La Plume d'Aliocha

26/06/2010

L’étrange créature d’un système devenu fou

Filed under: Affaire Kerviel — laplumedaliocha @ 15:28

Vendredi 25 juin, 9h30, salle des criées du Palais de justice. C’est le dernier jour du procès Kerviel. L’heure est venue d’entendre les plaidoiries de la défense.

Comme il fallait s’y attendre, la salle est bondée. Sur les bancs de la presse, des habitués mais aussi de nouvelles têtes. Certains visiblement ne se sont déplacés que pour le final. Dans les esprits résonnent encore les mots terribles du parquet prononcés la veille lors des réquisitions et l’on se demande comment la défense va bien pouvoir corriger le portrait désastreux qui a été brossé de Jérôme Kerviel. Ma voisine est inquiète. « Ce n’est pas possible, ils ne peuvent pas le condamner, ce serait trop injuste » lance-t-elle dans un cri du coeur. Je baisse les yeux, de peur qu’elle ne lise dans mon regard un pronostic bien sombre. Du côté des journalistes police-justice, les faits sont là, il n’y a pas à tergiverser. Chez les journalistes économiques en revanche, à de rares exceptions près,  on éprouve un plaisir évident à avoir pu, grâce à cette affaire, fouiller les entrailles de la banque. Voilà qui nous change de la communication officielle. On sait aussi que ce qui se joue là, c’est le procès de la crise et de la folie du système. Mais on ne l’écrira pas, question d’auto-censure pour les uns, d’allégeance aveugle pour les autres.

Le technicien et le tacticien

Ils seront deux à prendre la parole. Le maître et son élève, le tacticien et le technicien. Le maître, c’est Olivier Metzner. Comme Jérôme Kerviel, c’est un provincial monté à Paris, comme lui aussi, c’est un bucheur acharné,  c’est peut-être ces parcours similaires qui ont amené leurs chemins à se croiser. Toujours est-il qu’Olivier Metzner a surgi dans le dossier sur le tard, à l’issue d’une valse d’avocats qui, pour la plupart, semblaient plus soucieux d’attirer sur eux les projecteurs que de défendre leur client. Malheur à celui qui n’a pas les moyens de payer son avocat…L’élève, c’est Nicolas Huc-Morel, le jeune associé d’Olivier Metzner. Celui-là est l’homme des listings, des disques durs, de la base Eliot, des warrants à barrière désactivante, de la trésorerie, des futures, bref, de tous les éléments techniques qu’il a fallu débrouiller dans cette affaire pour y voir clair. S’il n’est intervenu que discrètement tout au long des débats, à chaque fois il a fait trébucher la partie civile sur ses propres contradictions techniques. Nicolas Huc-Morel s’avance à la barre, pose son dossier sur le pupitre. « Il n’existe pas de mystère Kerviel, si ce n’est l’histoire d’un jeune homme passionné de finance qui sera projeté dans une salle de Front office, d’un jeune homme qui n’a qu’un seul objectif en se levant et en se couchant, celui de faire gagner de l’argent à sa banque ». Pour lui, le vrai mystère dans cette affaire, ce n’est pas Kerviel mais la banque. Durant plus d’une heure, projection de pièces à l’appui, l’avocat va démonter pierre par pierre, méticuleusement, la thèse du génial fraudeur qui serait parvenu à déjouer les systèmes et à tromper la vigilance de sa hiérarchie. De sa voix douce, il aligne avec application les chiffres des positions, des gains et des pertes, ces chiffres si phénoménaux qu’il n’est pas possible qu’ils aient échappé aux supérieurs du trader. C’est d’autant moins crédible qu’il n’y a pas que les prises de position et le résultat qui ne pouvaient être ignorés. Il y a aussi tous les frais qui les entourent,  les écarts de méthode, les appels de marge, les intérêts débiteurs.  La banque a payé jusqu’à 2,2 milliards d’euros d’appel de marge et elle n’a rien vu ? « De qui se moque-t-on ? », lance l’avocat qui soudain s’enflamme. Et puisque chacun dans cette affaire y est allé de son image, il propose la sienne. « J’imagine Cordelle et Rouyere (respectivement N+1 et N+2 de Jérôme Kerviel) patrons d’une société de transport. Ils embauchent un jeune salarié et lui montrent sur le parking un semi-remorque, une camionette et une belle voiture de sport. Et puis ils lui donnent les clefs de la voiture. La première fois, il fait Paris-Nice en 7 heures, la deuxième en 6 heures, les patrons sont ravis. La troisième fois en 2h30, on le félicite, en considérant que, bien sûr, il sait qu’il doit respecter les limitations de vitesse,  c’est évident. Et puis un jour on extrait le pilote de sa voiture, on la confie a un autre, bon aussi mais qui ne connait pas le véhicule, et c’est l’accident ». L’accident auquel il fait allusion, c’est le débouclage par un autre tarder de la position de 50 milliards d’euros.

Le rouge du fleuron, le noir de la spéculation

Après une brève suspension, Olivier Metzner entre en piste. Il se lève mais reste derrière la table de la défense et commence sa plaidoirie sans micro. Des bancs des journalistes s’élève un bruyant et péremptoire « on n’entend pas ! ». « Peu importe » rétorque Metzner cinglant, « je plaiderai ici ». La salle fait silence, l’avocat hausse la voix, on l’entendra finalement très bien. « Est-ce que l’un d’entre vous n’a pas vu quand l’autre prenait des notes ou regardait l’écran de son ordinateur ? »,lance le défenseur aux membres du tribunal. « Eh bien à la Société Générale,  sur un plateau moins grand que cette salle et qui ne compte que 17 personnes, on ne voit rien. On a des ordinateurs, mais on ne voit rien non plus. Il suffit pourtant de cliquer, mais on ne sait pas le faire, ou on ne veut pas ». Tout au long du procès on n’a eu de cesse de se demander qui était Kerviel. Pour le savoir, ne faut-il pas aller chercher du côté de celui qui l’a formé ? Metzner dévoile à cet instant ce qui constituera l’axe majeur de sa défense : Jérôme Kerviel n’est rien d’autre que la créature de la banque. C’est elle qui l’a formé, ou plutôt déformé. Dès lors, c’est à cette question qu’il convient de répondre  : qui est la Société Générale ? On se doute à cet instant que la réponse que va apporter l’avocat sera à la mesure du portrait qu’on dressé successivement de son client la Société Générale puis le parquet. C’est une banque à double face, à l’image de son logo. D’un côté le fleuron de son secteur, rouge flamboyant. De l’autre, une banque commerciale devenue, pour reprendre le mot de Jean Peyrelvade, une « banque casino ». C’est le noir.

Sur sa chaise, Jérôme Kerviel est assis les bras croisés,  le visage grave. Il ne prend plus de notes, à quoi cela servirait-il ? Tout au plus tourne-t-il parfois légèrement la tête vers les bancs de la presse comme s’il tentait de deviner l’effet que produisent ses avocats sur ces journalistes qui l’ont tellement égratigné au début de l’affaire, dont il a si souvent dénoncé l’ignorance ou la déloyauté, mais auprès desquels néanmoins il n’a jamais cessé, poussé par ses conseils, de plaider sa cause. Ces journalistes que la Société Générale trouvait pour sa part tellement acquis au jeune et beau trader jetant à terre la méchante banque qu’elle n’a guère communiqué jusqu’au procès, estimant la bataille trop inégale. Un journaliste n’est jamais assez bienveillant aux yeux de celui dont il parle, il l’est toujours trop, du point de vue du camp adverse…

Prudente la Société Générale ?

La banque se décrit comme prudente ? Olivier Metzner évoque, dans un tir nourri, les pertes sur les subprime de 2,2 milliards, puis les 11 milliards qu’a failli lui coûter la débâcle d’AIG, sans compter les 35 milliards d’actifs pourris logés dans IEC, la bad bank, ou encore le cas de SGAM AI.  Et l’on voudrait faire croire que c’est Jérôme Kerviel qui l’a menée au bord de la faillite ? Une faillite dont l’avocat au demeurant souligne qu’elle n’est pas argumentée. La position de 50 milliards dès lors prend une toute autre dimension. De même que la perte de 4,9 milliards qu’Olivier Metzner conteste. Le soir du 18 janvier 2008, c’est-à-dire le dernier jour où Jérôme Kerviel a travaillé pour la Société Générale, sa position enregistrait une perte latente 2,7 milliards, mais il disposait par ailleurs de 1,4 milliards en trésorerie, le produit de ses gains de 2007. Résultat, la perte à ce moment là s’élevait à 1,3 milliard. Ce n’est qu’au moment du débouclage, opération sur laquelle l’avocat regrette de n’avoir aucune information, que la perte atteindra 4,9 milliards, éclipsant opportunément au passage celle de 2,2 milliards sur les subprime annoncée le même jour au marché. On attendait l’effet d’audience, il surgit sous la forme d’une circulaire datant de 2001 et destinée aux salariés de la banque. Une véritable gourmandise pour l’avocat qui en lit des passages avec délectation. Il s’agit d’une liste de recommandations sur la manière de répondre en cas d’interrogatoire par la justice, parmi lesquelles on peut lire en substance cette consigne : noyez les informations sous la technique. On ne saurait mieux résumer le sentiment au terme de ces trois semaines de procès. Reste la discussion juridique du dossier. L’avocat plaide non coupable pour le faux, l’usage de faux et l’abus de confiance, jurisprudence à l’appui. Comment prétendre au franchissement de limite quand il n’existe aucune limite écrite, aucun verrou sur l’automate de trading et que les dépassements répétés sur une longue période des prétendues limites n’ont jamais suscité aucune réaction ? Om est le faux dès lors que les mails incriminés n’ont pas servi à créer des droits mais à fournir des explications a posteriori ? Il plaide coupable en revanche pour l’introduction frauduleuse de données dans le système informatique. Le délit est purement mécanique et donc difficilement contestable.  Et Metzner de conclure sobrement, citant Galbraith :  « quand tout le monde gagne, personne ne voit. Quand tout le monde perd, il faut un coupable, un seul ».

Le président appelle Jérôme Kerviel à la barre. Le jeune trader se lève et s’approche du micro. « Avez-vous quelque chose à ajouter Monsieur Kerviel ? ». Chacun suspend son souffle. On redoute qu’il ne s’obstine dans son discours de breton buté, on espère que la glace enfin se brise.  « Non, je n’ai rien à ajouter ».

La décision sera rendue le 5 octobre.

Je quitte la salle avec un étrange vague à l’âme. Le même que l’on ressent en tournant la dernière page d’un livre.  Mais aussi avec une conviction. Cette affaire est emblématique d’un système qu’il est urgent de corriger.

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124 commentaires »

  1. A la demande de Gwyplaine, j’ai créé une catégorie « Affaire Kerviel », effectivement plus pertinente pour l’exercice inédit qui a consisté à chroniquer cette affaire. J’en profite pour rappeler que nous avions débattu ici même en janvier 2009 de la soi-disant faute de la journaliste du Parisien qui avait publié une interview de Kerviel sans son accord. Je vous confiais à l’époque mes doutes sur ce sujet. Il se trouve que dans son livre, Jérôme Kerviel raconte ce qui s’est passé. Son avocat de l’époque, Eric Dupont-Moretti, lui avait demandé de rencontrer la journaliste. Kerviel avait obtempéré à contrecoeur, pensant à un traditionnel exercice de décryptage en off des aspects techniques du dossier. La matin de sa dernière audition devant le juge d’instruction, il découvre que le Parisien publie ses propos et s’en émeut. Il apprendra par la suite que l’interview avait été validée la veille par ses avocats. Cet épisode illustre assez bien je trouve les mauvaises procès dont font souvent l’objet les journalistes.
    Pour tous ceux que le dossier passionne, je rappelle que la tribune, 20 minutes et Reuters l’ont chroniqué minute par minute. Vous trouverez par exemple ici http://www.latribune.fr/entreprises/banques-finance/banque/20100608trib000517576/jerome-kerviel-contre-la-societe-generale-suivez-le-proces-minute-par-minute-15.html le détail des plaidoiries des avocats et notamment les éléments techniques sur lesquels ils s’appuient. Je reviendrai sans doute sur le travail de mes confrères dans ce dossier. C’est une vraie prouesse de rendre compte ainsi en live d’une audience.

    Commentaire par laplumedaliocha — 26/06/2010 @ 15:57

  2. Merci et bravo pour votre travail, perspicacité, objectivité ? Il faut sauver le soldat Kerviel ? Pour ma part je le souhaite et ai retiré tous mes comptes à la S.G.

    Commentaire par monik — 26/06/2010 @ 16:25

  3. Félicitation pour ces comptes rendu qui ont fait pour moi de ce procès passionnant un véritable roman !

    Commentaire par Hiswe — 26/06/2010 @ 16:56

  4. Il n’est pas dans mes habitudes de laisser des commentaires sur les blogs, mais laissez-moi vous remercier de cette rubrique exceptionnelle, qui m’a idéalement servi de complément aux comptes rendus détaillés de vos confrères. Le contenu de l’affaire rendait ces comptes rendus indispensables à la compréhension des événements, mais votre point de vue presque strictement humain est sans conteste ce que j’ai lu de plus intéressant en ligne.

    Selon la mauvaise habitude des internautes, je vais aussi me permettre de donner mon impression sur quelque chose dont je ne sais rien de plus que vous, à part ma propre connaissance professionnelle de la banque de marché (je travaille dans le contrôle de risque, c’est dire si je me sens concerné par l’affaire).

    Il me paraît évident qu’il n’y a ni mystère Kerviel ni mystère SG. L’ambiance délétère de la « salle » et le caractère totalement dématérialisé de la finance moderne a clairement contribué à donner à l’accusé cette impression d’être dans un jeu, un jeu très sérieux où il a vite constaté qu’il était très bon. Je ne crois pas une seconde à sa préoccupation de faire gagner de l’argent à sa banque. Personne n’est attaché aux actionnaires de son employeur à ce point, surtout pas dans une gigantesque multinationale. C’était simplement un jeu auquel il s’était pris. Il pensait qu’il pouvait gagner, et il lui était tellement facile de tricher qu’il a fini par prendre quelques opportunités. Après cela, c’était l’addiction, impossible d’arrêter.

    Avez-vous déjà vu la réaction d’un adolescent que vous surprenez à cinq heures du matin en train de jouer sur ordinateur, et à qui vous expliquez qu’il n’a rien à faire là et qu’il est l’heure de se coucher ? Il est furieux car il était justement en train de gagner. Il continue à cliquer comme un fou pendant que vous parlez. Lorsque vous fermez la machine il hurle que vous lui avez fait perdre sa partie alors qu’il lui aurait été facile de la gagner avec quelques minutes de plus. Je crois que c’est ce qui s’est passé lorsque M. Kerviel a passé ces fameux derniers ordres qui ont provoqué, sans doute plus que tout, la fureur de ses supérieurs. Et c’est sans doute pour cela qu’il est si outré que le débouclage ait été fait avec une perte et qu’on la lui impute. On lui a gâché son jeu.

    Quant à la partie civile, il est évident qu’elle porte une lourde part de responsabilité. Je suis persuadé que les « N+ » sont sincères lorsqu’ils disent n’avoir rien su des positions frauduleuses, mais il est certain qu’ils ne voulaient pas le savoir. Ils avaient vraiment « confiance », au sens où le trader est une bête de course dont ils croient vraiment qu’elle est performante. Pour la technique, c’est à eux de voir. L’ambiance dont je parlais plus haut ne pousse certainement pas à la remise en question ; obnubilés qu’ils étaient de faire du chiffre, les responsables de salle de marché n’avaient, au crépuscule de cette ère de folie qu’a connu la finance jusqu’en 2008, tout simplement pas le temps de prendre du recul sur l’origine de leurs gains. En tout cas ils ne le prenaient pas.

    La meilleure preuve que les responsables ignoraient la fraude est leur réaction à sa découverte. Complices, ils auraient très facilement pu couvrir l’affaire en ajoutant un écran de fumée « à la Kerviel » pour dissuader les contrôleurs de venir chercher plus loin. Or ils ont immédiatement paniqué. Mais je n’ai aucune compassion pour eux, et j’espère que la partie civile n’aura pas gain de cause : ces pertes sont totalement méritées ; c’est en quelque sorte l’amende que la commission bancaire n’a pas pu leur infliger en raison du plafond. Lorsqu’on fait de l’argent un jeu, lorsqu’on déshumanise à ce point la finance, il faut savoir payer les pots cassés.

    Au final, il est peu probable que Jérôme Kerviel échappe à la condamnation. Le seul argument de la défense, consistant à dire que sont employeur porte une responsabilité morale, est incontestable mais n’est pas pertinent sur la culpabilité individuelle de l’accusé. Je ne m’attends pas, par contre, à ce que la Société Générale obtienne un sou de dédommagement, et c’est tant mieux, histoire que cette affaire serve de leçon aux banques. Car, je vous rejoins tout à fait sur ce point, l’origine du mal est structurelle.

    Aliocha : merci d’être sorti de votre silence, votre regard de spécialiste est d’autant plus précieux que l’omerta a régné tout au long du procès. Témoins inquiets pour leur avenir, experts refusant de se mettre la SG à dos, professionnels divers et variés craignant pour leur responsabilité etc. Je partage entièrement votre analyse sauf sur un point, je continue de penser que JK dit vrai quand il prétend avoir voulu faire gagner de l’argent à sa banque, là encore, il a eu le défaut de ne pas distancier l’exercice, contrairement à ses collègues polytechniciens. Quelqu’un me faisait remarquer lors du procès que le polytechnicien investi tellement dans ses études que tout au long de sa vie professionnelle ensuite il sera dans une logique de percevoir les dividendes de ses efforts. Que les polytechniciens ici me pardonnent, je ne dis pas qu’ils ne font rien dans leur boulot, mais simplement que JK avait tout à prouver quand les autres l’avaient déjà fait en obtenant leur diplôme. Quant aux enseignements de cette affaire, ils sont immenses pour ceux qui accepteront de les observer. C’est pourquoi si on condamne JK on en fait un bouc-émissaire et on referme le dossier. Dans le cas contraire, l’affaire ne fera que commencer. En tout cas à mes yeux, elle ne fait que commencer 😉

    Commentaire par Qoheleth — 26/06/2010 @ 17:40

  5. Merci de votre eclairage, mais vous faites allusion a Me Dupond-Moretti, lorsque vous parlez des anciens avocats de Kerviel?

    Aliocha : moi non, je n’étais pas témoin direct, mais Kerviel oui. C’est à la suite d’une interview donnée au Parisien à la demande de Dupond-Moretti et publiée le jour de sa dernière audition devant le juge d’instruction contre sa volonté, en janvier 2009, que JK a changé toute son équipe, conservant uniquement Tissot et faisant appel à Metzner. Cela ne signifie pas nécessairement que DM voulait se faire de la pub ou rendre service à une journaliste de ses amis, il pouvait simplement juger nécessaire à ce stade que JK communique dans la presse, toujours est-il que JK l’a mal vécu.

    Commentaire par Thor — 26/06/2010 @ 19:06

  6. « Je ne crois pas une seconde à sa préoccupation de faire gagner de l’argent à sa banque. Personne n’est attaché aux actionnaires de son employeur à ce point, surtout pas dans une gigantesque multinationale.  »

    Je ne connais pas Jérôme Kerviel. Je ne suis pas de sa génération, et mon père l’était encore moins. Mais je peux affirmer que pour moi, l’affirmation qu’il voulait « faire gagner de l’argent à sa banque » ne me semble absolument pas invraisemblables. peut-être est-ce « passé de mode », mais il n’y a pas si longtemps, bien des employés, des ouvriers, des cadres, étaient viscéralement attachés à l’entreprise dans laquelle il travaillaient. Ils ne pensaient pas un instant aux gains des actionnaires, et leur entreprise n’était pas pour eux qu’un « employeur ». Ca semble peut-être absurde, vieux-jeu, ce n’est sans doute plus adapté à notre époque, mais c’est ce que j’ai vu et entendu tous les jours pendant trente ans. Alors, peut-être Kerviel est-il « old fashioned » ?

    Aliocha : il me semble avoir compris de la lecture de son livre qu’en entrant à la SG il pensait être au coeur du réacteur, là où tout se passe, dans l’un des meilleurs services de trading du monde et l’une des plus belles banques aussi. C’est ce caractère exceptionnel qu’il faut prendre en compte. En tant que journaliste, si j’entrais au Monde, j’aurais cette réaction. Pour les avocats, je suppose qu’il n’est pas anodin d’entrer chez Gide, Bredin Prat, Darrois Villey, pour les comptables d’intégrer à l’époque où la boite existait encore Andersen, pour les gens qui travaillent dans le luxe de pouvoir dire « je bosse chez Chanel, Hermès, ou Vuitton ».

    Commentaire par lambertine — 26/06/2010 @ 20:32

  7. « Il n’y a pas si longtemps, bien des employés, des ouvriers, des cadres, étaient viscéralement attachés à l’entreprise dans laquelle il travaillaient. »

    Vous avez heureusement raison, Dame Lambertine, cela existe même encore. Cela dit, j’aurais tendance à penser que ces mêmes personnes sont également acquises à l’éthique du métier et à ses règles. Prenez un ouvrier de Michelin au « bon vieux temps », totalement loyal à l’entreprise : ce n’est en général pas lui qui trufferait ses pneus de caoutchouc frelaté pour réduire les coûts de production et augmenter les revenus de son usine.

    Je ne connais personnellement ni Jérôme Kerviel ni la Société Générale. Je ne pense pas que l’image du « gentil garçon » qu’Aliocha nous décrit est fausse ni simulée, c’est certainement quelqu’un capable de se passionner sincèrement pour une entreprise si celle-ci lui en donne la motivation. Mais connaissant l’ambiance des salles de marché chez moi — c’est un monde sans identité, les marques des banques sont presque interchangeables, seules les ego, les personnalités, comptent –, j’ai du mal à imaginer qu’un tel « esprit d’entreprise » puisse s’y former, a fortiori compte tenu des éléments que nous avons pu glaner au cours des témoignages de ces derniers jours sur l’atmosphère régnant autour de M. Kerviel. J’ai eu l’impression qu’il était le seul personnage serviable et poli des environs.

    Peut-être avez-vous raison, Jérôme Kerviel est-il un égaré du temps où les entreprises étaient humaines et où les employés s’y attachaient. De mon côté je m’en tiens à la « théorie du jeu ». Nous ne saurons de toute façon jamais puisque la question théâtrale, presque suppliante, de M. Bouton sur ce que M. Kerviel avait réellement voulu faire dans cette histoire extravagante, est finalement restée sans réponse.

    Aliocha : le dévouement n’exclut pas l’ivresse du jeu, JK évoque les deux explications dans son livre. Vous me direz, le livre a du être relu au millimètre par les avocats, mais il y a des tics de langage qui ne trompent pas, et par exemple la répétition à mon sens involontaire et significative du mot « passion » tout au long du bouquin. C’est un mot dont j’ai moi-même tendance à abuser, donc je le repère facilement 😉 et puisque nous sommes dans les mots, il est intéressant d’ailleurs d’observer que la seule personne qui ait parlé d’argent, ou de fric dans ce procès, c’est Kerviel. Etrange….comme si le mot était trop vulgaire dans la bouche d’un banquier.

    Commentaire par Qoheleth — 26/06/2010 @ 22:47

  8. Mille remerciements, Qoheleth ! Je tiens enfin l’inspiration : un jeune déraciné, jeté dans le monde impitoyable du jeu et de la finance. Un lieu qu’on appellerait Boursenbourg ou Socgénenbourg. Lui seul, parmi les tristes avatars de la comédie bourgeoise, garde cette hauteur de l’âme tatare (ou bretonne, au choix), qui le pousse précisément à jouer avidement sans le moindre intérêt pour ses gains ! Le tout sur fond d’une Europe laminée par l’Histoire et rongée par son propre matérialisme, où germe en silence une jeunesse profondément nihiliste. Aiguisez les haches et que tremblent les Roulettenbourg, les Société générale, les Alexandre II !

    Merci pour cette série d’articles passionnants qui ont réussi à m’intéresser à un procès dont je me moquais, et qui semblait de plus incompréhensible. Les commentaires sont à la hauteur aussi.

    Commentaire par Fédor — 26/06/2010 @ 23:16

  9. Je souscris tout à fait à l’analyse développée dans le commentaire n° 4 : ce jeune homme s’est trouvé dans un jeu, sauf qu’il n’était pas virtuel, mais réel et qu’il ne jouait pas des haricots, mais des millions, voire des milliards d’euros. Et si la condamnation de J. Kerviel (même si elle n’est pas assortie de dommages et intérêts) m’apparaît comme très vraisemblable, elle servira peut-être de leçon aux banques, certes, mais aussi à ces petits génies de la finance qui oublient qu’ils « jouent » avec de l’argent qui ne leur appartient pas.

    Commentaire par Ouistiti — 27/06/2010 @ 00:27

  10. A celui qui a retiré tous ses comptes de la SG, un conseil : filez à la banque postale, les autres fonctionnent toutes de la même manière…

    Commentaire par Ouistiti — 27/06/2010 @ 00:31

  11. Bonjour chère Aliocha,

    Je suis revenu sur votre blog, pour y lire vos comptes-rendus du procès Kerviel, qui m’ont passionné, ainsi que les commentaires.

    Plusieurs choses m’ont frappé dans ce procès hors-normes…

    Tout d’abord, on n’a jamais évoqué, à ma connaissance, l’aspect contractuel des relations de la SocGen avec son subordonné… Dans une Entreprise de cette taille, on peut s’attendre à ce que son Contrat de travail définissait exactement ses responsabilités, ses objectifs et la hauteur des engagements qu’il était autorisé à prendre… Il semble que le plus grand flou régnait sur ces aspects fondamentaux, qui relevaient plutôt de la « tradition orale » et des petits arrangements entre amis… Si Jérôme Kerviel n’a pas donné son accord écrit sur ces points, je ne vois pas comment il peut se retrouver en correctionnelle…

    D’autre part, la SocGen avait consenti en 2007 un prêt de plus d’un milliard € à Jérôme Kerviel, pour combler le déficit de son compte de trading, en lui facturant des intérêts débiteurs journaliers, ceci bien avant la fameuse découverte de ses énormes positions… Comment la SocGen pouvait-elle, dans ces conditions, ignorer leur importance ? Ce premier milliard de pertes correspondait sans doute à plusieurs dizaines de milliards d’engagements…

    Lorsque le broker verse à son Agent un million € de bonus pour UN trimestre à son salarié, il est évident que ce bonus correspond à des engagements très importants de Jérôme Kerviel, que la SocGen ne pouvait ignorer, ce broker étant à l’époque sa propre filiale !

    Sans parler des nombreuses alertes allemandes, négligées par les N+x de Jérôme Kerviel, la SocGen devait également payer des « margin call » très importants sur les positions reportées… Cet argent est bien sorti des Caisses de la SocGen, avec une référence évidente à son trader…

    A aucun moment la SocGen n’était en situation de faire faillite, à cause de ces 50 milliards € d’engagements qu’elle ignorait soi-disant… Me Metzner a démontré que la situation serait devenue dangereuse à partir de 400 milliards €, selon les ratios pratiqués dans la profession…

    Par ailleurs, je suis très surpris que cette Banque de Dépôts puisse mélanger l’argent des Déposants avec des opérations hautement spéculatives… Les Clients, en cas de faillite, n’auraient (éventuellement) récupéré que 75.000 € tous comptes confondus par Déposant, qui représentent la garantie de l’Etat… A aucun moment avant ce procès, les Clients de la SocGen n’étaient conscients des risques qu’ils encouraient, ce qui constitue à leur égard un abus de confiance…

    Enfin, le véritable enjeu pour la SocGen dans ce procès est que si sa responsabilité est reconnue, elle devra acquitter 1,2 milliards € au fisc, au titre de l’impôt sur les bénéfices et qu’elle pourrait aussi s’exposer à des plaintes pénales d’actionnaires mécontents d’avoir été privés de dividendes…

    Le seul qui s’en sort bien dans cette affaire, c’est Daniel Bouton, qui a quitté la Banque avec une retraite-chapeau colossale, ce qui ne l’empêche pas de continuer à exercer d’autres fonctions par ailleurs…

    Je ne dirais pas que Jérôme Kerviel est « blanc-bleu », mais ses supérieurs sont loin d’être exempts de reproches…

    Attendons le verdict ! J’espère qu’il sera moins implacable que les réquisitions…

    Bien à vous !

    Aliocha : contente de vous revoir cher Ramses !

    Commentaire par ramses — 27/06/2010 @ 01:01

  12. Bonjour Aliocha,

    Bravo pour l’ensemble de vos billets sur l’affaire (et merci pour les liens hypertextes, j’ai remarqué :-)).

    J’espère bien que l’on aura l’occasion de vous retrouver en blogueuse chroniqueuse judiciaire, c’est un exercice dans lequel, à mon avis, vous excellez.

    Commentaire par Fantômette — 27/06/2010 @ 11:13

  13. Heureux de vous relire cher ramses! 😀

    @ Aliocha : un chroniqueuse judiciaire sérieuse peut elle être blonde et porter des talons hauts de 10 cm? 😉

    Aliocha : non, et c’est bien pour cela que j’ai troqué les escarpins contre les ballerines 😉

    Commentaire par Mussipont — 27/06/2010 @ 11:27

  14. Une petite précision pour Ramsès et pour tous ceux qui se demandent à juste titre comment la banque a pu prêter un milliard à un trader sans se rendre compte que cela signifiait une perte énorme, car je ne crois pas que la presse ait bien éclairci ce point, même si les témoins ont rabâché que « la trésorerie n’est pas le résultat ».

    Un trader peut parfaitement avoir un résultat positif (par exemple avoir gagné 5 millions) tout en étant obligé d’emprunter 100 millions à sa banque pour couvrir une trésorerie déficitaire. C’est une situation normale. Il suffit par exemple qu’il ait souscrit deux contrats : l’un où il est débiteur, et qui exige qu’il paye 100 millions aujourd’hui, l’autre où il est créditeur, et qui lui rapportera 105 millions la semaine prochaine. Pour honorer ses engagements il doit faire un « trou » de trésorerie immédiat de 100 millions, mais il détient toujours l’autre contrat qui est valorisé à 105 millions dans les comptes, même s’il ne sera payé que plus tard (en fait un peu moins car c’est actualisé au taux d’intérêt en vigueur). Au total, le trader affiche bien un résultat positif de 5 millions environ et le chef est content.

    Dans le cas de M. Kerviel, les choses étaient bien plus compliquées mais c’est le même principe, sauf que les contrats créditeurs étaient fictif, c’est-à-dire que le trader les avait introduits dans les systèmes alors qu’ils n’existaient pas, permettant ainsi de maquiller 100 millions de perte en 5 millions de gains. Notez qu’au début de la fraude c’était le contraire : M. Kerviel essayait de dissimuler les gains colossaux qu’il avait faits en entrant des contrats fictifs qui lui faisaient perdre de l’argent dans les comptes.

    Normalement les services de contrôle de la banque vérifient pour chaque contrat qu’il existe bien une contrepartie qui reconnaît l’avoir souscrit avec le trader — pas tant pour débusquer les fraudes que les possibles erreurs du trader qui peut par exemple se tromper sur le montant du contrat –, mais il était apparemment courant que cette vérification prenne un certain temps, en attendant quoi la position était marqué « pending ».

    Il n’en reste pas moins que ce genre de mouvements de trésorerie, étant donné le mandat limité de M. Kerviel, était suspect — même si j’ai été surpris d’apprendre récemment que dans ma banque, dont les activités de marché sont beaucoup plus modeste qu’à la Société Générale, il est arrivé (exceptionnellement) que des trésoreries de plusieurs milliards se constituent sur deux ou trois traders.

    Le caractère étrange de cette position de trésorerie ne permet ceci dit pas de conclure à des complicités internes : seuls les services de contrôle ont l’habitude de se poser des questions sur les mouvements anormaux, et ils avaient malheureusement aussi l’habitude de recevoir des réponses incompréhensibles à leurs demandes d’éclaircissement. De nombreux témoins ont expliqué qu’il était presque impossible de débusquer la fraude si on ne la cherchait pas, et je les crois très volontiers : les habitudes de mauvaise communication entre le trading et les services de risque étaient si ancrées qu’il aurait fallu créer des cellules de détection de fraude en permanence si on le faisait à chaque mouvement que l’on ne comprend pas bien. C’était une situation extrêmement dangereuse, et la Société Générale en a été a juste titre blâmée par la commission bancaire. D’ailleurs les choses ont un peu changé depuis deux ans. Mais il est beaucoup plus probable qu’il se soit agi de négligence que de complicité. Et d’ailleurs, au final, la fraude a bien été détectée, même si c’était avec plusieurs mois de retard.

    Commentaire par Qoheleth — 27/06/2010 @ 14:16

  15. Finalement cette affaire est si hors-norme, et les arguments des 2 parties qui s’opposent si contradictoirement cohérents que je me demande si la justice peut la juger !

    Aliocha : il le faudra bien car elle y est tenue 😉 Mais ce qui ressort de vraiment intéressant dans cette affaire, c’est ce que j’évoque régulièrement ici : nous vivons dans un monde si complexe qu’il est en passe d’échapper à la compréhension des politiques, des juges et des journalistes. C’est le triomphe de l’expertise, laquelle comme l’évoque magistralement la circulaire interne de la SG exhumée par Metzner, permet notamment de dissimuler les informations derrière la technicité. Lors de ce procès, il n’y avait que deux personnes qui comprenaient réellement de quoi elles parlaient, Jérôme Kerviel, et dans une moindre mesure car elle n’est pas trader, Claire Dumas, la représentante de la banque. Juges et avocats ont très bien bossé, ils maîtrisaient le vocabulaire, comprenaient les produits et les techniques, mais ils n’étaient jamais à l’abri d’un enfumage via la sortie d’un argument inédit, d’un mot incompréhensible etc….

    Commentaire par Oeil-du-Sage — 27/06/2010 @ 21:45

  16. D’ailleurs ça me rappelle ces très vieilles affaires des années 70 ou 80 dans lesquelles certains informaticiens malins chargés de l’informatisation des banques (déjà à l’époque !…) se faisaient virer sur un compte perso les millièmes de centimes restants et résultants des calculs financiers.
    Bon, là, il y a avait enrichissement personnel mais un client qui se fait « voler » 0,001 centimes (de francs), voire moins, ne va pas perdre son temps à poursuivre son voleur.

    Je crois que les condamnations consistaient surtout en des peines de Travaux d’Intérêt Général : travailler pour déceler ces pratiques pseudos-frauduleuses.

    JK mérite du TIG !

    Commentaire par Oeil-du-Sage — 27/06/2010 @ 22:03

  17. @ Qoheleth, com 15,

    En fait vous avez une accumulation d’indices qui ne colle plus avec la thèse du bon père de famille surpris par la fraude maligne de son trader.

    Si on saucissonne chaque indice, on peut toujours lui trouver une explication dans le domaine de la négligence, la difficulté technique, le blabla. Bon. Ca oui.

    Mais quand on les considère globalement, on a quand même un sentiment d’évidence: la banque se fout de notre gueule. Tout son système d’attaque reposait sur l’idée qu’elle ne savait pas ce qu’elle faisait de l’argent de ses déposants, mais qu’elle en avait juste une vague idée et que Kerviel pouvait la tromper dès lors qu’il savait comment marche le bazar (comme si la banque l’ignorait: elle nous prend vraiment pour des cons), ce qui est complètement décalé (il y a une très forte notion de décalage dans la thèse de la banque): un banquier ne doit JAMAIS jouer les dépôts de ses clients au casino. et s’il le fait, ce qu’il est d’accord.

    C’est une règle déontologique de base du banquier: ne jamais jouer les dépôts du client au casino. Mais la banque a argué de sa virginité. naïve. C’est touchant.

    Logiquement, tout le monde est allé chercher plus loin (sauf le parquet, mais il était dans sa mission).

    Je pense que la défense a bien joué sa partie.

    Maintenant, on verra bien.

    Commentaire par tschok — 28/06/2010 @ 15:58

  18. « …nous vivons dans un monde si complexe qu’il est en passe d’échapper à la compréhension des politiques, des juges et des journalistes. C’est le triomphe de l’expertise… ».

    Je pense plutôt qu’un excès de complexité et de technique permet justement de noyer le poisson pour masquer et protéger des intérêts et des avantages difficile à justifier aux yeux de tous.

    D’ailleurs ça me rappelle un de mes anciens patrons qui nous préconisait cette « technique » redoutable du « Je t’embrouille de technique pour mieux te vendre ma salade ». C’était dans le secteur de l’informatique et non de la salade, bien qu’il y ait surement des différences techniques entre une laitue, une batavia ou une frisée.

    Pour revenir au sujet, éviter de trop entrer dans la technique absconse permettrait de simplifier l’affaire JK-SG (je trouve que c’est mieux de mettre toutes les initiales pour ramener de l’équité) :

    – JK a-t-il menti et chercher à masquer ses actes : OUI, donc il a une responsabilité, voire une culpabilité

    – la SG a-t-elle menti et chercher à masquer ses actes : OUI, donc il a une responsabilité, voire une culpabilité

    Balle au centre !

    Pour faire un lien avec l’actualité, c’est un peu comme si après un mauvais match nul de foot on décidait de regarder la technique de jeux de chaque joueur et de chaque équipe pour décider du perdant…
    Ce serait pas gagné !

    Commentaire par Oeil-du-sage — 28/06/2010 @ 16:11

  19. J’ai vaguement entendu dire que Jérôme Kerviel avaient un vague lien de parenté avec un ministre du gouvernement… La SG aurait recruté ce pseudo-trader sur confusion des genres. C’est ce qu’on dit !

    Aliocha : Il a été recruté à la SG en août 2000. Je ne vois pas ce que l’actuel gouvernement vient faire là-dedans. Je sais que c’est dur à croire sur le web, mais Sarko n’est pas responsable de toutes les catastrophes en France.

    Commentaire par Oreille qui traine — 28/06/2010 @ 17:04

  20. « nous vivons dans un monde si complexe qu’il est en passe d’échapper à la compréhension des politiques, des juges et des journalistes. »

    Oui certes. Alors prenons une image, c’est à la mode en l’affaire de prendre une image, et comment faire autrement quand on n’y comprend rien ? que de se raccrocher à quelque chose qu’on connait et comprend, voici l’image : un explorateur avance en terrain inconnu, il ne compte pas voir un policier à chaque carrefour de la piste ni rencontrer un juge à chaque point d’eau, il sait que, si les autochtones lui décochent des flèches ou si un membre de l’équipe fait des bêtises, il ne pourra pas porter plainte contre eux, qu’il devra se débrouiller seul. En d’autres termes, la justice ne comprenant rien à ces produits financiers et leurs barrières activantes ou désactivantes, n’aurait-elle pas dû se déclarer incompétente ? A l’impossible nul n’est tenu ! Et, pour l’avenir, ne devrait-elle pas proclamer haut et fort, afin que les intéressés l’entendent, qu’elle ne peut pas les suivre sur les terrains financiers inconnus sur lesquels ils s’aventurent, que c’est à leurs risques et périls ?
    Soit ils restent dans des parages connus et la loi les protège, soit ils répondent à l’appel du grand large financier et elle ne peut plus rien pour eux…

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 28/06/2010 @ 17:54

  21. commentaire purement technique : Il manque un petit « retour à la page principale » à la fin des commentaires. 😉

    @19 : mdrrr. Vraiment excellent ^^
    Belle théorie du complot !!
    Balaise quand même à la SG : prévoir de recruter quelqu’un qui va les tromper, et pendant le procès 10 ans plus tard, il y aura au gouvernement un membre de la famille de cette recrue.

    Ce n’est pas spécialement compliqué quand on s’y plonge dedans. Le plus complexe dans un produits structuré en finance, c’est son élaboration.
    Acheter des devises ou des matières premières à l’avance permet de se projeter vers l’avenir de manière sereine : plus d’incertitude, le rêve en finance !!

    Commentaire par testatio — 28/06/2010 @ 18:10

  22. @Aliocha, 19
    C’est fou ce réflexe : dès qu’on parle d’un gouvernement qui pratique la confusion des genres, tout de suite on répond SARKO ! 🙂
    Je n’ai pourtant donné aucun indice, ni de date, ni de couleur politique…

    C’est comme le « Point Godwin » : maintenant il y a le « point Sarko », et c’est pas de la broderie. 😉

    Commentaire par Oreille qui traine — 28/06/2010 @ 22:01

  23. Pour Tschok commentaire 17.

    Votre position est raisonnable. Je n’ai aucune sympathie pour les activités spéculatives des banques, qui sont absolument malsaines.

    Malgré tout il faut préciser qu’une banque qui spécule ne joue pas l’argent de ses déposants, mais celui de ses actionnaires. Bien entendu, le déposant est créditeur de la banque et, si celle-ci fait faillite, il pourrait avoir de la peine à récupérer son dû. Mais marginalement, en-deçà de la liquidation de la banque, toute perte est imputée à l’actionnaire. Ce qui, je vous l’accorde, n’est pas une excuse.

    Pour l’accumulation d’indices que vous mentionnez, je reste peu convaincu, même si je vous suis lorsque vous parlez du bon père de famille, que la banque de marché de la Société Générale n’était évidemment pas.

    Il y avait clairement de la spéculation dans l’air, le mythe de l’argent qui se crée tout seul, des « coups » et des « martingales » sur lesquelles on fantasmait. C’est aussi cette ambiance délétère qui a permis la superfraude de Bernard Madoff qui, elle, a duré des années.

    Mais ces « martingales » n’étaient bien vues que tant qu’elles étaient conçues comme réellement sans risque. Je suis payé pour savoir qu’on n’a pas de rendement sans risque, mais le mythe de l’époque était qu’il existait des techniques, accessible à certains demi-dieux, qui permettaient de gagner à tous les coups (c’est encore le principe des Hedge Funds). Je me mets parfaitement à la place des chefs qui ont appris tout à coup que la technique magique de leur trader star consistait en fait tout bêtement à miser cinquante milliards. Les adjectifs superlativement insultants que notre hôtesse nous a rapportés en disent assez : quoi ? La super-technique pour gagner un milliard consistait simplement à multiplier par cent millions l’opération de l’investisseur lambda qui gagne dix euros en en investissant cinq cents ?? C’est débile !! C’est absurde !! Etc.

    Si on leur demandait ce qu’ils imaginaient à la place, ils seraient bien en peine de répondre. Cela ne s’imagine pas : c’est le domaine des demi-dieux… Vous pouvez trouver cela incroyable, mais j’ai trop rencontré ce fantasme persistant, cette formidable naïveté, chez des gens fort savants et haut placés, pour ne pas trouver les « N+ » tout à fait crédibles. Tout en maudissant leur manque de bon sens élémentaire.

    Quant à votre développement comme quoi la banque savait forcément ce qu’on faisait de son argent, je conçois qu’a posteriori la chose ait l’air énorme, mais je ne sais pas si vous vous représentez bien la taille des positions prises par une banque de marché dans le cadre de ses activités normales, c’est-à-dire non spéculatives. (Là je me remets en mode technique.)

    Disons pour simplifier qu’elle vend à ses clients une énorme quantité de contrats — je n’ai pas d’ordre de grandeur précis en tête, mais je pense qu’il peut facilement s’agit de milliers de milliards au total — et qu’elle achète la même quantité sur les marchés organisés ou interbancaires. Tous les gains et pertes sont donc répercutés sur les clients, qui sont consentants, ayant acheté les produits spécifiquement pour cela. La banque, elle, est normalement neutre ; en tout cas sa position globale (achat moins vente) est contrôlée par les fameuses « limites » dont il semble qu’elle n’existaient pas vraiment à la Société Générale à ce moment.

    Ce qui s’est passé avec Jérôme Kerviel, c’est qu’il a pris une position, je crois vendeuse — il a vendu cinquante milliards, qui sont venus s’ajouter aux milliers de milliards précité — et fait semblant de prendre des positions dans l’autre sens pour contrebalancer. Sauf qu’elles étaient fictives. Le déséquilibre portait donc sur une marge : dix mille et cinquante milliards d’un côté, dix mille et cinquante milliards de l’autre, mais dont cinquante sont fictifs. Tout cela sur des contrats qui se substituent très rapidement les uns aux autres, si bien qu’on a à peine le temps de contrôler l’un avant qu’un autre vienne le remplacer. Que cinquante sur des milliers puissent passer entre les contrôles ne me paraît pas invraisemblable, surtout si on les fait « tourner » assez rapidement.

    Vous trouvez cette situation malsaine et propice à la fraude ? C’est aussi mon opinion, et celle de la commission bancaire. Mais quand vous dites « la banque savait », on imagine un être angélique qui voit simultanément toute l’information disponible, les commissions touchées par le broker, les contrats marqués pending, les fluctuations de trésorerie etc. En réalité, tout cela est géré par tout un tas de services plus ou moins bien coordonnés entre eux ; le niveau de détail nécessaire à la détection de la fraude était tel qu’aucun être humain ne pouvait avoir connaissance des différents éléments en même temps.

    La seule chose faisable, qui a fini par être accomplie début 2008 mais aurait dû l’être bien avant, était de creuser une de ces anomalies isolées de façon suffisamment tenace pour arriver au fond… et y trouver un grand vide. Et c’est là qu’en dévidant la ficelle tout est venu. Et après un travail acharné permettant de réunir tous les éléments, la fraude saute évidemment aux yeux. Mais c’est comme le passage de la Wehrmacht par les Ardennes : c’est trop facile de dire après-coup que c’était évident.

    Commentaire par Qoheleth — 28/06/2010 @ 22:34

  24. Merci Aliocha de prendre la peine de répondre aux commentaires de façon si aimable. Comme vous avez bien plus que moi pu prendre la mesure du personnage (je n’ai même pas lu son livre), je vous concède volontiers l’intérêt que M. Kerviel a pu porter à la banque elle-même.

    Par contre je dois dire que contrairement à vous, et même si c’est terrible à dire, je trouve souhaitable sa condamnation. Des milliers de traders, qui ont tous eu la tentation, à un moment ou à un autre, de « spieler » en-dehors de leur mandat — le simple fait que cette expression existe et soit comprise de tout le monde de la finance est caractéristique de la profondeur du mal –, ont besoin qu’on leur dise qu’ils ont lapeuvent y laisser des plumes, au-delà de la perte possible de leur emploi, et qu’ils ne pourront pas se réfugier derrière la pression de leur employeur qui veut des résultats, ou le manque de contrôles.

    Mais j’espère également, avec vous, que cette éventuelle condamnation ne mette pas un point final à la réflexion publique sur les sources du mal et à la recherche d’autres responsabilités.

    Je dois toutefois au monde bancaire qui me nourrit de dire que j’ai déjà pu observer, de mon poste, que le chiffre même de la perte, bien plus que toute action réglementaire, judiciaire ou législative, a fait énormément de bien aux banques de marché : le contrôle de risque est maintenant considéré comme une composante à part entière du métier et non comme un parasite qu’il faut bien souffrir parce que c’est obligatoire ; la recherche de fraude et la remise en question sont tout à fait valorisés dans les discours.

    Il n’en reste pas moins que l’excroissance financière de l’économie est démesurée, et qu’il est urgent de rechercher des solutions pour éviter des dérives plus graves encore.

    Aliocha : Loin de moi la prétention de connaître ce garçon que je n’ai observé que de loin dans des circonstances exceptionnelles et dont je n’ai fait que lire le livre. Votre avis vaut donc bien le mien, je prétends juste relayer les éléments que j’ai à disposition. Sur son éventuelle condamnation, il est vrai que je l’observe à l’aune du conflit entre la banque et son ex-trader. Des deux il faut un coupable et un seul. L’homme ou le système. Et une poche au regard du risque de demande d’indemnisation, celle vide de JK, ou celle, pleine, de la banque. La deuxième alternative intéresse les salariés et les actionnaires, quoique de manière assez complexe et contradictoire. La première m’intéresse beaucoup car je continue de penser que si l’on désigne un bouc-émissaire on pourra refermer tranquillement le dossier. Et c’est bien le coeur de l’argumentation de la banque : nous fonctionnons parfaitement bien et avons été trahis par un individu particulièrement malveillant. Peu importe que la crise nous démontre tous les jours magistralement le contraire. Maintenant, sur le sentiment d’impunité des traders qu’une condamnation pourrait lever, je crains que l’attrait de l’argent et la fascination du jeu soient trop puissants pour céder face à la peur d’une éventuelle condamnation. Eternelle interrogation du droit pénal sur le caractère dissuasif de la sanction…Je préfère donc qu’on n’agisse sur le système, plutôt que de miser sur la sensibilité de chacun au risque de la prison. Plus généralement, j’aimerais croire que le contrôle des risques s’est amélioré, mais les débats sans fin sur l’interprétation de l’ordonnance du 8 décembre 2008, la responsabilité des membres du comité d’audit, le rôle des commissaires aux comptes, me font craindre le contraire. De même que la rebellion de l’AFEP et du MEDEF lorsque l’AMF décide de se mêler du gouvernement d’entreprise ou que le parlement s’empare de la composition des conseils d’administration. Et voyez comme l’Europe tergiverse à créer l’ESMA et à la doter de réels pouvoirs. Comme l’a souligné Jouyet, si les marchés n’avaient pas connu récemment une correction, tout le monde aurait crié à la sortie de crise et oublié les bonnes résolutions.

    Commentaire par Qoheleth — 28/06/2010 @ 22:50

  25. @Denis Monod-Broca, 20

    « …la justice ne comprenant rien à ces produits financiers […] , n’aurait-elle pas dû se déclarer incompétente ? […] Et, pour l’avenir, ne devrait-elle pas proclamer haut et fort, afin que les intéressés l’entendent, qu’elle ne peut pas les suivre sur les terrains financiers inconnus sur lesquels ils s’aventurent, que c’est à leurs risques et périls ? »

    Effectivement, ce serait une peine équitable pour tous si la justice se déclarait incompétente et déboutait toutes les parties qui s’opposent, car :

    – d’un côté il y a un jeune trader qui a joué avec le feu et qui s’est grillé à vie,

    – de l’autre une banque qui a édicter les règles d’un jeu dans lequel il n’y a pas de règle et qui crie maintenant « c’est pas du jeu »,

    tout ça sur fond d’un milieu financier qui prône le « no limite » et qui dit aujourd’hui « pas si loin quand même ».

    Bref, si la justice se désistait, chacun aurait de quoi faire son autocritique.

    Commentaire par Oeil-du-sage — 28/06/2010 @ 22:55

  26. @ OdS,

    La Justice ne peut refuser de trancher.

    Ce serait ce que l’on appelle un « déni de justice », et c’est rigoureusement prohibé.

    Article 4 du code civil :

    Le juge qui refusera de juger, sous prétexte du silence, de l’obscurité ou de l’insuffisance de la loi, pourra être poursuivi comme coupable de déni de justice.

    Il s’agira même d’une infraction pénale pour le magistrat considéré, réprimé à l’article 434-7-1 CP :

    Le fait, par un magistrat, toute autre personne siégeant dans une formation juridictionnelle ou toute autorité administrative, de dénier de rendre la justice après en avoir été requis et de persévérer dans son déni après avertissement ou injonction de ses supérieurs est puni de 7500 euros d’amende et de l’interdiction de l’exercice des fonctions publiques pour une durée de cinq à vingt ans.

    Ce n’est donc pas du tout une solution envisageable.

    Lorsqu’un tribunal s’estime insuffisamment éclairé pour juger d’une affaire, il lui reste la possibilité de demander des compléments d’instruction, des expertises complémentaires, etc… il ne peut pas « s’avouer vaincu », si vous voulez 🙂

    Les seules incompétences qu’un tribunal peut reconnaître, sont des incompétences matérielles (disons qu’en général à chaque litige correspond une juridiction) et géographiques.

    Commentaire par Fantômette — 29/06/2010 @ 12:32

  27. @ Qoheleth, com 23,

    Je vous suis complètement sur bien des points.

    Le point sur lequel je vous suis le plus volontiers est votre argumentation centrale: la mise en place par la banque d’un système potentiellement fraudeur où elle n’a pas nécessairement une vision nette de ce qui se passe, car il y a un grand nombre d’opérations, et les opérations frauduleuses peuvent être noyées dans un flux.

    Et vous rajoutez que la banque est sans doute sincère dans son aveu d’incompétence.

    Dès lors, elle était fondée à ne pas savoir.

    Tout cela est très vrai et c’est l’évidence même (sauf la conclusion).

    Mais ce n’est pas (plus ça en fait) ça le problème: le problème est que la banque a mis en place un système qui la rendait aveugle, tout à fait volontairement, dans le but de partager avec les autres acteurs du marché sa passion de l’argent.

    Vous analysez cette passion de l’argent comme un dérèglement collatéral, regrettable, mais comme quelque chose de parallèle à l’affaire, donc finalement comme un élément exogène.

    Mais non: c’est parce que la banque est passionnée par l’argent qu’elle a mis en place ce système qui, en réalité la rend aveugle. Consciemment aveugle: elle contrôle, mais elle ne voit rien parce qu’elle ne veut rien voir.

    La banque est eyes wide shut dans cette affaire.

    Elle l’est dès le départ, par choix conscient. Elle ne le devient pas, elle l’est ab initio.

    Et puis un jour il y a eu un Kerviel. Ca aurait pu être un autre. C’était qu’une question de probabilités: le « bon » facteur de risque rencontre la « bonne » situation à risques. Il suffisait d’attendre.

    L’évidence, c’était qu’il y avait une situation à risque. Peu vaut de dire « qu’à posteriori il est facile de s’en rendre compte » comme pour s’en dédouaner. C’est un discours de fumeur ou d’alcoolique.

    Non, on sait:il y a des situation à risques. Et c’est là que la banque nous prend pour des cons.

    Il faut distinguer les deux étapes: je me leurre, je suis sincère.

    Je me leurre: je roule à 140 km/H sur une route de campagne, la nuit, par temps de pluie (situation à risque que je provoque volontairement, sauf pour la pluie).

    Je suis sincère: franchement, j’ai été vachement surpris qu’au moment du freinage d’urgence que j’ai dû opérer pour éviter de percuter un obstacle, le corps de mon enfant ait percuté le pare brise et je suis totalement sincère en vous disant cela. D’ailleurs je pleure à grosses larmes sur son cadavre.

    De l’extérieur l’observateur regarde cela et se dit que le type est sincère donc qu’il peut pas mentir, et puis il a subi une perte, donc il ne faut pas être vache. Emporté par ce conditionnement mental, l’observateur oublie très facilement que le problème n’est pas là: dans mon exemple, je me suis menti. Par désir de vitesse, j’ai adopté un comportement objectivement inadapté: j’ai cru cru prendre 0 risque, alors qu’en réalité je faisais le plein de mes facteurs de risques. Je les accumulais.

    Le problème n’est pas dans la sincérité de la banque, du moins aux échelons N+: elle est dans le discours de l’alcoolique ou du fumeur ou du drogué ou du type qui trompe sa femme ou qui roule vite ou du joueur ou du délinquant qui se dit « je maitrise » dans un premier et puis qui, finalement, sombre.

    On est tous sincère quand il faut payer le prix: « je savais pas, je savais pas, j’ai pas voulu ça, pardonnez moi, snif, snif, vraiment je regrette, ah! Keske je regrette, si j’avais su, etc ».

    Mais nous, comme des ploucs, on adhère à l’idée judéo chrétienne selon laquelle sincérité = vérité = innocence, alors que c’est d’un con, mais d’un con comme c’est pas possible de le dire.

    Puisque vous êtes dans la partie, cette affaire, c’est quelque chose que vous connaissez très bien: c’est un cas pratique de la théorie des risques, avec une forte dose de passion humaine.

    En un mot, cette affaire c’est du jeu. Un jeu qui a mal tourné.

    PS: votre rapprochement avec la percée de Sedan par les chars de Guderian est très pertinente, mais peut être pas dans le sens où vous l’entendez. Figurez vous que d’une certaine façon, c’était un secret de polichinelle.

    En réalité, l’état major français avait pris la « décision » que les Ardennes étaient infranchissables par des tanks pour des raisons très complexes. Une drôle de décision dans une drôle de guerre(le problème étant que l’adversaire a pris, lui, une autre décision: il a décidé de franchir les Ardennes sans tenir compte de la position exprimée par l’état major français).

    Commentaire par tschok — 29/06/2010 @ 13:32

  28. @ Tschok : sssssssss (sifflement admiratif), z’êtes en forme au jourd’hui !

    vous savez à quoi ça me fait penser votre description de la prise de risque de la banque ? au TTR et au contrôle du respect des libertés individuelles par le Parquet, quand les proc ont décidé de se rendre eyes wide shut.

    Commentaire par jalmad — 29/06/2010 @ 14:04

  29. Aliocha, vous écrivez :
    « Mais ce qui ressort de vraiment intéressant dans cette affaire, c’est ce que j’évoque régulièrement ici : nous vivons dans un monde si complexe qu’il est en passe d’échapper à la compréhension des politiques, des juges et des journalistes. »

    J’avoue que je suis perplexe. La complexité du monde dont vous parlez n’est pas un fait nouveau, loin s’en faut. Entre les manœuvres d’un Jérôme Kerviel et celles qui faisaient la fortunes des grands patrons (le terme est exact, et choisi à dessein) de la Rome impériale, il y a une différence d’échelle mais pas de nature. Ce genre de chose semble d’ailleurs assez naturel à quiconque a une formation scientifique un peu poussée : les développements du XIXe siècle n’ont été que le dernier clou dans le cercueil refermé sur le mythe du savant universel, qui était déjà une utopie au XVIe siècle.

    Du coup, il est étonnant de constater à quel point l’illusion de pouvoir avoir une vision informée sur l’ensemble du monde a peu se perpétuer aussi longtemps. En d’autres termes, le monde n’échappe pas à la compréhension des politiques, juges ou journalistes, pour la bonne raison qu’ils n’ont jamais tenu que l’illusion d’une compréhension. Que cette illusion éclate maintenant me paraît une bonne chose : son entretien fait partie des vices régulièrement dénoncés chez les personnalités politiques, les journalistes et les intellectuels médiatiques. Il ne s’agit évidemment pas ici d’un plaidoyer en faveur des scientifiques ou autres experts : eux-même n’ont aussi qu’une vision très partielle, limitée à leur domaine de compétence. Et malheur à celui, fût-il talentueux, qui s’aventure hors de son champ de compétence, il s’expose au ridicule (que tout le monde n’est malheureusement pas formé à détecter, le succès des absurdités proférées par Stiglitz ces dernières années en est la preuve).

    Je vous prie donc de m’excuser pour le hors-sujet, mais il me semble qu’il y a là une question : ce procès marque-t-il, comme vous le dites, la nécessité de la réforme d’un système bancaire pour la seule raison que personne ne le comprend entièrement, ou sonne-t-il simplement le glas de l’idée qu’une construction sociale devrait être compréhensible par une seule personne ?

    Aliocha : vous n’êtes pas hors sujet, loin s’en faut puisque vous discutez d’un sujet qui m’obsède et qui me semble être une composante de cette affaire. La complexité a servi aux uns à dissimuler, aux autres à expliquer qu’ils ne pouvaient pas voir. Elle a obscurci les débats et donc les chances à mon sens que soit rendue une bonne justice, elle a tenu enfin le procès à l’écart de la compréhension du public et sans doute d’une bonne partie des journalistes. La complexification du monde n’est pas une idée jaillie de mon esprit surmené mais le leitmotiv des discours que j’entends toute la journée dans le monde de la finance. Prenons l’exemple de l’AMF, elle avoue aujourd’hui être confrontée à un défi inédit, celui consistant à suivre le 1,2 milliards d’ordres annuels passés rien que sur Euronext. Et cela ne va aller qu’en s’aggravant puisqu’on tend vers des délais calculés en nanosecondes. Peut-on admettre qu’un sujet de régulation échappe techniquement à la surveillance de son régulateur ? Il ne s’agit plus de Madame Michu revendiquant de pouvoir comprendre tout à la fois le fonctionnement d’un turbo warrant, les opérations nécessaires à un clonage réussi et la physique quantique. Nous sommes dans mon exemple face à un démembrement de l’administration mêlant spécialistes du secteur et personnalités indépendantes, un organisme spécialisé qui finit pas ne plus l’être suffisamment. Il me semble que ça pose problème et qu’on peut vraiment parler ici d’une complexification ingérable.

    Commentaire par Mathieu P. — 29/06/2010 @ 14:43

  30. @ Fantômette

    Oui, on le comprend, la justice une fois saisie ne peut pas ne pas juger. Et son éventuelle incompétence n’est pas de l’incompétence au sens usuel du terme, la justice est supposée être omnisciente, et il est supposé qu’il existe toujours une juridiction ayant les compétences voulues. Oui, mais en l’affaire ce n’était pas le cas. Et comment pourrait-ce jamais être le cas ? Les produits financiers sont inventés à un tel rythme que jamais aucune juridiction ne pourra suivre. C’est d’ailleurs bien là la nature exact du « jeu » : être plus malin et plus rapide que le concurrent dans l’élaboration de montages toujours plus complexes.

    C’est comme en bio-éthique : la loi et donc la justice sont à la remorque des techniques, toujours en retard, et en définitive soumises, vassales, y perdant leur âme.

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 29/06/2010 @ 15:11

  31. Ceci est un comm « cheveu sur la soupe » : rien à voir avec l’article, je cherche juste à vous joindre par mail pour vous inviter à une soirée débat (où l’anonymat pourrait être tenu). Vous avez mon mail. Si vous avez envie d’en savoir plus long, écrivez, et ce sera un grand plaisir de vous répondre !

    Commentaire par Caroline — 29/06/2010 @ 15:41

  32. @ Denis Monod-Broca,

    Vous allez un peu loin en disant que la Justice serait sensée être omnisciente.

    Ce n’est certes pas le cas, et aucune fiction juridique ne le prétend à ma connaissance. Au contraire, puisque précisément, c’est bien la raison pour laquelle, devant les juridictions pénales, aussi bien que civiles, les juges peuvent demander l’intervention de sachants – experts assermentés – qui seront précisément chargés de les éclairer sur les matières, parfois redoutablement techniques, au sein desquelles on leur demande d’intervenir.

    Ceci dit, votre vision de la loi est très romano-germanique.

    On peut avoir cette vision assez classique – et très idéologique – d’une loi qui doit toujours avoir été là, pour nous dire où nous tenir, où on en est. Faire ceci, pas faire cela, pas comme ceci, mais comme cela… Un modèle fixe, immanent et surplombant.

    On peut aussi envisager le Droit comme quelque chose qui se construit et s’équilibre au fur et à mesure, tantôt pour accompagner, tantôt pour venir contrarier un mouvement. (Je parle à dessein de Droit plutôt que de loi, car si la loi fait indubitablement partie du Droit, elle n’y est pas seule, et n’y tient pas toute la place. La jurisprudence, notamment, en fait partie.)

    Il s’agira là d’une vision un peu plus anglo-saxonne du Droit – la Common Law est aussi bien une matière juridique, que la procédure qui en gouverne l’application, et la méthode de sa propre élaboration. Elle s’élabore de bas en haut, et le fait de se trouver périodiquement dans l’obligation d’avoir à la créer ne plonge pas les juristes anglais dans l’angoisse si française du « vide juridique » dans lequel on tombe comme dans un puits sans fond.

    Cela dit, l’erreur consisterait précisément pour le législateur de vouloir toujours être à la page des techniques, des produits, des comportements.

    En l’espèce, et la remarque a déjà été faite sous un des billets de l’affaire Kerviel : à la complexité et à la modernité des opérations et produits financiers, à la complexité et la modernité des systèmes qui les créent, les utilisent, et (supposément) les encadrent, répond le grand classicisme des infractions poursuivies (2 sur 3 du moins).

    Le faux et l’abus de confiance – s’ils ont évidement vu leur définition évoluer avec le temps – sont des infractions qui, sauf erreur de ma part, sont toutes deux issues du droit romain. Elles existaient dans le code napoléonien.

    La loi n’est la vassale des techniques que si elle se donne pour objectif de les décrire.

    Or, je ne crois pas qu’elle en ait besoin aussi souvent qu’on le prétend.

    Commentaire par Fantômette — 29/06/2010 @ 16:15

  33. Je viens de découvrir le blog de l’un des avocats des salariés actionnaires, c’est ici : http://valeanu.com/blog/index.php?post/2010/06/07/Proces-Kerviel

    Commentaire par laplumedaliocha — 29/06/2010 @ 17:37

  34. oho Jalmad, alerte.

    Là on ne parle plus des déposants ni des actionnaires.

    On parle des ordonnances gaullistes, vous savez, celle qui sont entrées dans la mythologie du droit et la façon dont on s’est fait baiser là dessus.

    Pas compatible avec la façon de voir actuelle.

    Commentaire par tschok — 29/06/2010 @ 17:50

  35. les ordonnances gaullistes c’est deux ovni: l’intéressement ou la participation aux fruits de la croissance.

    C’est pas dans le schéma du bosser plus pour gagner moins avec des flics habillés comme des soldats et des ministres à 12.000 euros la boite à cigares.

    Pas du tout.

    Commentaire par tschok — 29/06/2010 @ 18:07

  36. @ Tschok : com 35 : à défaut d’avoir compris (les ordo gaullistes, je vois, mais l’intéressement ou la participation aux fruits de la croissance : ?????), je crois que je situe désormais mieux l’heure de la journée à laquelle vous attaquez la cravate en chanvre….

    Commentaire par jalmad — 29/06/2010 @ 18:25

  37. @ Fantômette

    Merci pour cette longue, compréhensive, et très compréhensible, réponse.

    Je raisonne sans doute plus en moraliste qu’en juriste.

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 29/06/2010 @ 18:37

  38. @ Jalmad,

    Vers la fin. Pfiooou.

    (Oh? vous connaissez pas les ordonnances gaullistes?)

    Tiens c’est marrant, ça.

    Comment on vous a formé la dessus?

    C’était relatif au partage de la valeur ajoutée. Vous avez pu constater par vous même que le sujet demeurait central (Augustissime est sorti de son antre précisément à ce sujet et il n’est pas le seul: l’idée que seul l’actionnaire assume la perte en fait bander plus d’un).

    On vous a rien appris là dessus à l’ENM? (je regarde le plafond avec un air de soupçon).

    Allons! Un sujet sur lequel les hommes bandent est forcément documenté.

    Et vous, les nouvelles jésuites, vous êtes forcément au courant.

    Non? Ou je me goure complètement?

    Après tout il n’est pas exclut que vous soyez une forme plus évoluée de la liberté. Qu’en pensez-vous?

    Commentaire par tschok — 29/06/2010 @ 18:54

  39. @ Tschok : non, on n’apprend rien à l’ENM là-dessus (et je plaisante pas !), ou du moins, pas à mon époque. Maintenant, les ordonnances gaullistes, je vois, mais le rapport avec le partage de la valeur ajoutée, j’avoue qu’il me paraît ténu…peut-être suis-je en effet assez réfractaire à ce genre de notion, malgré que ça puisse avoir un effet pas inintéressant sur une partie de la population (et pour tout vous dire, chez moi, « valeur ajoutée » ça résonne marxiste plutôt que gaulliste, mais bon…).

    Commentaire par jalmad — 29/06/2010 @ 19:22

  40. Visiblement le combat d’une grande banque (forcément méchante) contre un homme jeune, ténébreux et seul (forcément faible et attendrissant) suscite des réactions qui n’ont plus rien de rationnel. Mais qui sont difficilement excusables. Si on pouvait au début du procès considérer que la banque avait des choses à cacher, qu’elle ne pouvait pas ne pas savoir ou qu’elle a poussé ses traders au crime, ce n’est plus sérieusement soutenable.

    Aliocha : Ainsi donc, ne pas partager votre opinion serait inexcusable ? Seriez-vous banquier, Cher Augustissime, ou jouez-vous ici votre rôle habituel de poil à gratter qui s’ignore ?

    Question : La banque savait-elle que Kerviel jouait des montants excédant largement les limites autorisées ?

    Réponse : Aucun témoignage ou fait matériel ne vient sérieusement étayer cette hypothèse, qui a été démentie de manière concordante par de nombreux témoins. Le management de Kerviel était composé de personnes à qui l’on peut prêter autant de défauts que l’on veut, mais qui étaient tout de même des financiers professionnels. L’hypothèse selon laquelle ils auraient détecté une exposition non couverte de plusieurs centaines de millions et n’auraient rien dit n’est fondée sur aucun élément probant ; elle vient en contradiction avec la conception de leur métier que ces professionnels ont exposée unanimement. Contrairement à une image trop répandue, le trading ne consiste pas à jouer au loto avec l’argent de la banque.

    Aliocha : Ah ? Taouffik Zizi a dit que tout le monde savait qu’il gagnait beaucoup d’argent. Declerck avait compris en 2005 qu’il avait fait des opérations sans l’aval de son supérieur hiérarchique et l’avait engueulé tout en relevant ses autorisations et ses objectifs. La prof de Paris 2 est venue témoigner que tout le monde forcément savait. L’inspecteur de la commission bancaire a dit que les techniques utilisées par Kerviel n’étaient pas compliquées et auraient dû être repérées. Sur les faits que vous jugez absents, je vous renvoie aux compte-rendu intégraux des débats par mes confrères qui évoquent les appels de marge, les écarts, les alertes, les mails des services de contrôle etc. C’est peu me direz-vous ? Oui, en effet, mais c’est beaucoup si l’on daigne se souvenir que tous les témoins sont des salariés de la banque qui ne veulent pas perdre leur job, ou des ex-salariés qui ont transigé sur de jolies indemnités, ou encore des gens qui n’ont aucun intérêt à se mettre la banque à dos.

    Question : La banque pouvait-elle ne pas voir les mouvements financiers de Kerviel et notamment leurs conséquences sur sa trésorerie ?

    Réponse : Le dispositif de contrôle de la banque, clairement insuffisant, ne permettait pas de détecter la fraude : Kerviel compensait ses opérations réelles par des opérations fictives, trompant les contrôles limités au solde entre ces différentes opérations, la banque ne contrôlait pas les montants bruts des engagements, elle ne faisait qu’un bouclage imparfait de la trésorerie (qui n’est pas le résultat, faut-il encore l’expliquer).Si le système de contrôle de la banque n’était pas défaillant, il n’y aurait pas eu d’affaire Kerviel.

    Aliocha : En effet, mais pas seulement. Il aurait fallu aussi une hiérarchie vigilante, qui se demande d’où venait l’argent au lieu de se contenter de calculer ses demandes de bonus au vu des résultats extraordinaires engrangés par son trader vedette. Celui qui faisait un Paris-Nice en 2h30 et dont tout le monde faisait semblant de croire que, bien entendu, il respectait les limitations de vitesse.

    Question : La banque s’est-elle tue tant que Kerviel gagnait de l’argent ?

    Réponse : La banque a réagi alors que Kerviel gagnait de l’argent.

    Aliocha : parce que soudain les montants l’embarrassaient au regard des fonds propres et donc du gendarme.

    Question : La banque a-t-elle causé les pertes en débouclant n’importe comment les positions de Kerviel ?

    Réponse : La banque ne pouvait pas ne pas déboucler, pour des raisons réglementaires. Et un débouclage plus tardif aurait pu aggraver les pertes au point de couler la banque.

    Aliocha : Tiens, vous en savez plus que la SG elle-même sur ce coup-là.

    Question : Metzner a dit que le risque commençait à 400 milliards.

    Réponse : Il a raconté n’importe quoi.

    Question : La banque est-elle responsable de ce qui lui est arrivé ?

    Responsable : Elle a été négligente et, en tant que telle, elle est blâmable. Mais une victime négligente (qui n’a pas fermé sa porte) n’en est pas moins une victime (du cambrioleur). Etre négligent n’est pas un délit. La victime négligente et le délinquant ne sont pas quitte, et le juge ne doit pas les considérer comme également condamnables.

    Aliocha : oublions l’exemple trop facile du cambrioleur utilisé par le parquet voulez-vous et observons par exemple la responsabilité du chef d’entreprise en cas d’accident du travail, ou celle du maire lorsque survient un accident sur sa commune, ou bien encore le fameux « il ne pouvait pas ne pas savoir » qu’oppose régulièrement aux dirigeants de société l’AMF dans les dossiers de fausse information financière. Si, il y a des négligences coupables.

    Question : Kerviel sera-t-il condamné ?

    Réponse : Oui, ne serait-ce que parce qu’il a reconnu une partie des faits.

    Aliocha : il a reconnu des fautes professionnelles dans le cadre de ce qui aurait dû rester un litige de droit du travail. Et c’est bien ainsi d’ailleurs que la SG le présente dans son communiqué du 24 janvier. La plainte initiale a été déposée par un avocat des minoritaires, Frederik-Karel Canoy, dès la publication du communiqué et ce n’est qu’ensuite que la banque a porté plainte. Elle avait pourtant eu le temps d’y penser entre le lundi 21 janvier et le jeudi 24.

    Question : Qui a perdu de l’argent dans l’histoire ?

    Réponse : Les actionnaires principalement. Dans le système capitaliste, les bénéfices vont avant tout aux actionnaires et les pertes viennent réduire leur patrimoine. Les salariés et les clients ne sont concernés que de manière subsidiaire, si par exemple la banque a gelé les salaires ou si elle a tenté d’augmenter (un peu) ses prix (difficile quand on a des concurrents).

    Aliocha : les salariés ont perdu 70% de leur épargne.

    Question : Cette affaire est-elle le symbole d’un système devenu fou ?

    Réponse : Il faut arrêter de faire des ratatouilles en mélangeant tous les sujets. On peut penser que le système est critiquable. Il l’est sans doute d’ailleurs, sur la rémunération des traders, qui est délirante, ou sur l’adossement des activités d’investissement et de dépôt, qui permet aux banques de prendre des risques sans risquer la faillite. Mais l’affaire Kerviel est avant tout une fraude, elle ne résulte pas d’un comportement attendu par la banque. On ne peut pas condamner un système parce qu’un fraudeur en a, précisément, violé les règles.

    Aliocha : Objection, cher Augustissime. Vous pourriez dire cela s’il avait alimenté un compte en Suisse avec ses gains. Les fraudes ont toujours pour objectif un enrichissement personnel. Or ici tout le monde s’accorde, y compris le parquet, à dire que ce n’est pas le cas. C’est bien ce qui donne une connotation très spéciale au dossier. Plus généralement, il y a dans cette affaire une course au fric qui frôle la démence tant elle est déconnectée de la réalité, des systèmes de contrôle interne parfaitement défaillants, des responsables qui ne sont responsables de rien mais qui touchent les bonus et vous me dites que ça n’a rien à voir avec la crise ? Allons, soyons sérieux, voulez-vous ou alors, organisons un apéro mondial via Facebook et trinquons à la prochaine crise, ineluctable, qui emportera tout sur son passage.

    Commentaire par Augustissime — 30/06/2010 @ 00:22

  41. @ aliocha

    Je ne suis pas d’accord avec vous : il se trouve que Kerviel n’a effectivement pas eu d’avantage personnel, mais c’est parce qu’il a été découvert, sinon, il visait bel et bien un avantage personnel, en l’occurrence un gros bonus (300 000 €) qu’il aurait peut-être touché si sa main n’était pas apparue dans le pot de confiture !

    Une question aussi : quelqu’un ici s’est-il demandé qui avait financé son plan com et sa défense de luxe, un grand maître du barreau, qui ne doit pas être à la portée d’un Kerviel à 2 300 € par mois ?

    Aliocha : à chacun sa conviction, nous sommes dans l’indémontrable, mais pour moi, ce n’était pas le moteur. Sa défense ? Selon mes informations, elle est gratuite, de même que sa communication. C’est assez cohérent avec les habitudes en la matière. Le procès médiatique est passionnant et il offre par ailleurs une visibilité source de profits ultérieurs.

    Commentaire par Arlequin — 30/06/2010 @ 09:46

  42. @ Arlequin,

    A propos de ce bonus, justement, il y a une chronologie à garder en tête. Sauf erreur de ma part, il demande d’abord un bonus du double, soit 600.000 euros. Il excipe pour cela de gains dont tout le monde doit pouvoir concevoir qu’il n’a pu les réaliser en restant dans les clous de la pseudo limite des 125.00 millions d’euros. La banque négociera son bonus à la baisse, en le fixant à 300.000 euros. En d’autres termes, il apparaît qu’après avoir pris Kerviel la main dans le pot de confiture, on lui demande simplement de ne pas en prendre plus de la moitié. Pas précisément l’attitude de quelqu’un qui tient beaucoup à l’intégrité de son pot à confiture.

    Commentaire par Fantômette — 30/06/2010 @ 10:11

  43. @ Arlequin :

    Apparemment, et pour la première, Metzner a accepté de défendre Kerviel gratuitement. Pour le plan com’, je ne sais pas, mais son livre doit bien remplir les caisses de l’éditeur qui lui a mis le grappin dessus (échange de bon procédé),étant donné que les ventes de livres se font maintenant plus sur ce genre de document (témoignages, affaires, biographies, etc.) que sur Dostoievski.

    Aliocha : mais Dostoievski se vendra encore dans mille ans 😉

    Commentaire par Gwynplaine — 30/06/2010 @ 10:19

  44. Mais ma pauvre Aliocha, dans mille ans le livre n’existera plus voyons 😦

    Aliocha : Pft 😉

    Commentaire par Gwynplaine — 30/06/2010 @ 11:51

  45. @ Aliocha, d’après les miennes, tant sa com que son avocat ne sont pas gratuits, certains étant bien contents de mettre un caillou dans la chaussure de la SG…

    Aliocha : tiens, c’est nouveau la théorie du complot.

    Commentaire par Arlequin — 30/06/2010 @ 12:17

  46. Oh, je ne vois nul complot là dessous… , juste au fait que les ennemis de mes ennemis sont mes amis…, car hélas, sauf les restaurants du cœur ou encore l’armée du Salut, rien n’est plus gratuit dans ce bas monde, seuls les naïfs y croient encore…

    Aliocha : je préférerais qu’on évite d’avancer des éléments dont on n’a pas la preuve.

    Commentaire par Arlequin — 30/06/2010 @ 12:49

  47. Plus je lis les commentaires, les explications et les réflexions des uns et des autres, moins je vois de bon sens dans cette affaire !

    – Le problème de la technique dans la finance : « trop complexe pour que la justice y comprenne quelque chose » ; c’est comme si on demandait de comprendre le fonctionnement d’une horloge pour dire si l’heure est juste.

    – Tout semble reposer sur le fait que la banque ait été au courant ou pas des manoeuvres de JK ; c’est comme si on cherchait à savoir si la direction d’une entreprise du bâtiment dont un immeuble s’est écroulé était au courant du mauvais dosage du ciment que l’un des maçons avait préparé.

    Vu les versions pseudo-technico-abracadabrantesques des uns et des autres, j’ai l’impression qu’un simple stagiaire qui bidouille un ordinateur de l’entreprise aurait pu arriver au même résultat !

    Au fait, il y a des stagiaires en salles de marchés à la SG ?… 😉

    Commentaire par Oeil-du-sage — 30/06/2010 @ 13:49

  48. …pour faire un lien avec d’autres catastrophes, j’ai vraiment l’impression qu’aujourd’hui, plus une catastrophe est gigantesque et la responsabilité lourde, plus on ira chercher cette responsabilité au bas de l’échelle.

    Bientôt, pour expliquer un crash d’avion de ligne on soupçonnera l’équipe du ménage de la salle d’attente tout en débattant sur la compréhension des mécanismes internes au turboréacteur !

    Au fait, l’équipe de ménage à la SG, a-t-elle accès aux salles de marchés ?… 😉

    Commentaire par Oeil-du-sage — 30/06/2010 @ 14:01

  49. Aliocha : Declerck avait compris en 2005 qu’il avait fait des opérations sans l’aval de son supérieur hiérarchique et l’avait engueulé tout en relevant ses autorisations et ses objectifs.

    Vous l’écrivez vous-mêmes : il l’avait engueulé. Il ne lui avait pas demandé de répéter et d’amplifier son comportement. La banque savait que ses traders dépassaient un peu les limites, surtout en intraday, elle avait repéré un comportement fautif de Kerviel, qu’elle n’avait pas suffisamment sanctionné. Mais de là à dire qu’elle savait qu’il avait pris des positions directionnelles de plusieurs dizaines de milliards, il y a un saut dans la spéculation que rien ne vient étayer.

    Aliocha : La prof de Paris 2 est venue témoigner que tout le monde forcément savait.

    C’est une opinion, pas un témoignage. Elle n’a rien vu, rien entendu et n’a réalisé aucune expertise sur le sujet. Cela vaut ni plus ni moins qu’un avis de café du commerce.

    Aliocha : L’inspecteur de la commission bancaire a dit que les techniques utilisées par Kerviel n’étaient pas compliquées et auraient dû être repérées.

    Encore une fois, vous l’écrivez vous-même : « auraient dû ». Ce qui veut précisément dire qu’elles ne l’ont pas été.

    Aliocha : Sur les faits que vous jugez absents, je vous renvoie aux compte-rendu intégraux des débats par mes confrères qui évoquent les appels de marge, les écarts, les alertes, les mails des services de contrôle etc. C’est peu me direz-vous ?

    Merci, j’ai tout lu, tout indique que la banque aurait dû savoir, rien n’indique qu’elle savait.

    Aliocha : Oui, en effet, mais c’est beaucoup si l’on daigne se souvenir que tous les témoins sont des salariés de la banque qui ne veulent pas perdre leur job, ou des ex-salariés qui ont transigé sur de jolies indemnités, ou encore des gens qui n’ont aucun intérêt à se mettre la banque à dos.

    Je me suis moi aussi posé la question de la sincérité des témoins. Mais il y a tout de même un beau consensus, de la part de témoins qui sont dans des rapports variés avec la banque (salariés, ex-salariés, régulateurs, etc.). Difficile d’imaginer que tout le monde ment et que les enquêteurs n’ont rien détecté (pas le moindre mail montrant que quelqu’un savait). Le complot est peu plausible.

    Aliocha : Celui qui faisait un Paris-Nice en 2h30 et dont tout le monde faisait semblant de croire que, bien entendu, il respectait les limitations de vitesse.

    L’analogie avec le Paris-Nice ne veut évidemment rien dire : si les faits étaient si simples et si flagrants, il n’y aurait pas besoin de contrôleurs dans les banques.

    Aliocha[La banque a réagi alors que Kerviel gagnait de l’argent]. parce que soudain les montants l’embarrassaient au regard des fonds propres et donc du gendarme.

    Comment pouvez-vous écrire cela ? Les montants engagés mettaient depuis bien longtemps la banque en infraction. Ils avaient déjà présenté à certains moments des pertes latentes vertigineuses. Comment peut-on même imaginer que la banque savait depuis le début et que, « soudain », elle s’est dit « trente milliards, no problem, mais cinquante c’est un peu trop. Allons donc, après avoir risqué la faillite (et le licenciement, et la prison) tous les jours depuis des mois, perdons quelques milliards (et nos jobs) en débouclant en catastrophe la position de notre trader favori ». Franchement, ce scénario relève de la farce.

    Aliocha : Tiens, vous en savez plus que la SG elle-même sur ce coup-là (débouclage tardif).

    Référez-vous à l’évaluation qui a été faite de la valorisation des positions de Kerviel après le débouclage.

    Aliocha : observons par exemple la responsabilité du chef d’entreprise en cas d’accident du travail, ou celle du maire lorsque survient un accident sur sa commune, ou bien encore le fameux « il ne pouvait pas ne pas savoir » qu’oppose régulièrement aux dirigeants de société l’AMF dans les dossiers de fausse information financière. Si, il y a des négligences coupables.

    Seulement celles qui sont explicitement prévues par la loi, qui punit par exemple la violation délibérée d’une obligation de sécurité. Je ne vous ferai pas l’injure de vous rappeler qu’en matière pénale la loi est d’interprétation stricte. Le fait de ne pas bien encadrer le boulot de ses traders n’est pas une infraction pénale.

    Aliocha : les salariés ont perdu 70% de leur épargne.

    Les salariés en tant qu’ACTIONNAIRES, pas en tant que salariés. S’ils avaient placé leur épargne sur un livret A, ils n’auraient pas perdu.

    Aliocha : Les fraudes ont toujours pour objectif un enrichissement personnel.

    Non, elles peuvent être motivées par l’envie de nuire, la soif de célébrité, la volonté d’obtenir le prix Pulitzer, etc.

    Aliocha : Plus généralement, il y a dans cette affaire une course au fric qui frôle la démence tant elle est déconnectée de la réalité, des systèmes de contrôle interne parfaitement défaillants, des responsables qui ne sont responsables de rien mais qui touchent les bonus et vous me dites que ça n’a rien à voir avec la crise ?

    Les responsables de rien ont été virés, tout de même.

    Mettre tout ceci dans un grand sac moralisant (la course au fric, diantre, comme si ce n’était pas l’objectif éternel des entreprises) n’est pas une démarche constructive. La crise a peut-être certaines causes liées au comportement du secteur bancaire, la croissance passée lui devait sans doute aussi quelque chose : le tout est de dégager des causes précises à ce qu’on estime être des défaillances et de ne pas en rester à des généralités hasardeuses reflétant surtout les préjugés ambiants.

    Aliocha : Seriez-vous banquier, Cher Augustissime ?

    Et pourquoi pas journaliste, pendant que vous y êtes ? Restez courtoise, je vous prie.

    Aliocha : Ah cher Augustissime, vous argumentez comme pompent les Shadocks, ça m’enchante. Mais ça m’épuise aussi. Souffrez que je ne rejoue pas avec vous les 3 semaines d’audience. Et ne soyez pas vexé à l’idée que j’aurais pu vous traiter de journaliste, cela ne me serait jamais venu à l’esprit. Il faut notamment être capable d’évoluer dans sa perception d’un sujet pour être journaliste, et sur ce terrain-là, vous êtes au-dessus de tout soupçon 😉

    Commentaire par Augustissime — 30/06/2010 @ 14:02

  50. @ Aliocha, commentaire 46 : Avez-vous la « preuve » que la Société générale savait et laissait faire ???

    Commentaire par Arlequin — 30/06/2010 @ 14:12

  51. « Merci, j’ai tout lu, tout indique que la banque aurait dû savoir, rien n’indique qu’elle savait. »

    C’est bien ce que je lui reproche : elle aurait dû savoir et elle ne savait pas. Personnellement, je préfère encore avoir à faire à un banquier qui joue ou laisse jouer sciemment avec mon fric qu’a une bande d’incompétents irresponsables tels qu’ils se sont eux-mêmes présentés.

    « la course au fric, diantre, comme si ce n’était pas l’objectif éternel des entreprises »

    Les entreprises résumées à la « course au fric », c’est assez récent comme mentalité.

    Commentaire par lambertine — 30/06/2010 @ 14:57

  52. @ Augustissime, com 40,

    « Contrairement à une image trop répandue, le trading ne consiste pas à jouer au loto avec l’argent de la banque. »

    Kerviel ne devait pas être au courant, dites donc.

    C’est con, hein?

    Kerviel se baladait dans la rue et il a trouvé une image répandue. Il l’a mise dans sa poche. Et puis un jour il est allé au boulot avec et il a franchi tous les contrôles de sécurité avec son image trop répandue dans la poche.

    Incroyable, non?

    Aliocha : je vous savais avocat, dramaturge, maître de l’éloquence, je vous découvre poète…Mazette !
    (mode off : ceux qui ricanent au fond de la salle seront privés de Danette jusqu’au jugement dans l’affaire Kerviel, soit le 5 octobre. La sanction ne sera levée qu’en cas de relaxe pure et simple. A bon entendeur…)

    Commentaire par tschok — 30/06/2010 @ 16:26

  53. Comme disait Laurent Schwartz: « Savoir, c’est chercher à savoir ».

    Ce que la banque n’a manifestement pas fait ou pas assez fait.

    Il ne s’agit d’ailleurs pas de l’accuser, la banque, ce n’est pas elle qui est poursuivie, il s’agit de défendre l’accusé, Kerviel.

    Tout accusé a le droit d’être défendu.

    Toutes les mesures prises depuis le cataclysme Kerviel, à la Société Générale comme dans toutes les banques du monde semble-t-il, montrent bien que la sécurité n’était pas alors assurée, que le simple contrôle de ce qui se passait dans la salle des marchés n’était pas alors assuré. Cela n’efface pas les fautes de Kerviel et il les reconnait, mais cela les relativise et à mes yeux justifie qu’on les qualifie de fautes professionnelles.

    Kerviel serait-il, s’il est condamné, le bouc émissaire d’un système devenu fou ? Autrement dit porterait-il, lui seul, le poids d’une faute collective ? faute à laquelle il aurait participé mais pas seul. Je crois que cela y ressemble fort.

    Je crois effectivement que le système est fou : des échanges virtuels se multipliant à l’infini, des milliards de millirds de dollars échangés chaque jour, des produits financiers de plus en plus sophistiqués au point d’échapper à l’entendement commun, des programmes automatisés d’achat et de vente, des réactions à la nanosecondes, des achats qu’on ne paye pas, la vente de ce qu’on ne détient pas, des bonus en millions de dollars, une position de 50 milliards de dollars prise en quelques clicks dans une salle des marchés des plus réputées… et tout cela pour quoi ? pour quel bien commun ? j’aimerais qu’on me le dise, oui je crois que le système est fou et que tous ses acteurs, nous tous, en ont plus ou moins conscience sans se l’avouer vraiment et que c’est bien agréable de montrer du doigt un individu et de proclamer: : « lui, il est coupable ! », « lui, c’est un affreux ! », « lui, il doit être condamné ! »

    Cette condamnation rassurerait beaucoup de gens, à commencer par les dirigeants de la Société Générale, mais elle serait, je crois, injuste en ce qu’elle serait la condamnation d’un seul, aussi coupable soit-il, pour une faute commune.

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 30/06/2010 @ 17:09

  54. @Aliocha : (réponse de votre réponse sur le post 40)
    « Tiens, vous en savez plus que la SG elle-même sur ce coup-là. »

    C’est purement une question de bon sens. En prenant connaissance de ces positions, la banque avait l’obligation reglementaire d’annoncer ces positions aux marchés.
    Le marché aurait donc déduit du manque de fonds propres de la SG, et donc de son obligation d’augmentation de capital ou de débouclage en douceur. Ils auraient donc tout créer des produits struturés dérivés avec sous jacent l’action SG (par exemple), avec une prévision à la baisse (10/20%) sous 2/3 mois (il fallait régler les problème pour la SG avant la publication suivante : fin mars). tout le monde aurait donc eu intéret à ce que l’action SG baisse, et je peux vous dire que là, c’est la curée des vautours. Et en effet, la SG aurait fait faillite, pendant que tout les autres acteurs se serai gaver sur leur dos.

    Aliocha : possible, mais ce n’est pas à cela que je répondais, c’était à la deuxième phrase sur le débouclage et la faillite, je ne l’ai pas trouvée très convaincante sur le découclage ni sur le risque de faillite.

    Commentaire par testatio — 30/06/2010 @ 18:16

  55. @Aliocha
    « Il faut notamment être capable d’évoluer dans sa perception d’un sujet pour être journaliste, et sur ce terrain-là, vous êtes au-dessus de tout soupçon. »

    Figurez-vous qu’au départ, j’avais quelque sympathie pour Kerviel et qu’il m’apparaissait tellement étonnant qu’une telle fraude pût passer inaperçue que je soupçonnais la banque d’avoir poussé ses traders à prendre des risques sans bien mesurer jusqu’à quel point ils allaient. Une espèce de laxisme institutionnalisé, en quelque sorte, qui aurait rendu Kerviel coupable seulement de faute professionnelle, comme l’indique Denis Monod-Broca.

    Le procès est passé par là et a modifié mon opinion… mais pas la vôtre, malgré l’infinie souplesse de votre esprit de journaliste Gibi.

    Aliocha : et il ne vous vient pas à l’esprit que le procès a pu passer partiellement à côté de l’affaire ? Les quelques intervenants que j’ai interrogés m’ont dit que les débats étaient restée en surface, ce qui est également mon avis. Kerviel a soutenu que la banque savait, la banque a rétorqué qu’elle ne savait pas. Un partout la balle au centre. Par conséquent, la banque a sans doute moins tort depuis que vous avez entendu sa défense, – bravo à ses conseils – ce n’est pas pour autant qu’elle a raison.

    Commentaire par Augustissime — 30/06/2010 @ 22:08

  56. Jean-Pierre Mustier, le supérieur de Kerviel qui avait expliqué lors de l’audience que le rapporteur de son dossier de manquement d’initié devant le gendarme de la bourse avait demandé sa mise hors de cause, vient d’être sanctionné à hauteur de 100 000 euros par l’AMF pour manquement d’initié (et non pas délit d’initié comme indiqué dans l’article, c’est la même infraction sauf que le délit relève de la justice pénale (violation du code pénal) alors que le manquement (violation du règlement général de l’amf) est de la compétence de l’amf, étant précisé que la justice peut poursuivre des personnes déjà sanctionnées par l’AMF pour les mêmes faits).
    L’article : http://www.lefigaro.fr/societes/2010/06/30/04015-20100630ARTFIG00642-l-amf-condamne-l-ancien-patron-de-jerome-kerviel.php
    La décision : http://www.amf-france.org/documents/general/9500_1.pdf
    Vous verrez que l’amf n’a pas frappé trop fort, estimant que le fait pour Jean-Pierre Mustier d’avoir conservé une partie de ses titres SG constituait une circonstance atténuante.
    Par ailleurs, la décision, si elle vient d’être publiée, est datée du 10 juin, soit – sauf erreur de ma part – le lendemain du témoignage de Mustier. Le délai entre le prononcé de la décision et sa publication a l’air important, en réalité, il est classique.

    Commentaire par laplumedaliocha — 30/06/2010 @ 23:21

  57. « Un partout la balle au centre. »
    Moi je dirais 1-0 pour la banque.

    On dirait que dans votre esprit Kerviel a déjà fait appel de sa condamnation.

    S’il fait ce choix, il serait de mon point de vue plus avisé de décrire la pression qu’il subissait, la discrimination qu’il vivait par rapport aux matheux de la place, le manque de clarté des limites et des règles du jeu, l’incitation à la prise de risque, bref tout ce qui pourrait ressembler à des circonstances atténuantes.

    Tant que, droit dans ses bottes, il tente de montrer que la banque est autant coupable que lui, c’est-à-dire qu’au fond il n’a pas grand chose à se reprocher, il pousse les juges à le sanctionner sévèrement. Mieux vaut un repenti qu’un délinquant qui n’a rien compris.

    Aliocha : Je ne vois pas pourquoi j’anticiperais un appel avant d’avoir le jugement. Mais il est vrai qu’à mon avis, il ne lâchera jamais. Le manque de clarté des limites, l’incitation à la prise de risque ? Mais il a décrit tout cela, dans son livre d’abord puis lors des débats. Droit dans ses bottes dites-vous ? En effet. C’est généralement l’attitude des gens qui s’estiment victimes d’une injustice et qui attendent trop de la justice. Or, je crains qu’après avoir trop cru dans la banque, puis dans son talent, il ne croie trop aujourd’hui dans le pouvoir du tribunal de lui rendre son honneur. Naïveté, idéalisme ? Allez savoir. J’ai beaucoup souhaité, comme vous et comme d’autres qu’il mette un genou à terre. A la réflexion, je me dis que s’il avait été l’escroc, le menteur, le manipulateur qu’a décrit la banque, il lui aurait été très facile de servir au tribunal le rôle qu’on attendait de lui. Un escroc, ça sait pleurnicher quand c’est nécessaire.

    Commentaire par Augustissime — 30/06/2010 @ 23:49

  58. @lambertine
    « Les entreprises résumées à la « course au fric », c’est assez récent comme mentalité. »

    Cette remarque relève du syndrome « c’était mieux avant » qui résulte d’une vision déformée du passé, systématiquement et irrationnellement perçu comme supérieur au présent. On ne peut accorder aucun crédit aux opinions relevant de ce syndrome, tant qu’elles ne sont pas étayées par des faits : statistiques, étude historique, etc.

    Dans le cas présent, il suffit de relire quelques livres du XIXème siècle pour se convaincre que dans le système capitalise les entreprises ont toujours cherché le profit avant tout, ce qu’un certain Marx a théorisé bien avant votre naissance.

    Commentaire par Augustissime — 30/06/2010 @ 23:58

  59. Je suis bien de l’avis d’Augustissime (57) : par son attitude arrogante et trop sûre de lui,ce jeune homme est peut-être déjà condamné. Sans doute que cette façon d’être lui a été apprise dans la banque où il a travaillé, car ses responsables étaient les meilleurs et les plus forts. Les dirigeants de cette banque, au cours procès, ont davantage fait preuve de modestie et de contrition. L’attitude de Kerviel, qui lui a déjà nuit au cours de l’instruction, lui a encore fait perdre du terrain au cours du procès : cela se sent à la lecture des comptes rendus de plusieurs journalistes ayant assisté aux audiences ; cela pèsera peut-être dans la décision des juges. Dans ce genre de circonstances, il souvent plus payant de la jouer profil bas, mais il ne semble pas que M. Kerviel en soit capable. Peut-être que son avocat ne le lui ait pas expliqué et il a eu bien tort. Dommage pour lui, car dans la vie, et sur la longue durée, la modestie paye plus que l’arrogance.

    Aliocha : Donc, vous auriez aimé qu’il mente ? Qu’il se fasse passer pour ce qu’il n’était pas ? Qu’il joue un rôle ? Lorsque je pensais comme vous, il y a quelques jours encore,- enfin pas tout à fait, j’espérais juste qu’il troue la glace, qu’il montre une autre face de lui-même – je me disais qu’au fond j’étais moi aussi victime de cette comédie humaine qui si souvent irrite mon vieux fond anarchiste. Pour obtenir l’absolution, le coupable doit pleurer et implorer la mansuétude de ses juges, n’est-ce pas ? Allons donc, un peu de fierté en ce bas monde, ça fait parfois du bien 😉

    Commentaire par Arlequin — 01/07/2010 @ 00:59

  60. @ QAliocha : libre à vous d’appeler fierté ce que moi j’appelle arrogance

    Commentaire par Arlequin — 01/07/2010 @ 08:51

  61. Admettons que le 5 octobre prochain JK soit reconnu seul responsable et coupable…

    Ce jugement pourra-t-il faire jurisprudence et dès lors exonérer de toute responsabilité toute hiérarchie qui démontre qu’elle n’était pas au courant de ce qu’il se passait même en dépit de nombreux signaux d’alerte ?

    A mon sens, c’est presque paradoxale qu’une hiérarchie, dont le rôle et le devoir est justement d’être au courant, soit innocentée dans de telles situations.

    Comme j’aime bien les images, c’est un peu comme si on déresponsabilisait un conducteur de bus qui a eu un accident parce qu’il déclare qu’il ne regardait pas la route au moment de l’accident.

    NB : Cette affaire est tellement déstabilisante que je remarque que nous sommes nombreux à utiliser des images et des métaphores simplistes pour tenter de la ramener dans des notions cohérentes et des réflexions rassurantes.

    Commentaire par Oeil-du-sage — 01/07/2010 @ 09:52

  62. @ OdS, com61,

    Peut être est ce seulement parce que l’intelligence est un phénomène imaginatif?

    La madeleine de Proust, ou l’adage selon lequel un bon schéma vaut mieux que de longues explications, ne révèlent-il pas la capacité cognitive de l’image?

    Cela correspond assez peu à la conception académique de l’intellect de dire cela, mais après tout, dans l’histoire, l’image a précédé l’écriture: on ne trouve pas de langage écrit sur les parois des grottes préhistorique, en revanche on y trouve plein d’images.

    Commentaire par tschok — 01/07/2010 @ 10:14

  63. Après avoir lu de nombreux articles et commentaires sur le sujet, j’ai le sentiment que le débat tourne davantage autour de l’analyse de la personnalité de JK que des faits.
    Ce glissement du débat (y compris judiciaire) est peut-être le résultat d’une judicieuse stratégie de la SG qui a pour but de masquer des faits derrière un individu ?

    Je note aussi que depuis bien longtemps les directions des banques et milieux financiers sont très régulièrement montrées du doigt pour des « affaires » , mais globalement à part quelques vagues velléités de réglementations et régulations, ça ne va pas très loin… à part pour Madoff peut-être.

    Kerviel c’est la contrepartie de Madoff que les directions financières exigent de leurs subordonnés ! (dans un souci d’équité et d’équilibre bien sûr).

    Commentaire par Oeil-du-sage — 01/07/2010 @ 10:31

  64. @61 : Il me semble que pour qu’il y ait ‘jurisprudence’, il faut aller jusqu’en cassation. C’est le compte rendu de la cassation qui entraine une jurisprudence.
    (Faudrait aller voir sur le site d’Eolas… la réponse doit être là-bas)

    Aliocha : toute décision est susceptible de faire jurisprudence, celles de la Cour de cass’ ont simplement plus de poids.

    Commentaire par testatio — 01/07/2010 @ 10:53

  65. @ testatio, OdS et Aliocha,

    Oui, enfin, attention, « faire jurisprudence » en droit français, ce n’est pas si simple.

    Cela recouvre évidemment une certaine réalité concrète, mais qu’il faut relativiser – ne serait-ce que parce qu’elle ne recouvre aucune réalité théorique.

    Le principe, tout d’abord, est qu’aucune décision ne fait jurisprudence au sens strict de l’expression, c’est-à-dire qu’aucune décision de jurisprudence, quelle que soit la juridiction qui l’a prise, ne s’impose jamais à aucune autre juridiction.

    La règle du précédent n’existe pas en droit français, à la différence de ce qui se pratique dans les pays de common law (la règle n’étant guère d’application simple là-bas non plus, du reste).

    Aucun tribunal n’est juridiquement lié par les décisions prises par les autres tribunaux, cours d’appel, ou même la cour de cassation.

    Ensuite, évidemment, le légitime souci d’assurer un minimum de sécurité juridique, d’autre part, et d’éviter d’inutiles recours d’autre part, fait que des décisions claires, bien argumentées, correctement fondées en droit, auront certainement une influence sur la jurisprudence d’autres juridictions. Cela va dépendre de plusieurs facteurs, le facteur décisif étant évidemment celui de la publication des décisions de justice, qui déterminera ensuite l’ampleur de leur reprise dans les argumentaires des justiciables.

    Commentaire par Fantômette — 01/07/2010 @ 12:58

  66. Augustissime,

    Je n’ai jamais dit que c’était « mieux » avant. J’ai dit qu’il n’y a pas si longtemps, une entreprise ne se « résumait » pas à une machine à « faire du fric » (même si elle générait, et devait générer du profit, et si une bonne partie des investisseurs investissaient pour gagner du fric) mais était avant tout un outil de production . (qui, soit dit en passant, donnait bien plus de pouvoir au patron sur ses employés que celui dû au simple « fric »).

    Commentaire par lambertine — 01/07/2010 @ 19:56

  67. Tout va bien, tout est sous contrôle dans le monde merveilleux des traders :

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/07/01/ivre-le-courtier-achete-30-de-la-production-de-l-opep_1381389_3234.html

    Aliocha : j’observe qu’il a été licencié et sanctionné professionnellement mais qu’il n’a pas été envoyé en prison, lui. Enfin, tant qu’il y en aura pour préférer croire à la thèse du fraudeur menteur, plutôt que de s’interroger sur le système – c’est tellement plus confortable – on reproduira les mêmes erreurs, chaque fois un peu plus graves, jusqu’à l’explosion du système. Trinquons donc à la santé des financiers ! C’est le moment puisque le dernier G20 s’est dégonflé et que les bonnes résolutions issues de la crise s’effondrent comme un château de sable.

    Commentaire par Mussipont — 01/07/2010 @ 21:15

  68. @Aliocha : il ne s’agit pas de ne pas s’interroger sur le système : effectivement il a amplement prouvé qu’il a de graves défauts. Les corrigera-t-on, c’est une autre affaire. Toutefois, ce n’est en rien une raison pour absoudre Kerviel de ses turpitudes : ce genre de type qui pratique le « pas vu, pas pris », se serait comporté de façon malhonnête, quel que soit le système. Moi, ce que je mets en cause, c’est sa responsabilité individuelle qui reste entière et je trouve que c’est faire bon marché de la liberté de jugement des individus que de vouloir les absoudre derrière les failles de la société. A ce compte là, ceux qui volent dans les magasins ce qu’ils ne peuvent acheter sont des victimes de la publicité et absolvons les… Dans le cas qui nous préoccupe, j’ose penser que, placé dans les mêmes circonstances, une autre personne, justement au nom de sa responsabilité individuelle, aurait fait d’autres choix. Tous les systèmes ont des failles, des plus simples aux plus complexes, c’est le libre choix des individus de les exploiter ou non.

    Aliocha : une procédure aux prud’hommes aurait suffi. Il n’y a pas que la responsabilité pénale en droit. D’ailleurs, elle est bien embarrassante sur le terrain intellectuel cette responsabilité pénale en l’espèce. A-t-il volé la banque ? Détourné de l’argent à son profit ? Non. On lui demandait de faire de l’argent, il en a fait. La faute ? Avoir poussé le système jusqu’au bout de sa logique. Un peu comme les chauffeurs de poids lourds à qui on demande d’aller toujours plus vite en respectant les limitations de vitesse et les temps obligatoires de repos. Ou les taxis parisiens qui ne sont rentables qu’à partir du moment où ils travaillent plus longtemps que le nombre d’heures autorisées. Dire c’est la faute à l’autre ou c’est la faute au système n’est absolument pas dans mes habitudes. Pour autant, ce n’est pas un hasard si j’ai choisi au début de ma carrière le métier d’avocat. J’ai horreur de la capacité des systèmes à briser les hommes. Et j’ai encore plus horreur de voir la société désigner un bouc-émissaire pour préserver sa logique de fonctionnement, envers et contre toutes les évidences. D’abord c’est hautement contestable d’un point de vue moral, ensuite c’est parfaitement stupide dès lors que ça empêche de voir les vrais problème et de les traiter.

    Commentaire par Arlequin — 02/07/2010 @ 00:08

  69. @ Mussipont et Aliocha :

    Ce qui est « amusant » dans cette histoire, c’est que, lorsque j’en ai entendu parlé à la radio, on évoquait un agissement kervielesque du trader : cela confirme qq chose que je pressentais vaguement en terme d’image – l’affaire Kerviel, après avoir nécessité le recours à une foultitude d’images pour la rendre compréhensible (le cambrioleur, le chauffard, le bon père de famille…) fait maintenant de Kerviel lui-même une image, un archétype. Son nom symbolisera bientôt tous les comportements d’abus de confiance et de tête brûlé : « Je vous fais confiance les gars! On n’a pas besoin de Kerviel chez nous! » « Chef! Oui chef! ».

    Aliocha : tête brulée oui, abus de confiance, je fais objection. Nous sommes en l’espèce dans un type très particulier et très discutable d’abus de confiance. Il ne saurait en devenir l’emblème. De mon côté, j’ai souri en voyant que Jean-Pierre Mustier n’était plus pour la presse un haut dirigeant de la Société Générale mais « l’ancien supérieur de Kerviel ». Bientôt c’est Daniel Bouton lui même qui deviendra : « le patron de la Société Générale à l’époque où Jérôme Kerviel y travaillait ». Amusant.

    Commentaire par Gwynplaine — 02/07/2010 @ 09:06

  70. @ Aliocha :

    Vous objectionnez soit, mais vous ne choisirez pas de quoi Kerviel deviendra l’emblème. Je parle ici d’abus de confiance au sens populaire, pas au sens juridique (comme pour le « faux » au sens commun et le « faux » juridique) et selon moi, c’est ce restera ds la tête des gens : la tête brûlée et le gars qui a trahi la confiance.

    Aliocha : rien n’est plus hasardeux, je vous l’accorde que de tenter de se faire une opinion de ce que pense le public. C’est pourtant une tentation récurrente dans les médias à laquelle je ne résiste pas plus que les autres. Mais j’observe que vous y sombrez aussi, alors allons-y. Je doute que le grand public sache ce qu’est un abus de confiance. Dès lors, je crois personnellement qu’il conservera son image de Robin des bois. Pourtant, il n’a rien volé, et il a encore moins redistribué. So what ? Il a chahuté une banque en pleine tourmente financière et, ce faisant, vengé le public en colère contre la finance qui a plombé l’économie mondiale en s’en mettant au passage plein les poches. C’est évidemment caricatural, mais ce n’est pas tout à fait faux….

    Commentaire par Gwynplaine — 02/07/2010 @ 10:12

  71. Il n’y a pas longtemps, un blogueur (Balmeyer) soumis à une batterie de commentaires très drôles, et partant un peu en vrille, postait un laconique : « je me sens le Jérôme Kerviel du gag. J’ai déclenché quelque chose qui me dépasse ».

    Ça m’a fait sourire, et j’ai aussi pensé que JK figurait désormais quelque chose, mais de quel ordre exactement…

    Aliocha : peut-être que, comme dans tous les mythes, chacun y trouvera ce qu’il veut y mettre 😉 Dans mon petit lexique personnel, Jérôme Kerviel a fait récemment son entrée. Pour dire que je travaille trop j’évoque ma kervielisation.

    Commentaire par Fantômette — 02/07/2010 @ 10:16

  72. Décidémment, Aliocha, je vous trouve bien légère… Invoquer l’affaire Kerviel comme un simple conflit du travail ! C’est faire bien peu de cas du travail du juge d’instruction, en l’occurrence Van Ruymbeke, qui n’est pas connu pour sa tendresse particulière à l’égard des pouvoirs, quels qu’ils soient… Rien que le fait qu’il ne se soit pas dessaisi prouve à l’évidence qu’il y avait bien lieu de renvoyer l’affaire devant le tribunal correctionnel et non pas aux prudhommes. Je vous rappelle aussi que les premiers à avoir porté plainte, en tant que partie civile, ce sont des salariés actionnaires qui, eux, ont été gravement lésés par les agissement de Kerviel. Ce n’est pas la banque qui ne l’a fait que dans un deuxième temps.

    Aliocha : à ma connaissance, les petits actionnaires ont porté plainte dès l’annonce du communiqué sans rien connaître du dossier excepté l’existence d’une fraude. La banque en effet a porté plainte ensuite. Pourquoi si tardivement ? Peut-être qu’elle n’envisageait pas d’aller au pénal et qu’elle y a été obligée par la plainte des actionnaires….Par ailleurs, sauf erreur de ma part, pour les salariés comme pour les actionnaires, ce n’est pas Kerviel le principal coupable, mais la banque. Sur le droit du travail, c’en est aux yeux de Metzner, c’en est aussi pour la CGT et sans doute pour d’autres. Vous voyez, ma légéreté est toute relative. Notez, on ne m’a jamais accusée de légéreté, je trouve cela rafraichissant, et par ce temps, c’est pluôt bienvenu.

    Commentaire par Arlequin — 02/07/2010 @ 12:38

  73. @ Aliocha :

    Mais je sais moi ce qu’il pense le public, puisque le public c’est moi 😉 Ne sous-estimez pas non plus le rôle des journalistes dans la formation de l’opinion… A la machine à café, qd on discute, c’est souvent pour ressortir un discours lu ou entendu. Donc si on lui explique que Kerviel a trompé, le public peut le comprendre, et en faire un emblème. Cela dit, je suis plutôt d’accord que la tête brûlée prendra le pas sur la tromperie 🙂

    Commentaire par Gwynplaine — 02/07/2010 @ 13:33

  74. Certes, le public pense peut-être comme vous, et le plan com de Kerviel, bien assisté par la meilleure chargée de com de France, a fonctionné. Rappelez-vous aussi ce qu’a dit un avocat d’autrefois : « quand l’opinion publique entre dans un prétoire, la justice en sort ». Et moi, je suis bien d’accord avec ça. Si vous suivez à ce point l’opinion publique, on ne tardera pas à rétablir la peine de mort dans ce pays au prochain enlèvement d’enfant ! Pour ce qui me concerne, je me méfie comme de la peste de l’opinion publique, elle hurle avec les loups et n’a aucun jugement. Rappelez vous, à moins que vous ne soyez trop jeune, la condamnation de Ranucci, largement condamné par l’opinion publique. Le serait-il aujourd’hui ? Il me semble que le rôle des journaliste est de rapporter les faits, par de les interpréter à leur sauce, afin de donner au fameux public la possibilité de se faire le propre idée sur la question ; il n’est en tout cas pas de les guider vers une idée préconçue. Sinon ce sont de mauvais journalistes.

    Aliocha : si c’est moi que vous traitez de mauvais journaliste, je vous rappelle que ceci est un blog c’est-à-dire un lieu d’expression d’opinions personnelles. Dès lors, j’y exprime mes……..opinions personnelles ! Eh oui. Je gage que si elles avaient rejoint les vôtres vous auriez encensé ma lucidité. Seulement voilà, ce n’est pas le cas. Le pire, c’est que ça ne me désole même pas. Vu mon fichu caractère, ça aurait même tendance à me réjouir. Sur l’opinion publique, ne la sous-estimez pas trop, je vous rappelle qu’elle s’exprime dans les urnes à période régulière et qu’on appelle ça la démocratie.

    Commentaire par Arlequin — 02/07/2010 @ 14:02

  75. Tiens, maintenant c’est un trader bourré qui fait trembler la finance mondiale ! (lien de Mussipont, com. 67)

    Bientôt nous aurons un cataclysme financier déclenché par le petit chat d’un trader venu jouer sur le clavier de son ordinateur, ou un gamin qui va faire vaciller la spéculation planétaire en croyant jouer à un super nouveau jeu virtuel genre SimCity version finances sur l’ordinateur de son papa.

    D’ailleurs on en est pas loin : http://www.aeronautique.ma/un-enfant-fait-decoller-trois-avions-en-jouant-au-controleur-aerien-a-l-aeroport-JFK_a1589.html

    J’ose pas imaginer le jour où se sera un hacker vantard ou mal intentionné, ou pire un terroriste de la finance !

    Commentaire par Oeil-du-sage — 02/07/2010 @ 15:18

  76. Je suis d’ailleurs surpris de voir la facilité avec laquelle on peut faire mommentannément dérailler le train de la spéculation, et plus encore qu’un trader n’est pas utilisé de façon cachée cette facilité pour spéculer à son profit !

    Peut-on imaginer que JK ait pu de façon indirecte et bien dissimulée (un genre de délit d’initié), avoir des intérêts financiers consécutifs au plantage financier de sa banque ?

    D’ailleurs en posant la question je me suis dit aussitôt : finalement c’est trop simple, et la moralité des banques et acteurs financiers étant depuis quelques années bien douteuse…

    Commentaire par Oeil-du-sage — 02/07/2010 @ 15:31

  77. @ Ods :

    Il y a un passage dans Comment je suis devenu stupide, de Martin Page, où le personnage devient une superstar de la bourse parce qu’en reversant son café sur son ordinateur, il gagne des sommes folles. A noter d’ailleurs que le narrateur, pour se « crétiniser », adopte le métier d’agent de change…

    @ Arlequin :

    Ne pas confondre public et opinion publique, laquelle est l’expression médiatique (pas toujours exacte) de ce qu’est censé « penser » le premier. D’ailleurs le public, animal flou, vague et difforme par définition, peut-il penser ?

    Quand je dis que le public c’est moi, c’est qu’après tout je fait partie de « l’opinion publique » et que l’expression de celle-ci à travers le rendu médiatique n’est que rarement en accord avec moi, et d’ailleurs même avec ce que je ressens de « l’air du temps » à travers mon quotidien, mon entourage, mon nez en l’air…

    Certes le rôle du journaliste est de rapporter des faits, mais qui se forge sa propre opinion sans être influencé par ce qu’il lit dans les journaux, entend à la radio, voit à la télé. Les faits ne sont pas présentés pareil selon qu’il s’agit du Figaro ou de Libé, sans que cela remette en cause le professionnalisme et la probité des journalistes…

    Enfin je ne parlais que ce dont Kerviel deviendra l’emblème, après le procès, jamais je ne dis qu’il faut laisser l’opinion juger. Vous me parlez de Ranucci (époque à laquelle je n’étais pas né, effectivement), et bien Ranucci, par exemple, est devenu l’emblème de l’erreur judiciaire et du déclin du port du pull-over rouge.

    Bref, merci de ne pas essayer de me faire rentrer dans une de vos cases à coups de marteau, ça me fiche mal au crâne ; merci, Arlequin, de ne pas me faire passer pour un pantin 😉

    Commentaire par Gwynplaine — 02/07/2010 @ 15:57

  78. Gwynplaine souligne (com 69) que le mot « Kerviel » soit en passe de devenir l’archétype pour désigner des faits ou des situations… comment dirais-je… kervielesques ou kervieliens.

    Comme c’est le premier (et surement d’une longue série à venir) JK est-il en droit de protéger son nom afin de percevoir des royalties du fait de l’utilisation de son patronyme ?

    Commentaire par Impresario financier — 02/07/2010 @ 16:32

  79. Quand vous écrivez « on lui demandait de faire de l’argent, il en a fait », vous avez une lecture vraiment biaisée des faits. On lui demandait de faire de l’argent dans certaines conditions, il en a perdu (énormément, et non gagné) dans d’autres conditions, qui n’avaient rien à voir. De la même manière, il n’a pas « poussé le système jusqu’au bout de sa logique », il a fraudé pour faire ce qui n’était pas du tout prévu ni demandé par le système. Vous avez une telle vision négative de l’activité de trading que vous allez plus loin que les avocats de la défense dans le report de la faute sur ce que vous considérez comme un système fou.

    L’opinion selon laquelle l’affaire aurait dû se traiter aux prud’hommes, tout à fait respectable, se heurte à la fois à l’importance du préjudice et à la manière dont les faits ont été accomplis : consciemment, dans la durée, en violation des règles de l’entreprise et à l’aide de moyens frauduleux. Pour ma part, j’aurais du mal à concevoir qu’un patron dont l’employé tombe d’une échelle qui n’est pas aux normes soit condamné et que, parce qu’il n’est pas un vilain patron, le salarié qui fait n’importe quoi de manière délibérée, au préjudice de milliers de braves gens, soit par principe intouchable.

    Aliocha : Ah ? C’est biaisé de dire que la finance sert à faire de l’argent ? Et les subprime, c’est quoi, du tricot ? Les LBO quaternaire, c’est pour la beauté du montage juridique ? Le trading, c’est un jeu de société où on gagne des oeufs Kinder ? Je vois que tout le monde ici a déjà oublié les leçons de la crise, notez, y’a pas que vous, le G20 aussi : http://les-cercles.fr/entreprises-marches/finance-marches/221130723/regulation-les-bleus-toronto-ou-l-europe-cote-de-ses-p
    Quant au salarié qui fait n’importe quoi au préjudice de milliers de braves gens, vous allez me faire pleurer, non, vraiment. C’est pas gentil d’ailleurs.

    Commentaire par Augustissime — 02/07/2010 @ 17:07

  80. @ Augustissime :

    Pour ma part j’ai du mal à considérer qu’un patron n’est pas responsable d’un accident quand son matériel n’est pas aux normes.

    C’est marrant, quand quelqu’un prend une image pour étayer son point de vue, image pourtant choisie et formulée dans le but de la démonstration, et bien un autre d’avis différent arrive souvent à s’appuyer sur cette même image pour étayer le point de vue contraire.

    Commentaire par Gwynplaine — 02/07/2010 @ 17:32

  81. @Gwynplaine
    Où avez-vous lu que je trouve anormal qu’un patron soit condamné pour manquement à une obligation de sécurité ou de prudence ? Je soulignais simplement qu’un patron encoure des sanctions pénales si ses comptes sont faux, s’il fait preuve de favoritisme, s’il n’affiche pas le règlement intérieur dans sa société, s’il n’affiche pas les horaires de travail, etc.

    Dans le même temps, Aliocha nous explique qu’un salarié devrait pouvoir ruiner sa société et des dizaines de milliers d’épargnants sans encourir autre chose qu’un licenciement sans indemnité. Je souligne le paradoxe.

    @Aliocha
    Vous persistez à faire un amalgame entre la crise et les agissements de Kerviel en plaçant tout dans un gros sac. C’est un peu comme si un communiste nord-coréen écrivait « l’affaire Kerviel est le symbole de la corruption et de l’inefficacité des pays occidentaux, la preuve que le capitalisme est voué à l’échec ». Libre à vous, mais tolérez que certains de vos commentateurs, tels qu’Arlequin, essayent d’avoir une analyse un peu plus fine.

    « Quant au salarié qui fait n’importe quoi au préjudice de milliers de braves gens, vous allez me faire pleurer, non, vraiment. C’est pas gentil d’ailleurs. »
    Et pourtant, si Kerviel avait été moniteur de plongée au Club Méditerranée, les salariés actionnaires de la Société Générale dont vous parliez ci-dessus auraient une retraite plus confortable.

    Aliocha : je ne fais pas d’amalgame, je cherche un sens, c’est différent. Ni vous ni moi n’avons le pouvoir de juger Jérôme Kerviel, au demeurant, je déteste juger. Par conséquent, ce qu’il nous reste, c’est la recherche de sens. Et là, nous avons deux voies. Soit nous considérons que c’est un fraudeur, un escroc, un criminel donc qui a dérangé l’ordre des choses, enfreint les règles sociales et nous refermons le dossier, car il n’y a plus rien à dire de plus sauf à être criminologue et à s’interroger sur la transgression des règles chez le délinquant en col blanc. Soit nous rapprochons cette histoire particulière de la crise générale de la finance (on dit que l’intelligence, c’est la capacité de faire des liens entre les choses, allez savoir…) et nous pouvons alors nous demander si cette affaire n’est pas riche d’enseignements, si elle ne contient pas en elle-même l’une des clefs de compréhension de la crise. C’est ce qui m’intéresse moi. C’est aussi l’argumentation de Kerviel. Il a raison, je trouve en effet qu’il s’est retrouvé involontairement dans la position d’un révélateur de la crise, peut-être parce qu’il a trop cru dans ce système justement.

    Commentaire par Augustissime — 02/07/2010 @ 20:48

  82. Cette affaire serait l’une des clefs de compréhension de la crise. Pourquoi pas ? Bien entendu, clef ou pas clef, cela ne disculpe pas Kerviel, n’est-ce pas ? Si l’on estime que Carlos est une des clefs de compréhension du terrorisme, on ne l’absout pas pour autant. Les deux questionnements sont sur des plans différents.

    Maintenant une clef, il faut se demander en quoi. L’affaire Kerviel, c’est un problème de gestion des risques opérationnels, et même d’un risque opérationnel très particulier qui est le risque de fraude, et même d’une fraude très particulière qui ne correspond pas à un détournement de fonds mais à un contournement des limites d’exposition.

    C’est très différent de l’affaire Madoff, qui est comparable à l’affaire Ponzi (1920) ou des subprimes, qui résultent d’un risque systémique, comme le krach de 1929 (déjà l’époque de la course au fric).

    Bref, si l’affaire Kerviel appelle une réponse, c’est de renforcer le contrôle opérationnel dans les banques. Et sans doute, de mon point de vue, de séparer les activités de dépôt des activités d’investissement, par nature plus risquées, pour permettre à ces dernières de faire faillite quand elles le méritent.

    Aliocha : comparer Jérôme Kerviel et Carlos, vous ne trouvez pas que, fidèle à votre habitude, vous forcez légèrement le trait ? La différence, mon cher, et elle est de taille, c’est que le premier a mis en exergue les dérives d’un système au demeurant légal en les poussant au bout quand le second est emblématique d’une activité par nature illégale. Le système se défend en désignant un mouton noir, mais le mouton noir en l’espèce n’est rien d’autre que le produit en même temps que le révélateur du système. La course au fric, la déconnexion totale entre la finance et l’économie au point que l’on parle désormais d’industrie financière – pure aberration – les milliards de milliards de produits dérivés qui ont été réduits en poussière, les marchés de matières premières qui seront la prochaine cible, parce que, n’est-ce pas, il n’y a pas assez de ressources pour nourrir la planète et que donc les cours vont grimper pour peu qu’on les y aide etc. Et tout ce petit monde de la finance hurle en coeur que Jérôme Kerviel est inhumain ?!!!!! Allons, Cher Augustissime, ce serait à se rouler par terre de rire, s’il n’y avait pas dans cette affaire un jeune homme qui risque la taule pour que ce système de dément puisse tranquillement continuer à fonctionner tandis que ceux qui le dirigent jurent la main sur le coeur qu’ils agissent dans l’intérêt commun. Mais ouvrez les yeux, que diable ! Regardez les politiques se dégonfler au G20, observez l’inquiétude de Jean-Pierre Jouyet, patron de l’amf – qui ne me parait pas être un gauchiste préparant le grand soir-, quand il découvre que l’Europe va s’incliner et renoncer à un régulateur puissant pour préserver les susceptibilités des uns et des autres, relisez tous les rapports sur la crise, souvenez-vous de ce que nous venons de traverser et observez : tout continue. Vous savez pourquoi ? Allons, bien sûr que vous savez pourquoi, n’est-ce pas ? Notre discussion en est la démonstration éclatante.

    Commentaire par Augustissime — 02/07/2010 @ 23:07

  83. Belle série d’articles, Aliocha. Merci.

    Je suis désormais convaincu que le pole dancing n’est au mieux qu’une activité secondaire. 😉

    Commentaire par Ferdydurke — 03/07/2010 @ 09:32

  84. « Kerviel a raison, je trouve en effet qu’il s’est retrouvé involontairement dans la position d’un révélateur de la crise, peut-être parce qu’il a trop cru dans ce système justement. »

    Oui, je suis assez d’accord, mais Kerviel n’est pas allé jusqu’au bout de sa démarche (si c’était bien sa démarche)

    Il a reconnu avoir fait des bêtises, et s’est efforcé de mettre en lumière celles de la banque. Mais il ne s’est pas désolidarisé du système. Il ne l’a pas remis en cause. Il ne l’a pas accusé. Il ne s’est pas accusé, lui, avec les autres traders, avec les banques et avec nous tous…, d’avoir participé à ce système délétère. De ce point de vue-là il se considère comme innocent. En cela il ne se distingue pas de la banque ni de nous tous : ne sommes-nous pas innocents ?

    En réponse à une question du président je crois, Kerviel a reconnu qu’il n’était sans doute pas fait pour faire ce métier de trader. Mais il ne me semble pas qu’il ait critiqué le métier lui-même, ni le système qui l’a créé.

    Il est un révélateur, mais à son corps défendant.

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 03/07/2010 @ 19:36

  85. @ Augustissime :

    Au temps pour moi, j’ai lu trop vite et de travers votre com’ 79. C’est que, voyez-vous, quand vous enfourchez votre cheval de bataille, j’ai tendance à me cabrer recta et à monter sur les grands miens sans parfois lire correctement. Mea culpa.

    Commentaire par Gwynplaine — 05/07/2010 @ 10:22

  86. Critiquez le système financier tant que vous voulez, réclamez son changement, écrivez sur le sujet, manifestez pour le réformer. Mais vous ne pouvez pas vous appuyer dans cette croisade sur un comportement qui, précisément, en violait les règles.

    Le procès Kerviel n’est pas le procès du système financier, pas plus que le procès d’un délinquant n’est celui de la société, malgré tous les dysfonctionnements de cette dernière. Le procès Kerviel, c’est celui d’un individu, dont rien ne vous permet d’affirmer qu’il aurait été plus sage si les politiques étaient courageux au G20 et si Jean-Pierre Jouyet nageait dans l’euphorie.

    Kerviel n’est pas un militant contre la financiarisation de la société, il n’est pas un résistant, il n’est pas un anarchiste. Il n’est d’ailleurs probablement même pas d’accord avec ce que vous écrivez.

    Aliocha : Hum ! Où ai-je écrit, je vous prie, que Jérôme Kerviel était un résistant ou un anarchiste ? Vous fantasmez, Augustissime. Grand bien vous fasse. Mais soyez aimable de ne pas m’imputer ce genre de divagations. Je ne fume pas de substances illicites, je ne porte pas de tee shirt à l’effigie du trader et je ne rêve pas du grand soir. Je me contente d’expliquer ici, ne vous en déplaise, ce que l’intéressé exprime dans son livre, à savoir qu’il a poussé le système jusqu’au bout, qu’il s’est retrouvé dans l’engrenage du fric à tout prix, un engrenage où l’on est poussé à gagner toujours plus, quitte à parier sur les morts lors d’un attentat, et où les sommes finissent par ne plus avoir de sens. Cela ne vous rappelle rien ? Si, si, cherchez dans l’histoire récente, vous verrez…

    Commentaire par Augustissime — 05/07/2010 @ 23:49

  87. Je constate avec plaisir que la « fine équipe » est toujours vaillante… Augustissime, Tschok, Fantômette, Mussipont… C’est une joie de vous retrouver ! (J’avais déserté au profit de blogs littéraires, mais je me rends compte que ce qui me passionne vraiment, c’est le traitement des « affaires », comme vous l’avez fait magistralement au cours de ce procès, chère Aliocha !)

    J’espère que vous me pardonnerez ma « si longue absence »…

    Aliocha : Le jour où les hommes seront fidèles …. 😉 Je vous taquine, contente de vous revoir !

    Commentaire par ramses — 06/07/2010 @ 15:04

  88. Ah, mais si vous revenez vraiment parmi nous, cher ramsès, alors welcome back! Votre regard de vieux pharaon sagace sur les vicissitudes d’un monde trop jeune nous manquait.

    Commentaire par Fantômette — 06/07/2010 @ 17:12

  89. @ Aliocha. J’ai lu lz livre de Jerôme Kerviel et il m’est apparu pour ce qu’il est : un pur plaidoyer pro domo. Et dire qu’il a été pris dans l’engrenage me semble plus que léger : le système lui avait fixé des limites sur lesquelles, certes on a sans doute fermé les yeux tant que les dépassements étaient raisonnables dans les termes des limites, mais il n’avait pas un fusil dans le dos pour l’obliger à engager le capital de la banque.

    Il me semble que dans tous vos commentaires vous oubliez systématiquement la dimension de la responsabilité individuelle des personnes : ce libre arbitre fait la grandeur des êtres humains et, quelque part, vous déniez par là à cet homme sa part d’humanité, avec ses forces — savoir résister aux tentations — et ses faiblesses — succomber aux dites tentations.

    Toute proportion gardée, et pour rappeler des événement que vous êtes peut-être trop jeune pour avoir connus, ce fut l’honneur d’un homme comme le général Paris de la Bollardière, d’avoir su dire non, dans le contexte de la guerre d’Algérie où le système de l’époque poussait à la torture généralisée. Il l’a bien entendu payé, la hiérarchie ne lui a pas fait de cadeaux.

    Vous permettrez donc que je préfère ce type d’homme capable d’utiliser son jugement et son libre arbitre à un Kerviel qui lui dit, avec apparemment votre entière approbation : « c’est pas moi, c’est le système ». ON PEUT TOUJOURS RÉSISTER AU SYSTÈME.

    Aliocha : je vous félicite d’avoir échappé au point godwin, je devine que la tentation fut forte. Le livre de JK est un plaidoyer pro domo ? Et vous vous attendiez à quoi ? Il écrit pour expliquer sa vision des choses, donc il explique sa vision des choses. Et d’ailleurs, j’observe à votre imperceptible changement de ton et d’argumentation que le livre a modifié votre approche de l’affaire. Il n’est pas un héros ? En effet. A contrario tous les traders qui résistent à la fièvre des marchés seraient donc des héros ? Pas sûre de vous suivre sur ce coup-là. Dès lors, il ne me semble pas qu’on soit dans une logique de héros/pas héros, mais plutôt dans celui de victime ou pas d’un système. Responsable ? Il ne cesse de dire qu’il l’est, mais il ne cesse de dire aussi qu’il ne veut pas payer pour ceux qui, eux, ne prennent pas leurs responsabilités. Ceux qui disent « ben on savait pas ». Vous trouvez cela responsable vous, de ne pas lire les mails, de ne pas réagir aux alertes, d’embrouiller Eurex au lieu de réagir et de répondre ? Vous trouvez cela responsable de la part d’une hiérarchie de se moquer du système de contrôle des risques dans un activité par définition risquée ? Vous trouvez cela responsable quand on touche des salaires aussi affolants pour gérer des hommes, de dire : on surveillait pas parce que, hein, la banque c’est une question de confiance. Je croyais que les banques finançaient l’économie, je me suis trompée, je croyais qu’elles géraient de l’argent, me suis trompée aussi, les milliards volent au-dessus des têtes et tout le monde s’en fout, je croyais que les responsables hiérarchiques étaient responsables de leurs équipes, me suis encore trompée. C’est fou le nombre de préjugés idiots que cette affaire a permis de lever….

    Commentaire par Arlequin — 07/07/2010 @ 09:48

  90. Vu la vigueur de votre commentaire, je constate que j’ai touché juste… MAIS ! les turpitudes des uns n’excusent jamais les turpitudes des autres. Que les banquiers soient responsables de la dérive du système financier, certes, mais contrairement à vous, je pense que cela n’exonère en rien Kerviel de sa responsabilité individuelle. En effet, il a profité des failles du système. C’est mon point de vue, mais il semble que vous n’êtes pas en mesure de le comprendre, tout occupée que vous êtes à ne vous soucier que du système et non pas comment certains individus sont ou non capables d’en tirer parti. C’est cela qui était en jeu au cours du procès qui était, je vous le rappelle, celui de Kerviel. Celui de la banque qui ne peut être pénal (la mauvaise gestion n’est pas un délit !), est une autre histoire ; il a déjà commencé du reste : les dirigeants impliqués ont été remerciés et le cours en bourse de ladite banque a été divisé par quatre depuis janvier 2008: que voulez-vous de plus, qu’on pende haut et court les membres du conseil d’administration et les dirigeants de cette banque ??? Le ressentiment vous égare peut-être ?

    Commentaire par Arlequin — 07/07/2010 @ 10:24

  91. « Celui de la banque qui ne peut être pénal (la mauvaise gestion n’est pas un délit !) »

    Arlequin, je vous adore, vous venez de rendre un non-lieu dans « l’affaire Kerviel » !

    Si je vous comprends bien, la Banque peut perdre « légalement » de l’argent, mais pas son trader ?

    Si je vous comprends mieux, le trader serait-il astreint à gagner à tous les coups, alors que la Banque pourrait perdre sans vergogne (subprimes…) ??

    Désolé Arlequin, je ne partage pas votre « dichotomie »…

    Commentaire par ramses — 08/07/2010 @ 04:53

  92. @ Ramses : non-lieu, certes pas ! je suis une modiste, je vends des chapeaux : malheureusement, les chapeaux que j’ai acheté ne se vendent pas, je mets la clé sous la porte. J’ai perdu de l’argent, mais je ne suis pas condamnable pénalement. En revanche, mon vendeur m’en a subtilisé quelques-uns et à tenté, sans succès, de les vendre pour son propre compte. Je m’en aperçois, j’ai les preuves, et là je le fait condamner au pénal, tout comme en saine logique, Kerviel devrait être condamné, car on ne lui demandait pas gagner à tout coup, mais de gagner ou perdre HONNETEMENT. Vous saisissez la différence ?? Tout est dans la dissimulation, la fraude et les mensonges de ce type.

    Commentaire par Arlequin — 08/07/2010 @ 09:07

  93. @ Arlequin :

    Vrai, vous êtes modiste ? c’est pour ça que vous voulez faire porter le chapeau à Kerviel ?

    Commentaire par Gwynplaine — 08/07/2010 @ 16:55

  94. Je crains qu’il n’ait une trop petite tête pour porter mes chapeaux, à supposer que j’en fabrique…

    Commentaire par Arlequin — 08/07/2010 @ 16:58

  95. @ Arlequin

    La différence essentielle entre votre boutique de chapellerie et la Société Générale, c’est que cette dernière achète des chapeaux invendables (subprimes) avec l’argent des Déposants… Et qu’elle tente de se renflouer en utilisant l’un de ses cadres pour opérer sur des Marchés à risques…

    Ca porte un nom… C’est de la « cavalerie »…

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Cavalerie_(droit)

    Commentaire par ramses — 08/07/2010 @ 18:16

  96. Et vous avez les preuves de ce que vous avancez… Et avez-vous porté plainte ? Les salariés de la Socgen, eux, ont porté plainte contre leur collègue, et ils l’ont même fait avant la banque !

    Commentaire par Arlequin — 08/07/2010 @ 18:33

  97. @ Arlequin

    Les preuves sont légion…

    Une class action est actuellement dirigée aux USA contre la Société Générale, accusée d’avoir fait perdre des millions $ à des acheteurs de ses titres « pourris » liés aux « subprimes »… Elle a déjà fait l’objet d’une sanction de la Commission Bancaire et d’une amende de 4 millions € pour les mêmes raisons… Enfin, JP Mustier, le patron de Kerviel, vient d’écoper d’une amende de 100.000 € pour délit d’initié dans cette même affaire des « subprimes »…

    Ca vous suffit comme preuves ?

    Sans parler du fisc, qui « perd » plus d’un milliard € d’impôts, liés à la gestion catastrophique et hautement spéculative de cette Banque de Dépots…

    Jérôme Kerviel est l’arbre qui cache la forêt et attendez-vous à une seconde « affaire Société Générale » dans les mois qui viennent. Cette fois, Daniel Bouton pourrait bien se retrouver sur le banc des accusés…

    Commentaire par ramses — 08/07/2010 @ 22:33

  98. Alors d’après vous, cela exonère Kerviel de sa responsabilité individuelle ??? Un petit malhonnête devrait-il être blanchi au motif qu’il y a peut-être encore plus malhonnête que lui ??? Comme je l’ai déjà écrit avant les turpitudes des uns n’excusent pas les turpitudes des autres… Et c’est pourquoi Kerviel doit être condamné. Cela ne préjuge en rien de ce qui peut arriver par ailleurs à la socgen qui, elle, fera peut-être l’objet d’autre(s) procès. Du reste, dans l’affaire des subprimes que vous citez, TOUTES les banques sont fautives ! S’il n’y avait que la socgen… mais le Crédit lyonnais, nos vieilles caisses d’épargne, la BNP, etc., elles ont toutes trempé dans cette vilaine sauce.

    Aliocha : donc la SG est exonérée par le fait que ses copines se sont rétamées aussi sur les subprime, mais l’argument en revanche ne vaut pas pour JK ? Il y a de la contradiction dans l’air. A votre décharge, votre position est difficilement tenable. Ceci explique donc peut-être cela 😉

    Commentaire par Arlequin — 09/07/2010 @ 12:38

  99. @ Aliocha : Décidément, je crois que j’ai du mal à faire comprendre ma position, sans doute me suis-je mal expliqué : la socgen aurait-elle détroussé l’ensemble de la France et même de l’Europe, voire du monde entier, je ne vois pas en quoi cela rendrait Kerviel innocent de ce qu’on lui reproche, qui n’a du reste rien à voir avec des subprimes. Contrairement à ce que vous dites plus haut, ma position n’est nullement d’exonérer la Socgen de sa responsabilité dans l’affaire des subprimes. Simplement ce n’est pas le même procès, ni sur le même plan. Si quelque chose peut être prouvé pénalement contre cette banque elle sera jugée et condamnée (avec toute mon approbation, du reste), mais cela sera un autre procès. Ce que j’essaye d’exprimer et que visiblement j’ai du mal à vous faire comprendre, c’est que l’affaire des subprimes et l’affaire Kerviel sont deux affaires différentes : si l’on juge Kerviel coupable, cela ne rendra pas la banque innocente dans un autre contexte et au cours d’un autre procès. Et si Kerviel est reconnu innocent, on pourra quand même reconnaître la banque coupable. Ce que moi je perçois de votre discours c’est que si vous volez un voleur, vous avez bien raison… Et c’est bien là mon point de désaccord : un voleur reste un voleur, même si le volé est aussi un voleur. Donc moi, ce que je ne m’explique pas c’est comment on peut penser : puisque les banquiers sont tous des voleurs, c’est bien normal de les voler. Non, pour moi, cela n’est pas normal. Et sur ce point là, vous n’avez pas d’argument recevable, ni juridiquement, ni éthiquement. Et que vous ayez pu pu conclure de mes commentaire précédents que j’exonérais la banque de toute culpabilité m’épate : vous avez peut-être raté les cours d’explications de textes pendant les leçons de français au lycée ou alors vous lisez trop vite ! https://s-ssl.wordpress.com/wp-includes/images/smilies/icon_wink.gif

    Aliocha : Rassurez-vous, j’ai tout autant de mal à me faire comprendre. Au passage, Kerviel n’est pas poursuivi pour vol et rien dans ce dossier ne permet de le qualifier de voleur, pas plus que les banques d’ailleurs. Je vous accorderais bien cette commodité de langage si elle ne faussait le raisonnement. Il est poursuivi pour avoir fait son travail au-delà des limites autorisées, un excès de zèle en somme. Ni plus, ni moins. Et comme il était conscient que ce zèle allait dans le sens de son métier, autant que dans celui des attentes de ses employeurs (n’oublions pas qu’à l’époque des faits on était encore dans le culte du fric à tout prix et en toute impunité), mais pas dans celui des limites posées par les gendarmes de son métier (commission bancaire), il a dissimulé aux systèmes de contrôle, mais à mon avis uniquement à eux et pas à sa hiérarchie, ses prises de position. S’est-il enrichi comme l’aurait fait un délinquant passible de la justice pénale ? Non. Par conséquent, ce dossier révèle un problème de formation, de surveillance et d’encadrement. C’est un litige de droit du travail passible des prud’hommes et éventuellement derrière de responsabilité civile de l’entreprise du fait de son préposé en ce qui concerne l’éventuelle indemnisation des actionnaires, pas une affaire pénale. Surtout, je ne vois pas au nom de quoi les n+ partiraient avec leurs bonus, calculés sur les profits de Kerviel et une grosse enveloppe transactionnelle, tandis que le trader se retrouverait en taule. L’injustice est vertigineuse.

    Commentaire par Arlequin — 09/07/2010 @ 22:25

  100. Conflit du travail dites vous ? C’est peut-être votre avis, mais un juge d’instruction, Van Ruymbeke, extrêmement compétent et notoirement non inféodé aux différents pouvoirs, ni celui de la politique, ni celui de l’argent, a été d’un avis tout à fait différent, tellement différent qu’il ne s’est pas déssaisi, ni n’a rendu de non lieu, mais une ordonnance de renvoi, en bonne et due borme, vers un tribunal correctionnel (même le si habile maître Metzner n’a pas plus que ça contesté le tribunal correctionnel). Rien que cela, c’est déjà essentiel. Vous me permettrez de prendre davantage en compte l' »avis » de ce grand professionnel qu’est Van Ruymbeke plutôt que le vôtre qui me semble si plein de ressentiment que je crains que votre jugement n’en soit quelque peu altéré, au risque de vous faire perdre l’objectivité d’un journaliste professionnel. Ce travers (le ressentiment) me paraît, hélas, bien français. Sans doute mes origines et ma culture anglo-saxonne me permettent plus de distance vis-à-vis de l’argent, de ses bienfaits et de ses méfaits. Quant aux bonus des n+x, vous avez sans doute oublié que ces derniers ont été licenciés, certains pointent encore au chômage. Quant aux profits de Kerviel ils se sont en faits soldés par un malus de quelques milliards d’euros… Alors de quels profits parle-t-on !!! En fait, vous êtes victime, parmi bien d’autres, du très remarquable plan com de la communiquante mise au service de Kerviel. Je dois dire qu’il a très bien fonctionné, y compris sur des journalistes que je pensais moins naïfs. En tout cas, en cas de problème tordu, je retiens son nom et son adresse ; elle a fort bien réussi à faire prendre des vessies pour des lanternes à beaucoup de gens, y compris à ceux dont c’est le métier d’être méfiants : nombre d’entre eux ont avalé, l’appât, l’hameçon, la ligne, la canne à pêche, et dans votre cas, même le pêcheur. Quant à l’injustice, vous devez être encore bien jeune pour ne pas savoir que la vie est injuste tout comme l’histoire est tragique. C’est le privilège de l’âge de l’avoir appris. Moi ce qui me paraîtrait injuste, c’est que ce jeune tricheur s’en tire sans dommage : ce serait un bien mauvais signal donné à ceux qui ne trichent pas. Si kerviel est innocenté, je ne m’en porterai pas plus mal, c’est la vie, mais s’il est condamné, je crains que vous, vous n’en fassiez une maladie ! Dommage. Le seul point que je partage avec vous, c’est effectivement que Kerviel a prospéré dans les failles du système que vous pointez très justement : « problème de formation, de surveillance, d’encadrement ». Si cette affaire permet éventuellement d’améliorer cela, la société n’aura pas tout perdu. Mais malheureusement on n’est sûr de rien…

    Aliocha : « Le goût de la vérité n’empêche pas de prendre parti » (Albert Camus), c’est la devise de Marianne2, c’est aussi la mienne. Sur le plan com’. Ainsi, moi j’aurais pu être victime du plan com’ de Kerviel, mais vous bien sûr ne l’avez pas été de celui de la Société Générale. De même que j’ai été victime des témoins qui ont déposé en sa faveur alors que vous avez eu la lucidité de croire ceux qui témoignaient en faveur de la banque. Par ailleurs, comme chacun sait, un juge d’instruction ne se trompe jamais et les prévenus sont systématiquement condamnés. D’ailleurs le procès n’est généralement qu’une formalité destinée à nous faire croire que nous vivons en démocratie et que la présomption d’innocence a encore un sens. Mais j’oubliais, je souffre de ressentiment. En effet, contre tous ceux que j’observe au quotidien depuis le début de la crise et qui me donnent le sentiment désagréable que, comme à chaque fois, on ne tirera les leçons de rien et tout recommencera. Vous reprochiez à JK de n’avoir pas résisté à la tentation de la spéculation, souffrez que personnellement, je résiste à la tentation trop simple de donner raison à la grande banque qui a pignon sur rue et à travers elle au système contre le garçon isolé, qui ne sort ni de polytechnique ni de l’ENA, qui ne peut se vanter d’aucune relation haut placée susceptible de le tenir en dehors du viseur de la justice. Messier va s’en sortir, JK sans doute pas. Selon que vous serez puissant ou misérable….

    Commentaire par Arlequin — 10/07/2010 @ 00:48

  101. Encore une fois, vous vous méprenez : je n’ai écrit nulle part que je donnais raison à une grande banque. Je lui donne grandement tort ! c’est pure (mauvaise) interprétation de votre part. Elle a absolument et définitivement eu tort de se comporter aussi légèrement dans ses procédures de contrôle, dans son choix de responsables incapables de vérifier ce que faisaient les personnels placés sous leurs ordres. Ceci une fois dit, trouvez-moi l’article de loi qui fait de cela un délit pénal. C’est purement et simplement de la très mauvaise gestion du risque, et cela, je le condamne très nettement. Cela vous évitera à l’avenir d’écrire que j’absous la banque : moralement, éthiquement, et d’un simple point de vue de ses propres intérêts, la banque a eu un comportement aberrant. Mais, et c’est peut-être dommage, il n’y a pas d’article du code pénal pour lui faire un procès en correctionnelle sur cette base. On peut lui faire un procès médiatique et moral, et il me semble que ce procès s’est bel et bien tenu, qui n’a pas peu contribué à la chute de son cours en bourse et au départ contraint ou forcé de ses « huiles »…

    En revanche, il en va tout autrement pour l’employé de la banque qui, lui, a profité de ces failles pour avoir un comportement dont le caractère délictueux a été clairement établi au cours du procès et pour lequel la loi prévoit des sanctions… Dura lex, sed lex, dit le proverbe.

    Ceci dit, je suis prête à militer avec vous pour que certains comportements irresponsables des banques ou autres compagnies du CAS 40 soient sanctionnés par un article dans le code pénal, mais même si on y arrivait, aucune loi ne pouvant être rétroactive, la socgen ne pourrait être condamnée pénalement dans cette affaire.

    Pour parodier le XVIIe siècle, on pourrait dire que la différence entre mon analyse et la vôtre, c’est que je vois le monde tel qu’il est alors que vous le voyez tel qu’il devrait être…

    Quant à l’affaire Messier, je trouve tout autant que vous regrettable qu’il s’en sorte aussi aisément grâce à certains artifices juridiques. Il semble toutefois qu’il a quand même perdu quelques plumes, même si en accord avec vous, cela me semble insuffisant…!

    Aliocha : Mais non, je ne dis pas que vous défendez forcément la banque. Je dis que vous suivez la logique qu’a imprimé la Société Générale à ce dossier depuis le départ et que moi je conteste, à savoir : il y a d’un côté un ignoble voyou à envoyer en taule et de l’autre une série d’incompétents à foutre dehors. Si JK s’était enrichi, je serais la première à crier BRAVO ! Comment pouvez-vous penser que j’éprouve d’un côté un ressentiment contre la finance et que de l’autre je suis prête à encenser ou simplement défendre les traders qui sont un maillon du système et sans doute pas le plus innocent. Sauf que, c’est là que je butte, et croyez-moi, ayant comme lui du sang breton, je suis atrocement butée, il ne s’est pas enrichi, il ne correspond même pas au profil du trader qui roule en Ferrari, dîne chez Costes, s’habille avenue Montaigne et collectionne les petites amies mannequins comme d’autres les fins de mois difficiles. Non, il parle de passion de son métier, avoue avec une certaine naïveté un excès d’assurance dans sa capacité à gagner de l’argent et finit par confier avoir été pris dans une spirale virtuelle infernale où l’on joue toujours plus gros, où l’argent perd tout sens, où les repères disparaissent. Dès lors, nous ne sommes plus dans le schéma classique du financier véreux, tout devient beaucoup plus compliqué. C’est dérangeant, je vous l’accorde et en même temps, tellement plus intéressant que les cas habituels de découverte de fraude en temps de crise. Voilà pourquoi à mes yeux c’est un problème de droit du travail, et peut-être même, pour reprendre l’expression d’une de mes consoeurs, une sorte de suicide blanc ou de suicide professionnel, si vous préférez. En tout cas, un problème d’addiction, non détecté, voire même encouragé plus ou moins consciemment par la hiérarchie. Une hiérarchie hautement coupable de n’avoir pas surveillé les outils de contrôle qui sont précisément là pour empêcher ce type de dérive. Alors non, le voyou en taule et les autres licenciés avec de confortables indemnités, ça ne ma va pas du tout.

    Commentaire par Arlequin — 10/07/2010 @ 11:22

  102. Peut-être parce que je ne suis pas Breton, et sans doute bien plus âgé que vous, ce qui fait que j’en ai vu d’autres et de pires, dans notre république bananière de pays, ma capacité d’indignation est sans doute plus émoussée que la vôtre…! Je vous laisse la responsabilité de qualifier Kerviel d' »ignoble voyou », ce que, pour ma part, je ne pense pas qu’il soit. Je le traiterai plutôt de petit con qui s’est cru devant sa console video, sans qu’il est bien saisi qu’il était dans la vraie vie, avec de vrai gens et que l’argent qu’il misait n’était pas des billets de monopoly. Qu’il ait perdu tout repère me semble évident, et c’est cela qu’on lui reproche : que la justice se charge de les lui rappeler ainsi qu’à des imitateurs potentiels ne me semble pourtant pas une si mauvaise chose… Et encore une fois, puisque vous retournez à votre obsession de droit du travail, je trouve ce point vivement discutable, mais je reconnais bien là l’entêtement des Bretons de ma connaissance !

    Aliocha : ajoutez-y une touche de sang basque et une autre de sang gitan, et ça vous donne l’irrécupérable tête de mule que je suis 😉 Plus sérieusement, s’il existe des systèmes de contrôle interne, de gestion des risques, un back office et un middle office, c’est bien parce que l’activité est risquée. Dès lors, j’estime personnellement que l’entreprise est fautive de lui avoir collé un supérieur direct ignorant tout du trading et plus généralement une hiérarchie singulièrement indifférente à l’activité de ses équipes. Nous touchons là à la gigantesque hypocrisie du contrôle interne et à son potentiel hautement déresponsabilisant. Et puis à un autre sujet, encore plus dérangeant : donner des game boy à des gamins de 25 ans en considérant que, bien sûr, ils ne se laisseront pas entraîner dans la logique de la game boy.Sans compter la course au fric dont nous payons aujourd’hui les pots cassés. Et pour l’ensemble de ces travers, on désigne un seul coupable ? Celui qu’on appelait la « cash machine » ou encore la « bonne gagneuse ». Désolée, mais j’ai beau me forcer, je butte inéluctablement sur un os dans cette affaire.

    Commentaire par Arlequin — 10/07/2010 @ 16:06

  103. Ou!, vous butez sur la notion de responsabilité individuelle et la liberté des choix de l’individu.

    Aliocha : la responsabilité en l’espèce de l’un n’exclut pas celle des autres. Je ne dis rien d’autre et Kerviel non plus d’ailleurs.

    Commentaire par Arlequin — 14/07/2010 @ 19:20

  104. Je persiste, la responsabilité individuelle de tous les Français, voire celle de tous les humains, n’exclut en rien celle de Kerviel… Il apparaît dans tous vous commentaires, que celle là, vous l’excluez totalement : seule vous préoccupe celle de ses supérieurs, mais Kerviel est tout autant mise en cause. Et, pour reprendre une formule célèbre en son temps, les banquiers sont responsables, mais pas coupables alors que kerviel est responsable ET coupable…

    Aliocha : Dites, vous ne seriez pas breton, par hasard ? Je n’exclus pas la responsabilité de Kerviel, il l’a avouée, elle est avérée, tout ça est bien clair comme il faut. Ce que j’exclus, c’est la thèse du génial fraudeur isolé trompant la confiance de supérieurs hiérarchiques qui, à les entendre, devraient être béatifiés sur le champ, et la vigilance de systèmes de contrôles qu’on m’a présenté durant des années comme la 8ème merveille du monde et qui, tout à coup, se révèlent aussi peu performants que notre équipe de foot. J’ai du mal à avaler des couleuvres, mêmes coupées en petits morceaux et noyées dans la sauce.

    Commentaire par Arlequin — 15/07/2010 @ 08:46

  105. Non, je n’ai pas l’honneur d’être breton, juste un peu de méridional, beaucoup de suisse et de britannique, d’où l’importance que j’accorde à la notion de responsabilité individuelle qui à mes yeux ne dédouane jamais le comportement délictueux d’un individu. Même dans un système laxiste, arrogant, bref, tout ce que vous en pensez (et grosso modo j’adhère à cela), un individu, Kerviel, qui a un comportement délinquant, ne peut pas se prévaloir d’un mauvais système pour qu’on l’exonère de sa culpabilité. Et donc il me paraît justifié de lui taper sur les doigts. Sinon cela reviendrait à ne pas condamner un petit délinquant de banlieue qui brûle une voiture au motif qu’il vit dans un quartier pourri, que ses parents l’ont mal élevé, qu’il s’est fait entraîner par de mauvaises fréquentations, etc. etc.

    Aliocha : faut-il vous rappeler que Jérôme Kerviel est le seul dans cette affaire à reconnaître sa responsabilité ? Ses n+ n’ont fait, durant tout le procès, que répéter qu’ils n’étaient au courant de rien et qu’ils ont été trahis (qu’ils sont drôles ces banquiers à parler de confiance trahie), jusqu’au président lui-même qui nous a servi une scène digne des plus grands tragédiens. Comédie humaine…Tenez, vous savez quoi, ça continue la course au fric. L’AMF a chopé récemment une banque, j’ignore laquelle, qui plaçait des produits risqués à des retraités. Moyenne d’âge des victimes ? Plus de 80 ans. Soit on leur rendait visite chez eux, soit on les convoquait à l’agence et plusieurs conseillers bancaires leur tombaient sur le poil pour leur faire abandonner leur livret A au profit du produit miracle. Et on essaie de me faire croire qu’on n’a pas poussé la cash machine Kerviel à franchir les limites ? Désolée, je ne marche pas. C’est dans le rapport du médiateur de l’AMF, page 18.

    Commentaire par Arlequin — 15/07/2010 @ 12:37

  106. Donc si je vous lis bien, on devrait absoudre Kerviel au motif que les banquiers ne sont pas poursuivis ?

    Et, si je vous comprends bien, on peut laisser courir les petits casseurs, ne pas les condamner, ni même les déférer à la justice, puisqu »on ne fait rien contre les architectes qui ont bâti les cages à poule des années soixante, qu’on ne s’en prend pas à leurs parents qui n’ont pas su les élever, à l’école qui ne leur a pas appris le minimum d’esprit civique, et j’en passe. Là, c’est moi qui ne marche pas.

    J’en reviens toujours à la notion de responsabilité individuelle qui, si on la nie, prive les hommes de leur humanité : le fait que les banquiers ne prennent pas les leurs, n’excuse en rien Kerviel.

    Aliocha : non, vous me lisez mal puisque vous refusez de voir que le seul qui assume ses responsabilités, c’est Jérôme Kerviel. Vous devriez donc vous indigner puisque vous êtes si sensible à la responsabilité individuelle – moi aussi d’ailleurs – vous indigner donc que tous les autres disent « on n’a rien vu, c’est pas notre faute, c’est le petit voyou irresponsable qui nous a trompés ». La vérité, voyez-vous, c’est qu’on a poussé le petit jeune à jouer la « cash machine », à être une bonne gagneuse, sans trop s’intéresser à la manière dont il s’y prenait. Et puis un beau jour, il a explosé tous les ratios, et là, la cash machine est devenu un épouvantable fraudeur. C’est tellement facile….Relisez les Frères Karamazov, Dostoievski y soulève notamment une très bonne question : qui est le véritable criminel, celui qui tient le couteau ou celui qui l’encourage à tuer ? Ce n’est pas déresponsabiliser que de rechercher toutes les responsabilités. Ca l’est en revanche de désigner un bouc-émissaire et de refuser de voir plus loin. Evidemment, ça oblige à sortir du confort intellectuel.

    Commentaire par Arlequin — 17/07/2010 @ 10:54

  107. Celui qui tient le couteau a toujours le choix individuel de le lâcher… Et personne ne l’a forcé à exploser la machine, ce n’était pas ce qui lui était demandé. Les patrons responsables n’assumant pas leur responsabilités, doit-on pour autant exonérer Kerviel de la sienne ?

    Aliocha : Bon, reprenons. Imaginez-vous à sa place. Depuis des mois, vous faites des résultats très supérieurs à ce que vous permet votre activité mais vos chefs ne se demandent pas un instant si c’est cohérent. Mieux, ils vous demandent combien vous avez fait et vous félicitent. Ils veulent même industrialiser votre stratégie. Et puis un jour, vous gagnez trop, tellement trop qu’on est obligé de regarder ce que vous faites. Il faut dire que les comptables doivent cloturer en urgence parce que la BDF veut connaître l’exposition de toutes les banques françaises sur les subprimes. Tout le monde dessaoule d’un seul coup. Les clignotants qu’on refusait de voir, on les découvre, la haute hiérarchie met son nez dans tout ça avec la peur au ventre parce qu’il va falloir se déculotter devant la BDF et faire des annonces au marché. Du coup, tout le monde vous lâche. On annonce à l’amf et à la BDF le 20 janvier qu’on a chopé un ignoble fraudeur, puis le 23 au gouvernement la même chose, puis le 24 au marché en diffusant au passage une affreuse photo aux médias et en laissant entendre que vous êtes en fuite (splendide travail de com’). On vous met en garde à vue, puis en détention provisoire. Pendant ce temps, vos chefs sont virés avec des indemnités de plusieurs centaines de milliers d’euros et réembauchés ailleurs pour la plupart. Quant à vous, vous devenez l’ennemi public n°1 à qui on promet 5 ans de taule. Mais évidemment, vous trouvez ça normal, n’est-ce pas ? Eh bien moi pas.

    Commentaire par Arlequin — 17/07/2010 @ 14:40

  108. Sauf que : les résultats très supérieurs, il les a caché, parce que justement cela indiquerait une fraude… Les félicitations étaient fondées sur des résultats inférieurs à la réalité et justement, il s’est employé à faire des faux et toutes sortes d’autres dissimulations afin de dissimuler à son employeur ce qu’il était en train de faire. Et cela, bien avant que cela devienne tellement gros qu’il finit enfin par être découvert (les premières prises de risques off limits datent de 2007, au moment où le supérieur compétent change d’employeur)… Cela ne fait pas de lui l’ennemi public (tout ce qu’on exagère s’affaibli…), mais un fraudeur et, comme tout fraudeur, il mérite d’être puni. Et si, de plus, au moment où va avoir lieu son procès, il se fait payer (par qui ?) Patricia Chapelotte, la reine parisienne de la comm (qui lui fait un plan média digne d’une rock star), son affaire attire l’attention des médias, et par la suite du public, il me semblerait malvenu qu’il vienne se plaindre qu’on le prenne pour l’ennemi public, il l’a bien cherché ! Si je ne verse pas de larme pas sur les gros délinquants, je ne pleure pas davantage sur les petits et ce jeune homme a quelque part un peu cherché ce qui lui arrive.

    Aliocha : Non, les première prises de position off « limites » (lesquelles de limites, d’ailleurs, c’est l’une des questions du procès) c’est 2005 sur Allianz, on l’engueule un peu et on augmente ses autorisations et ses objectifs. Et ce n’est pas Patricia Chapelotte qui en a fait la proie des médias mais bien la SG dès le 24 janvier en parlant d’une fraude exceptionnelle et en diffusant le bruit qu’il serait en fuite. Il en faut généralement moins pour exciter les médias. Il a en face de lui une grande banque, avec des appuis puissants, un service de com’ puissant, appuyé sur LA reine parisienne de la com’, Anne Méaux d’Image 7 qui a des « amis » dans toutes les rédactions, une armée de juristes internes, des bataillons entiers d’avocats, et par là-dessus la justice pénale qui s’est prise après sa peau. A partir de là, deux solutions : il se laisse envoyer en prison sans se défendre pour la plus grande gloire du système, ou il accepte les services des professionnels qui se bousculent à sa porte pour bénéficier de sa très involontaire notoriété.

    Commentaire par Arlequin — 19/07/2010 @ 19:24

  109. Je parlais des positions off limits importantes. Au début, il a joué petit et s’est fait savonner par son chef. C’est lorsque ce dernier est parti, qu’il a peu à peu dépassé toutes les bornes… Et il en était bien conscient de mal faire, puisqu’il n’osait pas faire état de ses gains (qui auraient prouvé qu’il jouait beaucoup plus gros que ce qu’il était autorisé à jouer). Quant au remue ménage dans les média, le plus gros du plan com est bien le fait de Chapelotte, depuis janvier 2010, la socgen l’a plutôt joué modeste pour une fois. Certes, comme tout accusé, Kerviel avait tous les droits de se défendre, mais à mon sens et ce que j’ai suivi du procès montre qu’il a toujours autant d’arrogance et celui lui a certainement nui auprès des juges. Il a eu de bons maîtres sur ce plan là, mais il a été un élève doué. De là à le présenter comme un David contre un Goliath, il y a un pas que je refuse absolument de franchi. Nombre de petits délinquants auraient apprécié d’être aussi bien entourés pour leur défense….

    Aliocha : Vous avez raison, pendons-le haut et court pour préserver la réputation d’un fleuron bancaire français et ne surtout pas voir les dysfonctionnements chroniques qui l’affectent, pour sauver la réputation de la Place de Paris en pleine crise, pour pouvoir continuer à dire qu’il n’y a pas de scandales financiers en France, que nos banques sont mieux organisées, plus solides, mieux surveillées et plus raisonnables que leurs copines américaines. Pendons-le haut et court pour sauver Daniel Bouton en prise avec une class action aux Etats-Unis. Pendons-le haut et court pour maintenir l’esprit de caste dans ce pays et bien montrer que celui qui n’est ni inspecteur des finances ni polytechnicien ne peut s’attendre en cas de faute qu’à la taule. Pendons-le haut et court pour que tout le monde comprenne que les magouilles sont acceptables tant qu’elles restent invisibles. Pendons-le haut et court pour qu’il soit bien clair que si les banques repassent leurs clients tous les jours, en revanche nul n’est autorisé à tromper leur confiance. Pendons-le haut et court pour nous rendormir tranquillement en attendant la prochaine catastrophe. Le sacrifice qu’on exige de lui est si noble que je me demande encore pourquoi il résiste. C’est sans doute qu’il n’a pas compris qu’il était un genre de Christ moderne censé sacrifier sa liberté et son nom sur l’autel du fric. Dans la droite ligne du commentaire de Tschok ci-dessous, je propose de le crucifier sur le logo de la Société Générale.

    Commentaire par Arlequin — 23/07/2010 @ 16:13

  110. Oui Arlequin, vous inquiétez pas, on va le pendre haut et court ce petit salopard.

    Quoique l’écartèlement serait pas mal aussi. Ou la lapidation.

    Non, ça y est j’ai trouvé: on va lui verser de l’or en fusion dans la gorge.

    Puni par là où il a péché.

    Commentaire par tschok — 23/07/2010 @ 16:38

  111. Comme vous ne le savez sans doute pas : tout ce qu’on exagère s’affaiblit…!

    Commentaire par Arlequin — 24/07/2010 @ 11:48

  112. Pas tout.

    Regardez l’intelligence, par exemple.

    Commentaire par tschok — 24/07/2010 @ 12:53

  113. « Quand on est pris dans l’engrenage d’une pareille passion ou d’un pareil vice, il faut y passer tout entier » (Maupassant – Un sage – nouvelle de 1883).

    « Engrenage » le livre de Jérôme Kerviel c’est « L’orgie perpétuelle » de Mario Vargas Llosa (L’orgie perpétuelle – Flaubert et Madame Bovary – Ed. Gallimard 1975)c’est-à-dire une part de vérité qui s’apparente à la phrase de Flaubert : « Le seul moyen de supporter l’existence, c’est de s’étourdir dans la littérature comme dans une orgie perpétuelle ».

    Ici, la littérature, c’est celle de l’information économique et financière, une grammaire avec laquelle JK s’étourdissait quotidiennement au sein de l’orgie bancaire :

    « Au sein de l’orgie bancaire, les traders ont donc juste droit à la même considération que n’importe quelle prostituée de base : la reconnaissance que la recette a été bonne (P.14) ;

    Je ne percevais pas à quel point j’étais aliéné dans l’ensemble de ma personne, et jusque dans ma vie affective (P. 23) ;

    J’avais pris des risques excessifs, mes positions étaient trop fortes, et j’avais d’autant plus succombé à la griserie des chiffres et à la passion de mon métier qu’aucun garde-fou n’était venu me freiner dans mon mouvement (P. 60) ;

    Ma vie privée était réduite au strict minimum, dévorée qu’elle était par ma vie professionnelle (P. 111) ;

    Avec le recul, je me rends compte que ce jour-là, je n’attendais qu’une chose : qu’on vienne me voir, le cas échéant pour m’engueuler, ou à tout le moins pour m’exposer le problème ; et qu’on mette un terme à la course folle dans laquelle j’étais en train de me précipiter. Je sentais obscurément que je dépassais les limites du raisonnable, mais je ne voyais pas comment stopper la machine. » (P. 150).

    Paradoxalement, avec une déconcertante solidité psychologique, JK à des nerfs d’aciers et fait preuve d’une capacité à résister au stress, notamment, lorsque que son frère lui conseille de s’enfuir pour Londres :

    « Je me ressaisis. J’expliquai à mon frère que je ne partirais ni à Londres ni ailleurs. C’est ce que voulais la Société Générale, donc précisément ce qu’il ne fallait pas faire. L’urgence n’était pas de fuir, mais de faire face en mobilisant toutes les forces possibles. Il me fallait un avocat » (P. 63) ;

    Puis, en prison : « Il fallut rencontrer la psychologue ; une femme d’un abord agréable mais un peu surprenante, qui se contenta pour le premier jour de me poser des questions sur mon moral et de me proposer des pilules pour dormir. Je les refusai. Elle insista jusqu’à me faire accepter un demi somnifère que, sitôt revenu en cellule, je posai sur la table où il resta tout le temps de ma détention. Je ne voulais pas rentrer dans ce système, devenir l’un de ces types suspendus dans l’attente de leurs cachets du soir » (P. 200).

    JK n’est donc pas une créature c’est un homme avec ses forces et ses faiblesses avec des qualités et des défauts avec sa part d’ombre où l’on voit, par exemple, que JK possède une estime de soi, pour le moins, surdimensionnée quand on lit :

    « La Société Générale avait certes pris soin d’annoncer que la position avait été soldée par le trader star de la banque, un pro de chez pro ; ce qui était vrai. Cette personne, très expérimentée, comptait probablement parmi les meilleurs traders de la place. (P. 63) ;

    Puis, plus loin… « En un mot : je ne comprenais pas comment des spécialistes aguerris de la finance avaient pu se débrouiller aussi mal dans un délai aussi court » (P.69).

    On connaît maintenant la déclaration faite par Maxime Kahn, ce responsable du trading Europe de la Société Générale, PDG d’une des filiales la société SG option.

    Assurément, une de ses « qualités » c’est d’avoir fait la nique à la prétention de ces grandes écoles napoléoniennes prestigieuses qui forment des managers dont on sait que, dans les grandes entreprises, ils ne sont pas nécessairement des techniciens mais souvent formés au maniement des hommes.

    Si JK a « rentré dans la bécane » de massives positions fictives, nul professionnel du reporting et du middle office digne de ce nom, ne peut ignorer les flux de trésorerie quotidiens liés à la gestion de ces positions ouvertes, hedgées ou pas, dont personne ne réclame le déposit ni les appels de marge perdants…

    C’est pourquoi JK ne dit jamais que la Société Générale savait mais, en quelque sorte, qu’elle ne pouvait pas ne pas savoir…

    Et, pour cause : « La seule réflexion, hâtive, vint de Philippe Baboulin : c’est quoi, ça, cet écart ? Tu te démerdes, tu règles le problème. Je fournis donc par mail une vague réponse au middle-office chargé de contrôler le résultat. Il s’agissait, écrivis-je, d’opérations sur des futures pas encore couvertes à cause de problèmes liés à la gestion de mon book ; le prix serait calculé d’ici cinq jours.

    Dans l’attente j’avais saisi une identité quelconque dans le système pour compenser. Cela était assez fumeux mais ils acceptèrent mon explication, et le patron du risque valida l’opération et fit procéder aux ajustements nécessaires en la passant au compte des « opérations diverses ». Philippe Baboulin, après ce mail d’explication me lança même : ok, bien joué. Il faudra néanmoins blinder le process pour la suite. Ce que, bien sûr, je n’ai pas fait; loin de « blinder le process », j’ai amplifié les opérations fictives sans susciter plus d’inquiétude autour de moi » (P. 149)

    Aliocha : Fichtre, c’est une lecture attentive et éclairée ! Je crois en effet qu’il s’est étourdi. A sa décharge, le besoin d’étourdissement est généralement le signe d’une âme bien née, en tout cas, c’est ma théorie personnelle, laquelle je vous l’accorde souffre sans doute d’un excès de romantisme 😉 Arrogant Kerviel ? Je dirais plus exactement influencé par l’arrogance du milieu dans lequel il évoluait et qui lui a fait croire qu’il était infaillible. Sur le débouclage, je n’ai pas le livre sous la main, mais l’ayant lu plusieurs fois je me souviens très bien qu’il écrit quelque part qu’il est toujours facile de refaire l’histoire a posteriori et qu’il se garderait bien de prétendre qu’il aurait fait mieux. Amusant que j’ai vu uniquement la modestie quand vous n’avez aperçu que l’arrogance. Si la psychologie du personnage vous intéresse, voyez cette interview, tout à fait fidèle à la réalité : http://www.last-video.com/jerome-kerviel-video-sept-a-huit

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 26/07/2010 @ 13:38

  114. Arrogant ? Je ne sais pas ! S’il a été influencé, alors, c’est un réflexe conditionné.

    En tout cas, ce que je relève, sur un point précis, (celui du débouclage) c’est que JK fort présomptueusement, je trouve, estime que son ancien employeur c’est mal débrouillé…

    D’une manière générale, une estime de soi élevée peut rendre hermétique à des informations importantes : on sait, par exemple, que les personnes à haute estime de soi supportent mieux les échecs, en partie parce qu’elles ont tendance à les « externaliser », c’est-à-dire à en attribuer les raisons à des causes étrangères à elles-mêmes.

    Ce qui les conduit parfois à perdre le contact avec la réalité.

    Comme le précise la vidéo : en réalité JK est devenu véritablement trader en 2007 soit environ, si j’ai bien compris, une année (minute vidéo : 4.30) alors même qu’il prétend l’avoir été en 2005 (minute vidéo : 3.55 et – Engrenage – P. 109).

    Certes, aux « âmes bien nées la valeur n’attend pas le nombre des années » et je souscris même, bien volontiers, au romantisme quand St Augustin dit que : « Celui qui se perd dans sa passion à moins perdu que celui qui a perdu sa passion ».

    Mais, au-delà même de cette petite contradiction, en l’absence d’une pratique aguerrie JK, trader débutant, ne valide donc pas une expérience significative pour opposer, me semble-t-il, une expertise pertinente et suffisante à un « pro de chez pro ».

    Reste que le récit de JK, sa part de vérité, est un témoignage instructif de son système de défense qui se lit comme un roman.

    Aliocha : je crois que pour comprendre, il faut accepter d’entrer dans sa logique. Selon lui, ses supérieurs le traitaient de « cash machine » et l’encourageaient tous les soirs à gagner plus. Et il faut bien avouer qu’entre 2005 et 2007, il gagnait, jusqu’à engranger 1,4 milliards au 31 décembre. Quand vous gagnez, que vous êtes reconnu comme doué, le sentiment d’infaillibilité vient vite et avec lui, ce qui s’apparente à de l’arrogance. Il est débutant ? Certes, mais tous les témoins qui se sont succédé à la barre étaient aussi jeunes que lui ou presque. N’oubliez pas que la moyenne d’âge tourne autour de 30 ans dans les salles de marché. Un autre déboucle sa position et affiche une perte de 4,9 milliards ? D’abord il conteste la perte, car la position était la sienne, mais son débouclage est le fait d’un autre. Il a donc intérêt pour sa défense à critiquer ce qu’on a fait derrière lui et dont il ne saurait être tenu pour entièrement responsable. Ensuite, le débouclage ne pouvait objectivement qu’être mauvais puisqu’il est intervenu sur 4 jours de bourse (a priori, le débouclage n’était pas totalement achevé lors de l’annonce des pertes le jeudi matin) dans un contexte de marché calamiteux. Je ne sais plus où j’ai lu qu’on disait d’ailleurs sur les marchés que l’opération avait été « une boucherie ». Donc, quand il parle de cet épisode, c’est moins sans doute de l’arrogance qu’un argument de défense doublé d’un constat objectif. Cherchez dans le livre, (que je n’ai toujours pas sous la main) il écrit qu’il ne se laissera pas aller au trop facile « j’aurais fait mieux ».

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 27/07/2010 @ 16:18

  115. Page 32, en effet, JK en fait le récit suivant :

    « J’en arrivai même à envisager le pire des scénarios possible : mes gains de l’an passé allaient être anéantis par mes pertes actuelles si je devais déboucler mes positions dans l’urgence[…] J’avais pris des risques de plus en plus élevés en engageant sur le marché des positions énormes pour un total de 50 Mds €, une somme que je n’avais jusqu’alors jamais atteinte[…]Un tel engagement me plaçait en dessous de pertes possibles, je me retrouvais dans la situation de l’équilibriste qui avance sur un fil tendu au-dessus de l’abîme : le moindre faux pas, le plus petit événement imprévu, et je risquais la catastrophe[…]J’étais convaincu que, par un rebond technique, les cours allaient remonter en février – ce qui d’ailleurs s’est révélé exact dans la deuxième quinzaine de février, mais à cette époque mes positions avaient été débouclées à la hâte par mon successeur (Maxime Kahn:responsable du trading Europe SG, PDG d’une des filiales de la SG et manager de 90 traders). La situation aurait-elle abouti à la même catastrophe si on m’avait maintenu au manettes ? Il est toujours facile de refaire le match qui a été perdu par d’autres ; je me garderai de jongler avec différentes hypothèses ».

    Je retiendrai également cette autre passage de l’état d’esprit de JK dans cette « orgie bancaire »:

    « Ma vie de trader avait débuté dans l’angoisse; celle qu’avait suscitée la comparaison entre les sommes que je manipulais et la vie concrète.Peu à peu, je m’y étais habitué jusqu’à ne plus les voir. Anesthésié par une sorte d’inconscience et le tourbillon des gains que j’engrangeais mois après mois, j’avais tenté d’agir au mieux dans un sens favorable à la banque. Les événements qui survinrent en janvier 2008 m’arrachèrent à ce rêve pour me ramener à la réalité ; celle de la fragilité du système et de ma propre vulnérabilité[…].J’avais connu de vraies émotions, mais je les payais au prix fort.(P.152)

    Aliocha : Je vais vous dire, pour moi, on a mis dans cette fameuse salle du desk delta one quelqu’un qui n’était pas du sérail, qui ne s’était pas préparé à cette fonction et qui a fini par éclater un système dont il a intuitivement absorbé la logique jusqu’à l’incarner parfaitement dans son aspect obscur et incontrôlable. Question sans doute de psychologie, le garçon m’apparait obsessionnel, profondément solitaire, bucheur jusqu’à la déraison, sujet à l’addiction, rêveur, un brin naïf et soucieux de bien faire pour qu’on l’aime. Plongez un tempérament pareil dans un endroit qui lui apparait prestigieux, où l’on développe le culte de la performance et de l’excellence, donnez lui un outil de travail qui est un concentré d’adrénaline pure, dont la dimension virtuelle permet à son tempérament rêveur de croire que tout est possible à condition de s’abrutir de travail et d’avoir du flair, collez lui des chefs pas trop regardants qui le félicitent et donc l’encouragent dans sa quête d’affection et de reconnaissance ainsi que dans son sentiment de toute-puissance dans ce monde virtuel et vous avez au final l’individu qu’il décrit lui-même : un être piégé dans un engrenage. C’est un accident. Il s’est trouvé là où il n’aurait jamais dû être. D’ailleurs, je trouve que ses mensonges et ses dissimulations sont ceux de n’importe quel individu sujet à une addiction, le joueur, l’alcoolique, le fumeur invétéré. Les mensonges m’apparaissent étroitement cantonnés à son « vice ». Sur tout le reste, il est cash et même étonnamment franc. Il avoue tout de suite ses fautes à la police, ne variera jamais de position, laquelle, si on accepte de le suivre est assez juste au fond en terme d’analyse des responsabilités : j’ai fauté mais je ne veux pas être le seul à payer parce que ce n’est pas moi qui ai inventé ce système et surtout parce qu’on m’a poussé au lieu de me retenir, parce que mon addiction se traduisait par des performances et des primes et que ça arrangeait tout le monde de ne pas regarder de trop près comment j’y arrivais. Au fond, pour qu’il puisse déclarer 55 millions de gains en 2007, soit, avec une limite d’investissement de 125 millions, une rentabilité de 45%, sans que personne ne s’inquiète alors qu’une telle rentabilité est inenvisageable dans une activité d’arbitrage, il fallait bien qu’au-dessus de lui il y ait aussi des rêveurs, des gens qui ont cru qu’ils avaient entre les mains une future légende du trading.

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 28/07/2010 @ 09:03

  116. @ Aliocha,

    « il fallait bien qu’au-dessus de lui il y ait aussi des rêveurs… »

    Moins des rêveurs, me semble-t-il, que des aveugles – de la catégorie de ceux qui ne veulent pas voir. Qu’a vraiment vu celui qui refuse de voir ce qu’on lui montre? Que sait vraiment celui qui ne veut pas savoir ce qu’on vient lui révéler?

    Commentaire par Fantômette — 28/07/2010 @ 15:10

  117. Tiens, c’est marrant, on se met à discuter de choses sérieuses et les deux imbéciles de service – Augustissime et Arlequin, comparant en fourragères avec médailles de la légion d’honneur, au garde à vous dans l’uniforme de l’habitude – n’en mouftent plus une.

    Je trouve que l’intelligence, cébo.

    Cébo parce que ça a rapport à une surface et à une capacité de pénétration.

    Et quand on leur demande de plonger, aux imbéciles de service, on voit bien, tout de suite, qu’ils ne peuvent pas crever la surface. Ils rebondissent, comme des galets. Ils rebondissent, sans fin. Et ça en devient du talent, dans le discours, mais pas dans la pénétration.

    Commentaire par tschok — 28/07/2010 @ 16:32

  118. Aliocha,

    Faites ce que les recruteurs de Kerviel n’ont pas fait correctement: replacer le dans la pyramide de Maslow.

    Il est à l’étage reconnaissance d’autrui. Jusqu’à la folie.

    Il a besoin d’être aimé, absolument. Bizarrement, c’est un bon flic, un bon juge, un bon soldat, un bon tueur, un bon ministre.

    Ce type de personnalité a toujours existé dans les systèmes.

    Ce qui fait qu’il est très novateur, c’est qu’à sa façon, c’est une midinette. Une midinette du million d’euros, mais une midinette: il ne suffit que de cela pour que le système parte en couille.

    Si vous faites la comparaison entre Kerviel et de Gaulle, vous vous rendez bien compte du gap.

    Pas si évident que cela pour nous, Français, qui avons voté pour une midinette au masculin, genre mâle dominant: Sarko.

    Depuis, nous sommes plongés dans des affaires de midinettes (mâles ou femelles, peu importe).

    Bon Augustissime, je voulais pas me fâcher avec toi, mais comment elles vont, tes couilles?

    Aliocha : Aliocha Karamazov était aussi sans doute une midinette aux yeux de son frère Ivan. D’une manière générale, les gens qui obéissent à d’autres réflexes que ceux dictés par le besoin de survivre apparaissent souvent comme des midinettes. Ne soyez donc pas cynique, Tschok, vous savez bien qu’au fond, ce sont des subversifs, et quelque chose me dit que vous aimez les êtres subversifs 😉 Je ne pense en disant cela ni à De Gaulle, ni à Sarkozy, évidemment.

    Commentaire par tschok — 28/07/2010 @ 16:45

  119. Bonjour Aliocha,

    Euh… j’ai mal compris, peut-être. Vous pensez que J. Kerviel est subversif?

    Kerviel n’est pas subversif, et il ne me semble pas se revendiquer comme tel.

    Les personnes qui apparaissent comme des midinettes ne sont pas essentiellement « celles qui obéissent à d’autres réflexes que ceux dictés par le besoin de survivre », mais au contraire celles qui, à un moment donné, vont se mettre à figurer – plus ou moins volontairement – une soif de reconnaissance et d’affection qui peut rapidement les conduire à s’instrumentaliser elles-mêmes dans la folle poursuite de ce seul objectif.

    Les midinettes ne remettent pas en cause un ordre établi dans lequel, au contraire, elles s’obstinent à inscrire parfaitement leur trajectoire – un ordre accepté, assumé, maitrisé, dont elles s’assignent pour mission de devenir les fidèles servantes (à défaut d’en être de convaincants missionnaires).

    Il n’y a jamais grand chose de subversif dans leur attitude.

    Aliocha : je n’ai pas dit que ses intentions étaient subversives, j’ai dit que son rôle s’était avéré subversif, précisément parce qu’il a cherché autre chose dans le système que ce qu’il avait à offrir et donc perturbé sa logique. Par ailleurs, je conteste absolument l’accusation de « midinette » lancée par Tschok. La définition que m’en offre Internet est la suivante : « jeune citadine naïve, sentimentale et frivole ». Je ne vois donc aucun rapport. JK bossait nuit et jour parce que son boulot le passionnait et qu’il voulait le faire bien, je ne vois pas ce qu’il y a de « midinette » dans ce comportement.

    Commentaire par Fantômette — 29/07/2010 @ 09:55

  120. Dans une perspective plus large, l’addiction au travail que vous évoquez peut être liée à cette nouvelle forme de pathologie où l’individu devient esclave de son activité.

    « Le travail donne un sens à la vie : c’est dans et par le travail qu’on acquiert dignité et valeur ».

    Cette idéologie, de nombreux chercheurs l’ont analysé et critiqué avec la sophistique managériale qui va avec, dont les gourous du management, ces nouveaux prophètes, se disent être en contact avec la vérité.

    Idéologie qui a même infiltré les milieux politiques. Deux mois à peine la présidentielle de 2007, Christine Lagarde, prononce devant l’Assemblée un discours symptomatique de l’ère actuelle, où elle affirme que : « Le travail est une chose essentielle à l’homme pour mener une vie équilibrée, indispensable à l’individu pour s’accomplir ».

    Le travail n’est plus un moyen de subsistance dont la valeur est instrumentale ; il possède en tant que tel, une valeur intrinsèque. « Rien ne tisse mieux que le travail des liens entre les hommes, par-delà les hiérarchies sociales, par-delà les frontières », poursuit le ministre.

    On se croirait dans un conte de fées, version Manpower, où le travail transforme la société en un monde irénique, où chacun partage son potentiel avec son prochain ; où tous ont la possibilité de se surpasser et d’être ainsi reconnus à leur juste valeur.

    La concurrence effrénée à laquelle se livrent non seulement les entreprises, mais aussi les individus, et qui conduit certains à franchir la ligne jaune, serait-elle une pure vue de l’esprit ?

    Entendons-nous bien. Personne niera, en dehors des nostalgiques fatigués du Droit à la paresse de Paul Lafargue, que le travail donne une forme d’accomplissement de soi, notamment dans le champ social. Il permet non seulement de « transformer » le monde mais aussi de « se transformer » soi-même. Il modifie notre rapport à autrui et détermine notre manière de voir les choses.

    On le sait bien au moins depuis Freud : travailler et aimer sont les objectifs de civilisation les plus importants auxquels la psychanalyse apporte son concours.

    Mais, cette idéologie accompagnée de la sophistique managériale parvient à persuader les individus que pour « être eux-mêmes », il leur faut être productifs, efficaces, performants et winners…Leur authenticité se développe dans et par le travail…Rien ne peut exister en dehors du monde de l’entreprise…L’individu n’est plus défini qu’au travers de son entreprise.

    Rien d’étonnant avec une telle idéologie que de plus en plus de travailleurs développent, comme il a été par ailleurs souligné par beaucoup de chercheurs, une véritable forme d’addiction au travail, une relation pathologique caractérisée par la compulsion à consacrer leur « job » toujours plus de temps et d’énergie (ce sont les fameux workaholics).

    « Le désir normal (et sain) d’exister et d’être reconnu comme sujet à part entière se transforme en besoin de se « réaliser » par le travail. Il peut alors arriver qu’un individu cherche sa place dans le monde uniquement au travers de son activité, sans se laisser ni le temps ni l’énergie d’exister par ailleurs.

    C’est comme si le travail devenait le miroir où trouver les images capables de lui restituer sa véritable personnalité. Parvenant à ce stade, s’identifiant intégralement aux intérêts de son entreprise avec laquelle il noue une relation fusionnelle, l’individu perd la capacité de se rendre compte de la manipulation à laquelle il est soumis (Michela Marzano : Extension du domaine de la manipulation : de l’entreprise à la vie privée – Ed. Grasset 2008).

    Cette relation fusionnelle fonctionne si bien que, devant un risque mal maîtrisé ou une faute commise le salarié peut ressentir sa vie comme vide de sens. Il a échoué aux yeux de ceux qui lui ont fait confiance et il n’a pas été à la hauteur des attentes – celles des autres, mais aussi les siennes. Que vaut désormais sa propre existence ? »

    «J’ai retenu les leçons de mon histoire : durant des années mon existence s’est construite autour de mon seul travail, au détriment des êtres qui me sont chers. Je sais désormais que je ne pourrai reconstruire mon existence de façon solide qu’avec eux » Jérôme Kerviel – Engrenage – (P. 249).

    Aliocha : Tout nous ramène à un problème de droit du travail et non pas de justice pénale 😉 Je retiens l’ouvrage que vous citez. De mon côté, j’avais réalisé il y a quelques temps une enquête sur le stress au travail qui aboutissait aux mêmes conclusions que les vôtres. En substance, les psy me disaient qu’on pouvait travailler énormément, sans problème, à partir du moment où l’on avait la maîtrise de ses horaires et la reconnaissance. Le danger survient lorsqu’on perd un des deux – ce qui n’est pas le cas de JK – et aussi lorsque l’individu se coupe de toute vie sociale et privée pour se consacrer uniquement à son travail. Mais à ces considérations générales, il me semble qu’il faut ajouter des éléments spécifiques liés à la psychologie du trader. Je n’ai pas lu ce livre mais l’interview est intéressante. A cette réserve près que lors des débats, JK a nié avoir découvert une martingale comme le prétendent ses supérieurs. http://www.communication-sensible.com/download/principe-incertitude-et-comportements-risque.pdf

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 30/07/2010 @ 13:10

  121. Bonjour Aliocha,

    Ce qu’il y a de midinette dans son comportement, c’est la logique qui le sous tend et l’objectif qu’il poursuit. « Rêveur, un brin naïf et soucieux de bien faire pour qu’on l’aime« , c’est vous même qui l’écrivez plus haut, et ce n’est pas une mauvaise définition de la midinette.

    Travaillait-il vraiment parce que son boulot le passionnait et qu’il voulait le faire bien ? Ou pour gagner l’admiration et l’affection de ses pairs et de ses supérieurs?

    Je ne doute pas que lui-même puisse présenter les choses de cette façon (« mon travail, ma vie, ma passion »), mais je doute, par contre, que cela soit le reflet exact de ce qu’il vécu, même subjectivement. Ne serait-ce que parce qu’il n’a pas bien fait son travail.

    Il a malmené ses fonctions comme un petit homme irritable peut malmener son épouse, tirant prétexte d’une fascination prétendument passionnée – alors qu’elle est essentiellement ambiguë.

    Aliocha : je reconnais bien là votre joyeuse habitude de me provoquer 😉 Reprenons du départ. Tout le monde bloque sur le fait qu’il n’a pas détourné d’argent. C’est le noeud du problème. S’il n’a pas agi par intérêt, alors pour quelle raison ? Lui répond, « par passion de mon métier » et souligne au passage le mal qu’il a à faire comprendre cette passion. Je le comprends, moi aussi. Passons. Son métier est prodigieusement addictif parce qu’il fonctionne à l’adrénaline pure et sur un mode virtuel. C’est là que la passion devient dangereuse et peut déraper. Il dit lui-même que si on lui avait intimé l’ordre d’arrêter « ses conneries », (première interview dans 7 à 8 ) , il aurait arrêté. Seulement voilà, tout au contraire, on l’encourage, on le flatte, on l’appelle la « cash machine », bref, on lui donne le sentiment qu’il fait bien. Vous n’avez pas besoin de reconnaissance vous ? Je gage que si. D’ailleurs interrogez des psy, ils vous diront que ce qui contribue à l’équilibre d’un individu dans un job stressant, c’est la reconnaissance. L’un d’entre eux m’avait expliqué un jour que s’il y avait moins de dépression chez les chirurgiens que chez les anesthéistes, c’est que les premiers sont remerciés par leurs patients, pas les seconds. Donc la reconnaissance, c’est vital. Surtout si, comme lui, vous avez négligé votre vie personnelle et que vous n’avez plus que votre boulot dans la vie. C’est ce qui m’amène, dans un raccourci un peu rapide, à dire qu’en effet il a recherché de la reconnaissance et sans doute de l’affection pour préserver son équilibre psychologique. C’est ce que décrit le chevalier bayard un peu plus haut. Donc ce n’est pas lui, JK, spécifiquement, qui cherche de l’affection dans le boulot, c’est la position dans laquelle il s’est retrouvé qui l’a mené là. Et comme cette position était « pathologique », elle a débouché sur une catastrophe. On est très loin je trouve de la « midinette », en revanche on est au coeur du stress au travail. Ce qui nous éloigne d’autant du pénal….

    Commentaire par Fantômette — 30/07/2010 @ 16:45

  122. Passion de son métier, peut-être, mais il avait aussi d’autre motivations. Je ne suis pas du tout convaincu qu’il n’ai pas été motivé tout autant par l’argent : il a tout de même discuté avec ses chefs du montant du bonus qu’il était à même de demander (500 000 €, sauf erreur de ma part). Il était également motivé par une soif de reconnaissance, lui sorti de l’université par rapport à ses collègues issus de grandes écoles plus prestigieuses…

    Commentaire par Arlequin — 31/07/2010 @ 10:37

  123. @ Bonjour Aliocha

    Cette interview à le mérite de rappeler, en substance, que le marché financier, longtemps présenté par l’économie néoclassique, comme un baromètre infaillible de l’activité humaine dont le rôle cardinal est de donner une valeur précise à tout ce qui peut s’échanger est bien un mythe funeste…

    En effet, Daniel Kahneman prix Nobel d’économie en 2002 mais aussi Vernon Smith lui-même prix Nobel d’économie en 2002, ont mis en doute le paradigme dominant de cette théorie dite des marchés « efficients ».

    Cette théorie, parfaitement cohérente du point de vue logique, socle théorique de l’ultralibéralisme a été écornée par les recherches en finance comportementale qui ont montré que des erreurs cognitives et émotionnelles collectives faussent la formation des prix. Il est ainsi de plus en plus admis qu’on doit plutôt parler d’un certain degré d’efficience.

    Rappelons que le prix de marché est censé représenter la résultante collective des anticipations d’agents parfaitement rationnels permettant de valoriser correctement et à tout instant un futur économique incertain et de fixer des prix de référence stables qui déterminent nombre de décisions stratégiques.

    Les prix rationnels devraient, en principe, peu changer au cours du temps, sauf en cas d’informations nouvelles dont l’incidence est majeure.

    Dans ce cadre, le marché a toujours raison puisqu’il se place à un méta-niveau, démiurge inaccessible aux individus. Défier le marché est donc au mieux présomptueux, au pis suicidaire.

    Georges Soros, ce fin connaisseur de la logique des marchés, ne disait-il pas déjà : « Le point de vue dominant est que les marchés ont toujours raison. Je pense au contraire qu’ils ont presque toujours tort. »

    La passion du métier de JK n’est pas douteuse au regard de toute cette « littérature économique et financière » dont il s’abreuvait quotidiennement et basée le plus souvent sur l’incertitude (Thami Kabbaj) sauf qu’ici, elle est empreinte d’un vice qui a fissuré l’image séduisante du « trader modèle » c’est, en effet, toute l’ambiguïté ou si l’on préfère l’ambivalence de la nature humaine du personnage. Il a triché, il a joué et perdu. Il a perdu parce qu’il a trop gagné : l’accumulation de gains l’a conduit à se dévoiler. Il a fallu qu’il s’expose pour qu’on puisse le prendre.

    Au-delà donc de l’addiction qui est évidente chez JK, il a commis une erreur de débutant (je l’ai évoqué sous un précédent commentaire c’est un trader débutant – un junior et non un sénior – donc inexpérimenté) : il a pris confiance en lui, de manière disproportionnée.

    En effet, il a cru sentir le marché à la manière d’un médium (martingale ou pas !).

    Et, comme le joueur compulsif de casino qui espère se refaire il continue jusqu’à l’ivresse (déni/folie ?) ce que relève Thami Kabbaj dans l’interview :

    « Les pertes ainsi que les situations extrêmes vont souvent déclencher un sentiment de peur et parfois de panique. Dans ces situations particulières, le trader peut se mettre à prendre des risques inconsidérés. Il n’a plus d’espoir et ne pense plus aux conséquences de ses actes. Par ailleurs, le trader peut également tomber dans un état de paralysie. Il est traumatisé par la perte et n’est plus en état d’agir sur les marchés.

    Les résultats de cette recherche montrent que les traders expérimentés réagissent bien mieux face aux évènements aléatoires que les traders novices. Ils ont effectué le travail nécessaire pour opérer dans ce type d’environnement. Une erreur récurrente commise par de nombreux traders consiste à rechercher des certitudes dans un environnement où l’aléa règne.

    Les traders maîtrisent mal les probabilités ! Et confondent souvent l’existence de récurrences sur les marchés financiers avec la possibilité de prévoir de manière certaine l’évolution des cours boursiers.

    Ainsi, ils sont surpris lorsque le marché ne dessine pas leur scénario. »

    Enfin, l’argument de l’absence de détournement de fonds est pertinent, mais pas suffisant. La motivation en réalité est assez simple : l’espoir d’un confortable bonus si les prédictions (certitudes ?) kervielesques s’étaient réalisées selon la devise des traders : « pas vu pas pris ! ».

    Oui, on peut y voir une forme de « bovarysme financier » si l’on adhère à « l’orgie bancaire » avec laquelle JK s’est laissé griser, je n’ose pas dire comme une midinette… ce qui revient au même…hélas !

    Personne n’est dupe de la stratégie de défense amorcée dans le livre témoignage de JK qui est parfaitement légitime. Et,dans une stratégie minimaliste du risque judiciaire, médiatiquement,on fonctionne à l’émotion afin de sensibiliser une partie de l’opinion publique ce que le dernier paragraphe de la quatrième de couverture évoque d’une certaine manière : « Je souhaite que ce livre interpelle l’opinion publique sur la réalité des pratiques bancaires. Qu’elle y découvre le témoignage d’un homme qui reconnaît ses fautes mais refuse de payer pour un système financier devenu fou ».

    Aliocha : ce qui montre qu’il faut revoir :
    1. les théories qui fondent le système,
    2. les règles qui l’encadrent
    3. tenir compte davantage du facteur humain.
    Comme toujours en période de crise, on le fait, mais peu et mal. Et pourtant JK qui n’était pas fait pour ce métier et a joué en quelque sorte les Candide, a révélé malgré lui un nombre incroyable d’informations précieuses sur les dangers du système.
    Sur les bonus, je continue de ne pas y croire. Un métier à forte dimension d’adrénaline comme celui-ci, doublée d’un défi intellectuel permanent possède en soi suffisamment d’éléments d’addiction pour que le bonus n’arrive que loin derrière dans la liste des éléments moteurs. Ce qui m’a le plus troublée à la lecture du livre, c’est le passage où il dit qu’il ne détestait pas perdre. Comme si au fond, l’essentiel était bien l’adrénaline, peu importe qu’elle soit positive ou négative, du moment qu’il se passe quelque chose. C’est ce que le professeur Lubochinsky qui est venu témoigner à la barre évoque quand elle parle du problème de l’excès de testostérone dans les salles de marché. Et en effet, il me semble, même si je ne suis pas une fanatique des étiquettes, que le goût du risque et même la fascination du danger est plus puissante chez l’homme que chez la femme.

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 01/08/2010 @ 12:10

  124. Verdict ce matin : 5 ans dont 3 fermes, c’est lourd.

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 05/10/2010 @ 11:41


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