La Plume d'Aliocha

16/10/2010

C’est ta liberté que tu piétines, camarade !

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 13:57

Lettre ouverte à mon collègue blogueur et ex-confrère JBB

Salut à toi, camarade,

J’ai lu attentivement ton billet sur le journaliste matraqué. Quelle hargne, dis-moi.

Il faut dire que tu as raison. Un journaliste qui brandit sa carte de presse devant des CRS sur le point de charger, c’est vraiment scandaleux. Comment, il refuse de se prendre des coups de matraque ? Mais quelle honte ! La gueule en sang sur le trottoir, le journaleux, comme les autres. Pas de discrimination. E-ga-lit-é ! Entre nous, tu ferais mieux d’exiger que personne se fasse tabasser dans une manif’ plutôt que de réclamer que tout le monde y passe, mais ce n’est que mon avis.  Tu oublies surtout une chose, toi qui as été journaliste, c’est qu’un journaliste, sur un lieu de manifestation, ça bosse. Ben oui, comme les pompiers qui étaient venus éteindre le feu, comme le SAMU qui vient récupérer les blessés. Tu ne crois pas qu’on a le droit de bosser sans se faire tarter ? Ah mais me diras-tu, il était là à titre privé. Un journaliste sur le théâtre de ce genre d’opération, c’est jamais là seulement à titre privé. Il y a des métiers comme ça qui ne s’arrêtent pas au seuil du lieu de travail, qui ne connaissent ni horaires, ni jours chômés.  Le journalisme en fait partie. Tu imagines un médecin qui voit un type s’écrouler dans la rue et qui dit : « mince, 17h05, j’peux pas le soigner, j’ai fini mon boulot ». Journaliste c’est pareil, t’es là, dans une manif’ et puis soudain ça tourne mal. Tu te barres pas en courant, au contraire, tu regardes, parce que c’est ton boulot d’observer et de témoigner. C’est inscrit dans tes gènes, même si tu voulais pas, tu le ferais quand même. D’ailleurs, on sait que ce confrère prépare un sujet sur l’extrême-gauche, donc il avait d’autant plus de raisons de s’approcher pour y voir de plus près.

Tes camarades nous confondent souvent avec des flics, dis-tu. Je vais te dire quelque chose, ils sont vraiment cons tes potes, tu leur diras de ma part. D’un côté ils s’indignent parce que les-médias-à-la-botte-du-grand-capital ne parlent pas assez d’eux aux 20 heures, de l’autre ils sont prêts à casser du journaliste en manif’. Tu ne trouves pas que ça pose un léger problème de cohérence ?

C’est la faute à nos privilèges, dis-tu. Mais quels privilèges ? Celui, en l’espèce, de pouvoir bosser sans se retrouver à l’hosto ? Celui de dire aux CRS : « stop, si on s’approche de vous c’est qu’on vient voir de près ce qui se passe, on n’a pas de pavé dans les poches, on vous veut pas de mal, on regarde ». C’est pas un privilège ça, camarade, c’est un problème de sécurité au travail. Et ça devrait t’interpeller si tu défends les travailleurs. Mais j’oubliais, on est des richards dans la presse, le coeur à gauche mais le portefeuille à droite. Allons, t’aurais pas tendance à confondre Laurence Ferrari dans son joli fauteuil de présentatrice vedette et le reporter de terrain ? Faut pas tout mettre dans le même panier, tu sais. Lis les journaux, tu verras que la presse c’est une peu comme la sidérurgie il y a quelques années, c’est en train de crever. Pas de quoi parler de privilège, crois-moi. Si tu veux t’en convaincre, jette un oeil sur les statistiques du SNJ relatives à nos rémunérations, tu verras si on touche des salaires de traders.

Ce qui te choque le plus, dis-tu, c’est qu’on ne parle pas des manifestants qui se sont fait matraquer aussi. Allons donc. D’abord tu sais, toi, s’il y avait des journalistes témoins des bastonnades que tu évoques ? Et tu sais s’ils ont pu ramener des photos ou des films de ces scènes ? Et tu t’es demandé si le rédac’chef, quand ils sont rentrés, a pensé qu’il y avait matière à faire un sujet ou si, au contraire, il les a envoyés paître ? Ca en fait des inconnues, tu ne trouves pas ? Surtout que tu sais très bien qu’on court précisément après ce genre de scènes sensationnelles, on nous le reproche assez. Comment peux-tu oser soutenir, sans rire, que ça nous intéresse pas des manifestants frappés par la police ? Absurde.

Ah, mais on s’indigne du traitement qui nous est réservé. On devrait pas. Eh bien je vais te dire, bien sur que si, on doit s’en indigner. Et même drôlement plus fort que ce qu’on a fait. Pas pour nous, tu as raison sur ce point, mais pour ce qu’on représente et qui dépasse largement nos petites personnes. T’as remarqué que quand un régime politique déconne, c’est généralement à la liberté d’expression qu’il s’attaque en premier ? Ben voilà, c’est pour ça qu’on gueule. Parce que si les CRS se mettent à casser du journaliste, ça veut dire qu’on tolère, voire qu’on souhaite nous empêcher de faire notre boulot, et ça vois-tu, c’est un vrai souci. Pas pour nous, pour tout le monde. Et même pour toi. Surtout pour toi, le manifestant qui descend dans la rue pour crier ta rage contre l’injustice. Tu crois qu’il sera entendu ton message s’il n’y a plus de journalistes pour témoigner ?

Le comportement de mon confrère t’a choqué ? Eh bien je vais te dire, moi c’est le tien qui me choque. Il vient te voir, il s’excuse, il dit qu’il a eu un coup de chaud, qu’au fond il a fait ça pour aider et tu lui pilonnes la gueule sur ton blog. C’est pas très élégant, moralement, et c’est pas très juste non plus. Vois-tu, moi je le crois ce journaliste quand il dit qu’il a voulu apporter son aide. Tu sais pourquoi ? Parce qu’on est tous persuadés, à tort peut-être, que quand on est là, qu’on regarde, qu’on filme, eh bien les flics font gaffe à pas déraper pour ne pas se retrouver le soir à la télé et le lendemain avec une inspection de l’IGS aux fesses. C’était ça, qu’il voulait faire. Je crois que tu l’aurais compris si tu n’avais pas été aveuglé par ta foutue lutte des classes et tes idées fausses sur les privilèges des journalistes.

Au fond, je vais te dire, en crachant sur ce confrère et plus généralement sur les journalistes, c’est la liberté d’expression que tu piétines, la mienne, la tienne, la nôtre à tous dans ce pays, et c’est pas très malin.

Note : mes excuses au lecteurs fidèles de ce blog. Je sais qu’on en a parlé très longuement de cette affaire et que tout a été dit. Mais comme le billet de JBB a été repris par Marianne 2 et qu’il a donné lieu à la traditionnelle montée de bile contre les journalistes dans les commentaires, je ne pouvais pas me taire.

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55 commentaires »

  1. Jai lu les deux billets du début à la fin .Je suis tout à fait d’accord sur la Liberté qu’on piétine en ne laissant pas les journalistes faire honnêtement leur travail.
    On râle quand un journaliste met à jour un sujet pas très drôle mais que deviendrait le monde sans leur travail.

    Commentaire par Salewa — 16/10/2010 @ 17:08

  2. Aliocha, j’imagine que vous avez fait des manifs.. donc vous savez qu’il y la manif et l’après-manif. Vous savez que le « contenu » de la manif vient au début et qu’ensuite, selon l(e manque d)’efficacité du service d’ordre, des casseurs se joignent au cortège pour en découdre.

    Tout journaliste qui couvre un tant soit peu le « fond » sera présent la première heure, le temps d’entendre les messages, de jauger la mobilisation, et ira ensuite écrire son article.

    Admettez qu’il est peu intelligent de se mettre, en fin de manifestation, entre la police et les casseurs, qui se regroupent à la faveur de la dispersion des vrais manifestants, qui plus est casqués, qui plus est encore en refusant d’obtempérer pour laisser avancer les flics (qui, à ce que j’ai lu, essayaient de porter un blessé vers une ambulance située de l’autre côté).

    Aliocha : sauf si on fait un sujet sur l’extrême-gauche, c’est-à-dire celle qui joue à la révolution de rue en fin de cortège. C’est leur kif, je l’ai beaucoup vu dans mon jeune temps. Il s’est fait taper avant que le film commence et il réplique, c’est sans doute inutile, mais c’est courageux.

    Commentaire par Paul — 16/10/2010 @ 20:09

  3. à Paul : autant dire à un reporter qui se prend une balle en couvrant un conflit armé qu’il l’a bien cherché ? N’importe quoi.
    à Aliocha, votre coup de gueule est tout à fait approprié.

    Commentaire par LAMBERT — 16/10/2010 @ 20:42

  4. Ce n’est pas scandaleux de voir le journaliste brandir sa carte de presse tel un bouclier face aux CRS, c’est tout simplement ridicule. Il croit dur comme fer qu’en voyant sa carte de presse les flics vont lui faire la bise, il se prend des coups de matraques dans la jambe, ca fait mal, c’est la vie.

    Ouais ok c’est pas juste, ouais ok liberté d’expression blablabla et tout ça, mais sans déconner « j’ai pris des coups de matraque alors que je suis de la presse » … un peu de sérieux ! hahaha

    Aliocha : je n’irais pas jusqu’à dire que vous portez bien votre nom, mais la tentation est forte…..

    Commentaire par MonsieurConnard — 16/10/2010 @ 20:49

  5. Très bon texte, qui remet bien au centre du débat la position éthique du journaliste, de ces professions que l’on ne quitte pas comme un uniforme.
    D’autant plus que l’indépendance des journalistes et des journaux eux même, vis-à-vis des grandes entreprises, des politiques, et des annonceurs, est bien trop souvent attaquée de toute part en ce moment, de France inter aux zones d’influence de LVMH.
    Encore une fois on remet en cause de prétendus privilèges, pour mieux saper les droits fondamentaux de notre société… Quel poujadisme…

    Commentaire par Stedransky — 16/10/2010 @ 21:31

  6. chere Aliocha,

    j’adore les coups de gueule et celui là n’est pas piqué de rouille – les coups de gueule c’est comme une bonne bière fraîche quand il fait chaud : ça fait du bien. pas sur que ce soit toujours efficace pour convaincre le gars d’en face qui ce le prend dans la tronche comme un coup de matraque.

    après, parfois je me dis que certains, comme votre JBB adoré, ne valent pas le papier qu’on noirci.

    Commentaire par marsan — 16/10/2010 @ 21:32

  7. tout à fait d accord avec aliocha. J en ai couvert, des manifs, et je me suis déjà fait matraquer malgré ma carte de presse. Celle ci n est pas un privilège! Elle montre juste qu on n est ni dans un camp,ni dans l autre,mais seulement en train de témoigner pour rendre compte. Mais ce qui m amuse, c est de voir qu on se fait à la fois critiquer par les flics et par les gauchistes. Personnellement, ça me donne l’impression que j’ai fait correctement mon boulot…

    Commentaire par le chafouin — 16/10/2010 @ 22:23

  8. Les policiers doivent pouvoir travailler, tout comme les journalistes, et il est de leur devoir de maintenir l’ordre social et la sécurité. Et du respect des règles de vie en commun dépend la liberté. La liberté ce n’est pas d’aller brandir une carte de press devant des policiers déjà surmener, afin d’avoir de belles images bien polémiques pour ensuite aller faire le buzz auprès des bobos en crachant sur les valeureux membres des services de police.

    Pour reprendre l’analogie du journaliste de guerre lue plus haut, un journaliste n’ira pas courir sur un no man’s land en brandissant sa carte de press et en criant « Je suis journaliste, je suis supérieur, ne me touchez pas vous autres Untermenschen ».

    Commentaire par César Auguste — 16/10/2010 @ 22:38

  9. […] This post was mentioned on Twitter by Maitre Eolas, lechafouin, Yoha Erzerck, rene houssin, Zorg Mohom and others. Zorg Mohom said: RT @Maitre_Eolas: C'est ta liberté que tu piétines, camarade ; chez Aliocha Une saine mise au point. http://bit.ly/bZ3CRs […]

    Ping par Tweets that mention C’est ta liberté que tu piétines, camarade ! « La Plume d'Aliocha -- Topsy.com — 16/10/2010 @ 22:40

  10. Je crois en définitive que ce journaliste a seulement été maladroit dans ses propos, ce qui a fait naître la polémique. « On est pas comme les autres » signifiait, dans le feu de l’action : « On fait notre travail, on est là en tant que professionnel et non de militant ».
    Il est vrai que la phrase prononcée a des raisons de choquer, mais il n’est pas toujours facile d’exprimer sa pensée de manière précise lorsqu’on est face à un régiment de « tortues ».
    Je comprends parfaitement ce qu’a voulu dire JBB et j’adhère sur le fond (le journaliste en tant qu’Homme ne veut pas mieux qu’un autre), mais je pense également que la presse est malmenée, de plus en plus, et qu’il est important de rétablir leur immunité dans l’exercice de leurs fonctions.

    Commentaire par R. — 16/10/2010 @ 22:43

  11. Croissant demain

    Commentaire par Tschok — 16/10/2010 @ 23:16

  12. ?

    Aliocha : plutôt thé vert et galette de riz complet 😉

    Commentaire par Tschok — 16/10/2010 @ 23:19

  13. @Lambert : un journaliste qui va en zone de conflit armé et reste derrière la ligne de front, ou devant mais avec des civils, c’est pro.
    Un journaliste qui va se mettre entre les opposants et l’armée au moment où ça canarde, c’est con.

    Commentaire par Paul — 16/10/2010 @ 23:55

  14. Glup.

    Commentaire par Tschok — 16/10/2010 @ 23:57

  15. Bonjour
    votre réflexion est très claire et bien exprimer.
    Merci de cette mise au point.

    Commentaire par bo — 16/10/2010 @ 23:59

  16. A lundi alors. 🙂

    Commentaire par Tschok — 17/10/2010 @ 00:01

  17. Aaah, la sempiternelle haine du journaliste, l’incompréhension de ce qu’est le travail de terrain. On veut bien croire que c’est un métier à risque dans les pays en guerre, mais on s’aveugle tellement que l’on refuse de voir la profession tenter de se sauvegarder physiquement chez nous ?
    Merci, Aliocha, de rappeler la différence entre l’observateur et l’acteur. La confusion est trop souvent faite. Dans tous les domaines, et dans les deux sens, d’ailleurs.

    Commentaire par crimepensee — 17/10/2010 @ 00:02

  18. il est quelque peu inapproprié de comparer les journalistes de guerre et le « pseudo journaliste » de canal en mal de reconnaissance..

    Franchement ca rime a quoi de vouloir s’interposer et empêcher un mouvement de CRS en brandissant sa carte de presse tout en demandant à son pote de filmer..
    C’est juste le petit journaleux qui a voulu se faire buzzer… Et qui s’en est pris une.. Normal…

    Arretons de croire que c’est ce genre de journaleux qui représentent le vrai métier de Journaliste !!

    Commentaire par DesMagots — 17/10/2010 @ 00:22

  19. Mince, une lettre ouverte ? Je ne pensais pas mériter tant d’honneurs. Quelques mots rapides, en réponse : je vais rebondir sur les passages de ton billet qui me hérissent le plus le poil. Je sais que c’est un peu chiant, cette façon d’extraire des phrases pour les pointer ; mais il me semble qu’en ce cas précis, c’est la meilleure façon de répondre.

    – « La gueule en sang sur le trottoir »

    Non. Il a reçu quelques coups de matraque. Très loin de la « gueule en sang », donc.

    Aliocha : aïe, on a un problème de compréhension dès le départ, je ne dis pas que lui avait la gueule en sang, merci de ne pas me prendre moi aussi pour une imbécile, je dis que ton propos égalitaire à tout prix équivaut à ça : justifier que les journalistes se fassent casser la gueule quand ils bossent, quitte à alimenter le soupçon inquiétant qu’on ne s’aperçoit même pas de la différence entre un observateur et un manifestant qui balance des projectiles, voire qu’on entend carrément les empêcher d’observer et de témoigner.

    Attention : ce n’est pas que j’estime anodin de se faire frapper par les (prétendus) représentants de l’ordre. Bien au contraire, c’est toujours inacceptable, carte de presse ou non. Mais ce à quoi il a eu droit, j’y assiste (presque) à chaque manif (et j’en fais un paquet, des manifs…). Souvent, d’ailleurs, ça se passe de façon beaucoup plus violente.

    Aliocha : j’ai fait des manif’ avant toi et je gage que si, tu trouves cela acceptable et même souhaitable. Le grand soir et tout le bordel. Preuve en est que tu étais là quand ça dégénérait.

    C’est un point de détail, mais on touche déjà à quelque chose de révélateur. Tu n’aurais jamais écrit cela – « La gueule en sang sur le trottoir » – s’il ne s’agissait d’un confrère. Pour une bonne raison : il n’a pas la gueule en sang. Il y a là une dramatisation qui renvoie à ce que je tente de pointer dans mon billet, et que je lie à ta très grandiloquente conclusion : « c’est la liberté d’expression que tu piétines ». C’est beau comme du BHL, mais c’est totalement exagéré : je ne piétine rien, je pose des questions.

    Aliocha : j’ai écrit « comme tout le monde », c’est curieux que tu l’ai pas lu…

    – « Tu oublies surtout une chose, toi qui as été journaliste, c’est qu’un journaliste, sur un lieu de manifestation, ça bosse. »

    Je n’oublie pas. Mais lui-même le reconnaît, il était là pour manifester. Ça n’excuse en rien le comportement des CRS – inacceptable, encore une fois – mais ça donne un côté peu reluisant à celui dont tu prends gaillardement la défense. Quand j’avais une carte de presse, je n’aurais jamais songé à la sortir dans le cadre d’un engagement personnel – il ne faut pas tout mélanger si on veut rester crédible. Si on se mobilise pour une cause, on le fait réellement et on accepte les risques afférents ; sinon, on reste chez soi.

    – « Il y a des métiers comme ça qui ne s’arrêtent pas au seuil du lieu de travail, qui ne connaissent ni horaires, ni jours chômés. »

    Oh… pitié, pas le coup de l’apostolat… Les journalistes sont comme les autres : ils ont une vie professionnelle et une vie privée. Et prétendre qu’un journaliste n’a jamais de vie privée, qu’il est en permanence soumis aux exigences de sa profession, est une large exagération. Encore une fois, il s’agit d’en faire un cas-à-part, quelqu’un qui sacrifie sa vie pour son métier. Ce n’est pas vrai – tout au moins pas pour la majeure partie des porteurs de carte de presse.

    Aliocha : qui a parlé d’apostolat ? J’ai dis que c’était dans nos gènes. Tu sais, les journalistes, ces vautours ? Mais c’est autre chose aussi, un métier qu’on aime et donc qu’on pratique sans compter. Mais toi, ça te dérange que le travail puisse être autre chose qu’une exploitation de l’homme par l’homme, n’est-ce pas ? Tu vois, notre seul vrai privilège, c’est de faire un super métier, le plus souvent mal payé, sans horaires, fatiguant, finalement peu considéré et même éventuellement dangereux, mais un chouette métier quand même.

    – « Je vais te dire quelque chose, ils sont vraiment cons tes potes, tu leur diras de ma part. »

    Je précise bien dans mon billet que ce n’est pas ma position, je la trouve même idiote. Les gens que j’évoque si rapidement ne sont pas mes potes non plus. Bref, je ne leur dirai rien, pour la bonne raison que je ne suis pas du tout sur la même ligne qu’eux.

    Aliocha : Oh si, tu l’es puisque tu parles bêtement de privilège quand il s’agit de travailler simplement en sécurité.

    – « Mais quels privilèges ?  »

    Mouais…. Des privilèges de journalistes, il en reste un certain nombre. Hors les (anecdotiques) séances de ciné et entrée au musée gratos, hors aussi les avantages attachés à certaines formes de journalisme (faut-il parler des – prétendus – journalistes « mode », « automobile » ou « art de vivre » ?), il est au moins un privilège aussi flagrant qu’injustifié : le crédit d’impôt de (à peu près) 7 500 euros. Celui-là n’a aucune raison d’autre, mais je n’entends guère les « témoins » que tu évoques avec une plume si sensible s’étonner d’un tel traitement de faveur à leur égard.

    Aliocha : le musée oui, à condition qu’il soit d’Etat, le cinéma non, sauf évidemment pour les journalistes cinéma. Et épargne-moi la tarte à la crème des journalistes mode, automobile etc. Ce ne sont pas des privilèges qu’ils ont, ils pratiquent des entorses à la déontologie que je suis la première à condamner. C’est très différent. Quant au crédit d’impôt, c’est une des multiples subventions à la presse. Renseigne-toi sur son origine, tu verras que ça a été institué pour permettre à nos employeurs de nous payer moins. C’est scandaleux sur les hauts salaires, je te l’accorde, mais vu la paupérisation de la profession, c’est bien utile en ce moment.

    – « Lis les journaux, tu verras que la presse c’est une peu comme la sidérurgie il y a quelques années, c’est en train de crever. »

    Tu m’infantilises, je n’ignore rien de l’état de la profession. Mais je pense que les journalistes ne sont pas spécialement des victimes, plutôt qu’ils portent une lourde responsabilité. Le jour où ils arrêteront de chouiner et de s’enrober de grands mots pour enfin se mettre en question, on aura progressé d’un pas immense.

    Aliocha : parce que tu crois que les journaux sont des coopératives gérées par les journalistes eux-même ? Non, bien sûr. On a des patrons qui ont eux-mêmes des actionnaires. C’est pas nous qui décidons de réduire les formats, de faire dans le pipole, le facile et le racoleur pour des lecteurs supposés stupides et pressés. Demande à n’importe quel journaliste que journal il ferait s’il avait les moyens et tu verras que c’est pas du tout ce quo’n nous demande de faire.

    – « Comment peux-tu oser soutenir, sans rire, que ça nous intéresse pas des manifestants frappés par la police ? »

    Je ne le soutiens pas une seconde. Et, encore une fois, je ne mets pas tous les journalistes dans le même sac. Je constate simplement que ceux-ci – c’est finalement très classique – font preuve d’une indignation à géométrie variable. Ils s’indignent beaucoup plus facilement des violences policières et crient plus aisément à « la liberté piétinée » quand c’est l’un des leurs qui est victime des outrances des forces de l’ordre.

    Aliocha : tu me fais rire. D’abord, dès qu’on parle de nous – et entre nous on le fait pas souvent d’où la somme d’ignorance et d’incompréhension qui entoure notre métier – dès qu’on parle de nous donc, c’est au choix l’indifférence ou l’indignation. Ensuite, demande aux flics et au gouvernement ce qu’ils pensent des battages médiatiques autour des bavures policières et tu me diras s’ils trouvent, comme toi, qu’on en fait pas assez 😉

    – « Tu crois qu’il sera entendu ton message s’il n’y a plus de journalistes pour témoigner ? »

    Euh… J’ai fait un paquet de manifestations – pas forcément déclarées – où les journalistes n’étaient pas présents. Et un paquet d’autres où les mêmes ont donné à lire une représentation totalement fallacieuse des événements. Bref, je ne compte pas (en ce cas précis des mouvements sociaux) sur les journalistes pour témoigner ; au pire, je préfère le faire moi-même.

    Aliocha : c’est sûr que les « chiffres manifestants » sont toujours plus flatteurs. On n’est jamais mieux servi que par soi-même et, ne ce qui te concernes, éventuellement par l’Huma….

    Je ne crois guère à la fonction très fourre-tout de « journaliste citoyen ». Mais quand je veux m’informer sur le déroulement d’une manifestation, les journalistes sont bien les dernières personnes auprès de qui je vais chercher l’info. Avant, je me renseigne sur des forums choisis et sur des blogs sérieux, ensuite je consulte les vidéos proposées sur les plates-formes de partage, et seulement après je lis les papiers dits professionnels.

    Aliocha : bref, tu te renseignes partout où tu lis ce que tu as envie d’entendre. Je comprends au fond que les journalistes te dérangent.

    – « Il vient te voir, il s’excuse, il dit qu’il a eu un coup de chaud, qu’au fond il a fait ça pour aider et tu lui pilonnes la gueule sur ton blog. »

    Un, il s’en remettra. Deux, il a eu droit à de très unanimes manifestations de soutien (tape « Thierry Vincent Moass Press » sur Google : les quatre premières pages sont dévolues aux coups de matraque de mardi, traités sur le mode « c’est la démocratie qu’on assassine » ; pour le pilonnage, on repassera…). Trois, je ne crois pas une seconde qu’il ait fait ça pour aider : c’est une justification a posteriori.

    Aliocha : « il s’en remettra », je gage que c’est aussi ce que pensent les forces de l’ordre quand elles cognent. T’es un vrai humaniste, toi !

    – « Je crois que tu l’aurais compris si tu n’avais pas été aveuglé par ta foutue lutte des classes »

    Je ne suis pas aveuglé. Le mot juste serait plutôt : éclairé.

    Aliocha : c’est bien ce que je craignais. Si t’as trouvé la Lumière, je peux rien pour toi.

    – « en crachant sur ce confrère et plus généralement sur les journalistes, c’est la liberté d’expression que tu piétines »

    Faut arrêter. Les journalistes n’incarnent pas la liberté d’expression – la meilleure preuve en est qu’ils exercent aussi dans les pays où il n’en existe aucune, de liberté d’expression. Les journalistes sont juste des thermomètres, de parfaites incarnations de l’esprit du temps. Rien de plus. Sarko peut continuer son (sale) petit bonhomme de chemin pendant des années encore, il restera toujours des journalistes pour se prétendre dernier rempart de la démocratie alors même que celle-ci est passée par pertes et profits depuis un bail.

    Aliocha : Aucune liberté d’expression dans ce pays ? Tu forces légèrement le trait, non ? Mais il est vrai qu’avec des gens comme toi, on pourrait rapidement la voir se réduire comme peau de chagrin.

    Commentaire par JBB — 17/10/2010 @ 00:52

  20. D’ailleurs personne n’a fait le procès des journalistes, on se fout juste de la gueule de celui-ci (aie attention les jambes … boum!haha)

    Faut arrêter le corporatisme à chaque fois qu’on s’en prend à un journaliste. Dès qu’en y’en a un qui fait un peu le con et se retrouve avec un buzz sur le net ca se transforme en « la sarkozie n’aime guère les journalistes ».

    Les coups de matraque ne sont pas justifiés et sont à condamner, mais ca ne rend pas moins ridicule sa réaction à vouloir à tout prix placer qu’il est de la presse. Quelqu’un de normal aurait compris avant même le premier coup de matraque que le dialogue n’était pas possible hahaha !

    Commentaire par MonsieurConnard — 17/10/2010 @ 01:28

  21. Bravo et merci

    Commentaire par Oomu — 17/10/2010 @ 02:30

  22. Honnêtement, c’est plutôt rigolo : la moitié de tes remarques consistent à m’enfermer dans de petits cases bien pratiques, préjugés faciles, sans rien savoir de moi. Tu présumes beaucoup de ce que je peux penser, vouloir ou souhaiter, en fait.

    « Je gages que si, tu trouves cela acceptable et même souhaitable. » Soit, tu le gages. Mais c’est faux.

     » Preuve en est que tu étais là quand ça dégénérait. » Tu vas vite en besogne. Si être présent quand ça dégénère (un peu) est la preuve qu’on croit au Grand Soir, il y a nombre de révolutionnaires qui s’ignorent.

    « Mais toi, ça te dérange que le travail puisse être autre chose qu’une exploitation de l’homme par l’homme, n’est-ce pas ?  » Euh… non. Encore une fois, tu colles une doxa expéditive sur ce que tu imagines de moi. En l’occurrence, je connais plein de gens qui exercent avec bonheur et passion leur travail, je trouve ça très bien.

     » ne ce qui te concernes, éventuellement par l’Huma…. » C’est une vision très réductrice et datée de l’extrême-gauche. Je ne lis pas l’Huma.

    « Mais il est vrai qu’avec des gens comme toi, on pourrait rapidement la voir se réduire comme peau de chagrin. » Il y a là une inversion de la réalité des choses assez étrange. En l’occurrence, les libertés se réduisent de façon drastique, et ce n’est pas le fait de « gens comme moi » mais du gouvernement au pouvoir (et de ceux qui l’ont précédés, en ce qui concerne la dite « sécurité intérieure »).

    Pour le reste, on ne peut guère tomber d’accord. Je maintiens que ton billet – sa dramatisation (« gueule en sang y participe », qu’il s’agisse d’une image ou non), les grands mots (« la liberté d’expression que tu piétines ») et les flonflons – va dans le sens de ma démonstration. Je maintiens aussi que tu passes un brin rapidement sur une réalité – le journaliste en question ne travaillait pas ce soir-là. Je maintiens enfin que tu te fais la voix d’une profession et que tu n’es au final pas plus objective que moi.

    Et juste un point :

    « Demande à n’importe quel journaliste que journal il ferait s’il avait les moyens et tu verras que c’est pas du tout ce quo’n nous demande de faire. »

    C’est un discours qui revient toujours, énième façon d’exonérer les journalistes de toute responsabilité. Mais… faîtes-le. Lancez-vous. Créez des journaux, essayez, montrez-nous ce que vous pouvez faire, prenez des risques, impressionnez-nous. Moi, je ne demande que ça : que vous vous donniez les moyens de vos ambitions, que vous fassiez preuve d’audace. J’applaudirai même des deux mains.

    Aliocha : Je préjuge ? Mais comme toi tu as préjugé des intentions (forcément mauvaises) de mon confrère. C’est désagréable n’est-ce pas ? Je sais, mais fallait bien que je te montre, pour que tu comprennes. Elles te plaisent pas mes cases ? Figure-toi que les tiennes non plus mais je te rappelle que c’est toi qui as commencé. Tu sais, avec ton désir forcené d’assimiler les journalistes à des casseurs et de les voir prendre sur la gueule comme tout le monde. C’est curieux que ta sensibilité au risque professionnel soit à plusieurs vitesses. Ancien du syndicat du livre peut-être ? Ceci expliquerait cela…

    Commentaire par JBB — 17/10/2010 @ 10:16

  23. Quelle fougue contre la violence policière. Je ne trouve pourtant aucune réaction de ce blog concernant d’autres manifestations. Ou étiez-vous lorsque Joachim Gatti a perdu un oeil. Ou étiez vous lors des manifestations contre les centres de rétention?

    Commentaire par nicocerise — 17/10/2010 @ 13:11

  24. Aliocha, je suis de tout coeur avec vous !
    et vive la liberté d’expression, battez vous pour nous, vous le faites si bien.
    et merci

    Commentaire par Shane — 17/10/2010 @ 13:17

  25. Je viens de supprimer votre signet de mon navigateur, car on dirait du Éric Fottorino ou du Laurent Joffrin.

    Commentaire par P.Posse — 17/10/2010 @ 13:30

  26. @Lambert
    J’imagine très bien Capa (c’était bien lui non?) brandissant sa carte de presse à Omaha en espérant que les allemands cessent ainsi de le viser…

    Plus sérieusement, je pense que oui la liberté d’expression est sacrée, et que l’on peut tout dire. Mais que cela ne donne pas de droit à une immunité totale au prétexte qu’on à une carte de presse. Les CRS aussi ont un travail à faire. En l’occurrence ici dégager la place pour laisser passer une ambulance. Être journaliste ne donne pas la priorité ni sur les CRS, ni (encore moins même) sur une ambulance ou un camion de pompier.

    Et sincèrement, s’il avait reculé de dix mètres, il aurait moins bien vu? Un journaliste qui couvre un champ de bataille fait un travail bien plus risqué et en accepte le risque, à savoir une balle perdue. Et quand bien même, personne ne hurlera à la liberté de la presse, même si tous regretteront la mort de cet homme. Il me semble que ce journaliste qui vient se mettre en plein milieu d’un affrontement casseur CRS est dans le même cas de figure. Toute proportion gardé.

    Commentaire par adrien bis — 17/10/2010 @ 14:35

  27. « Ancien du syndicat du livre peut-être ? »

    Ça ne vole vraiment pas haut. Tu réponds à côté de la plaque – et sur un ton plutôt déplaisant : j’étais ouvert au dialogue, mais cette façon condescendante de prétendre m’avoir démontré quelque chose ne me donne pas envie de continuer plus avant.

    Je m’en tiens là, donc. Amusez-vous bien, toi et tes collègues, avec votre navire qui coule, vous ne pourrez vous en prendre qu’à vous-mêmes quand la presse ne sera – définitivement – plus qu’un champ de ruines.

    Commentaire par JBB — 17/10/2010 @ 16:08

  28.  » Elles te plaisent pas mes cases ? Figure-toi que les tiennes non plus mais je te rappelle que c’est toi qui as commencé. Tu sais, avec ton désir forcené d’assimiler les journalistes à des casseurs et de les voir prendre sur la gueule comme tout le monde. »

    Franchement, vous nous avez habitués à un niveau d’argumentation plus élevé.

    JBB n’a ni assimilé les journalistes à des casseurs, ni souhaité que qui que ce soit en prenne plein la gueule, il l’a répété à plusieurs reprises dans son premier commentaire.

    Je ne m’attarde pas sur le « c’est toi qui a commencé », proprement affligeant…

    Aliocha : et vous voulez que j’argumente sur quoi exactement face à quelqu’un qui est enferré dans une idéologie ? Je n’ai pas l’habitude de perdre mon temps, JBB ne discute pas, il milite. Tout son texte n’est qu’un tissu de préjugés contre les journalistes. Vous savez quel est le fond du problème ? La haine traditionnelle que vouent les minorités politiques à la presse au motif que celle-ci ne relaie pas leurs arguments voire les pervertit volontairement. J’ai appartenu à ce type de groupe dans mon jeune temps, je connais par coeur cette dialectique, elle ne s’embarrasse pas d’observer les faits. Vous pouvez dire à ce gens que le ciel est bleu, s’ils ont décidé idéologiquement qu’il était vert, ils vous le soutiendront jusqu’à l’épuisement. D’où le ton caricatural de ce billet et de mes réponses. Tout ce qui y est dit correspond à une conviction sincère, en revanche, la forme est un pied de nez. Parce qu’il n’y a rien d’autre faire dans ce genre de cas.

    Commentaire par craven — 17/10/2010 @ 16:33

  29. Balle de Manif
    Aux armes petits citoyens !

    Un camarade à vous a perdu un œil, je suis au courant mais ce n’est pas une raison de vous faire crever les deux. Ce n’est pas votre malaise !

    http://www.tueursnet.com/index.php?journal=Balle%20de%20Manif

    Commentaire par tueursnet — 17/10/2010 @ 21:44

  30. Bonsoir Aliocha
    Au risque de me faire embraser par votre colère incandescente, je me pose la question suivante.

    Apparemment le journaliste au centre de cette histoire a dit ceci : « En fait, t’as raison ; désolé, je me suis énervé. Mais tu comprends, moi, je fais ça pour protéger les manifestants. C’est pour vous protéger que je brandis ma carte de presse »

    Pour moi, cela veut dire qu’il ne remplit plus sa fonction de journaliste, mais s’est engagé dans la mêlée à coté des manifestants. Vous dites vous-même que le rôle de journaliste est celui de témoin – celui qui observe, collectionne des informations, les vérifie, les confronte les uns contre les autres et les analyse. Je sais que, dans bien des situations, le journaliste peut se trouver devant des dilemmes moraux devant la souffrance qui se passe devant leurs yeux. Parfois ils interviennent (après avoir enregistré l’histoire), mais, de ce que j’ai entendu ou lu, la règle générale est de ne pas intervenir, surtout si cela peut être interprété comme une prise de position.

    Comme le héros du clip a l’air d’avoir pris partie, est-ce réellement légitime pour lui de crier atteinte au principe de non-violence contre les journalistes?

    Une petite question supplémentaire. Si c’est interdit de taper sur les journalistes, ne serait-il pas difficile pour Ferdydurke d’administrer les fessées câlines… promises quand même avec passion et tendresse…? 😉

    Aliocha : c’est la question la plus difficile qui soit de savoir si on doit rester témoin ou s’il faut à un moment agir. Elle est traitée notamment dans le film Under Fire avec Nick Nolte à propos de la guerre au Nicaragua entre le gouvernement et les sandinistes. Rafael, leur leader est mort, ils demandent à un photoreporter de faire une photo pour faire croire qu’il est vivant et rendre courage aux combattants, et il le fait, en violation évidemment avec l’éthique du métier, parce qu’il a pris parti. Dans la vraie vie, le photographe Kevin Carter s’est suicidé, dit-on, parce qu’on lui avait reproché d’avoir photographié un enfant mourant de faim, guetté par un vautour, photo qui lui avait valu le Pulitzter. Fallait-il tenter de sauver l’enfant ou, dès lors qu’il n’y avait plus d’espoir, photographier pour alerter l’opinion internationale ? Evidemment, dans l’affaire qui nous occupe, les enjeux sont sans commune mesure, mais la logique est la même : on est toujours tenté à un moment de sortir de notre rôle. Il a cru que sa carte de presse aurait une utilité, il s’est trompé, les flics s’en foutaient. Il est en effet à la frontière entre spectateur et acteur. Mais je vous ferais observer qu’il met son métier au service des autres, même si c’est d’une façon différente que simplement témoigner. C’est pour ça que ça me fout en boule qu’on puisse y voir une stupide question de privilège. Il n’y a pas de quoi faire de ce journaliste un héros, l’épisode est dérisoire, mais certainement pas non plus un salaud. Il incarne simplement le métier avec ses réflexes, ses travers, ses questions éthiques difficiles et son indécrottable idéalisme. Et puis sa colère me plait, ça fait du bien de voir des gens s’indigner et se défendre.

    Commentaire par Loki — 17/10/2010 @ 21:45

  31. D Craig en Don Quichotte vous tente ? 😆

    Commentaire par Loki — 18/10/2010 @ 00:08

  32. Excellent coup de gueule Aliocha, merci !

    Un truc m’a bien choqué sur cette vidéo après plusieurs visionnages, c’est de voir la réaction des CRS qui approchent du cameraman…

    Celui-ci indique si j’ai bien entendu faire partie du service de communication du Ministère de l’Intérieur, et d’un coup ils reculent.

    C’est peut-être une technique à reprendre non ?

    Aliocha : oui, moi aussi ça m’a interpellée, j’aimerais bien en savoir plus…

    Commentaire par niodayoda — 18/10/2010 @ 02:21

  33. ça n’a pas grand chose à voir avec ce qui nous occupe, (quoique) mais c’est intéressant : http://www.rue89.com/tele89/2010/10/16/chabot-journaliste-pas-mieux-considere-que-flic-ou-pute-171381

    Commentaire par laplumedaliocha — 18/10/2010 @ 11:10

  34. Aliocha,

    Je me serais bien indigné de votre réaction, mais je crois, au vu des autres réponses, qu’il est difficile d’avoir une discussion sereine sur ce sujet. Il n’empêche, je vais quand même vous dire pourquoi je trouve votre réaction gênante.

    Moi, ce qui me gêne, c’est qu’un manifestant, présent sur une manifestation à titre privé et personnel, décide à un instant donné d’utiliser son métier pour influer sur la situation. Ce qui ne me gêne pas, c’est que la police en face lui réplique (en substance) « à d’autres ! ». Que le métier soit pompier, médecin ou journaliste ne change rien à l’affaire. S’il veut être traité en pompier, médecin, journaliste, qu’il se comporte comme tel. Si il était en train de filmer sans rien dire, si un pompier ou un médecin était en train de prodiguer des soins à une victime, j’aurais été tout aussi indigné que vous. Mais hurler au nez des policiers n’est pas un comportement de journaliste, c’est un comportement de manifestant, point final.

    J’ai déjà posé la question avant et je la repose ici, croyez-vous sincèrement que le fait que le bout de papier brandi devant les policiers ait été une carte de journaliste a été le déclencheur des coups de matraque ? Car c’est ça, la vraie question. Si la réponse est non, on est dans le cas d’un manifestant quelconque, qui vient hurler devant la police, qui est sur la route et se fait traiter comme n’importe quel manifestant — il ne s’agit pas de dire qu’il est normal que les policiers matraquent, mais que le journaliste n’a pas été traité différemment de n’importe quelle autre personne. Qu’il en profite pour un faire un reportage et provoquer un débat sur la violence dans les manifestations, très bien. Si la réponse est oui, que la carte de presse a été un élément déterminant de la violence, là oui, vous avez raison de râler. Mais quoi, dans les informations visibles dans la vidéo ou ailleurs, vous permet de défendre cette position ? À part une position de principe (« le gouvernement s’en prend aux journalistes »), que je ne dénie pas forcément, mais qui n’est pas autre chose que ça, une position de principe, je ne vois pas d’argument en faveur de cette approche.

    Par ailleurs, ce qui me dérange profondément dans votre réaction, c’est votre postulat suivant lequel un journaliste est toujours en action et par conséquent, toujours intouchable (je ne conteste pas un instant qu’un journaliste en action doive être intouchable). Et, pour bien nous faire comprendre cette position, vous l’étendez à d’autres nobles professions. Ainsi donc, un médecin en vacances avec sa famille qui se fait contrôler sur le bord de la route pourrait dire « je suis un médecin, je peux être appelé en intervention d’un instant à l’autre, vous n’avez pas le droit de m’immobiliser sur le bas-côté » ? Un pompier en train de faire son shopping du samedi pourrait rentrer dans n’importe quel bâtiment même si c’est interdit au reste du public, parce que « je suis un pompier, si il y a un incendie là-dedans il faut que j’y sois » ? Vraiment, vous pensez cela ? C’est le même raisonnement que de dire qu’un journaliste en train de manifester puisse soudainement, quand ça l’arrange, se rappeler qu’il est journaliste et dire « ah ben non hein, pour crier je suis avec les manifestants mais quand il s’agit de la répression, oulala, attention, je suis un journaliste, faut pas me toucher hein. Mais je vais continuer à hurler, parce que je suis un manifestant. Mais un journaliste aussi, alors attention avec vos matraques ».

    Franchement, moi, ça me choque que quelqu’un, et a fortiori un(e) journaliste (même blonde et affable envers les mangeurs de Danette), puisse dire ça.

    Commentaire par Rémi — 18/10/2010 @ 11:36

  35. « Il a cru que sa carte de presse aurait une utilité, […] il met son métier au service des autres ».

    Et ça, ça ne vous choque pas ? Je suis pompier, je vais faire mon shopping et ah zut, y’a plein de monde dans les couloirs du centre commercial. Bah, c’est pas grave, je suis pompier, je peux passer par les couloirs de service et les issues de secours. Et j’en fais profiter les gens autour de moi, hein, je mets mon métier au service des autres. Ou bien, je suis médecin et avec mes copains du camping, on a besoin d’acheter de la crème solaire à la pharmacie mais c’est bête, y’a plein de touristes et une queue sans fin. Ah, je sais, je vais sortir ma carte de médecin pour qu’un pharmacien vienne me servir tout de suite, moi et ma liste de courses. Je mets mon métier au service des autres, où est le mal ?

    Pour moi, ces exemples sont la même chose qu’un journaliste en train de manifester et qui sort opportunément sa carte quand il voit les policiers prêts à (ou en train de) intervenir. Je sais que le mot est très chargé de sens caché, mais comment appelez vous un traitement différent de celui des autres (ne pas se faire taper dessus) obtenu par la possession d’un document officiel (la carte de presse) ? Je crois que ça n’est pas loin de la définition d’un privilège.

    Aliocha : comparaison n’est pas toujours raison. Merci de le démontrer magistralement par le choix de vos exemples.

    Commentaire par Rémi — 18/10/2010 @ 11:46

  36. Un sujet qui tient à coeur (voire même qui est la raison d’être) de ce blog (l’image du journaliste) … Normal qu’Aliocha ait vu rouge.

    Ne connaissant pas JBB, et n’ayant lu de lui que ce que Marianne 2 a repris sur son site, je ne me risquerai donc pas au commentaire « pour ou contre ».
    Je comprends juste mieux les réponses un peu caricaturales d’Aliocha si JBB est (comme elle l’indique dans une réponse à un Com’)effectivement d’un miliant pur et dur.

    Juste pour rebondir sur « C’est quoi les règles d’or d’un journaliste ? »:

    « Respecter le téléspectateur, le lecteur, l’auditeur. C’est un métier noble, pas un divertissement, et il faut l’exercer avec sens des responsabilités et rigueur. La carte de presse est un formidable alibi pour appeler n’importe qui. On rencontre des gens importants mais faut se calmer : on n’est pas grand-chose. La règle, c’est être pro, point final. »

    C’est une réponse d’Arlette CHABOT dans le lien que nous met Aliocha en #33.

    Non, Aliocha (en #33), je crois que, sur le fond, ça a bien à voir avec ce billet !

    Commentaire par Yves D — 18/10/2010 @ 14:38

  37. La fin ne justifie pas les moyens, Aliocha : cette expression dans l’article et dans les commentaires, pleine de transformations de propos, d’agressions ad hominem, ne servent en rien la cause que vous prétendez défendre. Que JBB ait tort ou raison, ce n’est pas de ça que je veux parler : une chose est sûre, c’est qu’il ne dérape pas pour exposer son point de vue. Vous, si.

    Aliocha : parce que c’est pas une attaque ad hominem de dire d’un journaliste clairement identifiable sur une vidéo qu’il défend les privilèges de sa caste ? Et ce n’est pas une transformation de propos de prétendre que son copain casqué, quand il lance qu’il n’est pas comme les autres, ça veut dire qu’ils ont droit à un statut particulier alors que tout ce qu’il exprime c’est qu’il n’est pas un manifestant en colère mais un mec là pour bosser ? Et c’est forcément déraper que de se mettre en colère, tandis que diffuser avec fiel des analyses injurieuses c’est parfaitement élégant ? Mais oui bien sûr….

    Commentaire par euh — 19/10/2010 @ 02:55

  38. Aliocha,

    Je précise que je commente après lecture des deux billets (celui de votre réaction et celui de JBB) et avoir pris connaissance des commentaires du présent article.

    Je vous cite :
    « Ce qui te choque le plus, dis-tu, c’est qu’on ne parle pas des manifestants qui se sont fait matraquer aussi. »

    Je ne sais où vous avez lu que c’était cela qui le choquait le plus, mais ce qui est certain, c’est qu’il dénonce ce fait. Selon votre lettre ouverte qui y consacre trois maigres lignes, la critique serait absurde, car infondée. Soutiendriez-vous que le traitement médiatique du cas de ce journaliste et de celui de cas similaires ou autrement plus graves est équitable ? Par exemple, pourriez-vous nous donner un lien vers vos éventuels articles portant sur des dénonciations de faits de violence policière (qui existent inéluctablement) autres que celui de l’affaire présentement abordée ?

    Je cite maintenant JBB :
    « Non, le plus choquant, ce sont les réactions des autres membres de la corporation, tous ceux qui montent au créneau parce que – ô drame, ô violences ennemies – un journaliste s’est pris trois coups de matraque. Ceux-là mêmes qui n’auraient même pas consacré une brève aux violences policières advenues après la manifestation – des gens qui se sont pris des coups de matraque ce soir-là, il y en a eu un (petit) paquet, et beaucoup ne cherchaient pas l’affrontement ; mais voilà : eux étaient comme les autres… » Ça, c’est sa thèse. Vous n’y répondez pas. Et faites preuve d’une grossière erreur de lecture sur ce qui serait « le plus choquant ».

    Concernant le caractère pamphlétaire de ce billet à l’égard de la « corporation » d’un CERTAIN journalisme, vous avez fait le choix de vos armes. Personnellement, lorsque l’on a lu le billet de JBB, je considère que les formes que vous utilisez vous desservent et ne vous font vraiment pas honneur – je pèse mes mots. J’aurais pu vous rejoindre sur l’amer constat suivant : lorsque des personnes bien sous toutes les coutures en arrivent à penser le journaliste comme « journaleux » et à étendre le terme « corporation » à des vérités qu’il ne recouvre pas, alors il y a un sérieux problème. Mais pour cela, il aurait fallu que vous passiez outre l’aspect polémique. En conclusion, on ne sait même pas comment vous considérez ce problème.

    Aliocha : les violences policières passent en boucle sur les chaines d’info à cet instant même, mais bien sûr, les journalistes ne parlent pas des violences policières à l’encontre des manifestants ! Si la forme de ce billet ne vous plait pas, sachez qu’il est considérablement édulcoré – et je pèse mes mots comme vous – au regard de l’aberration totale que constituent les propos de JBB. Mais bien sûr, j’aurais du exprimer cela dans un langage châtié du 18ème siècle, ou mieux, m’embourber dans les périphrases langue de bois qui plaisent tant en ce moment, type « contre vérité ». Eh bien voyez-vous, moi je ne sais pas ce qu’est une contre vérité, je ne connais que l’erreur ou le mensonge. J’ai toujours été cash et le continuerai de l’être même si certaines oreilles risquent d’en être froissées. Surtout, si ça froisse, d’ailleurs.

    Commentaire par Un passant (matinalement égaré) — 19/10/2010 @ 09:03

  39. « comparaison n’est pas toujours raison. Merci de le démontrer magistralement par le choix de vos exemples. »

    Non, c’est vrai (bien que je vous ferais remarquer que c’est vous qui avez cité la première l’exemple des médecins ou pompiers comme similaires aux journalistes, hein). J’aurais quand même aimé avoir une réponse qui ne soit pas uniquement du mépris.

    En s’abstrayant de tout exemple qui fausse les choses, mes interrogations se résument à deux questions, pour lesquelles je n’ai pas vu de réponses construite :
    – croyez-vous sincèrement que le fait que le bout de papier brandi devant les policiers ait été une carte de journaliste (et pas n’importe quel tract ou autre) a été le déclencheur des coups de matraque, que le journaliste a été tapé uniquement parce qu’il se proclamait journaliste et non pas simplement à cause de sa position et de son comportement ?
    – trouvez-vous normal qu’un journaliste puisse, au milieu d’un événement auquel il _participe_ en tant que simple _citoyen_, brandir soudainement sa _fonction_ de journaliste (tout en continuant à agir comme un simple participant et non un journaliste) pour obtenir un traitement différent des autres personnes autour de lui ?

    Je n’ai sans doute pas compris votre position, mais je crois essayer quand même d’avoir un débat, d’offrir des arguments — peut-être stupides, mais je n’ai vu personne m’expliquer en quoi ils le seraient — et d’écouter ce que disent les autres. À mon grand regret, je constate que de plus en plus souvent, une fois que vous avez exprimé votre position, vous rejetez en bloc tout argument contraire, sans dire pourquoi il serait faux. Autant je comprends votre réaction envers certains messages très agressifs, autant je trouve que pour d’autres (dont, j’ai la faiblesse de le croire, les miens), j’en suis déçu. Tant pis, je ferais sans.

    Aliocha : voyez sous le précédent billet, j’ai répondu très, très, très longuement à toutes les objections. Je ne peux pas deviner derrière mon écran qui a déjà lu tout ça mais s’obstine à reposer les mêmes questions et qui ne l’a pas fait. Je ne suis pas voyante. Je n’ai dit nulle part qu’il s’était fait taper parce qu’il était journaliste j’ai dit qu’il n’aurait pas du se faire taper parce qu’il était journaliste. C’est-à-dire observateur et pas lanceur de pavé, témoin, et non pas individu agressif voulant en découdre avec les forces de l’ordre. Par ailleurs, sur votre deuxième question, vous observerez qu’il y a plusieurs journalistes à cet endroit précis, qu’il n’a pas été le seul à avoir été frappé. Qu’il ait participé ou non à titre personnel à la manif’ avant de se retrouver au milieu de ses confrères et de faire valoir qu’il était journaliste ne change rien, absolument rien, au problème de fond : il brandit sa carte, comme d’autres au même moment évoquent aussi leur qualité de journaliste, et il se fait néanmoins taper. Or, que je sache, il n’a pas agressé les forces de l’ordre avant de se réfugier derrière sa carte, il est là, il observe parce que ça dégénère et donc il fait son job. Dès lors, cette scène pose un problème de principe sur le rapport entre les forces de l’ordre et la presse. Ce n’est pas nouveau, sauf que cette fois on a des images. Alors on peut s’amuser à polémiquer tant qu’on veut, si les CRS se mettent à casser du journaliste dans les manifestations, c’est une ligne jaune qui est franchie. Cette ligne jaune, nous devons la tenir. Pour notre sécurité et pour le droit à l’information. Mais pour comprendre ça, il faut s’extraire du faux problème des privilèges pour observer l’enjeu beaucoup plus important de la liberté de la presse.

    Commentaire par Rémi — 19/10/2010 @ 10:49

  40. Alicoha « dans mon jeune temps »

    Vous êtes québécoise ?

    Commentaire par un maillet — 19/10/2010 @ 12:07

  41. Et bien, faisons simple, dans un langage simpliste :

    – Vous dites que dès lors qu’une personne sort une carte de presse, il signale qu’il est là en tant que journaliste. Donc qu’il ne PEUT pas être molesté (point sur lequel tout le monde est d’accord – même JBB), car ce serait ouvrir une boite de Pandore.

    Aliocha : D’accord ? Vous dites que même JBB est d’accord sur le fait qu’il ne faut pas taper les journalistes ? Alors qu’il dit précisément que c’est la fin des « privilèges » des journalistes et que c’est très bien ainsi !!!! Fichtre. On lit corporatisme toutes les deux phrases et privilèges est utilisé aussi souvent qu’une ponctuation, mais bien sûr, c’est moi qui aie mal lu.

    – Ce que prétend le billet du type, dont vous faites le procès d’intention, renforçant sa prise de position par la formule malheureuse du journaliste : ce dernier instrumentalise sa carte de presse et dessert la profession en faisant cela.

    De vos propres dires, vous reconnaissez cette instrumentalisation dans le commentaire 30. Un certain nombre de commentateurs considèrent la pratique du journaliste comme litigieuse.

    Aliocha : on peut débattre de ce sujet en effet, et j’ai le droit de dire que cette utilisation, je préfère à « instrumentalisation », ne me choque pas. Ce qui n’ôte rien à la question de principe, on ne tape pas un journaliste comme vous le soulignez vous-même. A moins que celui-ci ait balancé un pavé, ce qui n’est pas le cas ici, que je sache.

    De toute manière, cette opinion n’occupe pas une place centrale dans la logique du billet estampillé « aberration totale ».

    Aliocha : L’avez vous lu en entier ou seulement la partie reproduite sur Marianne 2 ? Parce que le paragraphe suivant dézingue l’autre journaliste (le casqué) sur sa phrase « on n’est pas comme tout le monde ». Il faut vraiment donner dans le procès d’intention contre la presse pour y voir la revendication d’un privilège, là où il n’y a, à l’évidence, qu’une protestation de principe sur l’assimilation entre manifestants à disperser et journalistes nécessairement présents pour faire leur boulot.

    Lorsque j’évoquais la dénonciation de faits de violence policières, je pensais évidemment au travail du journaliste au quotidien et au long-cours, ce qui ne se résume pas à l’état des lieux d’un battage médiatique à la mode (quelqu’un a cité le cas Joachim Gatti, mais je peux vous en servir d’autres qui n’ont reçu aucun écho digne de la gravité des faits).

    Petit rappel chronologique du contexte actuel : le matraquage du journaliste est une des premières violences policières mises en relief (après l’incident du jeune homme à Caen), et la première en vidéo à recevoir un tel emballement médiatique, alors même qu’elle est douteuse (relisez l’ensemble des commentateurs de votre blog sur ce sujet).

    Aliocha : Mais oui, les journalistes ne parlent que d’eux, c’est bien connu. Vous avez noté combien de mois il a fallu pour que la profession ose parler de Stéphane Taponier et Hervé Guesquière retenus en Afghanistan. Et vous avez vu comment nos chers politiques les ont qualifiés de « chasseurs de scoop » ? Vous ne pensez pas qu’il y a un climat mauvais autour de notre profession et qu’il n’est pas utile que certains en rajoutent au nom de la lutte des classes lou de je ne sais quel fantasme sur de prétendus privilèges ? Le plus drôle c’est que ceux-là font le jeu de la sarkozie, n’est-ce pas que c’est piquant ?

    A vous relire, vos propos sur ce billet relèvent du mépris et de l’énervement, notamment suite à l’usage de tournures incisives du billet incriminé. Je commence à croire que votre emportement vous empêche de lire correctement les propos tenus (et ça m’ennuie de le penser). Ce qui ne m’empêchera pas de vous souhaiter une bonne journée.

    Aliocha : deux poids, deux mesures ? certains ont le droit d’être incisifs, d’autres de se défendre délicatement et sans vexer personne ?

    Commentaire par Un passant (assurément égaré) — 19/10/2010 @ 12:18

  42. Aliocha,

    En effet, vous avez répondu à beaucoup de commentaires. Mais bien souvent, votre réponse se limite, ou se résume, à « on ne tape pas un journaliste, point ». C’est une position de principe, je le comprends bien, mais ça n’est pas très argumenté. En fait, votre argument principal, il me semble, tient en deux points : d’une part le journaliste, quoi qu’il fasse et où qu’il soit, est journaliste avant d’être individu normal et d’autre part la moindre violence faite au journalisme est Mal. Par extension et pour vous, le moindre acte envers un journaliste, quelque soit le contexte, ne peut qu’être moralement répréhensible. Est-ce que je trahis votre pensée en résumant ainsi ?

    Je suis, de manière générale, d’accord avec vous sur le 2ème point. L’information du citoyen est vitale à une démocratie et à ce titre, le journalisme doit être le plus libre possible (quoi qu’on puisse discuter, et vous l’avez déjà fait par ailleurs, sur jusqu’où doit s’étendre la protection offerte aux journalistes, par exemple sur des théâtres de guerre). Par contre, là où je ne vous suis pas du tout, c’est sur le premier point. « Un journaliste […] c’est jamais là seulement à titre privé », dites-vous, avec l’argument incontestable que « c’est inscrit dans [nos] gènes ». C’est là que nous différons fondamentalement. Pour moi, un journaliste est un individu comme les autres, il peut se retrouver dans la même situation (désagréable) que n’importe qui, mais ça ne justifie pas, à cet instant, de se rappeler soudainement qu’en tant que journaliste (et non pas qu’individu), il a droit à des égards et que par conséquent il doit être traité différemment (pour être honnête envers vous, vous étendez le même principe à tout une classe de profession « nobles », de l’avocat au médecin ou infirmier, mais cela ne change rien au raisonnement). Si il s’est retrouvé là parce que journaliste, qu’il agit comme journaliste, alors oui, qu’il soit traité comme tel — et qu’il ne se fasse pas matraquer. Si ça n’est pas le cas, sa profession est totalement hors-sujet.

    C’est en ce sens que ma première question est, à mon avis, pertinente. Si vous admettez qu’il se serait fait taper si il avait eu exactement le même comportement, mais brandi un tract au lieu d’une carte de journaliste, alors votre seul argument pour s’indigner est cet argument de principe comme quoi, même si il n’agit pas comme un journaliste, un individu est toujours et tout d’abord journaliste avant d’être individu. C’est cela que je voulais clarifier.

    C’est là-dessus que nous sommes en désaccord profond, et les quelques arguments (qui ne soient pas des positions de principe) que j’ai vu sur ce thème ne me convainquent pas du tout. À partir du moment où il est acteur, le journaliste n’est plus témoin, et renonce à être traité comme tel. Ce qui ne l’empêche pas d’alterner entre les comportements (je n’aurais rien dit si le journaliste, venu manifester, s’était tenu sur le côté sans rien dire et avait sorti sa carte de presse quand les CRS passent), de prendre le métro en tant que simple individu et de devenir soudainement journaliste quand il est témoin d’un événement. Oui, en ce sens, il est « toujours » journaliste. Mais sur la vidéo (qui est le seul document relativement objectif que j’ai vu, le reste étant des témoignages de personnes directement impliquées, donc forcément sujettes à caution), je n’ai pas vu un journaliste, j’ai vu un manifestant. Traité comme un manifestant.

    Enfin bon, je ne vous ferais certainement pas changer d’avis, et jusqu’à présent vos arguments sont très loin de me paraître convaincants, donc je ne pense pas qu’on avancera beaucoup dans cette discussion, autant en rester là.

    Aliocha : vous me posez des questions et vous conluez qu’il est inutile que je réponde parce que de toutes façons je vous convaincrai pas. Magnifique.

    Commentaire par Rémi — 19/10/2010 @ 13:39

  43. Ah non, j’ai tout lu, je me suis tout farci et l’ai même précisé. Par suite, j’ai été jusqu’à lire les commentaires sous le lien de la vidéo sur votre blog.

    En toute honnêteté, je vous demanderai de faire la part des choses :
    Laissez de côté ce troisième paragraphe et son prisme du privilégié, à travers lequel vous lisez ce satané billet (dont je partage partiellement l’avis – mais qu’à force de réagir ici, l’on pourrait croire que je le défends mordicus). A mon sens, c’est un passage très précis – et très court – du texte, comme une parenthèse où émerge une opinion de l’auteur. Ne dit-il pas que les « passe-droits » auxquels il pense mais à propos desquels il ne s’étale pas (normal, ce passage est un aparté) sont révolus ? Au passage, l’occurrence ‘privilège’ n’apparait qu’une seule fois dans son billet, et absolument pas dans le sens que vous entendez.

    Le principe de neutralité, comme tout principe, ne peut être pratiqué à la lettre et admet quelques entorses. Mais là, c’est vraiment poussé. On passe d’un acteur manifestant à un journaliste puisqu’il a sorti sa carte de presse. Or, demeure l’hypothétique protection des manifestants / la proximité effarante avec le groupe d’AFP / la position occupée qui n’a rien à voir avec celle d’un observateur.
    De mon côté, le REvisionnage – avec un peu de recul donc – fait sourire des personnes ayant une petite expérience de ce type de situation : AUCUN individu lambda n’oserait adopter un tel comportement !
    Dans sa perspective, JBB considère que le journaliste fait une utilisation inappropriée de sa carte de presse comme un passe-droit. Dès lors que l’on admet « l’utilisation », cette interprétation est permise.

    Pour vous confirmer que tout le monde est bien d’accord sur le postulat que vous dénommez ligne jaune, pardonnez ma longue citation – celle d’un commentateur suivie de la réponse du monsieur incriminé :

    « Juste une question, comme ça, d’un journaliste à un ex-confrère : Comment auriez-vous pu mentionner le cas de ce jeune homme à Caen, si aucun journaliste n’avait pu être présent sur place pour reporter les faits ? De ce fait, vous conviendrez qu’il est anormal, voire grave, qu’un cordon de CRS bloque l’accès d’un conflit à un journaliste. Ce dernier, étant tenu au droit à l’information, doit pouvoir remplir sa mission envers les citoyens, et ce même s’il est au départ présent pour des raisons personnelles. Il ne s’agit pas d’une faveur, d’un passe-droit appartenant à une caste, mais d’une obligation professionnelle, qui ne s’arrête pas au perron de sa rédaction. Bien sûr, les comportements individuels étant ce qu’ils sont, l’arrogance, la prétention sont des caractéristiques présentes dans la profession journalistique. Je veux bien même vous accorder qu’elles soient en plus forte proportion dans ce corps de métier que dans d’autres. Mais encore une fois, la carte de presse n’est pas un « sésame » mais le marqueur de la reconnaissance officielle de l’Etat de la liberté d’informer et de son détenteur qui est à la fois l’obligé et le garant de celle-ci. Lorsqu’un journaliste se fait molester par les forces de l’ordre, la presse réagit non pas par réflexe coporatiste mais pour rappeler et protéger cette liberté. Loin de moins l’idée de restreindre ce droit aux seuls journalistes, mais plutôt d’affirmer que sans liberté des journalistes, point de liberté de la presse et donc plus de liberté tout court. Vous voyez, pour ma part, pas de grandes phrases ni de lyrisme, mais juste un rappel de la loi et des principes démocratiques pour lesquels tant d’autres, avant vous et nous, ont lutté. »

    Réponse :

    « Honnêtement, je suis tout à fait d’accord avec ce que vous écrivez. Le paradoxe, me semble t-il, est d’ailleurs que nos deux positions ne sont pas contradictoires. La même chose qui me fait réagir est, au fond, ce qui motive l’écriture de votre commentaire : ce sont deux positions de principe, où les journalistes sont tenus à certaines exigences. Disons : dans l’idéal.

    Tout le hic est que nous sommes, désormais, très loin de cet idéal. S’il est encore nombre de journalistes pour faire leur travail avec honnêteté, il en est sans doute autant qui ont largement contribué à discréditer leur profession. Celui qui a fait la une avec ses trois coups de matraque et sa carte de presse brandie comme une armure symbolique en fait partie – même si c’est beaucoup plus bénin que, par exemple, le tort porté aux journalistes par un prétendu documentaire comme Huit hommes en colères. » [corrigez hommes par journalistes]

    Enfin, mon propos n’est pas de soutenir que les journalistes seraient nombrilistes, mais de constater que l’emballement médiatique pour un cas aussi douteux a été assourdissant à côté du silence dans le traitement d’autres faits avérés de violence (et pas mineurs ceux-là). Ce qui n’est pas sans conséquence.

    Aliocha : vous mesurez toute la rouerie de la dialectique de votre interlocuteur ? Elle consiste à dire : je suis d’accord avec le principe mais pas avec sa traduction pratique en l’espèce. Et je gage qu’à la prochaine occasion, la réalité ne correspondra pas davantage à la théorie, ou plutôt à l’idéal inaccessible qu’on nous présente puisqu’on prend soin de nous expliquer que les journalistes de toutes façons ne sont plus à la hauteur. Au passage, je vous signale que ce n’est absolument pas ce qui est soutenu dans le billet. J’appelle ça une reculade sur le mode : mince, j’ai été trop loin mais je peux m’en sortir en disant que oui bien sûr je suis pour la liberté de la presse, mais en l’espèce c’est pas le problème.

    Commentaire par Un passant (assurément égaré) — 19/10/2010 @ 13:53

  44. « Vous me posez des questions et vous conluez qu’il est inutile que je réponde parce que de toutes façons je vous convaincrai pas. Magnifique. »

    Si vous préférez lire uniquement la dernière phrase de mon message et l’interpréter à votre manière, plutôt que de discuter de tout le reste, je n’y peux rien. Magnifique, peut-être. Mais pas pour la discussion.

    Je sais que je ne pourrais pas vous convaincre (parce que je sens que vous êtes très fortement attachée à vos positions et que je suis loin de me croire assez calé sur ce domaine). Je dis que tant que vous continuez à en rester à la position de principe en réponse à mes arguments, vous ne me convaincrez pas non plus.

    Puis-je au moins vous demander si j’ai trahi votre pensée dans mon résumé (au début du message précédent) ? Si vous ne voulez pas discuter, peut-être au moins voulez-vous bien m’aider à vérifier que je vous ai bien comprise ?

    Aliocha : que vous avez bien compris quoi ? Que je puisse être assez sotte pour faire d’un journaliste un individu au-dessus des lois et réglements ? Non, vous ne m’avez pas bien comprise. Vous n’avez pas compris que cette affaire pose un problème de principe et que je défends donc ici un principe. La police n’a pas à frapper un journaliste justifiant de son identité professionnelle et n’ayant pas ailleurs commis aucun acte répréhensible. Voilà, ce que je dis. Maintenant si le journaliste, même dans l’exercice de son métier, balance un pavé sur la tête d’un flic ou de qui que ce soit d’autre il monte dans le car et il file au poste, nous sommes d’accord. Là, il n’a rien fait, il est aux côtés de ses confrères et en plus il justifie de son identité, donc il n’a pas à être frappé. Ou alors, nous sommes dans un régime totalitaire, mais il faut le dire, que ce soit bien clair.

    Commentaire par Rémi — 19/10/2010 @ 15:36

  45. Je crois avoir bien compris (depuis le temps que vous le répétez…) que c’est une question de principe, oui. Je crois aussi avoir bien compris que le principe que vous défendez est qu’un individu, à partir du moment où il dit être journaliste, doit être traité différemment. Je crois aussi avoir compris que pour vous, cela s’applique aussi quand le journaliste ne se comporte pas comme un journaliste, et c’est ce point que j’essaye d’éclaircir, parce qu’il me choque.

    « Là, il n’a rien fait, il est aux côtés de ses confrères et en plus il justifie de son identité, donc il n’a pas à être frappé ».

    Voilà pourquoi je posais ma question que vous trouviez mal posée. Prenons un manifestant lambda, non journaliste. Il va se comporter exactement comme notre journaliste, hurlant devant les policiers. « Il n’a rien fait ». A-t-il a être frappé ? Un réponse « non », c’est le débat que vous avez avec d’autres, non pas sur le statut des journalistes, mais sur faut-il parler de toutes les violences en marge de manifestations, etc. Si c’est cela votre position (ce coup de matraque était inadmissible), je la comprends, de même que je comprends (même si je ne suis pas forcément d’accord) le raisonnement qui fait qu’on en parle plus quand c’est un journaliste qui en est victime. Mais le fait que vous défendiez systématiquement non pas l’individu matraqué, mais le journaliste, me donne l’impression que votre réponse, en substance, est « oui » : un autre manifestant aurait pu être frappé, mais *parce qu’il est journaliste*, celui-ci aurait du être traité différemment.

    Ça me gène. Pour moi, la protection du journaliste ne se justifie que quand on est en train de faire le journaliste, pas en train de manifester et de hurler au nez des policiers (« il n’a rien fait », il fait autant que tout autre manifestant et reçoit autant que tout autre manifestant). J’entends bien votre argument selon lequel on est journaliste en permanence, pas de 9h à 17h, mais je crois quand même que sans aller jusqu’à pointer les heures de travail, il y a des comportements qui ne sont évidemment pas compatibles avec l’exercice du journalisme. Qu’il y ait des cas limites, je ne le nie pas. Mais ici, je crois qu’on en est très loin.

    Notez que je ne parle pas de politique du gouvernement, de régime totalitaire ou d’être au dessus des lois et règlements.

    Aliocha : alors là, si vous pensez franchement que pour moi tout le monde doit se faire tabasser sauf les journalistes, ce n’est pas gêné que vous devriez être mais carrément scandalisé. Et il y aurait de quoi. Puis-je vous inviter à relire le début de mon billet où j’écris qu’il vaudrait mieux réclamer que personne ne soit frappé plutôt que d’exiger que tout le monde le soit ? Je vois mal comment je pourrais être plus claire. D’ailleurs, c’était une critique de Jalmad sous le précédent billet et j’y ai répondu. Je n’imagine même pas, entre nous, qu’on puisse me soupçonner un instant de penser une chose aussi débile, mais puisque c’est le cas, allons-y. Je suis évidemment contre toute forme de tabassage concernant tout individu, quelque soit son sexe, sa couleur, son âge, sa nationalité, le fait qu’il ait des papiers ou pas, sa profession, ses origines, sa tête, son éventuel handicap, son niveau d’étude, son niveau social, ses convictions, son appartenance politique, ses choix sexuels etc. C’est bon, j’ai levé toute ambiguïté ? Vous ne voyez pas que je plaide ici pour plus de liberté et non pas pour préserver les « privilèges » d’une caste ? Maintenant, je dis que frapper quelqu’un d’inoffensif pose un problème. Il ne me semblait pas devoir préciser pareille évidence, mais puisque c’est le cas, je le fais. Et que frapper quelqu’un d’inoffensif justifiant de sa qualité de journaliste pose UN PROBLEME DE PLUS. Et comme ce blog parle de journalisme, je me suis concentrée sur le PROBLEME DE PLUS. Un problème à double détente. D’abord la carte de presse témoigne d’une présence d’observateur et non pas d’acteur. Donc, si on ne doit taper personne, on doit ENCORE MOINS taper quelqu’un qui justifie de sa présence professionnelle sur les lieux. Et qu’importe qu’il ait été là dans un premier temps à titre privé. La carte de presse c’est comme un drapeau blanc ou l’insigne de la Croix Rouge, ça veut dire « je bosse mon gars, je t’agresse pas et je vais rien te balancer à la tête ». N’oublions pas que le CRS de base dans des circonstances pareilles à les jetons quand on s’approche de lui, la carte de presse c’est en principe un signe ostentatoire de non-agression ; en général, les journalistes ne balancent pas de pavés sur la gueule des CRS. Par conséquent, si on peut comprendre – sans cautionner – qu’on frappe un manifestant parce que s’il vient au contact c’est pas forcément avec de bonnes intentions, le raisonnement ne tient plus face à un journaliste. Ensuite, dès lors qu’on frappe un journaliste justifiant sans ambiguité de sa qualité professionnelle, on peut raisonnablement craindre qu’on a voulu l’empêcher de faire son boulot. C’est le deuxième problème EN PLUS du problème de base relatif aux violences policières. Conclusion : je ne dis pas que les uns doivent être frappés et les autres non, je dis que personne ne doit l’être -quelle évidence ! – et encore moins les journalistes.

    Commentaire par Rémi — 19/10/2010 @ 17:33

  46. Bon, avec un peu de provocation bien dosée (mais pas trop), vous réagissez 🙂

    Non, évidemment, je me doute bien que vous n’alliez pas dire qu’il est normal que quelqu’un se fasse taper dessus. Ceci étant dit, plus le temps passe et plus je me sens confirmé dans mon analyse : pour vous, le simple fait de brandir sa carte de journaliste suffit à garantir qu’à cet instant donné, on agit en journaliste et qu’on doit donc être traité comme tel. Indépendamment donc de son comportement, c’est le journaliste qui, à tout instant et en toute circonstance, décide de s’affirmer comme journaliste.

    En ce qui me concerne, je pense que pour bénéficier du traitement spécial dû au journalisme, un journaliste doit agir comme tel (en fait, j’aurais même tendance à dire que la carte devrait être inutile, mais c’est de l’idéalisme, il est clair qu’on ne peut en pratique pas se reposer sur la bonne foi !). Qu’il ne suffit pas de dire « je suis journaliste » tout en se comportant comme un acteur de l’événement. C’est sans doute un peu naïf, j’admets bien qu’il n’est pas toujours facile de faire la part entre témoin et acteur (et cette distinction a été évoquée avec d’autres ici), et par ailleurs je sens bien que ça pose le problème de qui juge, dans le feu de l’action, si le journaliste se comporte comme tel. Mais sur le principe (puisque c’est une position de principe que vous avez, je peux bien en avoir une aussi), j’estime que tant qu’il prend partie activement à l’événement, le journaliste peut oublier sa carte, elle ne devrait lui servir à rien (et déontologiquement, je pense qu’il ne devrait même pas la sortir).

    Pour en revenir à la vidéo, j’ai du mal à admettre qu’on puisse dire que ce qu’on voit est un journaliste, pour reprendre vos mots, en train de « bosser », un « observateur », un « signe de non-agression ». Je crois que c’est au final ce comportement que je trouve très peu journalistique qui est le révélateur de notre désaccord sur le principe. C’est aussi ce qui me permet de ne pas accepter votre deuxième problème : pour moi, il n’est pas possible que les CRS aient voulu empêcher un journaliste de faire son travail, vu qu’à cet instant donné ils avaient à mon sens en face d’eux un manifestant, pas un journaliste.

    Aliocha : et à quoi vous reconnaissez un journaliste en train de travailler dans une manifestation ? L’appareil photo ? Mouais, n’importe qui en a un. La caméra siglée de la chaine TV ? Déjà mieux. Mais le journaliste de la presse écrite ? Moi j’en ai fait des manifs’ sans carnet ni crayon, surtout quand ça dégénère, mieux vaut ouvrir grand ses yeux pour regarder et aussi faire gaffe à ses fesses plutôt que de gratter des notes. Parce que y’a pas marqué journaliste sur ma tête. Notez, on peut commander des brassards « presse », moi j’en ai pas. Donc comment je fais pour faire comprendre au CRS en face de moi que je lui veux pas de mal, que je vais rien lui balancer à la tête, que si je reste au lieu de m’en aller, c’est parce que c’est mon job d’être là où il faut pas ? Alors si je prends un coup de matraque, il est pas impossible que je balance moi aussi « bon sang de bonsoir, c’est quoi ce cirque, je suis journaliste, tenez, voilà ma carte » c’est pour ça que je suis là et pas pour vous défier et s’il continue à me tabasser, y’a des chances que je gueule encore plus fort parce qu’il sait que je suis là professionnellement, que j’ai le droit d’être là, et qu’il continue. Vous savez, en clair, pourquoi sur une manif, comme sur un terrain de guerre d’ailleurs, on ne distingue pas les journalistes des autres ? Parce que c’est pas possible et c’est bien pour ça que c’est dangereux pour nous. Comment vous faites la différence entre un type en jeans baskets qui refuse d’obtempérer, voire qui monte carrément à l’affrontement, et un autre type en jean baskets, au même endroit qui s’est placé justement là où tout se passe pour bien voir ? Le tout dans une ambiance chargée d’adrénaline où les événements s’accélèrent, ou ça courre dans tous les sens etc.

    Commentaire par Rémi — 19/10/2010 @ 23:54

  47. Je suis bien conscient qu’il est difficile, voir impossible dans certains cas, de faire la distinction (à noter que pour moi, avoir un appareil photo et se comporter en témoin devrait suffire à être traité comme un journaliste, qu’on en ait le titre ou pas, mais c’est ce que je qualifiais moi-même de position idéaliste juste avant). Mais on en revient à des positions de principe : face à cette ambiguïté qu’il sera toujours impossible de résoudre de manière claire, surtout dans le feu de l’action, vous dites que la carte de journaliste (ou le brassard, ou n’importe quel insigne clair — je dis cela pour qu’il soit clair que je ne parle pas de la carte comme d’un privilège ou autre remarque de ce genre, hein) doit suffire à faire pencher la balance du côté « témoin ». Moi, je crois que cela ne suffit pas.

    Par ailleurs, je crois que si un journaliste, présent en tant que journaliste, se prend un coup de matraque, ça n’est pas en allant hurler sur les policiers en brandissant sa carte qu’il va avoir des excuses et qu’il risque moins de s’en prendre un autre. C’est un comportement humain que je comprends (et que j’aurais sans doute aussi à votre place), mais bon, c’est comme quand quelqu’un renverse votre verre dans une soirée : si vous allez l’engueuler et lui agiter votre verre (vide) sous le nez, je ne crois pas que beaucoup de gens vous offriront de vous en payer un autre. C’est humain, oui. Mais ni la réaction du journaliste, ni celle des policiers n’a plus grand chose à voir avec le journalisme.

    Maintenant, vous avez plus d’expérience que moi, et surtout l’expérience du terrain, et je ne prétendrais pas une seconde pouvoir vous contredire là dessus. Mais pour autant, je ne crois pas que le journalisme, ou la démocratie, ou la liberté, soit en danger à partir du moment où on dit qu’il faut plus qu’un carte pour mériter d’être traité en journaliste. Je ne suis toujours pas convaincu qu’il faille voir dans cet incident plus qu’un incident autour d’une manifestation, qui n’a pas plus d’importance que n’importe quel autre acte de violence (impliquant un journaliste ou non).

    Commentaire par Rémi — 20/10/2010 @ 00:55

  48. Quand on voit le niveau du débat qui entoure ce fait divers sur ce blog, on ne s’étonne pas du discrédit qui touche la profession. Le type a peur de se faire taper dessus, il brandit sa carte de presse en disant qu’il est pas comme les autres… il a pas du couvrir beaucoup d’événements violents dans sa vie et pas souvent du être en face d’une ligne de bidasses surexités: c’est le meilleur moyen pour ce prendre un coup sur la gueule ou une balle perdue. J’ai assisté à nombre de matraquages incontrôlés un peu partout en amérique du nord et du sud au cours des dix dernières années et j’ai jamais vu une attitude pareille de la part d’un journaliste. Franchement, avec un tel courage et une telle incompétence on a hâte de voir la bouse qu’il va nous pondre sur les ultragauche pour canal. Il aurait mieux fait de sortir son iphone et de filmer la scène, ça eut été un peu plus noble; et au moins, il aurait pu vendre des images ;-). En tout cas, tourner tout ça en un débat sur la liberté de la presse, avec des défenseurs de cette classe, effectivement on est mal barrés.

    Commentaire par toiner — 20/10/2010 @ 01:50

  49. Simple question (non, ce n’est pas de la provoc’) : s’il y a moyen de commander des brassards « presse », pourquoi ne pas le faire ? Pour s’ « infiltrer » ?

    Commentaire par lambertine — 20/10/2010 @ 07:47

  50. @lambertine: parce qu’en France les journalistes sont tellement pris pour des cons qu’ils évitent de se donner de la visibilité dans la rue. Celui-ci n’a pas besoin de brassard parce qu’il est en train d’essayer d’infiltrer des milieux « ultra-gauche », mais tout d’un coup il voit des flics et fait dans son froc. Ca promet d’être à la hauteur de la merde qu’il nous a pondu sur les néonazis de la rue des rosiers.

    Commentaire par toiner — 20/10/2010 @ 11:15

  51. Franchement, je ne crois pas que le journaliste possède des gènes particuliers. Je pense l’avoir été, pourtant, et ne l’être plus aujourd’hui.
    C’est un métier, j’aurais tendance à dire « comme un autre ». Celui qui y a passé quelques années garde un oeil critique sur le travail de ses anciens confrères, voilà tout.
    J’ai épousé un « vrai » journaliste qui peut se targuer d’avoir obtenu un beau diplôme reconnu par la profession et d’une expérience journalistique diversifiée. Il me disait, récemment, ne pas regretter d’aligner désormais des 1 et des 0 dans quelque obscur langage aussi barbare qu’informatique, après avoir quitté les rangs des damnés de la presse. « J’ai cru que c’était un beau métier » a-t-il sobrement conclu.
    Il y a une petite année, j’ai préféré embrasser une autre profession et vous avez eu la bonté de le regretter. Peut-être n’ai-je pas la fibre ni la flamme. J’avais tenté non de changer le monde ni même de le rendre meilleur, mais seulement de décrire des évènements ou traduire les idées que l’on avait bien voulu me confier dans une langue à peu près correcte et intelligible. J’ignorerai toujours si j’y suis parvenue. Je reste toutefois persuadée que l’on peut exercer ce métier sans passion mais avec intégrité. A l’image de ces gris fonctionnaires que raillaient avec tant de cruauté les auteurs du XIXe siècle.
    Et si presque tous les évènements de la vie personnelle peuvent enrichir la réflexion personnelle et donc indirectement votre production journalistique à venir, cette interaction s’applique à bien d’autres professions et n’implique pas que l’on ne sache « raccrocher les gants » après le bouclage. Et laisser l’appareil photo au bureau pour vivre, enfin, sa « vraie » vie, celle dont les heures ne sont pas louées au nom d’un contrat de travail.

    Vous me pardonnerez probablement de m’être exprimée ici sous couvert d’un relatif anonymat, je m’étais par trop éloignée de ma ligne éditoriale.

    Commentaire par estelle — 20/10/2010 @ 22:23

  52. Je voudrais saluer Audrey Pulvar qui a riposté de belle manière avec sa phrase d’Aimé Césaire. Effectivement, il n’y avait rien d’autre à faire et à dire que ça. Ce qui est surprenant, c’est que ça ne fasse guère de vagues dans le Landerneau des Journalistes, une affaire pareille.

    Un prochain article sur votre blog à propos de la non-réactivité de vos confrères ?
    Dernier souhait probablement vain : arrêtez un peu ce matraquage !
    A bibientôt.

    Commentaire par Pensez BiBi — 21/10/2010 @ 17:32

  53. « La police n’a pas à frapper un journaliste justifiant de son identité professionnelle et n’ayant pas ailleurs commis aucun acte répréhensible. »

    Je suis assez d’accord avec vous Aliocha (même si je trouve que vous manquez de nuance face à Rémi, qui essaie de défendre honnêtement et de manière pondérée sa vision des choses).

    Mais après réflexion, je me dis que votre phrase aurait pu être plus simplement :

    « La police n’a pas à frapper un citoyen n’ayant aucun acte répréhensible. »

    Je partage avec vous le sentiment que le fait qu’on s’autorise à matraquer un journaliste est un signe inquiétant de la pente qu’emprunte le pouvoir depuis quelques temps. Pour autant, sur la question du PRINCIPE, je trouve qu’il n’y a pas de distinction à faire entre un journaliste et un simple citoyen.

    Commentaire par professeurtournesol — 22/10/2010 @ 08:35

  54. je vais pleurer, c’est vraiment trop injuste ce monde qui s’acharne sur nos petits amis journalistes…

    ceci dit,votre post aura au moins eu le mérite de m’éclairer sur votre consternant niveau de corporatisme

    et puis alors mais la hargne dans les propos

    oualalala

    Ciao la virago (c’est forcément la ménopause), moi je vais chez JBB

    Commentaire par naj — 26/10/2010 @ 16:47

  55. Bonjour! Je veux partager mon témoignage avec vous tous. Le Dr Sambo m’a donné la possibilité de commencer ma nouvelle vie et heureux avec Michael. L’engagement et les périodes travaillées au-delà de mariage de mon imagination. 6th of Novembre sera toujours dans ma mémoire comme le début de notre nouvelle vie. Nous avons eu le mariage le plus beau et j’étais au septième ciel du bonheur. Je suis sûr que ce sentiment sera avec nous pendant toute notre vie et ne nous quittera jamais. Nous restons reconnaissants pour toujours. S’il vous plaît mes amis, si vous avez besoin de l’aide de cet homme juste prendre contact avec lui à travers son e-mail: (ogunspiritualspelltemple@gmail.com) Julia, Las Vegas

    Commentaire par Julia — 17/03/2013 @ 15:42


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