La Plume d'Aliocha

23/12/2009

Penser par onomatopées, est-ce encore penser ?

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 10:51

La mésaventure que rapporte Le Chafouin dans son billet d’hier est intéressante. Il raconte en effet sa prise de bec sur Twitter avec Eric Mettout, rédacteur en chef de l’Express.fr à propos de Pie XII. Il faut dire que lui et quelques autres ont tenté de défendre la décision de Benoît XVI à coup de messages de 140 signes.

Fichtre !

Si je comprends aisément la tentation d’intervenir dans cette affaire et de faire valoir des arguments pour éclairer le débat, en revanche, je ne suis guère surprise que la méthode utilisée ait mené à l’échec. Difficile en effet de développer un raisonnement et surtout de l’illustrer en 140 caractères. A fortiori sur un sujet qui fait appel à des éléments historiques et politiques pour le moins complexes et dont surtout l’extrême gravité nécessite une prudence toute particulière. Dans l’un de ses billets Philarête évoquait un jour le format de Twitter, en se demandant s’il n’allait pas entraîner « une tendance inquiétante au degré zéro de l’articulation des idées ». Que voulez-vous dire en effet sur Pie XII en 140 signes si ce n’est « ton Pape n’a rien fait pour les juifs » pour s’entendre répondre « c’est plus compliqué que cela »? Ecrire, parler, c’est penser. A s’entendre parler ou à se lire on affine son idée de départ, on la nourrit, on l’approfondit. En la confrontant à l’argumentation de son interlocuteur, on démultiplie encore les vertus de l’exercice. Mais si pour faire cela on ne dispose que de 140 signes, alors la pensée nécessairement s’atrophie et la discussion avec elle, les positions se radicalisent en se simplifiant sur le mode facile et surtout fort manichéen du : « pour ou contre », « vrai ou faux », « bon ou mauvais », etc.

Le développement des SMS a, dit-on, sérieusement mis à mal la connaissance de l’orthographe des adolescents. Celui de Twitter pourrait bien aboutir comme le prédisait Philarête au degré zéro de la réflexion. Au demeurant, cet incident met une fois de plus en lumière la pertinence des mises en garde de Dominique Wolton sur la confusion regrettable entre progrès technique et progrès de communication. Indiscutablement, Twitter est un progrès technique. Permet-il de mieux se connaître et de se comprendre, c’est une autre histoire…

Tenez d’ailleurs, je déjeunais hier avec des amis qui me sont très chers lorsque surgit dans la conversation le redoutable sujet Pie XII. La querelle qui s’en suivit entre d’une part un diplômé de théologie et, de l’autre, une grande figure de la presse très « gauche germano-pratine » faillit s’achever en pugilat lorsque la seconde dit au premier « on ne peut pas plus discuter avec un défenseur de Pie XII qu’avec un révisionniste ». La violence et la profonde injustice de l’attaque n’exprimaient au fond que la douleur infinie attachée au sujet. Il s’en fallut de peu néanmoins pour que ce déjeûner de Noël ne tourne au désastre absolu. Mais il se trouve que, comme le soulignât le théologien, « ce qui nous rassemblait autour de cette table était plus fort que nos différences ». L’amitié prit donc le pas sur la querelle et les choses en restèrent là. J’en déduis qu’on n’aborde pas sans risque de tels sujets, fut-ce entre amis, face à face, autour d’une bonne bouteille de vin. L’échec fut donc aussi cuisant que celui de la discussion via Twitter. En ce sens, argumenter sans limite de taille ni de durée ne nous fut d’aucun secours, soyons honnête, même si la discussion fut infiniment plus riche que celle de Twitter. Mais le fait que cette querelle se soit déroulée dans le monde réel nous a évité le pire : réduire l’autre à ses arguments et en venir à le détester.

Note : dans le billet sur les blogs de journalistes, je m’aperçois que j’ai oublié de citer Le Chafouin, lequel est aussi journaliste. Je rectifie donc cette omission en songeant que, décidément, si j’oublie l’un des  plus influents de nos blogueurs journalistes, il est urgent que je prenne quelques jours de congés !

A lire à propos de Twitter ce billet intéressant d’un journaliste-blogueur que j’ai aussi oublié de citer hier (décidément !!!) Jean-Christophe Féraud, dont le blog s’appelle Ecran Radar. Il commente une étude sur les utilisateurs de Twitter.

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42 commentaires »

  1. L’un des plus influents de nos blogueurs journalistes? 😉 Tu es aimable, Aliocha, mais tu me fais trop d’honneur, là!

    Sur twitter, tu as raison. C’est bien ce qui m’a agacé : le sieur Mettout n’a pas le courage de venir contester nos propos sur nos blogs, là où on peut avoir le loisir de s’étendre, mais préfère porter un jugement définitif, arrogant et méprisant sur twitter, ce qui est du trollage complet puisqu’il est certain de trouver une réponse.

    Sur le fond, tu as raison. C’était vain d’espérer construire quoi que ce soit.

    Mais twitter, globalement, n’est pas fait pour ça, plutôt pour échanger des infos. Du moins c’est l’utilisation que j’en ai! 😉

    Quant à Mettout, je ne le déteste pas. Je suis juste affligé par le degré zéro de la réflexion qui semble l’animer dès qu’il s’agit de religion.

    Aliocha : je n’entends pas un instant critiquer ta démarche, je la trouve tout à fait compréhensible. Ce qui m’a interpellée c’est le sujet qui me parait emblématique du débat impossible, en particulier en 140 signes…. Nous sommes d’accord, Twitter est un outil d’information, ou plutôt d’alerte sur l’information tout à fait efficace, un lieu ludique également, mais pour le débat, et qui plus est le débat sur un sujet grave, c’est une autre paire de manche 😉

    Commentaire par le chafouin — 23/12/2009 @ 11:39

  2. Une sitation de Clay Shirky qui devrait tenir en 140 caractères: « We’re not good at thinking fast. We are good at feeling fast. » (source: http://forums.blackbaud.com/blogs/webbythings/archive/2009/04/27/15-clay-shirky-quotes-that-blew-my-mind-at-ntc.aspx)

    Aliocha : quand je pense qu’il m’a fallu tout un long billet pour échouer à dire ce qu’un autre a exprimé en un tweet 😉 Merci de votre visite qui me permet de découvrir un nouveau site à inscrire dans ma blogroll.

    Commentaire par Philippe Couve — 23/12/2009 @ 12:09

  3. Intéressant billet.

    Au delà des SMS et de Twitter, je me demande si, sur ce genre de « débat » aussi chaud, Internet est réellement le bon moyen de discuter, faire progresser la Vérité ou améliorer sa compréhension de l’Autre. L’intérêt que je vois est de pouvoir diffuser largement des informations factuelles, présenter une analyse d’un sujet, apporter des liens vers d’autres billets.
    Quant à la discussion à proprement parler, je doute qu’elle aboutisse réellement. Je ne suis pas un habitué de ce blog aussi je n’en parlerai pas, mais je concède avoir vu des débats sur les blogs du Chafouin ou de Koz par exemple apportant réellement une valeur ajoutée en terme de confrontation intelligente d’idées même opposées. Mais pour ces quelques débats constructifs, combien de dialogues de sourds, dus notamment au fait que l’écriture limite forcément l’expression de la pensée, mais aussi à la difficulté de répondre à tous de façon instantanée?

    La multiplicité des supports (blogs, twitter, articles sur les sites des grands médias…) n’aide pas non plus à se concentrer sur un lieu de débat particulier. Mais à vouloir courir trop de lièvres à la fois, on s’y perd… Sur le sujet Pie XII, j’ai essayé d’intervenir en commentaires sur les sites du monde, libé ou le point par ex. C’est réellement désespérant : trop de commentaires, trop de participants, trop de subjectivité, trop de haine… La chose est plus aisée sur un blog, mais comment parvenir à suivre une conversation de 140 commentaires comme sur le billet Pie XII de Koz?

    Commentaire par Laloose — 23/12/2009 @ 12:16

  4. Comme quoi…

    …progrès technique n’est pas progrès de communication, effectivement 😉

    Commentaire par Morm — 23/12/2009 @ 12:52

  5. Bonjour,

    encore une fois ceci est la preuve au choix ;
    -qu’un outil ne reste qu’un outil, disserter via twitter est aussi efficient que bêcher avec une fourchette à escargot.
    -qu’Eric Mettout peut rejoindre Christophe Barbier et son édito politique dans le panthéon des journalistes qui « usent » le net (pour éviter les malentendus, ce n’est absolument pas un compliment …)
    -qu’il y a des sujets qui n’ont même pas besoin de développement pour atteindre le point godwin.
    -que parler à table d’un sujet qui mêle politique, religion, et parfois d’autres blessures non apaisées est forcément une idée dangereuse
    -que l’église gagnerait certainement à ne pas jouer avec la com’ et a profiter de son rapport plus souple au temps qui passe.

    Commentaire par Karam — 23/12/2009 @ 14:46

  6. En dépit des différences et des différends, BiBi continue de te lire. Et il a été interessé par ton post à propos de Twitter. BiBi se demande pour quelle raison chacun/chacune de qui veut ( ou aime) écrire ne se coltinerait pas les « contraintes » Twitter ? Bien entendu, être réduit à utiliser uniquement Twitter pour son argumentation – on est d’accord – ce serait bien pauvre. Mais pourquoi devrait-on utiliser et réduire Twitter QUE pour argumenter ? Il y a des haïkus qui font moins de 140 caractères et qui vous remplissent des jours et des semaines de leur beauté.
    BiBi utilise Twitter pour des formules qui lui arrivent quasi à son insu. Formules, traits d’humeur, d’humour, brins de poésie, aphorismes ratés ou réussis etc qui jaillissent comme autant de traits de plume : ça court, ça tient compte -inconsciemment ou à demi-inconsciemment – de cette Contrainte à 140 caractères. Au total, à l’arrivée : des surprises, des trouvailles (à ce qu’on dit parfois sur l’écriture-BiBi). Pourquoi donc s’en priver ? Pourquoi surtout dénigrer ? Est-ce parce qu’on a peur de faire le saut singulier dans l’Inconnu ( peur parce qu’on ne maitrise pas au départ le dispositif nouveau qui – comme tout dispositif – porte des limites).
    Pour juger sur pièces de l’écriture-BiBi, invitation à lire :

    http://www.pensezbibi.com/non-classe/bibi-gazouille-74-fois-1630

    http://www.pensezbibi.com/non-classe/bibi-chez-twitter-63-gazouillis-pris-au-vol-1973

    Bonne lecture et bonnes fêtes. 🙂

    Aliocha : Aliocha précise à Bibi que si Bibi utilise la troisième personne du singulier pour parler de lui-même, il serait fort inspiré d’utiliser le pluriel de politesse à l’endroit de la maîtresse de ces lieux et de ses invités aussi. Aliocha et Bibi n’ayant pas gardé les tweet ni même les haïkus ensemble, Aliocha estime que ce serait plus convenable et qu’ainsi Bibi témoignerait d’un respect aussi grand pour les autres que pour lui-même, ce qui ne serait pas peu dire. Et puisque Bibi invite les lecteurs d’Aliocha à aller lire Bibi, témoignant une nouvelle fois de l’immense modestie qui l’anime, Aliocha se fera un plaisir de lui envoyer sa petite note pour la location de l’espace promotionnel ici squatté sans droit ni titre, à l’adresse que Bibi aura l’obligeance de bien vouloir lui communiquer.

    Commentaire par Pensez BiBi — 23/12/2009 @ 17:31

  7. Les seuls arguments-BiBi sont ses propres sauts singuliers dans ce dispositif de 140 caractères.
    Quant au reste, BiBi ne comprend pas. C’est ainsi que vous ouvrez votre porte lorsqu’ON abonde pas dans votre sens ? VOUS n’acceptez dans vos commentaires que ceux que VOUS invitez ?
    VOUS valez mieux que ça.
    La question-BiBi est quand même sérieuse : « Mais pourquoi devrait-on utiliser et réduire Twitter QUE pour argumenter ? »

    Aliocha : Si Bibi utilise le pluriel de politesse, il ne faut pas que cet effort surhumain le rendre désagréable. Par ailleurs, Bibi peut à loisir discuter le point de vue d’Aliocha à condition précisément de discuter son point de vue et non pas autre chose. Or, Aliocha n’a jamais écrit que Twitter ne servait qu’à argumenter, elle laisse entendre même que Twitter ne permet pas d’argumenter. Qu’importe puisque Twitter peut servir à mille autres choses.

    Commentaire par Pensez BiBi — 23/12/2009 @ 18:17

  8. D’accord avec vous mais vous avez commencé votre post à partir de la prise de bec du Chafouin sur une question impossible à traiter via Twitter ( Pie 12). Aux dernières élections US, le temps d’argumentation des réponses TV US dans les débats politiques était de sept secondes. Là effectivement c’est sujet à caution mais Twitter « peut servir à mille autres choses ». D’accord.
    Vous voyez, on y arrive… à dialoguer malgré différences et différends.

    Commentaire par Pensez BiBi — 23/12/2009 @ 18:55

  9. Bonsoir Aliocha!

    Je suis mille fois d’accord avec Philarête et vous-même pour déplorer l’abaissement du niveau des débats provoqué par l’utilisation de Twitter qui n’est manifestement pas fait pour favoriser une réflexion construite.

    Par ailleurs, je m’interroge sur le niveau de culture générale, et de culture religieuse tout particulièrement, de certains rédacteurs de la presse actuelle. A croire qu’il n’y a plus personne qui ait fait d’études d’histoire ou de sciences politiques dans certaines rédactions. Je me demande si l’agressivité d’un Mettout à l’égard du catholicisme n’est pas en relation avec une incapacité structurelle à argumenter sur un domaine qui lui échappe.

    Ma question est alors la suivante:
    Pensez-vous que l’évolution actuelle du journalisme conduise les rédactions à recruter un personnel de moins en moins qualifié? Ou bien faut-il imputer ce genre de comportement polémique à un parti-pris idéologique de la part des rédactions? Bref, certains de vos confrères pensent-ils de manière sommaire parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement ou parce qu’ils le veulent bien? Leur manque de nuance est-il involontaire ou délibéré? Et s’il est délibéré est-ce par choix commercial (s’indigner pour vendre, recette appliquée par Bel-Ami!) ou par conviction profonde?

    Aliocha : bienvenue en ces lieux, il me semble que c’est votre première visite, non ? Je ne pense pas que le « personnel » soit moins qualifié. C’est un métier où il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus, par conséquent on recrute des gens de plus en plus diplômés (que l’on paie de plus en plus mal). Cela étant, le niveau de culture générale a baissé ces derniers temps un peu partout me semble-t-il 😉 Donc, les diplômes ne préjugent pas de la culture personnelle des intéressés. Il me semble que c’est surtout une question d’idéologie. C’est un métier « intellectuel » pratiqué essentiellement par une intelligentsia parisienne de gauche. Ajoutons à cela qu’il y a une forme de messianisme dans ce métier, une tentation de défendre des valeurs et même de les promouvoir avec la certitude d’avoir raison. Tout ceci concourt à forger une pensée unique, sincère, généreuse, mais assez idéologisée et donc étriquée.

    Commentaire par Physdémon — 23/12/2009 @ 20:10

  10. Oui, c’est ma première visite! Et je vous remercie de votre agréable accueil!

    Excusez ma naïveté: comment se fait-il que le métier de journaliste soit pratiqué essentiellement par une intelligentsia parisienne de gauche alors qu’il y a tout de même un nombre non négligeable de titres de droite? Il y a là quelque chose qui m’échappe… Il me semble que dans d’autres pays la presse est moins homogène: je pense à l’Angleterre, mais aussi à l’Allemagne et à l’Italie.
    Autre question: vous dites qu’on recrute de plus en plus de diplômés de plus en plus mal payés: cela s’explique assez bien par la massification de l’enseignement supérieur dans les vingt dernières années. Constate-t-on alors une différence de mentalité entre les plus anciens et les plus jeunes? Peut-on espérer qu’un niveau d’étude plus élevé accroisse la compétence des plus jeunes, ou doit-on redouter qu’ils se fassent submerger par les effets pervers des nouvelles technologies?

    En attendant une réponse qui ne presse pas, je vous souhaite un joyeux Noël!

    Aliocha : Parce que la gauche n’a pas seulement le monopole du coeur chez nous, elle a aussi celui de l’esprit. Convenez qu’il n’y a pas vraiment de « pensée de droite » en France, l’expression même semble prendre une connotation désagréable et renvoyer soit à l’ultra-libéralisme soit à l’extrême-droite. Conséquence, environ 70% des journalistes seraient de gauche, dit-on. Y compris dans la presse économique.
    Je pense que les plus jeunes sont sans doute moins dans l’idéologie, mais ils sortent beaucoup de Sciences Po désormais, et des écoles de journalisme, ce qui peut faire craindre un formatage des esprits. Le plus ennuyeux en ce moment c’est la crise morale que traversent les jeunes journalistes en débarquant dans un secteur sinistré où on leur répète tous les jours que le métier change sans leur dire comment, que le papier va mourir alors qu’il reste emblématique de l’activité etc. Il y sans doute un risque de privilégier l’apprentissage des nouvelles technologies sur le reste et sans réfléchir assez à la manière de bien les utiliser non seulement techniquement mais aussi au regard de l’éthique.

    Commentaire par Physdémon — 24/12/2009 @ 00:07

  11. « C’est un métier “intellectuel” pratiqué essentiellement par une intelligentsia parisienne de gauche ».

    C’est quoi votre définition de la gauche? Suffit pas d’être anti-sarkozyste pour être de gauche. Ni de diriger un journal qui a été porté sur les fonds baptismaux par Sartre.
    Je vois pas tellement de position de classe ni d’anti-capitalisme affirmé parmi les journalistes « parisiens » dits de gauche. Le Nouvel Obs’ est devenu un Gala pour riches, comme le revendiquait Joffrin quand il dirigeait sa rédaction. Je ne vois pas que les journalistes du Nouvel Obs’ y trouvaient à redire. Ou alors vous voulez dire que, finalement, les journalistes ne sont pas si libres que ça et qu’il y a des mécanismes qui font qu’ils écrivent où et comment on leur dit d’écrire…

    Commentaire par Gilbert — 24/12/2009 @ 03:11

  12. En moins de 140 caractères sur Pie XII ?

    Le monde est sourd, il accuse Pie XII de ne pas avoir parlé : éternelle tentation d’accuser autrui de ce dont on devrait s’accuser soi-même

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 24/12/2009 @ 09:21

  13. = Mode TWITTER ON =
    Tiens, on ne dit plus BOBO, on dit « germano-pratin » ?! Joyeux Noël à tous quand même.
    = Mode TWITTER OFF =

    Commentaire par Yves D — 24/12/2009 @ 10:40

  14. Je suis surpris que vous ne connaissiez pas cet adage vieux comme le monde : « A table, en famille ou entre amis, il est des sujets qu’il ne faut pas aborder sous peine de terminer le repas en bataille rangée : l’Argent, la Politique et la Religion ».
    Maintenant il y a aussi le Journalisme, l’Economie, la Crise, la Finance, le Web,… bref, il ne reste plus grand chose d’intéressant mais comme il est mal élevé de parler la bouche pleine, autant manger et la fermer !

    Commentaire par Oeil-du-Sage — 24/12/2009 @ 19:31

  15. j’oubliais : Joyeux Noël à tous et bon appétit !

    Commentaire par Oeil-du-Sage — 24/12/2009 @ 19:32

  16. Eric Mettout est un personnage très désagréable, cuistre et imbu de lui-même arrogant et mal élevé..Si j’en disais plus on pourrait penser que je suis mauvaise langue,(lol) mais ayant eu affaire à lui je n’en retire pas un mot.
    Quant à Pie XII je suis assez vieille pour avoir vécu cette période et je peux vous dire que le Vatican a à l’époque « abrité » de nombreux juifs et que la position du Pape en pays occupé avec Mussolini et Hitler aux portes d’ un Etat Pontifical qui d’après la boutade célèbre de Staline n’avait aucune « division » pour le défendre..la position de ce pape donc était fort périlleuse. Il a tenté de rester neutre en agissant en dessous comme il pouvait en accord avec sa religion. C’est ce qu’on disait à l’époque en Italie et je gage que le pape actuel a consulté des archives (que nous n’avons pas) avant de prendre position sur un sujet aussi épineux.
    Je sais qu’il est de bon ton de critiquer actuellement mais plus de réflexion serait nécéssaire.

    Commentaire par scaramouche oo1 — 24/12/2009 @ 21:19

  17. « et je gage que le pape actuel a consulté des archives (que nous n’avons pas) »

    Et bien qu’il les ouvre, ces archives. Qu’est-ce qu’il y a à cacher, plus de soixante ans plus tard ?
    Les leçons du procès Papon m’ont montré que les curetons et autres évêques qui l’ont ouvert, à l’époque, pour dénoncer les déportations de juifs (comme Mgr Saliège à Toulouse) étaient fort fâchés de ne pas entendre le même son de cloche venant de Rome. Ils auraient apprécié quelques encouragements. Et pourtant, les paroisses n’étaient pas davantage protégés par des hommes en armes que le Saint-Siège.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Jules_Sali%C3%A8ge

    Au passage, je n’adhère pas au discours voulant que la diplomatie est toujours plus efficace dans l’ombre. Dans certains cas, peut-être, mais lorsque l’enjeu est important, il faut au contraire jouer du tambour pour alerter l’opinion publique. C’est à la suite de la diffusion du message de Mgr Saliège que de nombreux catholiques sont entrés dans la Résistance.

    Commentaire par Gilbert — 25/12/2009 @ 04:07

  18. On pourrait dire à l’inverse que Twitter répond à une tendance très humaine au degré zéro du raisonnement et qu’il est ainsi parfaitement adapté à cette nullité préexistante.

    Commentaire par toto — 25/12/2009 @ 18:46

  19. Facile toujours de juger après coup, impossible de savoir de quoi on aurait été capable..
    J’en juge par les malheureux qui ont commis le crime de parler sous la torture..

    On se permet de corriger l’Histoire, de démystifier les héros de mettre un camp « dans un sac » et le tout avec la bénédiction des croyants et des incroyants.. Le monde et la nature humaine qu’on découvre à l’usage au cours des ans n’est ni blanc ni noir.
    En outre il est d’usage les gouvernements n’ouvrent pas la boite de Pandore de leurs archives.. Pourquoi voulez-vous que le Vatican soit différent et pourquoi plus d’animosité envers une religion qu’envers une autre ?

    Commentaire par scaramouche oo1 — 26/12/2009 @ 13:47

  20. à Gilbert,

    # vous n’êtes pas sans savoir qu’il y a plusieurs gauches en France… Que la gauche marxiste ne tienne pas le haut du pavé,c’est clair. Mais il existe un centre-gauche puissant dans la presse, que ce soit au Monde ou au Nouvel Observateur.

    # 17 Vous citez l’exemple de Mgr Saliège à Toulouse pour comparer son attitude et celle de Pie XII. Mais les situations de l’un et de l’autre ne sont pas comparables et il faut tenir compte de la chronologie comme de la géographie. Dans l’article de Wikipedia que vous citez, il ne vous échappera pas que les évêques qui ont protesté contre les rafles de l’été 1942 , à savoir Mgr Saliège à Toulouse, Mgr Gerlier à Lyon, Mgr Delay à Marseille et Mgr Théas à Montauban étaient en zones libre. Leurs déclarations s’en prenaient au régime de Vichy responsable des rafles de l’été 1942, régime qu’ils avaient loyalement soutenu depuis juillet 1940. Leur position était beaucoup moins inconfortable vis-à-vis de Pétain que celle de Pie XII vis-à-vis de Hitler. Et ils pouvaient espérer raisonnablement que leurs protestations trouvent quelques échos dans les hautes sphères du régime.
    Rappelons de plus que la raison du silence de Pie XII, clairement exposée dans son allocution au Sacré-Collège du 3 juin 1943, était la crainte que les nazis exercent des représailles à l’encontre des catholiques. Les évêques dont le domaine de juridiction était en zone libre n’avaient pas à craindre de telles représailles, d’autant qu’ils étaient eux-mêmes proches du régime de Vichy. En revanche, le pape, dont le domaine de juridiction est universel dans l’Eglise catholique, avait tout à craindre de représailles infligées contre des catholiques de n’importe quelle région d’Europe occupée.

    Commentaire par Physdémon — 26/12/2009 @ 15:14

  21. « # vous n’êtes pas sans savoir qu’il y a plusieurs gauches en France… Que la gauche marxiste ne tienne pas le haut du pavé,c’est clair. Mais il existe un centre-gauche puissant dans la presse, que ce soit au Monde ou au Nouvel Observateur ».

    Euh, ça change quoi au niveau de la gestion du capitalisme ? Que je sache, ce qui ressort de la majorité des journaux mainstream, c’est que la gestion économique capitaliste n’est pas remise en cause. Je me trompe ?
    Alors quand on est à gauche et qu’on veut remettre en cause l’ordre capitaliste qui a conduit à des excès tels que la crise des subprimes, le creusement des inégalités entre les plus riches et les plus pauvres, l’invention des travailleurs pauvres, la privatisation de l’espace public (à Londres, des rues sont privatisées, ça va venir chez nous, rassurez-vous), etc, la notion de centre gauche, on s’en tamponne le coquillard. Le centre gauche, c’est la droite, quel que soit l’habillage. Les mots, c’est une chose, l’action concrète en est une autre. Vous n’allez pas me dire, par exemple, que Joffrin est de gauche ?

    Aliocha : Pourriez-vous nous rappeler, tant que vous y êtes, où a mené le communisme ?

    Commentaire par Gilbert — 27/12/2009 @ 15:15

  22. à Gilbert,
    « Le centre gauche, c’est la droite, quel que soit l’habillage. »
    Il faut être soi-même nettement à gauche pour tenir ce genre de discours… Il me semble que vous tenez un discours « militant » qui procède par raccourcis et amalgames. C’est votre droit. Mais si l’on veut tenir un discours politologique et désengagé sur la politique, à la façon d’un historien, d’un philosophe ou d’un journaliste non engagé, on ne peut pas vous suivre.
    Il se trouve qu’il y a plusieurs gauches dont une gauche anticapitaliste. Celle-ci a été dominante à gauche entre 1936 et 1984. Ce n’est plus le cas. Mais il existait diverses gauches en France avant que n’apparaisse la gauche anticapitaliste et il est logique que ces diverses gauches survivent au déclin de celle-ci.
    Laurent Joffrin est-il à gauche ? Oui, c’est évident : le clivage droite-gauche, tel qu’il est établi aujourd’hui en France, fait que M. Joffrin se tient de ce côté-là du clivage. Comme furent à gauche en leur temps les Girondins, Jules Simon, Jules Ferry, Georges Clemenceau, Edouard Herriot, Pierre Mendès-France, Michel Rocard. Ce n’est pas la gauche dans laquelle vous vous reconnaissez? Sans doute. Mais, pas plus que moi, vous ne déciderez à vous tout seul de là où passe la ligne de partage entre gauche et droite à tel ou tel moment de notre Histoire.
    En revanche, je suis tout à fait prêt à vous concéder que M. joffrin est social-démocrate et non pas « socialiste », au sens propre du terme. Mais même au parti dit « socialiste », les socialistes sont très minoritaires si l’on convient d’appeler socialisme « le projet politique de constituer une société sans classes au moyen de l’appropriation collective des biens de production ».
    Bref, le centre-gauche, c’est la gauche non socialiste, et la gauche, ce n’est pas seulement la gauche socialiste (ou communiste).

    Commentaire par Physdémon — 27/12/2009 @ 23:25

  23. La logorrhée ne vaut guère mieux que l’onomatopée.

    « Mais le mot s’est laissé tenter par le plat de lentilles des discussions et des preuves, l’envie lui prit de devenir un mot savant et il devint vide et bavardage », Père Alexandre Schmemann, Journal 1973-1983, Edition des Syrtes.

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 28/12/2009 @ 22:53

  24. Physdémon vous me semblez plein de bon sens dans les deux réponses que vous avez données. Peut-être parce que je suis de votre avis j’

    Commentaire par scaramouche oo1 — 29/12/2009 @ 09:52

  25. […] de concision nécessaire à l’exercice, que je sais ne pas avoir, mais j’approuve ce billet d’Aliocha, qui rappelle elle aussi l’évidence […]

    Ping par Twitter — What else ? « Encore un biblioblog… — 29/12/2009 @ 14:07

  26. @ Physdémon,

    Je ne suis pas complètement inculte. Je sais ce qu’est la social démocratie et je range ce courant de pensée clairement à gauche. La social démocratie est pour le progrès social. Joffrin, au contraire, depuis « Vive la crise », justifie le capitalisme y compris lorsqu’il se fourvoie. La veille de la crise des subprimes lui et son journal encourageaient la spéculation. Il n’a même pas eu la décence, comme la plupart des économistes de marché, de dire « nous nous sommes trompés ». Au contraire, c’est tout juste s’il ne dit pas, en parlant de la crise, « on vous l’avez bien dit ». Et c’est toujours les mêmes cornichons, qui ont tout justifié des méfaits du capitalime, qui tiennent le haut du pavé dans les médias. À part quelques alibis, combien d’économistes « alternatifs » aux côtés des Jean-Marc Sylvestre, Éric le Boucher, etc ?

    Commentaire par Gilbert — 29/12/2009 @ 16:12

  27. À propos de la position du pape, un autre son de cloche pour expliquer son silence. Ça se trouve chez Causeur, un site qui n’est pourtant pas, si je puis dire, habituellement en odeur de sainteté chez moi :
    http://www.causeur.fr/pourquoi-pie-xii-pourquoi-maintenant,3508

    J’ajouterais, à propos de ceux qui justifient la prochaine canonisation du pape sous prétexte qu’il a sauvé individuellement des juifs, que c’est des milliers de Justes qu’il faudrait d’abord canoniser. Et je reste persuadé, à la lumière de ce que je connais de cette période, qu’un mot de sa bouche n’aurait pas entrainé les représailles que l’on décrits à force de spéculations à tendances blanchisseuses.
    En cela je suis plutôt en accord avec l’article de Causeur qui rappelle a quel point la question juive était une épine dans le pied de l’Église catholique (le peuple déicide…)

    Commentaire par Gilbert — 29/12/2009 @ 16:19

  28. à Gilbert,

    L’ennui avec le billet de Causeur que vous citez est que:
    (1) il attribue à Benoît XVI une « théologie de la substitution » qui a été condamnée on ne peut plus clairement par le Concile Vatican II . On pourrait à la limite soupçonner Pie XII d’avoir adhéré à cette théologie, mais certainement pas Benoît XVI.
    (2) il soutient sans le moindre moindre preuve l’idée odieuse que Pie XII aurait pu se satisfaire d’une extermination du peuple juif.
    Vous remarquerez que ce billet ne fournit aucune référence pour justifier cette théologie abominable.

    Pour ma part, j’ai l’honneur de vous informer que tout discours théologique sur le judaïsme a ses racines dans L’Epître aux Romains de Saint Paul, chap. 9 à 11. Ce texte dit clairement que le peuple juif doit subsister jusqu’au retour du Christ à la fin des temps. Donc, contrairement à ce que prétend Causeur, le problème de l’Eglise vis-à-vis des juifs ne vient pas du tout du fait que le peuple juif existe encore, mais du fait qu’elle ne peut espérer convertir la totalité des juifs avant que soient converties toutes les autres nations. (cf Rom. 11, 25)
    La disparition totale du peuple juif serait donc non seulement un désastre humanitaire mais une catastrophe théologique pour le catholicisme: une réfutation de la Révélation.
    Cela, Pie XII le croyait. Comment lui prêter la moindre complaisance à l’égard du projet génocidaire des nazis?

    Commentaire par Physdémon — 29/12/2009 @ 17:13

  29. Ah, s’ils avaient twitté…

    « L’urgent chasse l’important », R. Char (une devise que l’on devrait tatouer sur le front d’un paquet de journalistes, si je puis me permettre.)

    « La parole est par moitié à celui qui parle », Montaigne.

    « La langue ment à la parole et la parole à la pensée », A. Mickiewicz.

    Et l’on pourrait poursuivre à loisir. Toujours en moins de 140 signes.

    La contrainte qu’impose son support à la pensée est toujours une réalité – quel que soit le support, quelle que soit la pensée.

    Aliocha, vous avez l’air de penser que la forme idéale du débat est un débat oral, où les interlocuteurs se font face (« le fait que cette querelle se soit déroulée dans le monde réel nous a évité le pire : réduire l’autre à ses arguments et en venir à le détester »). A dire vrai, je ne suis pas si certaine que l’oralité soit le support, ou la forme si vous préférez, le mieux adapté au débat.

    L’immédiateté des échanges – pour le coup équivalente à celle qui préside virtuellement aux échanges sur twitter – me semble autoriser (sinon favoriser) les emportements intempestifs et les interprétations péremptoires. Voir votre contradicteur n’est pas la garantie absolue que vous saurez le comprendre, que vous ne le réduirez pas à ses arguments, et que vous ne finirez pas par le détester.

    Le temps est une donnée à laquelle on ne prête probablement jamais suffisamment attention.

    Je parle aussi bien du temps que l’on prend à se pencher sur l’argumentation d’un contradicteur (l’écouter, se remémorer ce qu’il a dit, si nous lui parlons. Le lire, le relire attentivement si nous communiquons par écrit), que le temps du « moment », le bon moment. Kairos. La « fenêtre de tir », plus simplement.

    Dans un débat judiciaire, le temps de la procédure permet de déployer une pensée stratégique autour de ces deux pôles. Prendre le temps de peser un argument, et le contre-argument qu’on veut lui opposer. Et savoir saisir le bon moment pour ça.

    Je me demande donc dans quelle mesure l’écrit n’est donc pas plus souple, in fine, que l’oral – et notablement l’écrit sur Internet, qui permet de jouer aussi bien l’immédiateté que l’attente – qui autorise donc la réaction la plus vive, comme la pondération la plus réfléchie.

    Cela ne signifie pas que tout débat, parce qu’il se déroulerait sur la toile, serait par définition de bonne qualité, naturellement. Mais, à mon sens, les contraintes de ce support doivent permettre à des débats de qualité de se dérouler.

    Twitter n’est évidemment pas, par contre, un support pertinent pour développer une démonstration. Il est un instrument de connexion et de transmission. Il est le support d’un flux. Ses deux caractéristiques majeures – brièveté et immédiateté, qui ne font que « ricocher » l’une sur l’autre, « découler » l’une de l’autre – en font le support d’un bavardage. Pas d’une disputatio. L’en blâmer me semble assez vain.

    A l’inverse, l’écrit – matérialisé sur un support papier – ne me semble pas être le support idéal d’un débat, non plus. Il permet à tout un chacun de monologuer longuement. Il permet de développer une démonstration, de tracer le sillon de sa pensée, qui filera bien droit lorsque l’on s’en donnera la peine, ou que l’on laissera divaguer, si on en a le goût. Mais les contraintes imposées par sa nécessaire manipulation, par la rigidité d’un support si manifestement « immobile », ne me semblent pas autoriser les débats – qui doivent pouvoir se déployer dans un temps beaucoup moins « fixe ».

    Je pense qu’il faudrait désormais développer une écologie des supports de la pensée. Quel support – c’est-à-dire également quelles contraintes – permettra à quel type de pensée (démonstration, relation, discussion, débat, réaction, évocation, transmission…) de se déployer.

    Plutôt que de chicaner sur la question de savoir à qui appartient quel « contenu », je crois que les journalistes gagneraient à faire un pas de côté, et observer se profiler un nouveau type d’expertise (où ils se font encore largement damer le pion par les blogueurs, ai-je tendance à croire), qui serait celle de la matérialisation de ce contenu dans l’espace public.

    Aliocha : Mais, Chère Fantômette, les journalistes n’ont pas attendu Internet pour développer ce que vous appelez une « écologie » des supports de pensée. Le fond et la forme sont étroitement liés en matière journalistique, on ne fait pas les mêmes choses à la radio, à la télévision, en presse écrite et désormais sur le web, on n’écrit pas les mêmes choses dans le même style ni sur le même ton selon que l’on travaille pour le canard enchaîné, l’Express, Le Monde ou le parisien. La première chose à faire quand on entre dans un journal c’est saisir le ton, la ligne éditoriale, observer les formats, tous éléments qui déterminent ce qu’on va écrire, comment etc….C’est un réflexe professionnel de base, continuellement sollicité.

    Commentaire par Fantômette — 29/12/2009 @ 18:12

  30. Je viens trop rarement ici, c’est pourtant fort comique : Aliocha nous avertit que certains modes de communication modernes ne sont pas propices à une réflexion approfondie. Passons sur le topos qui ne mériterait pas un sourcillement. Ce qui est comique est l’évidence de l’argument qui passe pour argument : puisque twiter permet de communiquer avec 140 mots, alors on ne peut pas penser avec. Comme s’il fallait nécessairement plus (on souligne) de 140 mots pour transmettre une pensée. C’est tout de même un argument d’autorité pernicieux : la pensée nécessaire une quantité supérieure à ce nombre de mots. Dès lors, vous supposez que la pensée peut recevoir une quantification (elle se quantifie) puisque celle-ci permet de juger de sa présence ou absence. Il me semble que le dialogue est la négation de cette idée : si je parle avec quelqu’un, je m’engage à limiter mon propos pour qu’il puisse être accepté ou critiqué par mon interlocuteur – c’est-à-dire que je me place ailleurs que d’un point de vue quantitatif (je ne dis pas à l’autre : « attends 5 minutes, que j’ai fini de causer »). Bref, dialoguer c’est faire l’expérience du caractère intensif de la pensée. Dès lors, rien n’interdit en droit à ce que je m’exprime en 140 mots. Apprendre à rédiger pour un jeune élève relève précisément de cet exercice. Je demande donc à ce que démonstration soit faite qu’on ne puisse causer de Pidouz en moins de ce nombre fatidique (bah oui, pourquoi 140 ?). Si j’étais courageux, je m’amuserais à confectionner un dialogue de la sorte (ce serait d’ailleurs un bon exercice pour un élève de Terminale : refaire un dialogue de Platon (hors République, Lois, exposés mythiques) en sms…). Il me reste à souligner l’indigence de l’argument (tenant à ce qu’il est supposé admis entre bonnes gens) de notre hôte : « Mais voyons, avec 140 mots, on ne peut discuter sérieusement ! » Si vous le dites…

    Aliocha : 140 signes, et non pas 140 mots. Au passage, j’observe qu’il vous a fallu beaucoup plus de 140 signes pour signifier votre désaccord acide, comme quoi ….

    Commentaire par Bardamu — 31/12/2009 @ 00:59

  31. Chère Aliocha, je m’autorise 140 signes pour vous dire que j’apprécie votre blog, votre bel esprit, vos colères même et vous souhaite une bonne et heureuse année 2010!

    Commentaire par Physdémon — 31/12/2009 @ 16:14

  32. Une info intéressante :

    quand des sites d’info demandent et obtiennent des fonds d’une direction placée sous l’autorité du premier ministre :

    http://www.marianne2.fr/Net-l-argent-de-l-etat-seme-la-zizanie_a183310.html?com

    L’indépendance en prend un coup…

    Commentaire par Tahiti Bob — 02/01/2010 @ 13:55

  33. vous savez, même sans twitter certins se débrouillent très bien pour écrire beaucoup sans rien dire

    http://news.fr.msn.com/m6-actualite/insolite/article.aspx?cp-documentid=151591641

    est-ce penser ce genre de news qui intéresse qui au juste d’ailleurs?

    s’il y a un rédacteur en chef qui passe dans le coin, peut t’il essayer de nous décortiquer les raisons qui font qu’il va juger pertinent de relayer ce genre de non info sur pas moins de 5 paragraphes plutôt que n’importe quelle autre passée à la trappe?

    Je promets de lire justqu’au bout l’argumentaire sans entrer dans une rage folle ni éclatr de rire

    Commentaire par fred — 02/01/2010 @ 22:52

  34. « Rappelons de plus que la raison du silence de Pie XII, clairement exposée dans son allocution au Sacré-Collège du 3 juin 1943, était la crainte que les nazis exercent des représailles à l’encontre des catholiques. Les évêques dont le domaine de juridiction était en zone libre n’avaient pas à craindre de telles représailles, d’autant qu’ils étaient eux-mêmes proches du régime de Vichy. En revanche, le pape, dont le domaine de juridiction est universel dans l’Eglise catholique, avait tout à craindre de représailles infligées contre des catholiques de n’importe quelle région d’Europe occupée. »

    Voilà voilà, oui… Finalement, ce pape était un expert de la diplomatie de derrière les rideaux. Grâce à son silence, tout plein de saines idées sur son prochain et de colère contre l’envahisseur, mais bien cachées derrière le rideau (et oui, Tout Pie X+I+I font XII qu’il est, il n’en est pas moins homme épris de justice, et amoureux de l’être humain, mais bon il sait garder son sang froid lorsqu’on crame 6 millions de personnes à la va vite, et que finalement… bref) Les nazis ont épargné les catholiques ! Ouf, voilà donc une mission rondement menée. D’ailleurs, les ingénieurs allemands ont travaillé d’arrache-pied pour que les bombes tuent tout le monde sauf les catholiques.
    Bref, merci donc à Benoit repasser lorsqu’il aura des arguments valables, des arguments de temps de guerre, et pas la dernière pirouette qui lui est venue à l’esprit. Oups, voilà que je dis qu’un pape a de l’esprit…

    Aliocha : http://www.causeur.fr/pie-xii-pape-bavard,3530

    Commentaire par ZaraA — 03/01/2010 @ 16:21

  35. à ZaraA,

    Je vous rappelle que Pie XII a contribué à sauver de nombreux juifs et qu’on dispose de nombreuses preuves de son aversion profonde pour le nazisme.
    Cf. ce très bon billet de Koz:

    http://www.koztoujours.fr/?p=1455

    Comme on ne peut expliquer son (relatif) silence par son supposé antisémitisme ou sa supposée connivence avec les nazis, il faut bien l’expliquer par des considérations circonstancielles. D’où l’importance de soigneusement distinguer sa situation de celle des évêques qui ont parlé.

    Commentaire par Physdémon — 03/01/2010 @ 21:59

  36. Votre cher – et admirable – ami Eolas semble avoir un compte Twitter. Que va devenir sa si riche et si pédagogique parole ? Si vous avez quelque influence sur lui, essayez de le dissuader de poursuivre cette initiative, ne serait-ce que pour lui éviter le syndrome NKM : réduire sa pensée à 140 signes.

    Commentaire par Babette — 04/01/2010 @ 00:41

  37. Bonjour Aliocha, et bonne année !

    A propos de votre réponse à mon com, ça ne me semble pas si évident que ça.

    Comme j’ai eu l’occasion de vous le dire, je crois, j’ai souvent l’impression que les sites journaux se contentent de refaire du papier sur écran. Peu d’images (sauf publicitaires), peu d’hypertexte, peu d’interactivité – sauf sous la forme dévoyée des « réactions », qui sont aux débats argumentés ce qu’un tract est à une dissertation.

    Et des articles relativement brefs, me semble t-il, peut-être plus brefs, en moyenne que dans la version papier, ce qui est un choix économiquement étrange.

    Notez que je ne parle pas d’adapter le « style » ou le « ton » au support, mais d’adapter le « fonds ».

    Pascale Robert-Diard est l’une des rares journalistes blogueuses, à ma connaissance, à expliquer la façon dont elle discriminait les supports parfois. Partant d’un même matériau (ses notes d’audience), elle explique comment elle fait le choix de traiter tel aspect de l’affaire sur le blog, et évoquer tel autre sur le papier. Ce n’est pas une question de ton ou de style. D’ailleurs, en l’occurrence, il me semble les retrouver de manière similaire – et toujours aussi agréablement – quel que soit le support qu’elle utilise.

    Par exemple, la présentation d’une controverse me semble être adaptée à une publication sur internet, qui permet de rendre compte plus facilement des termes d’un débat, la façon dont il s’organise, la matière sur laquelle il s’appuie, etc. L’arborescence et l’hypertextualité est une forme qui « colle » à la controverse. La relation d’un évènement est plus simple sur papier, probablement. La présentation d’un témoignage est certainement plus intéressant à la radio ou à la télévision, parce que la façon dont une personne s’exprime (les mots précis, mais aussi les expressions, intonations, hésitations, etc) fait partie du témoignage.

    Vous voyez ? Ce n’est pas seulement une façon d’adapter son style au support (je ne vois pas la nécessité de ce faire, à dire vrai). C’est une façon de réfléchir à la complémentarité des supports entre eux, et à l’imbrication des supports et de l’information.

    Aliocha : Bonne année également.
    Nous disons la même chose, relisez-moi et vous verrez au lieu de me contredire sur le terme de style qui n’est qu’un des nombreux éléments que j’ai cités. Sur les formats courts, ce n’est pas une question économique mais d’adaptation au support. L’internaute est réputé impatient et zappeur, la lecture sur écran moins aisée que sur papier et surtout plus fatiguante, il est donc d’usage de dire qu’un écrit sur le web ne doit pas dépasser la taille d’un écran. En tout cas, c’est ce qu’on pense en ce moment, même si ce n’est pas mon avis. Sur les liens, disons que lorsqu’on raconte ce qui se passe dans la vraie vie, on met forcément moins de liens qu’un geek relatant la vie du web. Au demeurant, je vous ferais observer que les blogueurs n’en mettent pas tant que ça des liens, sauf pour grimper dans le classement wikio. J’ajoute que les liens intéressent peu les lecteurs comme en témoigne mon tableau de bord. Si je mets un lien vers un article drôle ou polémique de la toile, les lecteurs y vont, en revanche, ils ne cliquent presque jamais sur les documents et références. Or, ce sont bien les documents et références qui importent en matière d’actualité et non les joujoux divertissants. J’ajoute, reprenant une observation d’Hugues Serraf, que l’utilisation des liens pas les journalistes peut vite tourner à la paresse, genre « je renvoie au document donc je n’ai pas besoin de le synthétiser ». Or, pour en avoir fait l’expérience ici à de multiples reprises, je sais que ce qu’attendent les lecteurs, c’est précisément qu’on leur livre un message et non pas qu’on les renvoie vers un document roboratif. En d’autres termes, l’utilisation d’internet pour l’information est plus complexe qu’il n’y parait et surtout n’a pas grand chose à voir avec une simple utilisation frénétique des nombreux outils à disposition parce qu’au final, ce sont des humains qui sont derrière leur écran et non pas des machines, des humains qui ne se comportent pas comme un moteur de recherche. Je ne vous croyais pas geek à ce point-là !

    Commentaire par Fantômette — 04/01/2010 @ 12:35

  38. Bonjour Aliocha,

    Bonané!

    Toujours en forme à ce que je vois 🙂 (votre pensée militante aborde la pente 2010 avec l’allant d’un brise glace soviétique rompant une banquise en débâcle; ça fait plaisir à voir, je me surprends à fredonner la marseillaise!)

    Fantômette ne dit pas exactement la même chose que vous et elle ne le dit pas de la même façon. Elle est plus douce. Plus résolue. Plus compacte et moins dispersée. Vous devriez lui prendre un petit peu plus de son talent pour avoir un peu plus de génie. Et elle ne vous en voudra pas.

    Pour en revenir à votre post, je le trouve très bien fait.

    140 coups. C’est ce qu’oppose une certaine idée de la civilisation à ceux qui veulent lui faire la guerre, le problème étant que les assaillants ne souhaitent pas plus que ses défenseurs lui consacrer plus de munitions.

    Il faut croire que la cible n’intéresse plus personne (sauf les cons de service dont vous faites partie).

    Pffff!

    Après la votation suisse, comment lui consacrer plus (que les cons de service, je veux dire)?

    Sinon, je ne suis toujours pas vacciné. On revend les doses.

    Je me porte bien, merci.

    Mais un nouvel attentat me dit qu’on va me palper les aisselles jusqu’au ganglions lymphatiques, sécurité internationale oblige.

    Alors je me brosse les dents.

    Que ça se sache!

    Et les couilles!

    Et celles de Pie XII!

    Alouette!

    PS: merde! j’ai pas vérifié la pression de mes pneus! Viiiite! Combien ça coûte?!

    Commentaire par tschok — 04/01/2010 @ 16:50

  39. OUPS!

    Erratum: « DONT VOUS NE FAITES PAS PARTIE! »

    Putain de négation!

    (scusez, c’est le lapsus, il nous aura tous, jusqu’à la tombe))

    NE faites pas partie.

    Et en plus je me suis donné la peine de faire une parenthèse, je le crois pas!

    Pour y foutre une faute!

    pfff…

    Commentaire par tschok — 04/01/2010 @ 16:54

  40. @Aliocha: Vous connaissez certainement le dessin de Caran d’Ache sur le dîner de famille chez des bourgeois respectables de la Troisième République dégénérant en pugilat à la mention de l’Affaire Dreyfus…

    En compagnie polie et variée, il ne faut parler d’aucun sujet qui fâche. De là la popularité des sujets comme la neige (fort drue aujourd’hui)…

    Commentaire par DM — 04/01/2010 @ 18:40

  41. Merci pour le lien renvoyant au blog du Causeur (J’ai aussi eu une brève discussion sur twitter d’ailleurs avec Koztoujours, avant de voir ce lien). Cette lecture fut très distrayante. Et bonne année.
    Au fait, si jamais, il y avait, un jour un type pour vouloir canoniser JPII, j’imagine que les mêmes défendront sa doctrine de l’interdiction du préservatif avec les mêmes connaissances pointus des textes publiées par Karol Józef Wojtyła… Triste intellect, qui ne sait pas trancher.
    Concernant, twitter, est-ce ou non, un lieu du débat ? Je doute que la pensée nécessite réellement un nombre minimum de mot pour s’exprimer. Tout au contraire, bien souvent (méditons sur un Nietzsche qui aurait lancé sur Twitter, deviens ce que tu es, par exemple). Twitter est un lieu de la conversation, souvent affirmée, parfois violente. C’est le grand retour finalement de l’agora; monstrueuse, véritablement repoussante, et mal famée. Hugo ne l’aurait pas récusé, je pense. Méfions nous donc des discours fabriqués pour plaire au palais des « chats angoras ».

    Commentaire par ZaraA — 04/01/2010 @ 23:43

  42. Bonsoir Aliocha,

    (Vous devriez vous fier à tschok, dont les qualités de sérieux et d’objectivité n’égalent que sa rigoureuse impartialité.)

    J’ai bien relu votre réponse à mon com’ 29, mais je ne suis pas certaine que nous disions exactement la même chose.

    Vous écrivez : « on ne fait pas les mêmes choses à la radio, à la télévision, en presse écrite et désormais sur le web ». A quoi faites-vous précisément référence lorsque vous dites que les journalistes « ne font pas les mêmes choses » ?

    Ils ne font vraiment « pas les mêmes choses » ou ils ne les font pas de la même manière ?

    Par exemple, dans votre récent billet, vous évoquez les articles paru dans Marianne sur l’affaire Pie XII.

    Vous conviendrez sans peine, par exemple, qu’il s’agit là – quelle que soit par ailleurs votre opinion sur la question – d’un sujet de controverse.

    Donc, pour ma part, je pense que c’est un sujet adapté à un support autorisant la visualisation de la généalogie d’un débat. Pour ça, Internet est bien plus adapté que la presse écrite – qui va donner l’impression d’une position péremptoire sur cette question (dont je ne nie pas pour autant qu’il relevait de sa compétence de traiter), qui va « figer » le débat, le cristalliser dans un article « immobile » et « compact ».

    Internet est bien adapté à la reprise d’une controverse parce que – si je schématise un peu ma pensée sur ce point – ce support permet de modéliser les termes d’un débat dans leurs rapports entre eux. Comme des modèles réduits de soldats de plomb, si vous voulez. Vous pouvez imaginer des bataillons de blogs, sites, coms, articles qui s’interconnectent, et font évoluer la discussion.

    Tout simplement parce qu’Internet est à la fois le lieu d’un contenu (littéralement : d’une « matière à penser ») ET une technique de connexion. Ce que n’est pas le support papier, qui n’est que le lieu d’un contenu. Internet permet de cartographier le mouvement d’une pensée qui s’élabore. L’écrit peut le faire également, mais moins bien, car lui-même n’évolue pas. Il est fixe.

    Donc, si je reprends un peu cette idée de développer une expertise de la matérialisation de l’information dans l’espace publique, ici, il faudrait imaginer que quelqu’un chez Marianne puisse dire, au moment où arrive la question du traitement de cette actualité: « ça, c’est un sujet pour Marianne 2 ».

    Bon.

    Pour ce qui est des liens hypertextes, perso, j’ai une position plus simple. Pour moi, c’est l’équivalent de l’universitaire qui cite ses sources sous forme de notes de bas de pages. Personne ou presque n’ira vérifier qu’il les a cité correctement ? Ben oui, c’est possible. Mais ce n’est pas (tellement) le problème. S’il ne les cite pas, il n’a pas rempli son cahier des charges. Il n’a pas correctement rempli sa fonction.

    Maintenant, il ne s’agit pas pour un journaliste de se contenter de dire : « Le rapport Léger a été déposé ».

    Je conviens volontiers avec vous que c’est un poil trop sobre.

    (Par contre, si l’idée est d’être le premier à dire : « rapport-déposé-top-chrono-pour-les-coms », alors là, le support ad hoc par excellent est évidemment… twitter. Twitter est surtout intéressant pour cette fonction, qui en fait le support privilégié de la diffusion extrêmement rapide d’une information extrêmement brève. Pour le meilleur et pour le pire, bien sûr. Il diffusera aussi bien le scoop du siècle qu’un simple buzz.)

    Commentaire par Fantômette — 04/01/2010 @ 23:48


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