La Plume d'Aliocha

24/11/2009

Un monde si complexe

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 11:12

C’est amusant le hasard des lectures.

Il arrive que deux auteurs qui n’ont rien à voir l’un avec l’autre livrent des analyses convergentes qui soudain éclairent, par leur rencontre, une expérience ou une réflexion du lecteur. Il se trouve que je lis en même temps le livre dont je vous ai déjà parlé du journaliste polonais Ryszard Kapuscinski et le Divin marché de Dany-Robert Dufour. Le premier évoque à un moment le fait que le monde est devenu si complexe qu’un journaliste ne peut plus en saisir que des fragments. Le second raconte ce conte indien. Un groupe de 7 aveugles entend un grand bruit et demande à son accompagnateur de l’approcher de la source de ce bruit. Le premier aveugle se heurte à une défense et pense qu’il s’agit d’un sabre. Le deuxième touche la queue et dit : « mais non c’est un objet utile au travail, c’est une corde ». Le troisième s’empare d’une oreille et informe les autres « c’est un chasse-mouche ». Le quatrième qui s’est heurté au flanc s’écrie « c’est un mur, on nous enferme ! ». Le cinquième qui a heurté la trompe évoque un gros serpent, le sixième qui touche un pied pense à un arbre et le septième qui est tombé dans les excréments de l’animal indique aux autres qu’il s’agit en fait d’une terre humide. Tous se demandent alors s’ils sont devenus fous, mais nul ne peut leur répondre car leur accompagnateur est muet.

Pourquoi le philosophe raconte-t-il cette histoire ? Pour expliquer que les sciences humaines, face aux mutations en train de se produire, demeurent isolés dans leur science. Certes,  chacun est très savant, mais aucun n’a une vision d’ensemble.

Le diable est dans la technique….

Il se trouve que j’ai fait cette expérience il y a quelques semaines, par le plus pur des hasards. J’allais interviewer des universitaires français sur le rapport Doing business. Ne fuyez pas, c’est un peu rébarbatif mais je vais essayer de simplifier. Ce rapport annuel, produit par la Banque mondiale depuis 2003, a pour ambition de noter les systèmes juridiques de 180 pays dans le monde. La méthode consiste à évaluer pour chacun la facilité avec laquelle on peut créer une entreprise, recouvrer une dette, mettre en liquidation une société etc…Plus les procédures sont simples, plus la note bonne. Sans surprise, la France s’est retrouvée dans le premier rapport très mal classée en raison d’un système jugé par trop protecteur pour les entreprises, les salariés etc….. Sur ce, les universitaires que je rencontre, très critiques à l’égard de ces travaux,  m’expliquent que la méthode d’évaluation a été mise en place par des chercheurs de l’Ecole de Chicago. Mais, demandais-je, comment des théories si libérales, aujourd’hui fortement remises en cause en raison de la crise, peuvent-elles continuer de servir à évaluer les systèmes juridiques ? Parce qu’il n’y a pas de théorie alternative, parce que l’idée d’évaluer l’efficacité économique du droit, pas mauvaise en soi, est née chez eux à la fin des années 60 et que nous commençons tout juste en Europe à y réfléchir. Parce que nous n’avons pas les mêmes moyens que les chercheurs américains, parce que nous ne sommes pas portés par la première économie du monde, parce que nous n’avons pas de cabinets d’avocats richissimes capables de s’installer partout et d’imposer leurs pratiques et leur système juridique. Résultat ? Les prêts alloués aux pays émergents par la Banque mondiale sont peu ou prou conditionnés par l’engagement de ces pays  à mettre en place un système juridique où la loi doit être réduite au minimum pour faciliter le business. Au détriment bien sûr de la pérennité des entreprises, de la protection des salariés et de la sécurité générale du système.

….et dans l’absence de vision d’ensemble

Quelques temps plus tard, j’interviewe l’auteur d’un rapport commandé par Christine Lagarde sur la comptabilité internationale. C’est quoi, me direz-vous ? Un référentiel produit par organisme privé fondé il y a plusieurs décennies qui s’était mis en tête de créer un esperanto comptable, autrement dit un langage comptable mondial. Le projet paraissait fou à la fin des années 70. Il se trouve que depuis 2005 toutes les sociétés cotées européennes l’appliquent ainsi que de nombreux autres pays dans le monde, à l’exception notable des Etats-Unis. Bah, la comptabilité, c’est technique, c’est objectif me direz-vous. Rien n’est moins scientifique en réalité que la comptabilité. Selon les normes que vous appliquez, vous pouvez obtenir un résultat négatif ou positif, mais passons. Vous avez peut-être entendu parler du fait que la comptabilité internationale avait été accusée d’avoir aggravé la crise. C’est exact. Elle a remplacé en effet l’enregistrement au coût historique (coût d’achat pour simplifier) par la juste valeur ou valeur de marché, c’est-à-dire une évaluation régulière des actifs et passifs financiers au prix du marché. Résultat en cas de crise, les bilans des sociétés cotées font du yo-yo en suivant les cours de bourse. Il se trouve que notre gouvernement, qui est moins incompétent qu’on ne l’imagine, ne se satisfait pas des travaux du normalisateur comptable qu’il trouve trop influencés par les américains et empreints d’une idéologie contestable et commande donc une étude sur le sujet. Bingo ! Le rapport de cet économiste dénonce l’influence là encore de l’Ecole de Chicago et son dogme d’un marché pur et parfait qui fonde entièrement les travaux du normalisateur comptable international. Du coup, je demande à cet enseignant comment il se peut qu’en pleine crise financière et alors que la comptabilité est depuis le début de la crise au menu du G20 en raison du danger qu’elle représente pour la stabilité financière mondiale, celle-ci puisse encore être dominée par les thèses hautement discutables de l’Ecole de Chicago. Parce qu’il n’y a pas de « pensée comptable » en Europe, me répond-il, parce que comptables et économistes ne se rencontrent jamais, ne réfléchissent pas ensemble, parce que les matières sont cloisonnées. Je lui raconte alors que l’analyse qu’il  tient en tant qu’économiste est exactement la même que celle des juristes que j’ai entendue quelques semaines plutôt. Ah bon, me répond-il, c’est intéressant, je n’étais pas au courant.

Et pendant ce temps….

Entre nous, les amateurs de théories du complot feraient bien de consacrer leur temps libre à étudier la réalité au lieu de fantasmer. Car cette réalité dépasse la fiction. Evidemment, c’est moins glamour que de croire qu’on n’a pas marché sur la lune, ou que le gouvernement américain a organisé les attentats du 11 septembre ou encore que le H1N1 est une invention d’un obscur Docteur Loveless à la tête d’un lobby pharmaceutique. Il n’y a pas de complot américain, pas de volonté de la part de l’Ecole de Chicago de dominer le monde, juste des savants qui développent des théories, qui ont les moyens de les diffuser et que personne ne songe à contrer. Pas de quoi inspirer Dan Brown, n’est-ce pas ?

Cet épisode m’a laissée rêveuse et surtout inquiète. La conclusion que j’en tire, c’est qu’en pleine crise économique, alors qu’on tente de sécuriser le système et que l’on prend des mesures qui sont censées corriger les travers du libéralisme, des domaines techniques mais aussi stratégiques comme le droit et la comptabilité, continuent dans l’ignorance générale ou presque d’être alimentés par le dogme du marché. Faute de moyens pour contrer ces théories, faute d’une vision globale des choses, parce que chaque spécialiste reste dans son coin au risque de se retrouver dans la situation des aveugles de notre conte indien.

Fort heureusement, les politiques ne sont pas aussi sots qu’on l’imagine. Le Sénat s’est saisi du dossier comptable et en est venu aux mêmes conclusions dans ce rapport, à quelques jours d’intervalle, que l’économiste dont je vous parle. La Chancellerie de son côté a décidé il y a 4 ans de consacre des moyens  – mais si modestes – pour contrer les réflexions de la Banque mondiale en créant cette fondation en partenariat avec les professions juridiques françaises, des entreprises et des universitaires. Nous avons simplement 40 ans de retard par rapport à l’Ecole de Chicago. Inutile de faire de l’angélisme. Dans les deux cas, les politiques ont été saisis, informés et influencés par des lobbys inquiets de la domination américaine, mais il y a derrière ces pressions des réflexions d’universitaires très savants  qui parviendront sans doute à développer des analyses alternatives.

Ce que je regrette au fond, c’est que l’information, si cruciale dans un monde qui se complique au point d’en devenir incompréhensible, dérape de plus en plus dans le divertissement, c’est que les quelques philosophes people qui prétendent penser le monde pour le grand public ne livrent que du prêt à penser approximatif, idéologisé et hautement contestable, c’est que le débat public dérape trop souvent dans la farce populaire émotionnelle et largement manipulée, c’est qu’en guise d’opposition, nous voyons se dresser des amuseurs publics qui pensent avec leurs tripes façon Dechavanne ou l’inénarrable Patrick Sebastien. Voyez cet article de Marianne2, c’est proprement affligeant.

Comme le dit un proverbe chinois : « Celui qui connaît bien ce monde sourit, pose ses mains sur son ventre et se tait ». Je ne vois plus que ça à faire,  en effet.

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22 commentaires »

  1. L’école de chicago bénéficie aussi de financements privés, qui lui permettent de publier plus facilement. Normal, puisque ses théories « justifient » certains types de business. Qui va aller financer une école économique qui ne permet pas de justifier la même course aux richesses? Les états? Mais en France, l’état UMP réduit les financements de la recherche publique, qui est donc obligée de chercher l’argent dans le privé, donc se perméabilise aux thèses du privé…

    Bref, sans complot, mais uniquement en prenant en compte les petits passe-droits des relations entre individus, on aboutit à regretter un financement public fort de la recherche en SES. (mais c’est pareil en sciences « dures » pour avoir des experts sur, exemple, les antennes de téléphonie mobile, ou en SHS pour avoir, exemple, des informations fiables sur l’impact de l’immigration en France).

    Aliocha : c’est amusant que vous évoquiez l’immigration, c’est précisément ce qui a déclenché cet article. J’écoutais ce matin Marine Le Pen interviewée par Jean-Jacques Bourdin et je me disais qu’en dehors d’une prévention naturelle et nécessaire à l’égard des thèses du Front national, je n’avais pas d’informations à lui opposer, pas plus que Bourdin d’ailleurs, même s’il fait du bon boulot. Comment avoir des débats publics éclairés sans informations ? On est réduit à l’émotion, aux croyances, à l’idéologie. C’est le FN donc méfiance, oui mais encore ?

    Commentaire par javi — 24/11/2009 @ 11:45

  2. Certes, “Celui qui connaît bien ce monde sourit, pose ses mains sur son ventre et se tait”. Mais la plupart du temps, celui qui sourit, pose ses mains sur son ventre et se tait a plus de chances d’avoir pris un excellent repas que de bien connaître ce monde.

    Blague à part, cet espoir presque inoxydable dans l’émergence d’une « théorie alternative » qui permettrait enfin d’approcher le monde en fonction d’une « vision globale » a me semble-t-il été déçu assez souvent pour que nous apprenions à accepter la complexité du monde et à en tirer parti plutôt que d’hésiter entre révolte et résignation.

    Aliocha : j’admets avoir été ambigüe sur le sujet. Loin de moi l’idée d’une grande explication du monde, je songeais plutôt à des analyses diverses et variées susceptibles d’alimenter des réflexions et des débats de qualité.

    Commentaire par Rubin — 24/11/2009 @ 12:17

  3. Très intéressant article, désabusé mais riche d’informations, justement.
    Merci.

    Commentaire par Novice — 24/11/2009 @ 12:26

  4. De ce très bon article, je citerai ces deux passages tellement vrais.

    « Le diable est dans la technique et dans l’absence de vision d’ensemble »

    « La conclusion que j’en tire, c’est qu’en pleine crise économique, alors qu’on tente de sécuriser le système et que l’on prend des mesures qui sont censées corriger les travers du libéralisme, des domaines techniques mais aussi stratégiques comme le droit et la comptabilité, continuent dans l’ignorance générale ou presque d’être alimentés par le dogme du marché. Faute de moyens pour contrer ces théories, faute d’une vision globale des choses, parce que chaque spécialiste reste dans son coin au risque de se retrouver dans la situation des aveugles de notre conte indien. »

    Commentaire par mums — 24/11/2009 @ 13:20

  5. Bonjour,

    « c’est que le débat public dérape trop souvent dans la farce populaire émotionnelle et largement manipulée »

    Nous sommes d’accord sur les manipulations et je pense démontrer que les esprits manipulés sont la première maladie de ce début de siècle voir : http://www.orvinfait.fr/manipules_mentaux_des_malades_ignores.html

    J’espère que vous lirez mon texte car je pense qu’il est l’une des clés qui permettra la fin de la crise du journalisme.

    « des domaines techniques mais aussi stratégiques comme le droit et la comptabilité, continuent dans l’ignorance générale ou presque »

    Je ne suis pas du tout d’accord, le succès des amuseurs publics montre qu’il y a une volonté de savoir. Les longs textes de maître Eolas http://www.maitre-eolas.fr/ connaissent un réel succès.

    Face à cela le journalisme se saborde en passant sous les fourches caudines publicitaires. Cependant tout n’est pas négatif la crise oblige les journalistes à définir leur métier. Pendant un certain temps certains journalistes ont cru que les blogueurs leur faisait de l’ombre. Certains blogueurs ont cru aussi être journalistes. J’ai trouvé amusant le premier commentaire publié à http://odalage.wordpress.com/2009/11/07/code-de-deontologie/ qui est un projet de code de déontologie des journalistes : « Où l’on voit qu’il n’y a rien de commun entre blogueur et journaliste… »

    Commentaire par Serge Cheminade — 24/11/2009 @ 14:02

  6. En fait, vous venez de mettre le doigt dans la théorie du complot. Ce n’est pas le Spectre qui veut dominer le monde, mais un ensemble de personnes ayant une vision plus ou moins commune, avec des objectifs non antagonistes qui tendent vers plus ou moins le même but et qui ont les moyens de les mettre en oeuvre et les promouvoir.

    Aliocha : à mes yeux, la théorie du complot suppose une volonté délibérée, or nous sommes ici en face de comportements spontanément convergents, ou mécaniquement dominants faute d’opposition, c’est très différent, à mon avis. D’ailleurs, sauf erreur de ma part, en droit de la concurrence, une entente sur les prix suppose de démontrer une collusion délibérée, la constatation de prix similaires chez différents fournisseurs ne suffit pas à qualifier une entente. C’est important, l’intention.

    Commentaire par herve_02 — 24/11/2009 @ 14:48

  7. @ herve_02 :

    Je suis plus ou moins entièrement d’accord.

    Commentaire par Gwynplaine — 24/11/2009 @ 16:04

  8. Ouarf !!! Excellent 😉

    Juste une petite remarque, pour vous retriturer la tête : Ne pensez vous pas que ces personnes de l’école de Chicago ont déjà fait cette analyse, ont déjà chercher de visualiser le système dans sa globalité, et sont tombé sur une constation fort simple : C’est impossible ! Et dans ce cas, il faut prendre le problème dans le sens inverse, et infléflir ‘la vision globale’ pour la faire intégrer un système qu’il est possible de comprendre 😉

    @javi : j’aime pas votre vision partisane. Tous les gouvernements ont réduits les fonds alloués pour la recherches.
    Aux Etats-unis, il n’y a quasiment jamais eu de financement publique, et pourtant, il tourne mieux que nous. Mais il est vrai que, eux, contrairement à nous ont des obligations de résultats.
    Il est vrai que là, il n’y a pas d’indépendance, mais vous croyez vraiment qu’en étant financer uniquement par 1 organisme, quelqu’il soit, on peut faire des recherches allant contre les intérêts de ce mécènes, qu’il soit public ou privé ?

    @Cheminade : je suis globalement d’accord avec vous.
    Par contre, je pense que votre désaccord avec Aliocha n’est pas clair. Aliocha parle sur « le droit et la comptabilité » que vous contestez. Mais Aliocha parle de la crise économique et là, il est excessivement difficile d’avoir une quelconque connaissance sur « le droit et la comptabilité » que régissent les règles internationales etant donné leur complexité. Nul doute que les francais sont curieux de nature, mais là, j’ai l’impression que c’est un peu différent. d’ailleurs, le sujet fait un parallèle entre les informations relative à ces règles, et les réactions des politiques, qui eux, ont des réflexion un peu au dessus de notre melé (heureusement, on les payerai pourquoi sinon, ces feignasses ^^).

    J’aime bien, mais je trouve ca aussi triste, que les différents spécialistes n’ont aucune idées de ce que pensent les autres. Un axe d’amélioration pour le futur ?

    Commentaire par testatio — 24/11/2009 @ 16:22

  9. Mais « un ensemble de personnes ayant une vision plus ou moins commune, avec des objectifs non antagonistes qui tendent vers plus ou moins le même but et qui ont les moyens de les mettre en oeuvre et les promouvoir » c’est pas ce qu’on appellerait habituellement une société?

    Sinon, Aliocha, je ne suis pas du tout d’accord avec vous (lalèèère).

    Il y a un complot MONDIAL. Organisé par deux des plus puissantes forces de l’humanité.

    Le mimétisme et l’habitude.

    C’est rapport à la reproductibilité des phénomènes.

    Mimétisme: je reproduis les phénomènes d’un autre.

    Habitude: je reproduis les miens.

    Le plus étonnant est que ces force se combinent!Siiii!

    Le mimétisme devient une habitude et l’habitude un mimétisme (c’est génial).

    En clair, je fais comme les autres parce que j’en ai l’habitude. 40 ans plus tard, la crise venue, je me dis: « mais pourquoi j’ai fait ça? »

    Ca fait 40 piges que j’applique des modèles intellectuels élaborés par une école fortement orientée idéologiquement et parfaitement discutables et je me suis pas posé la question du « pourquoi je le fais? ».

    En réalité c’est juste parce que les autres ont fait pareil.

    Même maintenant, pile poil au moment où je me demande « pourquoi l’ai-je fait » je ne me le demande que parce que les autres font pareil. Ce qui est assez décevant finalement. Mon éclair de lucidité n’est qu’un phénomène de groupe…

    Du coup ça permet d’élaborer rapidement deux questions et trouver deux réponses: qu’est ce que la liberté? Et qu’est ce que le pouvoir?

    La liberté ce n’est pas le droit pour moi de ne pas faire comme les autres, droit assez inutile puisque j’ai naturellement tendance à faire pareil que les autres, c’est bien plutôt l’ensemble des moyens qui vont permettre au autres de ne pas faire pareil que moi. Et ça c’est beaucoup plus important.

    Le pouvoir, ce n’est pas faire en sorte que les autres fassent pareil que moi, pouvoir là encore assez inutile puisque les autres ont une tendance naturelle réciproque à faire pareil que moi, c’est au contraire tout ce qui me permets, ou nous permet de faire en sorte que les autres ne fassent pas pareil que moi, ou nous.

    Cette approche rompt avec nos façons de penser habituelles: on conçoit en effet la liberté dite individuelle comme une façon de se distinguer des autres et le pouvoir comme une exemplarité, celle du chef (le pouvoir vient de l’autorité de la personne du chef qu’on suit car il a un comportement exemplaire: on a envie de lui ressembler).

    Si on casse la mécanique du mimétisme et de l’habitude, on invente un nouveau monde, ce qu’avait fait en son temps l’école de Chicago.

    Aliocha : bah, ça se discute. Souvenez-vous de votre dernière gueule de bois, je suis sûre que vous vous êtes juré de ne plus jamais boire, au moins pendant 5 minutes. Autrement dit, tant que tout va bien on ne se pose pas de question, quand ça va mal, on s’en pose. Et quand on est plusieurs à le faire, ce n’est pas forcément le signe d’un mimétisme, mais peut-être simplement d’un réflexe commun….

    Commentaire par tschok — 24/11/2009 @ 16:54

  10. @testario
    votre désaccord avec Aliocha n’est pas clair. Aliocha parle sur “le droit et la comptabilité” que vous contestez.

    Si ce n’est pas clair c’est que je me suis mal exprimé. Mon désaccord porte seulement sur « dans l’ignorance générale » . Je crains que dans « dans l’ignorance générale » a été mis parce que les journalistes n’en parlent pas ou pas assez. A mon avis c’est à cause de la faiblesse du journalisme que d’autres acquièrent de l’audience et non pas parce que d’autres acquièrent de l’audience que le journalisme décline. Comme Aliocha je ne pense pas que ces personnes font du journalisme. Comme elle je regrette que l’information « dérape de plus en plus dans le divertissement » mais peut-être à la différence d’elle je pense que les journalistes ont mis trop de temps à définir leur métier, qu’ils ne sont pas la source de toutes les informations. Probablement comme elle je pense que dans un monde de plus en plus complexe, les journalistes ont plus que jamais un immense travail à faire.

    Commentaire par Serge Cheminade — 24/11/2009 @ 17:33

  11. Certes mais quand on est plusieurs à se bourrer la gueule en même temps, il n’est pas déplacé de parler de phénomène de groupe.

    Plus sérieusement, vous pouvez vous demander pourquoi il existe des conduites addictives, ou des épisodes de consommation excessive, à l’égard de substances qui n’ont pas toujours existé dans l’histoire de nos sociétés.

    Pourquoi buvons nous de l’alcool? Pourquoi fumons nous du tabac ou de l’herbe? Pourquoi sniffons nous de la coke? Etc.

    Etes vous réellement sure qu’il s’agit d’une décision prise en toute indépendance par notre libre arbitre?

    Que le lendemain d’une cuite on se dise « j’arrête » et qu’on en fasse un grand moment de l’autonomie de notre volonté, je n’en doute pas un seul instant. Mais cela n’empêche nullement l’habitude, qui devient addiction, ou le mimétisme. S’arrêter de fumer, par exemple, est ce une décision qu’on prend de soi-même ou parce que le Dr Santé publique vient de nous balancer en travers de la gueule les stats selon lesquelles un fumeur sur deux n’atteint pas l’âge de 60 piges? Ne se sent on pas à ce moment là l’envie de faire comme les autres et d’aller acheter son patch en pharmacie?

    Bref, pour qu’un reflex soit commun, ne faut il pas qu’il y ait un sous jacent mental commun?

    Et si ce sous jacent mental commun était le fruit d’un mimétisme millénaire reproduit de génération en génération par l’éducation?

    Comment se fait il que vous me parliez d’une cuite, de la volonté de ne plus boire après une cuite, que je sache ce que c’est et que vous et moi sachions que cette volonté ne dure guère au delà du temps qui nous sépare de la prochaine cuite (peut être pas 5 minutes, mais en tous cas pas des lustres)?

    Pour avoir une culture commune, il faut se copier les uns les autres.

    Pour que ma culture soit commune à la votre il faut que dans ma petite tête je duplique les mêmes fichiers que vous. Il faut, au sens littéral, que je vous copie, que je passe par les mêmes rites initiatiques que vous.

    Le mimétisme n’est pas une maladie honteuse: c’est une fonctionnalité du cerveau. Elle joue un rôle important en matière d’apprentissage. Mais elle induit des réflexes de la pensée qui ne favorisent pas l’originalité ou l’initiative.

    Aliocha : hum, dites-moi donc ce qu’il y a de culturel dans un mal de tête qui suit une cuite et dans l’idée qu’on ne boira plus jamais, moi je trouve cela plutôt organique, mais ce n’est que mon avis 😉

    Commentaire par tschok — 24/11/2009 @ 18:06

  12. J’attendais la réaction de Fantômette (mais sûrement a-t-elle d’autres chats à fouetter), parce que la percellisation du savoir vs une vision globale des choses était précisément le sujet d’un commentaire qu’elle a laissé chez Philarête il y a peu. Comme quoi des lectures peuvent se croiser, mais également des fils de discussion d’un blog à l’autre.

    p.s. @ Fantômette : j’ai une question sans réponse sous le billet où vous avez testé votre toolbar firefox.

    Commentaire par Gwynplaine — 24/11/2009 @ 22:53

  13. Pour la comptabilité, je ne sais pas, mais pour ce qui est du droit, je crois que vous sous-estimez la capacité de résistance intellectuelle. Ces tentatives d’hégémonie idéologique se heurtent à des résistances, d’autant qu’elles portent en sous-main des intérêts souvent opposés aux notre.

    Ainsi, le programme d’étude sur l’attractivité économique du droit, mené conjointement par la faculté de droit de nanterre et le GIP Droit et Justice, ont beaucoup travaillé sur la critique de la méthodologie ds rapports Doing Business. On peut ici citer le nom de Bertrand du Marais. Ce programme a porté ses fruits puisque la Banque Mondiale a reconnu qu’un changement des modes de calcul de l’indice était nécessaire.

    Je crois que l’association Henri Capitant a également travaillé sur la question.

    Bref je suis d’accord avec vous sur le constat: face à des phénomènes complexes, l’approche discipinaire clasique peut se révéler asséchante. Mais un certain nombre de juristes n’ont pas renoncé à l’apport d’autres sciences humaines,comme la sociologie et l’économie, pour les comprendre. Il suffit de regarder ce que produit la sociologie du droit ou le mouvement de law & economics pour s’en rendre compte.

    Et c’est là un point que j’aimerais soulever: ces travaux existent, mais ils restent malheureusement confidentiels.

    Aliocha : la comptabilité a plongé dans la juste valeur, convaincue qu’elle reflétait mieux la valeur de l’entreprise pour les utilisateurs de comptes que le coût historique. Là où il y a résistance, mais fort tardive puisqu’il a fallu la crise pour la voire apparaître, c’est sur l’étendue de son application et aussi sur le dogme selon lequel la juste valeur serait équivalente à la valeur de marché, même quand celle-ci est calculée sur la base de marchés qui ne connaissent que de faibles volumes d’échanges, voire en l’absence de marché (recours à des modèles). Ce sont d’ailleurs des résistances davantage inspirées par les intérêts des acteurs économiques que par un attachement à une doctrine. Sur le droit, il aura fallu que la France soit classée derrière le Bostwana pour qu’on se réveille. A la décharge des juristes, ça fait longtemps qu’ils alertaient les pouvoirs publics sur l’attitude offensive de la common law, laquelle contrairement à ce qu’on croit est encore minoritaire dans le monde. Cela étant, il n’y pas de matière académiquement plus cloisonnée que le droit. Et voyez comme ses rapports avec l’économie tardent à se développer malgré les efforts de Guy Canivet, Marie-Anne Frison-Roche et quelques autres…

    Commentaire par thedarkdreamer — 24/11/2009 @ 23:32

  14. @Aliocha: Si j’ai bien compris, vous considérez que le débat public est indûment occupé par les « philosophes people » ? Autrement dit, qu’il y a une minorité d’« intellectuels médiatiques » qui monopolise l’accès aux médias, au détriment des autres intellectuels et experts des différents domaines pertinents ?

    Aliocha : c’est évident, non ? Maintenant ce n’est pas entièrement la faute des journalistes. Il y a des gens qui ne savent pas communiquer, d’autres qui s’y refusent, du coup, les « bons candidats » sont propulsés en avant. Personnellement, j’essaie de fuir les stars médiatiques le plus souvent possible parce que je n’aime pas leur discours formaté et que par ailleurs il me semble plus intéressant de faire émerger d’autres gens. Mais ce n’est pas toujours possible.

    Commentaire par DM — 25/11/2009 @ 07:50

  15. @aliocha: Alors, permettez-moi de vous faire remarquer qu’encore une fois vous vous approchez dangereusement des idées de Bourdieu (et de Chomsky, d’ailleurs), singulièrement celles exprimées dans _Sur la télévision_. Et aussi que pour avoir osé dire cela, je me suis fait accuser de « populisme » et « d’anti-intellectualisme » (ce qui, soit dit en passant, est assez comique étant donné ma situation).

    En ce qui concerne le manque d’empressement des universitaires à s’exprimer auprès de la presse, je pense qu’il y a des explications assez multiples.
    * Le milieu académique est essentiellement un milieu de gens discrets et polis; les médias, et singulièrement la télévision, sélectionnent des bateleurs.
    * Dès que l’on pointe son nez en dehors du bois, on s’attire éventuellement des réactions hostiles (accusations publiques, diffamations, etc.).
    * Les médias audiovisuels sélectionnent les gens qui « passent bien », (ce qui n’est pas équivalent à dire des choses fondées ou intelligentes). Comme me disait un étudiant qui suivait les cours d’un philosophe médiatique bien connu, « qu’est-ce qu’il parle bien ».
    * Il arrive que les journalistes déforment les propos des personnes interviewés, découpant les répliques et les citant hors contexte. (Vous comprendrez que je ne veuille pas citer de noms en public, mais vous pouvez me contacter pour plus de détails.)
    * Les journalistes posent souvent d’avance les questions, voire les réponses, même quand la question n’est pas la question pertinente sur le sujet. Par exemple, j’ai été contacté comme expert sur la question des ordinateurs de vote. Les journalistes avaient décidé que le point pertinent était de savoir si elles étaient « piratables » (*), alors que ce n’est pas vraiment le problème, et je devais donc répondre à cette question en moins de 30 secondes, sans avoir vu le matériel sur lequel on me demandait un avis d’expert. Inutile de dire qu’une telle réponse aurait été ridicule du point de vue de la rigueur scientifique. Il était manifeste que j’avais été classé dans la case « anti » et que le but était d’opposer 30 secondes de « pour » et 30 secondes d’« anti ». [C’est d’ailleurs un point que soulève Chomsky: pour exprimer un point de vue simpliste et populiste, il suffit de 30 secondes (il suffit de brosser le public dans le sens du poil).]
    * Le fonctionnement des médias semble basé sur un carnet d’adresses associant à chaque sujet une liste de personnalités qui « passent bien » et qui peuvent s’exprimer sur ce sujet. Cela explique que toujours les mêmes personnes soient interviewées, et que les débats soient si schématiques.
    * Répondre aux journalistes, assister à des émissions, prend énormément de temps (encore plus si vous habitez en province). Ainsi, Roberto Di Cosmo, qui à une époque essayait de sensibiliser le public aux dangers de la monoculture informatique (à l’époque, c’était Microsoft… mais ses remarques s’appliquent aussi bien à Google aujourd’hui), m’a dit qu’il avait fini par renoncer, tellement c’est épuisant.

    Je vous rappelle que rares sont les universitaires qui disposent d’un secrétariat particulier… et les mœurs médiatiques consistant à téléphoner à 10h du matin pour un sujet pour le journal de 13h sont incompatibles avec un emploi du temps d’universitaire normal (qui doit assister à des réunions, donner des cours, etc.).

    (*) Malheureusement, dans l’ensemble, la presse semble encore sur ces questions très influencée par la vision du film « WarGames » de John Badham: des « petits génies » qui « piratent » de l’extérieur les ordinateurs officiels.

    Aliocha : ça, si vous ne l’avez pas écrit 1000 fois ici, vous ne l’avez pas écrit une seule 😉 Je sais bien que ça vous préoccupe, en même temps ce que vous décrivez illustre exactement ce que je dis plus haut, il y a les gens qui aiment l’exercice médiatique, qui trouvent le temps, qui savent faire et les autres. Contre cela les journalistes ne peuvent rien. Les universitaires ont des contraintes, certes, mais pas plus que les autres professionnels avec lesquels je travaille. Certains me fixent des rdv à 7 heures du matin, d’autres à 21h ou le week-end, il faut parfois prendre rdv des semaines à l’avance, c’est normal, on se débrouille chacun avec nos contraintes respectives, parfois on y arrive, d’autres fois on n’y arrive pas.

    Commentaire par DM — 25/11/2009 @ 09:19

  16. « Le diable est dans la technique…. » A mon sens c’est plutôt, « le Diable flatte celui qui ne jure que par la Technique » et à notre époque force et de constater que la technique est trop souvent considérée comme un dogme infaillible (le succès des filières techniques scolaires en est un symptôme). Nombreux sont ceux qui se flattent et s’enorgueillissent de maîtriser un point technique qui en dépasse d’autres.

    Par exemple, sur un blog connu (Me Eolas), on assiste souvent à des prises de becs passionnées (pour ne pas dire déchaînées), où le Maître des lieux défend et justifie techniquement un point de vue de Droit par des arguments (techniques) imparables, excluant de ce fait la perception des faits qui en choque d’autres, ces autres (quelques fois vous et moi) sont atterrés et dépassés par cette technique qui vient recouvrir le bon sens et l’humanité du citoyen de base. (Il me semble tout de même que sur les vraies questions d’humanité, Me Eolas a plutôt tendance à s’assoire sur la technique pour argumenter sur l’humain !…)

    Paradoxalement, « Trop de technique tue la technique » surtout lorsqu’elle est mise en oeuvre au coup par coup et par le petit bout de la lorgnette qui n’éclaire que la partie émergée du problème à résoudre. C’est ce que vous expliquez par le manque de vue d’ensemble et un bon exemple est encore le Droit ou à force de légiférer au coup par coup on fini par trouver tout et son contraire.

    Dans un autre domaine dans lequel j’ai oeuvré (l’informatique), il existe un travers symptomatique dans lequel on tombe souvent : apporter une réponse technique immédiate (dans l’urgence) à un bug. Au final, on crée des verrues de-ci de-là pour finalement arriver à un « magma technique » impossible à appréhendé dans son ensemble : c’est que j’appelle le syndrome « Spaghettis » (une variante consécutive et simultanée de l’effet « Papillon »). Le titre de votre billet m’y fait penser.

    Le monde (« si complexe ») d’aujourd’hui est ainsi fait (pour ne par dire dirigé) par de « Hauts Techniciens » oeuvrant chacun pour mieux faire tourner son petit pignon économique, financier, politique, social, … Au final on a une espèce de machine complexe aux mille rouages qui tournent si vite (et on dira « si ça tourne vite c’est que ça tourne bien ») qu’elle s’en fait péter les boulons.

    Dans l’Univers de l’économie et de la Finance que vous aimez nous raconter, il semble que les boulons pètent souvent. Pourtant, comme le dit mon plombier (vrai philosophe de la clef à molette) : « L’économie et la finance, c’est pas compliqué, c’est comme la plomberie : si vous avez des canalisation disproportionnées d’un côté, celles de l’autre côté vont s’assécher et toute la circulation ne marchera plus ! ».

    Sans revenir sur le sujet du plombier polonais qui est un autre problème, nos voisins suédois ont compris la leçon et leur ministre du travail, Hans Karlsson, ancien artisan, est l’un des plus respectés et compétents, souvent donné comme exemple même en France !
    (Pourtant chez nous, les ministres sont plutôt piochés dans la marmite de la vieille aristocratie ou/et des hautes et éminentes écoles techniques décalées. (Non, j’ai pas dis qu’il étaient incompétents !…).

    Commentaire par Oeil du Sage — 25/11/2009 @ 10:22

  17. @OeilduSage :
    « Pourtant chez nous, les ministres sont plutôt piochés dans la marmite de la vieille aristocratie ou/et des hautes et éminentes écoles techniques décalées »

    C’est pas le début d’un complot ça ?…

    Commentaire par Oeil du Sage — 25/11/2009 @ 10:31

  18. @testatio: non, tous les gouvernements n’ont pas réduit… je pense que vous avez déjà dû la voir sur le net, mais il existe une excellente courbe de l’effort national en % de PIB en France depuis 80. ça augmente systématiquement sous les gouvernements PS (pas assez certes…) et ça diminue systématiquement sous les gouvernement UMP. On voit même les périodes de cohabitation!

    Bref, l’effort national en faveur de la recherche est plus important à gauche qu’à droite. Et je ne rentre même pas sur des considérations qualitatives sur la différence entre crédit d’impôts et vraie recherche. Je bosse dans le privé, et je peux confirmer tout le pire qu’on raconte sur le CIR.

    Commentaire par javi — 25/11/2009 @ 10:39

  19. Je reviens sur la « Technique » qui m’inspire…
    La technique n’est rien en tant que telle, c’est son interprétation et sa mise en oeuvre qui font la différence.

    Quelques exemples totalement subjectifs qui me viennent :
    En matière de comptabilité (tous secteurs économiques confondus), tout comptable, tout homme d’affaire ou politique sait qu’on peut faire dire aux chiffres techniques le pire comme le meilleur. La compta, outils technique infaillible pour clarifier un domaine complexe et le rendre lisible, peut donc servir à l’inverse. Les nombreuses statistiques économiques comptables qui fleurissent chaque jour (la croissance, le PIB, les indices de prix et de consommation, le chômage, …) en sont des exemples : ils prennent la couleur qu’on veut leur donner.

    En politique, le débat sur les 35 h donne encore lieu à de farouches escarmouches, pourtant techniquement il semble que le raisonnement soit bête comme chou : je réduis un peu le travail à tous et les petites réductions cumulées permettent de créer des emplois… Nous savons tous que la productivité individuelle sur un mois de travail n’est pas le fruit pur et simple du temps de travail. L’idée est techniquement acceptable, sauf que …

    Idem pour les stock-options : cet astucieux outil technique pour motiver les cadres dirigeants des grosses entreprises florissantes par des dividendes accumulés qui restent dans les caisses de l’entreprise et profiteront à son heureux détenteur. L’affaire EADS-AIRBUS et les autres affaires de délits d’initiés montrent une fois de plus que la technique est dévoyée.

    Pour terminer sur une note d’humour, techniquement un statisticien qui a les pieds dans la glace et la tête dans un four dira que la température moyenne est supportable.
    C’est pareil pour l’économie française : le revenu moyen du citoyen français montre que le niveau de vie est très bon !

    Commentaire par Oeil du Sage — 25/11/2009 @ 11:35

  20. Bonjour Aliocha,

    Vous écrivez plus haut (votre réponse à DM) : « il y a les gens qui aiment l’exercice médiatique, qui trouvent le temps, qui savent faire et les autres. Contre cela les journalistes ne peuvent rien ».

    Je ne suis pas d’accord avec vous. Je crois que les journalistes y peuvent quelque chose. Et je crois bien qu’ils le doivent, même.

    C’est en raison de cette opinion que je suis favorable à faire des journalistes des experts du discours (j’en remets une couche) : pas seulement parce qu’ils doivent pouvoir l’analyser, ce discours, et en rendre compte, mais également parce qu’ils doivent pouvoir le produire, aux lieu et place du « mauvais client », cet expert ou ce quidam, qui tient des propos intéressants, mais abscons ou confus, bafouille, revient sur ce qu’il a dit, s’interrompt, et reprend en sautant du coq à l’âne.

    Je me demande parfois si la bonne fortune des communicants ne trouve pas notamment sa source dans cette distinction (dont je ne nie pas qu’elle recouvre une réalité) entre « bons clients » et « mauvais clients ».

    Parce que, ce qu’elle vend – entre autre – c’est une méthode pour s’améliorer. Et toute méthode de discours, lorsqu’elle se généralise, tend à produire du discours formaté.

    Je ne suis pas en train de dire que les journalistes doivent former de bons clients, attention.

    Mais, je pense qu’ils doivent aller les chercher, les « mauvais clients »-« bons experts », et travailler à rendre leur pensée compréhensible – sans la trahir.

    Faire leur boulot de passeur, quoi. De traducteur, au besoin.

    Aliocha : nous sommes d’accord Fantômette, je relativise juste les propos de DM toujours un peu excessifs sur le sujet avec les journalistes. Par ailleurs, il y a des gens qui n’aiment pas communiquer, on n’y peut absolument rien, des gens qui tout simplement ne savent pas verbaliser ce qu’ils savent ou pire ne veulent pas. Il y a une certaine forme de générosité dans le fait de communiquer un savoir 😉 Sinon, je ne voudrais pas avoir l’air de cafter, mais Gilbert continue de manier l’art de la preuve de manière discutable. Je vous ai laissé le plaisir de lui répondre 😉

    Commentaire par Fantômette — 25/11/2009 @ 17:14

  21. J’aime bien les commentaires de DM et de Fantomette.
    Si je comprends bien, il s’agit encore et toujours des travers de la communication, à savoir qu’un discours vide bien dit vaut mieux qu’un discours riche mal exprimé. Les politiques sont ceux qui ont le mieux compris cette règle d’or. Pour Fantomette c’est aux journaliste de venir un peu modérer cette règle d’or.

    Ce qui est terrible pour les gens simples comme moi, c’est quand 2 « bon clients » se crêpent le chignon et s’envoient à la figure des propos aussi percutants que bien exprimés : hier j’ai écouté Olivier Besancenot justifier le mouvement de grève de La Poste, et ce matin François Fillon estoquer sans ménagement les propos de Besancenot…

    Commentaire par Oeil du Sage — 25/11/2009 @ 19:40

  22. Ce qu’il y a de culturel dans un mal de tête, c’est le réflexe de prendre de l’aspirine.

    Et dans l’idée qu’on ne boira plus jamais après une cuite, c’est l’illusion que la force de notre volonté l’emportera sur notre soif de plaisir.

    C’est très culturel, mais c’est aussi organique.

    Et le plus culturel dans tout cela est que vous opposez les fonctions corporelles à l’intellect. Vous séparez, en les opposant, le corps et l’esprit.

    Ca, c’est totalement marqué « culture occidentale » sur le paquet.

    En grosses lettres.

    Qui brillent dans la nuit.

    En clignotant.

    PS: je vais voir ce que dit Gilbert. :))

    Commentaire par tschok — 26/11/2009 @ 10:45


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