentaire par Fantômette — 03/12/2010 @ 16:01

  88. @ Goloubchik

    Hors-sujet: j’ai commencé de lire le bouquin de Corey Robin dont vous m’avez donné les références, c’est extrêmement intéressant. Je lis dans le désordre, et le chapitre joliment intitulé les Vestiges du Jour m’a bien plus. Vous l’avez lu?

    Commentaire par Fantômette — 22/12/2010 @ 10:41

  89. @ Fantômette

    Non, je ne l’ai pas lu. Mais j’ai très envie. Mais j’ai des problèmes. J’ai passé deux soirées à ranger mon appartement et je ne sais plus où mettre les livres, même ceux qui ne m’apportent pas des masses (en confidence, je développe un syndrome volumiquement idiot de résistance anti-Fahrenheit 451 qui m’incite à considérer un livre comme une sorte d’objet sacré).

    Etant un garçon relativement rationnel, je viens -avec grande difficulté- de jeter aux chiens le concept du livre « objet-personnel-à disposition » et de m’inscrire à la médiathèque de mon quartier.

    (et j’ai pour ambition machiavélique de séduire une de ses responsables en charge des commandes 😉 )

    Sur un plan plus général, j’ai relevé que votre amorce de réflexion sur le sujet a anticipé de peu dans le sens de plusieurs billets développés tout récemment ci et là par des blogueurs.

    Pour ce que j’y ai lu jusqu’alors avec beaucoup d’intérêt (20 ou 30 ans d’évolution sociétale fondée sur la peur, ça vaut la peine), je reste peu adhérent, mais attentif.

    Commentaire par Goloubchik — 23/12/2010 @ 00:55

  90. Bonjour Goloubchik,

    J’ai une petite tendance à accumuler les livres également (beware: euphémisme in progress), mais je suis un vrai rat de bibliothèque, depuis aussi loin que je me souvienne. L’avantage de la médiathèque sur la librairie, c’est que l’on peut y trouver des ouvrages épuisés, voire des écrits totalement improbables, atterris là on ne sait trop par quelle grâce, un leg, un don, une amabilité politique… Des vieilleries, des comptes d’auteurs… (voire, des inédits de Léonard de Vinci).

    Je crois que les lectures d’un amoureux des bibliothèques complètent fort bien celles d’un amoureux des librairies. Vous verrez, vous ne regretterez pas votre inscription 🙂

    Sur le fond, j’ai également eu l’impression, récemment, que le sujet était dans l’air du temps. Même le récent billet de chez Philarête, (Antiphobie), m’a donné l’impression de se connecter à la thématique, par un autre biais. Je pense que c’est un sujet à aborder dans le champs littéraire, en fait – et avec les « outils » de la littérature – avant de commencer à vouloir en tirer toute sorte de conclusions de nature sociologique, psychologie ou politique. La difficulté, c’est de mesurer la réalité d’un phénomène sans chercher à lui donner du sens ou lui attribuer une fonction. Articuler l’espoir d’avoir mis le doigt sur un truc, et le scepticisme qui permet de s’en assurer. Et ça, c’est le domaine des scientifiques. La stratégie du poète, et la tactique du scientifique, en quelque sorte, finalement.

    Commentaire par Fantômette — 23/12/2010 @ 12:02


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