La Plume d'Aliocha

02/12/2009

Et si Murdoch avait raison ?

Filed under: Brèves — laplumedaliocha @ 13:07

La nouvelle va faire du bruit ! Google vient d’annoncer en effet qu’il allait permettre de limiter l’accès gratuit des internautes aux articles de presse qu’il référence, admettant au passage que « créer du contenu de qualité n’est pas facile et cher ». C’est ici.

Cette annonce, réalisée à l’issue d’une conférence aux Etats-Unis sur l’avenir de la presse, intervient surtout après le coup de gueule poussé début novembre par le roi des médias, Rupert Murdoch, à l’encontre du « pilleur de contenus ». A l’époque, cette réaction avait suscité bien des interrogations dans la presse. Ce d’autant plus que durant l’été, il avait annoncé sa volonté de rendre ses contenus payants. Murdoch continuait-il d’être un génial visionnaire ou s’accrochait-il à un modèle en voie de disparition ? Ce qu’on lui acordait en tout état de cause, c’était la capacité de déclencher une réaction en chaine chez les éditeurs de presse susceptible de peser face à Google.

Il faut croire que le vieux lion a marqué un point, puisque Google semble faire un pas dans sa direction…

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46 commentaires »

  1. Faire financer l’information par une taxe sur les fournisseurs d’accès Internet, je suis pour.

    Google vs Bing (Microsfot): Murdoch à les moyens de ses arguments !

    Aliocha : c’est une idée, de toutes façons, il faudra bien trouver un moyen de financer les contenus. Je me demande si les autorités de concurrence américaines ne sont pas aussi un peu à l’origine de ce revirement de Google…C’est elles qui organisaient le colloque sur l’avenir de la presse.

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 02/12/2009 @ 14:15

  2. Pour les fans de VO technique, la note du blog officiel de Googne News y faisant référence est là :
    http://googlenewsblog.blogspot.com/2009/12/update-to-first-click-free.html

    Aliocha : merci, je n’avais pas eu le temps de le chercher.

    Commentaire par Le Nonce — 02/12/2009 @ 14:32

  3. @Le Chevalier Bayard: sans vouloir vous offenser, financer par une taxe sur les FAI semble être devenu le nouveau prêt à penser pour résoudre toutes les crises de financement liées à des modèles a priori dépassés.
    À quand une taxe sur les FAI pour boucher un peu le trou de la Sécu ? Après tout, si on faisait davantage de sport au lieu de rester avachis devant le blog d’Aliocha…
    (pardon pour le HS)

    Aliocha : eh oui ! D’ailleurs je propose qu’on prélève une taxe sur les blogs pour que les internautes puissent financer leur abonnement aux clubs de sport et se désintoxiquer du web 😉

    Commentaire par Yepok — 02/12/2009 @ 15:29

  4. @ Yepok

    Quel serait pour vous la solution ?

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 02/12/2009 @ 15:53

  5. Murdoch a marqué un point, mais ça ne veut peut-être pas dire pour autant qu’il a raison….
    Google n’a pas voulu voir une partie de son contenu migrer vers Bing, qui lui, effectivement, paierait pour avoir le contenu des journaux de Murdoch.
    N’empêche que cette annonce fait quand même froid dans le dos !

    Aliocha : tout dépend de quel côté on se place, moi elle me fait chaud au coeur. Il était temps qu’on ouvre le débat sur le financement des contenus. Je trouve parfaitement hallucinant qu’une entreprise commerciale, qui plus est en situation de monopole, gagne un argent phénoménal sur le dos des producteurs de contenus au point de mettre en péril un secteur industriel dans le monde entier.

    Commentaire par Thibault — 02/12/2009 @ 16:35

  6. Alliocha, je vais répondre à votre question précédente

    tout ça c’est du vent.

    Il est parfaitement possible d’indiquer sur un site web les parties à indexer et celles à ne pas indexer par les moteurs google.
    Tous les sites font ça.

    Je ne sais pas vraiment à quoi rime le « coup de gueule » de murdoch, mais je suis convaincu qu’il y a des trucs sous le tapis qui éclaire les choses autrement

    Aliocha : Dans ce cas, pourquoi Google propose-t-il en grande pompe de faire ce qui se fait déjà ?

    Commentaire par fred — 02/12/2009 @ 16:44

  7. En même temps, si on parle de « contenu de qualité », Murdoch éditeur entre autres du Sun, de News of the World et Fox news ne s’est pas obligatoirement senti le premier visé.

    Commentaire par OuvreBoîte — 02/12/2009 @ 18:14

  8. Ah ah oui ça c’est très vrai ! Le problème c’est qu’il dispose d’un leadership certain… et que le risque soit, comme on le voit pour l’instant, qu’il parvienne à fédérer autour de lui d’autres groupes de presse d’un niveau supérieur…

    Commentaire par Thibault — 02/12/2009 @ 18:21

  9. Le Figaro est plus précis, bien que très insuffisant :
    http://www.lefigaro.fr/web/2009/12/02/01022-20091202ARTFIG00579-google-fait-un-geste-pour-les-sites-de-presse-payants-.php

    Le problème semble technique : comment permettre aux moteurs de recherche de lire la totalité d’un article, pour une bonne indexation, alors que l’internaute non abonné n’a droit qu’a l’introduction avant une invite à payer.
    Il me semblait pourtant que l’on savait distinguer le moteur qui passe des clients qu’il envoie ; y a-t-il un geek qui en saurait plus ?

    Commentaire par Pilou — 02/12/2009 @ 18:39

  10. C’est marrant, j’étais aussi en train de lire l’article du Figaro (un peu brouillon en effet).

    Je n’en sais malheureusement pas plus sur l’aspect technique, mais je trouve ça un peu gonflé de la part de Murdoch de vouloir le beurre (l’indexation) et l’argent du beurre (l’accès payant).

    Après, cinq articles me semble un choix complètement arbitraire et un peu bâtard, qui au final ne satisfera personne…

    Commentaire par Thibault — 02/12/2009 @ 18:48

  11. Par hasard, vu une référence plus professionnelle :
    http://www.webrankinfo.com/actualites/200810-first-click-free.htm
    C’est bien une question de partage du pognon.

    Google va faire grincer les dents de ses détracteurs : il essaie de faire accéder gratuitement à un minimum de documents en accès payant

    Commentaire par Pilou — 02/12/2009 @ 19:48

  12. @ Aliocha

    « En France, le Syndicat de la presse quotidienne nationale (SPQN) a arrêté une position commune dans une lettre qu’il a adressée, il y a quelques semaines, à la commission Zelnik, chargée d’étudier les pistes pour rémunérer la création sur Internet. La lettre reprend notamment une proposition de Nathalie Collin, coprésidente de Libération, de faire financer l’information par une taxe sur les fournisseurs d’accès Internet. »

    Et vous qu’est-ce que vous en pensez ?

    Aliocha : je n’en pense rien, Cher Chevalier, je me contente d’observer. Toute proposition de solution visant à financer les contenus me parait bienvenue, mais dire ensuite quelle est la bonne, c’est au-dessus de mes capacités.

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 02/12/2009 @ 20:02

  13. il est tout à faiit possible d’indiquer à google les liens du site que l’on inexe de ceux que l’on indexe pas.
    c’est juste de la configuration, tous les développeurs travaillant sur des sites commerciaux savent faire ça

    c’est pour ela que je le dis et le redis, la dedans il y a pas mal de pipeua de la part de murdoch

    mon sentiment c’est qu’il veut bien laisser google indexer ses sites car cela lui rapporte des lecteurs, mais à condition que Google paye une dîme.

    Je fais le pari que c’est des histoires de gros sous, rien d’autre, de la part d’un type depuis toujours férocement hostile à toutes forme de liberté individuelle qui tente un gros coup

    Alliocha, je vous propose une piste d’ailleurs: en ce moment Mc Cain (pas celui des frites) tente de faire passer au sénat US une loi de privatisation pure et simple d’internet. En gros on ne pourra accéder à internet qu’à travers les réseaux de tel ou tel prestataire.

    Comme maintenant me direz vous. Oui, mais…
    L’accès depuis ce réseau aux réseaux concurrents sera très limité (en débit par exemple oou payant) voire impossible
    Bref le modèle AOL qui ressurgirait de la préhistoire d’internet. La mort de pas mal de sites qui n’auront pas les moyens de payer un hébergement et le marketing qui va avec. Mais je doute que cela gênerai beaucoup monsieur Murdoch.

    J’ai tout de même l’impression qu’une fois ceci posé, bien des choses s’éclaircissent. Mais j’en sais pas plus…

    quelqu’un à d’autres idées?

    Commentaire par fred — 02/12/2009 @ 21:40

  14. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le changement est en effet assez profond. Jusqu’ici, Google pénalisait (et pas qu’un peu) les sites qui présentaient au visiteur une page différente de celle visible par le moteur de recherche. Pourquoi? Pour éviter que le visiteur se retrouve dans une usine à liens sponsorisés alors que le moteur avait vu plein de jolis mot-clef optimisés dans les règles de l’art.

    Du coup, les éditeurs avaient jusqu’ici le choix entre:
    -proposer des pages accessibles par abonnement, non visibles de google, et donc mal référencées
    -proposer des pages accessibles par abonnement, visibles de google mais pas des visiteurs, donc pénalisées et mal référencées
    -proposer des pages accessibles par abonnement, mais visibles par google et les visiteurs provenant du moteur de recherche, donc avec des chances d’être correctement référencées

    La dernière solution me semble (et semblait aussi aux éditeurs vu que c’était la voie qu’ils avaient suivi) la plus acceptable, car si elle permet à tout un chacun de truander le système d’abonnement, elle est la meilleure pour assurer un renouvellement des lecteurs et éviter que le site ne se casse fatalement la gueule.

    Ici, Google a fait un grand pas, en acceptant de ne pas pénaliser les éditeurs qui proposeraient (sous certaines conditions) une page différente au moteur et aux visiteurs, ce qui est totalement à l’opposé de leur politique de référencement.

    Aliocha : merci beaucoup pour votre éclairage.

    Commentaire par kalgan — 02/12/2009 @ 22:17

  15. L’internaute qui cherche trouvera toujours sur internet toute l’information qu’il désirera trouver et se détournera du payant . Les jeunes , ceux de la génération d’internet , achèteront de moins en moins de journaux classiques . Mais peut-être plus de revues à thème .
    Et il n’est pas interdit aux blogueurs de trouver des sponsors . Celà se fait déjà beaucoup .

    Commentaire par BrunoK — 02/12/2009 @ 23:38

  16. En fait, l’approche de kalgan me semble la plus pertinente. Sur ce coup là, je trouve google bien sympa (peut être que l’appuie de bling de l’autre coté de la balance à fait pencher la balance) et google commence doucement à creuser sa tombe.

    Ma solution d’extrémiste serait de dé-référencer immédiatement la totalité des articles de presse du groupe Murdoch, comme celui-ci le désire, afin de ne pas ‘piller’ ses contenus. Et peut être faire entrer dans google news, une part importante de ‘blog’.

    Parce qu’en fait, google, paie ses gens, ses machines, ses serveurs, son électricité, son infrastructure pour indexer _gratuitement_ des sites internets. Je me souviens d’un temps (que les moins de 20 ans ..) ou il fallait payer pour être référencé, maintenant certains veulent être payés pour se faire référencer, un comble.

    Mais bon, google par son _travail_ et sa pertinence gagne un paquet de pognon et il est de bon ton d’essayer de lui voler une part de gâteau. Lorsqu’il était tout petit et que Fast trustait le top des moteurs de recherche, il y avait personne de la presse pour aider google à faire son chemin, maintenant que google caracole en haut des charts, tout le monde trouve normal de lui faire payer sa réussite… c’est pas ce que j’appelle un monde libérale, ca ressemble vachement à du communisme de faire payer les autres pour la ‘communauté’

    Aliocha : chaque époque a ses veaux d’or….

    Commentaire par herve_02 — 03/12/2009 @ 03:03

  17. À propos de la valeur que Google apporte, il y a quelques idées intéressantes sur le site d’un spécialiste en usabilité (i.e. rendre un site web facile et clair à utiliser sans sacrifier le contenu). C’est orienté vers des entreprises, mais ça s’adapte assez bien à certains aspects de la situation :

    Pourquoi la pré-éminence des moteurs de recherche rend les gens moins fidèles à un site :
    http://www.useit.com/alertbox/20030630.html

    Comment, dans le cas un peu particulier des liens payants, les moteurs de recherche profitent sans effort des améliorations des sites qu’ils référencent :
    http://www.useit.com/alertbox/search_engines.html

    Je crois que les sites de contenus, dont par exemple les journaux, font face depuis quelques temps à changement de fonctionnement, où les moteurs de recherche deviennent en quelque sorte les « portails » que les gens utilisent, et profitent ainsi sans grand effort des améliorations que les autres font. C’est amusant, parce qu’il y a une dizaine d’années on a eu exactement l’effet inverse, les grands portails (type AOL) ont sombré parce que les gens ne voulaient plus être guidés par les listes (construites plus ou moins manuellement à l’époque, la situation n’était évidemment pas identique) qui leur étaient proposées.

    Le problème des sites de contenus, c’est que lorsqu’ils se sont créé au début des années 2000 (en gros), ils se reposaient sur un modèle où le moteur de recherche était au pire un intermédiaire transparent, au mieux inexistant. En terme de revenus, le moteur de recherche ne coutait rien (puisque qu’on considérait les portails, à référencement payant, comme morts ou mourants et que les liens sponsorisés n’existaient pas encore) mais ne rapportait rien (être référencé était bien, mais ça n’était pas une clé du fonctionnement des sites, contrairement à la situation actuelle où la SEO (Search Engine Optimization) est quasiment la technique la plus importante dans la construction d’un site). Mais ce modèle ne marche plus maintenant, et les journaux, comme les autres, se rendent compte qu’un moteur de recherche peut leur ôter de la valeur ou leur coûter de l’argent…

    Je ne sais pas comment les choses vont évoluer (je ne me risquerais pas à des pronostics dans ce domaine), mais il y a clairement des assez gros changements en cours, soit du côté des contenus, soit du côté des moteurs de recherche. Cet accord Google-Murdoch n’est qu’une étape…

    Commentaire par Rémi — 03/12/2009 @ 10:50

  18. Voilà comment je comprends le truc: c’est plutôt un problème de siphonage de pub.

    Quand j’accède à un site d’info par Google, j’arrive sur les pages internet, par exemple celles de la version web d’un journal papier. Comme son homologue papier, la version web émet de la pub, ce qui veut donc dire que des annonceurs ont acheté de l’espace au site en question, mais pas à Google.

    Le problème, c’est que Google intercale ses propres pub dans le flux, voir évince complètement les pubs du site en question, si bien que lorsque j’accède à la page je ne vois plus les pubs émises par les annonceurs du site que je visite, mais seulement ou majoritairement ou aussi celles des annonceurs de Google.

    Résultats, les annonceurs qui ont acheté des espaces sur le site d’info se rendent compte qu’ils achètent de l’espace qui ne sert plus à rien ou qui est pollué par d’autres pubs et ne renouvèlent pas leurs achats.

    Murdoch en déduit alors que son modèle économique ne tient plus la route, parce que le financement par la pub ne marche plus (pour lui, mais pour Google, ça marche très bien!) et dis: « je bascule sur le modèle site payant et je me déréférence de Google ».

    (Avec des conséquences juridiques semble t’il: en accès payant, Google ne peut plus polluer la page internet que je regarde avec sa propre pub)

    Google prend conscience qu’il va perdre une partie de ses produits d’appel (les contenus gratuits sur lesquels il greffe sa pub, laquelle constitue sa ressource) et dit à Murdoch: « ok, je suis prêt à faire un effort en limitant l’accès à vos pages » ce qui, en réalité n’a rien à voir avec le siphonage qui repose sur la maîtrise d’une technologie informatique lui permettant d’évincer la pub émise par un site pour lui substituer la sienne.

    Ici, il ne s’agit pas d’un conflit entre un éditeur de contenus gratuits qui se fait « piquer » son contenu par Google, parce que ce type de conflits ne peut pas vraiment exister dans ce modèle économique: l’éditeur de contenus gratuits a tout intérêt à marcher avec Google s’il veut que ses contenus soient largement diffusés.

    Il s’agit plutôt d’un conflit classique qui oppose deux plateformes de vente d’espaces publicitaires pour le partage d’une ressource qui est générée à partir d’un contenu libre que l’un édite et que l’autre rend accessible au plus grand nombre, chacun voulant placer sa pub.

    Alors on dit: Murdoch, c’est le gentil parce qu’il se fait piller ses contenus libres et Google est le méchant parce qu’il se fait beaucoup d’argent sur le dos de l’éditeur sans lui rendre aucun service: c’est du parasitisme. En réalité, non.

    Google rend accessible au plus grand nombre un contenu de la même façon qu’un supermarché, à cette différence que ce supermarché ne serait pas propriétaire des marchandises qu’il vend et se contenterait de les mettre en rayon, sans même s’occuper de savoir s’il y a une caisse à la sortie du magasin.

    Google, c’est un espace virtuel où les marchandises sont bien rangées: vous allez au rayon parfumerie et vous trouvez toute la parfumerie. Rayon librairie, pareil. Alimentation, idem. Etc. Et vous mettez dans votre panier. Que ce soit gratuit ou payant, Google s’en fout. Lui, se finance par la pub, parce qu’au passage, il va émettre de la pub.

    Ce modèle permet à tout le monde de faire du business, en gratuit ou en payant. Enfin, jusqu’à un certain point. Un point de rupture. Qui est très précis d’ailleurs.

    Ce point de rupture, c’est le monopole: si Google a une position monopolistique dans l’émission de la pub sur le net par la mise en oeuvre de techonolgies d’éviction des pubs des autres, alors, tous les éditeurs de contenus qui voulaient se financer par la pub, tout en mettant en ligne du contenu gratuit, ne peuvent plus le faire.

    On arrive à ce point de rupture.

    En soi, c’est pas une révolution. On s’y attendait depuis longtemps parce que ce problème devait logiquement se poser un jour ou l’autre.

    Aborder ce conflit classique de partage d’une ressource en disant qu’il y a un gentil et un méchant fait partie du mode de résolution du conflit qui passera aussi par du lobbying, ce qui suppose donc de fédérer des camps.

    Et puis il y aura naturellement des méga procès (il y en a déjà) et des accords de partage du marché entre géants (il y en a déjà aussi).

    Les petits, quels qu’ils soient (éditeurs de contenus gratuits ou pas) seront bien obligés de s’adapter à la nouvelle donne. Et j’ai comme l’impression qu’ils ne seront pas les gagnants.

    Commentaire par tschok — 03/12/2009 @ 10:57

  19. Je ne suis pas certaine que la logique qui consiste à valoriser – économiquement – le contenu puisse être érigée en principe. Les média, même classiques, devraient se méfier de créer là une créature qui pourrait se retourner un jour contre eux.

    Dans une certaine mesure – ou du moins, dans un certains « discours ambiant » – les média traditionnels sont également de simples tuyaux – et continuent, pour un certain nombre, de se revendiquer d’un rôle qui ne va pas beaucoup plus loin. Relayer l’information, les faits-les faits-les faits, tout ça. Dès lors, produisent-ils réellement du contenu ? Ou se contentent-ils de le faire passer ?

    La réponse se situe sûrement quelque part entre les deux. Ils transmettent un contenu qui ne vient pas d’eux, mais des experts, des hommes politiques, des people, des acteurs économiques et sociaux, du discours des communicants, etc. Toutefois, ils le retraitent, pour en faire une information. Ils doivent lui apporter une valeur ajoutée, et ceux qui ne le font pas, ou mal, semblent aujourd’hui se retrouver en difficulté.

    Du coup, je me fais la réflexion suivante : si ça se trouve, c’est la presse people qui est à l’avant-garde de ce nouveau modèle, puisque dans ce cas précis, les people vendent effectivement le contenu à la presse, sous forme de reportage exclusif, par exemple. Et si l’information est volée, ils poursuivent, et obtiennent des dommages-intérêts. Ils sont dans une logique murdochienne : « je suis votre contenu, rémunérez-moi ». Du coup, il semble logique que ce soit Murdoch qui reprenne pour lui un principe qu’on lui impose quotidiennement.

    Ça va être intéressant de voir qui est en position de force, qui va imposer ses vues à l’autre.

    On peut généralement compter sur la logique marchande pour nous le révéler précisément. Avant, les producteurs de contenu payaient les moteurs de recherche pour y apparaître, c’était donc bien les premiers qui étaient en position de force. Peut-être désormais l’équilibre est-il en train de se modifier, même s’il me semble être encore un peu tôt.

    Tant que les revenus associés à la gestion d’un site resteront fonction du flux qu’il génère, les moteurs de recherche ne devraient pas être démunis.

    Du coup, il me vient une question : quel est le modèle économique des NMPP ?

    Commentaire par Fantômette — 03/12/2009 @ 11:19

  20. @ tschok :

    Je suis d’accord avec votre analyse (qui recoupe ce que je dis, je crois), sauf sur la conclusion, quand vous dites que ce modèle marche jusqu’à ce qu’existe un monopole. Pour moi, le conflit existait dès le début, dès que les moteurs de recherche ont commencé à gagner de l’argent sur le contenu des autres. Tant que les sommes en jeu étaient faibles (pour les éditeurs, i.e. tant que le papier rapportait notablement plus), ils pouvaient l’ignorer, mais dès le début, il y avait deux modèles en opposition, qui ne pouvaient que finir par se confronter.

    Enfin bon, c’est facile de faire de la retro-prospective, maintenant que les choses sont évidentes… Mais il est clair que dans cette histoire, il n’y a aucune moralité autre que celle du commerce. Ce sont deux entreprises qui luttent pour leur revenus et le journalisme ou l’information n’ont qu’un rôle très accessoire là-dedans. Ce qui ne veut pas dire que l’issue ne sera pas importante pour les journaux en ligne, mais disons que la même chose aurait pu se produire pour d’autres produits (et d’ailleurs, la lutte de LVMH et consorts contre Ebay est assez similaire, les produits de luxe ne voulant pas perdre au profit des sites de vente en ligne les revenus que leur rapportent leur image de luxe, qu’ils construisent à grands frais).

    Commentaire par Rémi — 03/12/2009 @ 11:26

  21. @Pilou : pour répondre à votre questions d’accès : il est tout à fait possible pour l’éditeur d’un site d’autoriser seulement les robots de Google à venir indexer l’intégralité du contenu, sans pour autant le fournir librement à l’internaute lambda.
    C’est plus ou moins expliqué ici.

    Commentaire par Lully — 03/12/2009 @ 13:18

  22. @ Rémi,

    Oui, elle recoupe complètement la vôtre.

    A quelques petites nuances près.

    Le conflit a existé dès le début sur le net entre éditeurs de contenus et diffuseurs de contenus, comme il a existé dans le monde de la presse et le monde littéraire entre éditeurs et auteurs et entre éditeurs et diffuseurs, au moins de façon potentielle parce que leurs intérêts perçus étaient contradictoires.

    En gros il existe trois approches, qui correspondent d’ailleurs à des phases historiques.

    Dans la première approche, de type Œdipienne, qui est celle du génie incompris qui confie à sa mère ses manuscrits pour qu’elle aille démarcher les éditeurs qu’il déteste, on pose en principe que seul vaut le contenu. Seul Mozart, Platon, Hugo, Vinci ont de l’importance. Seule compte l’œuvre de l’esprit et peu importe sa diffusion qui n’est qu’affaire de vils marchands ou affaire marquise tenant un salon littéraire. C’est la phase de création du droit d’auteur, destiné comme son nom l’indique, à protéger l’auteur contre son éditeur, ce vil marchand qui ne comprend rien à l’Art et qui pourrait tout aussi bien vendre des savonnettes.

    Et nous, Français, on est des intellos et on est complètement dans ce truc là.

    L’autre approche consiste à dire que produire une œuvre, c’est bien, la diffuser, c’est mieux et que le cœur du business, c’est ça. Et la production de l’œuvre on s’en fout, ça peut être de la merde, on s’en fout du moment que ça se vend. Mais rien n’empêche de faire de la qualité, du moment que ça coûte pas trop cher et que ça rapporte.

    Les Anglo saxons, qui sont des commerçants, sont complètement dans ce truc.

    C’est la phase d’extension du délit de contrefaçon: dans ce modèle, auteurs et éditeurs marchent ensemble et attaquent un diffuseur qui commercialise leur produit sans payer sa dime.

    C’est la phase où nous sommes actuellement, avec la question de savoir si l’extension du délit de contrefaçon, originairement Business to Business, va s’appliquer en masse aux consommateurs, sachant que la réponse qui a été apportée est positive, mais qu’on a pris conscience que ça posait des problèmes divers.

    Ici, il ne s’agit plus de protéger le droit d’auteur, qui devient un bien marchand dont le sort est réglé par les lois du commerce, mais de protéger de la part de marché. Donc, on est complètement dans la sphère business et là dessus, il faut être lucide et se dépouiller de tout sens moral: le délit de contrefaçon, ou l’action en parasitisme, ça sert, pour le demandeur, à mettre la main sur la fraction de chiffre d’affaires qui lui échappe en raison de l’intervention d’un agent économique qui ne respecte pas, selon lui, les règles de la concurrence. Je vais chercher dans la poche de mon concurrent le pognon qu’il m’a piqué.

    Le procès en contrefaçon ou pour parasitisme fait partie du business à 100%: c’est un mode de répartition du pognon. Je gagne sur le terrain du procès ce que j’ai perdu sur le terrain économique et ça marche pour tout ce qui est œuvre de l’esprit, du sac à main au dernier Goncourt, à l’échelle du monde.

    La troisième approche consiste à dire que produire un produit culturel, donc un contenu, c’est bien, et le diffuser, c’est bien aussi. Dans cette approche, il faut trouver un mode de partage du profit qui ne soit pas sanglant en ayant à l’esprit que la solution qu’on met en place doit permettre à tout le monde de s’enrichir, donc que les uns doivent pouvoir continuer à faire du business et que les autres doivent continuer à percevoir une rémunération pour leur production de contenu ou leur travail d’édition.

    Seulement voilà, le système Internet qui a été mis en place repose sur des technologies qui ont été conçues pour favoriser la concentration du profit entre les mains de celui qui le maitrise, pas la collaboration entre acteur.

    Internet, c’est un truc d’informaticiens américains qui ont créé leur boîte, développé des logiciels qui structurent le système. Et dans ce modèle, il est prévu de se faire un maximum de pognon, y-compris par la revente de la start up, mais pas de collaborer pour qu’Internet devienne un monde idéal.

    Ce à quoi on assiste n’est rien d’autre qu’un match entre requins qui se battent pour leur part de viande et dans ce genre de match, la morale est outil comme un autre. Aliocha prend une position qui me paraît bien naïve, alors que la seule question qui se pose pour les petits producteurs de contenus dans une situation pareille n’est pas de savoir si le duel qui oppose les géants va faire évoluer le système vers quelque chose de sympa pour eux (la réponse est définitivement non) mais de savoir comment eux peuvent faire évoluer le système vers quelque chose qui est plus sympa pour eux.

    Et là, y a pas de miracle: Internet est un assemblage de technologies informatiques. Si vous les avez, tant mieux, si vous ne les avez pas vous n’êtes pas dans la photo.

    Comme les éditeurs et les producteurs de contenus ont fait 0 € de dépense en technologie informatique, à part s’acheter des gadgets dernier cri à la fnac pour eux ou leur assistante, la question est réglée.

    Fallait faire du dév. Ils ne l’ont pas fait. Ils sont donc consommateurs de technologies conçues ailleurs par des gens plus puissants qu’eux.

    La fin du match on la connait. Je ne vous parle pas entre géants. Ca on connait pas. On verra bien. Mais pour tous ceux qui n’ont pas pris le train, c’est réglé. Y a pas de suspens et c’est une connerie d’entretenir cette illusion.

    Dans ces conditions, la seule surprise peut venir de comportements malins de la parts des géants: Google, ou un autre, peut se permettre d’être gentil et cette gentillesse peut se manifester de façon très surprenante.

    Commentaire par tschok — 03/12/2009 @ 13:25

  23. J’avoue etre partagée…. entre liberté d’acces a la presse et droit d’auteur des journalistes……..
    Qu’est ce qui est le mieux? je pense quand meme que l’acces sur des sites de référencement comme Google devrait être gratuit

    Commentaire par misty — 03/12/2009 @ 15:01

  24. @ tschok :

    C’est une présentation des choses un peu cynique, mais que je trouve assez juste. Ceci étant, les « petits » peuvent aussi voir si la guerre entre les intérêts économiques ne va pas permettre de développer des pratiques intéressantes pour eux, non pas au sens où les géants vont se pencher sur leur cas et leurs envies, mais au sens où leurs petits besoins ne pourront pas se greffer sur les grandes pratiques, tout comme le lierre pousse sur l’arbre sans jouer de rôle dans la concurrence entre cet arbre et son voisin.

    À ce titre, la manière dont évolue la lutte entre, par exemple, les éditeurs et les moteurs de recherche a un intérêt « moral », parce que même si le gagnant (pour autant qu’il y ait un gagnant clairement identifiable…) n’aura en tête que ses propres intérêts économiques, son modèle laissera peut-être plus ou moins de place à d’autres idées ou manière de faire.

    Mais je suis quand même d’accord que, globalement, il y a une sorte de naïveté (essentiellement en France, mais pas uniquement) sur les motivations des entreprises. On dirait que les gens se laissent prendre au baratin de communication qui proclame que l’entreprise veut la liberté, le bien-être de l’humanité ou je-ne-sais quoi, alors qu’il est clair qu’elle ne veut qu’une chose, faire des profits (ce qui ne veut pas dire qu’elle ne peut pas fournir le bonheur à l’humanité, ni que fournir le bonheur n’est pas une bonne manière de faire des profits, mais ça veut dire que ça n’est pas son but ultime, c’est au mieux un moyen, au pire une façade). Ce qui dérive généralement sur des considérations sur l’inhumanité des entreprises, ce qui est aussi absurde que de parler de l’humanité (ou non) d’une voiture…

    Commentaire par Rémi — 03/12/2009 @ 15:04

  25. @Tschok : je ne vois rien de naïf dans le fait de se demander comment on va financer des activités que plus personne ne veut payer parce qu’on y a gouté gratuitement. Je n’ai jamais dit nulle part qu’il y avait un méchant Google et un gentil Murdoch. En revanche, j’ai beaucoup lu sur Internet qu’il y avait un vieux dinosaure imbécile qui embêtait un gentil Google, et ça, ça ne choque visiblement que moi. Il faut dire que c’est si agréable de sentir le vent tourner et de donner raison au vainqueur, n’est-ce pas ?

    Si on réfléchit néanmoins un peu plus avant, la question, toujours la même, est : puisque les vieux modèles de diffusion et donc de financement du cinéma, de la musique, du journalisme etc. ne fonctionnent plus, que les génies des technologies modernes aient l’amabilité de me dire du haut de leur splendide lucidité sur l’avenir radieux qu’ils nous préparent comment on va demain se nourrir quand on est réalisateur, chanteur, journaliste, écrivain etc ? Je sais, ce n’est pas leur problème. Quant aux dinosaures qui savent faire des films ou écrire des articles, ce n’est plus leur job depuis longtemps de les diffuser. Résultat, c’est à leurs diffuseurs de réfléchir. Problème, ceux-là ne sont pas des ingénieurs chargés de développer des technologies de pointe alors ils ne sont pas compétents. A supposer même qu’ils aient eu l’idée d’investir, ils auraient investi dans quoi exactement ? Elle est où l’idée miracle qui leur a échappée ?

    Donc on fait quoi ? Je vais vous le dire, ce qu’on fait, c’est évident, on fait une croix sur toutes ces vieilles choses et on vit dans un monde de publicité, de jeux vidéo, et de contenus bénévoles de qualité plus ou moins bonne véhiculés par des gadgets toujours plus performants. Vous n’aimiez pas les journalistes, réjouissez-vous, la com’ va les remplacer! Vous en aviez marre des Brel et autres Brassens, quelle chance, ce sera la Star Ac’ tous les jours ! Le cinéma français vous ennuyait, ça tombe bien, il vit ses dernières heures.

    Commentaire par laplumedaliocha — 03/12/2009 @ 15:26

  26. @ Aliocha,

    Mince, j’espère que je vais pas louper la dernière séance!

    Je vous trouve très pessimiste.

    1- Murdoch n’est pas un dinosaure, c’est un géant. Il a investi dans un modèle économique sur Internet, il se rend compte que ça marche pas, alors il en change et comme ce n’est pas le genre de mec à facilement accepter de se tromper, il cogne sur Google au passage et engage le bras de fer.

    Il n’a pas encore perdu que je sache, même si je pense que si j’étais à la place de Google, je ne pourrais pas m’empêcher de sourire intérieurement.

    2- Les vieux modèles de financement des produits culturels fonctionnent toujours, mais ailleurs que sur Internet. Sur Internet, les règles sont différentes et le financement ne se fait pas selon ces vieux modèles. La question qui se pose est de savoir si ces vieux modèles peuvent survivre hors d’Internet, dans un monde irl qui continue à exister de façon autonome, ou si Internet devient le monde.

    C’est ça la question centrale, il me semble. Or, là dessus, rien n’est joué.

    Ce qui pose une autre question: si Internet est appelé à devenir le monde univers de demain, comment y être suffisamment bien placé pour maximiser son profit? Un économiste vous répondrait: en investissant.

    3- Investir dans Internet, ça veut dire quoi au juste? J’en sais rien, je suis pas un génie de ces technologies, mais je vous rappelle que Google a été créé par une poignée de boutonneux doués en informatique avec une mise de fonds ridicule et que ce qu’ils ont fait, d’autres auraient pu le faire, ailleurs et avant eux.

    Si les diffuseurs et éditeurs de contenus traditionnels n’ont rien vu venir, c’est parce qu’ils ont adopté une attitude de fermeture intellectuelle face à la nouveauté. Ils me font terriblement penser à l’armée française en mai 40.

    L’art de perdre, alors qu’elle avait tout pour gagner… sauf l’esprit visionnaire.

    Il faut une vision. J’en suis réellement navré, mais je n’ai pas cette vision, donc je ne peux pas vous répondre. Mais je sais qu’il en faut une et je sais que certaines personnes en ont une. Il faut donc trouver ces gens, et faire vite.

    4- On fait quoi? Trouver les gens qui ont une vision au lieu de se complaire dans le pessimisme et les lois hadopi à la con.

    Commentaire par tschok — 03/12/2009 @ 16:01

  27. @Tschok : et me voilà pessimiste maintenant tandis que vous passez sans transition du cynisme ricanant genre « malheur aux perdants » à l’optimisme ignorant mais confiant. Vous ne voyez pas que derrière cette question se cache un problème de choix ou plutôt de non-choix de société ? Seulement voilà, tant qu’il s’agit de traiter tout ce qui n’est pas Google de cons, c’est facile, dès qu’on demande c’est quoi l’idée géniale, y’a plus personne. Je me demande quand les internautes vont s’apercevoir qu’ils sont pieds et poings liés entre les mains de géants économiques qui n’ont rien à envier aux dinosaures question ambitions économiques et manipulation des consommateurs et qui plus est se jouent des libertés et des droits de tout le monde, au nom d’un soi-disant progrès technologique et démocratique sur fond de gratuité purement fantasmée. Le vrai progrès, c’est quand on saura en maîtriser l’utilisation, ce qui pour l’instant n’est absolument pas le cas. La technologie c’est un peu comme l’art contemporain, n’est-ce pas ? On a ricané en regardant les premières toiles impressionnistes alors maintenant on s’émerveille devant n’importe quelle ânerie, dès fois que ce serait le génie de demain. Mais bon sang de bonsoir, ouvrez les yeux ! Je suis la première à trouver que Google est génial, ça ne m’empêche pas de penser que son monopole est un vrai problème, que tous ses gadgets ne sont pas forcément bienvenus, que le fait qu’il se nourisse des contenus des autres pose question. Qu’est-ce que c’est que ce manichéisme à deux balles qui consiste à dire : celui qui n’est pas avec Google est contre Google. Laissez ça à quelques boutonneux scotchés à leur écran qui ne vivent que par et pour la technologie. Ou alors qu’on me dise tout de suite que la technologie est la nouvelle grande religion mondiale et que Google est son prophète. Franchement, à lire certains sur le web, j’ai l’impression que c’est ça. Pour être tout à fait franche avec vous, je trouve cela affolant, mais il faudra des années pour qu’on s’en rende compte…ou pas.

    Commentaire par laplumedaliocha — 03/12/2009 @ 16:35

  28. @ Rémi,

    Effectivement, on peut penser que les petits peuvent bénéficier de retombées accidentelles et tirer leur épingle du jeu de cette façon là. Il s’agirait alors d’une sorte de politique opportuniste visant à glaner quelques avantages tombés accidentellement du duel entre géants.

    Mais j’ai des doutes sur la valeur de cette stratégie opportuniste parce qu’elle n’est pas forcément génératrice de rente de situation.

    En économie, l’opportunisme est souvent une excellente stratégie, mais à la condition quasi sine qua non de générer de la rente de situation. Or, sur Internet, l’opportunisme des petits rime le plus souvent avec insécurité de la rente, vu que le petit opportuniste ne sera jamais le seul à se placer dans le sillage du géant. Donc il sera en concurrence avec d’autres opportunistes.

    Et puis le géant peut ne pas aimer qu’un petit vienne se placer dans son sillage et il peut en profiter pour l’éliminer s’il commet l’imprudence de se mettre à portée de tir (rappelez vous de l’affaire M6 versus Wizzgo, le magnétoscope numérique). En général, le géant ne s’en prive pas, même si ça lui rapporte rien. Question de pouvoir.

    Donc au final, il est recommandé de faire gaffe avec l’opportunisme, surtout si vous vous retrouvez en face d’un juge français pour contrefaçon: sur Internet, le risque judiciaire est une donnée du problème encore plus qu’ailleurs.

    Sur le deuxième point de votre réflexion, je ne suis pas sûr que Google soit si égoïste que ça. Comprenons nous bien: c’est un géant, il est américain, sa vision du monde c’est le struggle for life, son mode de relation à l’autre c’est le rapport de force, son mode de partage de la valeur ajoutée c’est le système léonin, donc dans le meilleur des cas il ne laisse que les miettes, et encore, à condition de se battre pour les avoir.

    Mais, les miettes peuvent être grosses et un géant américain accepte que les petits s’engraissent avec les miettes de son repas, ce qui n’est pas le cas des géants français, par exemple, qui ne supportent pas que la moindre miettes tombent de leur assiette du moment qu’elle finit dans l’estomac d’un petit. Un géant français bouffe comme un dégueulasse, il en met partout, mais si vous vous avisez de venir picorer ne serait ce qu’une toute petite miette sans sa permission, il vous aligne.

    Le géant américain est généreux, sous cet angle, alors que le français est mesquin.

    C’est pourquoi, d’un certain point de vue, Google fait partie des meilleures choses qui pouvaient nous arriver. Ca nous change de nos systèmes de rente de situation habituels: c’est plus ouvert comme jeu. Ca donne une chance de jouer et de gagner. C’est américain, quoi.

    Suis je cynique en disant cela?

    Commentaire par tschok — 03/12/2009 @ 16:46

  29. Aliocha,

    Je crois qu’avec vous je commets une erreur grave que Fantômette identifierait tout de suite: je choisis très mal mon champ lexical.

    J’emploie des mots qui vous heurtent et qui vous font penser que je suis d’un camp et pas d’un autre, au point de me faire dire des trucs qui ne me sont même pas venues à l’esprit.

    Tout ce que vous dites sur l’art, la presse, la société, la technologie, je suis d’accord si vous voulez. Je parle pas de ça.

    Je vous dis simplement ceci: si vous êtes un producteur de contenu, vous avez intérêt à avoir une vision.

    La bonne.

    Et la moins mauvaise sera toujours celle qui intègre la description des rapports de force à l’état brut, sans angélisme ni anathème.

    Commentaire par tschok — 03/12/2009 @ 17:09

  30. @ tschok :

    Finalement, vous répondez vous-même dans la deuxième partie de votre commentaire à la question que vous posez dans la première partie… Comment les petits peuvent-ils survivre autour des géants ? Quand les géants ne se formalisent pas que quelqu’un vienne picorer à ses pieds.

    Mais je suis d’accord que, pour les « petits » (et en fait là-dedans je regrouperais aussi les intérêts, disons, non-commerciaux), c’est difficile de bâtir quelque chose de durable sur ce principe, c’est trop dépendant de la bonne volonté, ou de l’absence de mauvaise volonté, des acteurs économiques majeurs.

    Maintenant, pour en revenir à la question de fond, il existe une autre piste que de laisser les compagnies se faire la guerre : certes c’est passé de mode, mais on peut aussi considérer que faire respecter des impératifs autres qu’économiques, c’est le rôle de l’État. Que c’est à lui de mettre en place des règles telles que des valeurs morales soient respectées par tous les acteurs économiques (c’est un peu ce qui est en discussion aux États Unis à propos de la « neutralité du réseau »). Oui, cela veut dire potentiellement des règles qui vont à l’encontre de ce que la technique permet. Mais la technique permet aussi d’enterrer un champ de mine devant sa maison et personne ne se plaint que ce soit interdit. Et demander une présence active des états n’est certes pas le crédo du libéralisme, mais ça n’est pas non plus automatiquement du communisme.

    Évidemment, ça pose des problèmes. Historiquement, ces dernières décennies n’ont pas vraiment brillé par l’efficacité des états dans ces domaines. Politiquement, ça n’est pas le courant dominant. Et on se heurte évidemment aux problèmes de collaboration internationale (et quand on voit qui s’oppose à la construction européenne ou aux tentatives d’accords commerciaux internationaux, ça n’est pas gagné…), et d’efficacité (voir d’intégrité) des dirigeants. Mais en même temps, c’est le domaine où chaque citoyen a son mot à dire. Un individu n’a aucun poids sur Google ou News Corp., il a par contre un poids sur son élu local. Les boycotts de Danone ou Total n’ont, à ma connaissance, jamais eu d’effet notable sur ces sociétés alors que des manifestations ont parfois (pas souvent, mais parfois…) réussi à faire changer des politiques.

    Bref, même si je n’y mettrais pas tous mes oeufs, loin de là, je crois qu’il y a autre chose à faire que d’espérer que les géants veuillent bien nous laisser des miettes, ou qu’une nouvelle technologie vienne révolutionner les choses. J’y crois modérément, mais qui sait… ?

    Commentaire par Rémi — 03/12/2009 @ 17:18

  31. @Tschok : certes, mais alors vous apercevez le problème. Prenons l’exemple de la presse, je fabrique mon journal et j’embauche des vendeurs ambulants au départ et puis je me dis, tiens, si je m’associe avec mes potes, je peux perfectionner le système, créer un circuit de distribution, ouvrir des points de vente, proposer des abonnements, des distribution gratuites ciblées etc, etc. Mais voilà qu’une boite géniale débarque et lance la technologie de diffusion de demain. C’est le big bang, tout ce qu’on a connu n’existe plus. On ne jure plus que par l’écran. Génial ! Le public applaudit. Sauf que ce machin-là est très technique et donc uniquement maitrisé par ceux qui l’ont conçu. Ceux-là sont des gens super intelligents mais ils ne produisent que des circuits. Alors ils vont chercher des contenus pour circuler dans les tuyaux, sinon ils ne servent à rien leurs tuyaux. Et ces contenus, ils les prennent à d’autres qui, eux, ne savent pas faire d’aussi jolis tuyaux. Chacun son job. En principe, ça s’appelle un échange commercial et ça se traduit en argent. Sauf que le génie des tuyaux, son modèle à lui, c’est l’offre gratuite. Aïe, ça veut dire que non seulement nos producteurs de contenu perdent la maitrise de leur système de distribution (révolution) mais qu’en plus celui qui diffuse à leur place ce contenu le fait en fonction de son propre modèle de rentabilité, lequel n’est absolument pas rentable pour les producteurs de contenu (catastrophe économique). Ah ! Mais me dit-on, tant pis pour les producteurs de contenu, ils n’avaient qu’à faire comme Google ou même mieux. Hum, c’est un peu rude comme critique, non ? En résumé, on reproche aux éditeurs de presse de ne pas avoir anticipé l’émergence d’un modèle économique imposé par un acteur techologique dominant dont l’activité répond à un autre modèle que le leur et qui est bien décidé à l’imposer au reste du monde. Pourquoi pas ? J’observe que sur Internet on trouve ça parfaitement normal, moi ça me pose question.

    Commentaire par laplumedaliocha — 03/12/2009 @ 17:49

  32. @ Rémi,

    Jouer la carte de la réglementation est la première idée qui nous soit venue à l’esprit ici en France, ailleurs en Europe et ailleurs dans le monde (Chine par exemple) et même aux Etats Unis.

    Cette idée a même précédé Internet, c’est vous dire (par exemple la réglementation sur le cryptage des données aux Etats Unis, la CNIL en France).

    Ce qui veut dire en clair qu’on a un feedback de plus de trente ans sur les réglementations applicables aux systèmes d’information.

    L’étude du feedback, d’après ce que j’ai entendu dire, montre que la réglementation a une efficacité très variable suivant le domaine réglementé, le pays concerné et plein d’autres facteurs.

    Miser sur la réglementation pour réguler Internet revient donc à faire un pari. Pari d’autant plus risqué que la réglementation sera de mauvaise qualité juridique. Or il semble que les réglementations de mauvaise qualité juridique soient devenues la norme.

    Par dessus le marché, si j’ose dire, Internet réclame des réglementations globales, en raison de son caractère transnational…

    Donc il faut se mettre d’accord avec les autres.

    Mais… allez parler de neutralité des réseaux, par exemple, avec un officiel chinois ou iranien: vous savez qu’il n’a pas du tout les mêmes idées que nous.

    Bref, le moins que je puisse dire est que je partage votre très grande prudence sur cette carte à jouer.

    Je pense qu’il faut jouer toutes les cartes en fait.

    Si vous voulez avoir une description précise du jeu de cartes, il y a une fille qui est super là dessus et d’une intelligence très fine, mais j’ai oublié son nom là… (honte à moi).

    Elle a écrit des bouquins, c’est une universitaire (oui, là je m’enfonce)

    Commentaire par tschok — 03/12/2009 @ 17:59

  33. Aliocha,

    Google, comme tout le monde, a constaté l’existence d’Internet.

    Sur Internet, Google, comme tout le monde, a constaté qu’on trouvait du contenu en accès libre ou payant.

    Mais qu’on le trouvait très mal, parce qu’il faut savoir où il se trouve.

    Google a proposé une prestation pour mieux trouver ces contenus. Cette prestation est gratuite pour celui qui l’utilise, mais elle a un coût (relativement faible) qui est financé par la pub.

    Google nous rend donc à tous un service et cela gratuitement pour l’utilisateur. Pour vous par exemple, il vous rend le service d’être une blogueuse visible. Sans Google vous existez encore, mais seuls les initiés savent que vous existez.

    Combien faudrait il vous faire payer ce service si Google vous le vendait en direct? Trop cher pour un blog qui ne vous rapporte pas un euro.

    A vous de voir si Google est si injuste que cela dans sa prestation commerciale, sachant par ailleurs que le prix à payer est socialisé à travers le circuit pub (le consommateur assume le budget publicité de l’annonceur qui est inclus dans le prix de la marchandise qu’il achète).

    En fait, il y a une inversion de perspective: Google a raison, mais on dit qu’il a tort parce qu’on fait comme s’il était un provider. Il provide rien. Il cherche et il trouve ce qu’on lui demande: l’adresse d’un fichier.

    Au moment où VOUS appelez le fichier pour qu’il s’affiche sur VOTRE écran, Google balance SA pub.

    Qui est immoral dans l’histoire? VOUS qui profitez d’un fichier gratuit, ou Google qui greffe de la pub sur votre désir de profiter d’un fichier gratuit?

    On est en train de tenir Google pour le responsable de nos propres vices. On lui impute nos propres fautes. Technique du bouc émissaire à usage psychologique interne, histoire de s’acheter une virginité, gratuitement bien sûr.

    Commentaire par tschok — 03/12/2009 @ 18:16

  34. @ tschok :

    En effet, la réglementation n’a rien de nouveau, ni rien de facile. Mais je constate que trop souvent (à mon goût), on écarte maintenant l’idée de réglementer justement pour les motifs que vous évoquez, c’est trop dur de mettre tout le monde d’accord, de faire des règles qui tiennent la route… Oui, c’est vrai. Est-ce que c’est la peine pour autant de laisser tomber ? Ça n’est pas la position que vous défendez, j’ai bien lu vos arguments. Mais c’est quand même ce que disent bien de gens, quand ils envisagent comme seul remède possible de trouver un nouveau modèle économique. C’est certainement la solution la plus facile (au sens où il « suffit » que quelques personnes se mettent d’accord sur un nouveau modèle pour pouvoir le lancer et l’essayer, par opposition à convaincre plusieurs gros gouvernements ou organismes internationaux), mais ça n’est pas pour autant la seule. Vous évoquez la Chine, elle montre très bien qu’un gouvernement qui s’en donne les moyens peut avoir une influence forte sur internet. C’est quelque chose qu’on oublie trop facilement, dans le libéralisme ambiant dominant.

    À ce titre, je trouve le cas de la BBC intéressant, même si sa présence sur internet est à mon avis trop marginale (par rapport à son activité totale) pour qu’elle soit vraiment représentative du problème Google-NewsCorp. La BBC résulte d’une volonté étatique forte d’avoir un diffuseur qui soit indépendant des intérêts commerciaux et politiques et elle y arrive plutôt pas trop mal. Elle est financée en partie par l’état (la redevance) et en partie par ses activités de diffuseurs (j’avais lu quelque part que ses documentaires lui rapportent beaucoup à l’étranger — c’est vrai qu’ils sont très bons !), et elle n’a pas d’actionnaire qui exigent une rentabilité forte, ce qui lui permet d’investir dans du journalisme « à perte » (bon, je simplifie, sa situation économique n’est pas si brillante que ça, loin de là…). Sans dire que c’est un « modèle » qu’il faut reproduire ailleurs, c’est un exemple qui montre que l’auto-régulation économique n’est pas la seule manière d’assurer la survie d’un journalisme dynamique.

    @ Aliocha :

    « tant pis pour les producteurs de contenu, ils n’avaient qu’à faire comme Google […] En résumé, on reproche aux éditeurs de presse de ne pas avoir anticipé »

    Euh, il y a deux choses à ne pas confondre dans ces critiques : d’une part, il s’agit de constater que les producteurs de contenu ne sont pas adaptés à Google (tel qu’il existe actuellement…). C’est un constat, sans jugement de valeur. Ensuite, il y a le fait de leur « reprocher ». Là, je suis d’accord avec vous, quand on lit sur internet que c’est bien fait pour eux, c’est un peu bizarre comme raisonnement (je crois que ça n’est plus la raison mais l’affectif qui joue : pour reprendre les images de tschok, Google a jusqu’à récemment une image de « gentil géant » qui laisse les petits picorer ses miettes, alors que les grands éditeurs sont plus proches des « méchants géants » qui empêchent de profiter de ce qu’ils n’utilisent pas — à ce titre, on a naturellement plus de sympathie pour Google).

    Mais sur le premier point, je suis plus réservé. Oui, les éditeurs ont loupé le coche Google. Ils courent maintenant derrière et luttent pour le rattraper. Peut-être vont-ils y arriver, peut-être vont-ils mourir en route, peut-être vont-ils réussir à faire faire machine arrière à Google. C’est cette course que bon nombre de vos articles effleure et éclaire, et n’étant pas spécialiste, je lis avec intérêt mais mon avis n’a pas beaucoup de valeur. Mais je n’aime pas trop l’idée d’y mettre un jugement de valeur, de chercher qui est le bon et qui est le méchant d’entre Google et NewsCorp (cf. ce que je disais plus haut sur la « moralité » des entreprises)…

    Commentaire par Rémi — 03/12/2009 @ 18:47

  35. J’arrive après la bataille, mais je voudrais simplement faire remarquer que:
    * Il est aisé d’interdire à Google d’indexer un site. Il suffit d’interdire à Googlebot d’accéder aux pages, ce qui se fait en définissant des règles restrictives d’accès (fichier .htaccess pour Apache).
    * Il est également aisé de dire à Google qu’il n’a pas le droit d’indexer un site, via le fichier robots.txt.
    (La différence est que dans le premier cas, on interdit à Google de lire les pages, dans le second, on lui dit qu’il ne doit pas le faire et il obéit.)

    Bien sûr, avec ceci, on n’est pas du tout indexé par Google, donc pas dans son index, donc invisible et on n’attire pas de lecteurs.

    Nous parlons ici d’un problème bien plus fin: des sites veulent que Google leur ramène des lecteurs, mais sans risquer que les lecteurs se limitent à consulter Google et non leur site.

    Commentaire par DM — 03/12/2009 @ 19:36

  36. Désolé je n’ai pas eu le temps de lire vos 35 (longs) commentaires, mais la phrase principale de l’article m’a étonné :
    « Google vient d’annoncer en effet qu’il allait limiter l’accès gratuit des internautes aux articles de presse qu’il référence »

    Ce n’est pas tout à fait ça qui arrive… Google ne fait que modifier son système First Click Free, qu’il faudrait désormais baptiser Five Clicks Free. Ce système permet aux éditeurs de sites (et pas à Google) de limiter à 5 le nombre d’articles accessibles par personne et par jour sur leur site, en provenance du moteur de recherche Google.

    En 2 mots, ce système permet à Google de continuer à ingurgiter 100% des articles des éditeurs… Il incite aussi les éditeurs à rendre leur contenu payant – disons à peu près payant.

    Je vois bcp d’intérêts pour Google et ne vois pas vraiment en quoi cela pourrait être une solution pour les éditeurs.

    Aliocha : vous avez raison, ma formulation est mauvaise. En revanche, je regrette que vous ne développiez pas davantage votre commentaire car vous soulevez un point fort intéressant.

    Commentaire par Olivier Duffez (de WebRankInfo) — 03/12/2009 @ 19:52

  37. @ Rémi, com 34,

    Je ne connais pas du tout le cas de la BBC dont vous parlez et qui semble effectivement très intéressant.

    Si vous voulez développer, ne vous gênez pas.

    Pour ma part je suis frappé par le fait que des grosses boîtes qui sont des diffuseurs-producteurs de contenus par voie hertzienne, généralistes ou spécialistes, à diffusion mondiale ou plus nationale, donc des entités économiques qui concentrent un grand savoir faire, se soient gaufrées à ce point là sur Internet.

    Pour moi, la BBC c’est une mine d’or. Comme la mise en ligne du patrimoine documentaire français par (éventuellement) Google.

    Tout cela devrait correspondre à des activités hautement profitables pour tout le monde. Cela ne semble pas le cas.

    Sinon, sur l’aspect « reproche »: avouez tout de même que ça prive leur discours vengeur de la légitimité dont EUX se prévalent. Personne n’a dit qu’ils étaient illégitimes à défendre leurs intérêts, c’est eux (les diffuseurs de contenus) qui affirment qu’ils sont plus légitimes que les autres, et que ça leur donnerait le droit d’interdire un certain nombre de choses.

    Ne nous trompons pas de discours. Le reproche permanent vient des diffuseurs de contenus qui accusent le reste du monde de leur déconfiture, alors qu’ils ont de l’or dans les mains, et qui sont prêts à porter atteinte aux libertés essentielles de chacun d’entre nous pour protéger leur rente de situation.

    C’est de cela dont on parle, quand même.

    Commentaire par tschok — 04/12/2009 @ 10:51

  38. @ Olivier Duffez, com 36,

    La réponse de Google à Murdoch est un sourire intérieur?

    Je peux vous poser trois question?

    Vous êtes un ancien de Google?

    Avez vous bossé en Irlande?

    Comment sont les bières là bas?

    Commentaire par tschok — 04/12/2009 @ 11:18

  39. @tschok : je n’ai pas bien compris… non je ne travaille pas et n’ai pas travaillé pour Google !

    Commentaire par Olivier — 04/12/2009 @ 11:22

  40. @ tschok :

    Sur le « reproche » : oui, je sais bien. Mais encore une fois, suivre cette démarche revient à croire aveuglement ce que la com’ des entreprises veut nous faire croire…

    Je ne connais pas si bien que ça le fonctionnement de la BBC, je dois dire. Ce que je peux en dire sont des généralités…

    Historiquement, la BBC, c’est l’ORTF : l’organisme officiel et public qui a été chargé de la diffusion radio, puis télé, aux débuts des émissions. Même maintenant, c’est assez proche du groupe France Télévision + Radio France (enfin, je ne sais pas trop quelle est la structure exacte…). La BBC a plusieurs chaînes de télé (dont 2 hertziennes nationales), plusieurs radios nationales (l’équivalent de France Inter), des radios régionales (France Bleu, je crois), une chaîne d’info internationale (France 24 ?), etc. Tout comme France Télévision/Radio France, elle est financée comme je disais majoritairement par la redevance (qui est un peu plus chère qu’en France, je crois, environ 140 GBP/an). Elle se développe maintenant beaucoup sur internet, en particulier au Royaume-Uni tous ses programmes sont visibles sur internet pendant au moins une semaine. Jusque là, ça n’est pas si différent de ce qu’on a en France…

    Ce qui fait la différence, c’est à mon sens deux points :
    – d’une part, elle est restée un bloc compact, qui assure à la fois la radio, la télé (maintenant internet), la diffusion des émissions mais aussi leur production (pas tout, mais une bonne partie), les infos bien sûr. Par opposition à ce que je vois des organismes français qui se sont de plus en plus morcelés et qui donnent l’impression d’être de plus en plus « faibles », la BBC donne l’image d’une groupe cohérent et qui couvre tous les aspects depuis le journalisme jusqu’à l’édition du contenu. Je pense que ça lui donne beaucoup plus de poids à la fois pour mettre en œuvre des nouvelles approches, à la fois pour peser sur ses interlocuteurs, etc. et que ça lui donne aussi une marge de manœuvre : comme je le disais, elle peut se permettre d’avoir des activités peu rentables, ou fortement critiquées, parce qu’aucune activité ne sera jamais la totalité de son métier.

    – l’autre point, qui est à mon sens la vraie différence, c’est une indépendance, à tous les niveaux. Indépendance financière d’abord, elle n’a aucune pub donc est indépendante des entreprises. Vis à vis du gouvernement, son budget est fixé par contrats de 5 ans et le gouvernement n’a pas son mot à dire en dehors des périodes de renégociation de ces contrats (je simplifie beaucoup). En pratique, la BBC est capable d’être cinglante envers le gouvernement comme envers l’opposition, elle a certains journalistes qui ont tout du bulldog (sauf quand ils interviewent Son Altesse Royal le Prince de Galles, il y a certaines choses intouchables, quand même 🙂 ).

    Et en ce qui concerne internet, elle a aussi une indépendance vis à vis des autres acteurs du marché : en un sens, si Google vient lui « voler » son contenu, elle s’en fiche, son contenu est d’ors et déjà gratuit, elle ne peut pas perdre de revenu. Son site web ne lui rapporte rien financièrement. C’est sans doute là ce qui rend sa présence numérique (comme on dit pour faire cultivé…) viable : comme c’est un bloc bien plus large que son site web, elle peut se permettre que ce soit une activité sans revenu, que d’autres vivent sur son dos même.

    Bon, il faut aussi dire que son indépendance est aussi une question de mentalité. Un ministre qui menacerait de procès un humoriste (je ne vise personne…) serait, à mon avis, non seulement hué par l’opposition, mais sans doute désavoué par le gouvernement, lâché par son parti, pendant que la BBC annoncerait, très diplomatiquement, qu’elle laisserait la justice faire son travail mais que l’humoriste gardait toute sa confiance. Quand la BBC a eu de difficultés financières il y a quelques années, le débat a été vigoureux, mais son indépendance n’a jamais été ni remise en question, ni contestée sérieusement (bon, je passe sur les habituelles critiques que c’est un média dominant, donc aux mains de la classe dirigeante etc. — non pas que ce soit forcément faux, mais ça n’a pas grand chose à voir avec ses règles de fonctionnement). J’ai un vague souvenir d’une affaire il y a quelques années où la direction a essayé de se mêler de la diffusion (ou non) d’un reportage controversé, ça a fait la une des journaux… y compris du 20h (enfin, c’est à 22h mais bon) de la BBC !

    Bref, tout ça pour dire qu’il ne suffirait pas de dupliquer les structures administratives pour la cloner, la BBC est ce qu’elle est parce qu’elle a une longue histoire et un ancrage particulier dans la société britannique.

    Je ne dirais pas non plus que la BBC est parfaite. Elle a son lot d’émissions nulles (la BBC1 est, disons, édifiante… le pire est que la plupart de ses séries nulles sont une exclusivité BBC…), de journalistes complaisants, baratineurs et verbeux, ou vaniteux et dont la tête doit à peine tenir sur l’écran, je m’indigne régulièrement devant des reportages qui ne posent pas la question évidente ou qui biaisent évidemment le sujet, etc.

    Mais dans l’ensemble, elle montre qu’un diffuseur public peut tout à fait remplir une mission viable d’information en toute indépendance. Je ne dis pas que c’est *la* solution, et cette solution a aussi clairement ses défauts, mais elle illustre quand même le fait qu’un État peut lutter contre les problèmes des éditeurs avec des moyens autres que purement économiques.

    Sur internet, je crois que la morale à en tirer, c’est qu’elle peut être active sur internet parce que c’est un support marginal pour elle. C’est peut-être un peu pessimiste par rapport à la vague actuelle qui tend à vouloir faire du « tout numérique » la clé du fonctionnement. Il n’empêche, pour moi la conclusion, c’est que si on ne veut pas plonger dans la guerre économique à tout va, il faut accepter le fait que le site web ne sera jamais qu’une dépense.

    Commentaire par Rémi — 04/12/2009 @ 11:50

  41. Bon, je me rends compte en me relisant que non seulement je suis bavard, mais qu’en plus je ne dis pas tant de choses concrètes que ça et que je ne réponds même pas vraiment à la question « internet ». Tant pis…

    J’essaierais de me retenir la prochaine fois, désolé !

    Commentaire par Rémi — 04/12/2009 @ 11:51

  42. @ Rémi,

    Ecoutez, merci beaucoup.

    Les choses concrètes? Elles changent tous les jours, comme la météo.

    Vos impressions? Ca, c’est précieux. Parce qu’elle vous demandent du temps et de l’attention.

    Les coms longs ne m’impressionnent pas. Je suis capable de lire et je ne suis pas le seul dans ce cas. Et je n’en ai pas honte. Mon emploi du temps, c’est mon problème, c’est pas le vôtre. Si vous avez pris le temps d’écrire, ben je prends le temps de vous lire.

    Pour reprendre une référence britannique, si j’étais du MI6 ou 5, je vous dirais que ce que vous dites est le début d’une bonne piste.

    Pour raccorder au sujet d’Aliocha, et au sujet central de son blog, je reprendrais vos mots:

    « Mais dans l’ensemble, elle [la BBC] montre qu’un diffuseur public peut tout à fait remplir une mission viable d’information en toute indépendance. »

    Voilà une affirmation de principe qui, pour ma part, souffre sans difficulté le franchissement de toute frontière, y-compris celles d’Internet.

    Mais:

    « Il n’empêche, pour moi la conclusion, c’est que si on ne veut pas plonger dans la guerre économique à tout va, il faut accepter le fait que le site web ne sera jamais qu’une dépense ».

    Alors, pourquoi ne pas déclencher la guerre?

    Mais, est ce vraiment une bonne « option » – si je puis dire – alors que les site web qui rapportent existent malgré tout?

    PS: où êtes vous? Continent ou outre Manche?

    Commentaire par tschok — 04/12/2009 @ 13:57

  43. @ tschok :

    Merci, mais je ne suis pas sûr que tout le monde me lise avec autant d’indulgence. Enfin bon, passons.

    Pourquoi ne pas déclencher la guerre ? En effet, pourquoi pas ? Je n’ai rien contre le fait que NewsCorp se lance à corps perdu dans la guerre économique, qu’il attaque Google de front, qu’il remporte une bataille après en avoir perdu un certain nombre, etc. Certains sites sont profitables, et c’est tant mieux pour eux. Il n’est pas question, dans mon esprit, de rendre cette guerre économique impossible. Si des investisseurs veulent y risquer leur argent, et potentiellement se ruiner ou faire fortune comme les créateurs de Google, c’est leur choix.

    Je veux simplement dire que, à côté de ce combat économique, sur lequel en tant que simple citoyen nous n’avons qu’un impact très marginal (en gros, je peux choisir de m’abonner ou non aux sites de Murdoch, c’est tout, et c’est un choix qui dépend bien évidemment de bien plus que de mon avis sur la lutte avec Google !), il existe d’autres voies. La plupart des discussions ne parlent que des moyens économiques, mais ça n’est pas la seule piste. Gardons l’esprit ouvert et ne nous laissons pas guider dans le débat par des sociétés dont les intérêts, pour légitimes qu’ils soient, ne sont pas les notre.

    PS : je suis du « bon » côté de la Manche, bien sûr. Mais comme chacun des deux côtés proclame que le sien est le « bon »… 😉 Non, je ne suis pas sur le continent, même si j’y reviens régulièrement. Je crois que ça se devine dans mes commentaires, même quand je ne parle pas de la BBC…

    Commentaire par Rémi — 04/12/2009 @ 15:10

  44. @ Rémi,

    Arf.

    La Manche n’a que des bons côtés finalement.

    Vous me direz – c’est bien ce que l’on pense des deux côtés de la Manche.

    🙂

    Rule, Britannia.

    Commentaire par Fantômette — 04/12/2009 @ 17:57

  45. Donc, finalement, le tunnel sous la manche n’est pas un hasard.

    Commentaire par tschok — 04/12/2009 @ 19:17

  46. Un papier intéressant sur le sujet dans l’Expansion : http://www.lexpansion.com/economie/actualite-high-tech/google-a-encore-du-chemin-a-faire-pour-convaincre-la-presse-en-ligne_209549.html?xtor=RSS-128

    Commentaire par laplumedaliocha — 05/12/2009 @ 10:02


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