La Plume d'Aliocha

09/06/2010

L’affaire Kerviel vue des bancs de la presse

Filed under: Affaire Kerviel — laplumedaliocha @ 10:38

Palais de justice de Paris, mardi, 13 heures 20,  je me dirige vers la salle des criées où doit se dérouler le procès de Jérôme Kerviel. Une nuée de photographes et de caméramans attend la star du moment à l’entrée.  Dans la salle,  la plupart de mes confrères sont déjà là,  Le Figaro, Le Monde, TF1, France 2, Ouest France, Europe 1, France Info, Reuters, Les Echos et d’autres dont je reconnais les visages sans parvenir à leur associer un titre. Il y  aussi beaucoup de journalistes étrangers, allemands en particulier. Et pour cause, l’ultime position de Kerviel était liée à la Deutsche Bank. Ma voisine de droite bosse pour un canard de la CGT, elle est là parce que pour son journal, cette affaire c’est celle d’un salarié dévoré par le système, d’ailleurs elle s’étonne que les représentants CGT de la Société Générale semblent penser le contraire. Nous en découvrirons la raison au cours de l’audience  : la banque accuse Kerviel d’avoir mis en péril son existence et donc l’emploi de ses 160 000 salariés. A ma gauche, France Culture, et juste à côté l’Humanité.

Une immense clameur

Soudain, l’une des portes capitonnées s’ouvre et l’on entend une immense clameur : Kerviel vient d’entrer dans le Palais. Mes confrères qui l’attendaient à l’extérieur déboulent dans la salle d’audience survoltés « on n’a jamais vu ça, c’est de la folie, on se croirait à Cannes ».  Jérôme Kerviel entre avec son avocat, Olivier Metzner. Une consoeur demande de quelle couleur est sa cravate, on lui répond par une plaisanterie. Kerviel est en costume sombre, cravate mauve pour ce que j’en ai vu, élégant, lisse, fidèle à l’image de gentil garçon propre sur lui qu’il véhicule depuis le départ. Il s’installe sur la petite chaise, au pied de l’estrade qui accueillera le tribunal. Entrent les juges,   tout le monde se lève, y compris sur les bancs de la presse. C’est original, en principe, même devant un ministre on reste assis. Je découvre que les coutumes de la presse judiciaire se sont pliées à celles de la justice. Rien à redire. Autant se lever devant un politique exprimerait une allégeance douteuse, autant le faire devant un tribunal n’emporte aucun abandon d’indépendance.

En live

Les bancs de la presse sont bondés. Un bon tiers des journaliste est venu avec des ordinateurs portables, ceux-là écriront leur papier en live, dont ce journaliste de France Info, qui était juste devant moi. Chapeau pour la performance ! Les autres restent fidèles au crayon. Ce n’est pas forcément une question de génération mais plutôt de timing de leurs publications. Les journalistes de quotidien doivent aller vite, les autres ont (presque) tout leur temps. Un bruit court dans les rangs, le président aurait interdit les sms et l’utilisation de twitter. A voir….Ma voisine s’empresse de prévenir sa rédaction qu’elle pourra recevoir, mais pas émettre. Chacun d’entre nous cherche à identifier les avocats, hormis Metzner et Veil, les visages des autres ne nous sont pas familiers.

On veut transformer ce tribunal en cirque Barnum !

L’audience débute par des questions de procédure. Le président dresse la liste des témoins,  une dizaine pour la partie civile, près de quarante pour Kerviel. Les avocats en profitent pour s’échauffer la voix. « Il y a beaucoup d’absents », note le président, « le marché est international, la justice nationale » rétorque Olivier Metzner qui fait allusion au fait que certains travaillent à Londres et s’agace au passage que des salariés de la Société Générale soient difficiles à contacter. On apprend que l’un des témoins refuse de se présenter. « La justice n’est pas à la disposition des témoins tonne Metzner, ce sont les témoins qui sont à la disposition de la justice ». L’affaire commence fort et je songe intérieurement que bien des dialoguistes du cinéma français gagneraient à fréquenter les salles d’audience pour apprendre l’art de la répartie qui s’est visiblement perdu avec la disparition d’Audiard. Un autre témoin a indiqué qu’il ferait connaître sa réponse dans l’après-midi. « Je note qu’il n’est ni à Londres ni à la Société Générale » relève perfidement Jean Veil à l’attention d’Olivier Metzner. La présence de Daniel Bouton, réclamée par des petits actionnaires qui se sont portés parties civiles, donne lieu à une joute savoureuse. « Qu’on envoie les gendarmes le chercher » lance leur avocat Frédérik Karel Kanoy, « c’est le personnage central de cette affaire, il serait dommage de ne pas l’entendre ». « Ridicule s’exclame Jean Veil, Daniel Bouton n’était pas l’assistant du trader, ni son supérieur ; il n’est cité ni par le parquet, ni par la défense, on veut transformer ce tribunal en cirque Barnum », « et son président en Monsieur Loyal », rebondit le président  avant de préciser « avançons dans le dossier et nous verrons s’il y a lieu ou non de requérir la présence de Monsieur Bouton ».

Des warrants à barrière désactivante

Après avoir vérifié l’identité de Jérôme Kerviel et expliqué les faits qui lui étaient reproché, le président s’engage dans une longue description de l’organisation du service de trading de la banque, des produits financiers, des techniques de négociation. Point d’orgue de la présentation : les warrants à barrière désactivante. Visiblement, les magistrats ont travaillé leur dossier. Je songe en écoutant le président à cette étrangeté : dans cette salle qui réunit près de 200 personnes, à vue de nez, il n’y en a à peu près qu’une qui comprenne vraiment de quoi il s’agit : Jérôme Kerviel. C’est le seul qui ait pratiqué, le seul pour qui tous ces produits, ces techniques, ont réellement un sens. Les autres, avocats, juges, journalistes n’en ont qu’une connaissance approximative, purement théorique, imparfaite. J’en aurais d’ailleurs la confirmation un peu plus tard, en croisant un confrère sépcialisé dans la finance « tu sais, moi, quand on parle de warrant à barrière désactivante, je décroche ». Il était pourtant le seul d’entre nous que j’imaginais apte à saisir la chose. Quand je vous parle de la folle complexité du monde actuel….

Une personnalité si lisse

Au terme de cet exposé aussi indispensable qu’ennuyeux, le président passe à l’interrogatoire de personnalité. Tous les journalistes dressent l’oreille. Enfin de l’humain.  « Qui êtes-vous ? » lui demande le président. « Vous voulez dire  quel est mon état civil ? » répond Kerviel embarrassé. « Non, ça nous le savons, qui êtes vous vraiment ? » Finalement le dialogue se concentrera sur ses études puis sur son parcours professionnel. Il est secret, Kerviel, lisse, si lisse. Depuis le début de l’audience, il est assis, les jambes croisées, élégant, calme, attentif. Je l’observe de profil, une nuque un peu épaisse qui lui confère quelque chose de buté, une coupe de cheveux impeccable, un profil harmonieux. Il ne donne pas de signe d’inquiétude, il n’est pas arrogant non plus. Difficile de détecter le moindre signe d’émotion, sauf lorsqu’il rajuste sa veste, à intervalles réguliers. Il est vrai aussi qu’il boit un peu trop souvent, presque mécaniquement, d’ailleurs, le président le rappelle à l’ordre « cessez de boire à votre bouteille quand je m’adresse à vous ! ». Il y aura d’ailleurs d’autres anicroches entre les deux hommes, par exemple lorsque le président décrit les produits financiers et que Kerviel le corrige doucement, sans y avoir été invité. C’est son dossier, il le maîtrise techniquement à la perfection. On voit bien qu’il veut aider le juge à comprendre, mais il a peut-être le tort de ne pas adopter suffisamment profil bas et le président lui fait sentir. Fort heureusement pour lui, la suite de l’audience amènera sur scène un personnage infiniment plus indiscipliné que lui en la personne de….son adversaire. En fait, le seul moment où il s’est un tant soit peu révélé, c’était au début de l’audience. Un écran d’ordinateur gênait le président du tribunal, Kerviel a bondi pour l’aider à le déplacer. C’est étrange un prévenu qui vole au secours de son juge et en même temps ça cadre assez bien avec le profil de gentil garçon sage….

L’audience est interrompue pendant un quart d’heure. Je m’échappe pour fumer une cigarette et file à la buvette du palais.  Il fait chaud dans cette salle, nous sommes collés, cuisse contre cuisse, sur des bancs en bois inconfortables. Certes, la tension n’a rien à voir avec celle d’un procès d’Assises, nous sommes loin du crime de sang, pas de cris, pas de larmes, mais la concentration nécessaire sur un dossier aussi technique est usante, même quand on croit bien connaître l’affaire. Il faut tendre l’oreille, les micros fonctionnent mal, Kerviel parle vite, d’une voix dont la tonalité n’est pas très audible,  on ne comprend parfois qu’un mot sur deux. Ce ne serait pas grave si nous ne nous sentions tous tenus de reproduire fidèlement les propos des acteurs du procès. Une information manquée, une phrase ou seulement un chiffre mal compris et c’est l’erreur assurée. Alors on s’interroge mutuellement, on recoupe, on vérifie et on finit à plusieurs par réunir les morceaux du puzzle.

Etes-vous un génie Monsieur Kerviel ?

Reprise des débats. La pause nous a fait du bien à tous.Les rangs se sont déjà éclaircis. Les journalistes venus par simple curiosité s’en sont allés. Dommage car le meilleur est à venir. L’audience a trouvé son rythme, les acteurs leur place, l’affaire va enfin commencer. Pour Jérôme Kerviel c’est l’heure du feux croisé des questions des avocats.  « Vous dites que vous travailliez tous les jours de 7 heures du matin à 22 heures, vos horaires auraient-ils été les mêmes si vous n’aviez fait que votre travail et si vous ne vous étiez pas livré aux activités pour lesquelles vous êtes  ici aujourd’hui ? » lance un avocat de la Société Générale. « Probablement pas », répond Kerviel. La partie civile a marqué un point. « Vous avez refusé de prendre des vacances au motif que vous étiez en deuil, n’était-ce plutôt pas parce que vous ne vouliez pas qu’on découvre vos activités » l’interroge Jean Veil. « Je trouve votre remarque odieuse, rétorque Kerviel.« L’age des traders, entre 25 et 30 a ans dites-vous,  leur permet-il d’apprécier les risques » questionne fort pertinnement un autre avocat. Kerviel ne sait pas. Vient le tour de la défense. « Etes-vous un génie Monsieur Kerviel » lance Olivier Metzner. « Absolument pas » répond son client. L’avocat initie un habile interrogatoire destiné à démonter d’entrée de jeu l’argumentation de la banque en commençant par démontrer  que Jérôme Kerviel n’est pas le hacker que décrit la Société Générale pour se disculper. C’est une question centrale du dossier. Il y en a d’autres. Toute la thèse de la Société Générale repose ainsi sur le fait que la hiérarchie de Jérôme Kerviel n’était pas au courant de ses activités, et pour cause puisque le trader, selon elle, a fraudé. Olivier Metzner fait projeter sur écran un schéma de la salle où opérait son client : pas plus de 10 mètres séparent celui-ci de ses 5 supérieurs.  L’avocat marque un point. Autre sujet stratégique : la banque a-t-elle encouragé Kerviel a transgresser les règles tant qu’il gagnait pour ensuite le désigner comme coupable quand il a commencé à perdre ? Metzner cite les appréciations dans le dossier, ses supérieurs notent qu’il pratique un trading agressif, dépassant systématiquement les objectifs fixés. « Vous a-t-on demandé de vous pondérer ? » demande-t-il à son client. « Au contraire », répond celui-ci. Un avocat de la Société Générale intervient : « les collègues du prévenu, lorsqu’ils témoigneront,  expliqueront qu’ils étaient trop occupés pour surveiller ce que faisait Jérôme Kerviel ». « Je trouve admirable que mon confrère sache déjà ce que diront les témoins » s’amuse Metzner. L’avocat prend toute sa mesure. Durant la première partie de l’audience, assis sur son banc, le regard mi-clos, les lunettes en demie-lune posées sur le bout du nez, il ressemblait à un félin sur le point de dévorer une proie. Depuis qu’il s’est levé, l’impression se confirme, il ne lâche rien, pointe les incohérences et place dans l’embarras tous ceux qui tentent de l’affronter.

En état d’isolement sensoriel ?

C’est alors que la banque sort son premier atout en la personne de Claire Dumas, 41 ans, mariée, deux enfants, ainsi qu’elle se présente sans que le président l’y ait invitée. Elle était adjointe au responsable des opérations mondiales à l’époque des faits, chapeautant 1500 personnes, elle occupe aujourd’hui le poste d’adjointe au directeur des risques opérationnels. Il faut dire que les risques, depuis l’affaire Kerviel, elle connait. Vêtue d’une simple tunique sur un pantalon, elle est plantée devant le micro, les deux mains appuyées sur les reins, la poitrine en avant, sûre d’elle. Trop, peut-être. Elle raconte le week-end infernal qui a suivi la découverte, le vendredi 18 janvier aux alentours de midi, des positions de Kerviel. Pour un peu, elle fournirait même la liste complète de ce qu’elle et ses troupes ont mangé et bu durant ses deux jours  tant sa mémoire semble avoir enregistré à jamais les plus infimes détails des événements survenus il y a plus de deux ans. Quarante personnes, mobilisées durant 48 heures sans interruption pour découvrir la fraude que le trader s’obstinait à dissimuler. Des millions d’opérations passées au peigne fin par une « task force » spécialement mise sur pied. Et pour cause, une réunion du conseil d’administration était prévue le dimanche sur la question des pertes liées aux subprimes. Elle évoque l’incroyable « violence » de la situation « si nous nous trompions, nous risquions l’effondrement de la banque et 160 000 personnes au chômage » claironne-t-elle. « Nous étions en état d’isolement sensoriel », précise-telle sans que personne ne comprenne ce qu’elle entend signifier par cette étrange expression. Elle est parfaitement intarissable, sûre de son fait, aussi à l’aise dans le prétoire que si elle briefait ses troupes dans son bureau de La Défense. Aux questions posées par Olivier Metzner, elle répond « nous aurons trois semaines pour évoquer ce point, ce n’est pas le sujet pour le moment » ou bien encore, s’adressant au tribunal avec un brin de condescendance, « faut-il que je répète encore ce que je viens d’expliquer ? ». Le président la rappelle à l’ordre, lui demande de répondre, l’invite à ne pas lui tourner le dos. Elle s’interrompt pour boire à même sa bouteille d’eau, à grandes goulées. Ses avocats lui confisqueront discrètement l’objet du délit, conscients que son excessive décontraction risque de la desservir.  Ultime fausse note, elle insistera pour conclure son propos en dépit des interruptions d’Olivier Metzner, avant d’avouer, au moment où le président lui rendait enfin la parole,« en fait, j’avais terminé »!

Voilà. Les débats vont durer jusqu’au 25 juin. L’affaire s’annonce passionnante.

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21 commentaires »

  1. 180 journalistes présents au procès. Combien de fumeuses blondes parmi ces 180 ? L’identification d’Aliocha est proche ! Autant tomber le masque tout de suite, allez, vous ne faites que retarder l’inéluctable !!

    (plus sérieusement, merci pour ce compte-rendu. Vous avez réussi à m’intéresser à ce procès…)1

    Commentaire par Yepok — 09/06/2010 @ 11:25

  2. Bonjour Aliocha,

    Beau billet. L’ambiance, la pondération, une réelle objectivité dans le texte: tout y est. J’attends la suite avec impatience.

    Bonne journée

    Commentaire par H. — 09/06/2010 @ 11:36

  3. Voilà une chronique digne de Stéphane Durand-Souffland (le chroniqueur judicaire du Figaro), qui fait souvent mon délice. J’espère que vous continuerez à suivre ce procès. Car, quoi qu’il en soit de l’éternel débat entre l’Internet et la presse écrite, le coup d’oeil et le style resteront toujours irremplaçables pour nous régaler.

    Bravo !!

    Commentaire par René — 09/06/2010 @ 11:44

  4. Vous avez raison de souligner que l’on attend des juges, des médias, du politique de trancher sur des sujets d’une technicité extrême.

    Cependant, et c’est peut-être l’enseignant en moi qui parle ici, il est souvent possible d’expliquer les points importants d’un problème compliqué sans trop entrer dans les détails. Bien sûr, c’est en général impossible si l’interlocuteur n’a pas les bases ou est incapable de réflexion soutenue, mais on peut y arriver. J’irais même jusqu’à dire que quand il y a difficulté, elle peut tout simplement servir à dissimuler…

    Commentaire par DM — 09/06/2010 @ 12:00

  5. Vous êtes donc accréditée, chouette! Très bel article, vous êtes la PRD de la finance! 😉

    Aliocha : je ne lui arrive pas à la cheville ! Elle était là, j’espère que son journal lui aura donné de la place pour l’affaire. Jetez un oeil sur Le Monde du jour 😉

    Commentaire par Mussipont — 09/06/2010 @ 12:37

  6. « Je n’ai point cherché à dissimuler ce qu’on pourra appeler mes sottises (…). Je ne crois pas d’un autre côté avoir dépassé les bornes d’un légitime orgueil (…). (…) En un mot et, bien qu’une partie de mes confessions puisse parfois me faire taxer de folie, je ne tiens à désavouer aucune des choses que j’ai faites ou auxquelles j’ai mis la main. » Phineas T. Barnum, extrait – volontairement tronqué – de la quatrième de couv. de Comment devenir un roi du spectacle, L’école des loisirs, 1979.

    Commentaire par Gwynplaine — 09/06/2010 @ 13:01

  7. Je rejoins Mussipont #5, j’ai dévoré votre billet avec autant de délectation que ceux de PRD: j’avais l’impression d’être dans la salle!
    Merci pour ce partage.

    Commentaire par Zythom — 09/06/2010 @ 13:42

  8. Fameux billet, grand merci pour sa lecture !

    Commentaire par Le Nonce — 09/06/2010 @ 14:14

  9. je me joins aux concerts de louange, avec mention spéciale pour la restitution du témoignage de Claire Dumas : c’est bien simple, je la vois la scène avec la Claire Dumas.

    Sinon, vous pointez bien une difficulté réelle de la justice face à des montages d’une technicité et d’une complexité parfois extrêmes. Et si, en effet, les enquêteurs et magistrats spécialisés finissent par avoir les armes théoriques suffisantes pour appréhender ces montages, c’est au prix d’un effort considérable, et ils n’en auront pas, quoiqu’il en soit, l’expérience du praticien.

    Enfin, vous relatez finalement assez rapidement l’examen de personnalité de Kerviel par le Tribunal, pour vous attacher finalement plus en détail à des attitudes d’audience : juste par curiosité, était-ce parce que vous trouvez cela plus révélateur et/ou parce que le contenu de l’examen de personnalité vous a semblé fade (ou « lisse » selon vos termes)? n’y a-t-il pas eu d’examen psychologique de l’intéressé ?

    Aliocha : le président n’a pas réussi à le « déverrouiller » (il faut dire que l’humain n’a pas sa place dans la finance), du coup, ce qui devait nous éclairer sur sa personnalité s’est transformé en une ennuyeuse explication de son CV. Le président a bien évoqué l’analyse d’un psychologue, Kerviel est parfaitement équilibré, son QI est dans la moyenne haute, mais l’intéressé n’a fait que confirmer. Du coup, quand on a affaire à quelqu’un de si lisse, on est tenté de chercher à percer le mystère, d’où mon attention particulière à l’égard de son attitude….lisse, elle aussi. Les nerfs d’acier du trader, je suppose.

    Commentaire par jalmad — 09/06/2010 @ 14:32

  10. Super je n’attendais que ça en fait, que vous puissiez nous parler un peu plus de cette affaire…
    Merci et bon courage pour la suite.

    Commentaire par lordphoenix — 09/06/2010 @ 15:27

  11. Si je ne me trompe, un warrant à barrière désactivante signifie simplement que le warrant a un risque (non négligeable : généralement, les ‘semi-professionnels’ perdent beaucoup d’argent là dessus) d’être révolu.
    En gros, si on parie sur une baisse de 5% dans 1 mois, on achète un warrant correspondant à ce pari. La barrière désactivante est une hausse à 5% (pas forcé, juste un exemple. Elle pourrait être à -10%). Si dans le mois en cours, le chiffre de +5% est atteint 1 fois, le warrant est caduc, c’est à dire qu’il vaut 0.
    Le prix du warrant dépend du pari que l’on fait. Si on parie sur une action, le warrant aura grosso-modo la valeur de l’action. Si on parie sur un panier, le prix du warrant sera calculé à partir de ce panier etc…

    Commentaire par testatio — 09/06/2010 @ 17:35

  12. Warrant à barrière désactivante, warrant à barrière désactivante, warrant à barrière désactivante…

    Que peut comprendre le profane ?

    Que cette activité financière des traders, souvent comparée aux jeux des casinos, devrait plutôt être comparée à une partie de poker géante, ou encore à une compétition sans merci, pas une compétition faisant appel à la force des muscles mais une compétition faisant appel à l’agilité de l’esprit.

    Elle n’a aucun interêt social ou économique à ma connaissance. sa seule raison d’être est de faire gagner de l’argent à celui qui surpasse les autres, à celui qui a un coup d’avance dans l’invention de nouveaux produits toujours plus sophistiqués et dans leur maîtrise, tout cela au détriment évidemment des
    moins forts.

    Ne se distinguant pas de la loi du plus fort, elle est fondamentalement immorale.

    D’où la situation inconfortable de la Société Générale, flouée certes, mais flouée dans le cadre d’une activité faite pour flouer autrui…

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 09/06/2010 @ 18:29

  13. Super article ! Bravo !

    Un billet comme celui-ci, tous les jours, on en rêve !

    Commentaire par Galuchat — 09/06/2010 @ 20:58

  14. @Denis : au contraire. C’est justement le contraire. Seul le plus fort gagne… les faibles n’ont que peu de chance de ne pas perdre d’argent… alors en gagner ^^

    En fait, les warrants sont des produits réservé aux initiés, car s’ils peuvent rapporter beaucoup, on peut également perdre 100%. Chose que peu d’amateur accepterai.

    Commentaire par testatio — 10/06/2010 @ 11:39

  15. On attend la suite avec impatience…
    A propos, vous avez du mal à dissimuler votre parti pris pour Kerviel. Je ne vous en veux pas, j’ai le même.

    Aliocha : la vérité se construit jour après jour. La première audience lui était plutôt favorable, la deuxième avec l’intervention de Mustier, beaucoup moins, et ce matin c’était encore plutôt positif pour la SG. Ce qui m’intéresse dans cette affaire, c’est son caractère emblématique de la crise et, plus profondément, de l’état actuel de la finance. Si j’ai de la sympathie pour Kerviel, c’est dans la mesure où il fait éclater le système et force, le temps d’un procès, à observer de très près le fonctionnement d’un mastodonte comme la socgen. Un pur fantasme, pour un journaliste de presse économique, on va franchir le miroir, dépasser la com’ officielle, et avec un peu de chance, comprendre réellement ce qui s’est passé. Et plus généralement, comment on a pu en arriver à une crise mondiale.

    Commentaire par Tocquevil — 10/06/2010 @ 13:10

  16. La dimension humaine que vous avez décelée chez Mustier, c’est bien joué de la part de la partie civile, qui part avec un handicap certain dans la course à la sympathie du public et du tribunal. Même si la justice, tout au long de l’instruction, n’a pas été particulièrement tendre à l’égard de Kerviel.

    Le témoignage à charge de l’ex-collègue et « ami » de Kerviel me semble sujet à caution : n’est-il pas un témoin sous influence, lorsqu’il dépose au bénéfice de son employeur, lorsque sa carrière est en jeu ?

    Aliocha : c’est ce qu’a fait remarquer ce matin Olivier Metzner à Némouchi : « pensez-vous que vous auriez une chance de conserver votre poste si vous disiez du mal de la Société Générale ? » Réponse du témoin : Oui. « Alors essayez ! » s’est exclamé Metzner.

    Commentaire par Tocquevil — 10/06/2010 @ 13:42

  17. @Aliocha : « et avec un peu de chance, comprendre réellement ce qui s’est passé »

    Comme dans tout procés, vous allez êter décue si vous vous attendez à savoir ce qu’il s’est réellement passé. 🙂

    Commentaire par testatio — 10/06/2010 @ 13:49

  18. @ testatio et Aliocha : la vérité judiciaire…revoir encore et encore Rashomon… 😉

    Commentaire par Mussipont — 10/06/2010 @ 13:57

  19. Merci, merci merci! Rien à redire, billet exactement comme j’espère en lire ici tous les jours de ce procès!

    D’ailleurs, je suppose que la salle est ouverte à tous? Mais faut-il se pointer à 10h du matin et patienter jusqu’à 13h pour avoir une place?

    D’expérience de Berryer, la salle des criées n’est pas exactement vaste.

    Aliocha : je dirais qu’il y a environ 70 places pour les journalistes et autant pour le public. Les audiences débutent le matin à 9h30, l’après-midi à 13h30, elles sont programmées parfois le matin et parfois l’après-midi voire toute la journée. Hier, il y a avait de la place sur les bancs du public. En revanche, ça risque de se compliquer au moment du réquisitoire et des plaidoiries….Vous pouvez toujours passer et tenter votre chance 😉

    Commentaire par Mike — 11/06/2010 @ 18:20

  20. Vous trouvez pas que c’est un symbole: la salle des criées?

    Au moins, en cas de panne de courant on pourra y voir clair.

    Commentaire par tschok — 15/06/2010 @ 14:15

  21. « Qui êtes-vous ? » lui demande le président. « Vous voulez dire quel est mon état civil ? » répond Kerviel embarrassé. « Non, ça nous le savons, qui êtes vous vraiment ? »  »
    Un peu hors sujet, mais j’adore cette réponse de Kerviel….cela me fait penser à un texte du philosophe Clément Rosset, sur la question de l’identité, et du moi « introuvable ».
    Si l’on sort des constructions fantasmatiques, celles là même qu’appelait de tous ses voeux le président, la meilleure définition d’un homme, la seule réponse juste à une question aussi stupide, c’est l’ état civil…
    Qu’attendait le président ? Que Kerviel lui dise : je suis un nouveau génie du mal, une sorte d’Antéchrist ?
    Ben non : Kerviel n’est probablement juste qu’un type moyen, peut être un peu complexé par son parcours plus médiocre que celui de ses collègues, qui a profité des failles d’un système quant à lui complètement pervers…

    Aliocha : je vous accorde qu’il est difficile voire impossible de répondre à cette question. Personnellement je ne saurais pas quoi dire. En tant que journaliste, je sais qu’il y a des questions qu’on ne pose pas, des questions impossibles. Peut-être le président aurait-il pu accéder à la personnalité de JK en y allant plus doucement, les gens secrets comme lui ne se livrent qu’incidemment et de manière détournée. En tout état de cause, un tribunal bourré de dizaines de journalistes n’est pas le lieu idéal pour une introspection. Le risque, c’est qu’à défaut de savoir, nous supposions…..En ce sens, JK ferait mieux de parler, d’ailleurs, il l’a fait dans son livre.

    Commentaire par nikko — 23/06/2010 @ 17:57


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