La Plume d'Aliocha

02/09/2010

Kessel, génial chroniqueur judiciaire

Filed under: Salon littéraire — laplumedaliocha @ 09:49

Vous vous délectez des chroniques judiciaires de Pascale Robert-Diard ? Vous avez dévoré les grands procès racontés par les journalistes du Monde ? Alors ne manquez pas ce livre : Jugements derniers, Les procès Petain, de Nuremberg et Eichmann. L’auteur ? Joseph Kessel. Le journaliste a chroniqué ces procès pour France Soir. Et c’est avec fascination qu’on se plonge dans les 34 articles que rassemble le recueil. Ils ne s’enlisent jamais dans les aspects techniques des dossiers mais au contraire s’en émancipent  pour se concentrer sur l’humain, brossant le portrait des accusés et des juges ainsi que le ferait un peintre, décrivant les réactions de la salle, les émotions de l’auteur, ses interrogations. Ce n’est pas seulement le récit emprunt à la fois de hauteur et de sensibilité qui interpelle dans ces chroniques, c’est d’entendre la voix d’un observateur direct des événements, d’un homme qui n’a pas encore notre recul mais qui a pris la mesure de ce qui se joue devant lui. « Et nous tous qui, la gorge nouée, assistions dans l’ombre à ce spectacle, nous sentîmes que nous étions les témoins d’un instant unique dans la durée des hommes », conclut-il à la fin d’une audience lors du procès de Nuremberg.

Un képi lauré sur une table

Ainsi, le 24 juillet 1945, Pétain fit son entrée dans la salle d’audience : « Soudain, le silence…Par la petite porte, entre des gens assis, tassés les uns contre les autres et que des gardes écartent, paraît l’accusé. Il est en uniforme. Pour toute décoration, la médaille militaire. Il se tient droit. Il ne regarde rien, ni personne. Il va au vieux fauteuil, pose son képi lauré sur la petite table, s’assied. Le silence dure. On sent dans l’assistance une vibration, un frémissement, intenses. Quelle est la qualité de cette émotion ? Pitié ? Indignation ? Sympathie ? Haine ? Rien de tout cela il me semble. Mais une gêne, un malaise, une sorte de douleur abstraite qui ne s’adressent pas à l’homme qui vient de s’asseoir. Et qui le dépassent, et qui touchent à la gloire, au destin, à la patrie, aux grands symboles dont ce vieil homme assis dans ce vieux fauteuil porte le poids ». De Laval, venu témoigner, il écrit un peu plus tard  : « Sa laideur est presque fascinante. Cette laideur qui, avec ses énormes oreilles, sa grosse lèvre fléchissante, ses yeux reptiliens, ses bras qui ne décollent jamais du corps et ses mains anormales, ses mains trop faibles et trop petites, fait songer à quelque animal sans noblesse. L’étrange créature ». Et d’ajouter quelques lignes plus bas, impitoyable : « tout est non pas amoindri mais aveuli et comme déshonoré au sortir de cette bouche flasque, de cette lippe pendante ». Le procès durera moins d’un mois et je vous laisse découvrir le récit extraordinaire du verdict, prononcé le 15 août 1945 à 4h30 du matin au terme d’une attente de plusieurs heures dans les couloirs du Palais de justice dont Kessel dira : « c’était une sorte de songe pesant. L’attente s’étirait sans mesure. La meule du temps broyant les instants de cette nuit avec une lenteur infinie ».

Le rire de Goering

Quelques mois plus tard s’ouvre le procès de Nuremberg. Et Kessel nous livre le récit de scènes hallucinantes. Comme ce rire fou dont furent saisis Goering et Ribbentrop en évoquant le 16 mars 1938, ce jour où, au lendemain de l’Anschluss ils discutaient des faux témoignages à fournir aux anglais alors qu’ils se savaient écoutés par les services secrets britanniques :« A ce moment-là, il se passa quelque chose d’incroyable. Sur le banc des accusés Goering releva la tête et se mit à rire. D’un rire plein, entier, débridé, impossible à contenir. Et par-dessus l’épaule de Hess, il regarda Ribbentrop. Et celui-ci dont les lèvres ravinées et serrées étaient nouées comme par un cordon, regarda Goering, détendit sa bouche et se mit à rire, à son tour, franchement, largement. Six années avaient passé et quelles années ! Plus rien ne restait à ces hommes que leurs vies menacées. Mais les deux compères tragiques riaient encore de la façon dont ils avaient berné le monde et triché au jeu des peuples et du sang ». Mais c’est sans aucun doute le compte-rendu intitulé sobrement « Cinéma » qui marque le plus. Kessel y décrit la projection dans la salle d’audience d’un documentaire sur les camps de concentration. L’assistance est plongée dans une obscurité seulement éclairée par les images atroces qui défilent sur l’écran. Quand soudain surgit un second foyer lumineux, un projecteur qui illumine les 20 accusés. « Les accusés ne s’apercevaient pas que leurs visages se trouvaient tirés de l’ombre par une sorte de bain révélateur et que leur fresque hallucinante formait un point de mire obligé, une cible fatale ». Et le journaliste dévore ces visages du regard, tentant de saisir une expression, un remord. Comme il avait observé Pétain et comme il regardera Eichmann, interdit face à l’incroyable décalage entre les actes de ces hommes du temps de leur toute puissance et l’image qu’ils offrent devant leurs juges. Ce mystère auquel tous les chroniqueurs judiciaires sont confrontés et qui n’est autre que celui de l’âme humaine. Le documentaire tire à sa fin,  Kessel évoque de manière poignante les bulldozers qui nettoient les champs de cadavres.  « Alors Goering, vice-roi du IIIème Reich, serra ses machoires livides à les rompre. Le commandant en chef Keitel, dont les armées avaient ramassé tant d’hommes promis aux charniers, se couvrit les yeux d’une main tremblante. Un rictus de peur abjecte déforma les traits de Streicher, bourreau des juifs. Ribbentrop humecta ses lèvres desséchées. Une sombre rougeur couvrit les joues de von Papen, membre du Herren Klub et serviteur d’Hitler. Frank, qui avait décimé la Pologne, s’effondra en sanglots ».

Eichmann, l’homme araignée

En 1961 enfin, Joseph Kessel est appelé à couvrir le procès Eichmann à Jérusalem. Et il raconte le procès de celui qu’il appelle l’homme araignée, enfermé dans sa cage de verre  : « la maigreur réptilienne du corps, les arêtes à la fois aigues et fuyantes du visage, la bouche d’une minceur extrême, cruelle et fausse, les yeux cachés par les lunettes, mais attentifs, immobiles et aux aguets (…) Eichmann n’accorda par un regard à la salle, tira une chaise, s’assit. Toutefois ses mains ne trouvaient ni place ni repos. Ses lèvres effilées frémissaient sans cesse, et des crispations agitaient son visage émacié, livide ». D’Eichamnn il nous décrit la glaçante intelligence administrative, ordonnée, méticuleuse, qui maitrise le dossier pourtant volumineux jusque dans ses moindres détails. Et puis il y a sa façon de se dresser au garde à vous lorsqu’entrent ses juges et la manière dont il tente de se présenter en ami des juifs qui aurait tout fait pour pour qu’ils aient une terre. Jusqu’à cet instant du procès où il se révèle. On évoque la conférence de Wannse où fut décidée la « solution finale » et Eichmann d’expliquer : « vous comprenez, il n’y avait dans le château que des hommes très supérieurs à moi par leurs fonctions et leurs titres. Naturellement, j’étais heureux de me voir admis par eux sur un pied d’égalité. J’ai pris la mesure de mon rang moral, de la valeur de ma personnalité à la lumière de cette conférence. Son objet ne m’importait pas. C’était les grands dignitaires présents, les papes des services intéressés qui avaient à donner les ordres. Je n’avais qu’à obéir. Ma satisfaction était donc pure. L’homme dans la cage de verre conclut avec un parfait naturel : j’avais le sentiment qu’a pu avoir Ponce Pilate ».

Note : Jugements derniers, les procès Pétain, de Nuremberg et Eichmann – Texto, collection dirigée par Jean-Claude Zylberstein – 237 pages, 6,50 euros. Pour en savoir plus sur cette collection, je vous invite à visiter le site. Et pour information, Jean-Claude Zylberstein a commencé sa carrière en tant que journaliste au Nouvel Observateur avant de devenir avocat spécialisé en propriété intellectuelle. Il a lancé plusieurs collections dont la fameuse « Grands détectives ».

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13 commentaires »

  1. Je sors à peine de la lecture des cavaliers, du même Kessel. Je vais devoir replonger.
    Dans la même collection, les récentes traductions de Churchill valent vraiment le détour.
    Deux grands hommes, deux témoins, deux plumes puissantes et subtiles.

    Commentaire par Lindir — 02/09/2010 @ 11:07

  2. Lisez la biographie de Kessel (par Yves Courrière, je crois), elle retrace le fil des reportages colligés par cette collection qui nous montre un monde différent et pourtant toujours le nôtre.
    Cet homme est un roman lui-même.

    Commentaire par Nicolas Prince — 02/09/2010 @ 11:54

  3. Texto sort une espèce d’intégrale des articles de Kessel me semble-t-il.
    Moi pour l’instant j’ai acheté le volume sur les années 20. Pas encore lu, mais ça fait envie !

    Commentaire par Arnaud — 02/09/2010 @ 14:20

  4. ohhhh, Aliocha, merci…vous avez favorablement répondu à ma requête (com 18 sous « hommage de la BD à la littérature ») (ne démentez pas, SVP, ça me fait plaisir de le penser).

    Je tente donc une autre suggestion : ne pourriez vous faire une rubrique du salon littéraire spécialement dédiée aux écrits de journaleux ?

    bon, sur ce, je cours à la librairie (au fait, investi dans « Polka » suite à votre précédent article : les photos sont superbes, pas encore lu les articles, mais le tout semble en effet à la hauteur de mon espérance).

    Aliocha : Je me souvenais qu’un commentaire avait fait allusion à ce livre mais je ne le retrouvais plus. Il est donc . Figurez-vous qu’en allant quelques heures plus tard flâner dans une librairie, je suis tombée sur cette collection et votre com’ m’est revenu en mémoire. Sans vous, je le ratais, donc vous êtes bien l’origine du billet et je vous en remercie, les compte-rendus de Kessel sont passionnants en ce qu’ils nous permettent d’effleurer les ressorts psychologiques des sinistres personnages qu’il dépeint. J’ai aussi acheté les articles qu’il a écrits dans les années 30 mais je ne les ai pas encore lus. Je vais voir ce que je peux faire pour la rubrique dédiée aux écrits journalistiques. Sinon, contente que vous aimiez Polka !

    Commentaire par jalmad — 02/09/2010 @ 14:47

  5. et moi, j’ai découvert Studs Terkel cet été. Seulement cet été….vraiment, il faut l’ouvrir cette rubrique.

    Commentaire par jalmad — 02/09/2010 @ 17:44

  6. OK chef. Vous m’avez donné envie de lire ce Kessel. Je le rajoute sur ma liste (devant le Houellebecq sortant qui -dans un tout autre genre- a l’air prometteur).

    Question littérature de journalistes, je m’interroge sur François Chalais, dont le comportement pendant la période visée par le procès de Nuremberg avait, il me semble, donné lieu à polémique (sinon à horions devant les caméras de télévision) et dont le côté « romantic reporter » en saharienne froissée plaisait beaucoup aux dames.

    Je n’ai lu de lui (il y a longtemps) que « Les Chocolats de l’entr’acte ». Connaissez-vous ses autres ouvrages ? Si oui, valent-ils la peine ?

    Commentaire par Goloubchik — 03/09/2010 @ 11:54

  7. Il s’en est passé des choses en juillet-août 45…
    24 juillet : début du procès Pétain
    6 août : bombe atomique sur Hiroshima
    8 août : charte de Londres, création du tribunal de Nuremberge et du crime contre l’humanité.
    9 août : bombe atomique sur Nagasaki
    On ne peut s’empêcher de penser que si l’Axe avait gagné la guerre et non les Alliés et que les perdants s’étaient retrouvés devant un tribunal, ils auraient eu les mêmes regards et attitudes que ceux que décrit si bien Kessel, et que peut-être ils auraient eu le même fou-rire…

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 03/09/2010 @ 17:25

  8. Entre les journalistes qui écrivent, les journalistes qui bloguent, et les journalistes qui écrivent ET qui bloguent, je me pose la question de savoir de quelle façon ils « trient » leur matériau pour l’orienter sur un support ou un autre. Le tri s’opère t-il surtout par rapport au sujet, ou est-ce la forme qui détermine le support?

    Aliocha : c’est le support qui détermine le contenu. Le journaliste n’est jamais entièrement maître de ce qu’il écrit. Par conséquent, tout ce qu’il sait et qui entre dans la ligne éditoriale de son journal, les contraintes de l’information délivrée au lecteur et dans la place qui lui est impartie ira dans un article. Le reste servira éventuellement de matière à un billet de blog, un livre ou à faire un autre article, sous un autre angle dans un autre journal.

    Commentaire par Fantômette — 03/09/2010 @ 20:03

  9. […] This post was mentioned on Twitter by Michèle Kahn, PHMC GPE LLC. PHMC GPE LLC said: RT @Michele_Kahn: Kessel, génial chroniqueur judiciaire http://tinyurl.com/2bmqqt2 […]

    Ping par Tweets that mention Kessel, génial chroniqueur judiciaire « La Plume d'Aliocha -- Topsy.com — 03/09/2010 @ 22:59

  10. Je repense aux livres de Kesel que j’ai lu et apprécié .J’ai fait avec lui de beaux voyages dans les pays et les cultures qu’il décrit.
    Je ne connaissais pas son livre sur les jugements .

    Commentaire par Salewa — 04/09/2010 @ 10:00

  11. Merci Aliocha de mentionner cet excellent ouvrage. Lisez, si vous en avez l’occasion le Kessel d’Yves Courrière. Comme le dit Nicolas Prince, cet homme est un roman.
    La collection Texto est une véritable mine d’or. Je signalerai en particulier « Les fantômes du roi Léopold » d’Adam Hochschild sur la colonisation au Congo belge entre 1884 et 1908 et les extraordinaires premières mémoires de Winston Churchill intitulées sobrement « Mes jeunes années ». C’est vraiment drôle et évidemment passionnant.

    Bonne soirée

    Commentaire par H. — 05/09/2010 @ 18:00

  12. Bonsoir Aliocha,

    Oui, en fait, vous me l’avez déjà dit.

    Mais – je ne sais pas exactement pourquoi – votre réponse ne me satisfait pas vraiment; en fait, elle me semble incomplète.

    Je crois que ce que je me demande, c’est si les informations qui paraissent sur des supports différents sont également de nature différentes.

    Elles ont des supports différents, d’accord – et la différence de supports entraine une différence de forme (ni le même style, ni le même ton). Ok.

    Vous évoquez la répartition des informations entre les supports à leur disposition comme une simple récupération par les supports alternatifs au journal papier de « ce qui n’y rentre pas »- soit dans le fond (contenu éditorial) soit dans la forme (pas assez de temps, pas assez d’espace).

    Je ne mets pas en doute votre analyse, qui sûrement très juste, mais très « centrée » sur le journal et sa rédaction ; en quelque sorte, c’est une version des faits valable, mais c’est celle du journal. Elle adopte son point de vue, et je me demandais si un journaliste (surtout free-lance comme vous l’êtes) ne pouvait pas adopter une autre façon d’envisager l’orientation de son propre travail.

    Si on centre la question non plus sur le journal (« ça, ça rentre chez moi, ça, ça rentre pas »), mais sur le journaliste (« de quoi parlerais-je, où vais-je le publier? »), il me semble qu’en quelque sorte, on recentre la question sur l’information, plutôt que sur son « format » (entendu à la fois comme format éditorial et format matériel).

    Prenons un journaliste qui s’intéresse à un sujet. Il s’est peu à peu formé, puis spécialisé, a écrit des articles, a des contacts, a interviewé pas mal de monde. Il dispose d’un fonds d’informations, qu’il a publiées sur cinq ou six supports papier (je dis un chiffre au pif, j’ignore pour combien de journaux un journaliste un peu lancé peut publier). Il a une compétence qui est exploitable pour un journal car il peut écrire vite et bien – c’est-à-dire plus vite et mieux qu’un néophyte sur le sujet. Il a donc une valeur ajoutée pour le journal, qui est par définition pressé.

    Sa valeur ajoutée se ressent-elle sur l’information qu’il dispense?

    Un peu, sûrement, en ce sens, par exemple, qu’il commettra moins d’erreur ou d’approximation qu’un autre.

    Mais rien qu’un peu, en fait, car la perspective sur le sujet que son fonds d’information lui apporte n’est pas réellement valorisée. Il re-traite – avec professionnalisme et compétence, certes – un énième sujet d’actualité, qu’il ne peut pas relier à d’autres sujets préalablement traités. Il ne peut guère changer de point de vue ou de perspective, car l’actualité traitée par les journaux, c’est toujours « l’urgent qui chasse l’important » (Char, non?), c’est une actualité qui hoquète.

    Une actualité qui fait souvent se demander : oui – et alors? Donc? Quoi?

    (En tout cas pour moi).

    Bref.

    S’il se met au service de l’information, il va poser le problème différemment et changer de perspective, non? Est-ce qu’il ne pas pas inscrire ses publications (livre, presse, internet) dans une logique de progression et de développement de la compréhension de son sujet? Ou en fait, non, et la logique économique de votre profession exige encore complètement que les journalistes se mettent à la place de leur journal lorsqu’ils veulent travailler?

    Aliocha : les deux approches ne sont pas incompatibles, mais au final, c’est toujours le journal ou l’éditeur qui a le dernier mot puisque c’est lui qui vend le travail qu’on lui propose. Heureusement, il y a beaucoup de journaux et beaucoup d’éditeurs, ce que l’un refuse peut être accepté par un autre. Si j’évoque le journal, c’est que le public mais aussi nombre de journalistes ignorent qu’un journal passe un contrat avec ses lecteurs lequel s’exprime à travers une ligne éditoriale. Ligne éditoriale elle-même déclinée à travers le contenu et la forme du journal. La maquette de Voici n’est pas la même que celle de XXI parce que les contenus proposés et donc le public auquel s’adresse chacun des titres ne sont pas les mêmes. Prenons l’exemple du dossier Kerviel et admettons que j’en sois la spécialiste au sens que vous évoquez qui n’est pas liée par les contraintes d’un seul journal imposant l’angle et le format d’un article. Je peux en décliner à peu près tous les aspects sur tous les supports. J’ai chopé une photo de lui en famille dans un restaurant parisien, j’appelle Match ou un journal people (exemple purement téhorique, je ne suis pas paparazzi). J’ai un scoop sur le dossier, ça intéressera un quotidien, un newsmagazine ou un site d’information du web. J’ai enquêté sur l’histoire de sa défense, peuplée de plusieurs avocats, ça fait un sujet pour la presse dédiée aux avocats. J’interroge des profs de finance pour tenter de déterminer si cette affaire est un accident ou au contraire le révélateur des failles du système, et voilà un article pour la presse économique. Je me penche sur l’indemnisation des actionnaires victimes d’une chute de cours liée à un défaut de surveillance par l’entreprise d’un de ses salariés ou bien encore sur la notion d’abus de confiance et la jurisprudence sur la tolérance des franchissements de limites, j’ai deux sujets (parmi beaucoup d’autres) pour la presse juridique. A moins que je ne préfère vendre à Stratégies ou CB News, ou encore à Medias un article sur la communication en matière judiciaire. Et si, ayant fait tout cela, il m’apparait que l’affaire mérite un livre pour en donner une vision globale, expliquer voire faire des révélations, j’irai voir un éditeur. Parce que le travail sera trop important pour être publié dans un journal et surtout ne sera plus de l’actualité mais un approfondissement et une analyse de l’actualité. Dans cet exemple, je suis votre spécialiste qui part de l’information pour la décliner, il n’empêche qu’au final, je me suis pliée au contrat avec le lectorat de chacun des supports. A l’inverse, le journaliste en poste qui ne s’intéresse pas spécifiquement à cette affaire mais la traite comme un fait d’actualité parmi d’autres n’en privilégie pas moins l’information. Simplement, il la traite selon sa spécialité et dans la forme que lui impose son support. Le journaliste économique mettra l’accent sur l’impact sur les comptes et la stratégie de la Socgen, le journaliste d’investigation enquêtera, le chroniqueur judiciaire racontera le procès, le photoreporter de Match traquera la photo et ainsi de suite. En réalité le problème ne réside pas dans une éventuelle tyrannie de la forme qui influerait sur l’information au point de la déformer, mais dans les dérives qui peuvent survenir, là comme ailleurs. Le journaliste qui sort un livre mal ficelé et peu renseigné en 3 mois parce qu’un livre permet de se faire un nom et de gagner un tout petit peu d’argent en surfant sur la vague de l’info, alors que le peu d’info qu’il contient aurait pu alimenter les colonnes du journal. Autre dérive, la tendance dans certains titres à transformer les journalistes en pisse-copie sommés de remplir des cases en urgence et sans se soucier de la qualité de l’information. Ce n’est plus un problème de fond et de forme mais un « simple » problème économique.

    Commentaire par Fantômette — 06/09/2010 @ 18:15

  13. […] graphique d’un remarquable travail journalistique – celui de Studs Terkel, sur lequel Jalmad fut la première à attirer mon attention – il questionne ce qu’est le journalisme, notamment […]

    Ping par Working : une adaptation graphique « La Plume d'Aliocha — 18/01/2011 @ 09:50


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