La Plume d'Aliocha

21/06/2010

Dossier Kerviel : « un éléphant sur un quai de métro »

Filed under: Affaire Kerviel — laplumedaliocha @ 08:50

Matthieu Aron, journaliste à France Info, a recueilli le témoignage de Benoît Taillieu, ancien trader à la SG de 1999 à 2006. « On a donné à Jérôme Kerviel une Ferrari sans limiter sa vitesse, on doit en assumer les conséquences ». Pour ce témoin clef de la défense, la banque ne pouvait pas ignorer les activités de Kerviel, mais il admet également qu’elle n’en avait sans doute pas pris l’exacte mesure. L’interview (audio) est ici.

Le procès entre dans sa dernière semaine. Demain, le tribunal entendra Daniel Bouton, ancien président de la banque.

Les plaidoiries de la défense auront lieu vendredi.

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22 commentaires »

  1. Ca commence à devenir gênant ces gens qui reprennent mes métaphores.

    Commentaire par tschok — 21/06/2010 @ 08:59

  2. Bonjour tschok,

    Je crois qu’il va définitivement falloir songer à les déposer, vous n’avez plus le choix.

    Commentaire par Fantômette — 21/06/2010 @ 09:07

  3. Si une métaphore est possible, c’est que les mots ont une puissance d’évocation suffisamment partagée pour que la pensée qui les sous tend ne soit plus originale.

    Cela veut donc dire que le champ symbolique est rempli par le lieu commun.

    J’en tire trois conséquences.

    La première, assez pratique et matérialiste, je ne vous le cache pas: je crains que le dépôt ne me rapporte rien. On ne peut pas déposer ce qui est banal.

    La deuxième devrait nous inviter à la réflexion: nos conditionnement mentaux guident notre façon, littéralement, de voir les choses (une métaphore, c’est une image).

    La troisième est plus un drame personnel: hélas, je ne suis pas original.

    Commentaire par tschok — 21/06/2010 @ 10:13

  4. Au fait…. maintenant qu’on peut parier sur tout et n’importe quoi…
    Pourquoi ne pourrions nous pas parier sur le verdict?

    Commentaire par misty — 21/06/2010 @ 12:11

  5. C’est pas une bête idée. Mais il faut trouver un investisseur.

    Savez vous par quoi commence la journée d’un maître trader? C’est Jalmad qui a posé cette question, celle qui consiste à savoir de quoi sont faites leurs journées.

    La journée d’un maitre trader (Kerviel n’en est pas, c’est juste un trader) commence par lire le journal pour savoir quel genre de pari les investisseurs pourraient suivre.

    C’est tout à fait fascinant. Il s’agit de « lancer un contrat ». Vous n’en avez rien à foutre de l’actif sous jacent, il faut juste lancer le contrat sur l’actif (c’est pour ça qu’il n’y a pas de contrôle sur le nominal). Et pour ça il faut un environnement symbolique. Sinon, ça ne marche pas. Les institution jouent un rôle crucial, car ce sont de grandes pourvoyeuses de symbolique prêt à porter: une salle de marché est cette partie d’une banque consacrée à l’émission du symbolique. Elle existe, elle a un nom sexy (desk delta One, attention Chuck Norris est pas loin) elle brasse des milliards, elle est bourrée de grosses têtes (la république les forme, parait il: ce sont des X, eh oui.) y a plein d’écrans, plein de degrés hiérarchiques, y a des clés dans des pots de fleurs, enfin c’est chouette, quoi. Sincèrement, ça me fait bander. Pas vous?

    Est ce que vous vous intéressez à l’art?

    Savez vous comment on lance une toile ou un artiste? A peu près de la même façon. Mais à plus long terme.

    Commentaire par tschok — 21/06/2010 @ 13:15

  6. d’accord : il commence par lire un journal ; puis il se boit un café avec ses collègues, c’est ça ? En fait, trader, ça ressemble vachement à avocat/journaliste/magistrat/cadre chez Renault/vendeur de bagnoles, etc….

    Commentaire par jalmad — 21/06/2010 @ 14:07

  7. Rien a ajouter au témoignage recueillit par France Info. Pour moi qui travaille dans la partie depuis 15 ans (IT Front Office), c’est ce que je dis depuis le début. L’appât du gain de la hiérarchie l’a fait volontairement ignorer tous les clignotants qui s’allumaient. Et on sait bien que personne n’est plus ignorant que celui qui ne veut pas voir.

    Commentaire par Vonric — 21/06/2010 @ 14:32

  8. @ tschok,

    Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais les métaphores sont toujours invoquées au soutien des intérêts de Kerviel.

    Je n’ai pas le souvenir d’en avoir entendu soutenir une au bénéfice de la défense de la banque.

    Étrange, non?

    Commentaire par Fantômette — 21/06/2010 @ 17:27

  9. Oui, c’est vrai.

    faut essayer de trouver quelque chose. Sur le thème du bon père de famille par exemple.

    Euh…

    Commentaire par tschok — 21/06/2010 @ 17:51

  10. @ Fantômette : je me souviens avoir lu un truc super poétique une fois, qui parlait d’un nuche qui leur met profond con una punada di arena. Je n’ai pas compris ce qui était sensé être enseveli si profondément, ni où précisément, mais ça m’a pas l’air super sympa pour Kerviel toujours.

    Commentaire par jalmad — 21/06/2010 @ 18:09

  11. Oui mais là il faut trouver quelque chose pour la banque.

    De positif.

    Voyons voir…

    (c’est dur)

    Commentaire par tschok — 21/06/2010 @ 18:29

  12. @ Tschok :

    La SG, ce serait pas ce bon père de famille qui a laissé traîner les clefs de la Ferrari sur le guéridon du vestibule. Peut-on réellement lui reprocher le fait que son ado lui ai chipé les clefs pour aller faire un tour sur le périph ?

    (Oui?)

    (Ah bon.)

    (En même temps si on peut plus faire confiance aux ados…)

    Commentaire par Gwynplaine — 21/06/2010 @ 18:52

  13. Gwynplaine>… et que les parents aient mis des boules-quies pour ne pas être dérangés par le bruit du moteur qui démarre dans le garage ?

    Commentaire par Vonric — 21/06/2010 @ 18:57

  14. @ Vonric :

    Oui, aussi. L’important c’est que ce soient de bon parents, pour que la métaphore soit positive.

    Commentaire par Gwynplaine — 21/06/2010 @ 19:13

  15. @ Gwynplaine,

    A la réflexion, je me demande si la parentalité est une veine très porteuse. Surtout avec des histoires de clés de la ferrari qui trainent sur le guéridon de l’entrée pendant que les parents pioncent, les boules quies enfoncées dans les oreilles (et la chaine stéréo à fond parce que ça fait du bruit un V8).

    Il faut une image d’innocence (donc l’enfant) ou de virginité (la Vierge Marie). De vulnérabilité, mais de prévoyance (l’écureuil) (zut, ç’a déjà été fait!).

    Au début, j’ai songé à une femme en deuil: le deuil vous place au dessus du soupçon. Et on aurait pu dire que la SG est une femme en deuil de son innocence. Mais c’est ambigu.

    On pourrait songer à la métaphore animalière et dire que la SG est un boeuf qui veut se faire plus petit qu’une grenouille. Mais là encore, c’est pas très positif finalement.

    La métaphore littéraire: la SG est un Gulliver empêtré dans les câbles de son système informatique. Bof. Pas super.

    Franchement je suis à la peine: je n’arrive pas à lui trouver une image d’innocence bafouée qui lui colle bien.

    Le mieux que je trouve c’est Elmire, obligée de draguer l’imposteur pour le percer à jour parce qu’Orgon est un gros nase. Mais le problème, c’est qu’Orgon, c’est elle, c’est la SG.

    On est obligé d’attendre l’acte IV pour qu’elle sorte de dessous la table. Elmire, c’est les actionnaires minoritaires qui ont lancé la plainte. C’est pas elle. Mais, en s’y prenant bien, en oubliant quelques données un peu gênantes, on peut imaginer de donner à la SG le costume d’Elmire.

    Faut le faire théâtrale, façon farce: il faut qu’Orgon pique son costume à Elmire et se fasse passer pour elle en faisant oublier que du coup ça fait une deuxième imposture. Faut la jouer très cool, très l’air de rien.

    Voilà: la SG, c’est Orgon dans le costume d’Elmire, mais en mieux.

    Commentaire par tschok — 21/06/2010 @ 19:23

  16. tschol> Déjà qu’avec la technicité utilisée pour noyer le poisson, 90% des gens sont complétement perdus, je ne sais pas si utiliser la métaphore théâtrale rend vraiment service a la SG : cela risque de perdre les 10% restant qui vont se dire que de toute façon il y a anguille sous roche et pas de fumée dans feu.

    Commentaire par Vonric — 21/06/2010 @ 19:33

  17. Ça, c’est quelque chose à retenir de cette affaire : il est extrêmement difficile de métaphoriser positivement la société générale dans le cadre de ce procès.

    J’y réfléchis depuis le com’ ci-dessus, et je suis tout autant à la peine de tschok.

    C’est peut-être le signe qu’il y a quelque chose qui cloche dans leur système de défense, qui sait. Il ne tient pas debout, il est bancal. Il contient trop de paradoxes ou de contradictions et du coup, on ne peut pas l’unifier autour d’une seule image. La société générale, banque sérieuse (oui mais non), prudente (oui mais non), compétente (oui mais non), professionnelle (oui mais non)…

    Elle évoque moins la victime d’un abus de confiance que la victime d’une escroquerie en fait. Au mieux, le pigeon, donc, celui dont la bêtise a provoqué la perte, celui que l’on n’arrive pas à plaindre.

    Commentaire par Fantômette — 21/06/2010 @ 21:38

  18. A la page 36 de l’ordonnance de renvoi, on peut lire.

    Sur le second courrier d’Eurex (20 novembre 2007)

    « Confronté à M. Kerviel, M. Cordelle a expliqué qu’il n’avait pas davantage prêté attention au contenu de ce second courrier (D189). Je n’ai rien vu, a-t-il déclaré. Je reçois 200 à 300 courriels par jour. M. Cordelle a ajouté que s’il avait lu le passage concernant les 6000 futures (nota : 1,2 milliards € !), il aurait sauté au plafond, Je lui aurais demandé des explications détaillées surtout qu’on parlait d’achats et non d’achat-ventes. »

    Ainsi, il apparaîtrait que la banque a été informée par Eurex de transactions passées par Kerviel pour des montants très supérieurs à la limite autorisée de 125 millions €.

    C’est un des points clef du dossier et il sera très intéressant de voir comment le tribunal l’appréciera.

    Commentaire par Tendance — 21/06/2010 @ 21:44

  19. @ Vonric,

    C’est intéressant ce que vous dites parce que la démocratie s’est construite sur l’idée de l’argent.

    Pas les libertés ( c’est juste un bienfait collatéral, un concours de circonstances que nous, les libéraux, essayons de maintenir).

    Or, au moment même où nous perdons (de votre propre aveu) le contrôle de l’argent, l’écologie et la guerre nous rappellent que nous perdons le contrôle de nos vies.

    Ces banquiers un peu fous sont en train de nous rendre conscients. Indirectement.

    Puisque dans ces moments de conscience on peut enfin se poser des questions importantes: est il nécessaire de sacrifier un Kerviel?

    Oui.

    Non.

    Si on le fait, on le tue. Si on ne le fait pas, keskon fait?

    Commentaire par tschok — 22/06/2010 @ 01:51

  20. tschok> Ce que je dis en 7 ou après ? 😉 Je retournerais l’argument: a quoi sert de sacrifier un Kerviel ? Pour continuer comme avant (peut être un peu différemment, mais a long terme avec les mêmes conséquences) ?

    Commentaire par Vonric — 22/06/2010 @ 12:24

  21. @ Vonric,

    C’est vrai qu’on a un peu le sentiment que le « sacrifice » de Kerviel ne va pas empêcher le business as usual.

    On a du mal à croire dans la sincérité des mesures d’ajustement prises par les banques: lors de la dernière crise, comme de l’avant dernière et l’avant avant dernière, elles nous avaient aussi promis, juré craché que cela ne se reproduirait plus.

    Non seulement ça se reproduit mais c’est de plus en plus grave: aux dires mêmes de la banque, 150.000 emplois menacés par la souris cliqueuse de Kerviel. Une multitude de petits clics ont fait un grand choc. Ce type n’a même pas la signature et il n’est même pas sur le k bis, pourtant il a engagé les fonds propres de la banque au delà de ce qu’aurait pu faire Bouton, même avec la plus malveillante intention du monde.

    Quand Bouton veut faire changer la moquette de son bureau, l’ordre de paiement de la moquette est signé et contresigné par une armée de comptables, de contrôleur de gestion, de décideurs.

    L’autre, avec sa souris: clic clac et hop.

    C’est un truc de oufs.

    C’est comme si on disait que le petit mousse embarqué sur le Terrible à la dernière minute pouvait déclencher le feu nucléaire sans que personne dans la hiérarchie ne s’en rende compte jusqu’au moment où les ogives nucléaires explosent au dessus de Moscou.

    Ca laisse songeur.

    Commentaire par tschok — 23/06/2010 @ 12:08

  22. tschok> Un truc de oufs, tout a fait d’accord !

    Je corrige tout de meme: « jusqu’au moment où les ogives nucléaires SURVOLENT Moscou » En effet, dans le cas de l’affaire Kerviel la SG n’était pas perdante: ce n’est que lorsqu’elle a débouclé les positions en catastrophe qu’elle a du prendre des paumes.

    La réflexion d’econoclaste, qui écrit, a propos du supérieur qui n’y comprenait rien mais était la parce que polytechnicien:
    « S’y ajoutent quelques éléments sociologiques. Les gens du back-office, du contrôle de risque, se le voient régulièrement rappeler : ils sont un centre de coût, les salles de marché sont un centre de profit. Entre les deux, la hiérarchie implicite est très rapidement évidente. S’y ajoute le fonctionnement féodal des banques (tout particulièrement les banques françaises) dans lesquelles on distingue clairement entre ceux qui sont issus de ces Grandes Ecoles que le monde entier nous envie, et les grouillots qui se contentent d’un diplôme universitaire. A votre avis, lesquels trouve-t-on dans la hiérarchie et dans la salle de marché, lesquels dans les services de contrôle du risque et de back-office? A ce titre, le témoignage du supérieur direct de Kerviel est éclairant : il ne comprenait rien à ce que les traders qu’il était sensé diriger faisaient. Comment une telle situation est-elle possible? Allons donc, comment un polytechnicien d’une trentaine d’années pouvait-il être incompétent? ils savent tout faire, ils sont tellement intelligents.
    […]
    Dans des métiers complexes et techniques, il n’est pas anormal qu’un supérieur hiérarchique ne soit pas capable de faire ce que ses subordonnés font; toute la hiérarchie des grandes entreprises françaises et des banques est construite sur la négation de ce principe pourtant simple. On sait qu’ils ne peuvent pas le faire, mais on fait comme s’ils en étaient capables, et l’on s’intoxique sur les gens qui ne peuvent qu’être des leaders nés parce qu’ils ont été capables à 20 ans de passer un concours très difficile. »

    http://econoclaste.org.free.fr/dotclear/index.php/?2010/06/21/1733-jerome-kerviel-bp-et-la-guerre-du-kippour

    Commentaire par Vonric — 23/06/2010 @ 14:25


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