La Plume d'Aliocha

23/02/2010

Un peu de décence !

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 09:49

Savez-vous combien nous coûtent les deux journalistes français enlevés en Afghanistan ? Dix millions d’euros, mes bons amis, et encore, pour l’instant, rien qu’en recherches, la note risque donc fort de s’alourdir. C’est le général Jean-Louis Georgelin qui l’a dit avant-hier. Si c’est pas malheureux que deux journalistes qu’on nous présente comme avides de scoops et inconséquents puissent nous mettre dans une telle panade financière. Et en pleine crise en plus !

Mais dites-moi, on évalue ça à combien de nos jours, une vie ? Moi je pensais que ça n’avait pas de prix, une vie. Et du coup, je me disais que deux vies non plus ça n’avait pas de prix, forcément. En même temps, depuis qu’on chiffre tout par milliards de milliards en ce moment, je m’y perds un peu. C’est la crise qui nous a révélé qu’il y avait autant d’argent sur la planète. Moi je l’ignorais. D’ailleurs, je n’ai toujours pas bien compris ce que c’était que 1000 milliards de dollars. Tout ce que je sais, c’est que c’est peanuts au regard d’une vie.

Enfin, c’est ce que je croyais, parce que maintenant, je ne suis plus très sûre. Je me dis que d’autres ne pensent sans doute pas comme moi. Que la vie humaine pour eux a peut-être un prix, ou tout du moins un coût. Mais alors, 10 millions d’euros dans ce cas, c’est le prix d’une vie ? De deux ? Et leurs trois accompagnateurs, ils comptent aussi ? On les inclut dans les 10 millions ou pas ?

Il est toujours passionnant d’observer les glissements de valeurs dans une société. Pour nous répéter depuis des semaines que les journalistes retenus en Afghanistan coûtent au contribuable, il a fallu que les auteurs de ces discours affligeants pensent, à tort ou  à raison, qu’ils pouvaient se le permettre. Qu’un gouvernement et son armée pestent parce qu’ils doivent dépenser du temps et de l’énergie pour aller chercher des ressortissants dans une zone de guerre, c’est normal et même compréhensible. C’est en effet un problème et c’est en effet coûteux. Mais oser le dire, alors que les intéressés sont en danger, cela signifie qu’on a perdu tout sens de la décence. Ce cap psychologique une fois franchi, on ne peut que s’attendre au pire. Et le pire, c’est que notre métier est si peu respecté qu’on peut insinuer en toute tranquillité que la chasse au scoop coûte trop cher. Ne nous leurrons pas, derrière le mépris du journalisme se dissimule le mépris de l’information et de la recherche de la vérité. Ce n’est guère étonnant dans une société abrutie par les manipulations de la communication et de la publicité. Entre deux spots publicitaires, l’information, ça fait tâche, c’est sale, laid, anxiogène, ça ne distrait personne et donc ça ne vaut rien.

Curieusement, c’est le moment qu’a choisi Bernard Kouchner pour déposer un projet de loi qui donnera à l’Etat les moyens juridiques de demander le remboursement des frais d’opérations de secours à l’étranger. Et le ministre d’assurer, en présentant le texte, qu’il ne concernerait pas les personnes s’exposant au danger pour des raisons professionnelles telles que les humanitaires et les journalistes. A supposer que ce soit vrai, pourquoi nous parle-t-on alors du coût des opérations de sauvetage des journalistes de France 3 ? Qui sait, peut-être pour ouvrir discrètement le débat. Pour préparer l’opinion en lui mettant un exemple concret sous les yeux, fut-il hors sujet. « Tenez, vous voyez, les deux journalistes là, 10 millions ! » Si c’est cela, c’est dégueulasse.

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50 commentaires »

  1. Il est assez dégeulasse de chiffrer une vie humaine, en millions d’euros (ne nous plaignons pas, au moins c’est cher…), oui. Mais en même temps, je suis un peu dérangé par la morale sociale actuelle, qui veut que la vie humaine vaut plus que tout et n’ait pas de prix.

    Quand un gouvernement envoie des troupes lutter contre le terrorisme, il accepte implicitement que la vie des soldats qui risquent d’y mourir vaut « moins » que la société qui est protégée par ces soldats (et il ne s’agit pas forcément de vie humaine, je ne pense pas qu’un gouvernement pense qu’on aurait les dizaines ou centaines de morts qu’il y a en Afghanistan, parmi la population civile de notre pays, si il n’y avait pas eu d’intervention). Il accepte aussi qu’il va y avoir des morts parmi la population civile du pays, morts qui valent « moins » que le fait d’amener la liberté ou je-ne-sais quoi dans ce pays. Bien sûr, l’argument est que sur le long terme, ces vies sacrifiées en sauveront plus, mais c’est aussi que ces vies sacrifiées sauveront… autre chose que des vies : un mode de vie, une société, des idéaux… De manière similaire, que vaut la vie d’un accidenté, d’un type qui fait une crise cardiaque : plus que tout ? Alors on met un médecin derrière chacun de nous, on oblige chaque entreprise à avoir une clinique dans ses bureaux, on interdit la voiture, etc. Ou alors on admet que la vie certes est une valeur importante, mais que la société dans son ensemble a le droit de décider du moment où une vie coûte « trop cher ». Trop cher, financièrement, mais aussi moralement, par rapport à nos idéaux et à notre société.

    C’est une évolution relativement récente de notre société, je crois (la première guerre mondiale et avant ça toutes les campagnes militaires de la fin du XIXème montrent bien que ça n’était pas le cas à l’époque), et qui n’est pas partagée par toutes les sociétés (sans tomber dans le cliché, je ne crois pas que les chinois aient forcément la même vision des choses que nous). Et je soupçonne les médias de jouer un rôle dans cette évolution, parce que leur capacité de montrer instantanément, de faire beaucoup de bruit, permet de mettre en avant des cas emblématiques qui cristallisent l’opinion autour d’une position claire.

    Dans ce cadre, je trouve un peu dérangeant le fait de vouloir à tout prix écarter le débat sur le « prix » d’une vie. Non pas qu’on puisse coller un chiffre précis, un barème suivant la qualité de la personne, mais plutôt qu’à force de refuser ce débat, on s’aveugle sur le fonctionnement de la société dans son ensemble. Accorder par principe une valeur infinie à une seule vie, c’est ériger en principe directeur l’individualisme (puisque ma vie vaut plus que tout, je n’ai pas à faire de sacrifice pour autre chose que ma vie) et je ne crois pas que notre société ait besoin d’encore plus d’individualisme…

    Commentaire par Rémi — 23/02/2010 @ 10:53

  2. Bonjour,

    C’était déjà ce qui me gênait avec la petite phrase de Sarko, ça me gêne toujours autant quand Georgelin obéit aux ordres et va faire une redite sur Europe 1 (car un chef de la grande muette prend pas seul l’initiative d’aller causer à la France dans le poste, ça n’est pas dans son éducation)

    Sur le même thème l’article sur rue89 est aussi très intéressant ( http://www.rue89.com/2010/02/22/otages-georgelin-presente-laddition-une-premiere-pour-la-france-139833 ); pourquoi cet acharnement sur ces journalistes là plutôt que sur n’importe quelle autre opération de secours ? Je ne me souviens pas de tels cris d’orfraie quand un plaisancier (qui de mémoire y a laissé la vie) a emmené sa petite famille prendre le soleil au large de la Somalie ?

    Humanitaires ou plaisanciers seraient légitimes là où les journalistes ne le sont pas ?

    Et je n’aime pas non plus le glissement radical qui transforme la victime en « coupable de l’avoir cherché », c’est très très limite (du mauvais coté)

    Remarquez ça part d’un bon principe, à force de tout nous aseptiser il faut limite le chercher pour se mettre en danger, mais rendre quelqu’un responsable de son propre enlèvement c’est tout de même oublier un peu vite les ravisseurs. Et c’est surtout la porte ouverte à toute les fenêtres.

    Je ne suis même pas sur que l’amalgame serait honteux de comparer ça aux reproches qui étaient faits jadis aux femmes de provoquer les gestes déplacés par leurs tenues…

    Pour l’instant je vais me contenter de souhaiter, à la fois pour ceux qui les prononcent et pour les familles qui les entendent, que ces derniers puissent d’ici peu rire en se rappelant ce genre de phrases, car sans ça ce serait encore de plus mauvais gout.

    Commentaire par Karam — 23/02/2010 @ 11:05

  3. « Mais dites-moi, on évalue ça à combien de nos jours, une vie ? Moi je pensais que ça n’avait pas de prix, une vie. »

    Un copain à moi du Corps de Ponts m’a rapporté qu’à un moment dans sa formation, on a eu à parler du « prix d’une vie humaine ». C’est une notion qui peut choquer certains étudiants mais qui est en fait obligée dans ce contexte:

    Vous disposez d’une enveloppe fixée pour améliorer la sécurité des routes. Vous allez donc essayer de maximiser le nombre de vies que cet argent permet de sauver (+ les blessés etc.). Autrement dit, si vous avez le choix entre dépenser 2 millions d’euros à un endroit où il y a fréquemment des accidents et à un autre endroit où ils sont moins fréquents, vous privilégierez le premier choix. Vous allez même essayer d’optimiser la répartition des dépenses.

    Au final, ce que vous aurez dépensé divisé par l’estimation du nombre de vies sauvées, c’est le prix d’une vie humaine. Il m’avait cité un chiffre découlant des dépenses habituelles et des estimations de vies sauvées, je ne m’en rappelle plus.

    Ceci, bien sûr, n’est pas trop ce que l’on peut écrire dans une dissertation de philo de terminale, mais c’est malheureusement la vérité du type de décision que l’on doit prendre dans la vraie vie.

    Sinon, il y a d’autres contextes où l’on chiffre le prix d’une vie, par exemple l’indemnisation des accidents. Vous qui avez été avocate, vous connaissez sans doute le problème de l’indemnisation du préjudice corporel et des décès. Si je ne m’abuse, quand un avion s’écrase, on rembourse plus les familles de gens qui ont un bon salaire, car on les indemnise du manque à gagner…

    Aliocha : je m’étais spécialisée à l’époque dans l’indemnisation du préjudice corporel en cas d’accident. Effectivement, on évalue des vies, ou plus exactement, le préjudice matériel engendré sur les proches par le décès d’un des leurs ainsi que le préjudice moral. Et effectivement, on se pose toujours les mêmes questions sur la valeur de l’argent. Les juristes sont conscients des limites de l’exercice et l’admettent bien volontiers. Mais que faire ? Ne pas indemniser parce que la souffrance n’a pas de prix ?

    Commentaire par DM — 23/02/2010 @ 11:23

  4. En fait, comme le dit DM, non seulement la vie a un prix, mais elle en a même plusieurs.

    C’est ce qui en rend le calcul complexe. Et c’est ce qui permet probablement d’y voir quelque chose – d’une certaine façon – de non évaluable, mais non pas non évalué.

    Si l’un de ces journalistes avait été tué par un chauffard, sa vie n’aurait certes pas été évaluée à quelques millions d’euros, mais à beaucoup moins. Elle aurait été évaluée en fonction des revenus qu’il avait perçu ses dernières années, ceux qu’il aurait pu espérer percevoir, les besoins des personnes qu’il avait encore à charge. S’il avait été grièvement blessé, alors cette même vie – parce qu’il se serait agi de lui permettre de la conserver – aurait été évaluée autrement, et peut-être à bien plus, parce qu’on aurait pris en considération d’autres postes de préjudice.

    Si toujours ce même journaliste avait bêtement perdu la vie dans un accident de voiture, en tombant dans un ravin qui n’était pas séparé de la route par une glissière de sécurité, peut-être aussi parce que le virage aura été mal balisé, mal éclairé, alors sa vie n’aura pas valu le prix de ces équipements, quelques dizaine de milliers d’euros, peut-être, tout au plus.

    La vie « hors contexte » n’a pas de prix.

    Mais la vie « hors contexte » est une théorie. Mise à l’épreuve de la réalité, elle y gagne l’attribution d’une valeur économique, difficilement saisissable, mais qu’il faut bien fixer parfois.

    Commentaire par Fantômette — 23/02/2010 @ 11:37

  5. ce genre d’argments seraient pertinents si dans le même temps on n’apprenait pas le coût d’un caprice présidentiel lors de l’installation de toilettes jamais utilisé durant tel forum.

    Si dans le même temps on n’apprenait pas le coût de certaines niches fiscales dont je serai vraiment curieux de voir quelqu’un me démontrer la pertinence hormis le fait qu’elles concernent les potes de Neuilly ou du Fouquet’s

    Si dans le même temps on n’apprenait pas le coût de telle opération en Afghanistant dont au 23 février 11h42 absolument personne au monde est en situation de nous expliquer l’intérêt et en quoi consistent aux justes les acquis. Quand aux scénarios de sortie..

    jusqu’où M Sarkozy ira t’il dans le déshonneur de sa fonction et de son pays?
    Chaque année depuis 2007 je crois que l’on a touché le fond, et bien non. Ils continuent de creuser!!!

    Commentaire par fred — 23/02/2010 @ 11:43

  6. non ça n’a pas de prix la vie d’un homme
    non, quand on aime la liberté et la démocratie, c’est sur tout le globe terrestre et pas que dans les rues de PARIS,

    et puis, un militaire à des devoirs : le premier c’est de la fermer et de servir la France. Comme d’autres agents de l’Etat il a juste le droit de garder ses états d’ame pour lui – sinon il peut changer de boulot.

    Commentaire par marsan — 23/02/2010 @ 13:35

  7. « derrière le mépris du journalisme se dissimule le mépris de l’information et de la recherche de la vérité ». Et connaitre le cout des opérations de recherche est-ce que ça ne constitue une information / une vérité qui mérite d’être portée à notre connaissance ? Ou alors certaines vérités sont moins nobles que d’autres lorsqu’elles se révèlent embarrassantes ?

    Commentaire par monsieur prudhomme — 23/02/2010 @ 13:44

  8. On peut formuler la question autrement : ça vaut qu’on risque la vie de combien de marsouins pour sauver la vie de deux journalistes ?

    En tenant compte des probabilités de pertes de soldat, calculer une estimation du quotient entre le prix de la vie du journaliste et celle du soldat.

    Commentaire par DM — 23/02/2010 @ 14:01

  9. @ monsieur prudhomme : quand c’est un (très) proche du pouvoir qui fait connaître ce coût, ce n’est pas une information, c’est de la communication, nuance!

    Commentaire par Mussipont — 23/02/2010 @ 14:01

  10. Quand on est décideurs, et bien on doit prendre des décisions difficiles.

    Ainsi faut il mieux sauver 10 personnes à 1 millions, ou en sauver 2 à 5 chacun.

    Désolé de vous le dire, mais ce sont clairement des questions qui se posent tous les jours et auxquels vous ne pouvez y couper.

    10 millions c’est 800 ans de SMIC, ca fait quelques familles de sauvées

    Apres on peut aussi estimer que 10 millions pour 2 journalistes qui font leur travail, ca fait parti de l’investissement nécessaire à la vie démocratique du pays

    Mais ici je n’aime pas votre ton, votre désinvolture corporatiste

    Il y a plein de gens qui meurent, y compris en France, parce qu’on a pas 10 millions à leur donner. Et pourtant leur vie vaut autant que celle de vos confrères.

    Aliocha : Vous êtes embarrassant de sottise. J’espère au moins que vous vous en rendez compte, mais j’ai comme un doute.

    Commentaire par Cyd — 23/02/2010 @ 14:32

  11. En fait bien sûr qu’une vie à son prix. Et cinq millions d’euros par tête de pipe, c’est plutôt dans le haut de gamme niveau tarif. C’est vrai que c’est beaucoup d’argent tout ça.

    Mais là n’est pas la vraie question dans cette affaire, il me semble. Ce ne sont pas les premier otages capturés, tous métiers confondus. Alors pourquoi on ne s’en est pas pris à Aubenas, Chenot, Malbrunot, les plaisanciers bretons… Un assaut de marsouins sur un Yacht au large de la Somalie, ça coûte combien? Et Ingrid Bettencourt, qui est allée se balader chez les FARCS malgré de nombreux avertissements, combien? Parce que dans son cas, c’est pas dix millions qu’on a du claquer…

    Pourquoi eux, des journaliste en zone de guerre il y en a toujours eu, dans des coins très dangereux (on a des images de combats de rue à Stalingrad, des photos des premières minutes d’Omaha beach pourtant c’était pas sécurisés ces coins là alors…)… Alors pourquoi leur reproche-t-on à EUX de s’être mis en danger? Parce que c’est l’Afganisthan? Parce que ces comiques n’étaient pas embedded? Où dans un tour-opérator?

    Commentaire par adrien bis — 23/02/2010 @ 16:44

  12. Hum, pour jouer au con avec notre ami le général Jean-Louis Georgelin :
    Ça coute combien de faire la guerre la-bas ? Nan mais c’est vrai quoi, si on commence à poser des questions populistes sur le coût du « sauvetage » des journalistes, on peut en poser aussi sur les coût de l’armée et l’efficacité de la dépense. Les journalistes envoyés par France3 nous rapportent de l’information. Mais cette information n’est pas neutre. Pour un général c’est bien mieux que soit les journalistes ne parlent pas de la situation de guerre en Afghanistan soit ils en parlent en étant « protégés », embedded comme on dit et qu’ils ne rapportent que ce que veut l’armée.

    Commentaire par le renégat — 23/02/2010 @ 17:13

  13. Pourquoi leur reproche-t-on à EUX de s’être mis en danger ?

    A causes des circonstances de leur enlèvement, je suppose.

    Ces journalistes (du service public) ont passé outre les avertissement de l’armée pour être indépendants de cette armée, pour pouvoir voir le « négatif » de l’action militaire française. Je suppose donc que le général raisonne ainsi « On ne va pas risquer notre peau et dépenser notre fric pour des gens qui nous ont désobéi pour pouvoir dire du mal de nous. »

    Je n’ai pas dit que c’était mon avis, je ne dis pas qu’ils n’ont pas eu raison, j’essaie juste de comprendre.

    Et je me pose d’autres questions sur le prix d’une vie humaine. Elle me semble valoir beaucoup plus quand elle est vraiment en danger, dans ses derniers instants, que le reste du temps.
    Prenons un otage français (pas nécessairement journaliste). L’Etat ne comptera pas ses sous pour le sauver. Il dépensera des fortunes (rançon, voyages diplomatiques, armée, services secrets etc…) pour le sauver. L’homme rentre en France, sauf et libre. Quelques temps plus tard, son entreprise (mettons, tiens, qu’il soit chef d’entreprise) connaît des difficultés (due, mettons, à son absence prolongée pour cause de prise d’otage): que fera-t-on pour l’aider (et pour aider ses employés)? N’ayant pas droit au chômage, il se retrouve très vite en situation précaire, se met à boire, et se retrouve à la rue : que fera-t-on pour l’aider ? Finalement, mourant de froid en hiver, il est retrouvé en hypothermie mais tout juste vivant : il passe trois semaines en soins intensifs (combien coûte un jour de soins intensifs ?) et meurt.
    N’y a-t-il pas dans cette histoire quelque chose qui « cloche » ? Je ne suis pas ironique. Je me pose des questions, c’est tout.

    Commentaire par lambertine — 23/02/2010 @ 19:00

  14. @ monsieur prudhomme,

    je crois que vous ne regardez que le côté de la vérité qui vous convient car si on bataille sur le prix que nous couterait ces deux journalistes, et pourquoi ne pas en parler, alors parlons de ce que nous coute cette guerre décidée par d’autres et qu’une majorité de français ne souhaite pas et qui a déjà trop endeuillée de nombreuses familles françaises.
    ça coute combien la vie d’un jeune soldat qui ne reverra jamais ses parents, sa femme et ses enfants ?

    De plus, le militaire GEORGELIN se déshonore en prêtant sa parole à une manipulation politique de bas étage et qui pourrait couter cher aux deux journalistes enlevés. Car mettez vous quelques minutes à la place des ravisseurs voyant le spectacle que donne ce général et la France qu’il représente. Je n’ose pas imaginer ce qu’ils pourraient faire.
    Et mettez vous 5 minutes à la place de la famille de ces journalistes. Quelle image de leur pays peuvent ils avoir et quelle confiance peuvent ils apporter « aux efforts déployés pour libérer » nos concitoyens.

    Non c’est tout bonnement pitoyable.

    Commentaire par marsan — 23/02/2010 @ 21:04

  15. Ah mais je n’ai pas de sympathie particulière pour Jean-Louis Georgelin ou pour le SIRPA. Ce qui m’agace dans cette affaire c’est le bel unanimisme de la presse qui défend toujours « la liberté de blâmer » mais apprécie assez peu la critique. Mais s’il doit y avoir une polémique sur les conditions de leur enlèvement, il vaudrait mieux attendre qu’ils soient revenus sains et saufs (et c’est tout ce que je leur souhaite), j’en conviens.
    Je crois que cette guerre est perdue et la seule question qui reste est de savoir si nous repartirons honteux ou simplement amers.
    Les terroristes frappent là où ça fait mal : l’opinion publique. Ils font pression sur les gouvernements étrangers en enlevant des humanitaires et des journalistes pour mettre fin à leur présence militaire et financer leurs activités par dessus le marché. Pour mémoire on estime le cout des attentats du 11 septembre à 500 000 euros ce qui est ridiculement peu.
    Il est frappant de voir que nous affrontons la-bas des gens qui sont prêts à mourir pour nous tuer alors que de notre coté, lorsqu’un soldat meurt sa famille porte plainte contre l’armée.

    Commentaire par monsieur prudhomme — 23/02/2010 @ 22:55

  16. Ce qui me frappe, c’est le manque de recul par rapport aux déclarations de Georgelin. N’a-t-on pas lu, récemment, que le gouvernement avait décidé de changer de stratégie vis-à-vis des preneurs d’otages ? De cesser de payer des rançons, puisque plus on en paye, plus on suscite de prises d’otages (il n’y a plus d’enlèvements crapuleux en France depuis environ 30 ans, c’est à dire depuis que les autorités ont changé leur doctrine en matière de paiement de rançon) ?

    Dans ce cadre, la déclaration de Georgelin ne serait-elle pas plutôt tactique, à destination des preneurs d’otages ? Sur le mode « Messieurs les terroristes, je suis suffisamment exaspéré par les frais que ces emmerdeurs de journalistes ont déjà occasionnés, ne comptez pas sur moi pour vous verser 2€ » ? Faisant cela, il risque certes la vie de ces deux journalistes – pas forcément plus que s’il versait une rançon d’ailleurs – mais il envoie un message à tous les preneurs d’otages potentiels et sauve peut-être bien d’autres vies – y compris celles d’autres journalistes.

    J’ai peut-être une vision que certains jugeront très optimiste voire bisounoursienne, mais je ne pense pas a priori que Georgelin soit forcément un imbécile et/ou un monstre, et je le soupçonne d’avoir suivi des cours de stratégie dans sa formation professionnelle continue !

    Commentaire par Hub — 24/02/2010 @ 00:04

  17. Mais, Aliocha, vous êtes de gauche ?

    Commentaire par Gilbert — 24/02/2010 @ 04:29

  18. @Hub

    Les calculs de ce général Georgelin et sa déclaration bizarre sont effectivement peut-être tactiques.

    De toutes façons, je ne vois pas comment on peut évaluer les coûts de ce double enlèvement de journalistes puisque, pour l’essentiel, les moyens de recherche sont constitués pour l’essentiel de forces qui sont déjà sur place et qui, tous les jours, coûtent déjà bonbon même si elles ne font strictement rien. Ce qui n’est pas le cas.

    Commentaire par didier specq — 24/02/2010 @ 08:45

  19. Je suis assez d’accord avec Rémi. Il est normal d’avoir une transparence sur ce que nous payons. Cet argent va en partie aux terroristes et rend les enlèvements lucratifs, cela en entraîne donc d’autres. Pourquoi refuser de réfléchir ? Et oui, sauver une vie a un coup. Avec cet argent, on aurait aussi pu choisir de sauver de la faim des centaines de personnes. On a pensé que leurs vies valait beaucoup moins que celles des journalistes. Je ne discute pas le choix qui a été fait, je pense même aux personnes en cause, qui ne sont pas que des noms, qui ont une famille et je suis très heureuse pour eux qu’il ait été possible de les sauver. Pour autant, je ne refuse pas de voir les choses en face.

    Commentaire par annbourgogne — 24/02/2010 @ 09:20

  20. Plus de 900 millions d’affamés dans le monde, plusieurs centaines de millions ne survivant qu’avec 1 euro par jour et peu de pays pressé de changer cet état de fait. Normal, plus aucun journaliste ne s’y intéresse. Pas bon pour les annonceurs qui ont du mal à placer un produit après l’étalage de cette misère crasse et massive. De facto, la pression médiatique et populaire frôle le zéro grâce à l’excellent non travail des journalistes qui préfèrent faire des reportages de guerre inutile mais plus accrocheur. La peur est un excellent vecteur médiatique. Je n’ai rien contre ces journalistes mais tout contre les journalistes en général. On dépense déjà 600 millions d’euros pour subventionné la presse agonisante et plus que jamais inutile. On n’est pas à 10 millions près… Faut bien que les publicitaires aient des support de diffusion…

    Commentaire par realworld — 24/02/2010 @ 09:44

  21. Vous dites : »Aliocha : Vous êtes embarrassant de sottise. J’espère au moins que vous vous en rendez compte, mais j’ai comme un doute.  »

    Ah tiens, puisque vous avez oublié la partie argumentative, expliquez moi donc pourquoi avec la même somme d’argent un décideur politique devrait sauver 2 journalistes, et pas 10 familles nécessiteuses.

    Plutot que de présenter le sauvetage à tout prix de vos 2 confrères comme normal, allant de soit, etc, vous verriez mieux de nous expliquer pourquoi les millions ainsi investi le sont à bonne escient

    Commentaire par Cyd — 24/02/2010 @ 10:47

  22. 600 millions d’euros de subventions publiques sur 3 ans pour aider la presse (pour l’instant) :

    http://www.lefigaro.fr/medias/2009/01/23/04002-20090123ARTFIG00483-presse-millions-d-euros-sur-trois-ans-.php

    + 10 millions d’argent public pour 2 journalistes (pour l’instant).
    + 7650 euros de cadeau fiscal sur l’impôt sur le revenu de chaque journaliste.

    Je ne sais pas ce que coûte une vie.

    Mais je me fais une petite idée du coût des journalistes. Pour les contribuables, ça fait cher le budget publicité des grandes entreprises et de communication gouvernementale quand même…

    Commentaire par calimero — 24/02/2010 @ 11:08

  23. Au fond, c’est un peu comme dire à la victime d’un viol, d’une agression que quand même, si elle avait fait attention, s’était habillée moins sexy, ça aurait économisé une place en prison et des soins coûteux pour la société…
    Pour un président qui s’attache tant à la victime (du moins, en façade et en discours), c’est fort !

    Commentaire par Xavier — 24/02/2010 @ 11:12

  24. La question que je me pose: ils faisaient quoi exactement les journalistes? Parce que selon les cas, la version change: un coup ils étaient simplement en train de tourner des plans d’illustration supplémentaires (est-ce que ça valait le coup), une autre fois c’est une enquête sur les « mauvais côtés » des forces françaises sur place… Qu’en est-il? Parce qu’on peut comprendre (sans l’excuser) l’exaspération du CEMA dont les forces sont détournées de leur objectif (au détriment des intérêts de la population locale éventuellement) premier pour retrouver des journalistes qui n’étaient là « que » pour des plans d’illustration, et pas du journalisme d’investigation.
    Bref, comme d’hab, la Vérité est ailleurs.

    Commentaire par Nono — 24/02/2010 @ 11:42

  25. Tiens, une autre question que je me pose: on sait que la médiatisation d’une affaire d’otage, et l’intérêt affiché pour la libération de ceux-ci font en général monter les enchères et retarder les négociations. Du coup, je me demande s’il ne faut pas voir dans ce mépris ouvertement affiché et répété une manoeuvre pour justement faire « baisser le prix » et faciliter la négé? Bref, tout ça n’est pas simple…

    Commentaire par Nono — 24/02/2010 @ 12:38

  26. @ didier specq

    Il y a un paquet d’éléments bizarres dans ce dossier.

    L’agacement de l’État m’apparait aussi réel que tactique, et relativement inédit. Bon sang! nous sommes en pleine campagne électorale, et la droite ne semble pas partir gagnante. Le président a tout à gagner à sauver ces journalistes en fanfare, si possible quelques 48 heures avant le jour des élections, avec embrassades générales sur le tarmac de Villacoublay, et toute la presse à ses côtés se réjouissant et lui tirant le chapeau, sur le mode « monsieur le président, nous n’avons pas toujours été d’accord sur les orientations de votre politique, mais votre compétence et votre dévouement à sauver nos confrères méritent d’être salués par tous ». Dieu sait qu’on a pu accuser le président d’avoir voulu jouer ce rôle là, notamment dans le cas d’Ingrid Bettancourt. Et ici, rien ?

    La question de savoir ce que faisaient précisément ces journalistes au moment de leur enlèvement n’est absolument pas claire non plus. Malgré ce qui avait plus ou moins été annoncé par France Télévision au moment de l’enlèvement, il me semble extrêmement douteux qu’ils se soient tout spécialement rendus dans une zone signalée dangereuse pour filmer une route dans le désert, uniquement à des fins d’illustration.

    Je n’achète pas l’interprétation que fait Aliocha de cette affaire. Tout ça pour nuire à la presse ? Non, ça ne tient pas debout. Dieu sait que le pouvoir dispose pour cela d’autres leviers (budgétaires notamment) plus discrets, plus efficaces, et moins susceptibles de se retourner contre lui. Le but est-il alors de faire pression sur les preneurs d’otages, en leur laissant croire que le prix des otages baisse au fur et à mesure que le temps passe ? Possible, mais ça me semble malgré tout douteux, puisqu’en tout état de cause la com’ présidentielle fait au contraire remarquer que cet argent là est dépensé sans barguigner pour aller les délivrer.

    Dans son intervention, georgelin ne dit pas qu’on a attribué une enveloppe de 10 millions d’euros pour tirer d’affaire ces journalistes. A la question de savoir si « tout est fait » pour les faire délivrer, il répond que oui, bien sûr, et c’est dans la foulée qu’il explique que l’on a d’ailleurs déjà investi quelques 10 millions d’euros (et il n’a pas eu l’occasion de répondre à la question de la façon dont on arrive à ce chiffre). Si le but est de faire comprendre aux preneurs d’otages que le prix des otages est à la baisse, il y a des façons plus claires de s’y prendre, et de l’afficher.

    Bref, je ne comprends rien à cette affaire, et prends mon mal en patience, puisque la seule publicité qui lui est faite ne consiste que dans les effets d’affichage des uns et des autres.

    J’espère que ces journalistes seront vite libérés que l’on ait une petite chance de comprendre ce qui s’est passé.

    Aliocha : Dieu me garde d’une telle interprétation paranoïaque des événements. Je ne dis pas que cette affaire a pour objectif de nuire à la presse mais 1. qu’elle traduit un mépris de la presse présentée ici comme avide de scoops comme si les reporters de guerre n’étaient que de vulgaires paparrazzi, 2. que l’enlèvement pourrait bien être utilisé pour sensibiliser l’opinion à une réforme sur le sujet. Vous imaginez le gouvernement disant à propos de l’enlèvement de gentils touristes-citoyens-électeurs potentiels, ils nous coûtent 10 millions ? Délicat, non ? Alors que dans le climat actuel de presse bashing, désigner des chasseurs de scoops sans foi ni loi comme aggravant les finances de l’Etat simplement pour aller faire les malins dans une zone dangereuse, ça passe tout seul. Mais ce n’est que mon avis.

    Commentaire par Fantômette — 24/02/2010 @ 13:47

  27. Non seulement, je trouve cela abject de faire de telles évaluations. aux USA on qualifie les média de 4ème pouvoir, ce n’est pas pour rien. si je me souvient bien mes cours d’histoire, l’absence de liberté de la presse fleurte souvent avec le totalitarisme. circulez ma bonne dame, il n’y a rien à voir…
    Cette déclaration est donc choquante en soit.

    pourtant, on se souvient de l’opération de sauvetage pour ces personnes parties au large des côtes africaines et qui furent victimes des pirates. je ne me souvient pas qu’on ait tenu le même discours.
    De même que ces portes containers, chargés d’exportations françaises, qui sont protégés par l’armée française… Alors, dois-je en déduire que la vie d’un journaliste est moins valable que celle d’un industriel? que l’un est plus utile à la société que l’autre?
    je n’ai pas envie d’avoir à comparer le « prix » d’une vie humaine, car comme vous, je pense encore qu’elle n’a pas de prix.

    Et puisqu’on en est à évaluer le coût de la vie… que dire de ces déclarations, quand on en vient à dire que sauver une vie humaine coûte trop cher, alors que nos gouvernants font exploser les budgets de représentation… Doit-on alors évaluer les vie humaine en rolex, pour se mettre à niveaux?

    Merci pour ce billet, j’avais besoin de lire ça

    Commentaire par Pierrafette — 24/02/2010 @ 14:53

  28. Les gens qui enlèvent les journalistes ou autres ont bien raison de continuer leur petit commerce qui rapporte.
    En fait vous avez raison ce n’est pas assez cher payé vus les risques pour tout le monde

    Commentaire par scaramouche oo1 — 24/02/2010 @ 15:01

  29. C’est marrant quand même, pas une moindre allusion à ca que nous à couté l’otage libéré au Mali, et je lis que Sarko serait prêt à aller le chercher en personne…

    Je suis d’accord avec Fantomette. Il y a quelque chose de louche dû au statut des otages. Cela dit, pour avoir lu dans le canard d’il y a deux semaines un écho annonçant cette stratégie de com’, je veux bien croire que c’est uniquement parce qu’il s’agit de journalistes trop indépendants. Mais attendons de voir…

    Commentaire par adrien bis — 24/02/2010 @ 17:20

  30. J’aimerai prendre part à ce débat.

    Tout d’abord, nous manquons cruellement d’information. Nous ne savons même pas si des négociations ont commencé. On a vaguement entendu qu’ils étaient vivants et bien traités.

    Votre réaction est à la fois juste et fausse.

    Juste, dans le sens ou c’est maladroit, risqué et ‘petit’ de faire ce genre de déclaration.
    Faux, dans le sens où vos arguments ne sont pas probants.

    Tout d’abord, que l’on parle ou que l’on n’en parle pas, il y a systématiquement une critique (critique négative, cela va de soi). Finalement, autant ne plus répondre aux questions des journalistes si quoiqu’il arrive ils critiquent la façon de communiquer ou l’information donnée. Non ?
    Ensuite, cela prouve également une chose importante. Vos collègues ne sont pas oubliés, et il y a une forte mobilisation de l’armée pour les sortir de là. (ca me rappelle les critiques sur l’armée la dernière fois…)
    Enfin, je ne crois pas que le général a fait cette communication dans l’intention de dire « Regardez ce que ca coute ! ». Mais j’ai plus le sentiment que c’est la façon dont l’information a été relayez et les commentaires autour qui donnent cette impression. N’a-t-il (le général) tout simplement pas répondu à une question d’un journaliste sur le cout étant donné qu’il y a un débat à l’assemblée qui va se lancé sur ce genre de question ?

    Bref, j’ai l’impression que c’est finalement plus un procès d’intention qu’une réelle intention de nuire à ces 2 journalistes.

    Sinon, je suis tout à fait d’accord avec Remi.

    NB : Il est vrai Aliocha que j’ai du mal à vous reconnaître dans ce texte. Il me semble qu’il n’y a aucune distance prise entre la déclaration et ce que vous écrivez. De ce fait, j’ai l’impression de lire une feuille de choux partisane… chose que j’essaie d’éviter en lisant certains article du net.

    Commentaire par Testatio — 24/02/2010 @ 17:28

  31. @ Testatio,

    Non, non. Le général Georgelin n’a pas fait que répondre à la question, et la question n’était pas celle de savoir quelles sommes avaient été engagées pour la libération des journalistes.

    Vous trouverez peut-être son interview sur internet, j’avais du la trouver en cherchant tout simplement son nom dans google actualité mais je ne trouve plus le lien. Ceci dit, je m’en souviens un peu.

    L’un des journalistes de la radio lui pose la question de savoir de savoir si « tout est fait » (ou si « tout est mis en oeuvre », quelque chose comme ça) pour libérer les journalistes. Le général répond que oui, bien entendu, et enchaine sur les 10 millions d’euros dépensés.

    S’il s’était arrêté là, très honnêtement, j’aurais été d’accord avec vous pour dire qu’il ne fallait peut-être pas sur-interpréter ses propos. Il était après tout possible de voir dans la question du journaliste une critique voilée de l’implication de l’armée dans les négociations, et j’aurais pu comprendre que le général – sans complètement s’en offusquer – réponde sur un ton mi-figue mi-raisin, « ben, plutôt, oui; je vous signale qu’on en est déjà à 10 millions d’euros dépensés ».

    Il ne me semble pas impossible, du reste, que cette réponse ait d’abord été faite dans cet esprit.

    Mais par la suite, et après ce qui m’a tout de même semblé être une hésitation, ou un petit flottement, le général georgelin a (plutôt crânement) assumé sa sortie, et expliqué – sans entrer dans des débats de chiffres – qu’il lui semblait tout de même légitime d’en appeler à la responsabilisation des journalistes.

    Je n’ai plus le souvenir précis des termes employés, et je ne pense pas que tout cela ait fait l’objet d’un plan de communication particulièrement habile, destiné à nous vendre le projet de loi de B. Kouchner. Ceci dit, les propos du général peuvent assez clairement être reliés à ceux qu’avait tenu Guéant à leur sujet.

    Commentaire par Fantômette — 24/02/2010 @ 18:45

  32. Quel est le prix de la vie d’un journaliste ? Je ne crois pas que cela soit la question, Aliocha. L’État dépensera ce qu’il faut pour les faire libérer. Et justement, parce qu’on s’attend à ce que l’État mette tout en œuvre pour sauver un ressortissant en danger, on a aussi le droit de s’interroger sur les moyens de prévenir ce type de situation, potentiellement fort coûteuses et douloureuses.

    Donc, la question, c’est plutôt : est-ce que la valeur de l’information produite par des journalistes qui ont choisi de n’être pas « embedded » contre-balance les risques qu’ils prennent, et les coûts qu’ils font potentiellement peser sur la collectivité ?

    A mon sens, la question mérite d’être posée, y compris par l’armée responsable des opérations, même si, en l’occurrence, le timing était très critiquable.

    Commentaire par Tocquevil — 24/02/2010 @ 19:17

  33. @Fantomette : pour moi Georgelin est dans son rôle lorsqu’il en appelle à la responsabilité des journalistes. Peut-on lui reprocher d’essayer de prévenir d’autres situations de ce genre ?

    Commentaire par Tocquevil — 24/02/2010 @ 19:23

  34. @ Tocquevil

    non je ne crois pas qu’il soit dans son rôle quand il en appelle à la responsabilité des journalistes.
    A supposer que ce débat puisse avoir lieu (et après tout pourquoi pas ?) il appartient au civil, notamment aux politiques et notamment à ceux qui nous gouvernent.
    Mais ce débat ne doit pas avoir lieu alors que nos concitoyens sont entre les mains de leurs ravisseurs car avoir ce débat public pendant le temps de la détention c’est amoindrir notre position et faire le jeu des ravisseurs.

    Je l’ai écrit plus haut : un militaire doit la fermer et faire son métier de militaire dans la plus grande neutralité « politique ».
    S’il a des idées à faire remonter il suit la voie hiérarchique pour que sa parole soit portée par le politique, sinon comme aurait dit un autre grand politique c’est la chienlit.

    Commentaire par marsan — 24/02/2010 @ 21:23

  35. @ Tocquevil (34)

    Mais ça n’existe pas, la neutralité politique. La gauche a placé au sommet de la hiérarchie militaire des généraux socialo-compatibles. Dans le cas d’espèce qui nous occupe, il semble que justement, la voie hiérarchique a été respectée et que l’autre gégène n’a fait que prendre à son compte ce que Sarkozy préfère ne pas annoncer directement lui-même.

    Commentaire par Gilbert — 25/02/2010 @ 01:54

  36. Je voulais dire « la gauche, lorsqu’elle est arrivé au pouvoir ».
    Et puis faut pas oublier que le Président de la République est le chef des armées. M’étonnerait que Jean-Louis Georgelin ait fait l’annonce de sa propre initiative.

    Commentaire par Gilbert — 25/02/2010 @ 01:57

  37. Les risques du métier ça existe.
    Payer pour un otage favorise le commerce des otages.
    Mettre en danger la vie des sauveteurs pour venir chercher un skieur qui se fait plaisir hors piste est sensiblement de la même veine, même si c’ est moins glorieux et utile que l’information du public.
    Les journalistes qui font un scoop sont payés en conséquence, s’ils prennent des risques calculés ou non ils sont responsables et à moins d’y être envoyés et forcés ce n’est pas à d’autres de payer de leur personne pour aller les chercher. S’il est vrai qu’ils avaient été prévenus je regrette de dire encore que ce sont les risques consentis librement de leur métier.
    On veut les honneurs et les avantages d’un scoop mais ne pas en payer le prix.

    Commentaire par scaramouche oo1 — 25/02/2010 @ 11:07

  38. @ scaramouche,

    Sauf qu’à la différence du skieur aventureux qui cherche à se faire plaisir, parfois imprudemment, le journaliste répond à quelque chose qui est fondamental dans nos pays démocratiques : le droit à une information indépendante.
    Et c’est nous qui lui réclamons d’aller en dehors du chemin balisé de la communication officielle.

    Commentaire par Gilbert — 25/02/2010 @ 14:56

  39. Une fois n’est pas coutume, je suis plutôt d’accord avec Gilbert ^^

    Merci Fantomette pour la précision. Il semblerait donc que ce n’est pas forcement le chiffre qui fasse scandale, mais plutôt l’opinion du général sur les 2 journalistes.

    Pour moi, il est dans son rôle en appelant les journalistes à faire face à leur responsabilité. Parce que derrière, lui, il envoie des hommes, sous son commandement, risquer leur vie pour sauver ces personnes. Et là, si des soldats meurent dans cet exercice, il est directement responsable.

    Néanmoins, il est vrai que le moment est mal choisi, tout comme la personne. Je ne crois pas que ce soit à lui de l’annonce.
    Et par contre, Gilbert, je vous trouve dure envers le président. S’il y a bien un homme politique capable de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas, c’est Sarkozy. Ca ne lui fait pas que des amis, mais c’est ca que les journalistes recherchent. C’est d’ailleurs pour cela qu’il a eu une bonne couverture médiatique et de bonne critique lors de la campagne à l’élection présidentielle.

    Commentaire par testatio — 25/02/2010 @ 18:14

  40. Bonjour chère Aliocha

    si la vie n’a pas de prix en revanche elle a une valeur pour le corps social !
    selon L’économiste Fernand Martin
    «Même si l’idée d’attribuer une valeur économique à la vie humaine peut paraître inacceptable d’un point de vue moral, cela se fait quotidiennement dans l’élaboration de politiques de santé, de population et de transport»,
    À son avis, toute chose a un prix à payer. Cela vaut tant pour les biens et services que pour la vie humaine. Toutefois, la disposition à payer s’exprime toujours sous une contrainte budgétaire. Dans les domaines de la sécurité routière et de la santé, il y a des répercussions sociales notables. Le professeur Martin cite en exemple un système de soins de santé rationnés comme au Canada et en Grande-Bretagne, où des médecins refusent de soigner les fumeurs. «Bientôt, souligne-t-il, on pourrait même cesser d’offrir des soins aux obèses et à toutes les personnes qui ne prennent pas en considération les conséquences de leurs actions.»
    Toutes ces considérations heurtent profondément ma sensibilité mais force est de constater que nous ne sommes pas dans une société de bisounours ……

    Commentaire par artémis — 25/02/2010 @ 23:00

  41. Quand il s’agit de se faire mousser avec des otages, là il ne regarde pas à la dépense (ça rime avec la décence, que réclame Aliocha), le nano président (n’est-ce pas, Testatio ?)

    Extrait de la chronique de Daniel Schneidermann, dans ASI :

    « À en croire France Inter, l’Elysée a donc affrêté un Falcon 900 de Paris, spécialement pour permettre aux reporters d’immortaliser l’embrassade nocturne, entre Sarkozy et Pierre Camatte, « ex-otage d’Al Qaïda » au Mali, très récemment libéré. Ah la jolie photo, qui pourra bien, quelques instants, nous distraire des Régionales. Camatte et ses conditions de détention, ses couvertures dans le désert, ses geôliers fanatiques. Tiens, une question, que l’on pourrait poser au général Georgelin, chef d’Etat-major des armées, spécialiste du coût des recherches et libérations d’otages (avis à tous ceux qui le croiseront ces prochains jours) : combien a coûté cette libération ? Quel prix, un Falcon 900 affrêté de Paris, pour permettre aux reporters d’immortaliser l’embrassade nocturne ? Mais personne ne posera la question. Certains otages n’ont pas de prix ».

    Commentaire par Gilbert — 26/02/2010 @ 02:59

  42. Extrait d’un article lu sur Maliweb, dont je vous recommande la lecture régulière. La scène se passe à l’Assemblée Nationale :

    « le député Guillaume Garot interroge le coordonnateur national du renseignement à la présidence de la République, Bernard Bajolet :

    « M. Guillaume Garot – Quelles informations pourriez-vous nous transmettre sur les agents de nos services retenus en otage, leur nombre, leur situation ? Quelles sont les perspectives les concernant ?

    M. Bernard Bajolet – Nous avons actuellement huit otages. Un au Mali, Pierre Camatte, quatre au Soudan, un en Somalie et deux en Afghanistan. »

    M BAJOLET ne s’est-il pas emmelé les pinceaux dans le tapis ?
    Quelqu’un connait-il l’association dont s’occupe M CAMATTE ???

    Commentaire par marsan — 26/02/2010 @ 09:28

  43. Tiens ! JM Aphatie se pose aussi des questions sur le prix à payer pour libérer des otages

    http://blog.rtl.fr/aphatie/20100226/restons-optimistes-26-02.html

    Commentaire par Cyd — 26/02/2010 @ 09:40

  44. @Gilbert : Cet irrespect que tu montres envers une personne que tu n’aimes pas, je ne le comprends pas. Ne pas avoir de respect envers une personne qui n’a pas les mêmes idées ou les mêmes convictions, c’est, pour moi, d’une extrème gravité…
    Nous entrons là dans l’intolérance, l’insolence.

    Comment, à partir de là, espères tu qu’en retour tu ne trouves pas le même irrespect envers tes propos ? Où pire encore, envers ton physique, étant donné que c’est ce à quoi tu t’attaques.

    En tant qu’homme de gauche revendiqué dont tu te fait l’écho, j’ai un peu de mal à comprendre. Tu prone des idées et des idéaux que toi même tu ne respectes pas.

    Commentaire par testatio — 26/02/2010 @ 09:53

  45. @ testatio

    critiquer les agissements d’un home politique n’est pas de l’irrespect

    @ Gilbert

    je crois qu’il serait temps dans notre pays d’arrêter de se moquer du physique du Président de la République, pour qui je n’ai pas voté – c’est insupportable, déplacé et contraire à l’idée que nous devons avoir du débat démocratique – laissons cela aux guignols de l’info.

    Commentaire par marsan — 26/02/2010 @ 12:00

  46. @marsan : Critiquer le physique d’une personnalité politique est aussi méprisable que critiquer Obama pour sa couleur de peau !

    Commentaire par testatio — 26/02/2010 @ 14:10

  47. Quand je dis que Sarkozy est petit, très petit, voire microscopique c’est pas une question de physique. De même quand on dit qu’à côté de Gaulle était un géant, c’est pas non plus une question de taille.
    Merci de cette diversion pour éviter de répondre sur le fond : la question du Falcon plein de journalistes qu’on affrète à grands frais pour se faire mousser, après avoir parlé du prix trop élevé des otages.
    Je vois qu’on préfère me chercher des poux dans la têtes plutôt que réagir à ce genre d’obscénité.

    Commentaire par Gilbert — 26/02/2010 @ 16:18

  48. Par ailleurs, si je peux avoir de l’irrespect vis à vis de Sarkozy, c’est pas vis à vis des idées ou des convictions qu’il peut avoir, mais parce qu’il mène la politique la plus anti-sociale qui soit, avec le bouclier fiscal, qui protège les plus riches (ses amis) et la casse de toutes les protections sociales. Il n’a pas inventé les travailleurs pauvres, mais il y en a de plus en plus aujourd’hui. On peut aujourd’hui travailler régulièrement et ne pas avoir les moyens de se loger. C’était inimaginable auparavant.
    Chaque jour, le gouvernement Sarkozy creuse la fracture sociale que son prédécesseur avait promis de réduire. Ce n’est pas une vision idéologique, ce sont des faits. Consultez l’observatoire de la pauvreté et vous verrez.

    Désolé pour le hors sujet, mais je ne pouvais pas laisser passer l’accusation du manque de respect. Que le concerné respecte sa fonction (qui est d’être au service du peuple), au lieu de privilégier ses amis du CAC 4O, et il sera respectable.

    Commentaire par Gilbert — 26/02/2010 @ 16:25

  49. […] indécent des déclarations du gouvernement sur la prétendue chasse au scoop. C’était avant l’ignoble polémique sur le coût des otages. Et pour tous ceux qui seraient tentés d’agiter ici l’argument […]

    Ping par Soutenons les journalistes retenus en Afghanistan « La Plume d'Aliocha — 09/03/2010 @ 09:16

  50. J’ai lu ceci parmi les commentaires

    « Plus de 900 millions d’affamés dans le monde, plusieurs centaines de millions ne survivant qu’avec 1 euro par jour et peu de pays pressé de changer cet état de fait. Normal, plus aucun journaliste ne s’y intéresse. Pas bon pour les annonceurs qui ont du mal à placer un produit après l’étalage de cette misère crasse et massive. De facto, la pression médiatique et populaire frôle le zéro grâce à l’excellent non travail des journalistes qui préfèrent faire des reportages de guerre inutile mais plus accrocheur. »

    Un reporter de guerre qui fait justement la démarche « d’aller en-face » (c’est ce qu’ont fait ces deux journalistes, et c’est d’ailleurs ce que leur reproche l’armée… ce qui se comprend aisément du point de vue de l’état major) aident d’une certaine manière les populations sur place en informant sur le sort que cette guerre leur fait. Il peut à cette occasion faire prendre conscience aux citoyens européens l’absurdité de cette guerre (et l’opinion publique peut, le cas échéant, pousser à un retrait des troupes).

    Par ailleurs le refrain sur les « 900 millions d’affamés dans le monde » est d’une naïveté/hypocrisie délirante.

    Cependant, la question du coût pour la collectivité n’est pas scandaleuse. Elle mérite effectivement d’être débattue, mais sereinement (pas en parlant de « chasse au scoop » et en stigmatisant une profession).

    Bien à vous

    Tryphon

    Post-Scriptum hors sujet : Aliocha se choque (à juste titre) des jugements rapides sur sa profession. Elle tente sur ce blog d’expliquer (parfois avec difficulté tant les préjugés sur les journalistes sont forts) les tenants et les aboutissants du métier, ses valeurs, sa logique interne, ses pratiques, ses contraintes aussi, etc… l’exercice n’est pas aisé avec cette histoire de prise d’otage, car beaucoup voient à tort le non-respect par ces journalistes des règles de sécurité imposés par l’armée française une imbécile attitude d’enfant gâté (alors qu’il s’agit d’une vraie preuve de professionnalisme selon moi : on n’informe pas bien si on se contente de recracher la com’ de l’état major).

    Cette abnégation d’Aliocha a pourtant un petit goût d’amertume quand je me rappelle les mots (durs) qu’elle a eu sur les universitaires à l’occasion des grèves de l’an dernier. Je ne me souviens pas qu’elle ait alors fait l’effort de compréhension qu’elle attend des lecteurs de son blog. C’est un reproche que je ferait volontiers plus généralement (et aussi un peu abusivement) aux journalistes. Lorsqu’ils « couvrent » un sujet ils pensent (et disent) souvent que leur regard extérieur leur permet de mieux comprendre la situation que les acteurs de celle-ci ; pourtant lorsqu’il est question d’eux, ils font comme les autres et répondent qu’ils sont les mieux à même de comprendre les choses puisqu’ils les vivent de l’intérieur.

    Peut-être suis-je simplement en train de dire que les journalistes sont aussi corporatistes (ni plus ni moins) que les autres.

    Aliocha : Figurez-vous que j’ai interrogé un ami universitaire et que j’ai fait l’effort de comprendre la querelle. En tout état de cause, mon propos ne portait pas sur le bien fondé de leurs protestations contre la réforme mais contre le comportement stupide d’une poignée d’extrémistes. Par ailleurs, je n’ai jamais dit ici que le fait d’être extérieur à une situation permettait de mieux la comprendre, ce serait absurde. Quand on fait un peu de théorie de la régulation, on sait très bien que pour surveiller un secteur, on a le choix entre prendre des experts du secteur concerné qui seront compétents mais non indépendants, ou bien des personnes extérieures, indépendantes mais également incompétentes. C’est le même problème avec les journalistes, nous sommes moins compétents que les acteurs de l’actualité, mais théoriquement plus indépendants parce que non impliqués. C’est l’intérêt du journalisme en même temps que sa limite. Quoique….il m’arrive au bout de 15 ans de métier de connaître mieux les sujets que les personnes que j’interroge, mais c’est une autre histoire 😉 Il y aurait tant à dire sur la compétence des décideurs….

    Commentaire par professeurtournesol — 12/03/2010 @ 12:59


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