La Plume d'Aliocha

28/09/2010

Les Boulat, photographes de père en fille

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 23:36

Trois fois par an, l’association Reporters sans frontières (RSF) publie un album rassemblant les oeuvres d’un grand photographe, ou de plusieurs sur un thème déterminé, dans le cadre de son action » 100 photos pour la liberté de la presse ». La vente des albums sert à financer les actions de l’association.  Le dernier opus, sorti début septembre, est consacré à Pierre Boulat, grand reporter et Alexandra Boulat, sa fille, photographe de guerre. RSF décrit ainsi leur travail :  « Pierre et Alexandra Boulat, père et fille, ont réalisé, au cours de leur carrière, des clichés inoubliables, notamment pour le magazine Paris Match. Pierre Boulat [1924-1998] a longtemps collaboré au mythique magazine américain Life, a photographié les plus grandes stars, le monde politique, la mode et particulièrement Yves Saint Laurent. Alexandra Boulat [1962-2007] a choisi, elle, la guerre et les terrains dangereux, au Kosovo, en Bosnie, en Irak ou en Palestine. De leur travail, si différent soit-il, une inspiration commune, celle d’une même approche humaniste ».

Parallèlement à la sortie de l’album, Reporters sans frontières qui fête son 25ème anniversaire, expose les photos de Pierre et Alexandra Boulat  au Petit Palais. Allez-y, ça vaut le déplacement.  Une photo de De Gaulle à genoux lors d’une messe dans la cathédrale de Reims en 1962 invite l’observateur irrévérencieux à une méditation sur le personnel politique actuel…. L’un des deux civils armés serbes, saisis par Alexandra Boulat après la prise de Vukovar, semble tout droit sorti d’Orange mécanique. Et que dire de l’incroyable regard de cette réfugiée afghane à Quetta, au Pakistan ou encore du visage  recouvert d’un voile blanc de Shaima, cette jeune femme qui s’est immolée par le feu pour échapper à sa belle-mère et à son mari ? Les photos que j’évoque sont ici.

« Il y aurait trop de journalisme dans les journaux « 

Raconter le monde tel qu’ils le voyaient, telle était la vocation de Pierre et Alexandra Boulat. Seulement voilà, la presse traverse une crise très grave, alors elle coupe dans les budgets et en premier dans les crédits alloués à la photographie. Oh bien sûr des photos, il en reste dans les journaux, elles n’ont même jamais occupé autant de place, car plus il y a de photos, moins il y a de texte et donc de journalistes à payer. Mais ce sont des photos bouche-trou, sans valeur.

Tenez, voici un extrait de la très belle préface de l’album rédigée par Florence Aubenas :

« La presse va mal, économiquement s’entend, comme on le disait jadis des charbonnages ou des filatures. L’association Reporters sans frontières publie chaque année un planisphère qui indique où et comment les journalistes ont été persécutés ou tués dans le monde. Heureusement qu’elle le fait. Peut-être faudrait-il désormais rajouter un autre atlas à celui-là, non pas rival mais complémentaire, celui des lieux où ce sont les journaux qui meurent.

Cette situation, tragiquement réelle, ouvre en revanche un débat plus compliqué. Le coupable serait, nous dit-on, l’information. Cela parait insensé, mais c’est pourtant la théorie du moment : il y aurait trop de journalisme dans les journaux. Le reportage, dont la famille Boulat est un des porte-étendard et qui fut longtemps la vitrine glorieuse de la presse, est aujourd’hui présentée comme son boulet. Ca couterait cher, ça ne ferait plus vendre. Désormais, le lecteur ne supporterait plus rien qui le fâche ou le préoccupe. Il lui faudrait du divertissment, du distrayant, du consommable, un peu de scandale et beaucoup de célébrités. Tous médias confondus, la presse publie 40% de grands reportages en moins qu’elle ne le faisait durant la décennie précédente.

Partout les journaux maigrissent et c’est de l’information qu’on les allège ».

Voilà qui nous ouvre un passionnant sujet de discussion : les patrons de presse – pardon, cette expression désignait autrefois les grands hommes du métier -, les éditeurs de presse, donc,  ont-ils raison de croire que l’information n’intéresse plus le public ?

Il serait temps de rétablir la vérité. Voyez-vous, si vous trouvez que vos journaux ne répondent plus à vos exigences de qualité, ce n’est pas notre faute, à nous journalistes, mais la faute de ceux qui vendent notre travail. Ils ont perdu la clef du succès et se sont engagés dans une fuite en avant, réduisant la pagination, agrandissant les photos, proposant aux lecteurs des « produits » toujours plus édulcorés sur la base de l’idée fausse qu’ils se font du public. Celle que décrit Florence Aubenas.

Alors que ceux qui continuent, en particulier sur Internet, de soutenir que les journalistes sont mauvais et qui se félicitent de leur disparition regardent le travail d’Alexandra Boulat et osent me dire en face qu’il ne vaut rien et n’intéresse personne. Si ce travail là ne se vend plus, ou si mal, ce n’est certainement pas faute de talent.

Copyright : Alexandra Boulat/Association Pierre et Alexandra Boulat

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22 commentaires »

  1. Mmmh, pour me faire l’avocat du diable, Aliocha : on peut à la fois affirmer que les journalistes sont mauvais (« en général ») et que le travail d’Alexandra Boulat (ou d’autres) est intéressant et a de la valeur.
    Une règle générale est rarement universelle !

    (et ces photos sont superbes, mais le Petit Palais est quand même à 600 km…)

    Aliocha : ce que je veux dire, c’est que les journaux estiment que ce type de travail n’intéresse plus les lecteurs. Ils croient plus rentable de servir de la soupe. Et au final, c’est nous journalistes qu’on accuse d’être nuls. Nous ne sommes pas nuls, aucune profession n’est majoritairement nulle, c’est ce qu’on nous demande de faire qui est nul. Ce sont les choix opérés, le cul d’une starlette plutôt que le portrait de l’afghane ci-dessus, qui sont nuls.

    Commentaire par Yepok — 29/09/2010 @ 08:08

  2. Aliocha, merci. Voilà qui relance à merveille la conversation que vous venons d’avoir sous un autre billet avec Tschok.

    L’avis de Florence AUBENAS, correspondant au vôtre, est également celui que j’ai entendu de la bouche d’Anne NIVAT, grand reporter de guerre s’il en est, lors d’une conférence il y a quelques mois. Elle expliquait même que c’est ce triste constat qui l’a poussée à écrire ses reportages sous forme de livres. livres, qui, manifestement, trouvent un public lui permettant de continuer à financer ses reportages au long cours en free lance (même si je pense qu’ele est encore également correspondante pour certains journaux de temps en temps).

    l’une des bonnes preuves de ce que vous avancez est, à mon sens, le succès de XXI : trimestriel, asser « cher » (attention, je ne dis pas que ça ne les vaut pas, mais objectivement, cela le classe dans la catégorie des revues assez chères), une très grande place à la photo et au reportage avec que des articles d’une longueur que l’on ne retrouve quasi-plus ailleurs.

    Aliocha : j’avoue que j’ai pensé à vous en rédigeant le billet sur cette expo que je suis allée voir dimanche et je me suis dit : et hop, je suis encore en phase avec Jalmad 😉

    Commentaire par Jalmad — 29/09/2010 @ 09:13

  3. je trouve touchant d’entendre des politiques affirmer péremptoires, que les jourenalistes sont tous nuls.

    Et eux, ils ont souvent l’impression d’être dignes de leur fonction?

    Commentaire par fredo — 29/09/2010 @ 10:09

  4. Aliocha, vous demandez si « les éditeurs de presse ont-ils raison de croire que l’information n’intéresse plus le public ? »

    Le problème des réponses que vous obtiendrez ici, sur votre blog, c’est qu’il attire, obligatoirement, un public de gens intéressés non seulement par l’information mais aussi par sa fabrication et sa propagation. Du coup, ce sont forcément des gens qui vont vous dire que ah non, les éditeurs ont tort. Et ils auront raison, pour des gens comme eux (comme nous, devrais-je dire), moins de grands reportages (pour faire court) c’est mal. Mais pour le grand public ?

    Je vais me faire un peu l’avocat du diable, mais entre un cabinet de comm’/publicitaires/études de marché qui dit qu’il a fait des sondages, des études diverses et variées pour en arriver à dire ce que veut le public, et une poignée de gens qui sont soit parmi les victimes de ce choix (typiquement les grands reporters sont ceux qui souffrent en tout premier !) soit parmi un frange très marginale de la population (ceux qui lisent les blogs, ceux qui participent aux blogs, ceux qui s’intéressent au fonctionnement de la presse…) qui disent qu’il faut faire tout le contraire et qu’ils en ont pour preuve que M. Machin du bureau d’à côté leur a dit qu’il préférerait plus de si ou de ça dans les journaux, et bien entre ce cabinet et ces individus, pensez-vous que ma phrase soit trop longue et incompréhensible ? Hem, oui, elle l’est… 🙂

    Je reprends… Entre, donc, des gens dont c’est le métier et qui utilisent des méthodes certes discutables mais qui sont largement utilisées et validées, et des gens qui, en gros, parlent « avec leurs tripes », lesquels sont à priori les plus crédibles ? Je caricature (comme souvent), il y a aussi des études dans l’autre sens, mais avouez que c’est quand même plus rare. Une nouvelle publication ou une nouvelle formule plus « people » est défendue par un éditeur qui parle de ce que veut le public, une nouvelle publication plus « grand reportages » est défendue par un éditeur qui parle de ce qu’il espère que le public veut…

    Bien sûr, vous m’objecterez que l’information n’est pas une céréale du petit déjeuner, qu’un sondage ne finit par voir que ce qu’on veut qu’il voit, que quelques contre-exemples montrent que quand on ne fait pas comme tout le monde, ça peut marcher. Et, à vrai dire, j’espère que vous avez raison. Mais je ne crois pas qu’on puisse écarter d’un revers de main et d’une belle photo tous ces arguments.

    Et, quelque soit le plaisir que j’ai à lire (et occasionnellement à écrire sur) votre blog, je ne suis pas certain que dans ce domaine, la discussion entre convaincus va changer grand-chose. Mais je ne demande qu’à être démenti…

    Commentaire par Rémi — 29/09/2010 @ 10:25

  5. Bonjour Aliocha,

    Je vous l’ai déjà dit: qui aime bien, châtie bien. Non, tous les journalistes ne sont pas nuls mais je suis désolé, c’est plutôt la médiocrité qui prime actuellement d’où la mévente (qui s’en plaindrait, sincèrement?) de la presse généraliste (journaux et revues d’informations générales). Informations tronquées, orientées, cachées, les exemples sont malheureusement multiples (j’en ai encore eu un exemple ce matin sur un sujet que je connais très bien dans un quotidien important de la PQR dont la diffusion a baissé de 30 000 exemplaires en cinq ans: chercher l’erreur). Alors quelle solution à ce problème? La qualité et l’éthique. La qualité paie, certes difficilement, mais elle paie si l’on en croie le succès des livres de Florence Aubenas ou de XXI. Il existe donc un public en attente, plutôt important de mon point de vue, qui est prêt à payer un livre ou une revue ou un journal de qualité à la fois rédactionnelle et visuelle. Rédactionnelle à travers une vision critique, pas moutonnière, de l’actualité car avec Internet, la concurrence est très rude. Visuelle car des photos comme vous les présentez sont à voir et témoignent d’un regard original et pertinent sur l’humanité. L’éthique également. Faire profession de journalisme donne peut-être des droits mais impose surtout des devoirs. Certains de vos confrères l’ont oublié un peu facilement, le public non. Quand des soldats français meurent pour leur pays, on ne va pas faire des reportages chez l’ennemi mais on pose plutôt les questions gênantes aux donneurs d’ordre!!! Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres.
    A vous lire, je pense sincèrement que votre profession a pris en compte l’étendu du problème et je mentirai en disant que la situation n’évolue pas. Le chemin est cependant long tellement le passif est lourd (je prendrai simplement l’exemple de la couverture des affaires de justice. Indubitablement, le ton a changé depuis qu’un certain Eolas a mis du sel sur la plaie). Je crois que cette prise de conscience n’est pas suffisante et qu’il faudrait également, une bonne fois pour toute, se débarrasser de l’héritage de 1945 (CGT du livre en tête). L’enfer est pavé de bonnes intentions et on voit où cet héritage a mené votre domaine d’activité (on peut faire un parallèle avec les politiques économiques suivies dans ce pays depuis 40 ans).

    Bonne journée

    Commentaire par H. — 29/09/2010 @ 10:33

  6. Allez, je l’avoue, j’achète rarement de la Presse Quotidienne Nationale (de la PQR non plus d’ailleurs) … et par là, d’un coté je participe au manque de moyens de la Presse (car même si la pub se rajoute aux ventes au n°, l’apport de la pub est indexée sur les ventes et le lectorat induit), et d’un autre je ne suis peut-être pas légitime pour critiquer.

    Mais si je n’achète que rarement la PQN, mon métier m’amène à la lire régulièrement (merci Aéroport de Paris), et surtout j’achète régulièrement des hebdomadaires ou des mensuels.

    Et là où on a toujours trouvé le plus de « reportages illustrés », ça reste quand même les hebdo, avec, à une certaine époque, Paris Match en étendard.
    Par héritage, j’ai une collection de « vieux » Paris Match (dont celui qui annonçait la victoire de Kennedy à la présidence des USA).
    Si on compare les Paris Match de l’époque à ceux d’aujourd’hui, on ne peut que partager l’avis d’Aliocha.
    La dérive « people » de Paris Match, avec ses scandales (photos retouchées, etc) et la diminution des pages consacrées aux vrais reportages est navrante !

    Aliocha a déjà fait référence au nouveau mag d’Alain Genestar. Je ne sais pas dans quel état (économique) est POLKA, mais son existence est la preuve que l’on peut encore avoir de l’espoir, et que finalement, c’est au public (client des magazines) de faire leur choix.

    Pour faire court : les « lecteurs » seront sans doute contents de trouver Paris Match ou Voici chez le coiffeur, mais je pense que ceux qui sont vraiment à la recherche de l’info « travaillée » seront content de trouver Polka ou Alternatives Economiques chez leur marchant habituel.

    Le vrai problème reste peut-être là : il y a plus de gens qui vont chez les coiffeurs régulièrement que de gens qui recherchent de l’info « travaillée » …

    Yves.

    PS : J’ai l’impression qu’Aliocha est finalement une Gaulliste de Gauche 😉

    Commentaire par Yves D — 29/09/2010 @ 11:24

  7. Les risques du métier : http://www.rue89.com/node/168657

    Commentaire par laplumedaliocha — 29/09/2010 @ 14:54

  8. Je signale que Pascale Robert-Diard suit le procès Bissonnet, son article du jour dans Le Monde est un délice et, comme d’habitude, elle livre aussi sur son blog quelques impressions d’audience : http://prdchroniques.blog.lemonde.fr/2010/09/28/laffaire-bissonnet-vue-du-banc/

    Commentaire par laplumedaliocha — 29/09/2010 @ 15:00

  9. Chère Aliocha,

    Un bien trop long commentaire de retour d’expérience, d’un lecteur en colère chronique à une journaliste qui mérite cette confiance, j’espère que vous ne m’en voudrez pas.
    Merci de m’orienter vers ces remarquables photos, d’abord. Merci ensuite de vous appuyer sur elles pour me faire réflèchir sur mon anti-journalisme primaire – et la mesure dans laquelle ce sont les « industriels des médias » qu’il devrait viser.
    Donc.
    Tout d’abord, permettez-moi de vous avouer que je tiens à mon anti-journalisme, si injuste qu’il puisse être, à la mesure de votre importance dans ma vie. Vous représentez une source trop importante des informations auxquelles j’ai accès pour que je veuille juguler le réflexe critique. Il me semble que la méfiance envers les journalistes, comme envers les politiques, est fondamentalement saine.
    Dans un deuxième temps, je ne peux que vous rejoindre dans votre critique des politiques rédactionnelles guidées par des analyses marketing rudimentaires, tout en y joignant mon auto-critique. Quand je dépouille Rue89 ou le Monde en ligne (puisque le support web, permettant de comparer les consultations des différents articles, est particulièrement instrumentalisable par un marketing bénêt), je suis susceptible d’ouvrir une demi-douzaine d’onglets « cul de la starlette » pour chaque « portrait de l’afghane ». Je suis frivole et en quête de distractions, même si je les préfère assez saillantes pour remettre en jeu ma vision du monde, à la façon des meilleurs « insolites » de Courrier International. Ce n’est cependant pas ma faute si ces marketeux ont trop courte vue pour comprendre, d’une part, que je ne fais que survoler ces culs de starlettes là où je me concentre sur ce portrait d’afghane, d’autre part, que le motif de ma visite, leur avantage concurrentiel, c’est le portrait. Peut-être, comme le dit Rémy, suis-je atypique en celà.
    Dans un troisième temps… Non, Aliocha, je n’accepte pas votre exemple. Aussi puissantes, et indispensables, que soient ces photos, elles ne peuvent suffire à faire un journalisme qui me satisfasse. Ce que je réclame, ce dont je critique le manque trop fréquent, ce sont des éléments d’analyse sourcés. Les traitements journalistiques sont presque toujours beaucoup, beaucoup trop superficiels pour me satisfaire. Certes, les journalistes ne sont pas seuls en cause, contraintes économiques et choix rédactionnels sont aussi en jeu : difficile de faire un travail de fond en 3 jours de reportage. Mais ils sont aussi en cause, j’ai hélas assez de souvenirs de tenter en vain d’intéresser d’arrogants reporters de TF1 ou France2 aux questions brûlantes d’un pays plutôt qu’à leurs préjugés repiqués de l’article d’un confrère, seule documentation qu’ils avaient cru bon de consulter avant leur reportage, pour en douter. Bien sûr, certains rentraient quand même avec une belle, intense photo d’un gamin des rues – dans un pays où, selon le mot d’un humanitaire résident depuis une demi-douzaine d’années, il y avait plus d’ONG dédiées aux gamins des rues que de gamins des rues.
    Pour finir… Désolé, mais beaucoup, beaucoup de vos confrères sont, vraiment, nuls. Ils ne sont pas les seuls dans ce cas, l’exemple des béatitudes de l’ignorance vient des sommets de l’Etat en France – mais je ne sais pas quand j’ai entendu des nouvelles scientifiques, par exemple, et ce n’est qu’un exemple, sur un grand média sans me prendre la tête entre les mains d’horreur devant l’absence de compréhension de ce qu’il disait, et souvent les erreurs factuelles, du journaliste. Je passe sur les contresens quasi-systématiques dans les citations, déformées et tronquées, de mes collègues ou de moi-même, qui ont fini par amener la plupart d’entre nous à refuser tous contacts avec vos collègues. La négligence s’ajoute à l’ignorance, et c’est vrai que les politiques éditoriales y ont leur responsabilité, mais on atteint trop souvent des sommets. Pour prendre un exemple d’opportunité extrême dans un journal particulièrement torchon, un article du Parisien il y a quelques jours sur la fusillade en Allemagne consacrait ses trois premières lignes à présenter le terme « amok » comme un terme allemand intraduisible – révèlant au passage que le journaliste, non seulement n’avait pas la moindre culture sur le sujet dont il traitait, mais n’avait pas même ouvert un dictionnaire, et que la même chose était vraie de la rédaction qui avait passé l’article. Pas bien grave ? Juste un exemple minime de l’inculcation active d’erreurs au public.
    Tout n’est pas aussi noir. J’ai eu la chance de croiser quelques-uns de vos collègues qui étaient remarquables, voire héroïques. Mais ils semblaient presque toujours marginaux, et marginalisés.

    Aliocha : la critique des médias est aussi saine que nécessaire. Si j’en fais un usage ici limité c’est d’abord parce que je ne m’aime pas en donneuse de leçons, surtout masquée, et ensuite parce que d’autres, très nombreux, le font bien mieux que moi. En revanche, je me bats (avec mes petits bras musclés 😉 ) contre le « tous des imbéciles et des paresseux ». Et j’essaie de montrer notamment que si le résultat de nos travaux n’est pas toujours enthousiasmant, c’est qu’on est bien obligés de faire ce que nos employeurs exigent de nous. Et ce qu’ils exigent de nous à l’heure actuelle laisse de moins en moins de place au talent et à l’intelligence. En ce qui concerne Le Parisien, ce n’est pas un torchon, c’est un quotidien populaire qui remplit plutôt bien son office, sort souvent des scoops, mais qui, c’est vrai traverse une passe difficile du fait de sa mise en vente et de la démission il y a quelques mois de ses meilleurs éléments. Démission précisément justifiée par le fait qu’on leur demandait de baisser la qualité du journal. On en revient toujours au problème des éditeurs. D’ailleurs, ne dit_on pas que le poisson pourrit toujours par la tête ?

    Commentaire par ratel — 29/09/2010 @ 15:28

  10. @ Aliocha en 7, et Ratel :

    je comprends et partage votre critique et amertume sur bien des points. Mais, vous savez, des journalistes même bons, à qui on demande de servir de la soupe, bah…servent de la soupe, et ne seront pas tentés de faire un travail brillant, pointu, etc…c’est une loi assez générale que celle qui veut que, lorsque le seuil d’exigence baisse (de leur employeur, des lecteurs, j’en sais rien), et bien…la qualité baisse, et ainsi de suite….

    bon après, il y a toujours des journalistes mauvais, de mauvaise foi, etc…comme dans tous les métiers.

    Je visais le com d’aliocha en 7 parce que Charles Enderlin est une bonne illustration je trouve, de ce que dit Aliocha.

    Il est je pense l’un des journalistes les plus pointus, honnêtes et compétents pour ce qui concerne le conflit Israëlo-Palestinien. J’ai lu tous ses bouquins (sauf le dernier, donc) et c’est impressionnant : un puits de savoir, de la nuance, du travail d’investigation, etc….et ça depuis au moins 20 ans.

    Il est le correspondant permanent de France 2 en Israël. Et bien, que peut-on constater lorsqu’on voit sa bobine à la télé au JT de France 2 (ou du moins jusqu’il y a 3 ans, car je n’ai plus la télé depuis) ? que ses reportages sont assez mauvais. Parce qu’on lui donne quoi, allez : 50 secondes pour expliquer quelque chose, avec, dans le cahier des charges (j’imagine) la nécessité de montrer des images choc de la pizzeria qui vient de sauter à tel Aviv, un bout d’interview d’une mère palestinienne éplorée devant la dépouille de son fils, etc….Le format fait que, malgré tout le talent et la compétence qui sont incontestables, ce qui nous est proposé est forcément partiel, tronqué, superficiel. Disons qu’il le fait mieux qu’un autre et que ça pourrait être pire, mais ça reste médiocre.

    Commentaire par Jalmad — 29/09/2010 @ 16:38

  11. Hum, j’espère que je ne vous ai pas froissée. Mon intention n’était pas de donner des leçons, mais un témoignage purement subjectif, même pas un argumentaire, parce que je ne suis pas sûr que les journalistes aient toujours l’occasion de percevoir le ressenti brut qu’il y a derrière notre rancoeur. Comme je l’ai dit, j’ai aussi rencontré des journalistes pour qui j’ai une réelle admiration. Mais, à côté du problème des éditeurs, et des contraintes associées du format, je m’interroge sur la qualité, et les priorités, de la formation initiale et continue des journalistes.

    Aliocha : c’est gentil de vous en inquiéter, mais non, vous ne m’avez pas froissée. Et je ne vous perçois pas comme un donneur de leçon mais comme un lecteur exprimant ses attentes. Elles sont légitimes. J’essaie juste de montrer que la situation est complexe. Et je n’interdis à personne ici de critiquer la presse. C’est un lieu de débat, ce qui suppose que s’expriment des opinions différentes 😉

    Commentaire par ratel — 29/09/2010 @ 17:12

  12. @ ratel

    Vous exprimez parfaitement le fond de ma pensée. L’exemple que vous citer à propos du terme « amok » et de son traitement est emblématique de ces dérives que pour ma part, je ne supporte plus.

    Commentaire par H. — 29/09/2010 @ 19:01

  13. Je dérive un peu du sujet initial de ce billet … quoique :

    http://www.lexpress.fr/culture/tele/pourquoi-la-cite-du-male-fait-polemique_923562.html

    et aussi (lien cité dans l’article précédent) :

    http://www.marianne2.fr/La-cite-du-male,-le-docu-qui-fait-mal-aux-journalistes_a197960.html

    Extrait de ce dernier article de Marianne2 :
    « … si la diffusion initialement prévue en août a été reportée, c’est en raison de l’intervention d’une des journalistes […] présentée par les médias comme une «fixeuse» — ce qui tend à dramatiser un peu plus l’affaire, puisque les «fixeurs» sont les auxiliaires des journalistes dans les pays étrangers, généralement en guerre comme par exemple l’Irak.
    En fait, elle est journaliste et s’est chargée de trouver les témoins qui apparaissent dans le film, ce qui, c’est vrai, ressemble à la fonction de fixeur. »

    Commentaire par Yves D — 30/09/2010 @ 02:49

  14. @yves D : vous avez également sur @si un extrait de l’interview du producteur, assez musclée, sur France Info. http://www.arretsurimages.net/vite-dit.php#9231
    Je l’ai regardée, cette émission, et je l’ai trouvée plutôt équilibrée. On voit en effet une poignée de petits caïds déblatérer des âneries, mais aussi deux autres individus beaucoup plus matures qui n’ont pas du tout ce rapport à la femme. Je me demande d’ailleurs si le problème principal est le rapport à la femme. Il me semble plutôt que c’est une approche de la vie fondée sur le rapport de force, lequel rapport de force s’exerce dans toutes les directions. Deux des gamins interrogés sont chefs de famille en raison de l’absence de père. De fait, on en revient toujours aux mêmes problèmes, des conditions de vie difficiles dans des lieux ghettoisés, un problème très net d’éducation familiale et scolaire et quelques idées fausses sur la religion musulmane pour justifier des comportements « anti » tout, femmes, homosexuels, « çéfrancs », comme ils disent, etc.

    Commentaire par laplumedaliocha — 30/09/2010 @ 08:32

  15. Ainsi ,je me suis fais berner par un prénom masculin porté par un journaliste , j’aurais peut-être dù écrire une.
    Amicalement de la part d’un pseudo féminin.

    Commentaire par Salewa — 30/09/2010 @ 11:38

  16. @Aliocha (14)
    Oui, c’est en entendant le matin l’interview de Daniel LECONTE qui parlait de « journalistes à son [une journaliste ayant travaillé sur le reportage] service » que j’ai pensé à vous !
    Un bel exemple de producteur qui brocarde un « complot de journalistes » !!

    Sinon je trouve que vous résumez bien la problématique que voulait illustrer le reportage en question, même s’il le fait un peu maladroitement.

    Commentaire par Yves D — 30/09/2010 @ 23:38

  17. Bonjour,

    Des journalistes il n’y aura jamais assez dans une vrai démocratie.
    Quand la plupart de nous dénonce la qualité des personnes qui font des papiers dans les journaux, ont parle souvent de personnes que l’on nome « journalistes » alors qu’ils ne sont qu’au mieux des chroniqueurs au pire des champions du copié-collé.
    Pour exemple prenez n’importe quel magazine d’infos, et comptez le nombre d’article de « journaliste » vous en trouverez bien 1 ou 2 au plus au milieu d’une multitude d’articles de 10 à 30 ligne repris sur le net ou de comparaison entre les meilleurs écoles les meilleurs hôpitaux, le prix de l’immobilier par arrondissement…..bref un bouliboulga indigeste.
    Il n’y a pas longtemps dans les journaux il y avait de vrais articles de vrais journaliste, et l’on pouvait trouver 1 avis ou une analyse, un billet d’humeur dans l’éditorial.
    Bien à vous

    Commentaire par Duchmol — 02/10/2010 @ 14:01

  18. Le photographe de rue amateur que je suis s’abstient d’habitude de commenter dès que vous parlez photo, de peur de s’étaler sur ce sujet qui le passionne. Mais bon… Boulat faisant partie des photographes que j’adore avec entre autres Eugene Richards : merci de l’évoquer.

    J’en profite pour rebondir sur votre réponse en 1 :

    Servir la soupe est rentable, Aliocha. Si cela ne l’était pas, les directions commerciales et financières des journaux changeraient de stratégie.
    Je ne crois pas pour autant que ce type de travail n’intéresse pas les lecteurs. La preuve : les expos photos sont visitées, des livres consacrées à des photographes se vendent, les magazines spécialisés dans la photo se vendent, XXI et Polka se vendent, et cetera.
    Je peux, moi seul, vous présenter au bas mot 100 personnes un peu partout dans le monde qui aiment ce type de travail et en majorité pratiquent eux-mêmes la photo, avec pour certains un travail digne de celui d’un pro.

    Je crois d’ailleurs que chacun de vos lecteurs, même sans être passionné au point de rechercher des photographes comme je le fais, pourrait sans problème vous présenter une bonne dizaine de connaissances intéressées par la photo.

    Tenez, parmi quelques connaissances plus ou moins virtuelles extraite d’un site communautaire où l’on trouve de tout du meilleur au pire dans tous les domaines des arts graphiques :

    de Lituanie, tout comme lui

    des Etats-Unis, lui aussi

    de Pologne

    d’Israel

    un avocat résidant aux dernières nouvelles en Suisse

    de San Salvador

    de Turquie, ici aussi

    du Portugal

    de Finlande (et d’ailleurs)

    D’Allemagne (il exerce en pro)

    de France

    d’Irlande

    Et parce qu’il faut bien que je m’arrête sinon je vais inonder les lieux, probablement ma préférée qui s’est lancée dans la photo pro

    Cela en fait des « gens intéressés », non?

    Le lectorat existe mais il n’est pas recherché parce qu’effectivement le tout-venant est plus rentable. Le prétendu désintérêt des lecteurs c’est du baratin de « stratège » marketing destiné à justifier une stratégie non pas destinée à satisfaire l’intérêt du lecteur mais l’intérêt commercial de l’entreprise : faire du chiffre. Point.

    Je suis bien sûr d’accord avec vous quand vous dites « Ce sont les choix opérés, le cul d’une starlette plutôt que le portrait de l’afghane ci-dessus, qui sont nuls. »

    Un cul de starlette est commun. La preuve : les jolis culs, il y en a plein les rues. Le regard de l’afghane, lui, n’est pas commun. Il n’y en a pas deux comme lui et c’est ce qui fait toute la valeur de la photographie. C’est l’essentiel.

    Aliocha : il n’y a ici aucune limite de place impartie aux commentateurs. Au contraire, je suis heureuse de voir que plus le temps passe, plus chacun s’approprie les lieux et développe des argumentations très nourries qui permettent des discussions passionnantes. Cela étant, plus de deux liens et le commentaire, soupçonné d’être un spam, part à la corbeille. Dans ce cas, prévenez-moi, je ne fouille pas toutes les 5 minutes dans ma corbeille 😉

    Commentaire par Ferdydurke — 05/10/2010 @ 21:11

  19. A propos de « fesses » Ferdydurke (vous le fin connaisseur de la gent féminine) ne me dites que dans : « Hommage à quatre-vingt treize derrières choisis pour leurs qualités plastiques, intellectuelles ou morales » Jean-Loup Sieff n’a pas su photographiquement lui aussi les mettre en valeur…

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 06/10/2010 @ 09:49

  20. @ Le Chevalier Bayard

    Etre fin connaisseur de la gent féminine étant humainement impossible, je me contente d’être pratiquant. Ou, comme quelqu’un de ma connaissance, lui-même photographe en plus d’être prof de philo, je souffre de callopsie 😉

    En réponse à votre remarque, je vous dirai qu’il a fallu que Jean-Loup Sieff intervienne pour mettre ces fessiers en valeur au-delà de leur simple et indéniable beauté. En outre, qu’il ait pu en présenter quatre-vingt treize est la preuve qu’un joli cul n’est pas unique!

    Le regard de l’afghane, lui aussi, a sa propre beauté et en plus est unique. C’est tout ce que je disais. Je suis d’ailleurs convaincu qu’Alexandra Boulat ne l’a pas photographié pour d’autre raison.

    @ Aliocha

    Je ne vais certainement pas spammer votre boîte mail juste pour vous annoncer un commentaire à l’intérêt limité! Déjà que je laisse mes caleçons accroché au lustre du salon…

    J’en profite pour ajouter une chose à mon précédent commentaire :

    Qu’un grand titre juge non rentable ce type de photographie est aussi une opportunité. Je m’en explique. Ce jugement de non-rentabilité ne doit s’entendre que relativement à la position économique de ce grand titre. Le lecteur intéressé par ce type de photographie ne présente pas d’intérêt commercial pour un grand groupe qui n’a donc aucune raison de se positionner sur ce segment de marché.

    Tant mieux! Qu’ils le délaissent! Cela libère des espaces disponibles pour d’autres : Mediapart, Rue89, XXI, Polka existeraient-ils ou survivraient-ils si des grands titres décidaient de les concurrencer sur les segments ciblés par ses petits titres? J’en doute.

    J’ai coutume de dire qu’une souris n’a pas les contraintes d’un éléphant. Un petit espace lui suffit pour se mouvoir et vivre sa vie au milieu d’éléphants qui se bousculent entre eux, contraints par leur taille et vivant dans le même espace (leurs marchés).

    C’est ce qui fait la réussite de beaucoup de PME voire de TPE : l’adoption d’une stratégie de niche en se focalisant exclusivement sur un segment délaissé par d’autres. Ce sont celles qui font le choix du regard de l’afghane contre celui du cul de la starlette.

    Pour illustrer cela par un cas que je connais : c’est ce monsieur d’origine syrienne qui vend de l’huile d’olive produite dans le bassin méditerranéen. Elle est d’une telle qualité qu’il n’a aucun intérêt à tenter de la distribuer par les canaux du type supermarché : cela lui couterait trop cher et il ne gagnerait rien à être en concurrence avec d’autres produits bas de gamme. Au contraire, il a tout intérêt à se rapprocher d’hôtels et de restaurants haut de gamme, de magasins spécialisés où il peut se permettre de la vendre à un prix élevé et la rentabiliser car son atout c’est sa qualité, y compris commercialement, cette qualité justifiant son prix.
    Pour s’en convaincre, il suffit d’aller dans sa petite boutique. Après qu’il vous ait parlé d’huile d’olive avec passion pendant une demi-heure, quand il vous en fait déguster quelques variétés dans de petits gobelets vous prenez conscience que la meilleure huile que vous ayez consommée jusque là ne vaut guère mieux qu’une piquette face à un cru classé. Les chefs qui ont goûté ses produits l’ont eux-mêmes bien compris.

    La principale contrainte que connaissent ces entreprises relèvent avant tout de l’opérationnel : faire connaître leurs produits, en assurer la distribution, et cetera, avec tout ce que cela implique comme besoin en ressources (particulièrement dans un pays comme la France où le tissu de TPE-PME est loin d’être mis en valeur en dépit de son importance économique).

    Le potentiel existe pourtant bien et fort heureusement, il y a des instruments comme le Web et des blogs comme celui-ci pour aider au rapprochement entre des titres comme Polka ou XXI et les fameux lecteurs intéressés.

    Commentaire par Ferdydurke — 06/10/2010 @ 13:52

  21. @ Ferdydurke

    En effet, du beau travail ! La force pénétrante du regard de cette femme est particulièrement saisissant. On ne peut qu’être admiratif de la mise en abyme de cette représentation de la femme afghane par Alexandra Boulat.

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 06/10/2010 @ 17:19

  22. @ Ferdydurke

    Sincèrement merci du lien ! Modestement amateur et collectionneur de beaux livres de collection de nus féminins en noir et blanc permettez-moi de vous dire que votre ami photographe est dans la lignée d’un Lucien Clergue, d’un Willy Ronis et pourquoi pas d’un Jean-François Jonvelle.

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 06/10/2010 @ 17:57


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