La Plume d'Aliocha

15/06/2010

Kerviel en direct sur le web

Filed under: Affaire Kerviel — laplumedaliocha @ 17:16

Vous voulez suivre l’affaire mais vous n’avez pas le temps de vous rendre au tribunal ? Plusieurs sites d’informations et blogs de journalistes vous proposent le procès en direct, ou bien des impressions d’audience sur le vif. Par exemple 20minutes.fr, La Tribune, Les Echos, le blog de Matthieu Aron, chef du service Police-Justice de France Info,Pascale Robert-Diard du Monde, l’Obs via twitter, sans compter bien sûr les journalistes d’agence, Reuters et l’AFP (lien vers La Croix), qui rédigent leurs dépêches au fil de l’audience. Remerciez-les, ils ont du mérite car l’affaire est tout sauf excitante pour un chroniqueur judiciaire. Les débats se perdent dans une technique qui rebute jusqu’aux journalistes financiers, c’est dire….Au point qu’un confrère célèbre lançait ce matin en sortant de l’audience épuisé par des heures de débat sur les warrants à barrière désactivante et autre joyeusetés du même genre : « plus jamais ça ! ».

Vous aimeriez avoir accès aux pièces du dossier ? Les journalistes en diffusent certaines examinées en cours d’audience, mais vous pouvez aussi vous reporter au site institutionnel de la Société Générale qui dédie un espace de sa page d’accueil à l’affaire. Vous y trouverez l’ordonnance de renvoi, un résumé des principaux aveux de Jérôme Kerviel (dixit la banque), le rapport Green de l’inspection interne de la Société Générale, le communiqué de presse désormais légendaire du 24 janvier 2008 et les mesures de contrôles nouvelles instituées depuis que l’affaire a éclaté.  Observons au passage que si Jérôme Kerviel s’est surtout battu à coup d’interview à la presse écrite, radio et télévisée, ainsi qu’en sortant un livre, la Société Générale a opté pour une stratégie plus discrète mais non moins redoutable, présenter sa version, documents officiels à l’appui, sur Internet. A vous de juger…

Même les curieux d’astrologie seront satisfaits. Figurez-vous qu’un site propose le thème astral de Jérôme Kerviel ! Hélas, s’il décrit le caractère de l’intéressé, il ne fournit pas le résultat du procès….

Note : mes excuses par anticipation aux confrères qui relaient l’audience en direct et que je n’aurais pas identifiés, qu’ils n’hésitent pas à se signaler. Je sais que l’affaire passionne tout particulièrement le monde économique et que beaucoup de lecteurs sont avides d’informations sur le sujet.

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39 commentaires »

  1. Bonjour Aliocha,

    Je suis surpris que vous n’incorporiez pas le site d’Olivier Fluke dans votre liste, il a pourtant l’air diablement au courant et fait quasiment un compte-rendu quotidien des audiences: http://olivierfluke.canalblog.com/

    Rien à voir mais ça touche, avec qualité de prime abord, directement votre combat: http://www.enquete-debat.fr/

    Bonne soirée

    Aliocha : je voulais le lire plus attentivement avant de l’évoquer ; sauf en ce qui concerne la plaisanterie astrologique en fin de billet, les autres sources que je cite, je les connais….

    Commentaire par H. — 15/06/2010 @ 18:02

  2. le fait que le prévenu ait soigné sa com ne veut pas dire qu’il donne libre accès aux pièces.

    C’est un comportement assez prévisible de la part du prévenu et on peut dire que l’ensemble du code de procédure pénale est résolument contre ça..

    Le problème n’est pas là: je vous mets au défi de dissimuler quoi que ce soit qui ait un rapport avec la manifestation de la vérité, du moment que l’Etat veuille le savoir (1) et que nous ayons pris la décision que rien ne nous arrêterait (2).

    Le problème est que la partie civile met en scène sa victimation (j’entends par là l’ensemble des faits dont elle souffre et leur analyse par des souffrologues ) qui, en l’espèce est aussi la nôtre, alors que la « victime » est en train de se refaire en nous faisant souffrir.

    En clair, la SG s’est fait enculer par Kerviel. Mais elle continue à nous enculer.

    Kerviel, à la base c’est juste un type qui, parce qu’il a estimé ne pas être reconnu à sa juste valeur, à foutu une merde noire: papa n’est pas venu lui faire un bisou le soir dans son lit. Il se venge. Ca fait mal.

    Le problème n’est pas là.

    Je veux dire: on essaye tous de gérer nos enfants et quand on le fait pas, on est puni (Dadouche, chez Eolas, Jalmad aussi).

    Le tarif est connu.

    Le problème c’est: qu’est ce qu’on fait avec les pères?

    Et je vous rappelle que les pères sont ceux qui décident si vous, votre femmes, vos gosses vont être à poil en GAV.

    Le reste, c’est des conneries.

    Qui sont les pères?

    Aliocha : je vous assure que ce procès soulève des problèmes autrement plus corsés que vos interrogations freudiennes 😉 Mais au fond, vous avez raison, derrière tout cela, il y a de l’humain. A propos, vous êtes à jour sur les warrants à barrière désactivante ?

    Commentaire par tschok — 15/06/2010 @ 18:12

  3. Bonsoir,

    j’ai une question idiote à propos des pièces de la Société Générale: pourquoi le communiqué de presse est marqué « ne doit pas être diffusé aux Etats-Unis, au Canada, au Japon et en Australie » ??? J’avoue que je ne comprends pas bien…

    Aliocha : excellente question, à vrai dire je n’en sais rien, mais il y a de fortes chances que ça ait un rapport avec les horaires d’ouverture des marchés concernés ou leurs réglementations.

    Commentaire par Nono — 15/06/2010 @ 18:32

  4. Bonsoir,
    En lisant le site de Marianne, je tombe sur un titre : « Procès Kerviel: Et si la Société Générale savait tout? » qui renvoie vers le premier billet d’aujourd’hui.
    Avant de voir le contenu (déjà lu ici), ce titre m’a fait me demander quelque chose : admettons que la SG ait su tout, qu’elle ait laissé agir M. Kerviel sciemment.
    Qu’est-ce que ça changerait par rapport aux risques judiciaires pour M. Kerviel ?
    Est-ce que la SG serait coupable de quelque chose, et devant qui (justice, actionnaires, autorité des marchés, …) ?

    Aliocha : il y a plein d’avocats ici qui répondront mieux que moi. Disons à vue de nez qu’une partie civile qui devient complice, ça fait désordre…tout le dossier contre Kerviel s’effondrerait, les régulateurs pourraient tomber sur la banque, et les actionnaires sans doute réclamer des dommages-intérêts…

    Commentaire par ancilevien74 — 15/06/2010 @ 18:47

  5. Par rapport aux risques judiciaires dites vous?

    Je sais pas.

    Admettons que Kerviel soit un enfant de 4 ans et la SG sa grand mère.

    Posons en principe que la grand mère ait autorisé son petit fils à fouiller dans son sac histoire de gribouiller sur son chéquier pendant qu’elle est chez le dentiste en train de se faire refaire son dentier.

    A la fin du truc, la grand mère en a pour 5 milliard d’euros.

    Vous y croyez vous?

    Je veux dire vous êtes prête à payer?

    Commentaire par tschok — 15/06/2010 @ 18:56

  6. Attention, les deux réponses doivent être soigneusemenr pesées.

    C’est pas de la rigolade, en fait.

    Commentaire par tschok — 15/06/2010 @ 19:01

  7. @Tschok

    La question ne serait-elle pas plutôt : la mère-grand regarde pas trop tant que le petit fils ramène de l’argent, beaucoup d’argent (celui-ci vendant ses oeuvres dessinées sur le chéquier), mais un jour un péquin il encaisse le chèque et paf … 5 milliards.

    De ce que j’ai compris : JK aurait trouvé une martingale : perdre au début pour gagner à la fin. c’est d’ailleurs son propre terme : martingale. Il l’a mise en oeuvre et il serait bien étonnant que personne à la SG ne l’ai regardée de près. Et comme le terme martingale le laisse bien entendre, on doit augmenter les mises tant que l’on perd (avant de gagner).

    Maintenant sur les volumes financiers, les subprimes c’est 500 milliards, il donne l’impression d’être un clodo JK avec ces 5 milliards

    Maintenant, peut être qu’on aurait un peu le fin mot de l’histoire en sachant qui a bénéficié du débouclage, parce que moi j’en connais « des boursicoteurs » qui en ont laissés quelques plumes lors de ce fameux débouclage.

    A qui profite le crime ?

    Commentaire par herve_02 — 15/06/2010 @ 20:36

  8. Chers amis commentateurs, je ne sais pas si toutes ces histoires de grand-mères et de martingale n’embrouillent pas les choses davantage qu’elles ne les éclaircissent 😀

    En toute modestie et avec des grosses pincettes de juriste en cours de cuisson, je dirais ceci : la qualification pénale principale retenue contre JK est l’abus de confiance. Abus de confiance à l’encontre de la SG, cela va sans dire.

    Comme vous vous en doutez – j’en suis certain – sans avoir à ouvrir un Code pénal pour consulter la jurisprudence sur l’abus de confiance, ce délit suppose que quelqu’un abuse de la confiance qu’un autre a placée en lui.

    Typiquement en l’espèce, l’employeur peut légitimement prétendre qu’il avait confiance en son salarié puisque celui-ci est tenu d’un devoir de loyauté renforcé à son égard.

    Mais évidemment, si ledit employeur se doutait de ce que ledit employé tramait, a fortiori s’il l’a laissé faire en connaissance de cause parce qu’il pensait y gagner au bout du compte… la qualification d’abus de confiance commence à se faire FAIBLE. D’autant plus qu’en matière pénale, le principe est qu’il faut être très strict dans la qualification de l’infraction. Rapport à la présomption d’innocence et à la gravité de la sanction pénale, tout ca.

    Alors voilà tout le boulot de la défense c’est de dire « la SG prétend qu’elle ne savait pas, mais en réalité tout ceci relève de faux-semblants : on fait comme si on se doute de rien alors qu’en fait… »

    Et je dois dire que jusqu’à présent j’ai l’impression que ca marche pas mal. L’enregistrement d’Olivier Metzner est à ce sujet édifiant : on y entend un trader (de la BNP!) dire, avant que toute l’histoire ne soit publique, qu’il se doute que Kerviel est derrière tout ça… Si un type de la BNP savait, la SG aurait dû savoir, non?

    Commentaire par Mike — 15/06/2010 @ 22:42

  9. Bonjour Mike,

    Merci de remettre la discussion sur les rails du droit. Vous avez raison de le faire.

    Mais cela n’empêche pas d’ouvrir un code pénal 🙂

    L’abus de confiance se définit ainsi: « L’abus de confiance est le fait par une personne de détourner, au préjudice d’autrui, des fonds, des valeurs ou un bien quelconque qui lui ont été remis et qu’elle a acceptés à charge de les rendre, de les représenter ou d’en faire un usage déterminé. »

    L’idée de la confiance que l’on place en une personne qui la trahit, n’est donc pas spécifiquement visée par l’incrimination, qui est plus « matérielle » que cela (et ce n’est pas plus mal, bien entendu).

    Dans quel but l’argent remis à JK par la SG lui a été remis exactement? De quel « usage déterminé » parle t-on exactement?

    Je pose la question « naïvement », si vous voulez, car je n’ai pas l’impression que cela a été vraiment discuté, pour le moment.

    (Mais bien entendu, nous ne sommes pas au bout du procès, loin de là).

    Commentaire par Fantômette — 16/06/2010 @ 09:24

  10. @tschok : Je verrai plus l’affaire comme un mari qui ramène son salaire chaque fin de mois à la maison… Et l’année suivante, il ramène 1700 fois ce qu’il gagnait l’année précédente, sans que personne dans sa famille trouve ca étonnant qu’il gagne autant d’argent maintenant.

    @Nono : Aux Etats-Unis, il y a une instruction en cours contre la SG (par les petits actionnaires). Je pense donc qu’ils n’ont pas le droit de diffuser ce genre de chose pendant l’instruction.

    Commentaire par testatio — 16/06/2010 @ 11:15

  11. […] This post was mentioned on Twitter by Francis Weaver, Louis Lee. Louis Lee said: Kerviel en direct sur le web « La Plume d'Aliocha: Kerviel en direct sur le web. Classé dans : Eclairage — l… http://tinyurl.com/37u8m59 […]

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  12. @ Mike et Fantômette :

    je pense qu’en réalité, il ne serait pas suffisant théoriquement, pour aboutir à une relaxe du chef d’ABC de démontrer que la SG avait les moyens à dispositions pour savoir, car JK a fait ça quasi au vu et au su de tout le monde, il suffisait de 3 clics, etc….Non, ce qu’il faut, c’est arriver à déontrer que la SG l’a laissé faire en toute connaissance de cause. Et là, c’est une autre affaire ; car, même à supposer que ce soit vrai, il est évident que cet accord de principe n’aura été donné que tacitement, par non-dit, non réaction, ou approbation verbale ambigüe, etc…quand tous les documents (charte de déontologie, contrat de kerviel, ou que sais-je) vont démontrer le contraire.

    Par ailleurs, il ne faut pas oublier que JK est également poursuivi pour des faux et usage de faux ainsi qu’introduction frauduleuse de données dans les bouzins, ce qui, si les informations ou données ainsi falsifiées sont à destination de la SG, fait mauvais ménage avec la théorie de la SG d’accord.

    En revanche, sur le plan civil, une négligence particulièrement caractérisée de la banque, avec par exemple l’absence de dispositif de contrôle suffisant, l’absence de réaction face au 70 alertes, etc…peut avoir un impact et, pourquoi pas, aboutir à un partage de responsabilité, même minime.

    J’ai tendance à me dire que c’est aussi ça que joue JK : il se dit que même s’il se prend une condamnation pour l’ABC, un simple reconnaissance du fait que la SG a elle-même quelque part concouru à son propre dommage en créant les conditions permettant la réalisation des infractions alors qu’on peut attendre d’elle, vu l’importance des enjeux, qu’elle verrouille le truc, pourrait suffire à le donner gagnant aux yeux de l’opinion.

    Commentaire par jalmad — 16/06/2010 @ 14:43

  13. @ Jalmad : le faux et usage de faux a été abandonné par l’instruction 🙂

    je n’ai pas fini de lire l’ORTC mais effectivement, quand je dis que la défense me semble efficace je veux surtout dire qu’elle fait au mieux dans la limite qui lui est imposée, à mon humble avis.

    Après il est clair que JK risque encore 5 ans pour l’introduction de faux dans un système informatique. Mais l’introduction cesse d’être frauduleuse dès lors que la SG faisait simplement semblant de ne pas savoir.

    Il n’est pas sorti d’affaire mais vu ce qu’il a fait disons que ca aurait pu être pire 🙂

    Commentaire par Mike — 16/06/2010 @ 16:13

  14. @ Mike : ah bon ?

    moi je me fiais au communiqué fourni à la presse, et reproduit par Aliocha dans son premier billet : « à l’issue de celle-ci, les juges d’instruction ont renvoyé Jérôme Kerviel devant le tribunal correctionnel pour y répondre des délits suivants commis au cours des années 2005, 2006, 2007 et jusqu’au 19
    janvier 2008 :
    – Introduction frauduleuse de données dans un système de traitement automatisé
    – Abus de confiance
    – Faux et usage de faux. ».

    Vous avez un lien où on peut aller lire l’ORTC ?

    Commentaire par jalmad — 16/06/2010 @ 17:05

  15. @ jalmad,

    Mike fait erreur, l’ORTC a bien renvoyé pour les faits de faux et usage de faux.

    L’ORTC est ici :

    http://www.france-info.com/IMG/pdf/4/0/7/ordonnance_20090901101128.pdf

    Commentaire par Fantômette — 16/06/2010 @ 17:25

  16. En fait, il y a eu un abandon partiel de la qualification de faux et usage de faux, qui avait initialement été pressentie pour qualifier la saisie d’opérations fictives, elles-mêmes dorénavant poursuivies du chef de l’introduction frauduleuse de données.

    Elle n’est aujourd’hui retenue que sur les seuls courriels émis par JK pour justifier ces prises de position.

    Commentaire par Fantômette — 16/06/2010 @ 17:57

  17. @ Fantômette

    yes, merci.

    c’est incroyable cette ORTC, rédigée façon rédaction de collégien « nous évoquerons d’abord…puis…. », « mais intéressons nous plutôt à » puis  » voyons désormais tel point ». Je caricature, mais je trouve cela amusant. Ceci nullement pour me moquer de M. Van Ruymbeke que j’admire énormément, mais je trouve que cette simplicité rédactionnelle (qui a le mérite de la clarté) tranche tellement avec la complexité de ce qui y est décrit, que ça en devient totalement décalé, voire surréaliste….

    sinon, je n’ai pu m’empêcher de sourire à la lecture des « citations choisies » de messieurs Kerviel et son conseil par les JI, avant le début de la démonstration, et juste après avoir rappelé au passage la bonne trentaine d’interro et confrontations….ça vous pose l’ambiance lors de l’instruction. Ceci étant, si je peux comprenre l’agacement des JI, je ne vois pas bien l’intérêt de répondre à cela dans l’ORTC, ça fait un peu « je défends mon travail tellement qu’il est bien ». De toutes façons, le TC et les gens se feront une idée sur pièce lors de l’audience.

    Voilà pour l’analyse purement superficielle de ce travail. Pour l’analyse de fond, euh…vous me laissez quoi…. 10, 12 ans ?

    Commentaire par jalmad — 16/06/2010 @ 18:32

  18. @ jalmad,

    Mais je vous en prie.

    Je trouve que cette ORTC est un morceau de bravoure. Je le dis sans aucune ironie.

    Je ne prétends pas avoir suivi avec aisance les développements du magistrat instructeur, mais honnêtement, je peux dire que « tout ce que je sais de l’affaire Kerviel, c’est dans l’ORTC que je l’ai appris » ( 🙂 ).

    Même les warrants à barrière désactivante, dont quasiment tout le monde a parlé pour dire « cékoiça? », eh bien, pof, vous avez l’explication dans l’ORTC.

    A part rajouter des petits dessins, je ne vois pas ce que le juge aurait pu faire de plus.

    Je souris un peu, mais cela dit, au vu de la complexité de l’affaire, il fallait une ORTC de cette nature, c’est-à-dire, avant tout extrêmement rigoureuse dans l’analyse, la description et la relation des faits – me semble-t-il.

    D’une certaine manière, à la simplicité de l’ORTC (je parle de sa simplicité formelle, comme vous l’aurez compris) répond également la simplicité des infractions poursuivies. L’abus de confiance, le faux et usage de faux sont des infractions classiques, dont la définition est bien posée. Les difficultés existent mais elles sont seulement d’application (et je n’entends pas les sous-estimer).

    C’est peut-être un peu moins vrai de l’introduction frauduleuse de données, sa relative jeunesse laissant place à des discussions d’une nature plus purement juridique. Enfin, disons que c’est un peu mon impression.

    J’ignore si cela sera abordé en défense – mais je le suppose, évidemment.

    Je vous avouerai – moi, qui n’ai jamais traité d’affaire médiatique, comme un minimum de lucidité vous l’aura certainement déjà fait soupçonner – bien aimer aborder un dossier d’une manière technique, juridique (ceci expliquant sans doute cela). Et en l’espèce, une discussion rigoureuse de la qualification du délit d’introduction frauduleuse de données me semble assez plaidable.

    Commentaire par Fantômette — 16/06/2010 @ 19:47

  19. Bonjour Fantômette,

    Je ne suis pas tout à fait d’accord avec vous sur la simplicité de l’infraction principale d’abus de confiance. Certes, elle est bien définie en théorie.

    Mais là, on est en plein dans le paradoxe: à la fois on peut dire que le prévenu a abusé de la confiance de son employeur, donc qu’on est vraiment pile poil dans l’infraction, dans toutes ses composantes. Mais de l’autre, on est aux limites du domaine: comment puis-je abuser de la confiance de mon employeur, s’il m’a accordé toute sa confiance pour faire n’importe quoi? J’ai fait n’importe quoi: j’ai rempli mon contrat.

    Ah oui, mais j’ai planté la banque, alors du coup, elle râle: elle n’aime pas perdre. Oui, mais elle a joué, elle a accepté les règles, c’est même elle qui les a faites.

    Ces salles de marché ne sont plus des banques: ce sont des casinos. Ceux qui y sont, qui y jouent, sont là pour brûler le tapis vert. Le job des gens qui y travaillent est de faire des paris sur absolument n’importe quoi du moment qu’il y a des effets de levier.

    On estime que 95% des flux financiers ne sont plus connectés à des opérations réelles: c’est du jeu. Mais, attention, du jeu professionnel.

    Il faut complètement basculer dans la logique du jeu professionnel et ne plus regarder cette affaire sous l’angle bancaire et sous l’angle de la macro économie libérale classique de la bonne affectation d’une ressource à un emploi par la main invisible du marché.

    En fait cette conception classique est complètement dépassée. La conception qu’il faut appliquer c’est « greed is good ».

    En fait quand on regarde la situation d’un peu plus ploin, on se rend compte qu’il y a des masses colossales de pognon qui ne trouvent pas à s’employer dans l’économie réelle, faute de projet humain d’investissement.

    Mais ceux qui détiennent ces fonds ont l’obligation de les faire fructifier. Or, il n’existe pas assez d’occasions d’investissement du côté de l’économie réelle pour absorber ces masses de pognon et les faire fructifier « normalement ». Du coup ils ont créé une quantité de marchés alternatifs où ils font comme si les choses étaient sérieuses, alors que c’est que du jeu, et où la seule règle est le « toujours plus ». Toujours plus fou, toujours plus sophistiqué, toujours plus tout.

    La SG fait partie de ceux qui ont créé ces marchés alternatifs, elle a fonctionné au max de cette logique du « toujours plus » et elle s’est goinfrée plus qu’à son tour.

    Et maintenant, elle vient dire « olala, on a abusé de ma confiance », alors que les pertes qu’elle essuie vont être épongées par les frais de gestion qu’elle va pomper sur les comptes de ses déposants, c’est à dire des ressources avec 0 risque qu’elle perçoit sur un marché où elle est en position de domination économique? Oh?

    Ca a quelque chose de risible, non?

    Mais pour le juriste, c’est une situation étrange: comment peut on abuser de la confiance de quelqu’un qui vous l’a accordée pour faire toujours plus fou? La confiance de la banque a été totale, et l’engagement de kerviel a lui aussi été total, c’est ça le problème.

    Tout pouvoir a été donné au salarié pour faire tout ce qu’il voulait et les dispositifs de contrôle ont été totalement levés, d’ailleurs, ils n’ont totalement pas été mis en place, nous dit la banque.

    Le résultat est, assez logiquement, « total » aussi.

    Dans cette affaire, on est en permanence confronté à la saturation du « total »: totalement incompréhensible, totalement inimaginable, totalement excessif, totalement tout.

    A partir de là je ne sais pas si c’est avec notre vieux recueil de jurisprudences sur l’abus de confiance à la grand papa qu’on va arriver à y comprendre quelque chose.

    Mais dès que vous basculez dans la logique du jeu, l’affaire devient totalement limpide: greed is good. Tout le système est conçu pour valoriser le greed:

    – Le fait que structurellement un trader soit un ordonnateur de dépense et un comptable: par sécurité on sépare les deux. Mais le paiement de la dépense étant lié à une procédure administrative qui a forcément une durée, il n’est pas possible de s’engager sur des opérations ultra rapides. Du coup, tout le système est conçu pour permettre au trader d’engager la dépense et d’en être le comptable, immédiatement.

    – Le fait qu’un trader puisse engager la banque en no limit: son clic vaut plus que la signature du président (le trader n’est pas sur le k bis pourtant): ce fait là, en particulier, est totalement incompréhensible pour un juriste, il coule de source pour un joueur qui, par définition va à un moment ou un autre « jouer les économies du ménage ». C’est la conséquence normale des effets de levier, qui sont recherchés en tant but justifiant l’existence du système.

    – Le fait que le back office soit intrinsèquement conçu pour être aveugle: pour que le joueur puisse jouer, l’épouse doit être aveugle. Son rôle, c’est de découvrir après coup que son mari a flambé les éconocroques et de lui faire une scène de ménage (Mustier à Kerviel: « salaud, tu m’as menti », elle était belle celle là, pour un peu on leur aurait filé des assiettes pour qu’ils se les envoient dans la tronche);

    – Le fait qu’il n’y ait pas de contrôle sur le nominal et qu’un tel contrôle soit même perçu par la banque elle même comme superflu, sans objet, ce qui est tout à fait symptomatique. L’absence de contrôle sur le nominal se produit à un moment précis de l’histoire du jeu: quand un bookmaker place les enjeux des parieurs. S’il gagne, cela ne se voit pas. S’il perd, c’est là que ça se voit. Et ça se termine dans le lac, le book enraciné dans des semelles de béton.

    En fait on peut se poser une question différente: l’honneur du jeu a t’il été trahi par Kerviel?

    Dans ce jeu total, rien n’arrête les joueurs sauf l’honneur. Puisque le jeu est no limit, on ne peut raisonnablement pas le confier à des gens dépourvus d’honneur (de déontologie dit la banque).

    Les observateurs ont remarqué que les débats au tribunal sont assez agressifs, comme si chacun y mettait beaucoup plus que les quelques milliards d’euros qui ont été perdus et dont tout le monde semble un peu se foutre, en définitive.

    Ce serait donc une affaire d’honneur.

    Oui, mais l’honneur, c’est pas la confiance. L’abus d’honneur, ça n’existe pas comme infraction.

    Commentaire par tschok — 17/06/2010 @ 12:32

  20. @ Tschok : Bonjour

    J’ai adoré votre com. Pas tout compris, mais adoré. Si, si. Mais je ne suis pas d’accord :
    notre bon vieil abus de confiance à la papa convient tout à fait. Le problème est juste celui de déterminer la teneur réelle de la confiance, au sens du Code pénal, qui avait été placée en Kerviel par la SG. Quand je dis réelle, c’est pas nécessairement celle écrite sur le contrat de travail, ni la charte de déontologie, ni forcément celle qui est décrite par les gentils ex-collègues de Kerviel. Et quand je parle de confiance au sens du code pénal, je ne me situe pas sur un plan moral, genre confiance qu’on pourrait opposer à honneur (et là, je suis hyper contente de vous dire ça, parce que je sais que vous allez vous rebiffer en disant « non non non, je ne me plaçais pas non plus sur un plan moral »), mais bien sur la définition de la confiance qui est donnée par le Code pénal : détourner des fonds (ou valeurs, biens…) qui nous ont été remis à charge d’en faire un usage déterminé. Toute la question est donc : l’usage était-il réellement déterminé (ne pas engager plus de temps, se limiter à tel type d’opération, etc…)? ou bien le mot d’ordre était-il « tous les coups sont permis du moment que ça marche ». Avec derrière, un classique problème d’administration et d’appréciation de la preuve, étant observé :
    1. que JK a un handicap certain face à la SG, car la plupart des témoins ont un lien de subordination avec elle, car la SG détient la doc, etc…Et Metzner, de ce que j’en lis dans les billets d’Aliocha, est finaud en ce qu’il ne manque pas une occasion de montrer en quoi justement, la force probante de ces éléments est à prendre avec des pincettes
    2. JK a un avantage en ce que la charge de la preuve ne lui incombe pas.

    Et puis, l’agressivité comme révélateur d’un combat d’honneur : oui, mais ce n’est absolument pas propre à ce procès, c’est même assez fréquent que les gens, lorsqu’on leur dit « dis donc, ton système de fonctionnement (de contrôle bancaire, sexuel, psychique, relationnel à l’argent, au travail, etc….)il serait pas complètement déconnant par hasard pour expliquer un tel passage à l’acte? » (vous parlez bien d’1 acte et d’1 dysfonctionnement)les gens entendent « t’es qu’un immonde salopard qui mérite pas de vivre en ce bas monde » (ils comprennent : t’es un raté dans tout) et se sentent atteints dans leur honneur. Et puis vous savez aussi qu’il y a de la mise en scène dans ce type d’affaire.

    Commentaire par jalmad — 17/06/2010 @ 15:41

  21. Bonjour tschok,

    Lorsque je parlais de l’abus de confiance comme d’une infraction simple, je renvoyais précisément à son classicisme. C’est bien pour ça que j’évoquais des difficultés qui étaient de l’ordre des difficultés d’application – mais l’infraction est « carrée », si vous voulez.

    Peut-être, en effet, est-elle débordée par cette affaire, peut-être que non.

    C’est pour cela que, sous un précédent billet, j’évoquais avec Mike la question de savoir pour quel usage déterminé, exactement, la SG avait remis ces fonds à JK. Et c’est bien pour cela que, dans un autre de mes coms, j’évoquais un contexte d’obligations de résultat.

    Si la banque vous remet de l’argent dans le but de « jouer plus pour gagner plus », et subordonne l’essentiel de ses contrôles à la seule question du résultat obtenu, alors comment caractériser, en l’espèce, l’usage déterminé pour lequel les fonds ont été remis?

    Et c’est pour cela également que je proposais (toujours je ne sais plus où), de présenter la question de ce que la banque savait, non pas sous l’angle de la détermination des personnes qui savaient (ou se doutaient, ou soupçonnaient, ou auraient du savoir), mais sous l’angle de la création d’un contexte propice à l’affaire Kerviel.

    Qui permet de recadrer les débats sur des actes positifs, qui ont forcément laissé des traces.

    Quelle était la politique de la boite face à des dépassements donnant lieu à des gains? Pour quels motifs précis licenciait-on des traders pour faute dans la période considérée? Quels discours prononçaient-on au pot de fin d’année? Au pot de départ d’un trader? Autour de quels critères se déroulaient les entretiens d’évaluation annuels des traders? Etc.

    Commentaire par Fantômette — 17/06/2010 @ 16:37

  22. Bonsoir Jalmad,

    Eh ben moi je suis hyper content de vous dire que je me posais le problème de l’abus de confiance exactement comme vous: sous l’angle de l’usage déterminé.

    Si on considère comme un des témoins que les questions d’argent sont avant tout une question de bon sens, alors on peut raisonnablement en déduire que la banque ne lui a pas remis des fonds pour qu’il fasse littéralement « sauter la banque »: dans ce cas, l’élément matériel du délit est constitué et l’élément intentionnel va « naturellement » découler du « détournement ».

    Donc, condamnation.

    Si on quitte le domaine du bon sens, au sens où l’entendait ce témoin (le sens de la mesure, de la prudence, du respect des règles, etc)et qu’on se place sur le terrain du jeu professionnel de type addictif, qui correspond mieux à l’état d’esprit de ce milieu, si on en juge par la façon dont se déclenche périodiquement des crises de nature structurelle et de gravité de plus en plus grande (la vitesse de reconstitution des emplois diminue: après une crise financière, l’économie reconstitue les emplois qui ont été détruits par le jeu des ajustements monétaires. D’une crise à l’autre, la durée de reconstitution devient de plus en plus longue, ce qui tendrait à montrer que les comportements financiers qui provoquent ces crises sont de plus en plus néfastes), alors la notion d’usage déterminée devient beaucoup plus floue et tend à se confondre avec la recherche permanente et obsessionnelle du profit maximum.

    Dans ces conditions, l’usage déterminé devient équivalent à l’usage qui a été fait et on s’achemine vers la relaxe.

    Il faut bien comprendre la pression extraordinaire qui pèse sur le système financier: les masses de pognon colossales non investies dans l’économie « réelle » doivent être fructifiées, notamment parce que derrière vous avez des fonds de pensions qui gèrent des retraites. Le coût de l’intermédiation financière est tel que des effets de levier de 10, 15, 20, jusqu’à 50, parait-il, sont recherchés.

    On sait depuis longtemps que la finance est devenue folle, mais ça reste quelque chose de très abstrait finalement. Sauf que là, on voit bien ce que ça donne.

    Le problème que je me pose est en définitive celui-là: si le tribunal relaxe Kerviel sur l’abus de confiance, ça voudra dire qu’il estimera objectivement que la finance est devenue folle. Ce sera donc un acte politique d’une importance symbolique que je qualifierais d’extrême: on se demandera comment les pouvoirs publics ont pu tolérer qu’on joue ainsi avec la monnaie (parce que tout ça, c’est de la monnaie).

    Or, on est dans une crise de l’euro et je pense que l’adn du juge va le programmer pour ne pas prendre une décision qui pourrait amplifier le sentiment de fragilité de la représentation symbolique de la monnaie que vous, moi, n’importe qui, avons dans notre tête.

    Il n’est donc pas déraisonnable de parier que Kerviel va être condamné parce que le juge va apprécier l’usage déterminé sous l’angle du bon sens (à la façon du crédit agricole: « le bon sens près de chez vous », comme disait le slogan) analysé comme une xpression du « bon père de famille ».

    Mais, à l’évidence, ce « bon sens » est devenue une fiction complète: il ne colle plus à la réalité des faits. Or, en matière pénal, le fait est roi.

    En conclusion, s’il fallait mesurer la marge d’appréciation du juge, davantage qu’un problème de preuve, qui est bien réel, je le concède, je verrais plutôt une difficulté pour le tribunal à se dégager de la pression symbolique de sa décision: une relaxe serait vraiment très lourde de conséquences, alors qu’une condamnation peut être finalement assez indolore pour Kerviel, tout à fait satisfactoire pour la banque, et quasi neutre du point de vue symbolique.

    En cas de condamnation, on dira quoi? Kerviel bouc émissaire et justice complice des banques. Vous êtes habitués. Pas grave. Incidence symbolique = 0. C’est bon, ça passe.

    PS: je laisse de côté le faux et l’introduction de donnée, qui ne me semblent pas caractériser en elle-mêmes l’abus de confiance et qui pourraient très bien être constituées indépendamment du délit principal.

    Commentaire par tschok — 18/06/2010 @ 02:58

  23. Bonsoir Fantômette,

    Je vous suis bien Fantômette.

    Vous raisonnez en cercles concentriques autour de Kerviel.

    Pour l’instant, le tribunal s’est concentré sur la zone des 3 mètres, puis il a élargit à la salle de marché (on doit être dans les 10 mètres maintenant?)

    Vous, vous allez dans tous les locaux de l’entreprise, pour voir de quelle façon on valorisait socialement, au sein même de l’entreprise, le trader qui prend des risques.

    Et moi, je vais hors de l’entreprise et je considère le marché financier, où je constate ce que tout le monde constate: non seulement les traders prennent des risques, mais tout le système en prend, et des risques considérables (des risques cataclysmiques).

    Ca peut donner trois degrés d’appréciation différents du critère de l’usage déterminé, ou trois « couleurs » différentes.

    L’inconvénient de votre approche est que vous risquez de n’obtenir que des « traces » diffuses: une ambiance n’est pas si facile que ça à caractériser.

    L’inconvénient de mon approche est qu’on peut me dire: « oui, mais ça s’est pas passé en France ». De fait, la crise Internet et celle des subprimes ont eu lieu aux Etats Unis.

    Mais d’un autre côté, dans le monde mondialisé de la finance, la localisation géographique de l’épicentre d’une crise financière n’est plus une donnée déterminante, comme en 1929. Ce qui compte c’est de savoir si des établissements financiers de la place française ont été mouillés dans l’histoire: la réponse est oui.

    Mais ça renvoie à un débat économique, or un tribunal n’aime pas faire de l’économie, surtout au pénal.

    Oui la finance est devenue folle, oui tout le monde le sait, mais comment on peut utiliser le concept pour caractériser l’usage déterminé, concrètement?

    Ben finalement en commençant à regarder dans la zone des trois mètres.

    Commentaire par tschok — 18/06/2010 @ 03:24

  24. @ Tschok :
    « on est dans une crise de l’euro et je pense que l’adn du juge va le programmer pour ne pas prendre une décision qui pourrait amplifier le sentiment de fragilité de la représentation symbolique de la monnaie ». Oh, Tschok, je crois que vous et moi pensons que le « bon » juge est justement celui qui saurait s’extraire de ce type d’enjeu. Pitié, laissez donc une petite chance à mes collègues du TC. Alors quoi, dans votre esprit c’est clair ? si Kerviel n’est pas relaxé, ce sera une preuve de plus du conservatisme des juges ? et puis quoi, si Kerviel est relaxé, ça voudra dire juste que la SG fonctionnait comme ça, au sein d’un système plus vaste le permettant certes, mais vous allez voir, je compte largement sur les autres établissements financiers pour expliquer de façon bien convaincante que chez eux, ça ne se serait pas passé ! Honnêtement, je siègerais dans cette affaire, je ne mettrais pas la pression avec cette histoire de représentation symbolique de la monnaie. A vrai dire, ça ne m’effleurerait même pas l’esprit, et si des personnes telles que vous veulent y voir cet enjeu, très bien, mais personnellement, ce ne serait pas mon pb.

    En outre, sauf erreur, vous préjugez dans cette affaire : vous avez opté pour la SG au courant et laissant faire, voire encourageant en sous-main parce que le monde de la Finance entier, dites-vous, est ainsi. Pourquoi pas, je ne suis pas loin de penser pareil. Mais vous évacuez quand même le problème de la preuve ! Que diriez vous d’une décision qui condamnerait un patron pêcheur pour pêche en surtaille et en surpoids sans même peser le produit de sa pêche au seul motif qu’on sait que globalement, le marché du poisson et le monde de la pêche est fait pour pousser les patrons pêcheurs à faire toujours plus de pognon en s’affranchissant de règles qu’ils estiment trop contraignantes voire risquant de mettre en péril leur survie(ce qui est sûrement aussi vrai que votre idée de casino géant) ?

    Pourtant, dans la réponse que vous faites à Fantômette, vous résumez bien ce pb de preuve, avec vos histoires de cercles concentriques. Et lorsque le Tribunal entend cette prof de finance, elle s’intéresse quand même, quoique vous en dites, à la zone extérieure ; et ce parce que Metzner l’y invite, car c’est son intérêt. En outre, le simple fait qu’un type assis sur son cul dans un fauteuil puisse en regardant des courbes et en cliquant sur son clavier engager de telles sommes suffit largement à démontrer la folie et la virtualité du système ; selon moi, pas besoin réellement d’en parler des plombes à la barre, car c’est un présupposé même de la situation, que chacun ne peut qu’avoir en tête. Et il y a quand même une chose que vous semblez ne pas envisager, et qui est au coeur du pb à mon sens : que faire si on a affaire à une contradiction entre ce que nous révèle l’analyse du premier cercle, du second cercle, et du troisième cercle ?

    Commentaire par jalmad — 19/06/2010 @ 11:51

  25. @ tschok et jalmad,

    La question de la preuve est bien entendu essentielle, et soulève des difficultés qu’il ne faut pas sous-estimer.

    Mais cette difficulté est cependant classiquement tournée par la technique du faisceau d’indices si je ne m’abuse, et il me semble que c’est bien sur ce chemin là que nous avançons.

    Récolter des indices dans les premier, deuxième et troisième cercles est une démarche qui me semble justifiée – sans préjuger de son efficacité. Je crois que nous sommes d’accord sur ce point.

    Moins on en trouvera dans le premier, plus il faudra en trouver dans le deuxième, et de même du deuxième au troisième. Seuls les indices relevés dans le premier cercle sont susceptibles de « prouver que », mais à défaut, il s’agira de montrer que « l’ensemble des indices tend à démontrer que… et pourront fonder l’intime conviction du tribunal ».

    Si je vous suis bien, jalmad, vous soulevez l’hypothèse dans laquelle des indices incompatibles ou contradictoires, seraient relevés dans les différents cercles.

    Mais cela arrive fréquemment, non?

    Par exemple, vous disposez à votre dossier de la reconnaissance formelle d’un accusé par un témoin, mais aucune trace d’ADN, ni aucune empreinte papillaire, n’a été relevé sur les lieux où il est sensé avoir passé plusieurs heures (Cf. les deux derniers billets chez Mô).

    Ou bien encore : un prévenu a été arrêté un auto-radio volé à la main, à quelques dizaines de mètres d’une voiture fracturée dont l’auto-radio est manquant, mais il s’agit d’un bon père de famille, salarié, classe moyenne, sans casier, qui ne s’est pas enfui en voyant arriver un opj de passage, à qui il a simplement expliqué qu’il a trouvé l’auto-radio abandonné sur le sol. L’efficacité judiciaire de cette défense résidera ici dans l’équivalent du troisième cercle – c’est-à-dire la situation personnelle de l’individu, casier judiciaire inclus, obviously, tous éléments qui sont sans rapport direct avec l’infraction.

    Je ne suis donc pas certaine que les contradictions trouvées posent un problème de principe. Elles ne posent qu’un problème d’appréciation du poids de la preuve, ce qui n’est évidemment pas rien, bien sûr.

    Donc, ici, nous avons un troisième cercle qui tend largement à accréditer l’hypothèse d’une société générale parfaitement consciente de ce qu’elle faisait lorsqu’elle lâchait la bride à ses traders (la Finance devenue folle et entièrement dévouée à la seule fin de faire produire de l’argent à l’argent). Dans le deuxième cercle nous avons déjà, pour une bonne partie, les motifs de la condamnation de la société générale par la Commission Bancaire (Une « prise de risque inhumaine », après tout, c’est une expression qui pourrait aussi bien convenir pour qualifier l’attitude pour le moins désinvolte de la banque à l’égard de ses obligations de contrôle, direction et surveillance).

    A mon sens, toujours dans ce deuxième cercle, il nous manque encore une analyse un peu fine de la politique sociale et RH de la société générale, mais ça viendra peut-être au cours des débats.

    Dans le premier cercle, si j’ai bien suivi, nous n’avons pour le moment que les quelques indices suivants : la négociation par Kerviel de sa super-prime pour des gains anormalement élevés eu égard aux limites théoriquement fixées, les 74 alertes, la prise de risque à un milliard apparaissant régulièrement à son nom, et même, d’une certaine façon, les quelques demandes d’explication qui lui furent ponctuellement adressées.

    Les indices se rassemblent petit à petit.

    Bien entendu, il reste à la société générale de quoi se défendre.

    Ne serait-ce qu’au vu de ce qu’elle y a laissé comme plumes (comme milliards de plumes), il est évident qu’elle n’a jamais eu l’intention d’en arriver là. Personne n’en doute, à dire vrai.

    Cela dit, il ne s’agit pas d’établir l’intention de la banque de parvenir à ce résultat. Il s’agit simplement (si j’ose dire) de définir ce que le comportement de la société générale révèle de l’usage déterminé en vu duquel elle confiait ses fonds au desk delta one.

    Le professeur de finances interrogée vendredi a eu une réflexion que j’ai noté, à la sortie du tribunal : elle a parlé de « l’excès de confiance » de la société générale.

    A mon sens, d’ailleurs, – toujours pour reprendre la classification tripartite tschokienne, fort pertinente – son analyse se situe aussi bien dans le troisième que dans le second cercle.

    Et je me suis logiquement demandée : abuser de la confiance d’autrui est-il équivalent à abuser d’un excès de confiance qu’il vous accorde?

    Commentaire par Fantômette — 20/06/2010 @ 12:30

  26. Peut-être un petit bilan des faits s’impose-t-il ?
    Ce que nous savons avec certitude :
    – le contrôle interne de la SG était calamiteux, trois documents en témoignent : le rapport Green de la banque, la décision de sanction particulièrement grave prononcée par la commission bancaire et un rapport de PwC qui à ma connaissance n’a pas encore été évoqué, mais qui était public (il faut juste que je remette la main dessus). Ce n’est pas forcément un argument en faveur de Kerviel dès lors qu’il a pu frauder plus facilement. Mais ça remet en cause le scénario d’un informaticien génial trompant la vigilance de systèmes ultra-performants et d’une hiérarchie vigilante qu’on nous servait au début. Avantage pour la banque : elle pouvait donc ne pas savoir. Inconvénient : elle affiche une négligence coupable. Accessoirement, elle fait doucement rigoler dans la finance, elle qui était soi-disant un modèle de contrôle interne et de gouvernance. Je vous rappelle que le gouvernement d’entreprise en France a été conçu précisément par ses dirigeants successifs : rapports Viénot 1 & 2 et rapport Bouton. Joli exemple de : fais ce que je te dis mais fais pas ce que je fais.
    – la thèse du génie informatique rompu aux systèmes de contrôle interne s’effrite. Il n’était pas au back office mais au middle office, il n’a pas trafiqué le système, ni utilisé les mots de passe des autres mais « simplement » entré de fausses données et rédigé de faux mail pour couvrir ses positions. On est loin du hacker de haute volée, même si, personnellement, je ne lui aurais pas conseillé de trouver un job dans une boite informatique pour se nourrir dans les circonstances actuelles…
    Donc nous ne sommes plus dans le scénario du voyou génial trompant une banque toute aussi géniale.
    Le scénario plus plausible devient : un trader ambitieux et malin décide de jouer plus gros que prévu dans son mandat au nez et à la barbe d’une banque peu regardante. D’ailleurs, les membres de la SG commencent à l’admettre. Question : pourquoi étaient-ils peu regardants ? Par négligence, excès de confiance, inconscience ou bien parce que les règles imposées par les superviseurs bancaires ennuient tout le monde et qu’on les respecte en façade histoire de ne pas se faire épingler tout en les déjouant le plus souvent possible parce que, hein, franchement, les réglementations on en a par-dessus la tête. Pour ce que je sais de la finance, la deuxième hypothèse colle à la perfection à la mentalité qui y règne. Comme le souligne Fantômette, nous sommes tous d’accord pour dire que la banque ne voulait pas perdre 5 milliards, j’ajouterais que Kerviel non plus. Mais celui qui grille un feu ne voulait pas non plus tuer une vieille dame. Qu’avons-nous en faveur d’un accord tacite des n+1, n+2 & co ? Les reportings qui, même partiellement faussés, laissent apparaître des montants sans rapport avec l’activité du trader, des comptes d’attente trop longtemps en stand by, des frais divers et variés en total décalage avec le job de Kerviel, le témoignage de Zizi qui dit que tout le monde savait que JK prenait des risques, une conversation téléphonique entre un trader de la SG et un trader de la BNP le 24 janvier d’où il ressort que le trader de la BNP évoque spontanément JK comme à l’origine de la perte alors que son nom n’a pas été dévoilé dans les médias, le témoignage d’une prof de Paris 2 pour qui la banque ne pouvait pas ignorer ce qui se passait. Et nous avons cela dans un contexte particulièrement défavorable au prévenu dès lors que tous les témoins sont ou ont été des salariés de la SG et qu’aucun expert financier ne prendrait le risque de se mettre à dos la générale en témoignant contre elle.
    Comme me le disait justement un ancien patron de salle de marché : c’est un peu comme la légion qui saute sur Kolwezi, ça marche c’est la gloire, ça ne marche pas…Kerviel résume la situation à sa manière : tant que je gagnais, j’étais dans mon mandat.
    A ce stade, le plus plausible à mon sens, c’est que la hiérarchie savait, si elle a eu trop confiance, ce n’est pas dans l’honnêteté de son trader mais dans son talent et si elle a été négligente, ce n’est pas en n’apercevant pas ce qu’il faisait, mais en ne cherchant pas à comprendre précisément comment il rapportait autant à la banque. Résultat, quand il s’est agi d’annoncer la perte sur les subprime et qu’on a commencé à regarder sous les tapis, qui plus est en pleine tourmente des marchés, tout le monde a paniqué et s’est défaussé sur JK. C’était le bouc émissaire idéal. Je crois au fond que tout ce petit monde a dessoulé d’un seul coup lorsque la direction a organisé un conseil d’administration en urgence et qu’il a fallu faire les comptes. Du coup, le génial trader et ses positions folles n’était plus l’emblème d’un service comptant parmi les meilleurs du monde mais le petit gars dément qui risquait de faire sauter toute la hiérarchie.

    Commentaire par laplumedaliocha — 20/06/2010 @ 16:21

  27. @ Fantômette :

    mais tout à fait Fantômette. Je n’ai pas dit du tout que le fait que l’on puisse trouver des éléments contradictoires dans les 1er 2ème et 3ème cercle posait un pb de principe ; juste que ça mérite analyse, et qu’il est légitime de s’intéresser à ces 3 cercles. D’une manière générale même, on a tendance à accorder plus de force probante aux éléments du 1er cercle je crois. Vos exemples sont assez éclairants en ce sens que vos éléments du 1er cercle y sont assez faibles, et que c’est pour cela que ceux des 2ème et 3ème peuvent jouer à plein. Mais imaginez 2 secondes la présence d’ADN et/ou de traces papillaires en sus du témoin oculaire, en plus d’une petite géolocalisation par son portable ; votre gars aura beau jeu de brandir son casier néant, sa bonne moralité, ou quelque témoignage expliquant que le soir des faits, il fêtait l’anniversaire de sa petite dernière, ce qui franchement, hein, est pas l’attitude d’un gars qui vient de commettre un braquage….

    Et ce que je regrette dans le post de Tschok, c’est que j’ai l’impression qu’il néglige le cercle 1, ou plutôt part du principe que puisque le cercle 3 est totalement favorable à Kerviel, que le cercle 2 est flou, et bien, les juges allaient ne s’intéresser qu’au cercle 1 dans lequel on a plus de chance de trouver des indices en faveur d’une culpabilité de JK, car « l’ADN des juges » est ainsi fait que ces derniers ne voudront pas risquer une décision de nature à entamer la confiance de nos bons concitoyens en notre système économique et financier. Je dis simplement : non, il est légitime de s’intéresser au cercle 1, et si les éléments du cercle 1 contredisent ceux du cercle 3, alors il faudra peser ces éléments, et laissons une petite chance à ces juges d’être de « vrais » juges : nous lirons leur décision de condamnation si elle est telle et verront bien leur motivation.

    Et dans le cercle 1, Tschok évacue les infractions connexes à l’ABC ; pourtant, elles ne me semblent pas neutres dans cette histoire. Il faudra qu’on m’explique pourquoi maquiller (même de façon basique, voire totalement inefficace) ses positions, si réellement on sait qu’on a l’aval tacite de ses supérieurs. Car si tel est le cas, soit Kerviel pensait bien abuser de la confiance de la SG, soit c’est carrément du sacrifice voire de la connerie : il se livre sur un plateau en cas de pépin, et leur donne des arguments tous trouvés pour se défendre d’avoir été au courant !

    Finalement, j’y vois aussi un peu de naïveté de la part de Tschok, en y réfléchissant : pensez-vous vraiment qu’une décision de relaxe serait de nature à changer quoique ce soit dans la perception qu’ont les gens (quelqu’ils soient : les financiers, les politiques, les journalistes, les un peu avertis en la matière, les totalement profanes) du système financier ? Moi non. A la fois, c’est embêtant, mais à la fois c’est l’inverse qui le serait : car, quelque soit la décision du TC pour Kerviel, la réalité du cercle 3 reste la même, non ? ce n’est pas non plus comme si c’était une découverte totale ! et si on estime qu’elle pose pb, nous n’avions pas besoin du cas Kerviel pour nous en préoccuper.

    Maintenant, je l’ai peut-être mal compris (ce ne serait pas la première fois), et je compte sur lui pour rectifier si tel est le cas (la pensée tschokienne ne se développant que la semaine, je prends mon mal en patience…).

    @ Aliocha :
    ce que je trouve assez amusant, c’est qu’au final, votre résumé colle assez bien à ce que j’ai perçu de la lecture de l’ORTC, et je trouve cette histoire somme toute assez banale, car finalement assez typique des cas d’abus de confiance dans le cadre de son emploi : il y a quasiment toujours un système de contrôle défaillant ++, des modes opératoires destinés à camoufler souvent pas bien complexes à démonter, et, finalement, un prévenu qui ne correspond pas à l’idée qu’on s’en était faite à la seule analyse rapide des faits (en fait, c’est toujours le cas !). L’originalité du truc réside plus dans le fait que les montants « détournés » ne tombent pas ici directement dans la poche du prévenu ; mais on revient à du classique quand on sait qu’il est payé à l’intéressement sur les gains (même si ça n’est pas nécessairement la motivation première). J’ai lu avec attention votre description d’une espèce de « déception » ou d' »étonnement »(je pense que le mot n’est pas juste) dans un autre billet, ou plutôt dans vos commentaires sous un autre billet : Kerviel ne correspond pas à l’archétype du trader, à l’idée qu’on s’en fait dans sa vision un peu romantique d’une salle de marché, et vous n’arrivez pas à cerner sa personnalité au vu de ce que vous entendez, lisez, et ressentez de lui. Personnellement, je trouve cela plutôt rassurant, et je crois qu’il faut constamment avoir conscience :
    1. que les gens ne sont pas des archétypes (« le trader » « le journaliste » « le juge » « le violeur » « le voleur » etc…) même si on peut en effet tenter de dégager certaines caractéristiques communes par catégorie ;
    2. des limites d’un procès pénal et de la vérité judiciaire.

    Commentaire par jalmad — 20/06/2010 @ 18:56

  28. @jalmad : je vous crois sur parole quand vous dites que l’affaire est classique, d’un point de vue typologique. Classique elle ne l’est guère en revanche au regard de ses enjeux. Et au regard du contexte général, encore moins. Tschok a raison je crois de souligner que la décision du tribunal aura nécessairement une implication politique au regard de la crise. Tout dans ce dossier est démesuré, les gains, les pertes, l’affrontement entre l’employeur et son ancien salarié etc…
    Sur les salles de marché, deux choses, j’ai trouvé en effet les rares traders amenés à témoigner bien insipides, ce qui m’interpelle sur le décalage entre leur métier et les responsabilités qu’ils prennent et la personnalité qu’ils affichent, en plus de leur jeune âge. Je ne suis ni juge ni avocat, mais journaliste, dès lors, ce procès est pour moi l’occasion unique de plonger au coeur du réacteur d’un acteur de la crise et d’essayer de comprendre, via cet exemple, comment tout ceci a pu arriver. Certes, le procès pénal a ses limites, mais le journalisme en a plus encore, or pour quelqu’un de curieux, la justice permet d’explorer des territoires inaccessibles à la presse, qui plus est, dans un cadre officiel où les témoins parlent sous serment et où les pièces sont produites par des professionnels au-dessus de tout soupçon, ce qui donne à l’exercice une singulière crédibilité. C’est déjà beaucoup plus que ce que peut obtenir un journaliste en enquêtant et c’est donc extrêmement précieux.
    S’agissant de Kerviel, je lui trouve au contraire une consistance qui le rend plus intéressant que ses petits camarades. Et je crois avoir une idée au fond assez précise de qui il est vraiment. Je m’abstiendrais toutefois de me lancer dans un exercice de psychologie sauvage en public. Ce serait déplacé, indiscret, invérifiable et donc parfaitement sans intérêt 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 20/06/2010 @ 19:15

  29. @ Aliocha : bonjour,

    bien évidemment que c’est intéressant ! et ça l’est d’autant plus que le procédé est classique justement, quand les enjeux ne le sont pas.

    Ensuite, qu’on colle à la future décision du TC une dimension symbolique, qu’on fasse de ce procès l’emblème de la crise, pourquoi pas ; mais je maintiens que la décision, quelle qu’elle soit, n’aura selon moi aucun impact sur la vision politique des choses, dans un sens comme dans l’autre.

    Regardez : un tribunal administratif vient de rendre des décisions à la pelle condamnant l’Etat à indemniser une trentaine de détenus pour conditions d’incarcération indignes, et là, on ne parle que d’un établissement pénitentiaire, celui de Rouen ; d’autres affaires vont probablement suivre. Avez-vous entendu MAM au micro de France Inter la semaine dernière indiquer qu’elle réfléchissait à faire appel de ces condamnations parce que (attention, je cite de mémoire, mais en gros, c’était ça) : « parce que quand même, il n’a pas été tenu compte des efforts de rénovation qui ont été fait depuis même s’il est vrai que ça reste pas génial » ? Et qu’est-ce qui a changé dans la vision politique de l’enfermement depuis ces décisions, qui certes ne sont pas les premières, mais par leur arrivée en masse devraient tout de même sérieusement inviter à réfléchir ? RIEN. Absolument rien, et c’était prévisible ! Ceux qui étaient conscients de cet état de fait sur les prisons en France le restent et sont contents de voir arriver ces décisions, et ceux qui s’en tamponnent continuent à s’en tamponner tandis que la Ministre dit « oui mais euh hein, c’est que ça prend du temps tout ça, et vous inquiétez pas c’est en cours on s’occupe de tout ». Circulez, il n’y a rien à voir.

    Enfin, pour les petits camarades de Kerviel, je vous trouve bien dure : à part certaines personnalités flamboyantes ou qui ont l’habitude de s’exprimer en public (du style de la prof de Paris 2), mettez n’importe qui à la barre d’un Tribunal 1 heure pour être entendu comme témoin, et vous le trouverez inconsistant….Kerviel ne vous doit son salut probablement que parce que cela fait maintenant plus d’une semaine que vous l’observez attentivement, que vous lisez des choses à son sujet, que vous avez lu son bouquin….Je veux dire, lorsqu’on prend le temps de s’intéresser à quelqu’un et que les circonstances permettent de glaner des info, on se rend compte que quelqu’un ne se limite pas à l’image qu’il donne au premier abord, qu’il y a « autre chose » et que cet autre chose est intéressant.
    Je comprends ce sentiment que vous avez d’avoir désormais une idée assez précise de qui il est vraiment ; j’ai souvent ce même sentiment à propos de « mes justiciables », lorsque j’ai eu l’occasion de lire ou entendre des tonnes de témoignage à leur sujet, lorsque j’ai lu leur expertises psycho et psychiatrique, lorsque je l’es ai entendu plusieurs heures à plusieurs reprises dans mon cabinet ou à la barre de la cour d’assises pendant plusieurs jours, que parfois ils ont pleuré, m’ont fait l’effet d’une grande sincérité ou d’être dans la manipulation, etc…On parvient sans doute parfois à approcher de la réalité, mais il faut se méfier de cette impression. Car l’arene du Tribunal fausse le jeu.

    Je vous en donnerai un exemple, qui m’a profondément marquée, lors d’un procès d’Assises sur 3 jours. L’accusé, qui reconnaissait les faits (particulièrement graves : il encourait perpétuité) et avait accepté de s’expliquer tout au long de l’enquête, pouvait donner une certaine image de froideur et de détachement tout au long du procès, et les éléments divers de se personnalité ne tendaient pas réellement à aller dans le sens de remise en question personnelle. Il n’a formulé explicitement aucun regret ni excuse lors du procès vis à vis de la famille de la victime. Et puis il a été condamné ; après avoir entendu le verdict de condamnation et sa peine (très lourde), il a demandé à prendre la parole, et a formulé des excuses à la famille, dit qu’il comprenait leur colère et et indiqué qu’il ne ferait pas appel de sa condamnation car il leur avait déjà fait trop de mal comme ça. Il avait manifestement préparé son coup, il avait réfléchi à comment et quand formuler des excuses afin qu’elles ne puissent qu’être ressenties comme sincères par cette famille, en dehors de tout calcul de son propre intérêt. Je peux vous garantir que pour moi, d’un coup, en ces quelques phrases, il a pris une consistance tout à fait inattendue.

    Commentaire par jalmad — 21/06/2010 @ 09:23

  30. Bonjour jalmad,

    Juste un petit mot rapide, mais lorsque vous écrivez : « dans le cercle 1, Tschok évacue les infractions connexes à l’ABC ; pourtant, elles ne me semblent pas neutres dans cette histoire. Il faudra qu’on m’explique pourquoi maquiller (même de façon basique, voire totalement inefficace) ses positions, si réellement on sait qu’on a l’aval tacite de ses supérieurs. »

    En fait, il y a une réponse qui me semble parfaitement plausible – quoique j’admette assez volontiers que je ne suis pas d’assez près les débats pour faire de cette explication autre chose qu’une forme d’intuition.

    En un mot : « ouverture de parapluie ».

    Sauf erreur de ma part, les faux de Kerviel ont été fabriqués suite à des demandes d’explication sur certaines de ses positions.

    On est, me semble-t-il, dans le situation suivante : l’encadrement de Kerviel découvre qu’il a des positions qui dépassent de loin celles qu’il est habilité à prendre. A partir de là, mon intuition me souffle que deux lignes d’histoire vont se développer parallèlement, une ligne orale, une ligne écrite. La ligne orale nous reste relativement mystérieuse (qu’est-ce qu’on va lui dire, exactement à Kerviel?). Et une ligne écrite, qui dont le côté lapidaire me laisse songeuse. On lui demande des explications. Il fournit un faux reporting. Et ça s’arrête là. Parce qu’on ne va pas beaucoup la challenger, comme tout le monde l’a remarqué, cette explication.

    S’il avait réellement été question de contrôler l’activité irrégulière de Kerviel, j’ai du mal à croire que l’encadrement se serait arrêté là. Surtout, encore une fois, au vu des dépassements en question.

    Cela m’évoque donc un peu une sorte de « réalité de façade », la construction d’une apparente régularité, dont l’objectif pourrait ne pas tant être de faire échapper Kerviel à la supervision de sa hiérarchie, que de couvrir, précisément, cette hiérarchie. Qui, du reste, se sert de ces faux exactement de cette façon.

    Commentaire par Fantômette — 21/06/2010 @ 09:26

  31. @ Fantômette : yes, c’est bien ce à quoi je pensais en disant « soit c’est carrément du sacrifice voire de la connerie : il (KERVIEL) se livre sur un plateau en cas de pépin, et leur (à l donne des arguments tous trouvés pour se défendre d’avoir été au courant ».

    Commentaire par jalmad — 21/06/2010 @ 11:43

  32. @ Jalmad,

    Si, comme Fantômette, et comme le tribunal, je me suis donné la peine de tracer des cercles concentriques autour du prévenu, c’est justement pour voir les contradictions.

    Si je suis parti d’un préjugé, c’est pour le mettre à l’épreuve. Le préjugé est sain. Il ne devient malsain que lorsqu’on refuse de le combattre. Vous parlez souvent du doute, mais le doute n’est pas une attitude statique et vertueuse. Le doute n’est pas contemplatif: ce n’est pas parce que je ne bouge pas et que je ne change pas d’avis, que, soudainement et comme par miracle, la vérité va jaillir devant mes yeux ébahis. Ca c’est un vieux fantasme de juge inquisitorial paresseux et fermé qui détourne le prétexte du doute pour en faire une mauvaise raison de ne pas changer d’avis. Attention, je ne dis pas que vous le faites, je dis que c’est courant: quel avocat peut prétendre qu’il n’a jamais plaidé devant un juge qui n’en avait rien à foutre? Quel avocat peut prétendre que jamais il n’a ressenti cette impression de pisser dans un violon?

    Le doute, c’est cette discipline qui consiste à remettre en cause son préjugé. C’est un travail intellectuel. Donc, il faut être actif face au doute, ce qui n’est possible qu’à la condition de poser et d’assumer son préjugé, comme une base de départ.

    Moi, j’en ai un dans cette histoire, et je l’assume. Mais, pour autant, j’ai bien conscience que je peux me gourer. Et j’ai bien conscience que mon préjugé ne saurait en aucun cas constituer une vérité par défaut une vérité résiduelle, faute de mieux.

    Une réserve, toutefois, qui m’est imposée par la loi: la présomption d’innocence. Si c’est la loi qui le dit, j’ai aucun compte à rendre là dessus (c’est l’effet de souveraineté: la loi est souveraine).

    Arrivé là, il y a deux thèses.

    La thèse de la défense, selon laquelle il y aurait eu DEUX périodes, distinctes: dans la première période, où ont eu lieu les opérations préjudiciables, un Kerviel innocent mais addictif, en quête de reconnaissance d’autrui joue et gagne, et joue et perd. Il truande le système, mais avec le concours actif de ce système qui, autant que lui est addictif. Durant cette première période, toute les manips qu’on doit retrouver doivent être conformes au USAGES. Je vous dis pas la règle, je vous dis les USAGES= ce qui se fait habituellement.

    Ensuite, toujours selon la défense, s’est ouvert une SECONDE période au cours de laquelle Kerviel a dissimulé ses pertes à l’aide, éventuellement, de faux et d’introductions de données frauduleuses, étant précisé que je laisse ces deux infractions connexes sous le presse papier parce qu’elles sont typiquement des infractions qui exigent d’avoir les pièces sous le pif pour se prononcer: il est tout à fait possible d’avoir la relaxe pour l’abus de confiance, et d’avoir, ou de ne pas avoir, de condamnation pour ces deux autres délits. J’en sais rien, j’ai pas les pièces sous le pif. C’est le jugement qui nous dira.

    La thèse de l’accusation est de dire que si Kerviel n’a pas été détecté à temps, c’est qu’il a trompé le système: dans ce cas, l’infraction d’abus est la locomotive des infractions de faux et d’introductions frauduleuses et il n’est pas possible de séparer le train: la locomotive va là où vont ses wagons, quelque soit la direction donnée par l’aiguillage: c’est la dissimulation qui prouve la fraude.

    C’est un raisonnement par induction: faible sur la preuve du fait principal, je le prouve indirectement parce que je suppose qu’un individu normal veut dissimuler ses fautes, et ça je peux le prouver.

    Un stéréotype ou un archétype, donc (comme « les femmes conduisent mal, mais elles conduisent moins vite »). C’est fou le nombre de gens qui aujourd’hui dorment en prison parce qu’on les y a envoyés sur la base d’archétypes. Vous avez un procès en ce moment: un médecin légiste accusé d’avoir suicidé sa femme à coup de 357 magnum. Le procès devient une collection d’archétypes. Vous avez un autre procès qui s’ouvre pour coups de feux contre la police: pas d’arme, pas d’empreinte, pas de trace génétique, mais des témoignage anonymes et rémunérés. On fait ce qu’on peut pour remplir un dossier vide. Et je vous parie que les témoignages en question sont archétypiques.

    L’épée de vérité: c’est la chronologie. Si la chronologie des faits fait apparaître une césure nette entre les deux périodes, la SG peut toujours aller se rhabiller et ce tribunal, ou un autre, le constatera et le dira, même si ça troue le cul à notre aristocratie bancaire. Là dessus je fais confiance au juge.

    Mais le problème n’est pas là.

    Le problème est que très vraisemblablement la chronologie ne fait rien apparaître de net (sinon, je ne m’explique pas la stratégie de la défense). Le problème c’est que tout est entrelacé, je crois bien: à la fois il gagne, à la fois il perd, à la fois il dissimule, à la fois il rend compte de ses truanderies. C’est une accumulation de faux semblants de part et d’autre.

    C’est ça qui est chiant.

    Mais ce n’est peut être pas cela qu’il faut voir: ce qui est constant, c’est que le seuil de tolérance de la SG à la truanderie de son trader a diminué avec la hausse de ses pertes. Tant que le mec gagne, la SG joue. Le mec perd, la SG arrête les frais et crie au scandale. Comment juger une telle attitude au regad de notre culture juridique? Là, on n’a pas la clé. Il y a un problème philosophique.

    Donc, l’affaire est juridiquement complexe, ce n’est pas rien de le dire. C’est vraiment la zone grise, d’après ce que je pressens.

    Maintenant je peux totalement me gourer: après tout, la chronologie précise des faits n’a pas été faite.

    Ce procès a été une tribune pour les techniciens de la finance, fiers de leur jargon et de la complexité de leurs produits financiers, preuve de la supériorité de leur intellect sur le nôtre, mais un peu emmerdés d’avoir à reconnaitre qu’ils se sont fait baiser par un type qui leur dit qu’il a juste fait des trucs très simples. Ca, ça leur troue leur gros fion de prétentieux de se la faire mettre profond par un nuche, avec la poignée de gravillon, histoire que ça grince.

    Ce procès est aussi une tribune façon Guy Georges: la personnalité du prévenu devient en elle même un objet de fascination littéraire (alors qu’elle est totalement indifférente, mais bon, le psychologisme est une mode: c’est la contrepartie de la pensée victimaire. Si la victime est sacrée, celui qui qui lui porte atteinte est sacrilège. Dire que le prévenu est un naze, simplement un naze qui perd tout mystère dès qu’on regarde ses actes dans le détail, c’est faire un flop. Tout s’effondre. Aliocha, bien emmerdée d’ailleurs puisqu’elle est prise entre la dimension littéraire de Kerviel et son souhait assez pudibond de ne pas en faire un héros -oulala mon Dieu, non! – peut toujours repasser).

    On est plusieurs à regretter que la chronologie n’ait pas été faite, avec précision. Par exemple:

    http://olivierfluke.canalblog.com/archives/2010/06/18/18349595.html

    A la base, quoi qu’on dise de la complexité de ces produits et du marché, ce n’est qu’une histoire de listing à suivre, tel un notaire, le doigt sur la ligne.

    La zone des trois mètres. Et le doigt sur la ligne.

    Je ne sors pas de ça. Et, oui: j’assume mon préjugé.

    Commentaire par tschok — 21/06/2010 @ 12:28

  33. @ jalmad (31)

    Ni sacrifice, ni connerie. Mais peut-être bien quelque chose de l’ordre de la connivence, et de l’usage, comme le dit tschok.

    C’est une opération gagnant-gagnant. La hiérarchie (je parle d’une hiérarchie « intermédiaire ») ferme les yeux sur les dépassements, du moment que Kerviel lui confirme par écrit que tout est au carré. La SG empoche les bénéfices, sur lesquels son trader négociera son propre bonus de 300.000 euros (par parenthèse, c’est un autre point de politique RH que j’aimerais voir aborder: la liste des traders ayant obtenu un bonus en 2007, leurs montants, et les gains qu’ils ont rapporté.) Kerviel pourra expliquer qu’il explose les limites théoriquement fixées – ce qui signifie donc que ces limites peuvent bien être massivement dépassées dès lors que l’on a une bonne raison de le faire, et étant entendue qu’il suffira à cette bonne raison d’être invoquée (par écrit) pour qu’elle soit crue.

    Commentaire par Fantômette — 21/06/2010 @ 12:53

  34. @ Tschok : je vous suis totalement votre conception du doute et sur l’importance de la chronologie des faits. Mais (et je viens d’aller les relire), je ne comprends pas DU TOUT ça de vos posts 22 et 23, et même j’ai l’impression d’un revirement quasi total entre vos posts 22 et 23 et le 32 sur certains points, quand, sur le reste, j’ai le sentiment que vous n’abordez pas les mêmes points. Et comme je ne vous soupçonne pas de mauvaise foi, je me dis que soit j’ai un sérieux pb de comprenette, soit vous pouvez vous faire nébuleux…enfin, je m’en remettrai.

    @ Fantômette : gagnant-gagnant ? euh…peut-être en effet au moment T de la rédaction du/des faux, et je retire « connerie » pour le remplacer par « vision à court terme doublée d’une extraordinaire naïveté » parce que quand même, il y en a un qui laisse un écrit d’un côtyé, susceptible de constituer une infraction pénale, et un autre qui se préconstitue une preuve de sa « non-connaissance ». Et tiens, il y en a pas un des 2 prévenu devant le tribunal correctionnel justement actuellement ?

    Commentaire par jalmad — 21/06/2010 @ 14:38

  35. @ jalmad,

    Hé hé.

    Il y a quelque chose qui est de l’ordre de la quasi-constante, chez les délinquants, c’est le très faible taux d’anticipation de l’audience pénale qui les attend.

    Vous avez entendu parler, comme nous tous, de l’effet dissuasif de la peine, n’est-ce pas ? Ce dahu, à la chasse duquel on envoie régulièrement les étudiants de master 2 (la dernière fois qu’on l’a aperçu, il se trimballait du côté de l’Institut Criminologique de Montréal, je crois).

    Il ne faudrait pas négliger d’aller chasser, parfois, son double maléfique, l’anti-dahu, l’effet incitatif de l’impunité.

    Toutes les fois où vous contrevenez aux règlementations et où vous n’êtes ni vu ni pris – mieux (ou pire) encore, toutes les fois où vous êtes parfaitement repéré en train de truander, mais que vous échappez aux poursuites, comme à la sanction, vous acquérez la conviction que ce que vous faites est, d’une certaine façon, légitime – ou légitimé par l’impunité dans laquelle on vous laisse.

    Par ailleurs, je ne pense pas que la SG se ménageait des preuves en vue d’en tirer bénéfice lors d’un éventuel procès pénal. La SG ne l’a pas vu d’avantage arriver que Kerviel, me semble-t-il. C’est plus basique : je pense que les niveaux hiérarchiques intermédiaires devaient régulièrement rendre compte des dépassements de plafond à leur propre hiérarchie, et qu’ils pensaient d’avantage à des contrôles de type comptables, ou fiscaux (ou BdF), qu’à une enquête pénale.

    Enfin, naturellement, seul Kerviel est sur le banc des prévenus, mais c’est la SG qui est sur la sellette. Je ne suis pas du tout certaine qu’ils estiment leur sort actuellement bien enviable.

    D’autant plus que, si j’ai raison, ce qui est sûr et certain, c’est que l’ensemble des milieux financiers le sait – nécessairement, inévitablement. Car eux, ils savent précisément comment ça se passe. Ils savent très bien la raison pour laquelle on demande ces documents à un trader qui fait exploser ses positions, et la raison pour laquelle, une fois l’explication apportée, on ne va pas chercher plus loin – on se garde bien d’aller chercher plus loin.

    Les nécessités de ce qu’en droit US, on appellera : plausible denial.

    Or, de ce que nous dit Aliocha, c’est bien cela qui se dit dans les milieux financiers : la SG savait, forcément. Si la réalité d’une salle de marché démontrait, au contraire, qu’il est véritablement impossible de repérer un comportement du type de celui de Kerviel – « vous savez, on aura beau prendre toutes les précautions du monde, blablabla la cupidité des hommes est sans limite [là, joindre les mains, baisser la tête, prendre un air vertueux] » – il me semble que l’on entendrait d’avantage de dirigeants de groupes bancaires l’expliquer, le cas échéant à la barre.

    Commentaire par Fantômette — 21/06/2010 @ 15:52

  36. @ Fantômette : oui, d’accord, why not.
    Mais vous me faites rigoler quand même en disant « mais c’est la SG qui est sur la sellette ». La sellette de quoi exactement ? c’est DEJA joué aux yeux de ce qui compte pour elle : la décision de condamnation de la commission bancaire est rendue, implacable, et comme le dit Aliocha, dans l’esprit de ses homologues de la Finance et de ses investisseurs potentiels, c’est plié. Le pognon engouffré par Kerviel, elle sait que ce n’est certainement pas auprès de lui qu’elle va pouvoir le recouvrer (il faut quand même se dire qu’on a affaire à un type potentiellement endetté à vie, là…) Là, elle essaye juste de « sauver la face » par rapport aux autres, les vous et moi qui n’entendons goutte à la finance, et sommes susceptibles d’aller un jour déposer nos seuls et maigres fonds (par rapport aux autres, ceux d’avant, ceux qui se sont déjà fait une idée) sur des comptes plan-plan de BPF que même qu’on peut pas trop jouer avec. Sauf qu’elle sait qu’on est pas tous si cons et qu’on sait lire la décision de la commission bancaire, etc…Bref, c’est de l’esbrouffe, du pestacle. Parce que tout le monde à l’air de l’oublier, on cause relaxe, relaxe partielle, condamnation mais partage de responsabilité civile, mais il y en a un qui a clairement de l’emprisonnement au dessus de la tête là : vu les sommes en jeu, le Kerviel, si il est déclaré coupable pour l’ABC, c’est peut-être bien plus de 2 ans fermes qu’il va se prendre, sans aménagement ab initio possible. Le quasi-max encouru qu’il s’est pris le Muselin, non ? pourquoi ? 12 millions, c’est ça ? mais qu’est ce qu’on a pour 12 millions, maintenant, hein, comparé aux milliards de Kerviel ?

    Commentaire par jalmad — 21/06/2010 @ 18:46

  37. @ Jalmad, votre com 36,

    En matière de profit des banques, il y a des règles.

    Le compte de résultat se répartit entre grands postes:

    – Les frais de gestion des comptes: c’est du récurrent. Les petits ruisseaux font les grandes rivières. Seule compte la surface et l’efficacité du système info. Ca rapporte depuis qu’on fait payer le client pour qu’il prête son argent (c’est à peu près réalisé en France, avec la bénédiction des pouvoirs publics).

    – Les prêts (personnels: immobiliers ou à la consom, ou aux entreprises): c’est de la vente au détail. Un coup ça va, un coup ça va pas. Seule compte la surface et l’efficacité du système info.

    – L’ingénierie financière: c’est plutôt un activité grands comptes, fortement concurrentielle, avec de gros bénéf, peu de risque, mais de la lèche: si vous vous demandez pourquoi les banques emploient des putes blondes et des ingénieurs, c’est là qu’il faut regarder. C’est une activité très tactile, tout en communication, tout en sophistication. C’est là que se trouvent les fantasmes d’Aliocha: Kerviel n’est ni une pute blonde ni un ingé. Ca sent la Liliane Bettancourt et les micros qui trainent. le pantouflage et les maîtres d’hôtel perfides. L’Etat et le capital marchant main dans la main.

    (Ici, j’ouvre une parenthèse: l’ingénierie financière, c’est le moment où vous voyez un banquier tomber amoureux du pognon. C’est là que vous comprenez tout.

    – La spéculation: c’est la salle de marché. Là, ça pue la sueur et le commerçant. La rue du marché alors qu’on ramasse les cajots. Les feuilles de salade gisent sur le trottoir, le Biip biip du camion sita se fait entendre,et, comme dans la chanson, les traders mal rasés rentrent chez eux. On est à Paris. Il est 5 heures. C’est les heures bleues. C’est très profitable et très risqué aussi.

    Fin de la poésie, on passe au compte.

    Si vous les faites, vous verrez que l’activité la plus spéculative s’équilibre avec le récurrent. C’est toujours comme ça.

    Le reste, c’est la frite.: le prêt et l’ingé fin, c’est la frite.

    Ca veut dire quoi?

    Ca veut dire que les pertes de la société générale sur la spéculation vont être épongées par ses déposants. C’est aussi simple que ça.

    Alors, les cris de douleur, c’est pas maintenant qu’il faut les pousser. C’est juste un petit peu trop tard.

    Et accessoirement ça veut dire que les témoins de la SG sont des putes.

    Commentaire par tschok — 22/06/2010 @ 02:17

  38. Ah Jalmad, bonjour, il faut que je vous cause si vous passez par là.

    Je reprends votre com 34 auquel je n’avais pas répondu sur le coup faute de temps pour comprendre: je ne vois pas où vous voyez un revirement entre mes coms 22, 23 et 32. Et… je n’ai toujours pas compris, en fait.

    J’ai bien une petite idée sur un seul point: l’attitude des juges.

    Ce que je vous ai dit c’est que l’adn du juge va le porter naturellement à préserver l’ordre public financier. C’est dans son adn.

    Un peu plus tard j’ai ajouté dans un autre com que si les faits sont nets, le tribunal n’hésiterait pas à relaxer Kerviel (le problème étant que les faits ne sont pas nets, c’est à dire qu’il n’y a pas une séparation chronologique nette entre une période où Kerviel aurait pris les positions qui engendrent le préjudice dont la banque se plaint et une seconde période où il aurait tenté de dissimuler ses pertes: les faits sont entrelacés).

    Le problème de la défense, tel que je me le figure est que justement les deux périodes se confondent, au moins partiellement: il joue il perd, il tente de dissimuler ses pertes, il rejoue il reperd, etc.

    Si la défense avait clairement pu distinguer les deux elle aurait pu dire: « regardez, il y a une période T1 qui est une période de folie partagée entre la banque et son trader, l’une laissant libre cours aux pulsions de jeu de l’autre en espérant un profit, et une période T2 où le trader dissimule ses pertes ». La distinction nette de ces deux périodes amène beaucoup plus facilement l’idée de la relaxe.

    Les deux propositions (un juge que son adn programme à condamner et un juge qui n’a pas peur de relaxer) ne sont donc pas contradictoires, simplement, les conditions ne sont pas les mêmes.

    Maintenant revenons à l’adn du juge. Je viens de prendre connaissance d’un compte rendu des réquisition du proc; Extrait: « Il s’agit d’arrêter le discrédit sur les banques », estime le procureur. « Il en va de l’ordre public, économique et financier ».

    Ben là, c’est l’adn qui parle (celui du proc, pas du tribunal). Et c’est bien la dimension symbolique de l’affaire qui est mise en avant, comme on pouvait s’y attendre: cette crise a des répercussions symboliques qui sont si graves que toute autre voie qu’une condamnation n’est pas concevable dans l’esprit du parquet (ce qui lui est assez habituel au demeurant).

    Il faut condamner Kerviel afin de rétablir la confiance du public dans ses banques, dit en substance le parquet. C’est clair, c’est net.

    (je pars de l’hypothèse que la retranscription du réquisitoire par le journaliste est correcte: http://fr.reuters.com/article/frEuroRpt/idFRLDE65N0KY20100624?pageNumber=3&virtualBrandChannel=0)

    Reste à voir si le tribunal va suivre.

    En espérant avoir été plus clair.

    Commentaire par tschok — 24/06/2010 @ 16:00

  39. C est un vrais plaisir de vous lire avec cette article, je vous en remercie grandement !!!

    Commentaire par gagnerdelargent.tv — 20/01/2016 @ 17:55


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