La Plume d'Aliocha

01/12/2009

A la croisée des chemins

Filed under: Brèves — laplumedaliocha @ 14:18

Mince alors ! Je n’ai le temps de rien en ce moment. Et pourtant, comme d’habitude, il y aurait tant de choses  à dire. Je vous recommande donc rapidement d’aller faire un saut sur un nouveau blog, créé par une très bonne journaliste avec laquelle j’ai travaillé il y a quelques années.

Voyez en particulier ce passionnant billet dans lequel elle rend compte d’une conférence qui s’est tenue au CELSA la semaine dernière sur la crise des médias. Je n’ai pas eu le temps de visionner  toutes les vidéos, je vous en recommande deux car elles représentent chacune un avenir possible du journalisme.

La première (3ème vidéo du billet) est celle de Nicolas Beau, directeur de Bakchich. Vous y découvrirez que Bakchich papier se vend à 12 000 exemplaires. Il suffirait qu’ils atteignent les 16 000 pour être rentables. A vous de voir, mais ça peut mériter un détour au kiosque, non ? Sinon, c’est la liquidation. Au passage, vous observerez que le mécénat a ses limites et n’est donc sans doute pas la solution pour financer la presse.

La deuxième (4ème vidéo) est un extrait de l’intervention de Jeremy Reboul, directeur de Suite 101. Lui vous propose des articles de quidams, relus par des journalistes payés au lance-pierre qui n’ont même pas droit au statut de journaliste, financés par des liens sponsorisés et dont on apprend que les sujets qui marchent le mieux chez le grand-frère américain, c’est : « comment fabriquer un calendrier de l’Avent ? ». Les auteurs perçoivent 12 euros de droits pour 20 articles, mais le site est rentable, nous dit-on…

Les mauvais comptes de la RATP ou le calendrier de l’Avent, à vous de choisir ce que sera le journalisme de demain !

 

NB : Le manque de temps me fait oublier l’essentiel, merci à Misty pour m’avoir signalée l’existence de ce nouveau blog.

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9 commentaires »

  1. Moi qui croyait que vous parliez de mon propre blog ma chère Aliocha…. 😉

    En tout cas, le blog du Dodo est l’un des meilleurs qui soit et je trouve que votre approche comme la sienne sont tellement véridiques qu’en tant que journaliste… je m’y retrouve beaucoup !!!

    Aliocha : Même le meilleur journaliste ne peut donner que l’information qu’il a… 😉 Toute blague mise à part, merci de m’avoir alertée sur ce nouveau blog !

    Commentaire par misty — 01/12/2009 @ 15:24

  2. Ben ça alors, j’en rougis de plaisir sous mes plumes dis-donc!
    Je découvre ton blog en même temps que toi le mien et je dois dire que je me suis bien marrée à la lecture de tes billets. A l’occasion, n’hésite pas à venir t’exprimer sur le dos du Dodo, qui est un blog absolument ouvert à tous ceux qui ont des choses à dire/revendiquer, en « on » comme en « off » (sous pseudo)… Ca, c’est dit!
    Et vive les blogs de filles (dingue ça, que des mecs sur la blogosphère ou bien?).
    Le Dodo (@Manzelkalou)

    Commentaire par Tatiana — 01/12/2009 @ 16:02

  3. Les « mauvais comptes de la RATP », signé Bakchich, c’est à la fois du journalisme — sortir un rapport de la Cour des Comptes avant tout le monde, je salue le scoop — et à la fois tout ce que le journalisme ne devrait pas être.

    Avez-vous lu le papier ? Même paré des atours de « l’hebdo satirique », qui impose de prendre les informations et le style avec quelque distance, il laisse un goût amer lorsqu’on connaît un tout petit peu le thème abordé.

    D’abord, les intertitres sont délibérément racoleurs (on met en valeur les trois aspects les plus polémiques), ce qui est le jeu, certes. Mais quand on en arrive dans l’intertitre (« pas de mise en concurrence ») à contredire ce qui est écrit dans le paragraphe suivant (« Bonne fille, la RATP introduit un peu de concurrence parmi les prestataires »), il y a quand même un problème.

    En fait, Bakchich se fait le relais strict des critiques de la Cour, en les amplifiants par ses effets de style au lieu de chercher à expliquer, à confirmer ou à relativiser. La dimension de « décryptage » ou d’éclairage, qui est pour moi la seule raison pouvant pousser le lecteur à payer son information aujourd’hui (sinon, la dépêche AFP sur quelque site gratuit suffira), est totalement absente.

    J’aime bien aussi le « travailler à la RATP, où les effectifs augmentent sans arrêt (+4,9% en sept ans), est assurément une bonne planque ». Non seulement on conforte le cliché populiste qui veut que les cheminots, régistes et autres agents du service public n’en fichent pas une rame (bref, c’est du journalisme courageux !). Mais en plus, c’est oublier totalement, en l’occurrence, que les effectifs ont augmenté pour faire face à l’augmentation de l’offre — et plutôt moins que celle-ci, d’ailleurs.

    Or c’est le genre d’éléments qui sont déterminants pour comprendre, et pour conclure — quand bien même la Cour des Comptes n’a pas eu la présence d’esprit de les donner (être journaliste, c’est aussi se poser des questions pertinentes, au lieu de recycler simplement des éléments pré-mâchés, n’est-ce pas ?)

    Parce que le chiffre de + 4,9 % d’employés, en soi, ne vaut pas grand chose. Si c’est à nombre de métros et bus constants, Bakchich pourrait légitimement en conclure qu’on se la coule de plus en plus douce à la RATP. Mais s’il y a 10% de passages en plus, ça veut dire que la productivité moyenne de chaque agent a en fait augmenté (de 4,8%). Or c’est cet ordre de grandeur de 10% qui est le bon (les chiffres du STIF indiquent une augmentation de 11% sur la seule période 2006-2008). Et les conducteurs ressentent bel et bien une exigence de productivité accrue (on pourra flâner avec profit sur le blog d’une conductrice de métro pour le vérifier : http://ligne2vie.fr/blog/dotclear/ ).

    D’où la question qui me préoccupe depuis le billet précédent : ai-je vraiment envie de payer, faut-il soutenir et faire de la pub, pour ce type de journalisme ? Qu’apporte t-il, au fond ?

    Aliocha : si je comprends bien, vous reprochez à Bakchich de ne pas avoir fait de contre-enquête sur la base du rapport de la Cour des comptes ? Si vous connaissez le sujet, je comprends parfaitement votre frustration. Pour autant, était-ce leur rôle ? Ce que je vois en tant que journaliste dans ce papier, c’est que l’organe qui en France contrôle les comptes de l’Etat et des entreprises publiques ne publie pas tous ses travaux. Et la question que je me pose c’est : pourquoi ? Pourquoi est-ce que le public n’est pas censé être informé en l’espèce de l’appréciation que porte la Cour des comptes sur la gestion de la RATP entre 2001 et 2007 ? Faute d’avoir la réponse, je suis heureuse que des confrères aient mis la main sur ce rapport pour le rendre public. C’est déjà beaucoup. Ensuite, on peut ouvrir un débat sur la valeur de ce rapport, d’autres journalistes peuvent l’expliquer et le mettre en perspective, mais il fallait bien que quelqu’un le sorte. En ce sens, ils ont parfaitement fait leur travail. Que vous n’aimiez pas le ton satirique, je comprends, moi non plus. Toutefois ça reste à mes yeux du bon boulot.

    Commentaire par Jeff :o) — 01/12/2009 @ 16:07

  4. Vu le nombre de « contributeurs » sur suite101 qui sont journalistes, je suppose que s’ils écrivent là, ça n’est pas franchement de gaieté de coeur….

    Commentaire par Kaptain — 01/12/2009 @ 16:09

  5. Ce qui est paradoxal pour moi, c’est que ce soient les journaux d’actualité qui souffrent le plus, alors que l’exemple de Suite101 montre que, finalement, le magazine web se substitue mieux au magazine que la presse web au journal papier (sujets saisonniers « marronniers », peu de renouvellement de contenu, techno web qui permet la rentabilité d’un article sur du moyen voire long terme).

    Ce qui fait la force des blogs par rapport au journal papier c’est la personnalité du blogueur. Les journaux papier manquent de grandes figures identifiables !

    Commentaire par Paul — 01/12/2009 @ 16:10

  6. Suite 101 est fort peu recommandé dans la profession vu les tarifs qu’ils pratiquent. C’est se foutre du monde. Déjà que les pigistes sont super mal payés, la loi Cressard non respectée depuis 30 ans par les patrons de presse. Ca reste à dénoncer encore et encore. Tout est fait pour sous payer les pigistes.

    Commentaire par Romane — 01/12/2009 @ 18:01

  7. « Ce qui fait la force des blogs par rapport au journal papier c’est la personnalité du blogueur. Les journaux papier manquent de grandes figures identifiables ! »

    Là, Paul, vous faites fort!

    Dans le second degré, je veux dire.

    Commentaire par tschok — 01/12/2009 @ 18:26

  8. @ Aliocha :

    Attention, le rapport « que s’est procuré Bakchich », selon la formule consacrée, n’est pas secret. Il n’était pas encore publié, certes, mais il sera intégré dans le rapport public annuel de la Cour des Comptes qui sera disponible (papier ou PDF) en tout début d’année 2010, comme c’est l’usage.

    Bakchich sort donc un scoop, dans la mesure où il publie avant la date officielle. C’est le métier, c’est bien joué. Mais il ne lève pas de lièvre au sens où vous l’entendez — dans la mesure où « le public » aurait de toute façon eu ces infos (et même la version XL du rapport, pas quelques conclusions picorées ici et là) sous quelques semaines. Bakchich n’est donc pas un chevalier blanc de l’information (comme cela arrive parfois à d’autres médias, sur d’autres sujets). Qu’il existe, ou pas, ne change rien à la publication de l’information ce coup-ci. Cela joue à la marge, sur le calendrier — mais le public n’est pas mieux informé parce qu’il est informé plus vite, je pense que vous ne me démentirez pas 🙂 .

    Après, reste effectivement le plaisir, en tant que journaliste moi aussi, de lire un papier bien envoyé qui flatte nos instincts polémiques. Mais ce petit plaisir coupable, c’est en principe dans la page d’éditorial, qu’on le trouve. Je veux croire que dans les pages d’information, le lecteur aspire à autre chose (c’est en tout cas mon cas lorsque je lis, et c’est l’exigence que je me fixe en écrivant. Selon le principe résumé par Pixar : nous faisons les films que nous aurions envie de voir au cinéma 🙂 ).

    De mon point de vue, c’est justement en ne prenant pas les arguments des uns et des autres pour argent comptant que l’on touche à la vraie valeur du journaliste, « médiateur » et filtre dans l’information. J’aime bien, par exemple, la page Intox/Désintox de Libé, qui va fouiller derrière un chiffre ou un fait annoncé péremptoirement et dans le feu de l’action (souvenez-vous aussi de la frustration, souvent exprimée ici, lorsqu’un politique raconte une énormité en direct et que le journaliste ne l’arrête pas). La qualité du journal, la raison qui fait qu’on l’achètera, au lieu de se contenter du brouhaha ambiant de « l’info en continu » gratuite, à mon avis, elle est là : dans la capacité à faire un « arrêt sur images » de temps en temps.

    Or là, chez Bakchich, rien de tout ça. On retombe au contraire dans un travers assez pénible du journalisme (courant en France, mais peut-être aussi ailleurs, je manque de recul), souvent caricaturé en « une minute pour Hitler, une minute pour les juifs ».

    (c’est je crois Ivan Levaï qui avait trouvé cette formule : http://www.tocsin.net/archives/dossier/2_palestine/itv_franceinter.htm)

    En l’occurrence, ils ont déniché le rapport de la Cour des Comptes, fort bien, et le sortent tel quel, sans se poser de question. Je sais, c’est courant. Après-demain on aura un article de quelqu’un d’autre apportant la contradiction point par point de la RATP. Celui qui a le plus d’amis dans le métier (ou qui a le mieux présenté ses arguments) gagnera le duel, et la semaine prochaine, les unes seront consacrées à autre chose puisque l’actualité n’attend pas. Mais est-ce que ce n’est pas précisément ce fonctionnement-là que nous devrions changer ?

    Qui vérifie que les éléments du rapport initial sont fondés ? Idéalement, celui qui « sort » l’info est quand même le premier concerné. Et le label « Cour des Comptes » n’est pas une assurance tous risques qui dispense d’un regard critique ! A défaut, ça devrait théoriquement venir dans un troisième temps, une fois tous les arguments exposés dans la sphère publique (thèse, antithèse, synthèse, comme on m’a appris au lycée). En pratique, il y a tout à parier que personne ne prendra le temps de faire la synthèse, puisque tout le monde travaille sous la pression du temps réel. Sauf cas très particuliers où le sujet reste assez longtemps sur la table, il faut déjà s’estimer heureux d’arriver jusqu’à l’antithèse.

    Donc pour le public, on va en rester au brouhaha des arguments contradictoires. A la rigueur, le lecteur pourrait la faire lui-même, cette synthèse… Encore faudrait-il lui donner quelques clés de lecture : par définition, il en sait encore moins que le journaliste, qui a rarement la chance de maîtriser à fond un sujet, mais qui a au moins travaillé dessus.

    Parce qu’en l’état, le résultat est exactement ce qu’on voudrait éviter : bombarder le public de bribes d’infos contradictoires, entre lesquelles il n’a plus moyen de se repérer, et qui finissent par lui inspirer un rejet global (« les journalistes » font un travail bâclé et orienté — yapadekoi, merci).

    Ceci dit, c’est toujours moins terrible que les calendriers de l’Avent ou les conseils sexe de Elle.fr (au moins, Bakchich parle à mon cerveau). Et j’en reste là, merci de m’avoir lu malgré les 4800 signes 🙂 .

    Aliocha : Vous soulevez d’excellentes questions que je me pose moi-même tous les jours ou presque, notamment sur les sources apparemment incontestables parce qu’institutionnelles ou bien encore sur le rôle du journaliste, limité ou pas à sortir l’information. Cela étant, je poserais un sérieux bémol en l’espèce. Ce rapport n’est pas public et n’a vocation à le devenir, partiellement, que sur une décision collective de la cour des comptes, par conséquent, il n’a pas été révélé en avance mais révélé tout simplement. Voyez à ce sujet les deux communiqués de presse cités dans le billet précédent et dont j’ai vérifié la teneur dans le code des juridictions financières. Vous savez comme moi qu’on fait dire ce qu’on veut à un simple résumé destiné à figurer dans un rapport annuel. C’est bien pour cela que la RATP finit son communiqué en indiquant qu’elle est confiante sur ce que la Cour décidera éventuellement de livrer à son sujet dans son rapport annuel.

    Commentaire par Jeff :o) — 01/12/2009 @ 18:58

  9. @aliocha: Je me rappelle d’une discussion avec une inspectrice des finances, à Bercy, où celle-ci me répondait que l’administration ne pouvait se passer d’une certaine dose de secret à ma mention de la loi du 17 juillet 1978 (la loi « CADA », du sigle de la commission qu’elle a créée). En effet, comme vous le dites, comment se fait-ils que tous ces rapports ne soient pas publics ? Comment se fait-il que ce soit parfois à de simples citoyens de rendre publics des rapports, comme rapporté ici ?
    http://david.monniaux.free.fr/dotclear/index.php/post/2009/09/16/529-tribune-dans-liberation-

    Sinon, concernant Internet et l’avenir de la presse, je vous réfère à cet article. L’épisode qu’il raconte me semble assez symptomatique.
    http://compteurdedit.over-blog.com/article-les-joies-du-sour-age-ou-mieux-vaut-en-rire-qu-en-pleurer–40055264.html

    Commentaire par DM — 01/12/2009 @ 21:02


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