La Plume d'Aliocha

19/11/2009

Bloc-notes

Filed under: Brèves — laplumedaliocha @ 17:39

L’actualité est riche, mais mon temps est compté. Tant pis, je m’en tiendrai à vous signaler en vrac quelques articles qui ont retenu mon attention.

D’abord cette réflexion (gratuit) de Daniel Schneidermann sur les aides d’Etat à la presse Internet. Vous verrez en le lisant ce qui fait la différence entre un patron de presse journaliste, comme c’est le cas d’@si , et un gestionnaire uniquement préoccupé de rentabilité. Les questions qu’il aborde sont fondamentales mais trop souvent tranchées aujourd’hui dans les groupes de presse par des gens qui refusent d’entendre les observations de la rédaction, notamment sur le terrain déontologique, et s’en tiennent à de pures considérations économiques. Il est évident qu’une entreprise, fut-elle de presse,  ne peut mépriser les impératifs d’une bonne gestion. Mais une entreprise de presse ne peut pas non plus faire l’impasse sur les questions abordées par Daniel Schneidermann relatives à l’indépendance.

Ensuite, ce papier au vitriol de Marianne 2 sur la journaliste Françoise Degois qui vient de quitter France Inter pour rejoindre Ségolène Royal. Et puisqu’il vaut mieux en rire, l’intervention des Fatals Flatteurs lors d’une interview de Florence Françoise Degois sur son livre est un grand moment de bonheur. Voyez également sur le même sujet l’article de Rue89 ainsi que ce cri du coeur de Télérama qui met en exergue un aspect important du sujet : l’attractivité de la communication sur les journalistes qui devient de plus en plus forte au fur et à mesure que la presse s’enfonce dans la crise. Sans oublier le dossier d’Arrêt sur images (payant). Cette affaire ne manquera pas, j’en suis sûre, d’attirer des commentaires peu laudateurs sur les journalistes en général. Je rappelle donc au passage que deux journalistes ont refusé la légion d’honneur au début de l’année. Alors évitons  les généralisations hâtives qui sont autant d’injustices à l’égard des professionnels rigoureux.

Mediatrend en profite pour rebondir sur la question du code de déontologie des journalistes et remarque notamment le faible intérêt que suscite le projet dans la presse. Il est vrai qu’il y a eu assez peu d’articles sur le sujet. Sans doute les titres de presse ont-ils considéré que cela relevait de la cuisine interne de la profession qui-n’intéresse-pas-les-français. Par nature, les journalistes sont plus curieux du monde que d’eux-mêmes. C’est pour cela qu’ils sont si mal connus et mal compris. Mais en l’espèce, c’est dommage car il me semble que le sujet concerne autant le public que nous.

Chez Marianne2 de nouveau, et toujours sous la plume de Regis Soubrouillard qui ne va pas se faire que des copains cette semaine, un article intéressant sur Christophe Barbier et la Sarkozie, en l’espèce, Philippe Courroye et Jean-Noël Tassez. Trop près, trop loin, éternelle question…

Et puis enfin, cet article d’Elisabeth Lévy que je trouve remarquable sur l’homoparentalité. Aucun rapport avec le journalisme, quoique…. Cela faisait un bout de temps qu’elle n’avait pas écrit et je m’ennuyais. J’ai donc bondi sur ce papier, tout en songeant que c’était sans doute cela un bon journaliste, quelqu’un dont on guette la signature avec impatience en sachant qu’on ne sera pas déçu, pas forcément parce qu’on est d’accord mais simplement parce que le sujet est traité de manière intelligente et sort des sentiers battus.

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24 commentaires »

  1. Françoise Degois et Florence Degois sont la même personne, je suppose ?

    Aliocha : oui, au temps pour moi, le surmenage me guette !

    Commentaire par Lully — 19/11/2009 @ 19:02

  2. Je ne comprends pas pourquoi on fait tout un foin à propos de Françoise Degois. Elle a choisi de servir Ségolène Royal au grand jour. Finalement c’est mieux que l’attitude d’Elkabbach, qui roule pour Sarkozy sans le dire.

    À propos des Fatals flatteurs, faites gaffe, Aliocha, ils ont envahi votre blog. Ils s’appellent… oh et puis non, ils se reconnaitrons eux-même.

    Aliocha : Bah, ils compensent les Fatals Chieurs, c’est un peu le principe du yin et du yang, du bien et du mal, de la danette et du nutella…

    Commentaire par Gilbert — 20/11/2009 @ 01:47

  3. Bonjour Aliocha,

    Je suis un de ces nombreux anonymes qui suivent votre blog, quasiment depuis le début. J’en profite pour vous remercier: c’est toujours avec grand plaisir et intérêt que je lis vos réflexions.

    Je lis en ce moment un bouquin de Jeff Jarvis: « La Méthode Google » (ou « What Will Google do ? » en anglais), qui explore les mutations induites par internet dans notre société (et entre autres, dans les médias).

    L’avez vous lu ? Qu’en pensez vous ?

    Aliocha : Jeff Jarvis est le Saint Patron de tous les théoriciens du web qui prédisent la mort de la presse traditionnelle et l’avénement d’un monde meilleur via internet. J’ai vu ce livre, il faudra bien que je me contraigne à l’acheter et à le lire, mais le peu que j’ai lu de Jeff Jarvis sur Internet m’incline à penser que nous ne sommes pas d’accord lui et moi et c’est un euphémisme 😉 Mais vous justement, qu’en pensez-vous, ça m’intéresserait d’avoir votre avis.

    Commentaire par XR — 20/11/2009 @ 12:02

  4. Il y a des bons journalistes… il y en a aussi de moins bons…

    Ce matin sur France Info, en ouverture du journal: « alors voilà, on a un nouveau Président du Conseil Européen, le Belge Van Rompuy, et la première chose qu’on peut dire à son sujet, c’est que c’est pas Georges Clooney »…

    Merci la Presse…

    Aliocha : le problème quand un journaliste déconne c’est qu’il a des millions de témoins, contrairement au plombier, à l’expert-comptable ou au coiffeur, d’où l’effet fortement négatif pour notre métier des âneries de chacun d’entre nous 😉

    Commentaire par Arnaud — 20/11/2009 @ 13:28

  5. Bonjour Aliocha,

    Vous aimez bien Élisabeth Lévy.

    Perso, j’ai plus de mal.

    Pas regardante sur la matérialité des faits. Sinon, ses opinions, ben c’est comme d’hab, ça me va. Tant qu’elle veut pas exterminer les Juifs (c’est mon côté rive gauche).

    Commentaire par tschok — 20/11/2009 @ 13:44

  6. Bonjour Aliocha,
    J’ai lu l’article d’Elisabeth Levy, en voyant la bonne critique que vous lui réserviez. Seulement, je n’ai pas trouvé qu’il « sort des sentiers battus » (il est même plutôt conservateur et relaie un discours me semble t-il déjà entendu) ni très intelligent… Un peu étonnée et déçue que vous soyiez si enthousiaste…

    Aliocha : des goûts et des couleurs, on ne discute pas. Chacun est libre de trouver le ou les journalistes qui lui plaisent. Moi elle me plait, elle me plait pour la culture qui transpire à chaque ligne dans ses articles et pour sa capacité, déjà illustrée dans l’affaire du voile, à résister à la bien pensance pour des raisons beaucoup plus pertinentes que les vieux poncifs de la pensée réactionnaire. Figurez-vous que son argument sur l’ordre symbolique par exemple rejoint l’analyse du philosophe Dany-Robert Dufour dans la Cité perverse. Je ne peux pas vous résumer ce livre en quelques lignes, disons que pour lui si on supprime intellectuellement la différence entre les sexes, on ne peut plus raisonner.

    Commentaire par Amandine — 20/11/2009 @ 14:29

  7. > « Jeff Jarvis est le Saint Patron de tous les théoriciens du web qui prédisent la mort de la presse traditionnelle et l’avénement d’un monde meilleur via internet. […] le peu que j’ai lu de Jeff Jarvis sur Internet m’incline à penser que nous ne sommes pas d’accord lui et moi et c’est un euphémisme »

    Je m’en doutais, et c’est bien pour ça que je pose la question 🙂
    Je n’ai pas encore lu le livre en entier, et notamment pas encore la partie qui traite des médias. Je ne vais donc pas me risquer à répondre maintenant.

    Commentaire par XR — 20/11/2009 @ 15:24

  8. Je dois plussoyer l’analyse d’Amandine, l’article d’Elisabeth Levy m’a beaucoup déçu après l’éloge que vous en faisiez.

    Je cite, pas au hasard:
    « Sur France 5, l’autre soir, une journaliste se désolait que des hommes aient à cacher leur homosexualité pour avoir une chance de devenir père. À mon avis, ils feraient mieux d’y renoncer une heure durant (douche comprise), ça leur simplifierait la vie, mais ce que j’en dis. »
    En gros, l’homosexualité serait une fantaisie passagère. C’est très « Trompettes de la renommée » dans le texte, sauf que Brassens avait lui au moins l’excuse de l’époque. Les moeurs ont heureusement évolué, dieu merci.

    J’aime beaucoup également le côté « mépris à peine caché » du texte, avec des arguments aussi originaux et inventifs que le coup de l’auto-reproduction qui nous dispenserait d’avoir à fréquenter nos prochains de tous sexes. Les homosexuels sont donc des antisociaux, merci pour eux.
    Ah, et puis l’homosexualité menacerait aussi l’humanité, si on la généralisait. Ça fait longtemps qu’on nous l’avait pas faite celle-là. Christian Vanneste doit se retourner dans sa tombe.

    Même ce genre de stupidités mises à part, son argument principal, comme quoi l’homoparentalité donnerait moins de repères qu’un couple papa-maman, me semblerait — au minimum — à nuancer. En tant que journaliste, elle aurait pu au moins faire l’effort de demander à Gougleu, et c’est la Wikipedia qui lui aurait charitablement répondu ceci: http://fr.wikipedia.org/wiki/Homoparentalit%C3%A9#.C3.89tudes_scientifiques_et_sociologiques
    Je ne dis pas qu’elle n’a pas le droit de donner une opinion, mais la présenter comme une vérité absolue, sans chercher à voir plus loin que le bout de son nez, me semble un peu éloigné de l’idée que nous nous faisons du journalisme.

    Il aurait été bien plus pertinent, à mon humble avis, de faire une recherche parmi les innombrables études qui ont justement été menées, démêler le vrai du faux, et présenter au public un article argumenté et résumé sur l’homoparentalité. Quitte à tenter de démontrer la même chose, mais preuves à l’appui, et en essayant de se remettre en cause un petit peu.

    Un brûlot comme celui-là, même moi j’aurais été capable de l’écrire. Certes je n’aurais pas transpiré d’autant de références culturelles, mais je peux faire aussi peu constructif, sans trop me forcer.

    Aliocha : il ne vous aura pas échappé que c’est un article d’opinion et non pas une enquête. Par conséquent vous auriez pu me dire : mais alors, les journalistes peuvent donc donner des opinions ? Ce à quoi je vous aurais répondu qu’à partir du moment où ils les présentent comme tel, oui, parce que en qualité d’observateurs professionnels de la société, leurs opinions sont intéressantes. Si vous préférez au lieu de cela vous en tenir à considérer qu’elle est sotte, simplement parce qu’elle n’est visiblement pas de votre avis, permettez-moi de vous dire que cette réaction là, elle est aussi terriblement éculée. Ce d’autant plus que vous lui faites dire énormément de choses qu’elle ne dit pas.

    Commentaire par jor — 20/11/2009 @ 17:07

  9. « Aliocha : Bah, ils compensent les Fatals Chieurs, c’est un peu le principe du yin et du yang, du bien et du mal ».

    Si je comprends bien, les Fatals Chieurs (autrement dit ceux qui ne partagent pas vos avis éclairés) seraient le mal et les Fatals flatteurs, ceux qui lèchent le fondement à tout propos, le bien. Alors grand bien vous fassent-ils…

    Aliocha : non, un Fatal Chieur est qelqu’un qui exige de la Danette quand on lui offre du Nutella et inversement.

    Commentaire par Gilbert — 20/11/2009 @ 17:51

  10. Pardonnez ma colère. Je me rends compte à la relecture de mon commentaire que je me suis un peu laissé emporté, mea culpa.
    Néanmoins je continue de voir pas mal de mépris dans cet article.

    Elle commence par dire que l’intérêt de l’enfant est plus important que celui des éventuels parents adoptifs, et qu’adopter n’est pas forcément un droit, mais plus une envie. Ok jusque-là pas de problème. Elle parle ensuite de l’absence de repères papa-maman dans l’homoparentalité, ça la gêne. Admettons que ça puisse poser problème pour l’enfant. Sauf que juste après elle laisse entendre par deux fois que l’adoption par un individu isolée est parfaitement normale (le coup de la veuve, et l’homosexuel qui adopte seul). Où est le repère papa-maman quand un individu adopte seul ?

    J’ai quand même bien l’impression que, malgré ce qu’elle prétend, ce qui la gêne réellement, c’est le côté « union homosexuelle affichée qui adopte ». Et d’ailleurs, c’est bien autour de ça que l’article tourne. Si elle en avait parlé vite fait pour ensuite parler des parents hétéros qui se plaignent sans cesse que l’adoption est trop longue, et critiquer leur envie à eux, ça m’aurait beaucoup moins choqué.

    Aliocha : vous êtes pardonné ;). Ce qui m’intéresse dans son papier c’est essentiellement l’argument de l’ordre symbolique. Je crois qu’elle a raison de dire qu’on est en train d’y toucher et que ça pose question. C’est pour moi le seul argument valable de ceux qui s’opposent à l’homoparentalité, tout le reste est discutable. Il suffit d’observer les familles pour s’en convaincre. Mais le symbole, lui, il est important. Alors on peut très bien décider de le faire voler en éclats, le tout est simplement d’en être conscient parce que ça peut être une forme de séisme intellectuel. Evidemment que personne n’a envie de refuser aux homosexuels le droit d’adopter, la question c’est : du point de vue des symboles qui forgent les sociétés autant que les individus, quelle incidence ? Avant de la lire, je n’avais pas aperçu le problème de permettre à une femme d’avoir un enfant de son mari mort. Personnellement j’étais pour. Après l’avoir lue, j’ai trouvé que là encore la question du symbole avait du sens. En d’autres termes, si je renvoie à son article, ce n’est pas parce qu’il est contre l’homoparententalité mais parce qu’il pose la discussion sur un terrain philosophique que je trouve digne d’intérêt. D’autres l’ont peut-être déjà fait, je ne suis pas spécialiste du sujet, quoiqu’il en soit son papier m’a intéressée.

    Commentaire par jor — 20/11/2009 @ 17:58

  11. @ Gilbert :

    Relax, man.

    Bisacodyl 5mg, 2 comprimés/j

    Sympathyl, 3 containers/j (sauf grossesse ou allaitement).

    Commentaire par Goloubchik — 20/11/2009 @ 18:46

  12. Euh, je vais sûrement poser une question bête, mais je vous avoue que je ne vois pas exactement ce qu’on entend par cet « ordre symbolique ». C’est le schéma père-mère « classique » ? Cette fois-ci même Gougueul m’a failli… Je n’ai trouvé que ce lien qui semble se rapprocher du truc: http://www.prochoix.org/pdf/thery7.pdf
    Intéressant, mais pose plus de questions qu’il ne m’apporte de réponses…

    Je vous avoue même que je n’avais qu’à peine fait attention à la mention qu’elle fait de l’ordre symbolique lors de ma première lecture… En fait, je trouve que c’est l’aspect de l’article qu’un néophyte risque le plus de zapper (ou quelqu’un qui manque de culture générale, au hasard, un informaticien). Le reste de la charge contre l’homoparentalité saute à mon avis bien plus aux yeux. :-/

    Et pour ce qui est de l’insémination post-mortem, au premier coup d’oeil ça ressemble beaucoup à une situation où le père serait mort peu après la conception de l’enfant. Je pense que je commence à saisir la nuance maintenant que vous attirez mon attention dessus, mais sinon l’article ne s’y attardait pas suffisamment pour m’y faire réfléchir.

    Commentaire par jor — 20/11/2009 @ 20:11

  13. Bon ! J’ai moi aussi un a priori sur Madame Levy : sa personnalité ? Tout les « dégoûts » sont aussi dans ma nature pour paraphraser DUTRONC ! Pour autant, son article intitulé « Symbolique ta mère » que je trouve, pour ma part, équilibré, alors même qu’elle prend clairement position sur le sujet, Elisabeth Lévy, en effet, se place sur le terrain de la « philosophie de la déconstruction » qui démultiplie des oppositions structurantes en les rendant infinies et indéfinies.

    Ainsi,c’est Derrida qui appelait à aller « au-delà de l’opposition binaire de l’homosexualité et de l’hétérosexualité » pour croire à la « multiplicité de voix sexuellement marquées, à ce nombre indéterminable de voix enchevêtrées, à ce mobile de marques sexuelles non identifiées » (Jacques Derrida – Points de suspension – Paris, Galillée,1992 p.167 et s.)

    En effet, pour éviter de penser le devenir de la différence des sexes dans les sociétés de narcissisme démocratique, il suffit de décréter qu’il n’y a pas – qu’il n’y a jamais eu –  » (LA) famille, mais de la famille ». Ou bien qu’il n’existe pas (UNE) différence des sexes, mais (DES) différences sexuelles.

    Ces passages de l’article défini à l’article indéfini trame tout un discours récusant les oppositions binaires. C’est l’argument du « plus de deux », variante de l’inusable « c’est plus compliqué que ça ».

    Il n’y aurait pas deux sexes et deux seulement, mais tout une gamme, et l’on passerait insensiblement d’une identité sexuelle à l’autre. Il n’y aurait pas un triangle sexualité-procréation-filiation, ni un schéma un père-une mère-un enfant pour l’incarner, mais un système mobile autour de l’enfant où les rôles, les sexes, les normes ne seraient plus fixes ni liés entre eux.

    Cette indétermination généralisée des faits et des concepts rend le réel tout simplement impensable et illustre la conception perverse de la logique et de la pensée confondant plusieurs oppositions : entre l’homme et la femme, entre le masculin et le féminin, entre l’activité et la passivité, entre l’hétérosexualité et l’homosexualité, sans parler de celles entre fantasmes et actes, ou entre pratiques sexuelles et structures du désir.

    En fait, la perversion, selon son mécanisme premier de déni de la différence des sexes, procède par un effacement généralisé des autres différences.(Le névrosé reconnaît la différence des sexes, quitte à s’en affranchir par ses symptômes.Le pervers lui oppose un désaveu, un démenti.Cela entraîne chez lui un maniement de la logique très différent, dans lequel les opposéscessent de l’être et les valeurs ne sont plus hiérarchisables).

    Comme celles des générations, avec laquelle elle constitue l’ordre symbolique, la différence des sexes est effacée dans « l’homoparentalité » réclamée par Derrida comme un progrès dans la famille, une sortie de l’pordre oedipien.

    En effet, le complexe Oedipe fonde la sexualité sur l’attrait pour le parent de l’autre sexe et son interdit par le père amène l’enfant à désirer un autre qui n’est pas de sa famille n i du même sexe que lui.

    Quels que soient les crises, les détours, les ratages et les dénis, la sexualité de chacun, homme ou femme, normal ou névrosé, pervers ou psychotique ne se définit qu’en référence à cet ordre symbolique.Au lieu du schéma oedipien l’ « homoparentalité » réalise le fantasme de fonder seul sa propre origine.

    Ce qui fait dire à un auteur (Michel Schneider – La confusion des sexes – Flammarion 2007 collection Café Voltaire p.75 et s.) que « L’apriori fondateur des représentations sexuelles politiquement correctes est celui d’une sexualité que la différence des sexes ne structuerait plus. Il vise à légitimer une filiation qui, elle non plus, ne serait pas soumise à la conjonction de deux personnes de sexes différents. Pourquoi remplace-t-on la différence des sexes : il y a des hommes et des femmes: il ya des hétéros et des homosexuels ? Afin de de légitimer les filiations non sexuées.

    Dans un monde où il n’y a plus des pères et des mères, mais des parents, qui peuvent être deux « mères », dans les formes de la maternité déléguée au « papa », ou bien deux hommes, deux femmes, de quel sexe seraient les enfants ? Comment penser le sexe sans l’altérité ? Certains soutiennent qu’il peut y a voir deux pères, deux mères ou trois ou quatre cela s’appelle la coparentalité.Forcément avance-t-on l’un jouera le rôle du père l’autre celui de la mère. »

    En rélité l' »homoparentalité » serait une monoparentalité, une homomaternité

    Aliocha : Mille mercis cher Chevalier Bayard, j’aurais été bien en peine d’expliquer cela aussi bien que vous !

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 20/11/2009 @ 20:12

  14. Hm, c’est un peu compliqué pour moi tout ça…
    Si j’ai bien compris, et en très résumé, ce serait notre Oedipe non satisfait qui fonderait la base de notre identité sexuelle et de notre attrait pour l’autre sexe ? D’où l’idée d’éviter justement l’adoption par des parents homosexuels…

    Mais je ne comprends pas, dans le cas d’une adoption par un individu isolé, il ne peut pas vraiment y avoir d’Oedipe non satisfait, si ?
    Et est-ce que ça ne contredirait pas un peu les études dont je parlais dans mon premier commentaire, comme quoi les enfants élevés dans un couple homosexuel ne souffriraient pas de troubles particuliers ?

    Et pour ce qui est de l’orientation sexuelle des enfants, la Wikipedia nous dit : ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Homoparentalit%C3%A9#.C3.89tudes_scientifiques_et_sociologiques )

    « Quant à l’orientation sexuelle des enfants, les conclusions des études de Golombok (1995) et du Dr Williams[32] conduisent à 9% d’enfants avec une orientation homosexuelle. »

    9%, ça me parait pas trop éloigné du pourcentage d’homosexuels parmi les enfants élevés par des parents hétérosexuels, non ?
    Cette page donne 6 à 7% d’homosexuels en 1996 en France: http://www.monchoix.net/premier-pas/statistique-sur-la-population-homosexuelle-article89.html
    Et la Wikipedia donne une fourchette vachement plus large: http://fr.wikipedia.org/wiki/Homosexualit%C3%A9#Statistiques

    Néanmoins (heureusement que je donne pas un euro à chaque fois que je l’utilise celui-là), même dans une hypothèse assez défavorables de 6 – 7% contre 9%, ça ne me semble pas non plus une hécatombe, non ?

    Désolé de mon approche plus terre-à-terre, mais je crains que le terrain philosophique me soit un peu défavorable. 😉

    (PS: votre mail, c’est bien celui qui est indiqué sur cette page: https://laplumedaliocha.wordpress.com/about/ ? Je pensais que Club Internet n’existait plus ?)

    Commentaire par jor — 20/11/2009 @ 22:18

  15. Plusieurs remarques, qu’avec indulgence on pourrait même qualifier de réflexions.

    Une chose d’abord : je trouve curieuse cette expression populaire qu' »on ne discute pas des goûts et des couleurs », parce que si on ne peut pas, il ne nous reste que la pluie et le beau temps, et ça va être coton d’en faire un blog (quoiqu’il y en a qui ne s’en privent pas).

    Deuxièmement : sans aller jusqu’à dire qu’Elisabeth Levy est sotte (je l’ai trouvée remarquable en d’autres occasions), je trouve qu’ici elle charrie quand même sa charrette de poncifs. D’autant que, pour affirmer sa posture de non bien-pensance, elle adopte un ton volontiers rogue qui je crois ne sert pas un propos voulu hors des sentiers battus. Jusqu’au titre qui nous ressert une soupe usée jusqu’à la corde, celle des jeux de mots en -ique auxquels on ajoute « ta mère », même si j’ai bien conscience qu’il est très difficile d’user une soupe.
    Outre ce que relève Jor sur le « ils feraient mieux d’y renoncer une heure durant » – même si la précision « douche comprise » m’a fait rire (en qu’en l’espèce je lui pardonne au bénéfice de l’humour) -, le cliché « Le combat pour l’homoparentalité s’affiche sous les espèces du progrès et de l’émancipation, mais quand on regarde bien, il n’est pas très rock and roll » m’a également fait tiquer. En quoi le combat pour l’homoparentalité se doit d’être rock and roll ? Parce que les homosexuels sont des gens débridés et excentriques, en un mot rock and roll ? (Oui, bon, d’accord, en trois mots.) Certes ce combat se heurte à un certain ordre bourgeois établi, mais le progrès réside justement dans le fait que les homosexuels puissent également bénéficier de cet ordre bourgeois. Bien sûr qu’ici l’émancipation revient à pouvoir ressembler à ses parents. Je suis pour le progrès et l’émancipation par la pantoufle. Il faut égayer la pantoufle !

    Troisio : toute considération philosophique qu’on veuille y mettre, la reconnaissance légale de l’homoparentalité revient quand même a reconnaître certaines situations de fait (une personne d’un couple homosexuel adopte en tant que célibataire alors que deux personnes élèvent l’enfant) qui ne sont pas de la plus grande sécurité (ni juridique, ni affective) pour l’enfant en cas de décès par exemple.

    Et enfin quartet : en ce qui concerne l’ordre symbolique, je ne crois pas qu’il soit plus menacé que ça. Je ne crois pas que cela le ferait « voler en éclat », l’ordre symbolique étant pour moi constitué de ce qui fait la société dans sa majeure partie (sauf erreur de ma part, ce qui reste hautement probable). Or l’adoption homoparentale restera très minoritaire dans la constitution du tissu social, et sûrement même minoritaire dans les cas d’adoption. De plus, lorsqu’un enfant est capable d’appréhender l’ordre symbolique, il est également capable d’appréhender la différence des sexes et de comprendre qu’il n’est pas le fruit de deux papas ou deux mamans, mais qu’il est élevé par eux. Je ne crois pas que l’accession à l’adoption des couples homosexuels nous amène à l’indifférenciation sexuelle.

    Voilà, c’est mon opinion, et je la partage.

    Commentaire par Gwynplaine — 20/11/2009 @ 23:46

  16. @ Jor

    Les termes du débat c’est que la question se pose de savoir pourquoi la parentalité devrait être fondée sur la sexualité, alors même qu’elle n’a pas de rapport avec la sexualité, comme c’est la cas dans l’adoption.

    Pourquoi le couple parental, comme institution, s’est-il partout construit sur un modèle bilatéral et dissymétrique dont les deux sexes donnaient la structure, sinon parce que l’institution s’inspirait du couple générateur, c’est-à-dire hétérogène, ou mixte.

    Les règles de la filiation ont été bâties sur la bilatéralité du couple mâle/femelle, et non sur les sentiments que les géniteurs pouvaient éprouver l’un pour l’autre. Ce n’est jamais l’amour ni le désir en tant que tel qui explique la binarité du couple.

    Même si l’institution du mariage ou celle de la filiation sont des contructions sociales, et non des liens naturels, ils ont gardé jusqu’ici un rapport d’analogie avec la génération naturelle : par exemple, pour adopter un enfant ou un adulte, il faut respecter une différence d’âge qui rendre vraisemblable le lien parental.

    C’est aussi sur le principe de la vraisemblance que s’est instaurée l’adoption, et plus encore la procréation médicalement assistée, réservée en France à des couples stériles « en âge de procréer ».

    Allons plus loin : le mariage traditionnel lui-même est l’institution d’une filiation reposant sur une procréation vraisemblable – même si elle n’était pas toujours réelle.L’enfant d’une femme mariée, dans notre droit était « imputé » à son mari même s’il était génétiquement celui d’un autre homme.

    La fonction traditionnelle du mariage résidait pour l’essentiel, dans l’attribution des enfants d’une femme à son mari (d’où la surveillance ou l’enfermement des épouses).

    L’établissement de la filiation n’échappe à la bilatéralité sexuée que dans le cas où l’enfant n’a qu’un seul parent (mère célibataire, parent adoptif unique).

    On peut donc se demander sur quel principe faire reposer l’adoption d’un enfant par un couple homosexué (de deux parents du même sexe).

    En effet, si l’adoption abandonne le modèle bisexué du couple parental, le couple lui-même ne s’impose plus.

    Pourquoi, en effet, garder la forme duelle (deux parents) dès lors que cette forme ne doit rien à la dissymétrie génératrice ? Garder la structure duelle en la vidant de sa mixité présente le risque de construire la fiction institutionnelle d’une fécondité homosexuelle.

    L’institution doit-elle réaliser de tels fanstames et l’enfant peut-il y trouver sa place ? Tels sont les termes du débat…

    Allons encore plus loin :si la sexualité ne joue aucun rôle dans la filiation adoptive, et si elle peut rompre avec le modèle du couple générateur, alors l’adoption d’un enfant à titre individuel, sans oblitérer les conditions de sa naissance, est une solution plus logique que l’adoption par deux personnes du même sexe et dans ce cas, l’homosexualité d’une personne ne saurait constituer un empêchement à l’adoption et l’égalité des individus suffirait pour garantir un droit à l’adoption applicable à tous sans discrimination.

    Dans son livre, Engagements, (Seuil 2007 P.121 et s.) Sylviane Agacinski montre que la diversité des sexualités n’éfface pas la dualité des sexes : « Le fait d’avoir ou porter un enfant relève de la polarité universelle que chaque individu vit à sa façon, en ayant ou pas des enfants. Même si je n’ai pas d’enfants ni même de rapports sexuels, mon propre sentiment d’être homme ou femme réside dans le fait qu’il y a une rencontre de l’autre sexe. Je suis née d’un homme et d’une femme. Et même un bébé éprouvette, jusqu’à preuve du contraire, a aussi une double origine, mâle et femelle, par ses gamètes.Quant au ventre, il est effectivement le lieu de la dissymétrie : l’homme engendre en dehors de lui, la femme en elle-même. Les techniques d’externalisation de l’enfantement mettraient tout le monde à la place, extérieure, du père. La neutralisation des sexes est un vieux rêve. Personnellement, je préfère la diversité à l’uniformité ».

    En ce qui me concerne je n’ai pas d’illusions sur la force du droit et son évolution (cf. la conclusion du « billet » – d’humeur ? – d’Elisabeth Lévy): le mariage homosexuel et ce qui suivra inéluctablement, les filiations « homoparentales », seront tôt ou tard votés par une gauche (moraliste?) ou une droite (lâche ?)

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 21/11/2009 @ 16:01

  17. Je n’y avais jamais vraiment réfléchi, mais je me demande si l’importance de cet ordre symbolique n’est pas plus grande pour nous que pour les enfants qui seraient susceptibles d’être élevés par un couple homosexuel. Par exemple j’aurais tendance à penser qu’un enfant élevé par un couple s’aimant, même sans le modèle papa-maman, verra au moins l’amour entre ses parents. Ce qui ne sera pas le cas d’un enfant élevé par un individu isolé. Et je dirais aussi que le premier a peut-être plus de chances de trouver le bonheur que le deuxième.

    Pour moi le sens du couple reste donc important dans l’éducation d’un enfant, probablement plus que l’ordre symbolique, et je ne trouve pas ça illogique de l’admettre dans les textes. Surtout si on admet à un homosexuel isolé le droit d’adopter, je trouve ça hypocrite de le refuser à un couple homosexuel.

    De même, je suis assez d’accord avec Gwynplaine, en particulier ses deux derniers paragraphes.
    En fait je me demande même si ce n’est pas nous (hétérosexuels) qui sommes si effrayés de la disparition ou du déclin — très supposés — de cet ordre symbolique (l’homoparentalité restant extrêmement minoritaire de toute façon), et si nous n’avons pas une peur un peu irrationnelle d’y perdre peut-être notre identité sexuelle ? Ça expliquerait que ce sujet déchaîne tellement les passions.

    Commentaire par jor — 22/11/2009 @ 13:40

  18. @ jor

    Prenons l’exemple de l’inceste, qui a ce jour n’est pas constitutif d’un délit ou d’un crime, mais est seulement considéré comme circonstance aggravante avec d’autres délits (viol, agression…).

    En décembre 2004, le ministre de la Justice du Gouvernement Raffarin envisageait de faire de l’inceste une infraction pénale spécifique « afin de répondre à une forte attente des victimes » pour qui la non-inscription de l’inceste dans la loi serait « une nouvelle souffrance ».

    Selon vous l’inceste se répandrait-il dans le coprs social au point qu’il faille en formuler l’interdiction par voie législative ?

    Il y a poutant une bonne raison pour que l’interdit de l’inceste ne figure pas dans le Code pénal(ni d’ailleurs dans les dix commandements) : il fonde la Loi des lois !

    C’est donc le dégrader que de vouloir le placer à égalité avec ces dernières, et c’est aussi anéantir l’esprit de celles-ci que de ravaler à leur rang ce qui en est l’origine.

    Et, comme l’affirme, valablement, Gwynplaine dont les remarques force à la réflexion :  » « l’homoparentalité » restant extrêmement minoritaire de toute façon », raison de plus,me semble-t-il, pour ne pas y céder.

    Mais voilà,dans un vide symbolique croissant, il apparaît alors que tous se tournent vers la loi pour fixer un peu de normes et mettre un soupçon de limites aux comportements individuels et collectifs, tant l’habitude semble prise de légiférer sous la menace des associations de « victimes » et de leur « attente forte » comme on dit un « signal fort » pour désigner la faiblesse des politiques.

    Tentant de répondre aux protestations de ceux qui s’estiment tous plus victimes les uns que les autres, les élus lancent dans la nuit des signaux de leur détresse idéologique. Il n’y a là que l’illustration d’un théorème anthropologique fondamental : moins il y a de loi symbolique, plus il y a de règles juridiques.

    Ainsi, par un usage pervers de la règle, les lois qui régissent la vie sexuelle, les répressives comme les égalisatrices, les surveillantes comme les bienveillantes, expriment des représentations et des fantasmes qu’un individu ou une catégorie cherchent à valider en norme sociale commune.

    Il en résulte que la différence des sexes, Loi structurant symboliquement l’ordre social, fait place au communautarisme imaginaire qui anomise et atomise notre société.

    « Je l’ai toujours dit: les hommes sont égaux. Il n’y a de véritable distinction que la différence qui peut exister entre eux. » Henri Monnier

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 22/11/2009 @ 16:14

  19. Je vous avoue que j’ai un peu de mal à voir le rapport entre l’inceste et l’homoparentalité, sauf à considérer que les homosexuels font partie de « ceux qui s’estiment tous plus victimes les uns que les autres », ce qui me semble un rien excessif. De même, je ne crois pas que l’interdit de l’inceste serait plus transgressé s’il était inscrit dans la loi, ou qu’il perdrait de sa symbolique.

    Sinon c’est marrant mais au Magazine de la Santé sur France 5 (le zinemag de la téçan), ils parlent justement d’homoparentalité cette semaine. Donc pas seulement d’adoption, mais aussi d’insémination artificielle et autres.

    Et comme tout ceci n’est pas autorisé en France, les couples d’homosexuel(le)s qui parviennent à obtenir un enfant quand même (en se faisant inséminer à l’étranger par exemple) n’ont aucune sécurité juridique. Il y avait le témoignage d’un couple de femmes qui disait que si la mère biologique venait à mourir, sa compagne pourrait très bien être séparée de son enfant. En d’autres termes, l’enfant pourrait très bien être séparé du seul parent qu’il lui reste. Ce n’est donc pas seulement les homosexuels qui souffrent de ces discriminations, mais aussi les enfants, ceux-là même qu’on essaye théoriquement de protéger.

    Il y a en tout cas ici, au minimum, une incohérence législative. Soit on interdit explicitement à des homosexuels d’élever des enfants, comme ça ça évitera la tentation de contourner la loi à l’étranger, soit on offre aux enfants et aux parents la même sécurité qu’aux couples hétérosexuels et à leurs enfants. Mais la situation actuelle ne me semble ni logique, ni très juste.

    Commentaire par jor — 24/11/2009 @ 15:05

  20. Je conçois bien volontiers que vous ayez du mal avec l’ordre symbolique qui vous échappe !

    Passons donc sur le parallèle entre l’inceste qui est la Loi des lois et l' »homoparentalité » qui effacerait la différence des sexes Loi structurant pourtant symboliquement l’ordre social…

    Cela étant, très modestement (je ne suis pas un spécialiste de la question), il convient de rappeler, en substance, qu’il existe aujourd’hui une tendance à vouloir substituer la question des sexualités à celle de sexuation, comme si la première pouvait englober la seconde.

    Si l’on nomme aujourd’hui SEXUATION ce qui s’appelait jusqu’ici SEXUALITE, c’est-à-dire le caractère ou la condition des êtres sexués, par différence avec des êtres asexués, c’est que, après Freud, le mot sexualité est devenu synonyme de vie sexuelle, et qu’employé au pluriel, il désigne la diversité des pratiques sexuelles, notamment les orientations sexuelles.

    Divers courants et auteurs américains s’inscrivent dans la logique de cette substitution du sexuel au sexué, parmi lesquels figure Judith Butler.

    Le problème des rapports entre hommes et femmes leur semble aujourd’hui dépassé, la question majeure étant celle de la lutte contre « l’hégémonie hétérosexuelle ». Depuis Monique Wittig, beaucoup semblent persuadés que la femme est une « invention des hétérosexuels ».

    Le déplacement du sexué vers le sexuel existe donc depuis longtemps en France (notamment avec Derrida), remettant en question l' »identité sexuée » et privilégiant l' »identité sexuelle ».

    Ce déplacement trouve toutefois sa limite dans le fait que les sexualités ont du mal à se définir sans les sexes, sans l’altérité et la dissymétrie dont ceux-ci donnent le modèle.

    En effet, loin d’ignorer la différence sexuelle, l’homosexualité fait référence aux catégories du même et de l’autre, tout autant que l’hétérosexualité : autrui n’est désirable que si, comme moi, il est sexué, toujours l’autre d’un autre et donc un autre pour lui-même.

    Cette altérité du sexe (quelconque) fait qu’il n’y a peut-être pas d' »homo-sexualité » au sens strict, si le sexe trouble toujours l’identité de chacun.

    Pourtant aujourd’hui, les sexualités apparaissent moins comme des manières de vivre ou de désirer, éventuellement variables au cours d’une vie, que comme des facteurs essentiels d’identité, définis par l’appartenance à une homosexualité minoritaire et opprimée ou à une hétérosexualité majoritaire et dominante.

    Pour certains, l’identité sexuelle – « homo, hétéro, bi ou trans » – devient décisive que la paternité ou la maternité ne sont plus fonctions du sexe mais de la sexualité d’une personne.

    On n’est pas père, mais « homoparent », ou, selon la même logique « hétéroparent ».

    Certains, qui se déclarent gays ou lesbiennes, mais qui ont eu des enfants avec une personne de l’autre sexe, ce qui est assez fréquent, parlent de leur « homoparentalité », comme si l’homosexualité devait définir leur individualité et leur identité de parent.

    L’opinion reprend passivement ce vocabulaire artificiel sans se demander s’il est légitime de remplacer en l’occurence le sexe par la sexualité, et de faire reposer le lien parental sur la sexualité.

    Devra-t-on aussi parler de père ou de mère « bisexuels » et de se dire « hétéropère », ou « homopère » ?

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 24/11/2009 @ 22:46

  21. Je suis désolé de « nécessiter » autant d’explications. 😉
    Mais bon, j’ai des circonstances atténuantes: j’ai fait une formation technique, et en tout et pour tout 2 heures de philo par semaine en terminale. Pas beaucoup le temps d’approfondir le sujet donc…

    Ceci étant dit, revenons-en à nos moutons. Vous dites:

    « Pourtant aujourd’hui, les sexualités apparaissent moins comme des manières de vivre ou de désirer, éventuellement variables au cours d’une vie, que comme des facteurs essentiels d’identité, définis par l’appartenance à une homosexualité minoritaire et opprimée ou à une hétérosexualité majoritaire et dominante. »

    Nous (hétérosexuels) percevons peut-être un côté « repli identitaire » dans le fait que les homosexuels ont souvent tendance à rester entre eux (et en tout cas à se confier plus facilement à d’autres homosexuels). Mais — et je peux me tromper — j’ai l’impression que vous ironisez lorsque vous parlez d’homosexualité minoritaire et opprimée (ou au minimum, que vous sous-estimez l’ampleur du phénomène).

    Personne ne s’offusque plus de voir un couple se bécoter dans la rue, ou sur les bancs publics (coucou Georges), personne ne leur envoie encore les fameux regards obliques. Le droit de s’embrasser en public a fini par entrer dans les moeurs. Pour les couples hétérosexuels, j’entends. Combien de couples homos avez-vous vu s’embrasser dans un lieu public dernièrement ? Ou même simplement se tenir par la main ? Je ne sais pas vous, mais personnellement si on me posait la question, ma réponse serait environ: zéro.

    Et si vous en croisiez un, est-ce que vous seriez capable d’agir exactement comme avec un couple hétéro « classique » ?
    Je crois être particulièrement tolérant dans ce domaine, mais je crois que même moi je risquerais de laisser transparaître ma surprise quelques instants. Et un couple homo qui s’afficherait en public risquerait bien plus que de la surprise. Regards désapprobateurs, changements de trottoirs, insultes, crachats, pire à certains endroits… Peut-on s’étonner dans cette situation qu’ils évitent de se mélanger, qu’ils (ou elles, hein) aient une certaine appréhension à se dévoiler devant des inconnus, dont ils savent pertinemment que la majorité d’entre eux désapprouvera visiblement leur comportement ?

    Je peux me tromper, mais je crois que les homosexuels cherchent surtout le droit à l’indifférence, le droit d’être traités exactement comme un couple hétéro.

    Et pour ce qui est de l’homoparentalité, je crois que le terme a surtout été inventé pour désigner précisément une situation qui est, de fait, juridiquement différente, plutôt que dans le but de revendiquer sa différence.
    En gros, il existe une différence, et il faut en tenir compte (par exemple le fait que l’enfant aura deux mamans ou deux papas, plutôt qu’un de chaque, et que le couple ne sera donc pas structuré exactement de la même manière qu’un couple classique), mais je ne crois pas qu’il s’agisse de revendiquer cette différence.

    D’ailleurs, beaucoup d’hétéros ne revendiquent-ils pas eux-mêmes, implicitement, le fait d’être hétéro ? N’en sont-ils pas fiers ?
    Je vais poser la question différemment: imaginons que vous ne puissiez pas avoir d’enfant (pour une raison ou pour une autre), et que vous vouliez en adopter un. Si on vous proposait de coucher avec un autre homme pour avoir le droit d’adopter, est-ce que vous ne vous sentiriez pas blessé ? Est-ce que vous ne réagiriez pas violemment ? Je serais prêt à parier que la grosse majorité des hétéros trouveraient ça injurieux, certains en viendraient probablement aux mains.
    Eh bien c’est exactement ce que propose Élisabeth Lévy aux homos. Pour avoir des enfants, leur homosexualité « ils feraient mieux d’y renoncer une heure durant (douche comprise), ça leur simplifierait la vie ». Vous ne trouvez pas que c’est manquer un peu, sinon de tact, au moins de respect ?

    Bien sûr, parmi les homosexuels, il y a forcément des « hétérophobes ». L’intolérance est partout. Ce n’est peut-être pas une raison pour faire des généralités.

    Commentaire par jor — 26/11/2009 @ 18:17

  22. @ Chevalier Bayard :

    Pour rebondir sur vos derniers commentaires… Je mets du temps, mais il me faut ce temps pour structurer mes remarques – parce que vos commentaires appellent à la réflexion – et le moment et l’endroit où je les lis ne sont pas toujours propices à une réponse dans l’instant…

    Il ne s’agit toujours que de remarques, d’interrogations.

    Vous dites : « loin d’ignorer la différence sexuelle, l’homosexualité fait référence aux catégories du même et de l’autre, tout autant que l’hétérosexualité : autrui n’est désirable que si, comme moi, il est sexué, toujours l’autre d’un autre et donc un autre pour lui-même. »
    Du coup je vous trouve contradictoire : si l’homosexualité fait référence aux catégories du même et de l’autre, autant que l’hétérosexualité, j’ai du mal à voir en quoi l’ordre symbolique serait remis en cause par l’adoption par un couple homosexuel en tant que cela amènerait à l’indifférenciation sexuelle, ou plutôt sexuée, disons à la disparition de la sexuation.
    De plus, j’ai également du mal à voir comment l’adoption par un couple homosexuel puisse remettre en cause l’ordre symbolique reposant sur le canon de la famille traditionnelle (symboliquement on peut se passer de l’autre pour enfanter), alors que vous ne semblez pas trouver que l’adoption par un célibataire remette en cause cet ordre symbolique (pourtant on pourrait la concevoir comme on n’a plus besoin de personne pour enfanter, le Elle a fait un bébé toute seule de JJ Goldman).

    Plus loin : « Certains, qui se déclarent gays ou lesbiennes, mais qui ont eu des enfants avec une personne de l’autre sexe, ce qui est assez fréquent, parlent de leur “homoparentalité”, comme si l’homosexualité devait définir leur individualité et leur identité de parent. »
    Je me demande à quel point ce terme d’homoparentalité est dû aux homosexuels ? C’est-à-dire qu’il a fallu mettre un terme sur une situation nouvelle, et que l’apparition de ce terme n’est pas forcément dû aux premiers concernés, qui n’aspirent à l’origine qu’à devenir parents, mais peut-être à ceux qui s’y opposent. Dès lors, la reprise de ce terme par les homosexuels consisterait en ce réflexe de défense bien connu qui consiste pour le stigmatisé à employer le terme du « stigmatiseur » et à le reprendre à son compte pour en effacer la charge négative. Du coup, je me demande si l’on peut vraiment parler d’une revendication de l’homoparentalité par les homosexuels : ce terme nous sert à tous pour mettre en mots une situation encore extra-ordinaire, mettre en mots étant la première étape de la pensée.

    Commentaire par Gwynplaine — 29/11/2009 @ 13:40

  23. @ Jor, Gwynplaine

    Ne soyez pas désolé Jor, j’apprécie comme Gwynplaine vos contributions !

    « J’ai fait d’étranges réflexions, chère Muse, sur le coeur des hommes et sur celui des femmes.Décidément on a beau dire, ce n’est pas le même, on a beau dire » Gustave Flaubert à Louise Colet le 27 mars 1853.

    Tout d’abord, en substance,la question pour moi n’est pas d’emblée de savoir si je suis pour ou contre l »homoparentalité » et je m’interroge comme vous.

    L' »homoparentalité » existe de fait : ça m’intéresse de savoir qu’il y a des couples de femmes, par exemple, qui construisent des familles en niant le père, des personnes tout à fait structurées, éduquées.

    La question, modestement, est pour moi celle-ci : qu’est-ce que la différence des sexes ?

    D’abord un fait biologique et anatomique un élément du réel. On ne choisit pas son sexe, et il n’y en a que deux : on tombe dans un corps de garçon ou de fille.

    Ensuite, ce corps réel est pris dans des représentations imaginaires qui voudraient s’en affranchir (les transexuels, par exemple, veulent changer le corps anatomique pour l’adapter au corps imaginaire).

    Enfin, il s’inscrit dans un ordre symbolique (pardonnez-moi d’y insister) fait de langage et de lois lui assignant une place dans la vie sociale et dans l’ordre des générations.

    Cela s’appelle le complexe d’Oedipe. Le symbolique, c’est ce qui est plus grand et plus puissant que nous, plus ancien et plus durable. Ce qui n’est pas nous, mais ce sans quoi nous ne saurions être.

    Comme tous les individus, toutes les sociétés à travers les siècles ont été confrontées à cette réalité de la différenciation sexuée comme à un fardeau, une douleur, une malédiction.De là prennent forme nos destins sexuels, mêlant déni, clivage, refoulement, sublimation et abstinence.

    La différence des sexes a toujours fait symptôme et l’identité sexuelle est pour chacun de nous en permanente redéfinition.

    Mais aujourd’hui, dans les mentalités courantes comme dans la philosophie et psychanalyse, certains croient pouvoir penser les deux sexes hors de ce lieu où ils se définissent chacun dans le rapport à l’autre. La société post-moderne serait post-sexuelle.

    Dans la politique surtout, comme l’a montré le projet socialiste pour 2007 qui annonce la pénalisation du recours à la prostitution et promet d’instaurer le mariage et l’adoption pour le couple homosexuels. Ce texte ne disait rien d’ailleurs sur les procréations médicalement assistées, actuellement réservées aux couples hétérosexuels.

    Peu logique : au non de quoi confier un enfant déjà né à un couple de même sexe, et ne pas permettre d’en faire naître un au sein d’un tel couple ? ( cf. Elisabeth Lévy : « Puisque la science le peut et que je le veux, où est le problème ? Qu’ils prennent patience, on pourra certainement pratiquer un jour l’auto-reproduction, ce qui nous dispensera de la peine d’avoir à fréquenter nos prochains de tous sexes. Et c’est ainsi que l’évolution du droit nous privera du droit à l’évolution. »

    Sans doute parce que dans la tête des dirigeants du PS comme pour chacun de nous, un enfant continue de naître de – et dans – la différence des sexes. Il y a qu’on le veuille ou non dans la sexualité humaine un noyau de représentations qui prend en compte le réel et ce réel est biologique.

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 30/11/2009 @ 11:42

  24. @ Chevalier Bayard:

    Je vous prie de m’excuser pour ce retard, mais je fus distrait par d’autres petites affaires…

    Je ne crois pas que les homosexuels nient leur appartenance à un sexe. Le corps, comme vous le dites, ne s’adapte pas à l’envie de son, hm, occupant. Et je spécule qu’une relation entre hommes et une relation entre femmes se passent bien différemment. Il existe d’ailleurs des homosexuels misogynes et des lesbiennes féministes, il me semble donc que chacun continue de revendiquer son identité sexuelle, ou sexuée: http://lille.cybertaria.org/article31.html

    (Ce qui prouve aussi, incidemment, qu’on peut tout à fait taper « lesbienne féministe » dans un moteur de recherche sans pour autant rechercher des images coquines.)

    Aussi, je me demande si vous n’y allez pas un peu fort quand vous dites que des couples d’homosexuel(le)s construiraient des familles en niant le père ou la mère (niant donc l’ordre symbolique « naturel », ou l’origine de l’enfant).
    Je ne suis pas un expert, mais dans l’intérêt de l’enfant (et de ses parents), il me semble plus logique de ne pas tenter de nier l’indéniable, et d’expliquer clairement à l’enfant la différence, dès lors qu’il est en âge de la comprendre. C’est dans ce sens qu’allaient les témoignages dont je parlais précédemment (vus au magazine de la santé).

    Vous dites également:

    « Mais aujourd’hui, dans les mentalités courantes comme dans la philosophie et psychanalyse, certains croient pouvoir penser les deux sexes hors de ce lieu où ils se définissent chacun dans le rapport à l’autre. La société post-moderne serait post-sexuelle. »

    …Et là, je vais sans doute nécessiter d’autres explications, mais je vous avoue que ce point là reste assez flou pour moi. De manière générale, et en dehors de l’homosexualité, de quelle manière exactement notre société tente-t-elle de nier la différence des sexes ? Comment peut-on y remédier ? Est-ce la conséquence (peut-être involontaire) des luttes pour l’égalité hommes-femmes ?

    Dernière remarque, à propos cette fois du passage que vous citez de l’article original d’E. Levy. La dernière phrase, en particulier, me hérisse toujours autant le poil, j’en ai peur.
    Je trouve que rapprocher la — toujours très science-fiction-esque — « auto-reproduction » (qui semble de fait dangereuse biologiquement, car ne mélangeant pas les gènes entre les individus) de la procréation médicalement assistée est pour le moins excessif, voire un petit peu caricatural. Il y a toujours deux parents biologiques, même si ceux-ci ne sont pas les mêmes que les parents adoptifs. De fait, j’avoue ne pas avoir réfléchi très longtemps à la différence, mais à première vue, la procréation médicalement assistée pour les couples homosexuels ne me choque pas plus que l’adoption.

    Commentaire par jor — 08/12/2009 @ 15:33


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