La Plume d'Aliocha

06/05/2010

Quand les électeurs pédalent…

Filed under: Brèves — laplumedaliocha @ 15:45

Saisi au vol ce matin sur BFM TV : aux Etats-Unis, pédaler dans les salles de sport produit de l’électricité. C’était le titre de l’information développée par le présentateur, j’avais coupé le son, donc je n’en sais pas plus. Mais la bande défilante qui délivre des nouvelles en continu sous les titres des reportages annonçait dans le même temps et sans rapport apparent avec le sujet développé dans le journal que les élections en Grande-Bretagne appelaient aujourd’hui 45 millions de britanniques aux urnes.

Allez savoir pourquoi, je  n’ai pu m’empêcher de faire le lien entre les images montrant des gens pédalant sans aller nulle part et cette information sur les électeurs britanniques. Et je me suis demandé si les citoyens des grandes démocraties ne ressemblaient pas en ce moment à ces cyclistes en salle. Ils votent comme on pédale sur une bicyclette rivée au sol, en sachant qu’ils ne bougeront pas d’un iota, juste pour l’hygiène. Quel contrôle eux et ceux qu’ils élisent ont-ils réellement sur le monde ? La récente crise financière ne révèle-t-elle pas la faillite du politique ?

Nos cyclistes américains eux au moins produisaient de l’électricité, ce qui m’amène à me poser cette question cruciale, les électeurs produisent-ils encore de la démocratie en votant ?

Publicités

14 commentaires »

  1. excellente question !!
    elle devrait interesser aussi Philarête.

    et j’ai bien peur que la conclusion soit négative. en tous cas, elle l’est pour ma part depuis des lustres, car, en votant, nous allons conforter la personne politique dans sa position supérieure au clampin moyen, et donc agrandir le fossé entre ce clampin et cet etre homo politicus qui n’a pas, depuis fort longtemp, poussé un chariot de supermarché, en se baissant pour trouver les produits les moins chers.

    bien sur on pourra toujours m’opposer la phrase de Churchill, mais c’est assez réducteur. et puis, mauvais moyens, changer de moyens. et chercher ces moyens, se creuser la tête, se casser le c… pour evoluer. et l’homo politicus y sera contraint sous peine de disparaitre, au grad dam des journalistes politiques qui les soutiennent, car ils sont leur gagne-pain.

    Commentaire par leinad — 06/05/2010 @ 16:36

  2. Ça c’est comme le sel dans la soupe… Quand il y en a on ne le sent pas mais quand il n’y en a pas il manque quelque chose. Même si l’électeur ne produit plus de démocratie aujourd’hui le risque de produire bien pire en absence de vote est bien réel.

    Aliocha : la question que je me pose n’est pas un appel déguisé à l’abstention, c’est une vraie question que m’inspire le fait de cotoyer la finance au quotidien. Ces gens s’émancipent de plus en plus du politique. Avec les résultats que l’on sait…Je m’interroge donc sur l’étendue réelle du pouvoir des politiques et à travers eux des citoyens sur leur destin.

    Commentaire par LordPhoenix — 06/05/2010 @ 18:30

  3. Pour résumer LordPhoenix et citer un grand penseur :
    « Mieux vaut pomper et qu’il ne se passe rien plutôt que ne pas pomper et risquer qu’il se passe quelque chose ».

    Pour moi, la tâche des hommes politiques aujourd’hui n’est plus réellement de décider de l’avenir d’un pays, mais de faire le mieux possible avec les cartes qu’on leur distribue à leur arrivée.
    Désillusion du personnel politique et désillusion de la fonction politique sont pour moi deux choses totalement différentes.

    Merci pour ce blog

    Commentaire par phydias — 06/05/2010 @ 18:35

  4. « Quel contrôle eux et ceux qu’ils élisent ont-ils réellement sur le monde ? », demandez-vous.

    Pour moi, la question est plutôt « quel contrôle les électeurs ont-ils sur ceux qu’ils élisent ? » Car les politiques détiennent encore une bonne part du pouvoir. Notamment celui de décider de la règle du jeu et de la faire respecter, ce qui ne me paraît pas négligeable. Hélas.

    Aliocha : j’avais adoré la conclusion de votre billet sur les régionales : « Fort malheureusement, il ne demeure aujourd’hui qu’une seule raison pour me pousser vers les urnes à l’heure où il ne reste peut-être plus que deux baguettes de campagne chez mon boulanger de quartier : la joie morbide de savoir que j’ai accompli ma part du contrat et que j’ai cinq ans pour les regarder oublier la leur ». Quant à savoir s’ils décident encore des règles du jeu, voyez-vous, je commence à en douter sérieusement. Il me semble que notre bon vieux système exécutif/législatif/judiciaire est de plus en plus court-cicuité par les experts de tout poil produisant de la soft law à tour de bras au motif que leur matière est trop technique pour que les politiques comprennent quoi que ce soit, par les lobbyings en tous genres, par le poids de la finance et l’adage « too big to fail » et autres fantaisies du même acabit sur fond de mondialisation et donc de prise de décision par consensus mou entre intérêts divergents. Mais il est possible que mon humeur un peu terne ne soit due qu’au temps froid et nuageux 😉

    Commentaire par misssfw — 06/05/2010 @ 20:05

  5. Si au moins on avait des urnes qui produisent de l’électricité quand on glisse le bulletin dedans, au moins ça servirait à quelque chose et on irait voter plus volontiers pour que la petite lumière de la démocratie recommence à briller.

    Ceci dit, j’ai entendu aujourd’hui à la radio la remarque suivante : « …l’abstention est devenue une vraie expression démocratique… »

    Commentaire par Petite lumière — 06/05/2010 @ 20:53

  6. « Nos cyclistes américains eux au moins produisaient de l’électricité, ce qui m’amène à me poser cette question cruciale, les électeurs produisent-ils encore de la démocratie en votant ? »

    Mais, Aliocha, vous êtes anarchiste ?

    Aliocha : disons que je me suis toujours méfiée de la capacité des institutions à broyer les hommes, même si j’admets que sans elles, il n’y a pas de société possible. C’est ce qui m’avait poussée dans un premier temps vers le métier d’avocat. Aujourd’hui, je m’inquiète de la querelle de légitimité qui oppose des experts de plus en plus puissants à des politiques de moins en moins à même de piloter un monde devenu infiniment complexe. A tout prendre, je préfère encore les politiques aux experts. Mais je crains que nous ne nous acheminions vers des dictatures douces pilotées par des spécialistes divers et variés, parfaitement déshumanisés et ne voyant pas plus loin que le bout de leur spécialité.

    Commentaire par Gilbert — 07/05/2010 @ 00:00

  7. Bonjour Aliocha,
    Un hors sujet mais comment vous dire autrement que j’attends vos réflexions sur ce jugement?
    http://www.rue89.com/2010/05/06/presse-bollore-met-france-inter-a-terre-150442

    Le tribunal a également désapprouvé le ton « lapidaire et péremptoire », utilisé par les journalistes.

    Commentaire par araok — 07/05/2010 @ 09:09

  8. Bonjour Aliocha,

    Je crois qu’il faut distinguer de quelles élections on parle. Sur des élections nationales, la question est légitime. Par contre, en dessous de ce niveau, certes très visible, il y a toutes les élections locales et là, je crois qu’il suffit de parler avec n’importe quel conseiller municipal d’une petite commune pour se rendre compte que la démocratie a un sens. Et c’est là le fondement de nos politiques, en fait, plus qu’à l’échelle nationale. Tocqueville déjà décrivait très justement l’implication différente des citoyens aux différents niveaux de démocratie et je crois que le niveau le plus important, c’est celui qui est le plus proche des gens (que ce soit ou non celui qui a le plus d’impact sur leur vie — et il se pourrait bien qu’au final, ce soit celui qui a le plus d’impact, même si c’est le moins spectaculaire !).

    Par ailleurs, le système britannique de scrutin uninominal à un tour, pour critiqué qu’il soit, a l’avantage de permettre, justement, à l’électeur d’avoir un poids direct sur le résultat : au lieu d’être un vote dilué dans des millions à l’échelle nationale, chaque voix compte sur les quelques milliers au maximum qui vont décider du député d’une circonscription. Je pose la question : une représentativité nationale mais qui dilue le vote individuel est-elle plus démocratique qu’un système déséquilibré mais où chacun peut voir l’impact (ou non) de son vote ?

    Commentaire par Rémi — 07/05/2010 @ 11:00

  9. Chère Aliocha,
    Un petit mot en passant après lecture de ce billet quelque peu désabusé…
    Le vote, la démocratie, tout ça, c’est un rêve de citoyen, d’hommes libres. Quid du citoyen français en 2010?
    Si j’en crois les sondeurs et les statisticiens, nous sommes avant tout considérés comme des consommateurs (qui ne consomment jamais assez) ou des ménages (qui n’ont pas le moral comme le rappel Libé de ce matin).
    Notre société se divise en deux catégories: une infime minorité à qui importe avant tout les revenus de son capital, et une immense majorité qui a les yeux rivés sur les traites, mensualités, taux et autres joyeusetés de ses emprunts…
    Réagir, bouger, protester? C’est une brave dame, croisée lors d’un reportage qui m’a ouvert les yeux : « on voudrait bien, mais on en a pas les moyens… »
    Plus endetté que la Grèce? Le ménage moyen… Le crédit sans limite ou la mort de la démocratie…

    Commentaire par lagavulin — 07/05/2010 @ 13:21

  10. « Ils votent comme on pédale sur une bicyclette rivée au sol, en sachant qu’ils ne bougeront pas d’un iota, juste pour l’hygiène. »

    C’est beau. J’en frémis d’extase. Oh oui, vous êtes anarchiste, Aliocha. En rappelant au besoin que l’anarchiste ne refuse pas l’ordre mais le pouvoir, la domination. L’étymologie du mot anarchie est d’ailleurs on ne peut plus claire : an-, absence de, et arkhê, commandement, ou « ce qui est premier ». Rien à voir donc avec l’habituelle signification de désordre social qu’on lui donne, qui correspond au terme d’anomie (pas le mollusque, hein, l’absence de normes ou d’organisation stable).

    Personnellement, avant de me poser la question de l’efficacité du contrôle, je me pose celle de la possibilité de contrôle et je ne crois pas une seule seconde que les financiers, les politiques, les experts, et tutti quanti, contrôlent quoi que ce soit. Ils s’y essayent mais jouent surtout à le faire croire car sur cette croyance repose leur autorité.

    Nul ne maîtrise rien. On subit, on apprend (ou pas) et au mieux on influe et on s’adapte.

    @ Petite lumière

    “…l’abstention est devenue une vraie expression démocratique…”

    Sans aucun doute… tant qu’au vote blanc ne sera pas rendue sa fonction initiale : celle d’un suffrage qui ne se prononce pas pour un candidat, une liste ou une proposition, mais qui a été exprimé.

    Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui :

    Article L66 du code électoral : Les bulletins blancs, ceux ne contenant pas une désignation suffisante ou dans lesquels les votants se sont fait connaître, les bulletins trouvés dans l’urne sans enveloppe ou dans des enveloppes non réglementaires, les bulletins écrits sur papier de couleur, les bulletins ou enveloppes portant des signes intérieurs ou extérieurs de reconnaissance, les bulletins ou enveloppes portant des mentions injurieuses pour les candidats ou pour des tiers n’entrent pas en compte dans le résultat du dépouillement.

    Rien d’étonnant à cela. Le vote blanc n’a pas l’avantage de l’abstention pour les politiciens : ils ne peuvent pas lui faire dire ce qu’ils veulent.

    Commentaire par Ferdydurke — 07/05/2010 @ 14:03

  11. @ Ferdydurke,

    Ce que vous écrivez m’évoque mon deuxième vote, en qualité de citoyen, alors que je venais tout juste d’accéder à la majorité.

    Au premier, j’avais voté pour un candidat, mais j’avais remarqué qu’il n’y avait pas de bulletin blanc disponible dans l’isoloir et je n’étais pas très content de mon vote.

    A l’élection suivante, je m’étais radiné avec mon bulletin blanc à moi, que j’avais consciencieusement découpé dans une feuille de papier blanc format A4, non sans avoir pris soin auparavant de demander à mes parents de ramener une enveloppe en surplus, histoire que mon bulletin ait les bonnes dimensions.

    Et pi finalement, j’ai compris que dans une élection à la française, il y a trois catégories de vote:

    – le pour

    – le contre

    – le blanc ou nul.

    L’abstention n’est pas un vote et le blanc, c’est du nul. L’acte manqué, quoi.

    Depuis, j’ai arrêté de faire le con. Je vote moins souvent, c’est entendu. Mais je ne découpe plus les feuilles de papier A4. Au moins ça préserve les forêts.

    De là à dire que par mon abstention ou mon vote blanc ou nul je représente une force politique, j’hésite.

    Commentaire par tschok — 07/05/2010 @ 16:22

  12. Pour préciser ma pensée : je crois qu’ils ont décidé de ne plus décider des règles du jeu (et de jouer les victimes impuissantes). Je ne vois pas bien ce qui pourrait empêcher une décision politique de s’appliquer du moment qu’elle est inscrite dans la loi.
    J’avais appris en fac (je n’ai pas vérifié, car je suis d’un naturel confiant, voire vaguement naïf) que lors de l’élaboration des lois Auroux, une partie du patronat avait menacé de quitter la France. Du coup, le texte définitif n’allait pas aussi loin que prévu. Bien. Le lobbying avait fonctionné. Mais si le gouvernement n’avait pas cédé, qui aurait empêché la décision politique de s’appliquer ? Des dizaines d’entreprises auraient peut-être fermé (ou pas, mais c’est un autre débat) mais la loi aurait dû être respectée.
    C’est ce que je voulais exprimer dans mon premier commentaire (mal sans doute, je ne suis pas très à l’aise avec le premier degré) : il me semble que le problème ne vient pas du pouvoir du politique mais de son absence de volonté.

    Commentaire par misssfw — 07/05/2010 @ 16:47

  13. @ Missfw,

    Vous êtes super premier degré, je comprends rien.

    Vous pourriez pas être plus abstraite?

    Commentaire par tschok — 07/05/2010 @ 19:06

  14. J’allais presque utiliser le mot pervers pour définir la place que se donne l’homme de nos jours sur cette terre.
    Mais c’est juste pour faire accrocheur.
    Mais aussi… comment le définir autrement ?
    Car il est vrais que nous vivons dans un monde qui n’a plus aucun rapport avec notre logique, celle de notre ressenti intime, qui nous animait, qui ne nous parle plus, ou qu’on entend plus.
    Comme si une machination inimaginable venait broyer ce fragile équilibre : notre humanisme.
    Tous nos repaires sont déplacés, nos équilibres, nos rythmes sont comme le cours de la bourse : tendancieux.
    Bonjour l’ambiance dans les chaumières, t’est qui toi ?
    Ben moi j’suis terrien, et toi : t’est rien aussi !
    Alors on va au magase et on s’achète du quelqu’un, ouais dac, on devient Nike.
    Mais à regarder de plus près, toute cette agitation n’a d’autre pretextes que de s’offrir le confort, le confort dans la vie.
    Et c’est pas le confort qui manque.
    Comme dit ma si-reineuse voisine de pallier : ce que j’aime dans le sexe faible, c’est son confort.
    Car de nos jours, tout s’achète, l’amour, l’apparence, le pouvoir.
    Quand est il du bonheur ?
    Ce bonheur qui nous fait dire, un jour : vraiment ça valait le coups de la traverser cette vie, bien content de quitter la veille croute que je suis devenu.
    Oui mais même, cet équilibre est corrompu.
    On a de plus en plus de sensations négatives au quotidien à développer de l’argent que de plaisir avec ce qu’il nous permet en contrepartie de s’offrir de positif.
    C’est ca qui nous fait sortir à tous la plume, le porte voix ou les menottes selon votre positions sociale.
    A vrais dire, il est possible de choisir une autre vision de notre passage pour que ces dilemmes qui nous concernent tous, prennent une toute autre dimension.
    Comme un guerrier ne partirait pas combattre sans armes, il se pourrait que de trouver à se composer une vie équilibrée (au prix de quelles pirouettes sociales ?) serait un bon départ, au moins on pourrait finir en pensant qu’on a vraiment été partie prenante de notre aventure terrestre.
    Bien, alors on est des chiens comme ca, sans s’occuper de l’autre qui crève là, sur le bord du trottoir, à la place ou mon chien fait toujours sa crotte ?
    Belle logique mon saigneur, mes amitiés à Madame.
    Mais mon bon monsieur, il faut être réaliste.
    La culture de l’argent n’ayant âs réussi à faire évoluer l’homme, (vous voulez des preuves ?) cultiver l’homme ne pourrait que lui permettre de se développer.
    Et qu’en est il de ce qui nous concerne tous à titre individuel : se cultiver ?
    s’organiser pour être indépendant des cacophonies, je parle indépendant dans le sens ou ça ne salis plus, ou tout ce qui pouvait être fait de positif, vous n’en avez rien laissé pour le voisin, ou la prise de choux ne concerne que les choses sur lesquelles vous avez un pouvoir de décision, se cultiver dans le sens de grandir : ne plus compter sur je ne sais quelle prétendue organisation humaine pour accéder au plaisir de se la faire crème (on en a qu’une, hein messieurs).
    Et, comme nous sommes dans une société d’apparence, le simple fait de la jalousie et vous faites tâche d’huile.
    C’est quand même plus bandant que d’attendre le résultat de je ne sais quelle élections, pour faire la fête ou sortir les mouchoirs.
    Non ? ah bon.
    Donc, je continu à en profiter dans mon coin, mais je vous aurais averti : non seulement c’est possible mais en plus c’est pleinifiant?
    Nb : excusez, mesdames, mes damoiselles, pour les quelques propos phalliques, mais j’y peux rien, depuis le début de la création, notre nombre ne fait que démultiplier, pire que du temps des bêtes.. dans les cavernes.
    Have a faune.

    Commentaire par Badji — 07/05/2010 @ 20:21


RSS feed for comments on this post. TrackBack URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :