La Plume d'Aliocha

28/08/2010

Petite leçon de psychologie financière

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 14:51

Le diable se niche dans les détails, dit-on. Il m’arrive de penser que la vérité aussi.

Tenez par exemple, j’étais plongée hier dans un sujet ô combien passionnant, celui de la certification professionnelle dans la finance.

En 2 mots, depuis le 1er juillet dernier, tous les établissements financiers français (banques de détail, banques d’investissement, sociétés de gestion etc.) doivent faire passer un examen de culture générale financière et réglementaire à leurs nouveaux collaborateurs, dès lors que ceux-ci exercent des fonctions sensibles auprès de la clientèle (du guichetier à l’analyste en passant par le trader). L’objectif est double : mettre la place de Paris à niveau avec celles de Londres et New-York et préserver la responsabilité de ces établissements, laquelle s’est trouvée renforcée récemment en vertu d’une directive européenne (Mifid pour les connaisseurs). Cela suppose donc de recourir à un organisme de formation agréé par le gendarme de la bourse (AMF) ou,  à défaut, de mettre en place une formation interne. L’examen qui débouche sur la certification doit être passé dans les 6 mois suivant l’embauche et se présente sous la forme d’un QCM à choix ou réponses multiples de 100 questions. Il s’agit de tester non pas les compétences professionnelles du candidat, supposées avoir été appréciées par l’employeur, mais la connaissance qu’il a de son environnement global, c’est-à-dire du fonctionnement des marchés, des risques et de la réglementation.

Je vous ennuie ? Ramenez cela à l’actualité et vous allez voir que c’est plus intéressant qu’il n’y parait. L’affaire Kerviel, quoique l’on pense de son niveau de responsabilité, a révélé en tout état de cause un problème de formation des traders en France (il existe une carte professionnelle sanctionnant une formation délivrée par une association professionnelle, mais elle n’est pas obligatoire), et plus généralement, une décontraction vis à vis de la surveillance du respect des règles tout à fait inquiétante. Imposer donc à l’ensemble des collaborateurs d’un établissement, traders compris, de se former aux risques, aux réglementations et à l’éthique n’apparait pas totalement superflu.

Il faut savoir que les nouvelles règles de formation, rendues obligatoires dans le règlement de l’Autorité des marchés financiers, sont le produit de ce qu’on appelle dans leur jargon un groupe de place, c’est-à-dire un travail commun entre le gendarme de la bourse et les professionnels concernés, aboutissant à une réforme consensuelle censée acceptée par tous. Et pour cause. Paris peinant à rivaliser avec Londres et New-York, tout ce qui peut démontrer le sérieux de notre modeste place financière et donc attirer les investisseurs est bienvenu.

C’est au stade de l’application que ça se corse. On dit que les grands établissements bancaires français non seulement auraient accueilli cette nouvelle exigence avec joie mais qu’ils auraient même décidé de former plus de gens que nécessaire. Admettons. Mais alors, pourquoi peut-on lire dans ce document (PDF) tout à fait officiel par lequel l’AMF répond aux interrogations des banques sur la nouvelle réforme, des questions  démontrant, à tout le moins, le souci de s’émanciper le plus possible des nouvelles obligations de formation ?

Je reproduis ce-dessous mes trois questions préférées :

« Question 22/ Un PSI (NDLR : prestataire de service d’investissement, une banque par exemple) est-il obligé de vérifier qu’un stagiaire ou le titulaire d’un CDD qui n’a pas passé un examen certifié et qui envisage d’exercer une fonction-clé de moins de 6 mois a acquis les connaissances minimales prévu par le dispositif?

Réponse de l’AMF : Oui, si elle occupe une fonction-clé, cette personne, qui est placée sous l’autorité ou qui agit pour le compte d’un PSI, doit répondre à l’exigence d’acquisition des connaissances minimales nécessaires à l’exercice de sa fonction. Le PSI devra donc vérifier que cette personne dispose des connaissances minimales prévues par le présent dispositif et s’assurer, tant que la vérification des connaissances minimales n’est pas faite, que cette personne est supervisée de manière appropriée ».

(NDLR : Mince, on ne va pas pouvoir contourner la règle en embauchant des stagiaires, c’est balot !)

« Question 23/ L’évaluation interne des collaborateurs par les PSI peut-elle être faite sous une autre forme que celle de questions sur support écrit ou informatisé ? Un simple entretien avec un responsable hiérarchique peut il suffire? Les PSI « non certifiés » doivent-ils organiser des sessions d’examen avec 100 questions et disposer d’un stock de 600 questions ? (nouvelle question du 30 mars 2010)

Réponse de l’AMF : Le dispositif de vérifications des connaissances minimales s’inscrit dans le dispositif de conformité des PSI, qui depuis la directive MIF implique des obligations d’organisation sous forme de procédures, contrôlées et traçables (cf. en particulier les articles 313-1, 313-7 et 313-7-1 du règlement général de l’AMF). Les vérifications internes de connaissances doivent donc faire l’objet d’une trace écrite. Le FAQ publié en juillet 2009, précisait que les PSI peuvent procéder à cette vérification par tous moyens, à leur convenance, mais selon une procédure formalisée dont l’existence et l’application pourront être contrôlées a posteriori par l’AMF. Ainsi, que ce soit par un simple entretien ou par un examen, le PSI devra être en mesure de démontrer que les connaissances ont été vérifiées ».

(NDLR : Donc, on peut remplacer l’examen par  une petite discussion amicale sur le mode : « dis coco, tu me confirmes que tu connais par coeur la réglementation des marchés français, européens et internationaux ? Oui ? bon ben je te certifie, va en paix et copie moi 20 fois le règlement général de l’AMF au cas où on aurait un contrôle ». L’AMF en effet prévient : si elle ne peut pas vérifier le respect effectif des règles en matière de formation, l’établissement aura des ennuis. La menace est purement théorique, une petite amende indolore et hop, on passe à autre chose. Souvenons-nous que les défaillances graves du contrôle interne à la Socgen, révélées par l’affaire Kerviel,  se sont soldées par une amende de 4 millions d’euros (Décision de la commission bancaire PDF), autrement dit une paille pour un établissement de cette taille. Imaginez donc ce que peut coûter l’absence de formation d’un collaborateur….peanuts. )

Mais voici incontestablement ma question préférée :

« Question 30/ S’agissant des questionnaires à réponses multiples (QRM) ou des questionnaires à choix multiples (QCM), faut-il ne mettre aucun point à ceux qui cochent toutes les réponses pour être sûrs d’avoir au moins une bonne réponse. Faut-il ne mettre aucun point dès lors qu’une seule mauvaise réponse est cochée même si les autres bonnes réponses sont cochées ? (nouvelle question du 30 mars 2010)

Réponse de l’AMF : Oui, car le principe est le suivant : dans l’exercice des fonctions, une connaissance erronée peut être plus lourde de conséquences vis-à-vis d’un client et du PSI employeur, qu’une connaissance incomplète ».

(NDLR : aïe, il faut donc sanctionner les tricheurs, décidément, l’AMF met la barre très haut !)

Et voilà comment on nous annonce en grande pompe des réformes mirifiques pour sortir de la crise, tandis que notre amie la finance  s’amuse déjà à imaginer comment recueillir les bénéfices de la réforme en termes d’image tout en limitant au maximum le respect de son esprit et donc la condition de son efficacité. Au regard des enjeux attachés aux réformes en cours, ce dossier est un détail, je vous l’accorde. Mais il est infiniment révélateur, précisément parce qu’il est anodin et permet donc aux intéressés d’exprimer sans fard leurs intentions profondes. Je vous laisse imaginer la partie qui est en train de se jouer, notamment en Europe, entre les politiques et les banques sur les réformes imposées par la crise….

A lire …

Tant que je suis dans les sujets sérieux, je vous recommande chaudement le dernier livre de l’économiste américain Joseh E. Stiglitz, prix Nobel d’économie en 2001, intitulé « Le triomphe de la cupidité » (Editions Les liens qui libèrent 2010). L’auteur y décrit sans jamais jargonner la crise des subprime, révèle les mécanismes idéologiques qui nous ont mené là et propose des solutions pour remettre l’économie et la finance au service de la société. Pour lui, la faillite de Lehman Brothers le 15 septembre 2008 est au capitalisme ce que la Chute du mur de Berlin fut au communisme. L’ouvrage est pédagogique, intelligent et irrigué par une lucidité et un humanisme tout à fait réconfortants.

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16 commentaires »

  1. « Pour lui, la faillite de Lehman Brothers le 15 septembre 2008 est au capitalisme ce que la Chute du mur de Berlin fut au communisme.  »
    Si seulement c’était vrai !

    Aliocha : c’est déjà bien qu’un économiste de ce renom le dise. Maintenant, combien de temps mettra-t-on à l’entendre alors qu’il prédisait déjà la catastrophe que nous traversons, là est la question. Pour tout vous dire, lire des analyses de cette qualité réconforte au moins sur le fait qu’il existe des esprits éclairés et que le problème n’est pas insoluble…

    Commentaire par lambertine — 28/08/2010 @ 17:16

  2. Bonjour Aliocha,

    Heureux de vous voie de retour.

    « …faire passer un examen de culture générale financière et réglementaire… »: je suis perplexe quant à la réalité de cet examen. En toute logique, les personnes qui postulent pour ce genre de poste possèdent cette connaissance sinon à quoi servent les trois ou cinq ans d’études supérieures, effectuées généralement en écoles de commerce ou sur les bancs de l’université. Le vrai remède serait de sanctionner financièrement et de manière sensible les organismes fautifs. Nous sourions facilement en France lorsque nous entendons les demandes des avocats américains en matière d’indemnisation. Pourquoi l’autorité politique, si prompte à légiférer, ne s’y attèle donc pas? Tant que les mesures resteront de cet ordre, je vous rejoins dans votre conclusion. En attendant, nos banques nationales font fi ouvertement de leurs obligations financières sans que les pouvoirs publics ou la presse spécialisée s’en émeuvent, comme par exemple celle-ci: http://www.jpchevallier.com/article-credit-agricole-1-semestre-2010-56044316.html
    Suivant le blog de M. Chevallier depuis près de trois ans, l’actualité montre au quotidien la pertinence de ses prévisions ou de ses observations. Curieux quand même que personne ne s’en fasse l’écho!

    Bonne soirée

    Aliocha : d’après ce que m’ont expliqué certains profs de finance, chaque métier dans la banque ignore ce que fait l’autre. On a bien vu d’ailleurs lors du procès Kerviel que la salle de marché fonctionnait en autarcie totale. A la question d’un avocat salarié demandant si les traders avaient conscience qu’ils mettaient tous les salariés de la banque en danger, Jérôme Kerviel a répondu : « on n’y pense jamais ». L’affaire a montré aussi qu’on ignore ce qu’est le ratio Cooke chez les traders, ce qui est quand même fâcheux. L’hyperspécialisation a tendance à rendre idiot. D’où l’intérêt – très modeste en pratique, je vous l’accorde – de cette formation qui n’est pas dispensée dans les cursus, contrairement à ce qu’on croit. Maintenant, ce n’est pas un remède à la crise, c’est une élévation du niveau des professionnels destinée essentiellement à remplir les obligations définies par une directive européenne récente en matière de qualité du conseil au client, qualité de conseil qui engage la responsabilité du banquier : ce n’est plus au client de prouver qu’il a été mal conseillé mais à la banque de prouver qu’elle a rempli son obligation de conseil. Et puis il s’agit de s’approcher des exigences de formation à Londres et New-York, bien plus élevées que les nôtres.

    Commentaire par H. — 28/08/2010 @ 17:37

  3. Merci pour la référence de l’ouvrage de Joseh E. Stiglitz

    Commentaire par Greg — 29/08/2010 @ 00:01

  4. « Pour lui, la faillite de Lehman Brothers le 15 septembre 2008 est au capitalisme ce que la Chute du mur de Berlin fut au communisme
     »

    D’habitude les jokes c’est au début d’une conf qu’on les place… 🙂

    Sans dec, vous y croyez?

    en fait je venais poser une question de mesquesquidit.
    Imaginons que la bourse de Paris ferme, est-ce vraiment un drame?

    Aliocha : le marché sert à financer le développement des entreprises, donc oui, ce serait un drame. La finance n’est pas mauvaise en soi, c’est ce qu’on en fait qui pose problème. Plus précisément, c’est le fait qu’elle se soit mise à fonctionner pour elle-même et non plus au service de l’économie qui nous a mené à la catastrophe. La question ensuite, c’est comment réglementer pour encadrer l’un des ressorts humains les plus puissants qui est l’appât du gain….

    Commentaire par fredo — 29/08/2010 @ 00:34

  5. Bonjour Aliocha,

    A propos d’xplications de la crise, avez-vous entendu parler ou vu du documentaire Cleveland contre Wallstreet, du suisse Jean-Stéphane Bron ? Il recréé un procès qui n’a pas eu lieu, où la Ville de Cleveland avait assigné les banques jugées responsables des saisies immobilières à Cleveland. L’intérêt de ce doc est qu’il met en scène les vrais protagonistes (partie civile et défense) du procès qui n’a pas eu lieu (parce que Wallstreet a réussi à l’éviter), qu’il reste apparemment impartial et que les témoignages se font « en direct ». Je ne l’ai pas vu, mais ai lu qu’il est très éclairant sur la crise, expliquant ses implications mondiales par ses effets locaux.

    Aliocha : vous faites bien de m’en parler, je voulais justement aller le voir, ça m’a l’air intéressant en effet.

    Commentaire par Gwynplaine — 29/08/2010 @ 11:51

  6. Sujet passionnant et oh combien symptomatique !
    Si vous allez au guichet de votre agence préférée, il est bien exceptionnel que vous trouviez du personnel, les guichetiers et chargés de gestion du passé sont progressivement remplacés par des machines. Quand vous trouvez quelqu’un, le déficit de connaissances bancaires est frappant, et ce à tous niveaux : pour un problème de devises, de crédit, de placements… on vous répond qu’il faut interroger le siège. Réponse à plus tard. Dans mon agence de quartier, on peut acheter de l’assurance incendie, des antivols pour l’appartement et des téléphones mobiles, mais de la banque professionnelle, non.
    Ce qui se passe c’est que dans le but de maximiser ses profits, la banque a compris que sa principale source de coûts c’était le personnel et que c’est là qu’il fallait tailler. Elle est devenue si grosse qu’elle a compris aussi que le service à la clientèle n’était plus susceptible de rapporter des profits suffisants à satisfaire les actionnaires, donc elle a choisi de le sacrifier, à l’exception de quelques niches parmi les plus riches. Elle a entrevu les immenses possibilités qu’offrait la dérèglementation et elle trouve aujourd’hui dans le JEU des marché financiers, par le biais d’un effet de levier énorme, la seule source de profits commensurable avec sa taille.
    Vous voyez que votre apparentement de ce sujet avec Stiglitz n’est pas fortuit et que ce génial économiste est probablement encore en dessous de la vérité !
    Bonne rentrée.

    Commentaire par sanmichele — 29/08/2010 @ 13:53

  7. Bonjour Aliocha.
    Dans votre réponse à « fredo » (sous #4), vous écrivez « le marché sert à financer le développement des entreprises, donc oui, ce serait un drame ».

    Pas si sûr !
    D’une part, la question portait sur la fermeture éventuelle de la « Bourse de Paris » (pas de toutes les Bourses) …

    Mais même si on se posait la question de la fermeture de toutes les Bourses :
    Certains, et pas forcément des membres du « parti anti-capitaliste », ont déjà fait cette proposition !
    Voir cet intéressant article de L’EXCELLENT « Monde Diplomatique », daté de Février 2010, et signé Frédéric LORDON :
    http://www.monde-diplomatique.fr/2010/02/LORDON/18789

    Et la non moins intéressante réaction d’un lecteur (disclaimer: ce n’est pas moi) publiée en mai 2010, et qui va dans votre sens (« Plus que la Bourse, c’est l’absence de régulation entre les différents acteurs qui est à remettre en cause. ») :
    http://www.monde-diplomatique.fr/2010/05/A/19135

    Commentaire par Yves D — 30/08/2010 @ 00:28

  8. « Les banques je les ferme, les banquiers je les enferme ! » (Vincent Auriol)

    Stiglitz c’est bien. Côté français je vous encourage à lire Bernard Maris. A défaut de ses livres, il y a toujours son blog: http://sites.radiofrance.fr/franceinter/blog/b/blog.php?id=12

    Commentaire par Baruch Spinoza — 30/08/2010 @ 11:22

  9. Si vous aimez ce genre de comportement, vous adorerez la création de l’Autorité de contrôle prudentiel.

    Citation de P.-G. Marly, professeur agrégé des facultés de droit (Bulletin Joly Bourse, mai-juin 2010) :

    « Il convient de relever la supériorité numérique des professionnels sur les fonctionnaires dans les diverses formations collégiales ainsi que dans la commission des sanctions. C’est dire que les contrôleurs sont largement les contrôlés eux-mêmes. Or l’avantage d’une telle configuration au vu de la technicité des questions traitées ne doit pas occulter le risque de dévoiement lié à tout contrôle immanent ».

    Aliocha : je me suis penchée sur son berceau 😉 Problème classique de régulation, le professionnel est compétent techniquement mais n’est pas indépendant, le non-professionnel (fonctionnaire, magistrats détaché etc.) n’est pas compétent ou peu, mais il est indépendant. Ensuite en effet, tout est question de proportion dans le mélange, laquelle exprime le véritable objectif poursuivi, compétence et donc reconnaissance de légitimité par le régulé, ou indépendance et risque de rejet.

    Commentaire par Cimon — 30/08/2010 @ 16:52

  10. Stiglitz n’est pas le bon auteur pour comprendre cette crise. Il y a rien vu venir et fait parti des grands partisans des plans de relance qui ne relancent rien du tout, en particulier aux USA mais qui coutent très cher.

    Nettement supérieur, il y a « Revenir au capitalisme » de Pascal Salin.

    Sinon des tonnes de règlementations ne changeront rien. Il y en avait déjà beaucoup avant ce qui a surtout permis de de-responsabiliser les acteurs (je respecte la règlementation, on ne pourra rien me reprocher.)

    Ce qui rend sage, c’est la crainte de faire faillite, crainte largement supprimée dans le système avec banque centrale que nous avons aujourd’hui.

    http://www.dantou.fr/crise.html

    Aliocha : Stiglitz critique la déréglementation de la finance, à l’origine selon lui de la crise actuelle. Vous avez le droit de ne pas être d’accord, puisque vous appartenez visiblement au camp néolibéral, mais alors dites que vous n’êtes pas d’accord et non pas que Stiglitz n’a rien compris, c’est très différent.

    Commentaire par La crise pour les débutants — 30/08/2010 @ 18:24

  11. @ Aliocha : c’est étonnant, mais je n’avais jamais pensé qu’une Autorité « de fonctionnaires » serait plus rejetée qu’une Autorité « de fonctionnaires ». En effet, en assurance, le marché est trop atomisé pour satisfaire tout le monde.

    L’Autorité est donc vue comme soutenant les intérêts d’un camp (à l’heure actuelle, l’ACP apparaît plutôt comme défendant les intérêts des grands groupes capitalistiques et des bancassureurs et beaucoup moins ceux des petites sociétés et des sociétés mutualistes). En banque, le problème est différent, puisqu’il s’agit d’un oligopole, et il est ainsi beaucoup plus facile de représenter « la profession ».

    Avec vous jeté un coup d’oeil aux critiques formulées par le GEMA sur la création de l’ACP ? Quoi qu’il en soit, on est en plein dans la critique de Stigler (pas Stiglitz) sur la capture du régulateur.

    Ce qui est dommage, finalement, c’est qu’on avait une formule qui fonctionnait bien en assurance. Et qu’elle a été balayée avec l’ACP. En attendant solvabilité II…

    Commentaire par Cimon — 30/08/2010 @ 22:28

  12. Habituellement, dans les notations de QCM où il y a 1 réponse juste parmi n, on note 1 pour la réponse juste et -1/(n-1) pour chaque réponse fausse. Ainsi, si le candidat répond au hasard total (réponse tirée au sort avec même probabilité pour les n réponses), son espérance de note est 0.

    Si les mauvaises réponses ne sont pas pénalisées, l’espérance de note est 1/n, autrement dit, le candidat a avantage à répondre n’importe quoi plutôt que de ne rien répondre. Ceci, comme l’AMF le souligne, est dangereux, car cela incite à faire des bêtises plutôt que de s’abstenir.

    Je ne fais pas de l’économie l’alpha et l’omega du comportement social, mais il me semble qu’il faut toujours regarder quelles sont les récompenses et les « punitions » effectives des actions des individus pour comprendre leur comportement.

    Aliocha : merci pour ces précisions, la question me semblait absurde en raison de l’effet d’incitation, mais je me demandais en même temps quelles étaient les règles encadrant les QCM. Et justement, sur les récompenses et les punitions, c’est tout l’enjeu actuel de la réglementation financière, comment inciter aux bons comportements ? Sujet passionnant qu’évoque Stiglitz, de même qu’il parle de l’aléa moral. Si les banques savent qu’elles sont « too big to fail », alors elles vont continuer de compter sur le contribuable pour les maintenir à flot en cas de problème.

    Commentaire par DM — 31/08/2010 @ 07:05

  13. Bonjour,

    Il faut une réglementation forte car le marché ne régule que lorsqu’il y a atomicité de l’offre et de la demande.
    Dans le cas des banques, les concentrations effectives, entendre le nombre de banques par rapport aux clients, rendent le marché incapable de réguler car il suffit de « s’entendre » sur les prix. L’entente n’a pas besoin d’être écrite ou décidée, les décideurs fréquentent les même cercles de pouvoir, partagent la même idéologie et probablement la même famille politique. De là à imaginer que ce soit responsable de l’augmentation des frais bancaires il n’y a qu’un pas que je franchis allègrement. (si on y ajoute la gestion tableur excell et taux de croissance du résultat prévu), le paysage est complet.Lorsque l’objectif de résultat est fixé comme un objectif managerial, _avant_ même de savoir comment le réaliser, tout part en cacahouète, peut importe le secteur.

    Si un petit concurrent commence à faire de l’ombre, il suffit de le racheter ou de le couler en asséchant son marché en vendant « a perte ». Et les instance de régultation accordent trop facilement le droit de ce concentrer plutôt que d’éclater complètement les grosses structures. Ce n’est pas parce que la SG (par exemple) est éclatée sur le papier entre des centaines de société de par le monde, que ca ne reste pas quand même un ensemble cohérent, une flotille qui navigue dans la même direction avec le même objectif final. Il serait même interessant de regarder qui a gagner les 5 milliards du débouclage des positions kerviel.

    Mais aucun pouvoir politique pouvant accéder au pouvoir ne voudra prendre le risque de dire vouloir casser ces grands groupes (concurrence mondiale toussa) alors que c’est la seule réponse possible aux problèmes actuels. L’économie gouverne. On peut décider de l’accepter comme tel, mais arrêtons je jouer les hypocrites avec les « régulations » _qui_sont_trop_bien_. Les joueurs sont trop puissants par rapport à l’arbitre. Il n’est que voir votre commentaire sous le post 9 : » ….. donc reconnaissance de légitimité par le régulé, ou indépendance et risque de rejet.  »
    Vous rendez-vous compte de ce que vous dites : des acteurs qui _rejettent_ l’autorité qui les contrôlent _de_par_la_loi_ . Essayez de rejetter le pandore qui va vous contrôler pour excès de vitesse, il n’y a pourtant pas de conducteur non policier au sein de cette autorité et pourtant elle fait sa loi.

    Commentaire par herve_02 — 31/08/2010 @ 14:11

  14. bonjour Aliocha,

    l’attitude des banques que vous décrivez à propos de la « certification de place » (selon le vocabulaire AMF) ne m’étonne pas. Les banques sont d’accord sur le principe, mais au moment de la mise en oeuvre, elles renâclent. C’est classique.

    Le niveau de cette certification est assez bas, les questions des QCM sont simples, mais c’est toujours un pas dans la bonne direction.

    Commentaire par junot — 02/09/2010 @ 10:49

  15. @Aliocha sous commentaire 10 : « Stiglitz critique la déréglementation de la finance, à l’origine selon lui de la crise actuelle. Vous avez le droit de ne pas être d’accord, puisque vous appartenez visiblement au camp néolibéral »

    Rah non, pas vous !! Déjà ce sont les socialistes qui ont été aux commandes de la déréglementation financière en France; ensuite, ce terme « néolibéral » associé à celui de « camp », sous-entend une espèce de guerre de tranchées idéologique où la science (économique) n’a rien à dire. Voir ici quelques réflexions sur ces termes : http://quedisentleseconomistes.blogspot.com/2010/01/neoliberaux-neoclassiques-orthodoxes-un.html
    Enfin, « mettre l’économie au service de la société », ça ne veut pas dire grand-chose, ça fait plutôt slogan NPA…
    Stiglitz est un grand économiste, mais son Nobel semble lui avoir fait perdre un peu pied : ses ouvrages sont de moins en moins rigoureux et économiques, et de plus en plus partisans d’une façon qui confine à la mauvaise foi. Autant « La grande désillusion » valait le coup, autant ses derniers laissent dubitatif.
    Bref, loin de moi l’idée de faire l’apologie du « système », mais il y a certaines pseudo-critiques que j’ai du mal à trouver viables.

    (HS mais tant que vous y étiez à recommander des oeuvres critiques, je vous recommande encore plus chaudement « The elusive quest for growth », de W.Easterly, sur les politiques d’aide au développement… et leur échec (http://www.amazon.fr/pays-pauvres-sont-ils-condamn%C3%A9s-rester/dp/2708131508/ref=sr_1_1?ie=UTF8&s=books&qid=1283512208&sr=8-1). Un livre lucide et critique, mais pas un pamphlet cracheur dans la soupe.

    Commentaire par VilCoyote — 03/09/2010 @ 13:11

  16. @Aliocha: Je suis tout à fait d’accord avec vous concernant ce que les banques ont avantage à faire. Je ferais simplement la remarque que ce que vous dénoncez, les partis de gauche voire d’extrême-gauche le résument fort bien par: « privatisation des bénéfices, socialisation des pertes ». 🙂

    Que pensez-vous des propositions de contributions obligatoires des banques à un fonds de sauvegarde, assises sur leurs activités les plus risquées? Pour moi, il s’agit de la transposition au système financier de l’assurance obligatoire applicable, par exemple, aux automobilistes.

    La quasi-totalité des automobilistes sont incapables de payer personnellement les dommages causés par un accident de la route sérieux (ils seront insolvables pour les sommes nécessaires à indemniser un handicap physique lourd, par exemple). La solidarité impose cependant que les victimes soient prises en charge par la collectivité, car il serait humainement insupportable de les laisser sans secours. Il y a donc une externalité: l’automobiliste non assuré fait assumer ses risques par la collectivité. Pour éviter cela, il y a l’obligation d’assurance.

    De même, les banques sont incapables de prendre en charge les conséquences de leur faillite. La solidarité et la stabilité des sociétés imposent cependant qu’on prenne en charge ces conséquences, du moins en partie. Il y a donc une externalité: le banquier fait assumer ses risques par la puissance publique.

    Je me pose cependant des questions sur ce qui serait de fait un système d’assurance obligatoire des banques contre les risques financiers liés aux activités « de pointe ». En assurance, il y a de façon générale le problème de l’aléa moral, à savoir: quand la victime a avantage a ce que le sinistre contre lequel elle s’est assuré se produise, elle risque d’être négligente, voire de le provoquer activement (par exemple, si je suis bien assuré contre le vol mais pas contre les pannes, je peux avoir avantage à déclarer le vol d’un bien dont la réparation coûterait trop cher). Quel serait l’aléa moral dans le cas des banques?

    Commentaire par DM — 03/09/2010 @ 17:45


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