La Plume d'Aliocha

04/12/2009

Le drôle d’argument

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 10:10

Dans le prolongement de la petite brève d’hier sur Murdoch c/ Google, j’ai lu ici et là de drôles de réactions. Et notamment celle-ci, relevée par @si. Je vous la livre tant elle m’émoustille. Cyruz, sur Le Post note : « Déjà que l’activité de bloggeur n’est pas gage de gros salaire, il faudra payer un abonnement aux journaux en ligne (anglo-saxons dans un premier temps) pour avoir accès à plus de 5 news par jour (faites bien attention quand vous cliquerez). Google indique que la décision reviendra aux journaux, inscrits ou non au programme « First Click Free » (trad.: premier clic gratuit) mis en place par le géant de la recherche et modifié depuis le 1er décembre. Les groupes de presse décideront ou non de faire payer l’accès à leurs précieuses infos en ligne à travers l’outil. De plus en plus de quotidiens et magazines font déjà payer leur contenu en ligne. Vous pourrez remercier le magnat de la presse, et patron de Newscorp, Ruppert Murdoch (88e fortune mondiale en 2006, 132e en 2009 – selon Forbes) pour ce changement radical qui rique de faire du bruit et d’endommager encore un peu plus les journaux gratuits, ou citoyens, à la recherche d’un modèle viable ».

Ainsi donc, nos amis blogueurs se plaignent du fait que si les articles de presse deviennent payants, autrement dit si des entreprises de plusieurs centaines de salariés ont l’outrecuidance de faire payer l’accès à la production de leurs équipes de professionnels de l’information, eh bien nos petits potes dilettantes qui, de temps en temps, quand ils en ont envie, nous livrent leurs précieuses analyses sur l’actualité, nos petits potes donc vont subir une baisse de la rentabilité de leur activité. Voilà qui me plonge dans un désespoir sans fond. Non, vraiment. D’ailleurs, je m’apprête à protester ce matin contre la RATP, mon marchand de carnets et de crayons, mon fournisseur d’accès Internet, France Telecom, EDF, les URSSAF et quelques autres. Si vous saviez à quel point ils nuisent à la rentabilité de mon activité, vous n’imaginez même pas ! Après tout, je ne vois pas bien pourquoi on ne se mettrait pas tous à exiger la gratuité…de tout.

Plus sérieusement, je comprends bien la logique des blogueurs et je ne leur en veux pas, même si je les taquine un peu. Après tout donner l’accès gratuit aux choses puis le retirer entraîne nécessairement des protestations. Sans compter qu’entre temps, on a semé le doute sur la nécessité de payer. Ce qui m’irrite en revanche, c’est le refus de prendre en considération le fait que le journalisme est un métier, et que comme toute profession il mérite rémunération. Ainsi donc, parce qu’une poignée d’amateurs tente de vivre de sa plume, il faudrait qu’un secteur économique entier s’incline et offre gratuitement la matière première de cette nouvelle activité ? Mais de qui se moque-t-on ?

Serait-il possible un jour que les fanatiques du web envisagent autre chose que leur petit confort ? Pourraient-ils, ne serait-ce qu’un instant, imaginer que le monde ne se réduit pas à leur écran ? Ils veulent traiter l’info ? Qu’ils aillent la chercher, qu’ils mouillent un peu la chemise, qu’ils se rendent sur le terrain, qu’ils y passent leurs jours, leurs nuits et leurs week-end aussi, comme nous le faisons dans la presse pour trouver l’information, la vérifier, l’ordonner et la publier. Nous verrons alors s’ils ne réclameront pas eux aussi d’être payés. Non pas pour avoir passé 5 minutes à rédiger un billet sur leur humeur du moment, mais pour avoir enquêté et fourni un vrai travail. Et nous verrons aussi s’ils ne crient pas à l’injustice en voyant que leur beau reportage est invendable, parce que, précisément, c’est un métier non seulement de produire de l’information mais de savoir la vendre. Un métier particulièrement difficile quand ce qui n’était pourtant pas très cher se retrouve sommé d’être gratuit.

D’ici là, ils feraient mieux de se taire.

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