La Plume d'Aliocha

09/03/2010

Soutenons les journalistes retenus en Afghanistan

Filed under: Droits et libertés — laplumedaliocha @ 09:16

RSF, le Syndicat national des journalistes et la Société des journalistes de la rédaction nationale de France 3 organisent aujourd’hui un rassemblement de soutien aux deux journalistes et leurs accompagnateurs retenus en Afghanistan. Je vous recommande l’interview de Philippe Rochot, ancien otage au Liban sur Rue 89. Et pour ceux qui voudraient savoir ce que nos confrères allaient faire là-bas, les explications sont ici. Vous pouvez également écouter une interview de Florence Aubenas sur France Info qui s’insurge contre le caractère indécent des déclarations du gouvernement sur la prétendue chasse au scoop. C’était avant l’ignoble polémique sur le coût des otages. Et pour tous ceux qui seraient tentés d’agiter ici l’argument de l’inutilité des journalistes sur un théâtre de guerre et du prix qu’il va falloir payer pour les sortir du piège dans lequel ils sont tombés, voici quelques lignes du livre « L’Expérience extrême » dont nous avons parlé dans le précédent billet :

« La démocratie meurt si la flamme de la liberté s’éteint. Quand les individus gavés de spectacle et de consommation se seront définitivement détournés de la chose publique, alors la démocratie fonctionnera en pilote automatique, aux mains d’une caste de professionnels de la communication politique ».

Ne nous leurrons pas, le cauchemar a déjà commencé, pour reprendre la formule d’une célèbre série télévisée. Si Nicolas Sarkozy a, dit-on, piqué une colère à l’idée de mobiliser les troupes françaises pour retrouver nos confrères, si l’armée ne s’est pas gênée pour évoquer le coût des opérations, si nos confrères ont été traités de « chasseurs de scoop », c’est tout simplement parce que leur volonté de s’extraire de la communication officielle pour faire leur travail a dérangé. « On n’entre pas en relation avec la population si l’on arrive dans un village sur un char américain » expliquait Philippe Rochot sur France 2 ce matin, en d’autres termes, on ne sait pas ce qu’il se passe réellement si on reste dans le giron de l’armée. Voilà pourquoi la manifestation de soutien de cet après-midi ne concerne pas que les journalistes, mais tous les citoyens de ce pays. J’ajoute que dans l’interview en lien ci-dessus, Florence Aubenas raconte que les preneurs d’otages font généralement tout pour ruiner le moral des personnes qu’ils détiennent. Le gouvernement avait ordonné le silence pour ne pas entraver les opérations, il l’a brisé pour évoquer le prix des recherches et faire passer des reporters aguerris pour des amateurs inconséquents en quête de renommée. Espérons que nos journalistes n’ont pas été informés de cette sordide polémique. En tout état de cause, il est grand temps de leur envoyer un message de soutien.

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20 commentaires »

  1. Pour des raisons techniques qui m’échappent, ce billet a passé son temps depuis sa publication à disparaître et reparaître sur l’écran. Cela ne me surprend guère, je sais depuis longtemps que la technologie est facétieuse. D’ailleurs, je recommande à ce sujet les explications très savantes de Pierre Dubois dans sa grande Encyclopédie des lutins http://www.amazon.fr/Grande-Encyclop%C3%A9die-lutins-Pierre-Dubois/dp/2905292482 . Toute plaisanterie mise à part, je vous prie de m’excuser pour le désagrément.

    Commentaire par laplumedaliocha — 09/03/2010 @ 12:41

  2. C’est toujours un peu dommage d’apprendre les manifestations le jour même, on a un peu l’impression que ces rassemblements de soutien sont toujours réservées aux personnes gravitant dans le milieu concerné.

    Mes 0,0002 cents
    Amicalement

    Commentaire par Michael — 09/03/2010 @ 14:59

  3. J’ai voulu savoir ce que vos confrères allaient faire là-bas, j’ai lu l’article que vous indiquez, et ses commentaires.

    A lire ces derniers, cela a de quoi decourager…

    Commentaire par Michel — 09/03/2010 @ 17:20

  4. On n’a pas à se poser la question sur les raisons de leur présence là-bas… Ce sont des journalistes et heureusement qu’ils en existent encore des comme-eux, pour nous informer sur la réalité du terrain, nous les « petites gens » (même si notre hôte a horreur de cette expression)…
    Par contre, la question que je me pose : Pourquoi Mr Joyandet (qui faisait campagne, ce jour, « bien » accompagné d’ailleurs, dans sa région franc-comtoise) trouve naturel de tout mettre en oeuvre pour libérer des comtoises « soupçonnées » de trafic de stupéfiants sans jamais parler de coût et qu’à contrario il s’élève contre le coût soit disant exorbitant d’otages présents dans un pays pour y faire leur travail?????

    Commentaire par Olivier — 09/03/2010 @ 18:28

  5. Billet d’humeur, car j’aime bien votre site, Aliocha.
    Bonjour à tous.

    Je suis étonné qu’on puisse avoir des certitudes. « Le cauchemar a commencé », rien que ça! un peu de sang-froid.
    Ainsi je serais un de ces « individus gavés de spectacle et de consommation définitivement détournés de la chose publique » car j’émets des réserves sur l’action de journalistes? Bigre, vous n’y allez pas de main morte!
    La corporation des journalistes pourrait quand même essayer de comprendre certaines critiques. Ils ne sont pas à l’abri d’une grosse erreur d’interprétation ou d’évaluation. Aliocha,par exemple, pour l’avoir écouté, je ne suis pas sûr que l’interprétation que vous relayez aux propos du gal Georgelin (qui répondait aux questions d’un journaliste) soit la bonne. Il m’a semblé que c’était plutôt : on met le maximum de moyens pour les tirer de là, la preuve regardez ce que ça coûte.
    Pour en revenir aux journalistes, Aliocha, votre corporation s’y entend fort bien pour son auto-promotion. Le déferlement de compassion et d’émissions sur R. Gicquel ne vous agace pas?
    La couverture médiatique du livre de Florence Aubenas ne cède en rien à la promo de celui de BHL, c’est dire.
    Enfin, selon vous quelle est la limite des risques que doivent prendre nos forces pour délivrer vos confrères? Quelle serait la teneur de votre billet si plusieurs soldats sautent dans une maison piégée? je n’ose l’imaginer…
    Non, vraiment, je n’ai aucune certitude sur la question et j’ai trop vu de reportages bidonnés ou d’enquêtes baclées pour mettre votre profession au-dessus de tout soupçon (d’amateurisme ou de recherche de scoop).

    Aliocha : Je maintiens le mot cauchemar et je vais vous dire pourquoi. Lorsque j’ai ouvert ce blog, je n’avais pas l’habitude de penser mon métier, je me contentais de le faire. C’est le décalage entre la perception qu’en a le public et mon expérience qui est à l’origine de la plume d’aliocha. Depuis, en observant, en réfléchissant, en lisant les commentaires, j’ai découvert effarée que le problème était bien plus profond et bien plus grave que je ne l’imaginais. Quand je dis problème, j’évoque l’emprise de la communication que les journalistes connaissent bien dès lors qu’ils y sont confrontés quotidiennement mais que le public visiblement ignore ou sous-estime. Au fond, la critique des journalistes est dépassée depuis longtemps, ce n’est plus nous le problème, à supposer que nous l’ayons jamais été, mais la com’, la pub, les divertissements télévisés, toute cette gigantesque vague de fond commerciale qui déferle jusque dans les aspects les plus intimes de nos vies et modifie donc forcément notre vie en société et notre rapport à la démocratie. Je ne dis pas que les journalistes sont parfaits, ni qu’ils sont tous nuls non plus, je dis simplement qu’ils sont l’un des ultimes remparts, et encore terriblement affaibli, contre ce phénomène. En d’autres termes, le journalisme est l’arbre qui cache la forêt, c’est nous qu’on attaque mais le danger, le vrai, est ailleurs. Pour tout vous dire, bien que d’un naturel optimiste, je pense profondément que le combat est perdu, les moyens financiers sont trop inégaux entre des groupes de presse qui tentent bon an mal an de continuer d’informer et les sommes phénomènales dépensées par la com, la pub, et tous les dispensateurs d’information maquillée, les organisateurs de jeux télévisés stupides, d’émissions, de séries, de films véhiculant des valeurs contestables. Il est grand temps me semble-t-il de distinguer le journalisme des médias en général. Sur le livre d’Aubenas, il est médiatisé ? Tant mieux, ça ne peut que l’aider à faire connaître la situation des travailleurs précaires. Quant aux journalistes détenus en Afghanistan, je ne vois pas au nom de quoi leur qualité de journaliste justifierait un traitement spécial quant aux efforts accomplis pour les délivrer. Que je sache, quand des touristes sont enlevés on ne discute pas de savoir s’ils avaient raison ou tort d’être où ils étaient, on ne parle pas du prix des recherches, bref on ne se demande pas s’ils méritent ou pas d’être sauvés. Dans ces conditions, pourquoi poser la question avec mes confrères ? Je vais vous le dire, parce que la com’ politique fonctionne à plein régime et qu’elle trouve un terreau fertile dans la vieille critique des médias. Dont acte. Je me souviens d’une conversation avec un confrère qui a suivi l’affaire Ingrid Betancourt. C’était au moment de la sortie de plusieurs livres écornant l’idole. « Tout cela nous le savions, me confia-t-il, mais on ne pouvait pas nuancer le portrait d’une femme retenue en otage ». Question de décence. Vous voyez que les journalistes en sont capables. Je n’exige rien de plus pour nos confrères. Il ne s’agit pas d’en faire des héros, mais simplement de les traiter comme n’importe quel ressortissants français retenus contre leur volonté dans un pays en guerre. Ils ne sont ni au-dessus ni en-dessous de citoyens ordinaires.

    Commentaire par araok — 10/03/2010 @ 10:58

  6. Pour ce qui est du coût de la récupération d’otages, le président ou le CEMA n’ont a priori pas été les premiers à aborder le sujet, mais un sénateur dans le cadre de questions écrites, il y a presque un an:

    http://lemamouth.blogspot.com/2010/03/une-question-de-cout.html

    Une question de coût

    Retirée récemment pour cause de fin de mandat, cette vieille question écrite (et transmise au JO le 23 avril 2009) du sénateur Michel Charasse, parti au conseil constitutionnel, ne trouvera pas de réponse.
    L’ancien ministre du budget demandait au Premier ministre, qui l’a transmis au ministère de la Défense, quelques explications sur le coût de l’opération de sauvetage d’un voilier, au large de la Somalie, qui venait de défrayer l’actualité. Le sénateur démande le « montant des dépenses engagées pour le sauvetage d’un bateau de plaisance et de ses passagers dans le Golfe d’Aden pendant le week-end de Pâques 2009 et pour le rapatriement à Paris de l’équipage, des passagers et du corps de la malheureuse victime de l’affrontement armé entre les unités militaires françaises et les pirates ». Michel Charasse demandait en outre  » qui doit supporter l’ensemble des frais en cause (la famille de la victime, une ou plusieurs compagnies d’assurance, l’Etat, etc…), y compris ceux relatifs à la récupération du bateau, à son gardiennage et à son rapatriement. Dans l’hypothèse où les frais seraient payés, en tout ou partie par les contribuables, quelles mesures il compte prendre pour que désormais les charges en cause soient réclamées aux citoyens ou à leurs ayants droits qui se mettent volontairement en danger – et qui mettent en danger les forces de sécurité qui leur portent secours – au mépris des avertissements qui leur sont donnés par les autorités publiques, notamment françaises, comme ce fut le cas pour l’évènement ci-dessus. »

    http://www.senat.fr/questions/base/2009/qSEQ090408448.html

    On dirait que la boîte de Pandore avait été ouverte bien avant…

    Aliocha : en effet, et c’est même un projet de loi soutenu par Kouchner, mais qui écarte précisément les personnes présentes en zone risquée pour des raisons professionnelles, type journalistes ou humanitaires.

    Commentaire par Nono — 10/03/2010 @ 11:13

  7. Aliocha, je n’ai aucune qualité particuliere pour polémiquer avec vous, c’est votre blog et vous avez pris le temps de me répondre. Je vous en remercie.
    Donc juste une dernière remarque: »Question de décence » dites-vous, ainsi l’information devrait être passée au crible de la décence…(les amitiés de Mitterrand en 81 aussi, ce qui explique qu’en dehors d’Hallier- que les médias étiquetaient comme « allumé »- aucun journal n’avait eu le courage ou la curiosité de creuser les relations avec Bousquet, ou de Gaulle/Pompidou avec Papon). Je ne vous suis pas sur ce terrain. Pour le reste, continuez à défendre votre profession mais… vous n’arriverez pas à me convaincre que vous considérez les journalistes « ni au-dessus ni en-dessous de citoyens ordinaires ».
    Amicalement.

    Aliocha : j’espère bien qu’il ne faut aucune qualité particulière pour discuter ici, tout au contraire, j’essaie comme je peux d’instaurer un dialogue entre journalistes et non-journalistes pour faire comprendre le métier, comment on fonctionne, notre psychologie, nos méthodes. Je connais les lâchetés et les insuffisances de ma profession, il faudrait d’ailleurs être aveugle pour les ignorer, je n’aperçois pas d’autre métier qui s’observe et se flagelle comme nous le faisons. Sans compter les critiques des sociologues, philosophes etc. Il ne s’agit pas ici de nier ces défauts, mais de montrer que la profession ne se réduit pas à cela. Quant à l’idée selon laquelle je penserais que les journalistes sont au-dessus des autres, croyez bien qu’elle est fausse. Je ne vois pas au nom de quoi un groupe d’individus pourrait être supérieur à un autre à quelque titre que ce soit. En revanche, je vois bien ce qu’une profession peut avoir à apporter et c’est ce que je tente de montrer ici.

    Commentaire par araok — 10/03/2010 @ 11:53

  8. Les robots-journalistes existent déjà:
    http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2010/03/09/l-ere-des-robots-journalistes_1316608_3236.html

    Demain, ils enquêteront sur le terrain, en Afghanistan ou ailleurs, ce qui devrait mettre un terme à la problématique du risque de prise d’otages (sauf si leur prix de fabrication est très élevé, bien sûr).

    On peut même imaginer qu’ils tiendront et animeront des blogs…

    Aliocha : j’ai vu, c’est affligeant. Pst, rapprochez-vous, que je vous confie un secret : entre nous, moi aussi je suis une machine, mais ne le répétez pas, c’est archi-confidentiel. Suis un genre de prototype ultra sophistiqué 😉

    Commentaire par Goloubchik — 10/03/2010 @ 14:28

  9. @ Goloubchik (8) :

    Quand j’ai vu cet article du Monde, je me suis demandé combien de temps il faudrait avant qu’il ne soit évoqué ici 🙂

    Ceci étant, je dois dire que j’ai du mal à voir cette innovation comme un mal : si les robots produisent un article qu’un lecteur normal n’est pas capable de distinguer de l’article qu’aurait fait un humain, je ne vois pas où est le problème. Si cela veut dire que les journalistes pourront se focaliser sur des « vraies » enquêtes, des reportages de fond, très bien, le journalisme y gagnera : à budget constant, les robots étant gratuits à long terme, les journaux pourront avoir plus de journalistes de terrain.

    Même si cela veut dire que les journaux feront des économies en se débarrassant de certaines équipes pour réduire leurs coûts, au final ça veut dire assurer la survie des reportages de fond (qui nécessitent une enquête de terrain qu’un robot ne pourra jamais faire). Dans le climat actuel où les journaux se préoccupent fortement (exclusivement ?) de leurs finances, si ils peuvent réduire leurs coûts sans réduire ce qu’ils produisent, d’un point de vue économique, tant mieux.

    Fondamentalement, à moins qu’on me prouve que ce que font les robots est de moins bonne qualité que ce qui est fait par les humains (attention, pas que ce qui « pourrait être fait », non, ce qui « est fait actuellement »), en tant que « consommateur », je n’ai pas d’objection. Évidemment, je comprendrais que des journalistes dont le poste serait directement menacé s’y opposent, mais c’est un autre problème.

    Aliocha : c’était la vieille tentation de Google, faire de l’information sans journaliste. Evidemment, si je dis que cette invention – pour ce que nous en savons – me parait une connerie magistrale, on va dire que je suis corporatiste. Au fond, je pense qu’il faut en passer par ce type d’âneries pour repositionner la presse. Tout nous pousse vers un sursaut qualitatif, y compris l’idée aberrante qu’une machine puisse être l’auteur d’un récit fabriqué à partir de données factuelles et de phrases journalistiques usuelles. L’abrutissement collectif va franchir une nouvelle étape, sous nos applaudissements enthousiastes 😉 ça me fait penser aux pauvres agents RATP qui n’ont plus le droit de vendre des tickets de métro et s’ennuient à 100 sous de l’heure quand ils ne se font pas insulter par les usagers quand ils expliquent qu’ils ne sont là que pour informer et diriger vers des machines.

    Commentaire par Rémi — 10/03/2010 @ 14:46

  10. @ Aliocha

    Pour tout vous avouer, je m’en doutais 😉

    @ Rémi (9)

    Croyez bien que j’ai dû prendre mon courage à deux mains avant de mettre ce lien: imaginez un peu ce qu’aurait été la réaction dévastatrice d’Aliocha si elle n’avait pas été en réalité une robote-blogueuse!

    Commentaire par Goloubchik — 10/03/2010 @ 16:55

  11. « Tout nous pousse vers un sursaut qualitatif, y compris l’idée aberrante qu’une machine puisse être l’auteur d’un récit fabriqué à partir de données factuelles et de phrases journalistiques usuelles. »

    C’est une vraie question: en quoi trouvez vous l’idée aberrante ou conne?

    (Je veux dire… est-ce que vous trouvez ça intrinsèquement idiot de travailler sur ce type de technologies, est-ce que vous pensez que le résultat ne peut être que mauvais… ?)

    J’avoue trouver ce type de recherche tout à fait passionnant (pour ma part) et les résultats obtenus de plus en plus impressionnants.

    Aliocha : passionnant d’un point de vue technologique, c’est indéniable. Maintenant, la déshumanisation est un phénomène qui m’inquiète. On peut songer qu’il ne s’agit que de déplacer les hommes vers d’autres activités qu’on peut espérer au passage plus enrichissantes, c’est d’ailleurs l’argument invoqué par les promoteurs de l’invention. Mais précisément, je ne vois pas ce qu’il y a de plus intéressant, ni pour les journalistes ni pour le public, à faire faire des commentaires sportifs par ordinateur. Le vrai sujet est une question de coûts. Or, je doute qu’on utilise les économies réalisées pour financer d’autres contenus à valeur ajoutée….

    Commentaire par khazan — 10/03/2010 @ 18:03

  12. Vous écrivez :

    « On n’entre pas en relation avec la population si l’on arrive dans un village sur un char américain » expliquait Philippe Rochot sur France 2 ce matin, en d’autres termes, on ne sait pas ce qu’il se passe réellement si on reste dans le giron de l’armée.

    Vous avez raison de vous battre qu’on prenne pas les journalistes pour des cons, mais vous ne devriez pas prendre les soldats pour des cons. Un soldat en Afghanistan ne remplit pas sa mission correctement (et se met en danger, ainsi que ses camarades) s’il ne noue pas une relation avec la population et essaie de savoir ce qui se passe réellement.

    Par ailleurs, je ne suis pas sûr que cette évolution de doctrine soit particulièrement dirigée contre les journalistes. Il me semble avoir lu que la France a récemment décidé de changer de doctrine en matière de prise d’otage : cesser de systématiquement payer pour casser l’appel d’air.

    Enfin, je pense que votre profession connaît une grave crise, en partie pour les raisons que vous évoquez (comm, pub etc…) Comme toutes les crises, elle permettra de faire émerger un nouveau modèle. On aura toujours et de plus en plus besoin d’un observateur crédible et neutre. Je ne sais pas comment ils y parviendront, mais je suis convaincu que des journalistes sauront atteindre ces buts.

    Ca nous ramène au sujet de ces otages. Prétendre s’affranchir de l’armée et exiger en même temps son secours me semble profondément incohérent. J’ai conscience d’écrire quelque chose de très dur, mais je crois que si des journalistes veulent vraiment être indépendants de l’armée, il faut qu’ils renoncent à y faire appel.

    Aliocha : l’incohérence n’est qu’apparente. L’armée joue sa partie qui consiste à maîtriser les journalistes et à leur faire dire et voir ce qu’elle veut. Je ne vous apprendrais pas que la communication est plus que stratégique dans une guerre. Les journalistes entendent de leur côté le message de notre armée, mais pour rapporter une information qui soit autre chose que de la communication officielle vue par le prisme d’une seul pays/camp/coalition, ils doivent aussi aller voir en l’espèce la population que nous prétendons protéger et l’ennemi que l’on combat. C’est très exactement ça, leur travail. Si par malheur ils se font enlever, nous ne sommes plus dans une relation de communication journalistes/armée, mais dans une relation ressortissant français en danger/armée diligentée pour leur porter secours. Figurez-vous que l’Etat nourrit en son sein de nombreuses contradictions apparentes du même type, on appelle ça la démocratie.

    Commentaire par Lib — 10/03/2010 @ 20:07

  13. @ Aliocha :

    J’ai bien peur de ne pas du tout être d’accord avec vous sur le robot-journaliste. Écartons immédiatement l’idée que le robot puisse aller interviewer des talibans sur le terrain, il me semble évident que l’humain a encore de beaux jours devant lui pour tout ce qui est la recherche de l’info initiale (et cela inclut des choses aussi triviales qu’interviewer un joueur après un match, aussi banales que soient les réponses — « ouais, ben, on a perdu, ben, on a tout donné, mais, euh, ben, ils étaient plus forts que nous, quoi… »). Le robot ne peut évidemment intervenir que pour synthétiser ou reformuler des infos que d’autres ont déjà été chercher.

    Ceci mis à part, je ne trouve pas que faire écrire des comptes-rendus sportifs par un robot soit une connerie magistrale. En tant que lecteur, si on me montre deux articles, un humain et un robotique, racontant le même match, et que je suis totalement incapable de les différencier, en quoi le *journalisme* y a perdu ? Le *journaliste*, l’individu, oui, il est clairement une « victime du progrès », tout comme l’agent de circulation remplacé par des feux, la dactylo remplacée par mon ordinateur. Mais le *journalisme*, le concept d’information du public, que perd-il ? En tant que lecteur, j’ai reçu mon information, aussi complète que possible, aussi véridique que possible.

    Puisqu’à mon sens le journalisme n’y perd rien, qu’y gagne-t-il ? Le journalisme en tant que concept, rien. Oui, c’est principalement la réduction des coûts qui peut motiver ce genre de changements. De même que les feux de circulation coûtent bien moins cher que de mettre un agent à chaque carrefour. Est-ce un mal ? Vous n’arrêtez pas de dire que la presse doit se réinventer, que les journaux ont de graves problèmes financiers, qu’au delà de la simple question de « font-ils du bon travail » (qui mérite qu’on les paye) il y a un problème de perception du public qui n’est plus, ou difficilement, prêt à payer le « juste prix » de l’information… Est-ce qu’une manière d’aborder le problème ne pourrait pas être de se demander quelle part de l’information nécessite vraiment l’investissement financier d’un humain, et quelle part peut être déblayée à moindre coût ?

    Vous évoquez par ailleurs la déshumanisation, la perte de contact avec un « vrai humain ». D’une part, ne tombez pas dans un travers passéïste : sans en avoir d’expérience directe, je doute que les usines à la chaîne du XIXème ait été plus « humaines » que les chaînes robotisées de maintenant. Mais surtout, ne nous leurrons pas, c’est déjà ce que font les journaux qui reprennent tel quel ou presque les dépêches d’agences : ils génèrent du contenu sans que cela leur coûte de travail humain. Alors fondamentalement, si cette dépêche a été générée par un ordinateur plutôt que par un humain, qu’est-ce que cela change pour le journal, et son lecteur, en bout de ligne ? Les imprimeries ont depuis longtemps fait ce changement, vous plaignez-vous que vos journaux soit imprimés par des machines fortement automatisées et pas des humains ? Alors pourquoi devrait-il en aller différemment de l’autre moitié d’une entreprise de presse ?

    Il y a deux autres points que je voudrais mentionner : d’une part, l’article du Monde parle aussi d’une technique qui permet d’agréger automatiquement de nombreux articles sur un thème pour en faire un article, plus long et avec plus d’éléments factuels. L’idée ici n’est plus de remplacer directement les journalistes, mais de faire une synthèse de leur travail sans avoir à relire 40 fois les mêmes informations de base pour trouver la petite différence. J’y vois une sorte de moteur de recherche d’information avancée et là aussi, en tant que lecteur, je n’y vois que du bien : il faut toujours un humain pour écrire les articles, je peux toujours faire confiance à un journal ou journaliste qui me plait, mais je peux aussi facilement vérifier que ce journaliste n’a pas oublié (volontairement ou non) un fait qui, à mon sens, changerait l’interprétation de l’information. Et cela ne remplacerait pas non plus une véritable synthèse d’un événement, qui exige non seulement d’assembler des faits, mais de les interpréter et de les articuler correctement, ce que ne fait pas ce robot (de ce que j’en ai compris).

    L’autre point est plus conceptuel : ce qui me semble important dans cet article, au delà de la question de savoir si oui ou non ces techniques seront utilisées « pour de vrai », c’est le fait qu’elles démontrent qu’une certaine catégorie d’articles ne fait pas appel à une qualité propre aux humains. Que, de même qu’une machine peut faire des additions au moins aussi bien que nous, elle peut aussi écrire certains articles. D’un point de vue purement technique, je trouve cela fascinant : quelle est alors la vraie valeur ajoutée d’un journaliste, que fait-il qui mérite que, moi lecteur, je le paye au lieu de m’en remettre à une machine ? Pour moi, c’est un élément important dans la discussion sur ce que doit être le journalisme et ces robots attaquent de front cette question.

    Commentaire par Rémi — 11/03/2010 @ 10:49

  14. D’accord avec vous, Goloubchik : On s’en doutait du p’tit côté sophistiqué 😉

    Toutefois, je n’ai absolument rien contre les androïdes. Même si je regrette les émotions différées.

    Aliocha, rêvez-vous de moutons électriques?

    Commentaire par Ferdydurke — 11/03/2010 @ 12:24

  15. @ Ferdydurke

    Ce que je trouve le plus remarquable, c’est que les ingénieurs en robotique ayant conçu Aliocha ont poussé la vertu (ou le vice) et la sophistication à ne pas la créer humainement parfaite, ce qui renforce d’autant l’illusion d’avoir à faire à un authentique être humain 🙂

    Commentaire par Goloubchik — 11/03/2010 @ 19:23

  16. @ Goloubchik :

    Par contre, les robots qui font les commentaires sont mal réglés, ils n’arrêtent pas de parler de Danette à tout bout de champ. À moins que ce blog ne soit financé par une grande industrie agro-alimentaire ? Quel beau coup de com’, faire un faux blog qui parle de com’ uniquement pour en faire, de la com’… 😀

    Commentaire par Rémi — 12/03/2010 @ 10:36

  17. @ Rémi:

    Je vous crie gare.
    Concernant C-3PA, Aliocha voulè-je dire, l’aveu extra-judiciaire de sa roboticité est établi.
    Mais, à ma connaissance, rien de tel pour l’instant s’agissant de ses commentateurs.
    Vous êtes donc là générateur d’une rumeur sur la Toile, ce qui dans le moment présent, est fort mal vu.
    tschok et Fantômette, par exemple, pourraient se sentir particulièrement visés par votre observation car aisément reconnaissables.
    Allez vite provisionner votre avocat.

    Commentaire par Goloubchik — 12/03/2010 @ 12:05

  18. Sur le sujet des robots journalistes, ce système procède du fantasme technologique habituel dans notre société, très courant au sein de l’armée US (à cause de l’objectif du « zéro mort (chez soit) », et encore plus dans notre société commerciale à nous. D’où la généralisation des serveurs vocaux où on n’a jamais ou presque la réponse à ce qu’on veut, les caisses rapides dans les hypermarchés avec 1 caissière pour 6 caisses, et tutti quanti.

    Malheureusement, à mon avis, ce travers bien français vient d’un mépris profond pour l’humain en général qui n’est pas vu comme pouvant apporter quoique ce soit. Et cela se voit bien dans les postes de journalistes, où la valeur ajoutée demandée est faible, et le temps et les moyens accordés pour un article sont faibles. Et après on s’étonne, la plupart du temps, de la faible qualité des médias (presse écrite, radio, TV) français vis à vis de leurs concurrents internationaux.

    Commentaire par Nono — 12/03/2010 @ 12:35

  19. @ Goloubchik :

    Comment, mais je croyais que le web n’était que cela, une rumeur géante et bruissante (*) ? En en répandant une de plus (sauf que ça n’est pas une rumeur, c’est la vérité. Ah mais.), je ne fais que participer à ce grand brassage humain. Je ne vois pas comment qui que ce soit — et encore moins des robots — pourraient m’en vouloir.

    (*) à moins que ce ne soit qu’un repère de pervers pédophiles nazis téléchargeurs pirates, j’avoue parfois m’y perdre…

    Commentaire par Rémi — 12/03/2010 @ 14:11

  20. @ Nono :

    Je ne crois pas que ce soit typiquement français. Je ne vis pas en France et j’en rencontre au moins autant, sinon plus qu’en France, de ces systèmes automatiques. Et je ne crois pas que les problèmes de la presse en France soient très différents des problèmes ailleurs.

    Par ailleurs, peut-être que je participe au fantasme, mais je trouve nettement plus pratique de donner mon relevé de gaz ou d’électricité à un serveur vocal qu’à un employé fatigué, dans un centre d’appel bruyant, qui parle avec un accent incompréhensible, le tout pour un salaire de misère. Je n’aimerais pas ne jamais pouvoir contacter un humain, mais j’apprécie de ne pas avoir toujours besoin de passer par un humain, pour faire des choses qu’une machine peut très bien faire.

    Commentaire par Rémi — 12/03/2010 @ 14:15


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