La Plume d'Aliocha

27/04/2010

Infiltrés, qui prendra la défense des « fachos » ?

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 18:59

La prochaine émission des Infiltrés suscite déjà une nouvelle polémique. Cette fois, ce sont les « victimes » de l’infiltration qui portent plainte et tentent par ailleurs d’empêcher sa diffusion, ce soir sur France 2. Pour ce que j’en ai compris, il s’agirait d’une enquête sur l’extrême-droite qui aurait débouché sur une infiltration de certains milieux catholiques traditionnalistes. Ne l’ayant pas vue, je me garderais bien de tout commentaire. Mais à lire les réactions ici et là, je m’étonne. Je m’étonne que les voix qui s’élevaient contre le principe de l’émission depuis des mois, curieusement se taisent aujourd’hui.

Ainsi donc, le bénéfice de voir des « fachos » se lâcher et montrer leur vrai visage excuserait des méthodes que l’on jugeait jusqu’ici inacceptables ? Par quel étrange pirouette intellectuelle peut-on s’indigner de la dénonciation de pédophiles à la police pour saluer ensuite une dénonciation au public – et donc aux autorités qui regardent la télévision comme tout le monde – d’une bande de personnes qu’on nous décrit comme islamophobe, antisémite et décidée à détruire la démocratie ? 

L’article qu’a consacré Les inrocks au sujet il y a quelques jours montre bien l’embarras qui soudain s’empare des détracteurs de l’émission. Défendre un personnel soignant qui maltraite les pensionnaires d’une maison de retraite ? Facile. S’indigner que des pédophiles puissent être dénoncés à la police par les journalistes qui les ont découvert ? Plus compliqué mais réalisable si l’on secoue la poussière qui recouvre le code de déontologie des journalistes français de 1918. Sans compter le dégoût tout particulier qu’inspire en France la dénonciation et qui est tout à notre honneur. Seulement voilà, le facho, lui, est visiblement indéfendable. Il faut bien alors faire taire cette éthique journalistique que l’on brandissait jusqu’ici à l’encontre de l’émission. Mais si elle se tait cette éthique face à certains « crimes », cela ne peut signifier qu’une chose. Soit elle a été invoquée un peu trop vite dans les cas précédents, soit – et ce serait bien plus ennuyeux – elle est à géométrie variable….

La question que soulève l’émission est la suivante : un journaliste peut-il recourir à des moyens déloyaux (dissimulation d’identité et filmage à l’insu des personnes concernées) pour obtenir des informations ? C’est une question grave. Certains sont pour, d’autres contre. D’autres encore estiment que cette technique doit être réservée à des cas très exceptionnels, par exemple si le journaliste risque sa vie en dévoilant son identité. Personnellement, j’ai tendance à penser que face à l’offensive de la communication et de ses mensonges soigneusement orchestrés, la technique de l’infiltration, à condition qu’elle soit encadrée et utilisée avec la plus grande prudence, mérite d’être explorée. Je conçois  qu’on soit radicalement contre, mais alors que ceux qui s’y opposent avec tant de force aient le courage de défendre la confiance trahie des « fachos » avec la même vigueur qu’ils ont pris fait et cause pour les pédophiles. Question de cohérence.

Note : N’ayant pas accès à Internet en ce moment depuis chez moi et ayant l’ambition folle de ne pas passer la nuit au bureau, je soumettrai les commentaires à la modération préalable entre 20heures et 10 heures demain matin. D’ici là, bonne émission.

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58 commentaires »

  1. Il me semble qu’envoyé spécial, du temps où j’avais une télé diffusait régulièrement des reportages dans lesquelles des scènes étaient filmée en caméra cachée.

    Les visages y étaient masqués.

    Dénoncer n’apporte rien à l’information.

    Et rien de ce que j’ai pu lire ne m’a fait changer d’avis : si les faits « méritent » dénonciation, alors que le journaliste prenne la casquette d’informateur, pose sa caméra et aille au commissariat.

    En fait plus le temps passe et plus j’me dit que le concept même de l’émission est un appeau à Godwin, une simple machine à buzz qui serait passée pour de la télé-réalité il y a 5-6 ans et qui ne surnage aujourd’hui que par une mise en abime du journalisme catalysée par internet.

    Et sinon ce déménagement ? 🙂

    Commentaire par Karam — 27/04/2010 @ 20:00

  2. Je trouve que vous allez un peu loin quand vous écrivez que certains « ont pris fait et cause pour les pédophiles ». J’ai surtout lu des articles de gens qui pensent que les journalistes ne doivent pas devenir des auxiliaires de police ce qui est tout de même différent, vous en conviendrez.

    Ce que j’aimerais savoir c’est si les journalistes de l’émission ont constaté des faits délictueux, et par exemple le négationisme est un délit, et s’ils ont donc dénoncé à la police les délinquants…

    Aliocha : pour une fois, je me suis amusée en effet à provoquer un peu. Rappelez-vous néanmoins que l’avocat Richard Malka soulignait dans Libé que les pédophiles n’avaient pas moins de droits que les autres et qu’ils devaient, en tant que sources (ce qui était discutable) bénéficier de la même protection que par exemple des braqueurs. C’est pourquoi je pose ici la question : les « fachos » sont-ils ou non des sources ? Assisterons-nous à la même indignation contre le journaliste qui a a gagné leur confiance pour les infiltrer avant de les dénoncer au public ? L’Eglise bordelaise est facilement identifiable, le local décoré à la franquiste également, les noms de leurs diverses associations cache-nez a été donné, leur lieu d’entrainement sera vite débusqué par les RG si ce n’est déjà fait, quant aux membres de l’association, ils ne seront sans doute pas difficiles à identifier. La vérité, c’est qu’il y a dans le journalisme une dimension de dénonciation des dysfonctionnements de la société et des fautes personnelles de certains. Quand un reportage dans une émission comme Capital révèle des pratiques commerciales douteuses, il n’est pas rare que les entreprises concernées, même anonymisées, fassent ensuite l’objet d’une enquête. Simplement, la dénonciation est indirecte…et du coup, personne ne s’en offusque. J’entends juste montrer que le problème soulevé par les Infiltrés est plus compliqué qu’il n’y parait et que les réactions indignées comportent une belle part d’hypocrisie.

    Commentaire par Mussipont — 27/04/2010 @ 21:09

  3. Même si je ne suis pas toujours d’accord avec vous sur tout — ce qui ne m’empêche pas de continuer de vous lire avec intérêt — je vous avoue que dans ce cas précis je ne peux qu’approuver votre point de vue, et pas seulement parce qu’il s’agit de fachos (j’étais déjà d’accord avec votre précédent billet sur le sujet, même si je ne l’ai pas commenté).

    Le travail du journaliste est, entre autres, d’aller à la recherche des informations factuelles, les plus objectives possibles. À une époque où l’on cherche de plus en plus à tout contrôler, à cacher tout ce qui peut gêner, ce travail devient plus impossible à faire dans des conditions de « transparence totale ».
    La com’, comme vous dites, brouille tous les messages. Le journaliste recueillera des informations différentes si ses interlocuteurs ne savent pas qu’ils sont en présence d’un journaliste.

    Il me semble donc indispensable que le journaliste puisse se faire passer pour quelqu’un d’autre. La question qui me semble la plus importante ici est: quelles limites concrètes imposer à ce droit de « mensonge » du journaliste ?

    Quand a la délation / dénonciation qui a si mauvaise presse, Eolas en parlait ici, c’est très instructif (première partie du billet): http://www.maitre-eolas.fr/post/2009/09/20/Douteuse-initiative

    Commentaire par jor — 27/04/2010 @ 21:27

  4. Qui prendra la défense des fachos ?
    Euh… leur avocat.
    Et peut-être uniquement parce qu’il est payé. Quelle tristesse infinie, l’existence n’est finalement qu’un océan de solitude.

    Commentaire par misssfw — 27/04/2010 @ 22:21

  5. A quand une émission « les infiltrés ».. dans la rédaction de France 2 ?

    Commentaire par Incarnare — 27/04/2010 @ 23:55

  6. La dénonciation au public a eu lieu dans tous les cas et l’indignation n’a porté que sur l’unique cas de dénonciation à la police.

    Si une seconde dénonciation à la police n’entraine aucune indignation, là on pourra parler d’incohérence. A l’heure actuelle ce n’est pas le cas.

    Aliocha : je vous demande pardon, cher Ferdydurke, mais l’emission suscite le débat quant à ses méthodes depuis le premier numéro consacré aux maisons de retraite. Sur la question de confiance et l’interdiction qui serait faite d’user d’une fausse qualité pour obtenir des informations.

    Commentaire par Ferdydurke — 28/04/2010 @ 00:54

  7. Après visualisation, je trouve le reportage à la fois passionnant et terrifiant.
    Chapeau bas au Journaliste qui a eu le courage de réaliser cette enquête.
    Il honore la profession.

    Quand au débat, même constat que pour celui qui avait succédé au « Jeu de la mort », beaucoup trop court pour faire suffisamment le tour du sujet, mais tout de même instructif (d’ailleurs je trouve que M. Pujadas a été meilleur que M. Hondelatte en l’occurence).

    Dommage que le site de l’émission ne liste pas tous les invités, mais j’ai trouvé Madame Fourest assez convaincante, et j’aurais aimé que l’évèque qui se trouvait à sa droite ait plus de temps de parole.

    Commentaire par jor — 28/04/2010 @ 01:19

  8. J’avais vu un reportage sur Arte sur les groupuscules d’extrême droite aux États-Unis (je l’ai retrouvé : http://fr.wikipedia.org/wiki/White_Terror). On y présentait des white powers qui s’amusaient à tabasser les noirs le week-end pour se détendre. Les personnes étaient interviewées et avaient une parole du même niveau que les infiltrés. Il n’y a vraiment pas besoin de se cacher, de mentir, de trahir pour avoir la substance de la pensée des fascistes.
    D’ailleurs l’expression libre devant la caméra était encore plus effrayante que le pauvre type des infiltrés qui essaye de se la péter devant ses amis en disant qu’il a tapé un noir.

    Il y a plusieurs choses de dérangeantes dans l’émission des infiltrés :
    – bon tout d’abord il y a le fait de se cacher pour informer alors qu’il est possible de le faire en se présentant comme journaliste
    – les images sont gerbantes. Quel est l’intérêt de la caméra si c’est pour nous ramener des images tremblantes et floues ?
    – il n’y a aucune mise en perspective. Toute la recherche du reportage est de trouver des propos choquants, à aucun moment le journaliste essaye de comprendre le pourquoi et le comment. Pourquoi des enfants chantent une chanson nazi à un nouvel arrivant ? Comment l’ont-ils appris ? Sont-ils réellement dans un délire fasciste où veulent-ils seulement choquer ? On n’en sait rien…

    Trahir la déontologie du journalisme pour pondre un reportage aussi pourri, j’ai du mal à comprendre l’intérêt.

    Aliocha : sur ce cas précis, le décalage entre le discours du chef et celui de ses troupes montre bien que le journalisme à visage découvert n’aurait rien donné. Maintenant, pour avoir observé ce genre d’individus à l’université d’Assas il y a fort longtemps, je sais deux ou trois choses sur eux : ils sont d’une imbecillité abyssale (contrairement à l’extrême-gauche), peu nombreux, désorganisés sauf quand il s’agit d’aller acheter de la bière, et plus hableurs que réellement dangereux. Leur goût de la violence est réel et leur mythologie s’appuie sur une contre-culture nourrie de mythes mal compris, de connaissances historiques systématiquement tronquées et de fantasmes guerriers. Comme le dit Fourest, il y a du problème hormonal là-dedans, elle a raison 😉 J’ai trouvé que leur psychologie ressortait assez bien, mais je vous rejoins en effet sur l’absence de mise en perspective.

    Commentaire par tiot — 28/04/2010 @ 01:22

  9. Je ne vois pas le rapport avec l’autre cas de figure ou le journaliste était flic avant d’être journaliste.

    Commentaire par Gilbert — 28/04/2010 @ 05:42

  10. Par ailleurs, d’où sortez-vous que s’interroger sur le rôle des journalistes signifie que l’on soutient les pédophiles ? Vous avez une façon d’amalgamer les choses…

    Aliocha : je synthétise, vous amalgamez, le résultat est ébourriffant : Je n’ai pas écrit que « s’interroger sur le rôle des journalistes signifie que l’on soutient les pédophiles », j’ai simplement rappelé que lors de l’affaire des pédophiles, la profession s’était indignée qu’on puisse les priver de la protection des sources, et je me demande donc pourquoi, en l’espèce, on ne s’indigne pas que des fachos en soient privés aussi….Certes, les journalistes ne les ont pas dénoncés directement à la police, mais la dénonciation indirecte me parait constituée, non ? Le chef de Dies irae est même interviewé à visage découvert. Vous me direz, ses paroles lénifiantes ne lui font pas encourir quoique ce soit, mais le fait de piloter cette bande de pieds nicklés, pour reprendre l’expression de Fourest, n’est pas franchement à son honneur et pourrait lui valoir des ennuis divers et variés.

    Commentaire par Gilbert — 28/04/2010 @ 05:45

  11. Il ne me semble pas que de dire qu’un pédophile doit avoir les mêmes droits qu’un autre criminel soit « prendre sa défense ».

    Sinon : même chose pour les « fachos » que dans les autres cas : je n’aime pas le principe de l’infiltration, ni le fait que des journalistes se prennent pour Tintin. Mais ici, il n’y a pas eu « dénonciation » à la police (qui n’étant pas stupide doit savoir, ou du moins se douter de, ce qui se passe dans certains mouvements pseudo-cathos), que je sache.

    Et même remarque que Tiot : comme sur la pédophilie, comme sur la drogue, où est la mise en perspective des informations récoltées ?

    Commentaire par lambertine — 28/04/2010 @ 10:58

  12. @Aliocha en 6:

    Je disconviens respectueusement.
    Les infiltrés ont fait parler d’eux au début mais, passé les premières émissions ou le concept faisait débat, ils n’ont plus reçus de critiques quand aux méthodes. La question « est-il légitime d’utiliser l’infiltration et la caméra cachée? » avait trouvé sa réponse: « oui, quand c’est bien utilisé », ce qui était manifestement le cas. Pour l’émission sur les pédophiles, c’est un autre problème qui a fait polémique, c’est à dire: « les journalistes doivent-ils dénoncer les personnes aux autorités? ».
    Nouveau problème, et donc nouveau débat. Or l’émission sur les fachistes n’a pas créé de nouveau problème, qu’elle ne fasse pas de remous ne m’étonnes pas.

    Aliocha : possible en effet que la polémique s’épuise, mais les questions demeurent, non ?

    Commentaire par Ryuu — 28/04/2010 @ 10:59

  13. Si je me souviens bien, le dernier débat, la principale critique des infiltrés étaient plus sur la dénonciation des pédophiles de la part des journalistes aux force de l’ordre.

    Recentrons-nous donc sur le travail des infiltrés, ou au final, en fonction de la gestion de leur travail, nous nous retrouvons soit avec des journalistes cherchant à montrer un reportage sur des sujets impossible, soit avec des substituts de la police.
    L’encadrement de chaque travail est requis, ne serais-ce que pour assurer la protection du travailleur même. Pour moi, l’encadrement des infiltrés doit être beaucoup rigoureux. Ils ne sont pas là pour porter un jugement ou orienté le public. Ils sont là pour informer sur un sujet particulier qui est inconnu de celui-ci. Le problème, c’est que chaque reportage des infiltrés oriente le public, car sans objectivité, et ca, c’est pour moi inadmissible.

    La dernière fois, j’avais un peu râler sur le sujet sur les pédophiles, non pas parce que « les infiltrés, c’est mal », mais tout simplement parce qu’ils ne montraient rien de nouveau que ce qu’on ne savait déjà. C’était inutile, orienté, et en plus ils ont fait le travail d’enquête de la police. Bref, c’était vraiment un condensé de tout ce qu’il ne fallait pas faire en tant « qu’infiltré ».

    Commentaire par testatio — 28/04/2010 @ 11:16

  14. Le problème de la méthode « infiltrés » est surtout qu’il s’agit d’une arme absolue en matière de manipulation.

    On allie la puissance de l’image avec le sentiment qu’il a été TRES difficile d’exhumer ces infos. Résultat : l’esprit critique est totalement anesthésié; ce qu’on voit ne peut être que LA Vérité.

    Pourtant, il y a la place pour un biais énorme car, contrairement à ce que la rédaction laisse entendre, l’émission ne montre pas La réalité, mais seulement la (petite, microscopique) partie de la réalité qu’elle a choisi de montrer.

    Il y a d’abord bien sûr le montage. Le journaliste s’est infiltré pendant des jours, peut être des semaines. Ca fait des montagnes de rushes. On choisit de présenter certaines séquences, sans doute les plus choquantes. Mais il n’y a aucune perspective, aucun contexte.

    Ensuite il y a surtout le choix des sujets. La liste est assez intéressante http://programmes.france2.fr/les-infiltres/saison-2/index-fr.php?page=les-emissions . Que des sujets où les méchants sont complètement consensuels selon les normes de l’époque (extrême droite intégriste, sectes, pédophiles, dealers, paparazzi, passeurs…) et les gentils tout autant (immigrés, minorités visibles, vieux, pauvres…)

    Bien sûr, ces deux biais sont consubstantiels au journalisme, mais le public sait généralement filtrer et décrypter. Dans un système tel celui des Infiltrés, l’image est brute, auréolée de la crédibilité de l’info qu’il a fallu chercher avec les dents. Ainsi les défenses immunitaires du public sont abaissées.

    Du coup, je pense que vous posez une excellente question. Le procédé doit être jugé pour ce qu’il est et non en fonction de sa cible.

    Imaginons des sujets moins consensuels et demandons-nous quelle serait la réaction des partisans de la méthode « Infiltrés » dans les cas suivants :

    – La « Hortefeux » : les Infiltrés chez les intégristes salafistes. Avec activités para-terroristes et harangues de la foule aux cris de « mort aux Français ».

    – La « Besson » : les Infiltrés chez les fraudeurs d’allocations. Comment cumuler 15000€ par mois d’aides publiques en étant immigré clandestin, polygame, oisif, père de 16 enfants.

    – La « Parisot » : Les Infiltrés chez les dockers de Marseille. Pratiques mafieuses, violences physiques, détournements de fonds.

    – La « Bolloré » : Les Infiltrés chez les NMPP. Variante de la précédente, même pratiques et décors différents.

    – La « Dieudonné » : Les Infiltrés chez les financiers. Comment ils mènent la planète au bord du gouffre. Lourde insistance sur les patronymes à consonnance juive.

    – La « Cardinal Bertone » : Les Infiltrés chez les gays. Scènes d’éphébophilie, amalgames avec le mot « enfant ».

    etc…

    Je pense que ces méthodes sont structurellement malsaines car elles procèdent de la thèse du complot. Et jouer sur cette fibre flatte atrocement bien les préjugés. De toutes sortes.

    Commentaire par Lib — 28/04/2010 @ 11:28

  15. Chère Aliocha,

    Ne me demandez pas pardon, cela arrive trop rarement pour que je ne le goûte pas. Vous allez me donner de mauvaises habitudes et en prime vous m’obligez à vous pardonner!

    Ce que vous faites c’est comme si nous comparions les réactions du public à deux journalistes en bikini et à une journaliste en robe de bure. Toutes sont journalistes et leurs travaux respectifs seront critiqués à ce titre. Vous le dites vous-même « l’émission suscite le débat quant à ses méthodes depuis le premier numéro consacré aux maisons de retraite.« .

    Le journaliste en robe de bure a suscité une réaction supplémentaire parce qu’il a, en plus de procéder comme les autres, effectué un acte supplémentaire : la dénonciation à la police.

    Je dis seulement que quand l’échantillon « journaliste en robe de bure » dépassera l’unité, nous pourrons comparer les réactions du public et tirer des conclusions sur ces réactions.

    Si les journalistes du reportage « infiltration chez les fafs » les avaient dénoncé à la police, là l’absence d’indignation des commentateurs eut posé question. Pour l’instant, il y a impossibilité de conclure et même d’analyser, faute d’échantillon suffisant pour que la variable réaction à la dénonciation puisse être étudiée.

    Une des variables qu’il est possible d’analyser est choix des journalistes face à des actes répréhensibles, objet de votre précédent billet sur les Infiltrés. Il suffit de leur demander « pourquoi n’avez-vous pas dénoncé à la police ces fachos auteurs d’actes répréhensibles? Hmm… dites-nous tout (bande d’hypocrites qui vous revêtirent de la robe de bure du Père la vertu)… »

    Désolé de vous infliger les leçons de rigueur de ma brève formation initiale en sciences expérimentales. Allez, je vous pardonne 😉

    Aliocha : comme je l’ai dit plus haut à Mussipont, j’ai forcé le trait, à dessin. A l’origine de la polémique sur les Infiltrés, il y a la question de l’usage de moyens deloyaux pour obtenir de l’information en trahissant par là-même la confiance des interlocuteurs. Pratique mal vue par le code de 1918 et la déclaration de Munich. En réalité, nous savons qu’il y a quelques exemples célèbres, dont récemment celui de Florence Aubenas. Le problème avec cette émission, c’est qu’elle fait d’une pratique marginale et vaguement tolérée un concept d’émission, en tant que tel appelé potentiellement à se généraliser. Par conséquent, ce qui agite les esprits depuis le début sur la pertinence ou non de cultiver l’infiltration ou l’immersion devrait continuer à le faire sur le terrain des fascistes. Admettons que les détracteurs de l’émission aient été vaincus par l’épuisement. Reste la question de la dénonciation. Mais j’entends ici montrer qu’il y a sans doute une part d’hypocrisie à tirer à boulets rouges sur la dénonciation à la police et à se taire lorsque la dénonciation est faite au public et donc indirectement aux autorités dès lors que les personnes et les lieux sont identifiables, à défaut d’être identifiés dans le reportage. Il n’y a pas vraiment de différence pour les personnes concernées qui, dans les deux cas, se retrouvent en danger. Or, la protection des sources que l’on met en avant a bien pour but de protéger les sources d’une éventuelle identification et non pas de cultiver l’image d’une certaine élégance morale journalistique, que je sache. Et si ces personnes ne sont pas des sources mais les sujets de l’enquête, alors pourquoi invoquer une violation du secret des sources dès lors qu’il y a eu dénonciation ? La presse passe son temps à révéler des malversations et à désigner des coupables réels ou supposés au public. De fait, on en revient à la source du problème, à savoir les moyens jugés déloyaux employés pour trouver l’information. Ce sont eux qui imprègnent, voire polluent tout le débat. Avec cette question annexe, en effet problématique, le journaliste peut-il se transformer en auxiliaire de police en alertant directement celle-ci, plutôt que de la laisser tirer ses propres conclusions de la diffusion d’un reportage ? Ce lien direct presse-police est gênant, c’est vrai. Mais je pense que les réactions indignées ont été en partie motivées par la volonté de défendre l’image de la profession, bien plus que par le problème de fond. Et sur le fond, justement, les producteurs de l’émission ont répondu qu’il s’agissait d’une situation très exceptionnelle. Dont acte. Comme me le disait un déontologue un jour « mon rôle commence là où les textes s’arrêtent ». En d’autres termes, il n’est saisi que des cas où il n’existe pas de réponse toute prête, ou plusieurs comportement sont envisageables où des impératifs opposés s’affrontent. L’éthique n’est pas seulement un ensemble de règles à respecter, c’est aussi dans certains cas des choix difficiles à faire en conscience. Avec le risque de se tromper.

    Commentaire par Ferdydurke — 28/04/2010 @ 11:33

  16. Quand le journaliste prend l’opinion à témoin il est parfaitement dans son rôle. Le fait de dissimuler son identité n’est qu’un outil qui peut dans certains cas se révéler indispensable pour obtenir un reflet fidèle de la réalité qu’on souhaite montrer. C’est bien plus le fait de dénoncer à la police qui déborde du cadre parce que la police ne fait pas partie des destinataires naturels des journalistes.
    A mon tout humble et petit avis personnel, il est dangereux pour un journaliste de chercher de sa propre main à interférer avec la réalité. Il est observateur, il restitue, mais il n’est pas responsable de la suite donnée. Son travail s’arrête à la publication de son travail.

    Aliocha : « pas responsable de la suite donnée », oui et non. Il me semble qu’une information responsable est une information dont on mesure les conséquences, au sens où l’on doit être conscient de l’effet qu’on va produire et tenter de limiter cet effet au strict nécessaire. Il y a une chose dont les gens sont rarement conscients, excepté quand ils l’ont vécu, c’est l’effet de déflagration attaché au fait de rendre publique une information. Un simple propos de table qui passe tout seul à l’oral en petit comité peut devenir une affaire d’Etat dès qu’il est publié. C’est bien pour cette raison que la com’ emascule systématiquement les informations au point de les rendre totalement anodines à grand renfort d’euphémismes et de langue de bois. Maintenant si vous voulez dire qu’un journaliste ne doit pas s’auto-censurer par craintes des conséquences de son information, ni à l’inverse tenter de créer un effet artificiel ou même s’engager dans un processus de manipulation, nous sommes d’accord.

    Commentaire par Julia — 28/04/2010 @ 11:52

  17. Je ne suis pas d’accord Julia.
    Un journaliste se doit d’être objectif lorsqu’il réalise son reportage. Il ne peut pas « y aller » et se disant, « c’est ca que je vais montrer au public ». Là, nous ne sommes plus dans l’informatif, mais bel et bien dans la tentative de manipulation de l’opinion.

    Pour prendre une comparaison parlante pour ceux qui vont régulièrement sur le site de Maître Eolas : le juge d’instruction instruit à charge et à décharge. S’il n’instruit qu’à charge, alors, il fera en sorte que les preuves collent à ce qu’il veut… et plus à la réalité. (D’ou le combat mener par le système judiciaire pour éviter cette dérive)

    Commentaire par testatio — 28/04/2010 @ 14:22

  18. J’acquiesce perso pleinement au commentaire de Lib en 14.

    Je m’étonne en sus que les journalistes d’une chaîne de service public se soucient a priori comme d’une guigne de la probabilité élevée de commettre, en utilisant un tel procédé, une infraction au sens des articles 226-1 et 226-2 du code pénal (cf. le lien au billet de Jules qu’avait déjà mentionné Mussipont antérieurement http://dinersroom.eu/4663/de-lenquete-infiltree-journalisme-dinvestigation-ou-police-privee/ )

    Et, pour mesurer le tout à l’aune de la cohérence, j’attends avec impatience un reportage d’autres journalistes de la même chaîne qui démontrera les abominables perspectives orwelliennes de l’implantation légale de systèmes de vidéosurveillance dans les lieux et transports publics.

    Commentaire par Goloubchik — 28/04/2010 @ 14:51

  19. Les « infiltrés » ont dénoncé à la police un présumé pédophile appâté sut Internet. La protection des sources, c’est autre chose.

    D’ailleurs, dans l’émission sur les fachos, il y a une certaine naïveté à expliquer que la caméra montre des lieux, des gens, des propos facilement repérables par la police. Peut-être. Mais rien n’est jamais montré totalement: tout ce qui a été filmé, enregistré, discuté, n’est pas montré. Les vrais sources -celles qui ont indiqué les contacts filmables en caméra cachée- restent secrètes, non repérables. Mais si ces sources sont des fachos aussi dangereux que les autres.

    Personnellement, si c’est un abominable facho qui m’indique un sujet, je le protège, en tant que source, sans hésiter une seconde. Logique, non? Le journaliste est parfaitement respectable. Le policier est parfaitement respectable. Mais ils n’exercent pas le même métier même s’ils se rencontrent souvent.

    Commentaire par didier specq — 28/04/2010 @ 23:00

  20. @Lib

    Oui… mais non (enfin à mon avis)
    Que ce reportage précis puisse vous choquer je le comprends aisément (vu vos positions sur divers blogs).

    J’ai regardé l’émission pour la première fois… et non elle ne prétendais pas montrer LA réalité. Il me semble bien que, que ce soit le présentateur ou même C. Fourest, ont dit et répété à plusieurs reprises que ce type de mouvement est extrêmement minoritaire et, C. Fourest en particulier, à répété à plusieurs reprises que le même reportage, aussi choquant voir plus, aurait pu être fait dans des cercles musulmans ou juifs.

    En l’occurrence ceux qui font un poil plus que flirter avec la thèse du complot sont ceux que le reportage nous a montré… les traiter, au cours de l’émission, de pieds nickelés ne contribue pas franchement à leur donner une crédibilité particulière.

    Maintenant, avouez aussi que ce qui était particulièrement choquant, en tout cas pour moi, n’est pas tellement qu’il y ait quelques abrutis pour tenir les propos que j’ai entendu… pour moi, le plus choquant, c’est qu’au fond, la défense des deux « pro-fondamentaliste » m’a semblé extrêmement faible et très géné aux entournures (j’ai bien aimé la défense de Pétain par exemple)… et que j’y ait retrouvé des arguments qui m’ont géné au plus haut point… en particulier celui qui consiste (comme Koz l’a fait par exemple sur sa défense de Benoit XVI) a expliquer que Nazisme et catholicisme serait incompatible… Le reportage semble montrer que ce qui sépare certain « ultra catho » des nazi est peut être finalement plus ténu que ce qui les rassemble.

    Ca fait rebondir les différentes critiques que j’ai pu lire ca et là sur Benoit XVI et, par exemple, sa réintégration des ultras, sa position sur Williamson etc…
    Je ne dis pas que vous même ou Koz par exemple soyez « de ce côté là »… De plus je me moque assez largement de BXVI et de ses prises de positions qui me concernent nullement.

    Mais… ce qui est dérangeant dans cette émission c’est quand même ce sentiment qu’on arrive pas à oublier qu’une certaine église est de conceptions anti-laic (on peut comprendre en partie), anti démocratique, antisémite, plutôt fascisante, révisionniste et franchement passéiste.
    Ce qui vous dérange peut être le plus, c’est que cette toute petite émission ruine en partie tout le travail d’information/promotion qui a pu être fait sur certains blog et remette de l’huile sur le feu, non ?

    Si ca peut vous rassurer/aider… j’ai fait toute ma scolarité dans des écoles privées catholiques sans jamais rencontrer ni pédophile, ni nazi, ni pétainiste, ni révisionnistes.
    J’y ait eu droit à un enseignement que je considère avoir été de bonne qualité (même si parfois un peu folklo).

    PS: plus ca va et plus j’aime Caroline Fourest…
    🙂

    Commentaire par khazan — 29/04/2010 @ 10:05

  21. Bonjour,
    N’ayant pas la télé, je ne peux juger les émissions évoquées. Mais je peux réfléchir sur les problèmes qu’elles posent. Voilà, en vrac mes quelques réflexions :

    1) Distinguer entre « individus » et « groupes/structures » : piéger mon boucher qui vend de la Blonde d’Aquitaine alors qu’il achète en Grande-Bretagne, non. Ce serait de la vulgaire dénonciation – même si l’infiltré ne téléphone pas au ministère concerné. Et ce serait une tromperie vis à vis des téléspectateurs, dans la mesure où cela laisserait croire que la profession de bouchers est pourrie (heu, je n’ai aucun rapport avec les bouchers, sauf en tant que client). C’est donc NON
    En revanche, mettre à jour un circuit organisé de falsification d’étiquettes/certificats et d’importation clandestine, c’est OUI.
    La question se pose : doit-on pouvoir reconnaître les individus/entreprises concernés ? J’ai envie de dire « non » : au ministère concerné de faire son enquête.

    2) Distinguer entre « provocation » et « détection » : se faire passer pour petite fille innocente mais très curieuse et avide d’expériences que ses méchants parents rétrogrades lui refusent jusqu’à ce qu’un gogo en perde la boule ou qu’un habitué saute sur l’occasion, c’est de l’incitation au crime. C’est donc NON.
    Mais décrire, exemples à l’appui, les méthodes utilisées par les prédateurs habituels, c’est OUI.
    Mais avec visages floutés : à la police de faire son boulot.
    Evidemment si l’infiltré tombe sur un coup en train de réussir, l’infiltré se dévoile pour le stopper. Et si le crime est en cours, la dénonciation s’impose. Et plus d’émission ! C’est entre les mains du juge.

    3) Feu vert à mon sens si la « victime » (groupe ou individu) se donne une image publique favorable, alors qu’il s’agit d’une magouille. Exemple : association caritative détournant des fonds à tour de bras. Alors c’est OUI, sans floutage.

    Voilà ce que le débat m’inspire.

    Commentaire par Clafoutis — 29/04/2010 @ 10:45

  22. Bonjour Aliocha,

    En attribuant à la presse une fonction de dénonciation, sans plus de précision, vous ne distinguez pas ce qui, à mon sens, devrait correctement être distingué.

    Vous amalgamez étrangement la dénonciation de dysfonctionnements de type institutionnel (les « chiens de garde de la démocratie ») et la dénonciation de comportements anormaux, déviants ou illégaux (les « chiens de garde de la sûreté publique », disons).

    Aliocha : votre angle est intéressant et utile mais pourquoi me taxer d’amalgame quand je ne fais que prendre les problèmes les uns après les autres ? Ce lieu n’est pas un traité d’éthique journalistique – je n’en ai ni la légitimité ni la science nécessaires – mais un blog d’opinion. Mon propos était de montrer qu’il y a toujours une part de dénonciation dans le journalisme, élément qui me parait étrangement absent des débats. Il ne me semble pas que la dénonciation d’individus soit le but de l’émission. Son but, c’est de traiter des sujets de société, le sort des personnes agées dans les maisons de retraite, la pédophilie sur Internet, le fonctionnement de l’extrême-droite. Dans deux cas sur trois, il y a eu dénonciation indirecte potentielle des personnes qui faisaient l’objet de l’infiltration dès lors qu’elles ont pu être identifiées, c’est un effet collatéral. Dans le troisième, il y a eu dénonciation à la police pour des raisons très exceptionnelles, les producteurs de l’émission estimant qu’ils risquaient de tomber sous le coup de la loi s’ils ne le faisaient pas. Dans tous les cas, le but des journalistes n’était pas de traquer des délinquants mais de montrer une réalité. La question du sort réservé aux personnes rencontrées lors de l’enquête est une conséquence de celle-ci, pas son objet. C’est bien pour ça que nous sommes face à une question éthique difficile à résoudre.

    Je ne suis pas certaine que la presse ait intérêt à entretenir ce type de confusion.

    Ce « floutage » du périmètre d’intervention de la presse me fait penser à la lente dérive théorique du droit à la sûreté.

    Dans l’esprit des Lumières, le droit à la sûreté s’entendait du droit à être protégé contre d’éventuelles tentations autoritaires du Pouvoir, des tentations dont l’histoire nous a suffisamment appris qu’elles n’étaient pas l’apanage de tel ou tel régime. Aujourd’hui, ce même principe – désaxé, puis recentré sur les individus: il s’interprète désormais pratiquement comme renvoyant à la seule sécurité physique des personnes – est brandi en étendard par les plus farouches partisans du tout répressif pour mieux piétiner les principes procéduraux qui, eux, étaient bien destinés à protéger les justiciables contre le pouvoir judiciaire.

    Et voilà comment on retourne un principe, pour lui faire désormais servir le maître contre les errements duquel il était supposé nous protéger.

    Et donc ici, il ne s’agirait plus d’expliquer ou de faire comprendre, mais de prévenir et de faire peur. Il ne s’agit plus de surveiller le pouvoir, mais de veiller sur le public.

    Les journalistes, s’ils se laissent entrainer sur cette pente, vont doucement changer de mythologie – mais pas qu’un peu. Les Infiltrés peuvent-ils encore prétendre être un « contre »-pouvoir, quand ils deviennent ses auxiliaires?

    Aliocha : auxiliaires involontaires, ils l’ont toujours été. Dans une enquête, il y a des choses que la police et la justice savent, d’autres qui sont dénichées par les journalistes. Voyez le scandale des notes de frais en GB.

    Vous allez me dire que la technique de l’infiltration a pu être plus vertueusement utilisée dans le passé, peut-être. C’est possible, mais ici, il s’agit tout de même de crier haro avec la foule – et avec ceux qui la gouvernent, également. Qui défend les criminels sexuels pédophiles? Les fachos? Qui vient réellement – sur le fond – reprocher quoi que ce soit aux Infiltrés? Personne, en réalité.

    Aliocha : Infiltrés ou pas, les journalistes ont toujours débusqué des scandales qui ont ensuite eu des prolongements judiciaires pour les personnes concernées. Le but en s’infiltrant n’est pas de tester le fonctionnement d’une entité précise pour la dénoncer ensuite, c’est, en choisissant une entité parce qu’il faut bien enquêter quelque part, de comprendre comment fonctionne plus globalement le système auquel elle appartient et qui, pour des raisons x ou y n’entend pas révéler lui-même ce qu’il est réellement. En d’autres termes, ici, les journalistes n’ont pas joué aux flics en décidant de dénoncer les pratiques de Dies irae à Bordeaux, mais de montrer le fonctionnement de l’extrême-droite en infliltrant ce groupe-là. Quant à crier haro avec la foule, je ne vous suis pas du tout même si je comprends fort bien votre réflexe d’avocat et que je le trouve respectable. Le problème, c’est que les journalistes ne sont ni des flics, ni des avocats, ce que dans mon jargon on appellerait des auxiliaires de communication. Ils montrent une réalité, c’est leur boulot, tant pis si ça fait mal.
    Mais ça ne me réjouit pas plus que ça.

    Commentaire par Fantômette — 29/04/2010 @ 12:53

  23. Ma pensée rejoint un peu celle de Fantômette (je n’ai pas regardé ce dernier reportage, aussi je m’exprime en termes généraux).

    On pense souvent au journalisme comme en un contre-pouvoir, qui contrebalancerait à la fois le pouvoir gouvernemental et politique, et le pouvoir économique. En effet, ceux-ci disposent de nombreux leviers d’influence, et il importe qu’il y ait des discours alternatifs audibles – par exemple, des gens qui remettent en cause la parole de tel ou tel ministre quand ses arguments sont douteux.

    Or, là, on n’est absolument pas dans ce rôle de démystification des puissants. On est plutôt dans la dénonciation des dangers que poseraient pour le reste de la société tel ou tel groupe d’individus réprouvés et peu influents.

    Bref, tout ceci serait plus crédible s’il s’agissait, par exemple, d’aller infiltrer les actions en Afrique de tel ou tel grand groupe industriel, ou encore d’aller filmer en direct la corruption politique.

    Commentaire par DM — 29/04/2010 @ 13:51

  24. @Fantomette

    Je vous trouve bien manichéenne sur ce coup là. Il me semble difficile de décréter où doit se placer la limite entre ce qui relève de la presse et ce qui n’en relève pas… ou, plus exactement, cette limite ne me semble pas très tranchée.

    Pour ma part, l’émission sur les facho, relevait plutôt de la zone flou.
    Ce qui s’est passé sur la pédophilie était plus probablement du mauvais côté de la ligne.

    Ou placeriez vous l’émission sur les facho: dénonciation de comportement « déviants » et/ou illégaux (antisémitisme, révisionnisme etc…) ou dysfonctionnement institutionnel (questionnement par le petit bout de la lorgnette de la politique du Vatican vis à vis de ces idées, groupuscules etc…).

    quand à savoir si les journalistes sont un contre-pouvoir ou les auxiliaires du pouvoirs… j’ai bien peur que la réponse à cette question ait de tout temps été: un peu les deux et surtout le second… et aussi éventuellement, se demander ce que recouvre précisemment le mot « pouvoir » dans l’idée que le journalisme est un contre pouvoir.

    Commentaire par khazan — 29/04/2010 @ 14:14

  25. @khazan : J’aimerai savoir ce que vous entendez une partie de votre question.
    « dysfonctionnement institutionnel (questionnement par le petit bout de la lorgnette de la politique du Vatican vis à vis de ces idées, groupuscules etc…) »

    J’ai peur de mal comprendre ce que vous sous-entendez ici.

    Une chose est sur, si les journalistes font des reportages pour montrer que la loi est bonne ou pas assez répressive, ils sont auxiliaire du pouvoir. Lorsqu’il dénonce des dérives ou des absurdités dans tel ou tel loi, ils deviennent un contre-pouvoir. (Et quand ils font des interviews politiques, ils deviennent des portes micros…)

    Commentaire par testatio — 29/04/2010 @ 14:39

  26. @khazan (20), 2 points.

    1. Vous êtes insultant. Je ne vous en veux pas plus que ça parce que votre ton n’est pas agressif, mais je veux quand même vous le dire.

    2. Vous vous contredisez tout en confirmant l’essentiel de ma critique. Ce concept d’émission n’est pas critiquable à cause des sujets traités, mais par la façon dont ils sont traités qui conduit naturellement à l’amalgame. Sans doute C. Fourest a-t-elle indiqué que ce groupuscule était ultra-marginal. Mais l’émission vous a quand même suffisamment influencé pour écrire : « Mais… ce qui est dérangeant dans cette émission c’est quand même ce sentiment qu’on arrive pas à oublier qu’une certaine église est de conceptions anti-laic (on peut comprendre en partie), anti démocratique, antisémite, plutôt fascisante, révisionniste et franchement passéiste. »

    CQFD. Consciemment vous savez que ce n’est pas représentatif, mais inconsciemment vous en tirez des conséquences générales.

    A ce rythme, vous allez bientôt accuser des gens très bien de partager les opinions dénoncées dans l’émission.

    Commentaire par Lib — 29/04/2010 @ 14:57

  27. @Testatio
    Je pense qu’il y a toujours plusieurs angles d’attaques journalistiques pour parler d’un sujet donné.
    Je ne pense pas que le rôle de la presse soit uniquement un rôle de « contre pouvoir ». C’est aussi un rôle d’information. Je pense (probablement en étant pour une fois presque d’accord avec Aliocha) que certains sujets d’information peuvent être traités « par le haut » et aussi « par le bas » (c’est ca mon idée de petit bout de l

    Commentaire par khazan — 29/04/2010 @ 18:11

  28. Zut…
    trompage de bouton

    … c’est ca mon idée de « petit bout de la lorgnette ».
    Encore une fois ce sujet (les fachos) m’intéresse peu. Mais une question me taraude.
    Prenez par exemple un blog catho « normal » vous y lirez souvent que non BXVI ne peut être taxé d’accointance avec l’idéologie nazie puisque a l’évidence (et avec force details historiques etc…) on vous explique que les nazi était plutôt anti-catholique bla bla.

    Puis vous regardez ce reportage et vous « constatez » que manifestement il y a une connexion entre « certain » catho extrêmes et une certaine idéologie nazie.

    Du coup vous vous prenez a réfléchir.

    Encore une fois ce débat ne m’intéresse pas « sur le fond » et je ne pense rien de spécial des cathos ou de BXVI ou en tout cas rien qui pourrait leur donner envie de me frapper 🙂
    C’est la forme du truc qui m’intéresse. Est-ce que ce « petit » bout ne dit pas des choses que le gros bout ne pourra jamais dire etc…

    @Lib
    Je ne pense pas être insultant… et je suis désolé si c’est ainsi que je l’ai perçut. Faites moi la grace de penser que je me suis peut être mal exprimé… Je dois m’arrêter là mais reviendrais plus tard m’expliquer un poil plus sur ce que je voulais dire.

    (Mon trompage de bouton m’oblige a finir précipitamment quelque chose que je voulais reflechir plus longuement)

    Commentaire par khazan — 29/04/2010 @ 18:17

  29. Pour répondre à la question titre de ce billet, je répondrai : Moi ! Car en plus d’être de grands enfants souvent incompris par la société qu’ils essayent de défendre contre ses propres errements ; en plus de prendre des risques souvent sous estimés pour nettoyer, parfois à trois contre un seulement, nos rues envahies ; en plus d’œuvrer pour notre salut de notre âme à tous en défendant honneur, fierté et bière, ils possèdent, en totale opposition aux pédophiles multi-récidivistes, une qualité qui fait que je ne peux m’empêcher de prendre leur défense. Ils sont… nombreux.

    13.42% des électeurs en 2002.

    Plus sérieusement, par rapport au sujet de l’infiltration, je considère qu’elle fait partie du métier du journaliste. Je suis d’ailleurs étonné qu’elle ne soit pas plus utilisée qu’elle n’est. Sans elle, un journaliste peut-il être plus qu’un simple relais de la communication officielle. Le journalisme sans enquête n’est que la moitié du journalisme. Et l’enquête demande une part de déloyauté, de ruse. Sans infiltré au conseil des ministres et à l’Elysée, comment le Canard pourrait-il nous informer sur la classe et la grandeur d’âme de nos dirigeants ? Est c’est justement pour pouvoir réaliser cette infiltration que la protection des sources (mais pas des sujets de l’enquête, ce n’est pas pareil) est nécessaire. A quoi servirait-elle si les sources en question étaient uniquement des attachés de presse ?

    Maintenant, sur cette émission, que je n’ai pas vue, n’ayant pas la télé, ce qui me choque régulièrement quand j’en entend parler ici, ce n’est pas la méthode d’infiltration, mais l’image très racoleuse et démagogique qui transparait par le choix des sujets, et semble-t-il le choix du montage.

    Commentaire par Gathar — 29/04/2010 @ 19:06

  30. @Lib

    Je pense (pour le peu que je sais de vous) que vous êtes probablement quelqu’un de très bien et en tout cas je ne pense pas que vous partagiez une seule seconde les propos tenus par les idiots que cette émission nous a donné à voir. Ce qui devrait vous permettre de voir que je ne cherchait pas et ne pensait pas avoir été insultant 🙂
    (ceci étant nous sommes probablement en désaccord sur de nombreux sujets)

    Pour m’expliquer: Mon propos est finalement proche de celui de Gathar ou, si vous vous intéressez un tant soi peu au « combat » de C. Fourest contre Tariq Ramadan, à l’aspect « double » discours de certaines communautés/personnalités.

    Pour revenir au principe de l’émission, je pense effectivement que, dans certains cas voir dans tous les cas, il est utile d’avoir un éclairage « par les deux » cotés sinon effectivement on ne sort pas de la « communication » officielle et des jolis discours. Hors, les jolis discours théoriques n’entretiennent pas toujours le rapport que l’on souhaite avec la réalité.

    Il semble aussi que vous passez d’un « les sujets traités sont un problèmes » à « ce ne sont pas les sujets mais la façon dont ils sont traités » qui est un problème.
    Seriez vous celui de nous deux qui se contredit ?
    (bon ca c’est facile) 🙂

    Ceci étant je pense profondément qu’il n’y a pas de bonne façon de traiter un sujet… S’en faire une « idée » nécessite de se coltiner une demi tonne de traitements différents et ensuite d’essayer de forger son idée.

    Votre CQFD ne tient pas non plus.
    J’écris bien « une certaine église » et pas l’église en général. Tout à votre emportement (compréhensible contre moi) mais aussi contre l’émission vous oubliez les nuances que chacun apporte à son discours.

    Bref je ne voulais pas sous entendre que vous pensez comme ces andouilles, mais, la façon dont ces andouilles « pensent » et vivent a modifié ma perception de certains des arguments du débat sur BXVI & co.

    Et pour revenir au débat, une fois n’est pas coutume, je suis plutôt d’accord avec Aliocha et pas trop d’accord avec vous ou Fantomette.
    Les infiltrés c’est au fond une bonne chose. les critiquer est nécessaire. Il n’est pas requis que ce type de journalisme devienne majoritaire mais je n’ai pas non plus l’impression qu’on en prenne le chemin quand même.

    Commentaire par khazan — 29/04/2010 @ 22:01

  31. Très heureux de voir votre réaction à ce sujet, Aliocha, réaction que je n’espérais point.

    Commentaire par Polydamas — 30/04/2010 @ 00:07

  32. Bonjour Khazan,

    Manichéenne?

    Je ne souhaite pas dicter leurs sujets aux journalistes, je leur laisse l’agenda. Je ne pense donc pas qu’il s’agisse à proprement parler de tracer une limite entre ce qui relèverait de la presse, et ce qui n’en relèverait pas.

    Il s’agirait plutôt de savoir, d’une part, dans quelle perspective la Presse relève ce qu’elle relève, et d’autre part, par quels moyens.

    De quoi s’agit-il, exactement?

    Informer? Dénoncer?

    Vous savez, je retire de cette discussion l’impression d’un certain brouillage des genres et des modèles.

    Back to fuzzy logics.

    « Fuzzy ethics ». De la déontologie floue.

    Je n’ai pas vu les émissions en question, donc je m’exprime prudemment. Mais je doute de leur caractère informatif. Cette émission fait passer la dénonciation devant l’information, à mon sens. L’émission sur les pédophiles n’a fait que pousser cette logique de dénonciation jusqu’au bout, mais elle est inhérente au concept, comme à sa ligne éditoriale, apparemment.

    Commentaire par Fantômette — 30/04/2010 @ 10:48

  33. Bonjour Aliocha,

    « Haro avec la foule » – je maintiens.

    Dénoncer les pédophiles et les fascistes, ce n’est pas prendre un bien grand risque de voir son travail critiqué sur le fond.

    Sur le terme d’amalgame : peut-être était-il mal choisi.

    Je n’y mets pas nécessairement une condamnation d’ordre moral. C’est objectif. Vous ne distinguez pas entre différents types de dénonciation qui pourraient être distingués – et devraient l’être pour la clarté du débat. Il n’est équivalent – si je m’inscris dans le contexte de la représentation mythologique que la presse a d’elle-même (son rôle de contre-pouvoir) – de dénoncer un dysfonctionnement institutionnel et de dénoncer la personnalité déviante ou la moralité douteuse de son voisin de palier (fut-il laissé à son anonymat).

    Saviez-vous d’ailleurs que les sycophantes avaient été qualifiés, dans l’Antiquité, de « chiens du peuple »? Voilà une formule à la fois suffisamment proche et suffisamment symétrique des « chiens de garde de la démocratie » pour que cela interpelle, non?

    Enfin, il faudrait aussi, à mon avis, distinguer entre un journalisme qui aurait pour effet de dénoncer des pratiques illicites, et un journalisme qui aurait pour fonction de dénoncer ces mêmes pratiques.

    Le dérapage se produit probablement quelque part sur le fil de cette subtile – mais nécessaire – distinction, qui ne ressort pas de vos interventions.

    Les Infiltrés ont-ils pour effet, ou pour fonction, de dénoncer les situations dont ils sont témoins? D’après vous? Je serais intéressée d’avoir votre point de vue.

    Un dernier mot, sur la conclusion de votre billet.

    Vous invoquez la nécessité de passer par des techniques de manipulation et de dissimulation pour contrevenir aux techniques de com’. Personnellement, je ne suis pas certaine que ce soit le seul moyen, ni même le moyen le plus efficace d’y parvenir, mais passons. Je ne crois pas, en l’occurrence, que cette défense puisse valablement être soulevée dans le cadre des émissions des Infiltrés (du moins, celles dont j’ai entendu parler).

    Circonvenir les effets pernicieux de la communication, d’accord, mais encore faut-il que les journalistes s’y soient d’abord heurté.

    Non pas que les pédophiles ou groupuscules fascistes n’auraient pas intérêt à développer une bonne stratégie de com’ auprès du public, bien sûr, mais je n’ai pas entendu dire qu’ils bénéficiaient, collectivement ou individuellement, de l’expertise des spins doctors que vous avez dans les pattes dans les préfectures ou les ministères.

    Aliocha : ce que je vais vous dire à titre préliminaire n’est pas un coup bas, même si ça y ressemble. Je suis gênée de parler avec vous d’une émission que vous n’avez pas vue. Par définition, l’avocat parle d’une situation dont il n’a pas été témoin. A l’inverse, le journaliste ne s’exprime ou ne devrait s’exprimer que sur ce qu’il a vu. Si j’opère cette précision, c’est que nos métiers respectifs influent je crois profondément sur notre perception des choses et expliquent au moins en partie notre difficulté à nous comprendre. Cela étant précisé, vos remarques n’en demeurent pas moins très pertinentes et je reconnais chez vous la subtilité nécessaire de raisonnement du fin juriste qui fait aujourd’hui cruellement défaut dans la société médiatique, y compris chez moi. Il me semble néanmoins vous avoir répondu déjà. Je ne crois pas que le rôle du journaliste soit de dénoncer le voisin, excepté si celui-ci a une responsabilité publique et dans ce cas, ce n’est plus un voisin mais le représentant d’une institution. Encore une fois, la dénonciation de personnes précises n’est qu’un effet et non pas l’objet du métier. Quant aux sujets retenus par les Infiltrés, ce sont des sujets de société, mais je vous accorde qu’ils sont « vendeurs » et pas forcément inédits. Pour autant, on ne peut pas demander aux journalistes d’inventer ce qui n’existe pas. La pédophilie, les maisons de retraite, ou encore les groupuscules extrémistes sont de vrais sujets. Quant à l’infiltration, vous avez raison, les thèmes retenus ne relèvent pas de la lutte contre les spins doctors. Pour autant, les milieux concernés sont difficilement pénétrables, d’où la nécessité d’y avancer masqué (ou de renoncer à savoir ce qu’il s’y passe). Quand je dis que la méthode mérite mieux que d’être rejetée en bloc, c’est en faisant appel effectivement à mon expérience des milieux investis par les spins doctors, laquelle, je vous donne raison, n’a rien à voir ici. Sauf que la condamnation à laquelle donne lieu la méthode de Infiltrés ne s’embarrasse pas de cette subtilité sur les sujets. Elle est générale, au point qu’elle a même été dirigée contre Aubenas qui a pourtant fait du bon boulot avec le quai de Ouistreham. C’est pourquoi j’essaie ici d’ouvrir le débat. La communication a fait de tels progrès, elle a tellement de moyens, elle utilise des méthodes si contestables, que je pense qu’on ne peut plus s’accrocher à notre code de déontologie de 1918. Il ne faut pas le balancer aux orties mais le faire évoluer. Et par exemple envisager de reconnaître l’infiltration et l’encadrer. Faire des choses risquées est toujours plus difficile que de s’abstenir vertueusement. Mais je crois que la survie de notre métier dépendra précisément de notre capacité à accepter de prendre le risque d’évoluer et de nous mettre en danger. J’en ai un peu assez de nos névroses et de nos manières timorées. L’information est une guerre permanente, il faut se résoudre à la mener.

    Commentaire par Fantômette — 30/04/2010 @ 11:05

  34. Chère Fantômette,

    Je ne suis pas contre l’ensemble de vos remarques mais, dans cette émission précise des Infiltrés, je pense que tout (globalement, le reportage, les invités) était bon. J’ai l’impression que vous collez sur le dos des journalistes une sorte de cahier des charges tellement lourd qu’ils ne pourraient plus rien faire s’ils le suivaient.

    Je me souviens, voici une quinzaine d’années, Ouest-France était très fier d’un code de déontologie maison qui, paraît-il, était suivi par les journalistes chargés des faits divers dans cet honorable quotidien. En le lisant, à l’époque, je m’étais dit qu’on ne pouvait plus publier aucun fait-divers. En tous cas, moi, j’en aurais été incapable.

    Commentaire par didier specq — 30/04/2010 @ 11:49

  35. Cher didier specq,

    Je n’ai pas vu l’émission (je n’ai pas la télé), donc, je reste dans des considérations plutôt générales, comme DM plus haut. Je veux bien croire que l’émission était intéressante, et même de meilleure tenue que l’image que j’en ai, à lire ce que l’on a écrit à son sujet.

    Mais je m’interroge sur ce que cette technique d’investigation (l’infiltration) met réellement à jour. Met-elle vraiment à jour – par nature – quelque chose de plus « vrai », ou plus digne d’intérêt, que ce qu’une technique d’investigation plus classique aurait permis de révéler ?

    Quels sont ses propres biais? Quelles distorsions induit-elle?

    Je comprends bien que lorsque des personnes s’adressent à des journalistes en toute connaissance de cause, d’une façon ou d’une autre, elles adaptent leur discours à la situation. Elles se comportent, et tiennent un discours, en tenant compte du media et de la publicité qu’il leur donne. J’ai l’impression que, pour les journalistes, la simple conscience de ce fait leur donne l’impression que leur travail en sera « sapé ».

    Du coup, l’idée de dissimuler le micro semble attirante. « Le micro induit une modification du comportement et du discours, dictée par des stratégies de communication. Supprimons le micro, le masque tombe, la vérité nue sortira du puits. »

    Mais, précisément, c’est une chose dont je ne suis pas si sûre. Si je devais me prendre pour exemple, j’ai bien plus de chances de dire quelque chose de parfaitement stupide que je ne pense pas réellement – ou que je penserais pas réellement si je prenais la peine d’y réfléchir – chez moi, à un proche, qu’à un journaliste qui me tend le micro. Alors, évidemment, vous allez me dire que c’est une chose de dire quelque chose de stupide que l’on ne pense pas vraiment, et une autre de cacher ce que l’on pense vraiment. Mais l’hypocrisie révélée par cette dernière attitude n’est pas une si mauvaise chose que ça. « L’hommage que le vice rend à la vertu », c’est très bien. C’est même parfaitement nécessaire. Les idées d’extrême droite me répugnent. Mais je ne suis déjà pas convaincue qu’en réprimer l’expression dans l’espace public est toujours une bonne chose, ce n’est pas pour approuver que l’on en dénonce l’expression privée.

    Mais, c’est intéressant de voir illustrer encore sur ce sujet la façon dont se dissolvent peu à peu les contours des sphères publiques et privées. On ne sait plus bien quelle sphère se met à englober l’autre, d’ailleurs.

    Commentaire par Fantômette — 30/04/2010 @ 13:19

  36. Bonjour Aliocha,

    En vrac, en réaction à votre post:

    « Je m’étonne que les voix qui s’élevaient contre le principe de l’émission depuis des mois, curieusement se taisent aujourd’hui. »

    En fait, j’étais barré ailleurs, laissez moi le temps de revenir et je vous assure que je serai tout à fait en mesure de vous faire part de ma réaction, qui est la suivante.

    Les fachos sont des gens parfaitement défendables, judiciairement parlant je veux dire, mais à la condition de leur reprocher un délit. Or, je crois qu’il n’est pas question de cela dans cette émission (que je n’ai cependant pas vue).

    Donc, le parallèle avec la dénonciation des pédophiles ne me semble pas pertinent: au pire, que peut on voir dans une émission de ce genre? Des cathos tradis fachos entonnant un chant de marche de la division Das Reich sous le portrait du maréchal Pétain, unis dans la commémoration vibrante d’une occasion manquée qui les a vus dans un passé désormais lointain échouer dans l’extermination des Juifs? Et, lorsque ces décérébrés ont la faculté intellectuelle de former des projets d’avenir, on peut les voir rêver tout haut à une nouvelle forme de croisade contre les Musulmans, les homos, les gauchistes, enfin tout ce que vous voulez. Bon, et alors?

    Ils le font en petits groupes restreints et en général ils ne donnent pas de publicité à leurs petites fiestas. Les délits, là dedans, j’en vois pas. On a le droit d’être cons, réacs et même antisémites et racistes: certains d’entre nous n’ont pas le choix, ils sont cons réacs de naissance et ça leur restera toute la vie.

    Donc, on est dans de l’infiltration classique, qui constitue autre chose que du journalisme, mais qui reste néanmoins un métier de l’information (ou de la désinformation, puisque ce « nouveau métier » n’a pas encore sa déontologie).

    Fort logiquement il s’agit de désigner une partie du corps social, considérée comme anormale, indésirable, et de mettre en route le processus de stigmatisation. Ici, pour cette émission, c’est les fachos cathos qui sont pris pour cible. Bon, et alors? Demain, ce sera un autre groupe social (les journalistes, pourquoi pas? Avouez que ce serait drôle).

    Ce qui me dérange dans votre position n’est pas que vous soyez visiblement favorable à l’idée d’explorer ce nouveau métier de l’information (la curiosité est la plus belle chose du monde), mais plutôt que vous l’assimiliez à du journalisme, dont il faut je pense clairement le distinguer, comme vous le faites d’ailleurs avec les métiers de la com’.

    Je ne suis pas certain que poser le problème en termes « pour/contre les infiltrations » soit une bonne façon de voir les choses. Si ça existe, alors ça correspond à un besoin social. Le désir de stigmatiser est très humain, finalement. Mais il est également évident que la stigmatisation permanente de parties successives du corps social par une autre, toujours la même (une élite de gens qui confectionnent de l’information en fonction de différents besoins, sans respecter de déontologie particulière dans cette branche de leur activité) participe d’une logique assez dangereuse. On peut y voir du contrôle social, de la manipulation idéologique et aussi de la sédition.

    Attachons nous à ce dernier terme: qu’est ce que l’esprit de sédition?

    Dans son sens classique, la sédition est une révolte de la base contre le sommet, de la périphérie contre le centre, de la masse contre l’élite. Mais plus profondément, l’esprit de sédition recouvre tout ce qui en nous nous porte à la division, et que la démocratie, dans l’effort constant qu’elle entretient en permanence tout au long de notre vie quotidienne comme dans le cours du temps long, tente de réduire pour donner aux hommes l’idée d’une unité dans l’action et la diversité.

    La technique de l’infiltration repose sur la nécessaire stigmatisation d’une minorité, et le spectacle de son lynchage public est sans cesse renouvelé. C’est les jeux du cirque, ni plus ni moins: on regarde ce genre d’émission pour le plaisir de voir des gens se faire lyncher. Sauf que les gladiateurs font partie de la cité. Ce n’est plus une poignée d’esclaves barbares qu’on sacrifie, c’est les gens de la cité eux-mêmes et symboliquement c’est les « vierges » de la cité (c’est Moloch bal, si vous préférez).

    Mais pour justifier cet acte sacrificiel, les « vierges » sont choisies parmi les prostituées ou parmi tout ce que la cité compte d’âmes damnés: on ne sacrifie pas des innocents, on sacrifie des coupables.

    C’est dont une émission et une technique d’information qui reconstruit l’unité de la cité sur le sacrifice des siens, d’une part, ce qui est déjà grave, et d’autre part, qui donne une dynamique à cette quête d’unité retrouvée en présentant les sacrifiés comme des gens coupables.

    Coupable= qu’on peut couper. On peut leur trancher la tête.

    Voilà symboliquement ce que fait cette émission: elle tranche des têtes pour que nous puissions rebâtir l’unité de la cité sur un monceau de cadavres. De telles fondations seront elles solides? J’en doute.

    Mais visiblement, ça plait. Les jeux du cirque ont toujours plu, non?

    Commentaire par tschok — 30/04/2010 @ 14:13

  37. @Fantomette

    J’ai vu l’émission. C’est la seule fois ou je l’ai regardé (pour des raisons qui n’avaient rien à voir avec son sujet) et je ne la regarderais probablement plus jamais (pour des raisons qui n’ont rien à voir avec ses sujets ou son mode opératoire).

    Je suis assez d’accord avec D. Specq, dans le genre ce n’était pas (à mon avis) une mauvaise émission et le plateau était plutôt bon aussi.

    Après vouloir tirer de cette émission de profondes réflexions sur l’état du journalisme, de la démocratie etc… je dirais: « bof ». Ce n’est que de la télé… et pour le coup, comparé au reste de ce qu’on peut y voir en terme d’information, c’est plutôt pas mauvais.

    J’ai regardé (youtube) les vidéos de C. Fourest chez Taddeï, avec Zemmour et chez les Infiltrés. Des 3 prestations, celle des infiltrés était la plus « convaincante » et la moins « spectacle/combat de coq ».

    Après… que vous (comme n’importe qui) ayez tendance à dire des choses stupides en l’absence de micro… oui… mais l’idée ici n’est pas de savoir si, quand vous vous cognez le gros orteil vous dites des gros mots… l’idée est de savoir si votre « discours privé » correspond à peu près à votre discours « public ». Ou alors s’ils sont radicalement différents. Et là pour le coup… il vaut mieux qu’il n’y ait pas de micros visibles.

    Commentaire par khazan — 30/04/2010 @ 17:31

  38. « je crois que la survie de notre métier dépendra précisément de notre capacité à accepter de prendre le risque d’évoluer et de nous mettre en danger. J’en ai un peu assez de nos névroses et de nos manières timorées », écrivez-vous, Aliocha, à la fin de votre longue réponse en 33 à Fantômette…

    Il est peu évident de vous suivre sur ce terrain. Ce qui me perturbe le plus, c’est que vous sembliez tentée de valider « pour la bonne cause » un procédé qui relève clairement de la manipulation.

    N’est-ce qu’eux-mêmes que les journalistes mettraient ainsi en danger? Comment espérer encadrer déontologiquement la pratique de l’infiltration alors que la mise à jour de la déontologie du journalisme « classique » peine déjà tant à être opérée? Et surtout survit-on vraiment après avoir vendu son âme?

    La ligne de crête apparaît bien mince et la pente fort savonneuse entre la technique des Infiltrés et, pourquoi pas demain, celle de la provocation délibérée, avec coke, petites pépées ou gogo-boys (pour rester dans le basiquement scandaleux). Le tout filmé par huit caméras cachées haute définition et visible en 3D.

    Dès fois qu’on réussirait à les faire craquer, hein coco, voir Bayrou sans slip, Ségo parlant au anges ou Fillon conduisant une brouette japonaise…

    Succès d’audience garanti, à hauteur inversement proportionnelle de celle de l’élévation des esprits.

    Commentaire par Goloubchik — 30/04/2010 @ 18:05

  39. Je n’ai pas vu le reportage, mais etant donne qu’il fait pas mal de bruit dans la sphere catho (a laquelle j’appartiens), j’ai lu quelques articles, et notamment le communique publie par Dies Irae sur leur site.
    http://www.dies-irae.fr/actualites-n147-autopsie-une-manipulation.html

    Et bien que ces gens soient tradis et de mon point de vue plutot border-line (en regardant notamment les sujets de leurs ateliers), j’ai tendance a penser qu’ils se sont fait avoir et que le montage a ete realise de facon malhonnete.
    Etant habitue de ce blog, je sais que vous etes des gens reflechis et raisonnables, j’aimerais donc avoir votre avis ! Que pensez vous de ce communique ? Parce qu’il y a forcement quelqu’un qui ment.
    (Et j’ai tendance a ne plus vraiment faire confiance aux medias sur les sujets religieux depuis les successions d’inexactitudes et de reportages melant le vrai et le faux que l’on voit depuis 2 ans concernant l’Eglise catholique).

    Merci d’avance et veuillez m’excuser pour l’absence d’accents, j’ecris sur un clavier americain.

    Aliocha : la vérité est sans doute entre les deux, comme souvent. Ces mouvements cultivent par définition une contre-culture vécue comme une libération de la vérité officielle qui, parce qu’elle est officielle, est forcément fausse. D’où la provocation systématique que nous avons vue et qui correspond moins à de réelles convictions qu’au besoin de s’affirmer en disant tout ce qu’il est soi-disant interdit de dire. L’intérêt est multiple. D’abord, ce type de groupuscule donne un sentiment de force et d’émancipation à ceux qui le composent, ensuite, il exprime en même temps qu’il explique et soigne le sentiment de malaise qu’éprouvent ses membres dans la société. C’est une forme de réenchantement du monde. Enfin, il cimente le groupe contre le reste du monde et permet à ses membres de se sentir moins seuls. Mais tout ceci, heureusement, reste largement du domaine de la psychologie et du fantasme. D’ailleurs au fond, les gens qui participent à cela savent bien qu’ils vivent dans le fantasme. Ce n’est pas dangereux, ou presque pas. Le danger réside bien évidemment dans l’agitation d’idées erronées, fut-ce dans une population très minoritaire. C’est aussi, mais le risque est infiniment faible, qu’un jour le contexte soit suffisamment porteur pour que leurs fantasmes trouvent un résonnance dans le public parce que surgira une rencontre malheureuse entre une poignée d’hommes déterminés et une population déboussolée. C’est encore que ces idées rencontrent un écho chez quelques désaxés qui de toutes façons auraient eu des comportements nuisibles mais qui les déguiseront sous des horripeaux idéologiques. En ce sens, le reportage pèche sans doute de n’avoir pas relativisé ce qu’il montrait. Il est possible aussi qu’il se soit focalisé sur une ou deux brebis galeuses, ces mouvements en drainent toujours quelques uns. C’est le profil de desaxé que j’évoquais ci-dessus. Au fond, le plus intéressant et qui n’a pas été traité dans le reportage, c’est pourquoi les gens se tournent-ils vers des mouvements extrémistes, quels qu’ils soient. Sujet pour le bac : en quoi l’extrémisme, qu’il soit politique ou religieux, nous renseigne-t-il sur les maux de notre société ? Quel miroir de nous-mêmes nous renvoie-t-il à la figure ? N’est-ce pas une réponse à la violence de la société de consommation de la part de ceux qui s’en sentent matériellement ou spirituellement exclus ?

    Commentaire par Tibounze — 30/04/2010 @ 22:04

  40. Avant la diffusion de ce reportage,les faits étaient déjà connus si l’on en juge par certains sites comme celui de Golias.La gravité des faits paraît difficilement contestable…au point que ça commence à s’agiter dans diverses sphères du pouvoir.Quelle est l’ampleur du phénomène?Elle paraît,de toute évidence limitée à des groupuscules.Mais il reste une question essentielle,primordiale dans cette affaire,en mettant à part la question des citoyens eux-mêmes qui ne fréquentent ni ces « sectes » ni les lieux qui leur sont associés.Cette question est celle de l’attitude des pouvoirs publics.Là évidemment,si on envisage la question sous cet angle c’est assez problématique pour ne pas dire un peu « gênant ».Et,en même temps,c’est le coeur de la question.Quid de l’Etat français dans l’affaire du groupuscule dies irae,de son institution scolaire et des multiples liens sociaux nécessaires à leur prospérité,enfin plus exactement à leur développement(ou expansion comme on voudra)?Y-a-t-il encore un Etat en France?Si oui que font exactement ceux le dirigent?On peut toujours se poser la question avant de se réveiller trop tard.

    Commentaire par surmely alain — 01/05/2010 @ 21:36

  41. Qui prendra la défense des fachos?

    Mais Polydamas, voyons!
    Et avec des arguments et analyses qui méritent considération…

    C’est ici :

    http://abimopectore.over-blog.com/article-les-infiltres-decryptage-du-doc-49442211.html

    Commentaire par Physdémon — 01/05/2010 @ 23:37

  42. Je n’ai pas vu l’émission, (j’habite à l’étranger) mais je tiens à vous offrir mon avis. Pour moi, le but de la protection des sources est d’abords de faciliter le travail d’information du journaliste. Si les journalistes dénonçaient systématiquement leurs sources, plus personne n’accepterais de leur parler honnêtement et cela rendrait l’information plus rare. Donc, il faut protéger la confiance qu’ont les sources envers les journalistes. Qu’en est il dans cette situation? Les infiltrés ne se présentent pas comme journalistes, et donc n’obtiennent pas la confiance de leurs sujet/sources de par leur qualité de journalistes. Au contraire, ils font tous pour camoufler leur qualité de journaliste. Dans ces conditions, ils ne portent pas un préjudice au rapport de confiance entre journalistes et sources. Pour moi, ces dénonciations sont donc acceptables.

    En ce qui concerne plus généralement la technique de l’infiltration, elle ne me gène pas excessivement. Laisser quelqu’un voir quelque-chose est accepter implicitement qu’il ou elle pourra le répéter dans le future. Donc, tant que ces journalistes sont sur les lieux et recueillent les propos qu’ils entendent sans cacher leur présence (même si ils y arrivent par le mensonge et la ruse) je pense que leur travail est acceptable.

    PS: Je ne suis pas journaliste.

    Commentaire par PrometheeFeu — 02/05/2010 @ 04:04

  43. @Khazan et Fantomette,

    Je comprends tout à fait, Fantômette, vos réticences sur les propos privés. Mais, dans l’émission concrète, ce n’étaient pas des propos tellement privés dans le sens, par exemple, de confidences sur l’oreiller ou d’une conversation chuchotée entre deux amis. C’étaient des propos de petit chef dans une réunion groupusculaire qui, ensuite, à des conséquences publiques, des commentaires sur la distribution de tracts pas trop fachos apparemment dans une association de défense de la nature, des propos de profs à des élèves et aussi des chansons d’enfants où l’on se moque explicitement des juifs déportés dans des (je cite) camps magiques!
    Evidemment, tout n’a pas été montré à la télé et je pense que les véritables sources, celles qui ont indiquées les moments et les personnes à filmer, restent secrètes. Conclusion: selon moi, c’est donc une excellente émission sur le plan informatif et aussi sur le plan de la pratique honorable du métier de journaliste.

    Et, d’accord avec vous Khazan, Caroline Fourest a été très bonne alors qu’il lui arrive quelquefois d’apparaître un peu brutale et approximative.

    Commentaire par didier specq — 02/05/2010 @ 09:20

  44. Au sujet de la nécessité de l’infiltration pour obtenir une bonne information, une information « vraie », pas souillée par la com’ : Vous avez des gens qui se complairont certes dans le consensuel. Je vois mal un pédophile revendiquer qu’il l’est, ou un patron de maison de retraite reconnaître qu’il maltraîte les vieux, devant une caméra. Soit. C’est moins vrai pour les fachos (ou les femmes de ménage) : entrer dans l’école était peut-être impossible à un journaliste, mais une discussion un peu serrée (ou pas) avec n’importe quel facho de base permettra d’en recueillir tout autant qu’une caméra cachée. Parce que les fachos n’ont pas honte de leurs idées. Ils en sont fiers. Je les ai pas mal fréquentés durant ma jeunesse indigne, et ils n’auraient pas (et pour ce que j’en sais, n’ont toujours pas) l’idée de travestir leur pensée à l’antenne « pour une fois qu’ils avaient la parole ».

    Commentaire par lambertine — 02/05/2010 @ 10:39

  45. Chère Aliocha,

    Dans le registre de l’infiltration, ou plutôt du « testing », avez-vous eu connaissance des affaires suivantes ?

    La première remonte déjà à plusieurs années. Feu le magazine Lyon-Mag, dirigé à l’époque par Phlippe Brunet-Lecomte avait envoyé des journalistes faire de fausses confessions auprès de divers prêtres du diocèse de Lyon de façon à tester les prêtres de diverses paroisses. Le but était de faire ressortir les différences de sensibilité spirituelle au sein du clergé lyonnais.

    Inutile de dire que du point de vue de l’Eglise, simuler de la sorte une demande de sacrement revient à commettre un sacrilège… Péché grave qui est peut-être passible d’excommunication… (Je n’ai pas vérifié…)

    Or tout récemment, Brunet-Lecomte, à la tête dorénavant de « Mag2Lyon » (Lyon Mag ayant fait faillite entretemps) a récidivé en faisant tester le cardinal Barbarin en personne à propos de pédophilie…

    Si vous pouviez analyser ce sujet en termes de déontologie journalistique, je trouverais cela très éclairant…

    Commentaire par Physdémon — 02/05/2010 @ 22:30

  46. Physdemon:

    Si tu regardes le testing sur Barbarin (au résultat tout à son honneur), il n’a pas été fait en confession, mais au sortir de sa « séance » de confession.

    Commentaire par Incarnare — 02/05/2010 @ 23:27

  47. à Incarnare:

    Merci de la précision.
    Je ne me suis pas (encore) procuré le dernier numéro de Mag2Lyon, d’où ma confusion.
    En revanche, j’ai un souvenir très précis de l’enquête de Lyon Mag qui remonte au moins à 5 ans. Et là, il y avait bien eu un usage sacrilège du sacrement de réconciliation… (Avec toutes les circonstances atténuantes qu’on peut accorder à des journalistes qui n’avaient peut-être pas une conscience très claire de la gravité de leurs actes…)

    Commentaire par Physdémon — 03/05/2010 @ 07:36

  48. @ didier specq, com 43,

    « Conclusion: selon moi, c’est donc une excellente émission sur le plan informatif et aussi sur le plan de la pratique honorable du métier de journaliste. »

    Donc pour vous, il y a une place pour ce type d’information (c’est également mon avis).

    Mais, est ce que c’est du journalisme? Vous dites « pratique honorable ». Là, par contre, je ne sais pas: c’est un peu pute quand même comme technique. Je sais que même les putes ont un honneur, que même les Prizzi ont un honneur, mais c’est un autre type d’honneur.

    Aliocha fustige la com’. Pourtant la com’ a aussi sa place. Là encore, on peut dire que les gens qui font de la com’ son aussi un peu putes, mais qu’eux aussi ont un honneur qui n’est sans doute pas le même que celui du journaliste.

    Peut être voulez vous dire que dans le cas de cette émission, ceux qui l’ont faite n’ont pas grillé leurs sources et ont donc eu, sur le plan journalistique et dans ce compartiment précis de leur activité, un comportement conforme à la déontologie journalistique classique.

    Mais la déontologie est elle sécable? Suis je honorable parce que j’en respecte un petit bout alors que j’en envoie chier tout le reste? Est ce que c’est buffet à volonté?

    Par ailleurs, ne pas griller ses sources est aussi un comportement d’espion ou de policier: il n’est pas en soi particulièrement honorable, mais participe d’une sécurisation de la filière d’information. C’est plutôt quelque chose d’assez pragmatique: dans l’éthique weberienne on est plutôt du côté du « qu’est ce que j’ai à y gagner » et pas du côté « quelle valeur je dois respecter et je veux faire triompher ».

    Alors non, sur l’honneur, j’ai du mal à vous suivre.

    Commentaire par tschok — 04/05/2010 @ 10:48

  49. Bonjour Aliocha,

    Désolée pour le retard à répondre – mes mois de mai sont classiquement chargés jusqu’à la gueule, et mai 2010 ne dérogera probablement pas.

    Pour le coup bas, je ne vois pas bien pour quelle raison vous le qualifiez ainsi, mais rassurez-vous je ne le prends pas mal. Effectivement, je n’ai pas vu l’émission, je me fie à ce que j’en lis ici ou là, chez vous et ailleurs. Je me fie à des intermédiaires.

    Mais, de toute façon – with all due respect – je suis vouée à me fier à des intermédiaires. Si j’avais vu l’émission, j’aurais une opinion de première main sur l’émission, mais uniquement sur l’émission.

    Pas sur son sujet.

    Comme je ne vais pas aller moi-même assister à des grands-messes fascistes (j’ai autre chose à faire de mes week-end), je dois me fier à ce que des intermédiaires (ici journalistes) vont m’en dire.

    Mais comme, précisément, je n’aurais pas été moi-même témoin de ce qu’ils vont me raconter, j’oriente mon esprit critique vers ce qu’ils m’en disent. Parce qu’il ne fait aucun doute dans mon esprit que si j’avais assisté aux mêmes scènes que les infiltrés, je n’en aurais pas forcément pour autant tiré la même impression. Et je n’en aurais pas forcément rendu compte de la même manière.

    Dans cette émission, le modus operandi, c’est l’infiltration (qu’à l’instar de tschok, je ne confondrais pas, comme vous le faites avec constance, avec l’immersion).

    La promesse de l’émission : « vous allez voir ce qui ne laisse pas voir ; vous allez voir ce qui, parfois, vous est même dissimulé. »

    Ce qui sous-tend habituellement ce genre de promesse, est la croyance que ce qui est caché – ou même simplement privé – a, en quelque sorte, un sens plus profond ou une pertinence plus grande, que les propos ou comportements assumés publiquement par leurs auteurs. Or, je ne suis absolument pas certaine que cela soit le cas. Je pense que, plongé dans un contexte qu’il explore, tout en lui demeurant lui-même dissimulé, un journaliste infiltré court au moins autant qu’un autre (et peut-être plus qu’un journaliste en immersion, par exemple) de passer à côté de son sujet. Mais d’une façon qui risque d’être moins perceptible, aussi bien pour le journaliste lui-même que pour ses lecteurs ou ses téléspectateurs.

    Et ça, ça m’ennuie.

    Si vous voulez – en regardant ce genre d’émission, je me dis que je ne vois pas tout ce qu’il y a à voir, je ne vois pas bien ce que je crois voir, mais j’ignore totalement quelles sont mes zones aveugles, quelles sont mes distorsions.

    Vous vous rappelez l’histoire des mails piratés du GIEC ? Le Climategate ? L’utilisation du terme de « trick » dans un mail privé ayant largement concouru à accréditer l’idée que les scientifiques du GIEC avaient frauduleusement manipulés leurs données statistiques? Plongé dans le contexte d’un brassage d’informations permanent, d’une multiplication des données, d’une nécessité de les synthétiser et les schématiser sous une forme politiquement digeste, comme dans le bain lexical des chercheurs concernés, je parierais volontiers qu’un journaliste immergé n’aurait pas tiqué une seconde à la lecture de ce mail. Un journaliste infiltré, si.

    Or lequel de ces deux journalistes putatifs saura le mieux me rendre compte de ce dont il aura été témoin ?

    Aliocha : des distorsions, il y en aura toujours. Infiltrés, immergés, ou simplement présents en tant qu’observateurs, les journalistes, dès lors qu’ils racontent en image ou avec des mots ce qu’ils ont vu opéreront toujours une distorsion, même s’ils font tout leur possible, ce qui figure parmi leurs obligations, pour rendre compte fidèlement. Je ne crois pas que l’infiltration y change quoique ce soit. En revanche, elle lève une autre distorsion, importante et même fondamentale, celle qu’opère l’observé, se sachant précisément sous l’oeil du témoin et à travers lui du public. En disant cela, je songe que tout non journaliste immédiatement se dira : « horreur, comment peut-on souhaiter prendre les gens par surprise, vous la journaliste, aimeriez-vous qu’on vous observe à votre insu et qu’on vous montre dans une posture contestable, saisie au vol et pas forcément révélatrice de ce que vous êtes vraiment ? ». La question se pose, en effet. Mais en tant que journaliste, quand je dis que la méthode des infiltrés mérite mieux que d’être rejetée en bloc, ce n’est pas à cela que je pense. Il ne s’agit pas de saisir un quidam dans son intimité, mais de dépasser la distorsion de plus en plus importante que suscite la présence d’un journaliste auprès de l’objet qu’il observe. Pensez-vous que lors d’un reportage officiel de France 2 nos aimables fachos auraient tenu les mêmes propos que ceux qu’ont saisi la caméra cachée ? Réponse : non. Ils auraient tenu ceux, totalement aspetisés, de son président interviewé officiellement également dans le reportage. J’ai observé ces mouvements quand j’étais étudiante, ils fonctionnent comme le montre l’émission, exactement. Ce qui a manqué peut-être, c’est une explication, une mise en perspective, parce qu’au fond, ils ne sont ni si dangereux, ni si méchants que ce que donne à penser leurs propos. Il y a beaucoup de provocation et de fantasmes dans leur attitude. Mais au fond, ce n’est que ma perception, je peux me tromper et introduire moi aussi en disant cela une distorsion. Pour en revenir à la distorsion de l’observé face au journaliste, c’est particulièrement criant dans le monde économique. Attachés de presse, dir’com, spin doctors, ce sont des armées de gens doués et très bien payés que nous avons en face de nous lors des interviews, des gens entraînés à la manipulation, spécialistes de la langue de bois, du discours officiel, de l’entourloupe organisée. Ils briefent nos interlocuteurs, les soumettent à de véritables entrainements pour leur apprendre à éluder une question gênante, dominer leur discours etc….d’où le besoin de passer derrière tout ça pour accéder à une certaine authenticité.

    Commentaire par Fantômette — 04/05/2010 @ 17:51

  50. @Physdémon : Gravité de leur actes ? Quelle gravité ?
    Si les journalistes en question étaient catholiques, ils commettaient alors un acte qui leur était contraire, mais s’ils ne l’étaient pas, en quoi cet acte était-il le moins de monde répréhensible ?
    Rien ne m’empêche de dire n’importe quoi dans un bâtiment publique, comme une église, même si une personne présente à ce moment attache à ces paroles une certaine importance.
    Cet acte n’est certainement pas plus grave que de manger un sandwich au jambon pour un non musulman, vaporiser de l’insecticide pour un non bouddhiste, ou se balader habillé autrement qu’en costume de pirate pour un pastafarien.

    Commentaire par Gathar — 05/05/2010 @ 17:17

  51. à Gathar

    Si, ces actes sont extrêmement graves. Si les journalistes sont catholiques, vous me concèderez qu’ils commettent un sacrilège. Cela les met en contradiction profonde avec la morale chrétienne !

    S’ils ne le sont pas, c’est également extrêmement graves d’un point de vue éthique et je me demande même si cela ne peut pas être répréhensible sur le plan juridique (il faudrait voir la jurisprudence concernant les troubles de l’ordre public).

    En effet, en faisant une fausse confession, le journalistes en question simulent un acte religieux pour en tirer un bénéfice proprement humain, pas en termes d’argent certes, mais en termes d’activité professionnelle.

    C’est là que je ne suis pas du tout d’accord avec vos comparaison. Certes, qu’un non-juif mange du jambon, cela ne choque pas un juif ni personne (je suis moins sûr que vous dans le cas de l’islam, parce que l’islam étant une religion universaliste, un certain nombre de musulmans soutiendraient sans sourciller que tout homme devrait être musulman, donc tout homme devrait s’abstenir de consommer du jambon…). Mais qu’un non-juif ou un non-musulman mente à un juif ou un musulman pour leur faire avaler du jambn, cela choquerait beaucoup de juifs et de musulmans.

    Or dans le cas des fausses confessions, il s’agit non seulement de simuler un acte cultuel, mais plus précisément de faire poser un acte cultuel à un prêtre dans des conditions où celui-ci ne pourrait pas accepter de le poser. Il s’agit donc bien d’abuser de la confiance d’un ministre du culte pour lui faire faire quelque chose de sacré à ses yeux dans des conditions où sa conscience lui interdit absolument de le faire!!!
    Je ne sais pas dans quel mesure le droit français permet de sanctionner ce genre de pratique, mais je ne vois aucune éthique capable de justifier un tel mépris pour la liberté de conscience d’autrui (il s’agit bien, par tromperie, d’amener une personne à poser un acte contraire à ses convictions les plus intimes).
    Vos comparaisons ne prennent absolument pas en considération cette dimension du: faire faire à quelqu’un quelque chose que sa conscience lui interdit absolument de faire. (Ce quelqu’un, qui plus est, ayant une fonction sacrée à exercer, ce qui aggrave le cas).
    Voci quelques comparaisons qui correspondent mieux au cas considéré:
    Admettrait-on qu’un non-juif mente sur sa situation religieuse pour épouser une juive (cf. « La Vérité si je mens ») ou fasse croire que son fils a été circoncis pour lui permettre de faire sa bar-mitzva ? De même, un musulman tolèrerait-il qu’on mente sur les convictions religieuses d’une personne décédée de façon à le faire enterrer dans un cimetière musulman?

    Sans aller aussi oin, on voit bien d’ailleurs que les religions ne plaisantent pas avec les mensonges sur l’identité des personnes participant à des activités cultuelles:
    De même un musulman tolèrerait-il qu’un non-musulman se fasse passer pour musulman de façon à pouvoir participer au pèlerinage de La Mecque ? De même un bouddhiste admettrait-il qu’un journaliste mente sur ses convictions religieuses pour être admis comme novice dans un monastère ?

    Je comprends qu’on valorise le testing, l’infiltration ou l’immersion. En soi, je peux me laisser convaincre par ce genre de méthode tant que le journaliste demeure spectateur. Mais dans le cas du testing des confesseurs, le journaliste devenait acteur puisqu’il amenait la personne qu’il observait à poser un acte qu’elle n’aurait pas posé autrement, et qu’elle n’aurait pas voulu poser, à aucun prix, sans ce mensonge.

    Ou alors, il faut dire que Zeus faisait du testing avec Alcmène (Cf « Amphytrion »: Zeus prend l’apparence d’Amphytrion, mari d’Alcmène, pour pouvoir coucher avec elle). Moi j’appelle ça un viol.

    Le testing façon Lyon Mag, c’est du viol de conscience.

    Commentaire par Physdémon — 06/05/2010 @ 09:10

  52. Un mot supplémentaire: mes connaissances juridiques sont infimes, pour ne pas dire nulles. Mais il me semble que la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905 garantit la liberté de culte et fait un devoir à l’Etat de protéger le libre exercice du culte. Je me demande si le fait de perturber la pratique d’une religion en mentant sur la qualité des personnes ne revient pas à perturber le culte. Que dit le droit sur la question? (Qu’est-ce que risquent le pseudo-rabbi Jacob et le héros de « La vérité si je mens »?

    Commentaire par Physdémon — 06/05/2010 @ 09:23

  53. @Physdemon: « En effet, en faisant une fausse confession, le journalistes en question simulent un acte religieux pour en tirer un bénéfice proprement humain, pas en termes d’argent certes, mais en termes d’activité professionnelle. »
    Comme tous les gens que je connais qui se sont dit chrétiens au moment du mariage pour avoir une jolie cérémonie qui fasse plaisir à leurs parents ? Franchement, ça me laisse de marbre.

    Pour l’aspect universaliste de l’Islam, j’ai de gros doutes, sachant que l’Islam prévoit dans ses dogmes de base l’existence de non musulmans ayant le droit de vivre dans le même espace que des musulmans (par exemple, avant que les croisés ne « libèrent » Jérusalem, on y trouvait des juifs et des chrétiens).

    « Admettrait-on qu’un non-juif mente sur sa situation religieuse pour épouser une juive (cf. “La Vérité si je mens”) ou fasse croire que son fils a été circoncis pour lui permettre de faire sa bar-mitzva ? De même, un musulman tolèrerait-il qu’on mente sur les convictions religieuses d’une personne décédée de façon à le faire enterrer dans un cimetière musulman? »

    De nombreux non chrétiens mentent dans une situation semblable à la première, sans que ça fasse ni chaud ni froid à personne. Pendant longtemps, les artistes mentaient sur leur profession pour avoir le droit d’être enterrés en terre chrétienne, et là encore, je ne vois franchement pas en quoi l’ordre public en était le moins du monde dérangé.

    Plaçons nous quelques instant du côté de l’enfant, athée mais pas encore certain de lui, qui va à la messe accompagner ses grands-parents (situation vécue par moi il y a (trop) longtemps). On se retrouve dans la situation inverse, où c’est un ministre du culte, qui ment (je ne parle pas de divergences d’opinion, mais de pur mensonge, conscient, je ne pense pas par exemple qu’il y ait de nos jours de nombreux prêtres qui pensent qu’une hostie soit littéralement le corps du Christ), qui plus est à une personne fragile, un enfant, afin d’essayer de lui faire croire à des choses contraires à ses convictions. Cette situation, se reproduisant pourtant toutes les semaines, n’étant pas sanctionnée, ni moralement ni juridiquement, j’ai du mal à sanctionner moralement ou juridiquement un non chrétien qui ment à un prêtre avec comme objectif de voir dans quel mesure le dogme chrétien est compatible avec le droit français…

    Commentaire par Gathar — 07/05/2010 @ 07:58

  54. à Gathar,

    Dire qu’un abus est répandu ne lui ôte pas son caractère d’abus…
    Je vous signale au passage que l’Eglise lutte contre ce type d’abus en renforçant depuis plusieurs année le dispositif de préparation aux mariages. Et puis, j’ai quelques doutes sur l’argument de la belle cérémonie: les gens qui demandent à se marier à l’Eglise, même lorsqu’ils sont faibles dans la foi, savent bien qu’ils donnent par là un « caractère sacré » à leur union, entre autre en raison de son caractère indissoluble. J’ai deux amis athées baptisés catholiques qui tenaient à se marier à l’Eglise pour cette raison, alors qu’ils pensaient le plus grand mal du mariage civil. C’est tout de même un mobile digne de considération, sachant que, de toute façon, un prêtre n’a pas le pouvoir de refuser le mariage sacramentel à deux personnes baptisées qui le demandent librement.

    Pour revenir à l’affaire des fausses confessions, ce qui me semble poser problème n’est pas le manque de sincérité de celui qui reçoit le sacrement: c’est le fait, par un mesonge, d’extorquer quelque chose à quelqu’un: en l’occurence, il s’agit d’induire le prêtre à poser un acte sacré qu’ils ne poseraient pas autrement.
    Voilà pourquoi je suis scandalisé par l’affaire Lyon Mag (la plus ancienne), mais j’aurais un avis plus nuancé pour celle de Mag2Lyon (la plus récente) où, apparemment tout s’est passé en dehors du confessionnal, sans absolution…

    Ensuite, je crois que votre vécu personnel n’est pas du tout en mesure de nous éclairer sur le cas que j’ai proposé d’étudier. Apparemment, les prêtres n’étaient pas dupes de la situation. Il n’y a donc pas en ce cas ce problème d’extorsion. Le problème est ici celui de la piété du clergé, c’est autre chose.

    Enfin ce que vous dites sur les artistes qui mentaient pour être enterrés chrétiennement m’étonne beaucoup. Je n’ai jamais entendu dire que l’Eglise ait refusé une sépulture chrétienne à Raphaël, Michel-Ange ou Vivaldi…

    Commentaire par Physdémon — 07/05/2010 @ 09:03

  55. Ouf !!!

    J’ai trouvé le lien concernant l’affaire Mag2Lyon:

    http://www.mag2lyon.com/article/10987/Pedophilie–Les-cures-lyonnais-sont-ils-complices-?

    Apparemment, dans cette affaire, il n’y a pas de sacrilège, puisque l’entretien avec Mgr Barbarin n’est pas une confession.
    L’affaire semble donc très différente de l’ancienne affaire de Lyon Mag et appelle une toute autre analyse (Cela dit, il faudrait voir les autres entretiens du testing).

    Au passage, je soupçonne la journaliste en question de prendre une aube pour une soutane blanche. Pas l’air très au courant des rites catholiques, ce qui excuse beaucoup de choses…

    Commentaire par Physdémon — 07/05/2010 @ 09:33

  56. @Physdémon
    🙂

    « Enfin ce que vous dites sur les artistes qui mentaient pour être enterrés chrétiennement m’étonne beaucoup. Je n’ai jamais entendu dire que l’Eglise ait refusé une sépulture chrétienne à Raphaël, Michel-Ange ou Vivaldi… »

    Pris en flagrant délit de légère mauvaise foi ?
    🙂

    Comme vous vous en doutez très probablement, Gathar devait faire référence aux « acteurs » (et encore, pas partout mais bon…)

    Commentaire par khazan — 07/05/2010 @ 10:56

  57. à Khazan,

    je me suis permis d’être un poil de mauvaise foi, parce que le coup des « acteurs excommuniés » est un poncif pas entièrement dénué de fondement mais qui n’a pas grand chose à voir avec la réalité historique passablement plus complexe. Car comme vous le relevez vous-même, c’est seulement dans certains diocèses, à certaines époques précises, à l’initiative donc de quelques évêques particulièrement rigoristes, que les acteurs ont été privés de certains sacrements (pas forcément tous) pour des raisons liés à la faible moralité supposée des personnes pratiquant ce métier. Rien à voir avec le mythe (répandu par l’excellent Théophile Gautier) d’une excommunication de tous les acteurs par l’Eglise catholique à l’époque de la Contre-Réforme…

    Commentaire par Physdémon — 10/05/2010 @ 00:09

  58. @ Aliocha :

    Je lisais dans Télérama quelque chose qui ne m’avait jusque-là pas effleuré, mais qui est propre à me faire douter du bien fondé d’une méthode d’infiltration sur laquelle je ne me suis par ailleurs pas forgé d’opinion définitive (même si elle me semble largement sujette à caution, je ne la rejette pas en bloc). Ce quelque chose disais qu’un élu de l’opposition bordelaise (Gilles Savary, présent en plateau après le reportage) regrettais que les propos pointant les responsabilités municipales dans l’occupation d’une église par la fraternité Saint Pie X aient été coupée au montage. Réponse de Capa : « par nécessité juridique, « il n’était pas possible de citer en plateau le nom de la paroisse ni celui du prêtre, filmé en caméra cachée. » Qu’en est-il d’une technique qui oblige le journaliste à ne pas pointer toutes les responsabilités, qui en occulte certaines à cause même de la technique utilisée ? Si l’une des fonctions du journalisme est de mettre en lumière les dysfonctionnements, notamment de nos institutions, ici la plus institutionnelle des responsabilités aurait été laissée dans l’ombre. N’est-ce pas là un gros défaut de l’infiltration appliquée à ce cas précis ?

    Commentaire par Gwynplaine — 15/05/2010 @ 10:09


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