La Plume d'Aliocha

23/06/2010

Affaire Kerviel, le dernier acte

Filed under: Affaire Kerviel — laplumedaliocha @ 10:31

Salle des criées, mardi 22 juin, 15 heures.

Les bancs de la presse sont bondés, tandis qu’une excitation inhabituelle règne dans la salle des pas perdus. On attend une « guest star », le président de la banque en personne, Daniel Bouton. Du coup personne n’écoute vraiment l’exposé du professeur Bertrand Jacquillat. Crinière blanche, teint halé de propriétaire de yacht, l’homme affiche une belle assurance et s’exprime  avec une voix de tribun. Il mesure ses effets, s’adresse à son public qui ne se réduit visiblement pas au seul tribunal, raconte Schumpeter, et s’étend sur la querelle d’économistes relative au rôle de la banque dans la société et à son organisation idéale. Faut-il séparer ou non la banque d’investissement du reste ? Dans les rangs de la presse, on écoute d’une oreille distraite, quoique la question soit pertinente et l’enseignant plutôt agréable à entendre. Mais ainsi vont les procès médiatiques, il y a toujours un moment où ils se transforment en spectacle, où l’on est tenté de se détacher du fond pour guetter l’incident, le témoin star, la formule savoureuse.

Le président annonce une pause d’une demi-heure avant la rencontre ultime entre Kerviel et son ancien patron.

« Il est terrible, le statut de bête curieuse »

La salle se vide. Comme à son habitude, Kerviel, encadré cette fois de 5 gendarmes, s’en va fumer sur les marches du palais. Il tire quelques bouffées puis s’éclipse. Si les jours précédents la horde de photographes et de caméramans l’avait laissé en paix et s’il n’avait plus eu à supporter que la curiosité d’une poignée de touristes sortant de la Sainte Chapelle, cet après-midi là, la meute guette et le trader déclare forfait. L’atmosphère est lourde, électrique. Je mesure à cet instant la raison pour laquelle on traite parfois les journalistes de chacals. Nous n’y sommes pour rien, mais il est vrai que l’effet de groupe est pesant, nous sommes des dizaines à l’observer, à le guetter, pour saisir un geste, une expression. Aucun de nous ne lui veut du mal, certains penchent de son côté, d’autres non, mais les opinions restent en tout état de cause modérées. Il n’empêche.  Il est terrible, le statut de bête curieuse, quelque soit le poids de la faute commise.

Retour dans la salle. On envoie chercher le témoin. Daniel Bouton entre, s’approche de la barre puis s’assoit, le président lui demande de se relever et de prêter serment. « Je vous dirai toute la vérité Monsieur le Président ». « Non, dites simplement, je le jure » rétorque ce-dernier. On ne l’imagine pas impressionnable, Daniel Bouton,  pas plus qu’on ne saurait croire qu’il ignore le rituel judiciaire, à quoi attribuer dès lors cette curieuse attitude ?  De cet affrontement tant attendu il ressort que l’ancien président de la Société générale a sans doute été le plus brillant des défenseurs de la banque. En dehors de cela,  il ne nous a rien appris que nous ne sachions déjà sur ce fameux week-end où la fraude fut découverte, excepté dans ses prolongements au sommet. Fallait-il capituler et aller chercher un adossement auprès de la Banque de France ? La solution est écartée car cela se ferait à un prix catastrophique pour les actionnaires et les salariés.  Trouver en l’espace de 4 jours un fonds souverain capable d’apporter entre 4 et 10 milliards ? Ce n’était pas évident dans le contexte de crise de l’époque. Tout avouer au public et aux actionnaires puis lancer une augmentation de capital ? La suite est connue. Daniel Bouton et son staff feront le tour de la planète dans les jours qui suivent pour expliquer l’inexplicable, la perte vertigineuse, la fraude infernale et tenter de rassurer les fonds aux quatre coins du monde.

J’ai fait un rêve…

Ce que l’histoire retiendra de cette rencontre à travers le récit de la presse, c’est surtout la manière dont Daniel Bouton charge Kerviel. Il ne le connaissait pas, n’a jamais voulu le connaître et ne souhaite pas le connaître aujourd’hui. Pour lui, c’est un génie malfaisant de la fraude, un génie qui lui inspire des mauvais rêves et des rêves plus doux. Le mauvais rêve, c’est celui qu’il fait des dernières heures de Kerviel à son poste : de la main gauche il tapait des mail disant qu’il était foutu tandis que de la main droite, il continuait de cliquer pour prendre des positions. Le rêve plus doux, c’est que Kerviel avoue. Il s’interrompt quelques instants pour s’assurer de l’attention de son auditoire, le moment est solennel. « Je rêve qu’il reconnaisse deux choses. Oui j’ai menti, j’ai agi seul, si des morceaux de mes positions étaient connus, je reconnais que personne ne m’a poussé à prendre les positions que j’ai prises. Et puis je voudrais que Jérôme Kerviel, puisse nous dire enfin ce qu’il a voulu faire. Je suis dans la situation de l’homme qui a essayé de comprendre et n’a rigoureusement rien compris. Monsieur Kerviel doit à ses 150 000 anciens collègues une explication ». A l’entendre ainsi, on ne s’étonne pas que Daniel Bouton ait eu une carrière exceptionnelle. Il possède l’aplomb des hauts fonctionnaires, ce soupçon d’arrogance caractéristique de la finance qui n’a cessé d’irriguer de manière plus ou moins présente les débats durant deux semaines, cette assurance que confère les titres, les voitures de fonctions et la conscience d’appartenir à l’élite qui gouverne un pays. Il n’est pas ce témoin tremblant et embarrassé habituel des audiences correctionnelles, mais un grand Monsieur prêtant son concours à la manifestation de la vérité entre deux réunions de travail qu’on devine au moins aussi importantes. D’ailleurs au début il ne voulait pas déposer, et puis il a fini par remercier le président de l’avoir invité à s’exprimer, car il avait des choses à dire.

L’interrogatoire croisé ne donnera pas grand chose, excepté l’affrontement mémorable entre l’avocat de Kerviel et l’ancien patron de la Société Générale. Lorsque Olivier Metzner lui reproche d’avoir oublié qu’un de ses traders s’était suicidé en 2007, le témoin se cabre, exige des excuses. Daniel Bouton peine alors à dissimuler ses réflexes de meneur d’homme. Mais on ne fait pas taire un avocat dans une salle d’audience, on ne l’oblige pas à s’excuser ou à retirer une question. Difficile à admettre quand on a pris l’habitude toute sa vie durant de se faire obéir.

« Laissez tomber le carcan, Monsieur Kerviel ! »

Vient l’ultime scène de cette étonnante pièce de théâtre. Avec le départ de Daniel Bouton, les bancs de la presse se sont vidés, certains pensant que l’audience était finie. Le président s’en irrite, à juste titre. Dans une ambiance devenue plus intime, il dit à Kerviel : « Monsieur Kerviel, venez à la barre, éclairez-nous ». Au même instant, un rayon de soleil, comme un étrange clin d’oeil du destin, se pose sur le visage du prévenu qui est obligé de se déplacer de quelques centimètres. Tout le monde suspend son souffle, c’est peut-être enfin l’heure de vérité. On voudrait que Jérôme Kerviel laisse tomber le masque, qu’il perde un peu de son côté lisse. Mais il n’a pas compris ou pas voulu comprendre. Il répète ce qu’il dit depuis le départ, en substance qu’il a commis des fautes, que les conséquences auraient pu être catastrophiques – un conditionnel que corrige le président – mais que la banque savait et l’a laissé faire. Toujours la même logique, les mêmes mots, prononcés sur le même ton.« Laissez tomber le carcan Monsieur Kerviel » insiste le président. Sans doute espère-t-il des excuses, ou bien voir surgir enfin l’ombre d’une émotion, d’un regret, sur le visage de ce garçon obstiné qui depuis le départ répète inlassablement sa vérité. Cela n’arrivera pas. Tout au plus aurons-nous droit à cette conclusion sans état d’âme, dont les accents font songer à L’Etranger de Camus :

– « Etiez-vous fait pour être trader ?

– Probablement pas.

– Y-a-t’il un mystère Kerviel ?

– Non.

– Une affaire Kerviel ?

– Oui ».

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18 commentaires »

  1. Merci Aliocha, c’est passionnant. J’ai lu d’autres compte-rendus, mais vous ajoutez une bien jolie dimension humaine à ce jeu de théâtre.

    A propos, je suis confus d’avoir à signaler une petite erreur récurrente : votre correcteur orthographique semble ignorer que « quel que soit » ne s’écrit pas « quelque soit » 😉

    Commentaire par Tocquevil — 23/06/2010 @ 11:33

  2. bonjour Aliocha,

    merci pour cet excellent compte-rendu. J’ai travaillé quelques années en salle des marchés, et tout ce qui touche aux marchés financiers est souvent décrit à coup de poncifs et de lieux communs, et cela devient vite énervant pour ceux qui connaissent un peu. Vous échappez à ce travers, et c’est passionnant car vous vous intéressez aux personnes.

    Commentaire par junot — 23/06/2010 @ 15:42

  3. Merci,

    ce récit est passionnant, voire poignant.

    Il intéressant d’imaginer que la carapace de Kerviel, sur laquelle est basée sa défense puisse se fendre à la toute
    fin du procès.

    Chose qui n’arrive pas.

    Mais l’usage de faux est ce qui pèse le plus lourd contre lui, dans cette affaire…

    Commentaire par Laurent — 23/06/2010 @ 17:43

  4. Bonjour,

    j’ étais hier dans la salle du tribunal, à quelques mètres de Mr Jérôme KERVIEL, de Mr BOUTON, de tous les avocats. Sur le vif…

    Que puis je rajouter à tous vos commentaires ? je salue la qualité des écrits des bloggeurs qui nous rapporte la « substantifique moelle » de ce double procès : procès d’un trader déchu et repenti, procès d’une banque universelle, à défaut de celui des banquiers technocrates et arrogants.

    je voudrais vous apporter ma modeste contribution d’ observateur détaché, non par voyeurisme, ni par nostalgie de mon passé, plutôt par souci d’ équité de banal citoyen de base qui finance par ses impôts notre Justice.

    KERVIEL est il « seul » coupable? de quoi? Le verdict tombera bientôt. Profitons avant cela, de l’occasion pour s »apesantir sur les détails techniques et rébarbatifs qui saoulent le voyeur de base. je sais la technique c’est barbant (pour les paresseux) .

    D’ abord qui suis je pour faire la leçon de choses ? Je suis un ancien professionnel de la finance de marché. Bien que diplomé d école de comemrce, bien que doté du statut de cadre, je me consdèrais comme un simple ancien « soutier de la bourse », bien placé pour comprendre les mécanismes de cette finance internationalisée, pour avoir vécu aussi la vie quotidienne d’une salle de marché et de l’  » arrière-boutique » et à l’ esprit alerte pour saisir les conséquences des actions des traders et des diregeants actuels de nos banques. Pour finri, dosi je dire que les rémunérations n’ avaient rien à voir avec les potns d’or actuels ?

    Mon expérience actuelle dans la vie d’ entreprises diverses m’a permis de comprendre que le « non-dit » a autant d’ importance que la teneur des témoignages académiques, péremptoires voire théatraux dans un prétoire : tous ces « orfèvres-banquiers » nous ont déversé tant de fausse monnaie  » à titre de vérité tronquée… Je vous renvoie à la célébre loi de Grisham. Ici, le mensonge par non-dit chasse la vérité de bon aloi, certes crue mais gênante.

    Les juges ont un handicap certain face à ces banquiers de clan. Ces derniers nous vendent leur vérité calibrée et les juges, comme le Prince de Soubise, cherchent à la lueur laborieuse de leur lanterne, La Vérité.

    J’ai été dans le passé trésorier d’une petite banque française, disons à taille humaine, mais cepandant assez significative pour utiliser les instruments financiers
    assez sophistiqués. je connais la mécanique.

    Hier, Mr BOUTON nous a joué un numéro « mélo-dramatique » :  » du BOUTON pur sucre » : académique, pédagogique, aérien, olympien mais glissant sur les détails superflus qui pourraient gêner la défense de la banque, distillant pathétiquement l’apologie de la grande famille bancaire qui se préoccupe de l’ avenir et de la sauvegarde de l’ emploi de 150.000 personnes…

    Si je ne connaissais pas la dureté de la vie des entreprises et le profil psychologique des DRH et autres recruteurs, j’ aurais été en droit de sortir mon mouchoir pour verser une petite larme (de crocodile) et un souffle ( sinon de stupéfaction , du moins de soulagement) à la fin de cette pleurnicherie retenue. A la liquidation, le personnel est gratuit et suit le fonds de commerce vendu, le réseau de banque de détail réparti entre prédateurs. Point de cartel, juste un oligopole de bon aloi.

    A écouter ce style digne d’une AG comapssée et verrouillée, je trouve que les juges et les avocats des parties civiles ont manqué d’ apropos pour demander à ce président de grande banque comment un trader peut emprunter en interne un milliard d ‘euros pour sa trésorerie et comment le contrôle de gestion, le reporting budgétaire, le tabelau de bord du tresorier « n’ont pas vu passer » la sortie « inexpliquée » du cash lié aux pertes ponctuelles de Mr KERVIEL et le retour, en moins de 2 ans, dans les caisses d’une somme de 3,6 milliards d’euros ( récupération de la perte de 2,2 milliards ajoutée au gain de 1,4 milliards à fin 2007). la loupe des découverts est elle assez grosse dans ces services fonctionnels du siège ? N+1 à N+7 , tous miros !!

    Tous incompétents ou tous malhonnêtes ? Ils n’ont rien vu ! Qui sera l’ Affelou de la Générale?

    je profite de l’ occasion pour m’interroger : les interventions massives de Mr KERVIEL sur les marchés futures réglementés, avec des grosses positions ouvertes (directionnelles ou en arbitrage) devaient nécessairement occasionner le décaissement de déposits de garantie et des appels quotidiens de marge de la part des chambres de compensations… Quid de leur comptabilisation? de leur impact sur la tresorerie de la salle des marchés et de la BFI et, non de la filiale russe ? Si Mr KERVIEL a « rentré dans la bécane » de massives positions fictives, nul professionnel du reporting et du middle office digne de ce nom, ne peut ignorer les flux de trésorerie quoitidens liés à la gestion de ces positions ouvertes, hedgées ou pas, dont personne ne réclame le déposit ni les appels de marge perdants !!

    A la Société Générale, qui lit les états de trésorerie? Le portier après Voici ? L’ argent de la salle des marchés y est invisible. Peut être il aux iles Caymans du jour 28 au 3 du mois suivant, après l’arrêt des comptes mensuels pour la hiérachie ? Qui sait ici? Mr KERVIEL a été, en tout cas, honnête pour ne pas s’y enfuir avec le cash planqué…

    Pour finir ma philipique narquoise, je souhaiterais vous rappeler un fait qui m’ a turlupiné depusi le début de l’ affaire: du supérieur N+1 , en passant par les aveugles du contôle budgetaire, le DAF olympien, jusqu’ aux commissaires aux comptes, personne n’ a rien vu lors du reporting mensuel. Pas de suivi quotidien des soldes des contreparties ni rapprochement comptable final? Ces invisibles 3,6 milliards mouvants glissent-ils allègrement aussi dans les colonnes du tableau emplois- ressources de la banque? à quelle ligne ? La banque de France qui contrôle tout cela est-elle aussi à la hauteur de ses missions prudentielles? On fronce les sourcils et on se racle la gorge.. Pourquoi toussez-vous?. Allo tonton… Et que va dire la BCE ?

    Bizarre à l’heure de l’ informatique : si les super-ordinateurs CRAY de mr BOUTON sont capables de participer au challenge de la fusion nucléaire, ils calent lamentablement dans les quatres opérations élémentaires de la comptabilité de la Générale. Cela fait froid dans le dos pour notre sécurité existentielle.

    Comme dirait notre chère Anne ROumanoff.. on ne nous dit pas tout !!

    A méditer.

    Commentaire par lescocusdelafinance — 23/06/2010 @ 18:22

  5. Claude Eatherly, membre de l’équipage de l’avion qui largua une bombe atomique sur Hiroshima, ne supporta plus d’être traité en héros, alors il devint un délinquant.
    N’y aurait-il pas, toutes proportions gardées, un ressort semblable dans le comportement de Jérôme Kerviel? Ne supportant plus d’être traité, pour ce qu’il faisait, en golden boy, il serait devenu sale type.
    Cela expliquerait qu’il ait tant de difficulté à répondre à question « qui êtes-vous, M. Kerviel? » et cela expliquerait aussi son acharnement à prouver la culpabilité de la banque, culpabilité qui dans cette optique réside moins dans un défaut de surveillance et de contrôle que dans sa participation-même à ces activités financières mondialisées devenues folles…

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 23/06/2010 @ 19:36

  6. Les journalistes obtiennent parfois plus que les juges : http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2010/06/04/01016-20100604ARTFIG00582-jerome-kerviel-l-angoisse-du-trader-avant-le-proces.php

    Commentaire par laplumedaliocha — 23/06/2010 @ 21:49

  7. Charger la banque ? Je reconnais bien volontiers les fautes de Jérome KERVIEL ( faux en écriture, …) mais l’ omerta des dirigeants de la banque est insupportable : ils viennent devant la justice du peple nous servir des « bobards » à avaler sans esprit critue de notre part? Trouvez vous cela normal de mener en bateau des juges et demander réparation pour leur propre machine infernale?

    Je pense que KERVIEL ne veut pas être le « cocu de la Générale » .Nous le sommes assez nombreux, je pense, comme citoyens dans cette affaire.

    Commentaire par lescocusdelafinance — 23/06/2010 @ 21:55

  8. Tschok, désolé de vous contredire, mais votre analyse est erronée. Les dividendes correspondent à du cash que la société verse à ses actionnaires (sauf s’ils sont payés sous forme d’actions). Mais ce cash vient de la société qui est elle-même la possession des actionnaires. Donc, que la société verse plus ou moins de dividendes est neutre économiquement. Ce que les actionnaires gagnent en dividendes, ils le perdent en valeur de l’action.

    Il suit du point précédent que, économiquement, si l’on suppose le marché « pur », les pertes de Kerviel ont été supportées par les actionnaires et eux seuls. Ces pertes ne peuvent pas être répercutées sur les prix des services de la banque (afin d’augmenter les « produits d’exploitation »), pour la bonne raison que les prix sont fixés par le marché (et les concurrents) et ne résultent pas du bon vouloir de la banque. S’ils résultaient du bon vouloir de la banque, d’ailleurs, il y a longtemps qu’elle les aurait augmentés, pour faire plus de bénéfices, sans attendre une crise.

    lambertine : Si sur sept (sept !) niveaux de hiérarchie, personne (personne !) ne s’est rendu compte qu’un gamin jouait au black jack avec plusieurs dizaines de milliards d’Euros qui ne lui appartenaient pas, c’est encore beaucoup plus grave que toutes les malversations possibles de la part de cette hiérarchie. C’est un non-sens absolu.

    Vous illustrez bien l’incrédulité qui entoure cette affaire. Pourtant rien ne vient étayer l’hypothèse selon laquelle quelqu’un a laissé faire ou encore que quelqu’un était au courant, ni même qu’il y avait une tolérance pour jouer avec le feu (à ce point). Les témoignages et les faits concordent pour montrer les défaillances calamiteuses des contrôles au sein de la banque qui n’ont pas permis de détecter la fraude et encore moins son ampleur. Vous avez raison de trouver que c’est très grave. Mais en l’absence d’intention frauduleuse, ce n’est pas pénalement répréhensible. Fort heureusement, le manque d’efficacité professionnelle ne mène pas encore automatiquement en prison. Eventuellement, les actionnaires auraient pu chercher à mettre en cause la « bonne gestion » des dirigeants pour les faire condamner au civil, mais ils ne l’ont pas fait.

    Kerviel aurait mieux fait de reconnaître franchement ses responsabilités pour mieux chercher des circonstances atténuantes : laxisme de la banque, climat délétère, etc. Sa stratégie de défense a été calamiteuse.

    Commentaire par Augustissime — 23/06/2010 @ 22:27

  9. Augustissime,

    Que la société verse plus ou moins de dividendes est neutre économiquement, dites vous? Parce que le cash vient de la société, rajoutez vous.

    Et: « ce que les actionnaires gagnent en dividende il le perdent en valeur de l’action ».

    A mon avis, vous confondez trois choses:

    – La dimension macro et micro économique: en macro, le principe selon lequel la dépense sociale est in fine assumée par l’actionnaire ou le consommateur s’explique, il est largement admis et me il semble justifié. Sa critique relève de la science économique: n’étant pas un économiste, je vous propose de laisser ce débat de côté. En micro, ce principe postule que l’argent emprunte des canaux différents suivant les directions qu’on lui fait prendre, d’où:

    – Les aiguillages des canaux où circulent les flux: il est un fait que les bénéfices proviennent des produits d’exploitation (ou des opérations sur capital). Le bénéfice distribuable, qui suppose un report à nouveau à au moins 0 avec des réserves légales et statutaires full, peut prendre deux directions: soit il est distribué, soit il vient accroitre les réserves de l’entreprise. Ces deux directions sont très différentes et ce n’est pas du tout neutre économiquement: dans un cas, ce que Marx appelait la valeur ajoutée prend le chemin du porte monnaie de l’actionnaire, dans l’autre elle reste dans l’entreprise et participe au renouvellement des facteurs de production. In fine, ce sont deux modes très différents de distribution du pouvoir d’achat. Mais, la distribution des bénéfices a cependant une éventuelle incidence patrimoniale, d’où:

    – La valeur vénale d’une action (par exemple en utilisant la vieille méthode du PER)et sa valeur comptable: ne confondez pas le dividende, qui est un revenu et l’éventuelle perte de valeur patrimoniale « latente » qui résulte, pour l’actionnaire qui désire vendre, de la distribution de dividende. Une action correspondant un part d’actif net, la distribution des dividendes diminue l’actif à due concurrence. C’est la mécanique comptable. Mais cette diminution de valeur est « latente »: tant que l’actionnaire ne vend pas, elle reste purement virtuelle. Par ailleurs, certaines actions restent très demandées quand bien même la société dont elle représente une part d’actif net a distribué: dans de nombreux cas, la distribution de dividendes n’a aucune incidence sur le cours de l’action, qui peut même monter car un fort dividende est la preuve qu’une action rapporte, ce qui la rend encore plus désirable, donc rare, donc chère.

    Raison pour laquelle les société cotées annoncent à grand renfort de pub de forts dividendes, ce qui fait… monter le cours de l’action. Au contraire, l’annonce d’un petit dividende le fait… baisser.

    Pour les sociétés non cotées, c’est l’inverse, sauf cas exceptionnel. D’ailleurs, si on réfléchit bien on se rend compte que les transferts massif d’actions d’une société non cotées se font souvent à l’occasion d’opérations en LBO qui supposent que les dividendes restent provisoirement dans le bilan (vu que c’est ça qui finance l’acquisition du capital).

    Commentaire par tschok — 24/06/2010 @ 00:13

  10. @tschok
    « en macro, le principe selon lequel la dépense sociale est in fine assumée par l’actionnaire ou le consommateur s’explique, il est largement admis et me il semble justifié »

    La dépense sociale dans son ensemble peut être prise en charge par n’importe lequel des agents économiques : consommateurs, actionnaires, salariés des entreprises, contribuables, … Mais la dépense inutile d’une entreprise isolée, toutes choses étant égales par ailleurs, est prise en charge par l’actionnaire. Il s’agit d’une mauvaise utilisation de son patrimoine, qui en affecte la rentabilité.

    « Ces deux directions [dividendes ou réserves] sont très différentes et ce n’est pas du tout neutre économiquement: dans un cas, ce que Marx appelait la valeur ajoutée prend le chemin du porte monnaie de l’actionnaire, dans l’autre elle reste dans l’entreprise et participe au renouvellement des facteurs de production. »

    Pour l’entreprise, ce n’est pas neutre, c’est certain, mais pour l’actionnaire ça l’est à peu près. Il faut que vous compreniez que dans les deux cas les bénéfices sont pour lui : soit directement en cash, soit sous forme de valorisation de la société qui renouvelle ses facteurs de production. Ce ne sont que deux manières différentes d’utiliser un même patrimoine. Sans compter qu’un actionnaire frustré de dividendes peut toujours vendre quelques actions pour toucher du cash.

    Bien sûr, on peut ergoter sur les conséquences à moyen terme de la distribution de dividendes, suivant que cela fragilise la société, ou se substitue à des investissements très rentables (plus que ce que l’actionnaire tirera par ailleurs du cash issu des dividendes). Mais ce sont des considérations de second ordre.

    « Mais cette diminution de valeur est « latente »: tant que l’actionnaire ne vend pas, elle reste purement virtuelle. »

    A ce compte, les actionnaires de la Société Générale n’ont rien perdu dans les subprimes et l’affaire Kerviel… et les actionnaires d’Eurotunnel sont toujours aussi riches qu’au premier jour. Je veux bien vous échanger des actions Eurotunnel contre des actions Google, à leurs cours d’il y a quelques années, si vous ne considérez les variations du marché que comme virtuelles.

    « Raison pour laquelle les société cotées annoncent à grand renfort de pub de forts dividendes, ce qui fait… monter le cours de l’action. Au contraire, l’annonce d’un petit dividende le fait… baisser. »

    Des forts dividendes ne font pas forcément monter la valeur de l’action. Ce qui la fait monter, en simplifiant, c’est l’annonce de résultats opérationnels et surtout de perspectives meilleurs que prévus. Par exemple, toujours en simplifiant, s’il était attendu par les marchés qu’une société perde de l’argent et qu’elle se trouve à l’équilibre à l’annonce des résultats, son cours va monter, malgré des dividendes nuls.

    « Par ailleurs, certaines actions restent très demandées quand bien même la société dont elle représente une part d’actif net a distribué: dans de nombreux cas, la distribution de dividendes n’a aucune incidence sur le cours de l’action, qui peut même monter car un fort dividende est la preuve qu’une action rapporte, ce qui la rend encore plus désirable, donc rare, donc chère. »

    Vous confondez deux phénomènes :
    – En règle générale, lorsque des dividendes sont distribués, la valeur des actions diminue d’autant. C’est mécanique. Sinon, il suffirait d’acheter des actions juste avant la distribution des dividendes (annoncée à l’avance) et de les revendre juste après pour faire de juteux bénéfices.
    – L’annonce du futur versement de dividendes (et non leur versement) peut faire fluctuer la valeur de l’action, mais c’est un peu plus compliqué que ce que vous en dites, comme on l’a vu ci-dessus.

    Notez pour finir que des entreprises très prospères ne distribuent jamais de dividendes (par exemple Microsoft jusque 2003), ce qui ne rend pas nécessairement leurs actionnaires malheureux.

    Aliocha : Non !!!! Je ne rêve pas ? C’est vous Augustissime ???? Vous manquiez à ce salon mon Cher, même si j’observe que vous n’apparaissez jamais que pour contester mes propos 😉 A affaire exceptionnelle, visites exceptionnelles….

    Commentaire par Augustissime — 24/06/2010 @ 10:36

  11. Modeste commentateur, mais lecteur fidèle, je me réjouis de lire ces joutes épistolaires entre deux commentateurs originaux, intelligents et polémiqueurs que sont Tschok et Augustissime ! Merci mesieurs, c’est toujours un régal.

    Aliocha : à qui le dites-vous ! Je garde une nostalgie éternelle des empoignades entre Augustissime et Eolas et de la fameuse Mémé à moustaches 😉

    Commentaire par Maraudeur — 24/06/2010 @ 11:59

  12. @ Maraudeur,

    C’est un commentaire très flatteur, mais je le prends sans chichi 🙂

    @ Augustissime,

    Sur le cours des actions cotées ou non cotées, si vous voulez. Là je crois qu’on risquerait de pinailler sur des détails et de nous éloigner du sujet.

    Sur la distinction entre la richesse-revenu et la richesse-patrimoine, si vous voulez. Après tout, ce qui les distingue vraiment c’est la liquidité d’un actif. Certains actifs sont très sensibles aux moins values latentes (les biens meubles: ma voiture se déprécie par l’usage, mon portefeuille titres qui est la contrepartie directe d’un pouvoir d’achat perd ou gagne du pouvoir d’achat) d’autres moins (les biens immeubles: même si le prix de ma maison baisse, elle reste habitable. Si les prix immobiliers montent je suis plus riche, mais je ne m’en rends compte que si je la vends où si je mobilise la richesse qu’elle représente grâce à un montage type mortgage ou hypothèque rechargeable).

    Sur la macro et la micro: n’oubliez pas deux mot dans la phrase qui forme le principe. Ils sont importants: in fine.

    Dans ce principe, qui est aussi un raisonnement économique, on ne se préoccupe pas tant de savoir par quels canaux l’argent va irriguer l’économie, mais de savoir qui est le répondant final de la dépense sociale.

    En clair celui qui dans la suite des relations marchandes ou non marchandes qui forment les ramifications du tissus socio économique celui qui ne reçoit pas de contrepartie à due concurrence de ce qu’il assume.

    Un exemple : le G 20 va en principe décider d’une taxe nouvelle qui va frapper les banques. Soit elles répercutent cette taxe en augmentant leur marge (c’est le client qui paye) soit, à marge constante, elles prélèvent cette taxe sur l’excédent brut d’exploitation qui concours à la formation du bénéfice distribuable, ce qui le diminue d’autant (c’est l’actionnaire qui paye).

    Dans l’affaire qui nous préoccupe, les pertes de 4,5 milliards de la SG, un principe simple s’applique: le chiffre d’affaire récurrent équilibre les pertes liées aux activités spéculatives (c’est pour ça que les banques se sont lancées dans les activités spéculatives: c’est parce qu’elles ont du récurrent, donc elles peuvent se permettre de perdre, donc de risquer).

    Si elles n’avaient pas de recettes récurrentes, elles joueraient sur leur patrimoine et elles ont horreur de ça: dans les films, le joueur qui joue sur son patrimoine met sa montre sur la table de jeu parce qu’il n’a plus assez de cash pour suivre. C’est ça que ça veut dire jouer sur son patrimoine.

    Tout cela veut dire, en clair, que les déposants de la SG sont les répondants finaux des pertes. D’une façon ou d’une autre, les 4,5 milliards dont on parle seront, ou ont déjà été pris sur le compte des déposants de la banque.

    Et la capacité bénéficiaire de la banque a été restaurée très vite (ça oui).

    Commentaire par tschok — 24/06/2010 @ 16:37

  13. L’arbre et la forêt.

    Belkine revient rapidement sur l’affaire Jerôme Kerviel, à l’issue du témoignage de Daniel Bouton, l’ex-Président de la Société Générale, qui a affirmé que Kerviel était un « génie » et un « débile ». Il faut se méfier de l’utilisation de tels mots dans les prétoires, qui permettent d’éviter de donner des descriptions claires et des explications logiques aux comportements de ceux qu’on accuse.

    La presse rapporte : « Au terme de trois semaines de procès, les procureurs Jean-Michel Aldebert et Philippe Bourion ont rejeté la thèse d’une complicité passive de la hiérarchie et demandé un jugement susceptible de rétablir la confiance du public dans les banques. »

    À suivre ce raisonnement la confiance serait rétablie. Cette phrase nous explique au contraire, qu’un simple trader peut faire sur la longue durée des profits tout a fait anormaux et prendre une position gigantesque de 50 M d’euros sans que la hiérarchie en soit informés, ni même ne le soupçonne.

    Comment le public pourrait-il continuer à faire confiance à une telle banque, dont la hiérarchie est aussi aveugle, et le système de sécurité aussi perméable ? À supposer que les propos du procureur général soient exacts, ils ne rétabliraient en rien la confiance du public dans la banque.

    Aliocha : c’est curieux cette habitude chez certains blogueurs de parler d’eux-mêmes à la troisième personne. Vous êtes un pote de Bibi ? Expliquez-moi l’effet recherché, histoire que je ne m’égare pas dans de sombres pensées sur l’égocentrisme delonesque que cette pratique m’inspire, surtout lorsqu’elle se double d’une auto-promotion éhontée.

    Commentaire par Belkine — 24/06/2010 @ 17:01

  14. @tschok
    Bon, eh bien on commence à être d’accord sur un certain nombre de points. La fin de votre analyse reste toutefois contestable. Le business model des banques n’est pas forcément d’adosser à une activité de gestion de dépôts une activité d’investissement. Cela a même été longtemps interdit aux Etats-Unis (Glass-Steagall Act). Voilà pour le premier point.

    Mais surtout, lorsque vous écrivez que « les déposants de la SG sont les répondants finaux des pertes », vous semblez encore une fois partir du principe qu’une banque peut fixer ses prix de vente librement pour « se refaire ». Or, si le marché fonctionne de manière pure (c’est-à-dire que la concurrence joue, que les clients ne sont pas captifs, etc.), c’est l’équilibre offre-demande qui fixe le prix, et pas les banques, et encore moins une banque unique qui n’a aucun pouvoir à elle seule de faire varier les prix de marché.

    Encore une fois, si la Société Générale pouvait gagner 4,9 milliards sur le dos de ses déposants, n’étant pas philanthrope, elle l’aurait fait bien avant l’affaire Kerviel. Pourquoi se gêner et attendre d’avoir des pertes à combler ?

    Ce qui limite les bénéfices d’une banque sur l’activité de dépôt, c’est la concurrence : si la Société Générale met sa cotisation Carte Bleue à 120 euros, ou si elle rémunère ses Codevi à 0,1%, elle perdra des clients. Bref, si son activité de dépôt est bien gérée, la Société Générale doit être proche d’un optimal entre ses marges unitaires (tirées par des prix élevés) et ses parts de marchés (limitées par des prix élevées). Avant comme après l’affaire Kerviel.

    Inutile donc de chercher un complot : le perdant des subprimes et de l’affaire Kerviel est bien l’actionnaire, qui a d’ailleurs vu immédiatement son patrimoine diminuer en raison de l’effet de dilution induit par l’augmentation de capital.

    Commentaire par Augustissime — 24/06/2010 @ 21:40

  15. @ Augustissime,

    Je ne pense pas chercher un complot, qui est de tous les « modèles pour penser avec » l’un de ceux qui fait penser le plus de bêtises, dans la plus petite durée possible avec le moins d’informations possibles.

    Mon analyse se raccorde à ce qu’on disait de la BNP dans les années 80: une banque avec un beau bilan mais un compte de résultats médiocre. En clair, une banque qui avait une belle clientèle de déposants, une banque qui prêtait son argent au taux du marché, sans fracasser la concurrence, et qui avait peu d’activités d’investissement et quasiment pas de banque d’affaires (de ce point de vue là, la fusion avec Paribas faisait naître une synergie bienvenue).

    Après sa privatisation, son état major comme celui de beaucoup d’autres banques françaises, présentant un profil de bilan similaire, s’est demandé comment performer son compte de résultats: c’était la mode des « nouveau métiers de la banque » (bancassurance, bourse) qui a conduit à ce que nous connaissons aujourd’hui.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Banque_d%27investissement

    Il s’agissait de dégager de nouvelles sources de profits à partir de nouvelles activités.

    Mais la réflexion des banques est également allée dans une autre direction: comment valoriser les opérations de guichet. Et la grande offensive des banques sur les frais bancaires (les frais de gestion des comptes de dépôts à vue) a commencé.

    Il y a donc une corrélation historique entre le développement des activités spéculatives et la constitution d’une rente de situation sur la gestion des comptes courants des clients. Cela n’a rien d’un complot: en France ça s’est passé comme ça. Ailleurs, ça s’est passé autrement.

    A partir de là, vous avez votre thèse: « le perdant des subprimes et de l’affaire Kerviel est bien l’actionnaire, qui a d’ailleurs vu immédiatement son patrimoine diminuer en raison de l’effet de dilution induit par l’augmentation de capital. »

    Juste une remarque: l’augmentation de capital de la SG n’a pas pour vocation d’éponger les pertes de l’affaire Kerviel, mais de permettre le financement du remboursement des aides versées par l’Etat à l’occasion de la crise des subprimes, qui n’a rien à voir avec l’affaire Kerviel.

    http://www.20minutes.fr/article/548581/Economie-Societe-Generale-Augmentation-de-capital-de-4-8-milliards-d-euros.php

    Revenons à votre thèse: vous dites que l’actionnaire assume la perte. Laissons de côté la discussion macro économique (tout simplement parce que je crois que ni vous ni moi n’avons les compétences pour critiquer loi macro éco du répondant final) pour nous concentrer sur l’aspect micro.

    Vous savez que la responsabilité de l’actionnaire est limitée au montant de son apport: juridiquement, le fait est que l’actionnaire n’assume pas la perte. Comptablement, on a vu précédemment que la distribution d’un dividende réduit mécaniquement sa part d’actif net, mais qu’en définitive, ce constat purement comptable mérite d’être apprécier avec nuance. On sait également que la distribution d’un bénéfice n’est possible qu’avec un report au nouveau à au moins 0, donc qu’une perte antérieure doit avoir été compensée par un produit d’exploitation pour pouvoir distribuer, ce qui signifie tout simplement que la perte est, d’après la loi, assumée par le client sous la forme d’un désinvestissement (pour lui) et d’un manque à gagner pour l’actionnaire (ce qui n’est pas tout à fait la même chose, quand même).

    Toutefois, nous n’ignorons pas que les banques comme toutes les entreprises ont une marge de manœuvre comptable pour constater les pertes dans leur bilan et les étaler dans le temps. C’est cette faculté d’étaler une perte dans le temps qui permet à une entreprise de se poser la question: qui va assumer la perte, le client ou l’actionnaire?

    Si cette faculté n’existait pas la perte serait toujours comptabilisée de la même manière, de façon linéaire: l’excédent brut d’exploitation amortirait la perte et, après les autres traitements comptables, s’il reste un petit quelque chose, on distribuerait. En somme, l’actionnaire serait toujours le dernier servi.

    Vous imaginez bien qu’une telle comptabilité, trop linéaire, serait terriblement handicapante pour les entreprises. La réalité est autre, elle ont un choix: elles peuvent ventiler le poids de la perte.

    Du reste en vous disant cela j’ai l’impression de réinventer l’eau tiède car il n’y a pas 36 solutions, mais 3:

    – Soit la perte est comblée par les produits, donc assumée par le client;
    – Soit les produit sont insuffisants pour amortir la perte et l’entreprise se tourne vers ses actionnaires pour les faire banquer;
    – Soit, si les actionnaires refusent de banquer, on dépose le bilan.

    Au final, c’est aussi simple que cela.

    Sur vos autres considérations: vous semblez bien idéaliste dans votre conception du marché, comme s’il était pur et parfait. Vous oubliez les clients captifs, les ententes, les positions dominantes et la co-gestion du marché avec l’Etat, ce qui permet aux banques d’obtenir une réglementation à la carte (même phénomène qu’HADOPI avec les grands ayant droits).

    Mais j’ai bien noté que vous avez mis un « si » dans votre phrase…

    Commentaire par tschok — 25/06/2010 @ 10:22

  16. « – Soit la perte est comblée par les produits, donc assumée par le client;
    – Soit les produit sont insuffisants pour amortir la perte et l’entreprise se tourne vers ses actionnaires pour les faire banquer;
    – Soit, si les actionnaires refusent de banquer, on dépose le bilan. »

    Avec la virtualité largement présente dans la finance d’aujourd’hui (l’affaire Kerviel nous aura au moins appris ça), il y a surement une quatrième solution :

    – Soit les pertes sont habilement diluées dans un complexe mécanisme comptable aussi légal que virtuel

    Commentaire par Oeil-du-Sage — 25/06/2010 @ 18:22

  17. @tschok
    Je réponds à votre message sous le précédent billet. C’est un peu compliqué car vous ne répondez pas aux objections et que vous vous lancez dans de longs développements approximatifs sur la finance qui sont très éloignés du sujet.

    En premier lieu, vous confondez la recapitalisation de la Société Générale de 2009 et celle de 2008, qui a suivi l’affaire Kerviel : http://www.boursier.com/vals/FR/societe-generale-debut-d-augmentation-de-capital-en-douceur-news-273593.htm.

    Ensuite vous persistez à considérer que la banque peut faire varier ses prix comme elle veut pour générer des produits compensant ses pertes. Comment vous expliquer encore plus clairement que, même dans un marché imparfait, c’est absurde ?

    Si un boulanger brûle sa fournée, il ne va pas vendre deux fois plus de pains pour compenser ni vendre ses pains deux fois plus cher. S’il y parvient, c’est qu’il était mauvais commerçant AVANT de brûler sa fournée, puisqu’il aurait DEJA pu vendre deux fois plus de pains ou les vendre deux fois plus cher. Quand un boulanger brûle sa fournée, il perd des sous, c’est tout. Et si c’est un salarié qui brûle la fournée, c’est le propriétaire de la boulangerie qui perd des sous.

    Encore une fois, quelles que soient les marges faramineuses de la Société Générale sur l’activité de dépôt, si elle pouvait ponctionner 4,9 milliards à ses clients après l’affaire Kerviel, c’est qu’elle le pouvait AVANT aussi… et elle ne s’en serait pas privé.

    Du reste, la Société Générale, face à l’affaire Kerviel, n’a pas lancé un grand plan d’économie et ne s’est pas fixé des objectifs commerciaux plus volontaristes qu’avant (ce qui traduirait un marché « imparfait » puisque éloigné de l’optimal). Elle a recapitalisé, sans que la richesse nette de la société se soit améliorée pour autant, ce qui a diminué le patrimoine de ses actionnaires, mécaniquement, d’environ 5 milliards (sans compter la dépréciation de la valeur de l’action).

    Il y a environ 10 millions de déposants à la Société Générale. Comment peut-on sérieusement imaginer que chacun d’entre eux se soit fait ponctionner en moyenne 500 euros DE PLUS que ce qu’il aurait payé sans l’affaire Kerviel, et ce sans changer de banque ?

    Commentaire par Augustissime — 25/06/2010 @ 21:08

  18. Today, I went to the beachfront with my children.
    I found a sea shell and gave it to my 4 year old daughter and said « You can hear the ocean if you put this to your ear. » She placed the shell to her ear and screamed.
    There was a hermit crab inside and it pinched her ear.
    She never wants to go back! LoL I know this is totally off topic but I had to tell someone!

    Commentaire par une tronconneuse — 02/05/2013 @ 23:00


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