La Plume d'Aliocha

03/02/2010

Un mail sinon rien

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 09:39

Qu’est-ce qu’on communique à notre époque ! Entre nous, c’est merveilleux les progrès technologiques. Non, franchement.

Tenez hier, j’ai reçu une soixantaine de mails. Comme d’habitude. Des tas de gens que je ne connais pas m’écrivent ainsi tous les jours. Certains à titre professionnel, des attachées de presse surtout, pour me vendre une énième analyse sur la crise, un sondage sur le moral des chefs d’entreprise, une conférence, une interview, un nouveau service, la croissance externe d’une boite. Et puis il y a ceux que je ne connais toujours pas mais qui ont le bon goût de me proposer des distractions pour me donner envie de les rencontrer. Ainsi, ce soir, si j’avais voulu, j’aurais pu m’entraîner au tir. Voui. Quelque part dans un quartier chic de Paris. Je m’y vois déjà, avec l’arme lourde et froide dans la main, guidée par un professionnel que j’imagine tout droit sorti d’un épisode du Commissaire Moulin, assourdie par le fracas de l’arme et sans doute secouée par le recul. Entre nous, ça m’aurait bien plu, mais je n’ai pas le temps. Pas plus que je n’irai d’ailleurs au cocktail qui suivra la remise du prix du meilleur article financier de l’année. D’autres essaient de me vendre des choses étrangères à mon exercice professionnel. Par exemple, le site Amoureux m’indique : « Aliocha un homme t’attend ! » Tiens donc, c’est qui celui-là ?  Et puis ça veut dire quoi exactement « un homme t’attend » ? Ayant la fâcheuse habitude d’être en retard, je suis souvent attendue par les gens que je connais, mais si maintenant ceux que je ne connais pas se mettent aussi à m’attendre, on n’est pas sortis. Au milieu de tout ce fatras, il y a parfois des messages qui m’intéressent. Un copain hier qui me félicitait pour un article, une amie qui voulait aller au théâtre, les voeux tardifs d’une lointaine relation. Encore faut-il les identifier ces mails parmi des dizaines de propositions ineptes envoyées par de parfaits inconnus. C’est vrai quoi, avant on recevait du courrier de gens qu’on connaissait, pas beaucoup, et plus souvent des lettres désagréables qu’on appelait « factures » adressées par des gens avec lesquels on entretenait des relations marchandes plus ou moins cordiales. Fini tout ça, terminé l’insupportable isolement, maintenant chacun compte pour quelqu’un et même pour beaucoup de monde. Non, franchement, je vous le dis, on y a gagné. On n’est plus seuls.

Le défaut, car il y en a un, c’est qu’avec toutes les facilités du virtuel, on se voit moins, et puis on se parle moins aussi. D’ailleurs, c’est pour cela qu’on reçoit de plus en plus de mails. Tenez, hier encore, j’appelle la secrétaire d’un monsieur important que je veux interviewer. L’attachée de presse n’ayant pas répondu à mon mail envoyé il y a une semaine, je me suis dit, « allez hop, on zappe la dinde qui n’a même pas eu la politesse de me répondre et on va directement au contact ». Voilà qui me mettait en joie, chic un coup de téléphone, j’allais entendre la voix d’un humain, un truc de dingue. Je me lance donc dans une synthèse de ma demande taillée au poil de grenouille près pour éclairer la secrétaire sans abuser de son temps. Devinez ce qu’elle m’a lancé au milieu de ma deuxième phrase ? « Le mieux c’est que vous m’envoyiez un mail ! » et elle a raccroché. Fin de ma petite détente avec un vrai humain. Je lui ai envoyé son fichu mail, ça lui en fera un de plus et je parie tout ce que vous voulez qu’elle va le forwarder à son boss, ce qui lui évitera une explication de vive-voix. Avant de se plaindre à ses copines du nombre de mails qu’elle reçoit tous les jours….par mail, bien sûr, c’est plus drôle. Et hop, deux conversations d’évitées, c’est pas beau ça ? D’ailleurs, s’il est d’accord son boss, je gage qu’il me renverra un mail, peut-être même qu’il me proposera de la faire par mail l’interview, mais là je peux vous garantir que ce sera non. Faut pas déconner  quand même. J’entre en résistance, voyez-vous, j’en ai un peu marre du virtuel. J’ai envie d’entendre des gens, de les voir, ceux que je connais et même ceux que je connais pas d’ailleurs. Et hop, un petit bain de foule dans le métro aux heures de pointes, ça me fera des vacances, ça me rappellera comment c’était A-vant.

Hier encore (oui, d’où ce billet ce matin, c’était concentré hier en termes d’expériences virtuelles, ou bien j’y étais particulièrement sensible, allez savoir), hier donc, l’un d’entre vous m’envoie un mail dans lequel il me demande de le mettre en contact avec un commentateur qui a disparu depuis plusieurs semaines. Ce sera fait, cher lecteur. Mais du coup je me suis dit : c’est quand même fou, on discute tous ensemble, on se connait sans se connaître, bien à l’abri derrière nos écrans et nos pseudos et si par hasard deux commentateurs du même blog veulent se parler en direct loin du blog, c’est pas possible. Il faut entrer dans un circuit complexe d’approche en faisant appel à l’intermédiaire obligé que je suis, c’est fou, non ? Avant tout ce cirque, c’était plus simple. On faisait connaissance en live, l’identité était première, l’affection seconde. Maintenant c’est l’inverse, on se parle sans se connaître, on finit par se connaître, mais sans s’identifier et puis parfois – très rarement – tout ceci débouche sur une vraie relation.

Et encore, fragile la relation, parce que c’est pas tout ça, mais il faut les gérer nos relations virtuelles et elles sont si nombreuses, si absorbantes, qu’on n’a plus vraiment le temps d’aller boire un verre avec les gens en 3 dimensions, vous savez les vrais, ceux qui bougent, qui font du bruit, qu’on peut voir et même toucher. Un truc de dingue vous dis-je la communication moderne. Ce d’autant plus qu’on ne les gère par forcément dans la douceur nos relations virtuelles. Parait qu’on n’a plus le temps avec tous ces mails qu’on reçoit. En tout cas c’est que me disait une consoeur la semaine dernière : « moi je ne mets plus de formules de politesse dans les mails, c’est trop long ». Elle a raison, taper « bonjour », « merci » et « bien cordialement » ou « bonne journée », ou « bises » selon les cas, c’est 20 secondes de perdues, vous imaginez ça, vous, 20 secondes ? Une folie si on les multiplie ces fichues 20 secondes par le nombre de mails auxquels on répond tous les jours. Vous me direz, à l’époque déjà ancienne du téléphone, il fallait composer le numéro, attendre qu’on décroche, puis guetter le fameux « allo ? » avant de dire bonjour, se présenter…ça prenait encore plus de temps quand on y pense, mais on pouvait se le permettre, puisqu’on ne recevait pas de mails et que rédiger un courrier, c’était carrément une aventure au long cours.

Le mieux est encore d’en rire, en attendant que tout ceci nous rende définitivement dingues. Mais il y a quand même des situations dans lesquelles ça n’est pas drôle du tout. Allez donc lire ce papier sur Rue89. Il évoque l’ultime progrès technologique du moment, la pointe de la modernité : la justice par visioconférence. Plus de transfert de détenus entre la prison et le Palais, plus de fonctionnaires de police mobilisés pour rien ni de risque d’évasion sur le trajet. Et hop, une discussion par écran interposé entre une prisonnier derrière les barreaux et un juge à des kilomètres de là installé à son bureau. Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue pour les droits de l’homme (LDH) s’insurge   :« L’absence de confrontation physique est inquiétante. La justice sera rendue via un téléviseur, ce qui rend la procédure complètement virtuelle, hors de toute réalité. La visioconférence sera à la justice ce que la télé-réalité est à la télévision. C’est de la télé-justice. » Bah, au point où on en est…

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38 commentaires »

  1. Bonjour Aliocha,

    Deux petites remarques.

    L’une concernant cette phrase : « Le défaut, car il y en a un, c’est qu’avec toutes les facilités du virtuel, on se voit moins, et puis on se parle moins aussi ». C’est une question que je me pose souvent (du coup je vous la pose, y’a pas de raison) : se parle-t-on réellement moins ou, avec la multiplication des « informations » qu’on reçoit, est-on seulement plus au fait des occasions manquées de contact avec nos contemporains ? (Me fais-je bien comprendre ?)

    L’autre concernant votre expression « au poil de grenouille près » qui m’a ravi. J’ai une (mini) passion, c’est celle de la traduction des expressions populaires idiomatiques dans une autre langue. Et bien votre expression m’a fait penser à version espagnole de notre « quand les poules auront des dents » qui est « quand les grenouilles auront des poils » (cuando las ranas tendran pelos).

    Sinon dans mon exercice professionnel, après avoir discuté d’une question avec les gens, je leur demande également de me synthétiser tout ça dans un mail. C’est pour pouvoir m’y référer au moment où je ferai les recherches documentaires correspondantes à cette correspondance, disposer tout de suite des coordonnées de mon interlocuteur (si je puis dire pour un mail), et savoir où se trouve la question en question, l’ayant préalablement classée dans le dossier ad hoc (le dossier Haddock s’il s’agit d’une question sur le capitaine et ses relations pour le moins ambiguës avec Tintin).
    Cela ne m’empêche d’avoir prélavablement donné mon avis sur le sujet, qui n’est qu’un avis a priori, la réponse venant ensuite du résultat de ma recherche.

    Aliocha : il y a sans doute des deux. On a plus d’opportunités donc aussi le sentiment, proportionnellement, de moins de contacts. Mais je peux vous dire qu’au moins dans la presse, on sent la différence. Il y a dix ans encore, j’allais dans les rédactions déposer une disquette sur laquelle était enregistrée mon article. Aujourd’hui, je travaille pour des gens que parfois je n’ai jamais vus et ne verrai jamais. Par ailleurs, il est tout à fait possible, pas souhaitable bien sûr, mais techniquement possible, de faire du journalisme sans quitter son écran, en fonctionnant par mail, en glanant l’info sur Internet et en passant des coups de téléphone. Vous me direz, c’est spécifique aux médias, sans doute, mais il ne faut pas oublier que par nature les médias sont à la pointe des évolutions de société puisqu’ils observent les nouveautés et forcément s’en imprègnent…
    Sur le « poil de grenouille », c’est une expression de mon oncle, ancien pilote automobile. J’ignore s’il l’a inventée ou glanée quelque part, toujours est-il qu’elle a une bonne quarantaine d’années. Il l’utilise bien évidemment dans le sens « c’est passé à un cheveu ».

    Commentaire par Gwynplaine — 03/02/2010 @ 13:01

  2. Bonjour Aliocha,

    Si je peux me permettre, la génération suivante (dite « génération numérique ») considère les emails comme ringards. Aucune de mes filles (16 et 12 ans) n’utilisent leurs messageries bien qu’elles en disposent depuis plusieurs années. Ou vaguement, quand les sites les obligent à recevoir une confirmation d’inscription.
    Leurs outils quotidiens sont les réseaux dits sociaux et les messageries instantanées, qu’elles utilisent pour mener de front plusieurs conversations simultanées.
    Je vous laisse imaginer l’évolution du monde professionnel que cela va induire dans une dizaine d’année…

    Je n’ai pas d’avis tranché sur la question, je constate et je m’adapte.

    Et bien sur, je vous souhaite une bonne journée:)

    Aliocha : je ne vous remercie pas de me faire passer ici pour une vieille chouette has been 😉 Plus sérieusement, c’est sans doute une question de génération mais peut-être aussi d’activité, les réseaux sociaux sont plus amusants pour bavarder, le mail me semble plus adapté pour travailler, non ?

    Commentaire par Zythom — 03/02/2010 @ 14:29

  3. Au sujet de la visioconférence en milieu carcéral : On a reproché beaucoup de choses au juge Burgaud, notamment son manque d’humanité et la froideur qu’il affichait lors des auditions. Pas sûr que la visioconférence ait été de nature à corriger ce problème. Les leçons d’Outreau seraient elles déjà oubliées?

    Commentaire par Mussipont — 03/02/2010 @ 15:08

  4. Rebonjour Aliocha,

    « les réseaux sociaux sont plus amusants pour bavarder, le mail me semble plus adapté pour travailler, non ? »

    Je pense que l’on a pu dire cela en son temps pour le téléphone et les réunions. Mais vous avez raison: le mail est plus adapté pour la génération actuelle pour travailler, mais je pense que la génération suivante travaillera avec les réseaux sociaux et les messageries instantanées.

    Bonne journée:)

    Commentaire par Zythom — 03/02/2010 @ 15:21

  5. « On discute tous ensemble […] et si par hasard deux commentateurs du même blog veulent se parler en direct loin du blog, c’est pas possible. »

    Je ne crois pas que ce soit forcément si différent dans la Vraie Vie. Il y a des gens qui sont, disons, des amis d’amis, que j’apprécie beaucoup et que je peux rencontrer régulièrement via notre « ami commun », ou via une activité commune (un club, par exemple), mais pour autant, je serais sans doute incapable de les contacter directement. Quoique, j’ai peut-être dans mes mails un message qui leur a été adressé en même temps qu’à moi, et qui me permettrait de les joindre. Oui, je pourrais trouver une manière de les joindre sans doute nettement plus facilement par mail que au téléphone ou en vrai, finalement.

    Tout ça pour dire qu’il est assez facile, et à vrai dire assez courant, de se lamenter de la perte de contact direct qu’engendrent les blogs et mails, mais il ne faut pas non plus leur attribuer tous les maux. On communique moins en direct maintenant que… non pas avant, mais que dans notre image rêvée d’avant ! Enfin, j’exagère, et je ne remets pas en cause votre perception des choses dans votre métier, mais disons qu’il ne faut pas exagérer dans l’autre sens non plus et tout mettre sur le dos des mail.

    Commentaire par Rémi — 03/02/2010 @ 15:22

  6. Mouais, les réseaux sociaux, ça peut être bien pour bosser dans certains cas, dans d’autres…. Ca peut surtout être très pratique pour les petits concurrents pour savoir avec qui vous êtes en contact, justement. Et donc sur quoi vous travaillez, et ….
    Mais ça, évidemment, ce ne sont pas des choses qui portent auprès des ados (ni auprès de 99% des gens d’ailleurs)

    Commentaire par Nono — 03/02/2010 @ 15:50

  7. Oserais je commenter ce billet tellement vrai, surtout avec vous ma chère Aliocha.
    Je suis désormais obligée de venir sur votre blog pour vous montrer que j’existe encore !!!!!

    Commentaire par misty — 03/02/2010 @ 15:59

  8. Aliocha : « les réseaux sociaux sont plus amusants pour bavarder, le mail me semble plus adapté pour travailler, non ? »
    A quand votre présence sur Facebook ou Twitter???

    Plaisanterie mise a part (quoique je veux bien une réponse), certains reseaux sociaux sont des lieux de travail et d’echange liés au travail, mais pas vraiment des lieux de papotage : Viadeo ou encore Linkedin !

    Commentaire par misty — 03/02/2010 @ 16:16

  9. À noter: l’envoi de circulaires, notes de services et autres documents par courriel. L’avantage du courriel est qu’il permet de faire à un coût négligeable ce qui sinon aurait exigé de faire un grand nombre de photocopies et d’envois postaux — ce qui fait souvent hésiter.

    Conséquence : bombardement permanent de notes et autres avis nous parlant de choses qui ne nous concernent pas. Au milieu de cette logorrhée, quelques points nous concernent. Évidemment, on ne lit pas la montagne de courriels. Évidemment, si par hasard un paragraphe d’un de ces courriels nous concernait, on nous le rappellera plus tard si l’on venait à se plaindre de ne pas avoir été informés.

    Conclusion : la meilleure façon de dissimuler de l’information est de la noyer dans un flot de trucs sans intérêts.

    Commentaire par DM — 03/02/2010 @ 17:06

  10. En plus, pas mal de gens se servent mal du courriel, et ignorent l’usage des champs cc et bcc. Du coup, pour trier les messages par pertinence, c’est une difficulté supplémentaire.

    Commentaire par Schmorgluck — 03/02/2010 @ 18:36

  11. Tellement vrai! Juste une remarque: les journalistes vissés sur leur écran toute la journée, ça n’existe que trop! Contrainte de temps, obligation de productivité, mais aussi confort du virtuel. Sans oublier le cas des journalistes « desk » sur les sites d’actu, qui, sous prétexte de réactivité, doivent bâtonner des dépêches et être connectés non-stop… Vaste problème.

    Commentaire par Catherine — 03/02/2010 @ 18:36

  12. Bonsoir !

     » On peut passer des heures avec des machines, sans être capable d’entretenir des relations humaines et sociales satisfaisantes. Le progrès technique ne suffit pas pour créer un progrès de la communication humaine et sociale. Opposer les anciens et les nouveaux médias est une problématique dépassée; il faut les penser ensemble. L’essentiel de la communication n’est pas du côté des techniques mais du côté des hommes et des sociétés. » Dominique WOLTON

    … D. WOLTON, que vous avez cité, il y a quelques mois …

    Commentaire par Galuchat — 03/02/2010 @ 20:48

  13. Bonjour Aliocha,

    L’une des questions que je me pose toujours en face d’un système d’information est de savoir ce qu’il produit.

    Le système d’information existe, bon, il y a du trafic, bon, donc des trucs très compliqués (des standards informatiques à respecter donc à mettre à jour, des protocoles de com à respecter – cordialement, pas cordialement – des contenus à mettre en forme avec des mots, etc).

    Mais, qu’est ce que le système d’information produit, au juste? Il existe pour quoi?

    Commentaire par tschok — 04/02/2010 @ 12:34

  14. Joli billet d’humeur, style enlevé et bien écrit!

    A noter qu’il est plus facile d’échanger une adresse mail qu’un numéro de tél – on se dit qu’il est toujours possible d’évoquer un incident technique ou une faute de frappe pour prétendre n’avoir pas reçu un mail, et ça laisse le temps de réfléchir à ce qu’on va répondre si on a décidé de le faire. Le téléphone, si on décroche, à part se faire passer pour la femme de ménage portugaise, il faut bien répondre…

    @Gwynplaine:
    « Cela ne m’empêche d’avoir prélavablement donné mon avis sur le sujet… »
    J’ai bien aimé votre « prélavablement », néologisme intéressant! définition: immédiat, sans attendre, avant même d’avoir effectué sa toilette…
    A ne pas confondre avec « prévalablement »: immédiat, sans attendre, avant même d’avoir vérifier sa pertinence…
    Excusez ce délire de fin d’après midi…

    Commentaire par Maraudeur — 04/02/2010 @ 16:58

  15. Correction: vérifié (pas vérifier…)

    Commentaire par Maraudeur — 04/02/2010 @ 17:00

  16. @ Maraudeur :

    Néologisme dont la paternité revient à l’inénarrable Bérurier, un des plus grands inventeurs de la langue française.

    Commentaire par Gwynplaine — 04/02/2010 @ 17:30

  17. Il est où le numéro de téléphone qu’on puisse faire nos demandes de vives voix ? (plaisenterie)

    Commentaire par Dahbia — 04/02/2010 @ 17:32

  18. C’est tellement vrai qu’on a à peine le temps de commenter …

    Commentaire par Yves D — 04/02/2010 @ 23:57

  19. Ah, le problème du média et de ses contraintes. Ce qu’il autorise, ce qu’il interdit ; ce qu’il révèle, ce qu’il dissimule.

    S’agit-il de constater les limites d’une communication qui ne serait que « virtuelle », vraiment? Ou d’une communication qui ne serait que verbale? En quoi consiste exactement une communication orale? En quoi, une communication téléphonique est-elle plus réelle qu’une communication par mail? Je ne crois pas qu’il s’agisse précisément de jauger ni de la sincérité, ni de la « réalité » d’une communication réalisée sur tel support plutôt que tel autre.

    Je me pose à peu de chose près la même question que tschok : en quoi le courrier électronique nous permet-il de faire passer quelle information?

    Personnellement, et si je me fie à ma propre expérience, j’articulerai cette question avec celle de la redéfinition d’une sphère privée dont la surface de contact avec la sphère privée d’autrui, comme avec la sphère publique, ne cesse de s’accroitre.

    Et il va bien falloir y survivre.

    Je ne suis pas si convaincue que la dématérialisation des supports de communication – qui marche de paire avec leur pérennisation – vient accroitre l’isolement.

    Il me semble qu’elle offre, plus simplement, la possibilité d’une nouvelle articulation des rapports individuels et collectifs. Notamment en lui permettant d’être à la fois immédiate et différée. Ce qui permet à la fois d’assurer à l’émetteur du message, comme à son récepteur, de rester autonome dans la façon dont il va traiter le message.

    Je me demande dans quelle mesure le bon accueil réservé à ce nouveau support n’est pas venu corriger, en réalité, une évolution antérieure qui avait peut-être simplifié la communication orale, mais avait également accru les phénomènes d’intrusion.

    C’était un reproche que l’on avait fait au téléphone, si je ne me trompe pas. On considérait qu’il était extrêmement intrusif, et qu’y répondre lorsqu’il sonnait, était plus ou moins équivalent à accourir quand on vous sifflait.

    La sonnerie du téléphone est souvent décrite comme « impérieuse », d’ailleurs. Elle vous somme.

    Les grandes familles bourgeoises d’avant le minitel (bieeeeeen avant) n’allaient pas plus répondre au téléphone elles-mêmes qu’elles auraient elles-mêmes ouvert la porte à qui venait y frapper. La courtoisie voulait que l’on s’annonce. On ne s’imposait pas sans quelques précautions chez autrui.

    Les choses ont évolué. Mais je vous rappelle que l’on a pénalisé – et au titre de violences volontaires tout de même, ce qui n’est pas rien – l’usage abusif et malveillant du téléphone (infraction dite de harcèlement téléphonique), ce qui révèle suffisamment la persistance de ce ressenti. On considère qu’utilisée de façon malveillante, il s’agit d’une forme d’agression qui porte atteinte à l’intégrité physique et/ou psychique.

    La distance supplémentaire offerte par le courrier électronique, moins intrusif, permet donc à la fois à l’émetteur du message de s’acquitter de sa tâche (il a expédié l’information à l’attention de son destinataire) dès qu’il le voudra, et au récepteur de ne se laisser toucher par le message qu’au moment où il le souhaitera.

    Vous avez donc raison de souligner que ce média impose une distance supplémentaire par rapport à d’autres, mais c’est une distance qui, en permettant peut-être de retracer les contours de nos sphères privées, parfois déjà malmenées, ré-autorise une prise de contact qu’une distance plus courte, lorsqu’elle était imposée, ne permettait pas forcément si facilement.

    Aliocha : le téléphone était déjà une prise de distance, Internet en est une supplémentaire à mon sens. Dire qu’il ne vous somme pas mérite d’être nuancé, le pouvoir fascinant de l’écran est une autre forme d’esclavagisme potentiel, plus douce mais non moins impérieuse. Tout ceci redessine en effet les contours des sphères privées et publiques, des rapports humains à tous les niveaux. Je continue de penser qu’Internet facilite, multiplie et accélère les contacts, mais qu’il ne les améliore pas nécessairement en termes qualitatif. Et pourtant, je pensais le contraire au départ. L’idée de pouvoir communiquer d’esprit à esprit sans être perturbé par l’extérieur, par l’apparence de l’autre et par sa propre apparence aux yeux de l’autre constituait un progrès fabuleux, une sorte d’émancipation que j’oserais qualifier de spirituelle, qu’il instaurait une égalité très intéressante. J’en reviens, avec l’expérience, de cette théorie a priori. D’abord cette égalité n’existe pas, il subsiste des différences insurmontables de mode de pensée et des inégalités dans l’expression écrite. Ensuite, le progrès est très discutable. Nous savons tous qu’une discussion en face à face à moins de chances de dégénérer qu’une discussion virtuelle parce que les propos dans la vraie vie peuvent être infiniment nuancés par un regard, un sourire, mais également parce qu’on se saute physiquement à la gorge moins facilement qu’on ne s’étripe virtuellement. Quant à l’identité, elle se reconstruit malgré les masques et les pseudos et même à cause d’eux et du sentiment de fausse impunité qu’ils offrent. L’écriture est incroyablement indiscrète pour qui sait la lire au-delà des mots. C’est donc une autre forme de relation, intéressante, complémentaire, mais dont je n’aimerais pas qu’elle vienne à se substituer aux relations dans la vraie vie, fut-ce partiellement. Parce que, entre nous une dicussion dans un bistrot devant un verre, c’est irremplaçable, non ?

    Commentaire par Fantômette — 05/02/2010 @ 12:15

  20. Bonsoir,

    Suis-je hors sujet si, plutôt que par philosophie je préfère le mail simplement parce qu’un fichier, ou un print me semblent plus propre qu’un post-it ?

    @Aliocha
    « Avant tout ce cirque, c’était plus simple. On faisait connaissance en live, l’identité était première, l’affection seconde. Maintenant c’est l’inverse, on se parle sans se connaître, on finit par se connaître, mais sans s’identifier et puis parfois – très rarement – tout ceci débouche sur une vraie relation. »

    Vous semblez vous en plaindre, je n’en éprouve que joie et bonheur. La communication n’a pas forcement vocation à permettre l’épanouissement de l’affect. La communication c’est d’abord et avant tout un échange d’information. Lui demander en plus d’être le support des relations sociales c’est la pervertir de manière éhontée. On peu avoir besoin de communiquer avec quelqu’un sans en avoir envie.
    Que l’état de l’art n’ait pas permis cette nuance jusqu’au mail ne doit pas être vu comme volontaire mais simplement comme le reflet des moyens techniques de l’époque.

    Il me semble plutôt sain que la discussion repose de manière plus franche sur le propos que sur la personne, ainsi que la communication désincarné de fait du mail et du net en général (pour l’instant) le permet.

    Aliocha : Passionnant problème que celui de la communication. Se limite-t-elle en effet à un simple transfert d’information ? Je déjeunais à midi avec un pro de la com’, pas un marchand de soupe, un pro qui se passionne pour le sujet d’une manière à la fois scientifique, professionnelle et humaniste. Il communique dans le domaine réglementaire, un domaine où stricto sensu, il suffit de mettre à disposition l’info pour avoir rempli ses obligations et où on a tendance à se moquer comme d’une guigne du point de savoir si l’information est reçue et surtout comprise par ses destinataires. Lui pense, avec raison à mon sens, que communiquer ne se limite pas à livrer l’information mais impose de la rendre compréhensible. Vous pensez bien qu’en tant que journaliste, je suis d’accord avec lui. Et avec Wolton d’ailleurs pour qui communiquer c’est être compris de l’autre. D’ailleurs, en rédigeant ce post, vous l’avez fait je suppose dans le but que je lise votre message et que je le comprenne suffisamment, ainsi que les autres commentateurs, pour engager la discussion. Dès lors, je ne pense pas que l’on puisse envisager la communication en excluant l’aspect fondamental de son efficacité, c’est-à-dire de sa capacité à atteindre le destinataire pour au choix l’informer, le séduire ou le convaincre.

    Commentaire par Karam — 05/02/2010 @ 14:48

  21. Aliocha,

    vous avez raison parce que je me suis mal exprimé (ça se tente ça comme justification ?), je vous suis évidemment sur la nécessite de l’efficacité du transfert de l’information, là où j’ai plus de mal c’est à accepter que cette efficacité passe par une humanisation à outrance du rapport informant/informé.

    Je vais prendre un exemple :
    si nous nous connaissions, gagnerais-je en compréhension du message que vous tentez de faire passer ?

    Nous allons bien entendu exclure le fait que vous passiez une soirée à me l’expliquer, ce serait tricher.

    En fait je crois que j’y perdrais en terme d’information objective. Tout simplement parce que je ne lirais plus les phrases que vous écrivez, mais je lirais les phrases que je pense que vous écrivez par rapport à ce que je sais de vous et à ce que j’imagine.

    Je ne nie pas que je passe déjà vos billets au crible de ce que j’ai déjà cru comprendre, mais ce comportement est très probablement partagé par l’ensemble de vos lecteurs. Si bien que les incompréhensions qui peuvent se faire jour en deviennent systémique et par là même corrigeable. Alors qu’il ne vous est pas possible sauf au prix d’un effort déraisonnable d’être ainsi compréhensible par chacun de la même façon si chacun vous connait à des degrés différents.

    Dans un monde de rareté de l’information et de la communication je vous aurais donné entièrement raison. Dans le monde où nous vivons l’efficacité de la transmission de l’information me semble plus dépendante du choix judicieux du destinataire que du mode de transmission.

    Aliocha : c’est intéressant ce que vous dites parce que ça m’oblige à raisonner sur la relation auteur/lecteurs. Et précisément, dans ce domaine, le web2.0 est une avancée dès lors qu’il permet un dialogue entre un auteur et ses lecteurs et entre les lecteurs eux-mêmes. Enorme progrès par rapport au journal ou au livre, vraie rupture de l’isolement de l’auteur, du lecteur et des lecteurs les uns vis à vis des autres. En ce sens, vous me connaissez mieux ici que ne me connaissent les lecteurs pour lesquels j’écris à titre professionnel dans des journaux papier. Mais c’est un exemple très particulier. Dans le billet, je songeais à une modification des moeurs plus profondes, où l’on remplace le coup de téléphone ou la rencontre par le mail, la sortie par la distraction sur Internet, la réunion par les échanges de mail en copie, par une visio conférence ou une conf’call, les courses au supermarché par les commandes web etc…Dans ces exemples, il me semble que le virtuel représente une perte en termes de contact humain par rapport à la rencontre et c’est là que je m’interroge sur le progrès de communication.

    Commentaire par Karam — 05/02/2010 @ 21:14

  22. @ Aliocha en réponse à Karam (#21)

    Je veux bien que le web 2.0 soit vu comme un « énorme progrès par rapport au journal » pour les journalistes, mais je ne vous suis pas en ce qui concerne l’auteur de livres (tout du moins de romans, c’est moins vrai pour les essayistes).

    Si on aime un auteur de roman, c’est pour son style et sa façon de raconter. L’interactivité n’y apporterai que perversion à mon avis.
    Perversion, car à quoi bon vouloir avoir ce « retour interactif » du lecteur pour un auteur de roman ? Il ne s’agit pas là de s’assurer de s’être bien fait comprendre, ni, à priori, d’engager un débat (tout du moins pour le roman en tant que tel … il est toujours possible de débattre du thème abordé dans un roman).

    Sur la fin de votre commentaire (« virtuel et perte de contact humain », il est ironique de voir certaines utilisations du Web 2.0 être qualifiées de « réseau social », non ?
    J’ai bien aimé l’article de Metro sur Facebook:
    http://www.metrofrance.com/high-tech/facebook-le-triomphe-de-l-ego/mjbc!1gTUrhQJlMtM/

    Commentaire par Yves D — 05/02/2010 @ 22:01

  23. @aliocha
    « Dans le billet, je songeais à une modification des moeurs plus profondes, où l’on remplace le coup de téléphone ou la rencontre par le mail, la sortie par la distraction sur Internet, la réunion par les échanges de mail en copie, par une visio conférence ou une conf’call, les courses au supermarché par les commandes web etc…Dans ces exemples, il me semble que le virtuel représente une perte en termes de contact humain par rapport à la rencontre et c’est là que je m’interroge sur le progrès de communication. »

    Je vous avais compris.
    Mais suis-je asocial de considérer le téléphone comme intrusif ? Cet outil en est venu à se faire maitre de comportements, je rejoins Fantômette sur ce point.
    Le virtuel peut effectivement représenter une perte. Mais je pense qu’il équilibre juste les choses. Jusqu’à il y a peu, le « transfert d’information » s’accompagnait obligatoirement de rencontre et de contact. Ceux ci n’avait de raison d’être que par la volonté de l’initiateur du transfert. Avec tout ce que cela implique en terme d’intrusion et de soumission (à la bienséance et la politesse pour commencer)
    Tout se faisant en face à face, le temps des choses et l’importance à y apporter ne dépendait que de l’initiateur. (Et c’est le même effet qui nous fait nous déplacer pour demander en personne lorsque l’on veut être sur de la réalisation de quelque chose).

    Vous prenez l’exemple des réunions, vous ne pouvez pas nier que, sauf pour ce qui demande une vraie transversalité, au moins la moitié du temps d’une réunion est un temps gâché pendant lequel on ne fait pas avancer autre chose.

    Les courses au supermarché peinent d’autant plus à me convaincre que je peste et râle comme un charretier lorsque les pousseurs de caddy devant moi avancent et discutent comme s’ils étaient au parc.

    Je vais me permettre une parenthèse spéciale pour « la sortie par la distraction sur Internet » car je croyais que sur ce coup c’était la télé la coupable, en tout cas c’est ce qui se disait il y a plus de vingt ans (et je rajoute pour la défense du net que les VOD ne sont pas à ma connaissance interdites le samedi soir)

    La plupart de ce que vous dénoncez ne me semblent pas l’œuvre d’internet. Mais plutôt l’œuvre d’une société qui pousse toujours plus avant la rationalisation et le rendement en profitant d’un outil qu’elle n’avait pas jusqu’alors.

    Et surtout il me semble que l’on y perd peut être des contacts unilatéraux, mais qu’il n’a jamais été plus facile d’avoir des échanges, voulus de part et d’autres avec tout un chacun.

    Mais peut être que j’expliquerais mieux en disant juste que certains parmi les plus timides s’ouvrent d’autant plus aux autres que le net désincarne la relation et, pour eux au moins, la facilite.

    Commentaire par Karam — 06/02/2010 @ 01:32

  24. Permettez, Karam, que je fasse part de mon expérience : il arrive même que la relation « désincarnée » permise par Internet soit pour certains de ces « plus timides », ou pour des personnes désocialisées, le premier pas vers de vraies rencontres, physiques (et je ne parle pas de Meetic ou de sites dits « de rencontre », mais de liens créés sur des forums divers)

    Commentaire par lambertine — 06/02/2010 @ 12:52

  25. @lambertine

    je permets d’autant plus que votre expérience rejoint la mienne 🙂

    Commentaire par Karam — 06/02/2010 @ 13:50

  26. Chère Aliocha, vous dites :

    « Dans le billet, je songeais à une modification des moeurs plus profondes, où l’on remplace le coup de téléphone ou la rencontre par le mail, la sortie par la distraction sur Internet, la réunion par les échanges de mail en copie, par une visio conférence ou une conf’call, les courses au supermarché par les commandes web etc…Dans ces exemples, il me semble que le virtuel représente une perte en termes de contact humain par rapport à la rencontre et c’est là que je m’interroge sur le progrès de communication. »

    C’est là qu’à mon avis vous commettez une erreur, fréquente en matière de « nouveauté » : celle de croire que ce qui est nouveau va remplacer l’ancien. C’est curieux d’ailleurs, car il me semble que dans une discussion antérieure vous étiez d’accord pour dire que cela n’arrive jamais (de mémoire, pour dire que le vire numérique ne remplacera pas le papier…).

    Ici, si le mail a (peut-être) effectivement remplacé la correspondance postale, il me semble que le virtuel se fait sa place aux côtés des discussions téléphoniques, des sorties, que le mail professionnel permet de s’assurer que tout le monde a eu la bonne info avant une réunion, etc.

    Loin de moi l’idée de nier que dans votre pratique professionnelle spécifique cela a modifié les rapports humains vers encore plus de désincarnation, mais mon usage quotidien de ce que l’on appellera « le virtuel » m’a permis personnellement de garder contact avec des copains (selon la hiérarchie amis/copains/personnes-que-l’on-ne-connaît-pas établie par Desproges) éloignés géographiquement, que j’ai toujours plaisir à voir, contact que je ne parvenais pas à maintenir uniquement par voie postalo-téléphonique.

    De plus, la charmante personne qui à le bon goût de partager ma vie a une utilisation de Facebook où elle n’est qu’en contact qu’avec ses amis ou copains de la vraies vie, et cela lui permet, sans voir ces gens moins souvent, d’être en contact plus régulièrement.

    Ceci pour nuancer un peu votre salutaire propos, avec lequel je suis quand même bien souvent en phase, notamment quand je m’emporte contre cette « connerie d’ordinateur ».

    @ Karam :

    « Si nous nous connaissions, gagnerais-je en compréhension du message que vous tentez de faire passer ?
    (…)
    En fait je crois que j’y perdrais en terme d’information objective. Tout simplement parce que je ne lirais plus les phrases que vous écrivez, mais je lirais les phrases que je pense que vous écrivez par rapport à ce que je sais de vous et à ce que j’imagine. »

    A mon avis votre exemple pêche par le fait qu’arrivées au stade où elle en êtes, votre relation avec Aliocha est déjà modifiée par le fait que vous vous connaissez d’une certaine façon. Fait de ne pas vous connaître physiquement (et veuillez cesser s’il vous plaît d’essayer de vous représenter mentalement Aliocha pendant que je vous parle, c’est très incorrect) ne vous empêche pas pas de la connaître par ses billets et ses réponses aux com’, quand elle vous connaît par vos réactions et commentaires. Ce qui fait qu’une relation par Internet n’est pas plus pure, ni débarrassée de préjugés qu’une relation irl.

    J’ajouterais que bien souvent, sans les expressions du visage de son interlocuteur, le message écrit brut des mail/sms/blog prêtent à bien des erreurs d’interprétation sur l’intention d’un locuteur (particulièrement vrai sur les formes courtes que son par essence les sms et dans une moindre mesure les mails). Et tous les smileys du monde n’y pourront rien changer.

    Commentaire par Gwynplaine — 06/02/2010 @ 15:15

  27. Merci pour ce billet.

    Il y a quelques jours, j’ai reçu un mail collectif (enfin, 3 destinataires) intitulé : « Pr les réfractaires à facebook… » J’ai déjà un pied dans la tombe aussi. 😦

    Commentaire par Kemmei — 06/02/2010 @ 21:12

  28. A Gwynplaine,

    « J’ajouterais que bien souvent, sans les expressions du visage de son interlocuteur, le message écrit brut des mail/sms/blog prêtent à bien des erreurs d’interprétation sur l’intention d’un locuteur (particulièrement vrai sur les formes courtes que son par essence les sms et dans une moindre mesure les mails). Et tous les smileys du monde n’y pourront rien changer. »

    Mais ne peut-on dire la même chose de toute expression écrite (et dans une moindre mesure téléphonique, puisque le téléphone non plus ne permet pas de voir le visage de l’autre) ? Les mails, les blogs, sont des textes écrits, de la même façon que les lettres papiers, les journaux ou les livres. Ils ont donc les défauts et les qualités des textes écrits. Les relations par internet ne sont que des relations épistolaires dans lesquelles l’écran a remplacé le papier.

    Commentaire par lambertine — 07/02/2010 @ 15:03

  29. @ Lambertine :

    Certes oui, à ceci près que sur internet la forme courte semble prendre le pas sur les autres (du moins je crois, mais je dois dire que les endroits que je fréquente sont plutôt habitués d’une forme assez longue…) et que cette brièveté s’accommode mal de la nuance. Par exemple, j’ai reçu parfois des sms que j’ai interprétés comme secs et agressifs, als qu’il n’en était rien dans l’intention de l’auteur.

    Sur les formes écrites plus longues, le choix des mots permet de faire passer une intention, une nuance. Et au téléphone, même s’il n’y pas les expressions d’un visage, il y a au moins les intonations.

    Commentaire par Gwynplaine — 07/02/2010 @ 19:53

  30. @ Gwynplaine et Lambertine,

    On dit que les paroles s’envolent et les écrits restent.

    Je me demande si les mails sont des écrits qui s’envolent – ou des paroles qui restent.

    Commentaire par Fantômette — 08/02/2010 @ 11:29

  31. Je crois qu’ils sont une troisième catégorie.

    Qui n’existe que si on documente son travail.

    Documenter son travail est un acte lié à la mémoire, mais pas nécessairement à l’écrit, au sens où on l’entend aujourd’hui.

    Précisément, l’écrit est un acte qu’on récupère, alors que c’est ce qu’on a le plus mal récupéré, finalement. Même si on a pu récupéré plein de choses (les manuscrits d’Orient on lancé le XVIième siècle, puis trois siècles plus tard, quelque tablettes d’argile grappillées en Mésopotamie, ont relancé une seconde renaissance, oubliée aujourd’hui).

    Mais dans le fond, tant que les boites noires du vol Rio-Paris n’auront pas été récupérées (ce qui appartient désormais à notre futur) nous ne saurons pas. Nous ferons des conjectures (il y un procès en cours à ce sujet-là, mais pour un autre vol, qui est paradoxalement très documenté).

    En définitive, le niveau de notre documentation ne change rien.

    La question qui reste sur le table est claire: sommes nous courageux?

    A distinguer de l’administration Bush ou de la com élyséenne: sommes nous vertueux?

    Pas les mêmes causes, pas les mêmes conséquences. Pas les mêmes enjeux.

    Ah, la mémoire!

    Garder la mémoire de quelque chose, ça change tout!

    Commentaire par tschok — 08/02/2010 @ 14:03

  32. @ Fantômette :

    Bonne question. Peut-être les mails sont-ils des oiseaux que le destinataire décide de retenir en cage ou de laisser s’envolé ? Peut-être a-t-on réinventer le pigeon voyageur ?

    Commentaire par Gwynplaine — 08/02/2010 @ 18:29

  33. ou sinon …
    une tablette d’argile gravée serait du plus bel effet et de la plus grande efficacité pour attirer l’attention 🙂

    Commentaire par Karam — 08/02/2010 @ 23:21

  34. Bonsoir tschok,

    « Garder la mémoire de quelque chose, ça change tout! »

    Peut-être est-ce le fait de VOULOIR garder la mémoire qui change tout.

    Vouloir conserver la trace – toute trace, n’importe quelle trace – voilà qui met en œuvre toute une infrastructure technologique et sociale qui n’a pas fini de nous impressionner (dans tous les sens du terme) : écrire ou décrire ce dont on veut garder la mémoire, fixer l’écrit, conserver le support, le décrire lui-même, définir ses mots-clés (j’ai par inadvertance tapé ses « morts-clés », ce qui évoque de curieuses images), le stocker, élaborer des protocoles pour le retrouver, l’extraire, le ré-acheminer vers qui en fait la demande, etc.

    Comment va t-on discriminer entre ce dont on gardera la mémoire et ce que l’on voudra bien prendre le risque – ou la peine – d’oublier? Et qui décidera?

    Commentaire par Fantômette — 09/02/2010 @ 19:42

  35. @ Fantômette :

    « Comment va t-on discriminer entre ce dont on gardera la mémoire et ce que l’on voudra bien prendre le risque – ou la peine – d’oublier? Et qui décidera? »

    Voilà bien une des grandes difficulté des métiers de bibliothécaire, documentalistes, archivistes… Ces métiers sont ceux de la conservation comme du désherbage – je ne sais pas si le terme est le même dans chacun de ces métiers – qui nous vient de la pratique anglo-saxonne et même américaine.

    Commentaire par Gwynplaine — 10/02/2010 @ 12:39

  36. …suite :

    C’était d’ailleurs je crois l’un des points de crispation des archivistes contre la Réforme générale des politiques publiques (RGPP) : les archives nationales perdent leur direction dédiée pour se fondre dans la Direction du des patrimoines avec l’architecture, les monuments historiques… Leur crainte étant que sans hiérarchie dédiée et forte pour les soutenir, ils sont d’autant plus à la merci des demandes et pressions illégales de tel ou tel élu pour faire disparaître un dossier embarrassant.

    Commentaire par Gwynplaine — 10/02/2010 @ 13:43

  37. @ Fantômette,

    Je réponds à votre question en off:

    Si, par rapport à la mémoire, vous vous situez sur le terrain du courage, cela implique à un moment où un autre que vous allez devoir faire sans (sinon, la question du courage ne se pose pas): il vous manque des informations dans votre mémoire pour faire ce que vous avez à faire en toute sécurité intellectuelle.

    Mais vous décidez de passer outre, car vous devez agir.

    Ce qui déclenche alors tous les mécanismes de l’intelligence scientifique (faire des hypothèses, des expériences, définir des protocoles, etc) dans la perspective d’une action menant à un succès qui est espéré sans être certain.

    Si vous vous situez sur le terrain de la vertu, c’est complètement différent: les systèmes vertueux veulent tout savoir et veulent se souvenir de tout, d’où multiplication des dispositifs de surveillance et de contrôle et inflation des fichiers, avec abolition des prescriptions (l’écoulement du temps n’éteint plus l’acte passé).

    Corrélativement, le vertueux devient trouillard: son système devient tellement parfait à ses yeux qu’il ne supporte plus de se tromper et donc, il n’agit que dans le cadre du principe de précaution (ne rien faire tant que ce n’est pas sûr à 101%).

    Accessoirement, les mécanismes intellectuels de la pensée scientifique sont peu sollicités, puisqu’il n’y en a plus besoin et qu’ils sont avantageusement remplacés par des process de traitement standard (au pénal, le TTR par exemple: le traitement en « temps réel »).

    Du même coup, la mémoire n’est plus la mémoire: elle n’est qu’un paquet d’informations comme un autre. D’où l’emploi de l’expression « temps réel ». La mémoire, dans un système vertueux, perd sa dimension historique. C’est juste de l’octet en paquet utilisé à un moment « T » d’un process se déroulant dans un temps actuel, dit réel.

    Donc, une société vertueuse par rapport à la mémoire et une société courageuse, c’est deux choses très différentes.

    Vous l’aurez compris, nous passons d’un modèle de société courageuse à un modèle de société vertueuse.

    Commentaire par tschok — 10/02/2010 @ 15:17

  38. @ Tschok :

    Si je vous comprend bien, la mémoire n’est mémoire qu’à partir du moment où elle n’est pas complète, où elle oublie ? J’aime bien, et ça rejoins ce que je disais du rôle des bibliothèques : on ne peut conserver valablement la connaissance que si l’on peut aussi se séparer d’une partie de celle-ci.

    Je me demande s’il n’y a pas eu un livre ou un film sur le sujet, à propos d’un personnage qui ne pouvais rien oublier, et qui tournait dingo à cause de ça.

    A contrario, il existe un film, très bien fait, très malin, où le personnage principal est affecté d’un mal qui lui enlève toute mémoire immédiate. Il ne se souvient plus de ce qu’il a fait 10 min. auparavant, il est constamment obligé de redécouvrir qui il est. Ce film s’appelle Memento, il est très bien raconté et réalisé. (Il commence par le dénouement et repars vers le commencement de l’histoire.)

    Commentaire par Gwynplaine — 10/02/2010 @ 21:24


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