La Plume d'Aliocha

13/05/2010

En mal d’audience ?

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 18:19

Tiens, ça faisait longtemps que les stars de la blogosphère ne s’étaient pas offert un petit coup de press bashing pour se mettre en plume. Voilà qui est fait. Narvic et Authueil tapent comme un seul homme sur l’Express.fr et son patron Eric Mettout parce que :

1. Le site a publié une lettre à Raymond Domenech de Zahia, la jeune femme qui fait frissonner actuellement le monde du football.

2. Ce faisant, le site a accidentellement  rendu publique l’adresse de la jeune personne. Ah ! Les journalistes, ces charognards sans foi ni loi….

Le point 2 est une erreur qu’à volontiers admise Eric Mettout. Le point 1, une information people dénuée d’intérêt, selon mes aimables camarades (soi-dit en passant, éloignez les enfants quand vous irez lire Narvic et tachez d’éviter les périodes de digestion. L’ami simiesque a la métaphore contestable quand il est en colère).

C’est que, voyez-vous chers amis, nos blogueurs ne conçoivent le journalisme que de la manière dont ils l’exerceraient s’ils le pratiquaient eux-mêmes. Autrement dit, ils seraient Albert Londres, ou rien. Que du grand reportage, de l’investigation de haut vol, le Watergate en permanence, voire mieux, mais surtout pas moins. Fini, le journalisme sportif, oublié le people, terminée la chronique culturelle, à la poubelle le gastronomique, au piquet le fait divers, à la cave la vie pratique, rien que du scandale politique à vous faire tomber un gouvernement, de la démocratie en danger à toutes les pages, de l’enquête sociale jusqu’à la nausée, de l’analyse à vous coller des maux de crâne, bref du sérieux mes bons amis rien que du sérieux, profond, inspiré, lyrique même, si vous voulez. Du sublime et rien d’autre.

Allons, chers St Just de la toile, je vais vous révéler le secret le mieux gardé de la profession. Nous partageons vos rêves, vos inquiétudes, vos ambitions folles, vos dégouts et vos regrets au sujet de la presse. Oui, nous tous les journalistes. Demandez à n’importe lequel d’entre nous s’il n’a pas rêvé un jour de monter un journal. Et demandez-lui tant que vous y êtes ce qu’il aurait mis dedans ? Du sublime, comme vous. Si vous saviez ce que ça les fait rigoler, les patrons de presse, nos rêves fous. Tenez, l’un d’entre eux me disait encore récemment que les journalistes étaient parfaitement incapables d’assurer la viabilité d’un journal. Trop purs, trop éloignés des préoccupations matérielles, trop méprisants à l’égard des exigences de la diffusion, du marketing, de la gestion des abonnements, des annonceurs etc. Eh oui, car il y a loin entre le fantasme et la réalité économique quand il s’agit d’investir son argent, d’embaucher des employés, de faire tourner une entreprise, d’essayer d’offrir une certaine pérennité à tout ça. Regardez comme tous les « purs » peinent à vivre en ce moment, de Bakchich à Mediapart en passant par Rue89, ils en reviennent même au papier, c’est dire ! C’est que, voyez-vous, l’une des recettes pour faire vivre un organe de presse consiste à financer le sublime par le moins sublime. Parce que, c’est un peu bête je vous l’accorde, mais ce n’est pas forcément le sublime qui se vend le mieux.

Notez, ça tombe pluôt bien parce que la vie elle-même, dont nous parlons à longueur de colonnes, elle ne flirte pas non plus perpétuellement avec le sublime. Eh non. L’actualité est parfois légère, parfois tragique, c’est Haïti mais c’est aussi la varicelle en France, c’est la crise et ce sont les frasques de nos footballers avec de trop jeunes beautés blondes. Il n’y a aucun mal à parler des deux. Et d’ailleurs, contrairement à vous, je la trouve intéressante l’information de l’Express. Dieu sait pourtant que le football je m’en moque comme de ma première paire de chaussettes et le people plus encore. Mais ça m’intéresse en revanche, puisque tout le monde parle de cette fichue affaire et qu’elle tourne au judiciaire, ça m’intéresse donc de savoir ce qu’en pense la principale protagoniste.

Allons, je sais bien que je ne parviendrai pas à vous convaincre, vos rêves sont trop grands, votre colère semble sans fin contre cette presse si vile, si racoleuse. Mais dites-moi, au fait, est-ce que ça ne vous rapporte pas un petit quelque chose à vous, de flatter ainsi l’internaute rebelle dans le sens du poil en tapant sur les journalistes ? Seriez-vous à ce point étranger à toute forme de préoccupation de fréquentation de vos blogs et de notoriété pour vous permettre ainsi de jeter la pierre à l’Express ? Vous allez m’accuser de mauvais esprit, mais, voyez-vous,  j’ai comme un doute.

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20 commentaires »

  1. en gros je suis d’accord avec vous trois 😀

    sinon l’express aurait quand même pu fouiller un peu plus et ne pas se contenter de juste photocopier la lettre comme le morandini de base l’aurait très bien fait, pourquoi cette lettre ? zahia l’a-t-elle écrite de sa propre main ou sous la dictée de son avocat ? qui l’a fait fuiter et dans quel but ?

    bref il y a quand même matière pour un vrai journalisme, il doit en rester 2-3 à l’express non ?

    Commentaire par jean — 13/05/2010 @ 18:48

  2. Je lis Voici, Gala, Paris-Match, j’ai un blog bidon, une tête qui va avec et une culture générale pourrie.
    Pour autant j’attend autre chose de l’Express.
    Au fait : hier soir Dédé y refoulait sec du goulot tellement il avait pris cher chez Antoine, même que la Raymonde l’a r’trouvé la clef du semi dans son slibard.
    Pertinent non ?
    😉

    Commentaire par Vlad — 13/05/2010 @ 18:51

  3. Exactement ce que je me suis dit à la lecture de ces 2 billets, surtout Narvic, plein d’aigreur suspecte. Et Authueil est meilleur lorsqu’il tape sur les lobbies, les députés ou les ministères.

    Commentaire par Emmanuel — 13/05/2010 @ 19:29

  4. Aliocha :

    « C’est que, voyez-vous, l’une des recettes pour faire vivre un organe de presse consiste à financer le sublime par le moins sublime. »

    Bien que le reste de votre article corrige cette impression, je n’aime pas trop ce paragraphe où vous semblez accréditer l’idée que le « bon » journalisme n’est forcément que le « grand » journalisme. À la limite, en disant que les journalistes font de la « petite » info uniquement pour faire tourner la marmite, vous donnez du grain à moudre au moulin de ceux que vous critiquez.

    Il me semble nettement plus pertinent de rappeler clairement que, premièrement, la définition de l’intérêt d’une info est en partie subjective (y’a des gens qui se passionnent pour le foot, d’autres pour les discussions sur le moindre amendement d’un projet de loi dont on sait d’avance qu’il sera rejeté parce que le gouvernement s’y oppose) et que deuxièmement, la limite entre « grande » et « petite » info est tout ce qu’il y a de plus floue (les SMS échangés entre un politicien et son conjoint, je m’en fous… les enfants illégitimes d’un président, je m’en fous… les dépenses d’argent public, ou l’influence que ces choses peuvent avoir sur mes dirigeants… tiens, est-ce que d’un coup ça n’est plus du ragot pour devenir de l’info ?).

    Bref, face aux critiques éthérées de Narvic, je crois que la première réponse est de rappeler qu’il n’existe pas d’info pure ou noble qui ne soit pas reliée à de ces petites infos, et qu’à ne vouloir garder que les premières, outre que ça n’est pas économiquement viable, on n’arrivera guère qu’à des journalistes idéologues coupés du monde.

    Commentaire par Rémi — 14/05/2010 @ 10:29

  5. Bonjour Aliocha,

    Je constate, après avoir été lire l’article de Narvic, que vous en faites (étonnamment) une présentation orientée.

    Vous me permettrez donc d’endosser ma robe d’avocate pour publier les informations suivantes relativement audit billet, et plus largement, à son auteur :

    1- Soulignons, dans un premier temps, que le billet de Narvic commence ainsi : « Allez, rien de tel qu’une petite polémique de blog à blog pour essayer de ranimer un peu une blogosphère moribonde…« , un lien hypertexte posé sur le mot « moribond » renvoyant à un précédent article du même Narvic, s’inquiétant de ce qu’il analyse comme un affaiblissement non pas tant des blogs que de la blogosphère, c’est-à-dire des liens entre blogs.

    Cette introduction laisse assez clairement entrevoir l’intention du blogueur, qui est d’adopter un ton délibérément polémique, et non dépourvu d’ironie, ce qui est du reste confirmé par le fait que :

    2 – le blogueur explique plus loin qu’il ne résiste pas « au plaisir de [se] glisser dans le costume de la statue du commandeur« , avant d’exposer sa condamnation en règle du scoop de l’Express, qu’il terminera par la mention « [/mode statue du commandeur off] » avant de conclure son billet.

    Enfin,

    3- un second billet du même jour, intitulé « Prison Valley: une petite bouffée d’oxygène pour le journalisme », expose tout le bien que Narvic pense du journalisme lorsqu’il ne se résume pas à la recherche du sensationnalisme.

    Quelques morceaux choisis :

    « A vrai dire, je n’ai pas tellement envie de souligner ici d’abord en quoi ce webdocumentaire est une illustration très réussie d’un «nouveau journalisme» sur le web… J’aurai plutôt tendance à insister sur le fait que si « Prison Valley » est si réussi, c’est parce que c’est d’abord du « bon vieux journalisme » d’enquête et de reportage «à l’ancienne», qui aurait été probablement aussi intéressant et instructif même s’il avait été réalisé dans un format «traditionnel» de l’écrit ou de l’audiovisuel. L’innovation technique ou l’inventivité de l’écriture ne doivent pas masquer le fait que c’est de l’excellent journalisme d’abord dans le choix et le traitement de son thème et de son angle, par son ton et son «tempo». »

    Narvic n’est pas le vautour cynique et triomphant, exultant de constater jour après jour la difficulté dans laquelle la presse se trouve, que vous voyez en lui. Que vous ne soyez pas d’accord avec sa vision du journalisme, soit. Mais le décrire comme un éternel contempteur du journalisme sous toutes ses formes, s’offrant des « petits coups de presse-bashing pour se mettre en plume », est une présentation partiale et erronée de son travail.

    Aliocha : Fichtre, il vous a embauchée comme avocate ? Pour une fois qu’il a du flair….Où ai-je qualifié mon petit camarade de « vautour cynique et triomphant » ? Où ai-je écrit autre chose que : ces deux blogueurs critiquent le scoop de l’express ? Si la justice doit être aveugle, il me semble au contraire que la défense gagne à conserver les yeux bien ouverts, non ?

    Commentaire par Fantômette — 14/05/2010 @ 11:56

  6. « Si vous saviez ce que ça les fait rigoler, les patrons de presse, nos rêves fous. Tenez, l’un d’entre eux me disait encore récemment que les journalistes étaient parfaitement incapables d’assurer la viabilité d’un journal ».

    Ben, vu l’état de leurs journaux en ce moment, ils ont pas vraiment de leçons à donner, les patrons de presse.

    Commentaire par Gilbert — 14/05/2010 @ 13:39

  7. je ressens un peu la même gêne que Fantômette, à vrai dire, même si j’entends complètement vos arguments de fond. Bon, l’express.fr fait un article et publie une lettre que d’aucuns estiment sans intérêt, que d’autres estiment dignes d’intérêt, que les derniers trouvent moyennement intéressants mais si ça permet de financer des reportages de qualité, hein, why not…bref, le truc habituel. Vous dites : qui sont-ils pour décider à titre définitif et absolu que c’est sans intérêt ? vous avez raison, à chacun de décider en son âme et conscience, amen.

    Mais pourquoi attaquer votre billet en faisant cette allusion au fameux « press-bashing » qui serait devenu semble-t-il une sorte de sport national sur la blogosphère (« cela faisait longtemps…blogosphère » et, à la fin « flatter l’internaute rebelle…..en tapant sur des journalistes »)? Dites-moi, un blog qui consiste pour celui qui le tient à diffuser des billets « d’humeur » ou réactions sur l’actualité n’est-il pas, par définition, destiné à ce que le blogger donne SON avis sur LE sujet précisément abordé ? Où, dans ces articles lisez-vous « la profession de journaliste ceci » « la profession de journaliste cela » ?

    En lisant leurs articles, l’impression que j’ai eue, c’est qu’ils disaient que ce n’est pas cela qu’EUX attendent du journalisme. Bien, ils en ont le droit et cela ne signifie pas nécessairement qu’ils entendent disqualifier globalement « la presse ». Tout comme vous avez le droit, sur votre blog (ou ailleurs), de critiquer, en expliquant pourquoi, cette prise de position, sans qu’on vienne insinuer pour autant que vous faites de la « blogosphère bashing » ou êtes une sale corporatiste, non ?

    ceci étant, je trouve perso que la boulette sur l’adresse est quand même énorme (ce d’autant que dans l’article de l’experess.fr, l’auteur souhaite quand même à Ziha (dont on met la photo en bien grand) de retrouver un peu de sérénité…), et que tant Narvic que Nono n’allume pas tant que ça le journaliste sur ce point (ce que je trouve plutôt normal, car qui, dans sa profession, n’a pas commis une boulette aussi énorme, ou en tout cas en est à l’abri ?). Mais si vraiment le but était de faire du press-bashing, ils avaient, sur ce seul point, une occasion en or, incontestable.

    Et puis, au final, Narvic est assez d’accord sur le fond avec vous : il dit qu’il aurait vendu cette lettre au plus offrant pour financer un reportage de fond. Bref, qu’il ne se serait pas « sali » les mains à écrire l’article lui-même (un petit côté aristo, le Narvic ?), mais le mécanisme est exactement le même que celui que vous décrivez au fond.

    Aliocha : je ne vois pas ce qu’il y a d’aristocratique à ne pas se salir les mains et à attendre que d’autres le fassent à votre place, moyennant finance en plus. Nous n’avons visiblement pas la même définition du mot aristocratique, ce qui explique sans doute notre divergence de vue sur le billet concerné. Maintenant, ces blogueurs critiquent l’Express pour animer la blogosphère, je rentre dans la polémique et je donne mon avis, où est le problème ? C’est un débat non ? A moins bien sûr qu’il ne soit possible que de critiquer la presse et jamais de la défendre. Mais dans ce cas, qu’on me le dise clairement. J’ai un peu de mal à saisir les sous-entendus et les non-dits.

    Commentaire par jalmad — 14/05/2010 @ 14:58

  8. Traitement des petits et/ou grands sujets…

    Le politique a également à connaître de cette problématique.

    Lorsqu’en plus des considérations esthétiques s’en mêlent…

    http://www.lepoint.fr/actualites-insolites/2010-05-14/un-maire-italien-fait-la-chasse-aux-nains-de-jardin/918/0/454771

    Commentaire par Goloubchik — 14/05/2010 @ 15:33

  9. @ Aliocha :

    Sans vouloir paraître voler au secours de Fantômette qui n’en a pas besoin, vous dressez un portrait de Narvic, chaque fois que vous en parler, dans lequel on peut aisément reconnaître un « vautour cynique et triomphant ». Voyez par exemple votre billet La fin des haricots du 28 février 2009, où vous écriviez : « Narvic commente le livre de Bernard Poulet avec délectation. Songez donc, l’auteur annonce la mort de la presse papier, de l’information, des journalistes, du journalisme etc. Autant j’aime les analyses lucides fussent-elles douloureuses, autant je suis toujours heurtée par l’étrange jubilation que suscitent les mauvaises nouvelles chez certains. » C’est pourquoi quand vous faites l’oie blanche disant que jamais vous ne l’avez traiter de la sorte, je vous trouve un tantinet de mauvaise foi… (et je précise que je n’apprécie guère Narvic, juste je tenais à vous le dire, parce que je crois que vous avez tendance à perdre du recul dès qu’il s’agit de votre Joker/Moriarty/Lex Luthor/N°1/Docteur Gang 😉 )

    Aliocha : Tiens, l’équipe d’avocats s’enrichit ? L’en a de la chance, dites-moi. Serais-je donc la seule ici à le lire attentivement ? Il faut croire que oui 😉 à moins bien sûr que mon expérience du métier me fasse apercevoir des incohérences, voire des erreurs magistrales de raisonnement que d’autres n’aperçoivent pas, allez savoir 😉

    Commentaire par Gwynplaine — 14/05/2010 @ 22:41

  10. Le journalisme n’a pas le monopole de l’« alimentaire » qui fait tourner la baraque pour financer les activités plus nobles – c’est le cas aussi de la musique, de l’édition et de la littérature, de la recherche scientifique… Ce n’est pas honteux en soit; ce qui est répréhensible, c’est de prétendre hypocritement que le journalisme, c’est principalement sa partie « noble ».

    Quant aux frasques des footballeurs, il me semble qu’elles dépassent bien le cadre d’une affaire strictement privée. Le football, comme d’autres sports de haut niveau, est subventionné, sinon directement, du moins indirectement: les clubs disposent de stades construits aux frais du contribuable et qu’ils louent, il me semble, à un tarif bien inférieur aux coûts; leurs rencontres nécessitent d’importants services d’ordre (CRS, mobiles) aux frais de l’État, le nettoyage des abords étant effectué par les collectivités locales. Ces clubs, subventionnés de fait, payent des sommes considérables à leurs joueurs leurs plus connus. Ceux-ci sont cités comme exemples à la jeunesse.

    Il est donc bon que l’on se penche sur ces fameux modèles et sur la façon exemplaire dont ils dépensent leur argent, et que l’on rappelle qu’un footballeur qui gagne 300000€/mois, soit bien plus que ce qu’un travailleur moyen ne pourra économiser en une vie, n’a pas de raison de mieux se comporter que les « traders » tant vilipendés.

    Commentaire par DM — 15/05/2010 @ 09:35

  11. @ Aliocha :

    Je ne me fais pas l’avocat de Narvic, j’ai arrêté la lecture de son billet parce que j’étais en phase de digestion… L’art de l’outrance est délicat, et pour un Tschok qui le manie avec bonheur, combien de Narvic sombrent dans la facilité la plus… indigeste, justement. Non, je pointais juste le fait que vous disiez ne pas qualifier votre camarade de « vautour cynique et triomphant » (certes vous ne le faites pas spécifiquement ici, mais il me semble que Fantômette parlait en général et pas seulement de ce billet) alors que c’est le portrait que vous en faites au fil de vos évocations du bonhomme.

    Ceci dit j’y suis retourné voir pour le coup. Je suis d’accord avec lui pour dire que ce n’est pas ce que j’attends du journalisme, mais qui suis-je pour dire ce que doit être le journalisme. Il en faut pour tout le monde ma bonne dame, c’est pas ma faute si la démocratie est la victoire du vulgaire sur « tout ce qu’on peut soupçonner d’intelligence ». Par contre, je vous suis totalement sur la cuistrerie du bonhomme qui n’hésite pas à tapoter sur son clavier que LUI aurait été faire un reportage édifiant (et de grande qualité!) – sur l’état des townships (rien que ça! il n’hésiterait pas à se mettre en danger, s’il était encore journaliste) en Afrique du Sud à la veille de la coupe du monde.

    Aliocha : je vous taquinais. Voilà longtemps que je me suis habituée à la virulence de certains blogueurs, elle ne me touche plus, mais me donne juste envie, de temps en temps, de leur faire un petit pied de nez. Quant à l’Express, encore une fois, il y a eu faute en effet sur l’adresse, mais sur le sujet lui-même, je ne m’explique pas cette tempête dans un verre d’eau. Il y a des grands et des petits sujets, des scoops fantastiques et des mini-scoops, le journalisme, c’est comme la vie, drôle, tragique, important dérisoire, aimable, irritant. Les lecteurs seraient les premiers à bailler si on ne leur servait que du sérieux. Voyez comme tout le monde critique la bêtise de la télévision, mais qui regarde Arte ou la Chaine parlementaire ?

    Commentaire par Gwynplaine — 15/05/2010 @ 12:10

  12. @ Aliocha :

    Au fait (HS), vous qui nous parlez bien souvent de la vacuité des féminins, vous avez été voir le Elle et ses Etats généraux de la femme ?

    Et sinon, vous n’avez pas mieux à faire le week-end que de traîner (en robe de chambre et pantoufles?) sur votre blog ?

    Et enfin, je ne sais pas si vous faites un suivi des anciens billets mais je vous ai laissé un petit com’ sous celui des infiltrés.

    Commentaire par Gwynplaine — 15/05/2010 @ 12:39

  13. Aliocha, non, en effet, nous ne nous sommes pas comprises ; je vais donc essayer d’^tre plus claire.

    Je n’ai jamais prétendu vous ôter le droit de critiquer les billets de Narvic et Autheuil, et je n’ai rien sous-entendu. Vraiment, au besoin relisez, et notamment ce passage :

    « Tout comme vous avez le droit, sur votre blog (ou ailleurs), de critiquer, en expliquant pourquoi, cette prise de position, sans qu’on vienne insinuer pour autant que vous faites de la “blogosphère bashing” ou êtes une sale corporatiste ».

    Ensuite, je ne me suis à aucun moment exprimée sur le fond de votre billet ni ceux de des 2 blogueurs cités. C’eût peut-être été plus intéressant de commencer par là, plutôt que de pointer ce qui me gênait dans votre billet.

    Sur le fond, même si moi aussi l’article de l’express ne m’intéresse pas le moins du monde, je trouve en effet un peu courte la posture qui consiste à dire haut et fort « moi je trouve ça complètement inintéressant, ce que j’attends d’un journaliste, c’est ci ou ça », sans chercher plus loin. Vous dénoncez cela, et je m’en réjouis, ce d’autant que vous abordez plusieurs points qui me paraissent assez essentiels :

    1. un journaliste est par essence, quelqu’un qui a choisi ce métier par goût voire par passion, qui se pose des questions sur la profession, qui a pour elle de hautes ambitions, etc…sachez que je vous suis là-dessus complètement car je pense profondément que tel est le cas, comme pour tout un tas d’autres professions (voire toutes), et surtout, qu’on ne peut et ne doit raisonner sur une profession qu’en partant de ce principe là, car, il ne sert à rien de montrer du doigt un ou deux, même plus, mauvais professionnels pour prétendre bâtir une démonstration, tandis qu’il est beaucoup plus constructif de s’interroger sur le fonctionnement d’un système, en supposant que les acteurs, chacun à leur niveau, font de leur mieux avec les moyens qu’ils ont ;

    2. si effectivement on devait juger l’intérêt d’un sujet à l’aune de ses propres centres d’intérêts, l’art, la culture, la science, etc…en prendraient un grand coup dans la figure. C’est pareil pour le journalisme.

    3. vous abordez le point du financement des organes de presse en disant que le « moins sublime » sert à financer le « sublime ». Là dessus, j’avoue que je m’interroge ; je n’ai pas votre compétence ni savoir en la matière, mais une sorte d’intuition me dit que votre propos, s’il se vérifie dans beaucoup de cas, n’a peut-être pas une pertinence aussi absolue. (en réalité, pour la simple et bonne raison qu’il existe bien des journaux ou revues qui ne font que du « sublime » au sens de reportages, articles de fonds extrêmement fouillés, etc…Maintenant, j’ai bien conscience que ceci est très complexe, et qu’il se peut que les capitaux qui financent tel type de journal pas forcément très rentable n’existent que parce d’autres vivent très bien sur le « moins sublime ». Un billet plus complet de votre part sur ce point m’intéresserait d’ailleurs, et je comprends bien qu’une analyse plus approfondie n’avait pas nécessairement sa place ici.

    Ce que je regrettais simplement, c’est que j’avais l’impression que vous prêtiez aux propos des 2 blogueurs une portée critique à l’égard de la presse en général bien plus grande que ce qu’ils prétendaient. Cette impression se fondait sur les phrases d’attaque et le fameux « presse-bashing sur la blogosphère », et la fin avec votre « flatter l’internaute…en tapant sur les journalistes ». Je regrette cela car, pour appartenir moi-même à une profession quelque peu chahutée, et parfois injustement chahutée (magistrat), je comprends bien cet agacement à lire une enième critique tellement facile de la profession, mais en même temps je trouve que mes collègues rétorquent un peu trop facilement aux critiques, quelqu’elles soient, « le juge bashing c’est à la mode » ou « manque de moyen », en faisant l’économie un peu trop facilement de discuter la critique au fonds. Et, même quand on prend la peine, comme vous le faites dans votre billet, de répondre par des arguments de fond, je pense (mais là, j’admets que c’est totalement intuitif), que le fait d’adopter un ton polémique ou de dénoncer le « truc bashing » affaiblit la portée des arguments de fond, ou plutôt, les rend inaudibles. Car, quelle est la réplique naturelle de celui à qui on rétorque « ouais ouais, truc-bashing »? il va vous rétorquer « corporatiste ». Et là, pour avoir un débat constructif, vous n’avez plus qu’à sortir les rames.

    En relisant votre propre billet, je m’aperçois que j’avais peut-être moi-même pris un peu trop au 1er degré votre ton. Mais ça, c’est peut-être parce qu’il faut que je m’y habitue.

    Et sinon, aristocrate, je crois avoir une idée assez précise de ce que ça veut dire ; et je crois que vous pouvez m’accorder qu’il est d’usage d’assimiler, dans le langage courant, un aristo à quelque qu’un qui estime avoir des mains trop belles et trop blanches pour exécuter ce qu’il estime être des basses oeuvres. Et la critique s’adressait à Narvic, car je trouve assez piquante sa posture qui consiste à critiquer un journaliste pour avoir fait un article sur cette photo, et à dire que si lui-même avait été journaliste, il aurait vendu cette photo (sous-entendu : si elle est monneyable, c’est bien qu’un autre journaliste fera l’article à sa place), tout en omettant de faire la critique des lecteurs (catégorie à laquelle il appartient réellement) qui contribuent à faire que ce type de journalisme qu’il semble exécrer existe. Mais il ne s’agissait pas d’un jugement moral.

    Moi, finalement, j’ai un rapport hyper simple avec la presse : je trouve que c’est de la merde, je lis pas et j’achète pas (et je ne pense pas pour autant que tous les journalistes qui bossent dans ce journal sont des mauvais journalistes, et je me réjouis malgré tout que ça existe). je trouve que c’est bien, je lis, j’achète voire je m’abonne (et j’espère qu’on sera nombreux à faire comme moi).

    Commentaire par jalmad — 15/05/2010 @ 18:21

  14. Chère Aliocha, la « Presse » et nombre de journalistes mettent parfois en avant le sublime pour justifier leur position, excuser leurs erreurs. Combien assument le moins sublime ? Dans la presse nationale, pas grand monde. Et quand on écoute nos journalistes parisiens parler de la PQR, on a une assez bonne idée de ce qu’ils pensent du « moins sublime » : certes, il en faut, mais eux sont au dessus de tout cela. En même temps, ils ne crachent pas dans la soupe.

    C’est ce grand écart entre le discours de la profession sur elle même et ses pratiques réelles qui m’agacent et me motivent dans mon « presse-bashing »

    Aliocha : Libre à vous de critiquer, mais je ne vois guère l’intérêt de rabattre le caquet des journalistes parisiens quand il y a d’autres questions plus intéressantes à soulever. Par exemple, le journalisme sur Internet ne confond-il pas vitesse et précipitation, au point de commettre des fautes comme celle de publier l’adresse de cette jeune personne ? Ou bien encore, la tentation du buzz, seul moyen d’essayer de rendre rentable l’information sur un média qui s’obstine à revendiquer la gratuité des contenus – sans s’offenser par ailleurs du prix exorbitant des supports ni des manipulations des spécialistes du marketing – ne constitue-t-elle pas un danger pour l’information? Je sais que certains théoriciens continuent de croire à un journalisme pur et parfait sur Internet, personnellement, je crains le contraire, mais ce n’est que mon avis.

    Commentaire par Authueil — 16/05/2010 @ 17:22

  15. Plutôt d’accord avec Autheuil.

    Loin de moi l’idée de faire du « presse-bashing ». Mais faut-il pour autant justifier le « caniveau » par un supposé « sublime » ? Le sublime est rare, rarissime même, dans le domaine du journalisme comme dans tous les domaines. Qu’on ne le prenne pas comme prétexte pour excuser le n’importe quoi sous prétexte que ça fait vendre. Le public n’a pas besoin de l’adresse de Mlle Zahia pour acheter l’Express. Le « bon » journalisme, sur quelque sujet qu’il soit, devrait composer l’essentiel de la presse. Et publier la photocopie d’une lettre, en « oubliant » de masquer l’adresse de l’expéditrice, ce n’est pas du bon journalisme. C’est du niveau du gamin qui publie le journal intime de sa sœur sur Facebook. Quand un journaliste ne se comporte pas comme un professionnel, qu’il ne s’étonne pas qu’on ne le considère pas mieux qu’un amateur. Dire ça, je ne crois pas que ce soit du « press-bashing », mais de l’exigence minimum.

    Commentaire par lambertine — 16/05/2010 @ 21:32

  16. @ Aliocha,

    Comme vous l’a parfaitement expliqué Gwynplaine (un grand merci, compadre!), je faisais naturellement référence à votre attitude générale à propos de Narvic, et j’avais d’ailleurs tout particulièrement en tête le billet qu’il a cité et hyperlié.

    Quant à savoir si vous êtes la seule à le lire (votre réponse au com 9, toujours de Gwynplaine), non, je le lis également, relativement régulièrement (et systématiquement lorsque vous mentionnez l’un de ses billets évidemment).

    Je n’y trouve pas les fautes de raisonnement que vous dites, par contre. Là, c’est exact.

    Vous êtes plus experte que moi en journalisme, et quoique, à ce titre, le doux tyran de nos opinions ;-), je suis toute ouïe. Je suis ici pour apprendre, et comprendre, comme je vous l’ai déjà dit.

    Ici, si je vous suis bien, votre idée consiste à admettre que pour ce qui concerne la publication de l’adresse, il y a une faute certaine, quoique naturellement involontaire, pour laquelle le journaliste qui l’a commise s’est d’ailleurs platement excusé.

    (Eh, j’ai une idée de titre pour le communiqué d’excuses. « Impair et passe ». Qu’en dites-vous, j’ai fait des progrès en titrologie ou pas?)

    Pour le reste, vous invoquez à la fois la légitimité de la presse à parler d’affaires d’un intérêt mineur, anecdotiques, ou simplement amusantes (votre billet), et la question d’un journalisme qui, sur internet, laisse peut-être la forme l’emporter sur le fond (votre réponse à Authueil).

    Du coup, je ne sais plus bien si, dans le fond, vous êtes critique ou non, sur l’utilisation par vos confrères de l’Express de ce courrier. Ou, plus exactement, je ne cerne plus bien dans quelle mesure vous êtes critique.

    Sinon, je me suis récemment posée une question que je souhaiterais vous retourner: à ma connaissance (full disclosure: je ne suis guère fidèle aux sites de presse en ligne, je picore et édite sur google news), les sites de presse qui s’orientent vers le payant ont souvent fait le choix de laisser un libre accès à tout ou partie de leurs articles d’actualité mais font payer l’accès aux archives.

    Or, vous avez parfois écrit – pour en parler comme d’une qualité, ce qui m’avait semblé convaincant – que ce qui faisait la valeur d’une information, c’était précisément son actualité. Le nouvelle neuve du jour est celle pour laquelle on paye. Le lendemain, elle sert à emballer le poisson, nous aviez-vous dit, me semble-t-il (Gwynplaine, vous avez vu que je faisais un effort sur vos tirets du 6? Profitez-en, car je ne vous garantis pas que cela va durer:).

    Du coup, ce modèle économique m’a semblé paradoxal. A votre connaissance, existe-t-il des sites qui ont fait le choix inverse? Du genre, les articles sont 100% payants pendant une semaine (mettons), puis les archives sont gratuitement accessibles?

    Commentaire par Fantômette — 17/05/2010 @ 11:39

  17. la question de l’obsolescence d’une info me semble pas mal dépendre de l’info.

    Le fait que la fête des mères tombe dimanche prochain n’aura plus guère d’intérêt dès lundi. Mais les développements et les analyses que l’on a eu au sujet de la crise grecques peuvent très bien intéresser des lecteurs même dans un an ou plus. Par exemple pour éclairer des événements survenus depuis ou se documenter ou que sais-je

    Commentaire par fred — 17/05/2010 @ 12:37

  18. @ Fantômette :

    Libé a récemment fait le pari inverse, en rendant payant l’article du jour et le mettant gratuitement à disposition dès le lendemain. Je ne sais pas si les articles redeviennent payant en tant qu’archives de plus de X temps, mais ce modèle me semble effectivement plus conforme à la « valeur d’actualité » d’une information.

    (De nada compañera, et bel effort pour les-tirets-du-6 🙂 )

    Commentaire par Gwynplaine — 17/05/2010 @ 13:29

  19. le dernier billet de narvic permet de relativiser votre critique aliocha, connaissant votre « amour » pour lui vous allez surement lui administrer un bon revers mais je trouve que sa recherche obsessionnelle est sympathique et mérite que l’on s’y intéresse.

    http://novovision.fr/?En-ligne-les-formats-longs-sont

    Aliocha : je n’envoie pas de revers quand il cherche, je lui souhaite juste de trouver, depuis le temps….J’envoie des revers quand il attaque une profession avec une virulence qui me parait déplacée sur la base d’un journalisme fantasmé et au nom d’une quête personnelle sans doute très respectable mais qui ne l’autorise pas à tout se permettre 😉

    Commentaire par jean — 19/05/2010 @ 07:23

  20. […] faute à notre hôte bien sûr, qui délaisse le lieu pour aller cultiver son pré carré à coup de griffes, à la lumière de multiples éclairages, tout en se laissant aller aux réflexions libres que lui […]

    Ping par L’hommage de la BD à la littérature « La Plume d'Aliocha — 31/07/2010 @ 08:55


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