La Plume d'Aliocha

11/11/2009

Il était une fois un président…

Filed under: Débats,Mon amie la com' — laplumedaliocha @ 11:35

Tiens, on dirait bien que mon amie la com’ officielle a des problèmes. Un conseiller de Nicolas Sarkozy se serait un peu trop empressé de raconter une belle histoire sur la page Facebook du président, une histoire selon laquelle notre Président aurait justement participé à l’Histoire, autrement dit aurait assisté à la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989.

Vrai, pas vrai ? Je n’en sais strictement rien. Les éléments évoqués par le journaliste de Libération,  par le nouveau blog du Monde et par Arrêt sur Images sont en effet troublants. Plus troublantes encore, les explications embarrassées et pour tout dire emberlificotées d’Alain Juppé et de François Fillon. Quand on  assiste à un événement de cette ampleur, on s’en souvient, non ? On ne se demande pas 20 ans plus tard si c’était le jour même, le lendemain ou une semaine après, que je sache.

Toujours est-il que Daniel Schneidermann s’interrogeait hier, un brin déprimé, sur l’importance réelle de l’affaire, vu qu’elle ne semble pas bouleverser les médias traditionnels. D’accord, ce n’est pas le Watergate. D’accord, nous vivons tellement dans l’ambiance « politiques tous pourris »  qu’on n’est plus à ça près. D’accord la chute du mur est autrement plus importante que nos querelles franco-françaises d’agenda. D’acord c’est la crise et on a autre chose à penser.

Mais tout de même. Quand je lis ici et là en commentaires sous les articles que ce ne serait qu’une agitation-médiatique-qui-n’intéresse-pas-les-français, j’en viens à me demander si on ressent encore un attachement aux valeurs républicaines dans ce pays ? Raconter qu’on a senti dès le matin qu’il allait se passer des choses importantes et qu’on a filé à Berlin alors que de l’avis général ce fut un événement totalement imprévu, ça pose un problème.

A mes yeux c’est important d’éclaircir cette histoire pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’on a déterré un lièvre et que maintenant il faut aller jusqu’au bout. Je ne sais pas vous, mais moi ça me dérange qu’on puisse me vendre des mensonges historiques à l’Elysée. Et ça me dérange tout autant qu’on puisse croire qu’il y a mensonge si tel n’est pas le cas. On se disputerait sur la date du 15 ou du 16 novembre, je trouverais cela parfaitement dénué d’intérêt. Mais la question est beaucoup plus intéressante que cela. La question c’est : mon amie la com’ joue-t-elle à enjoliver le portrait du Président au mépris du plus élémentaire respect de la vérité factuelle en voulant faire croire qu’un instinct politique hors norme l’aurait poussé à se rendre sur place le jour même ? Si oui, alors cela signifie que l’on est prêt à prendre toutes les libertés avec toutes les vérités. Sans pudeur et jusqu’à l’absurde. Observez le déluge d’incohérences auquel cela a donné lieu. Voyez l’embarras de politiques de la carrure de Juppé ou de Fillon. Tout est si embrouillé qu’on ne sait même plus qui était où, quand et à quelle heure. D’aucuns parlent d’un voyage en train, d’autres en avion de ligne, ou bien encore en jet privé,  le 9, le 10 ou bien le 16 novembre. Je ne crois pas au trou de mémoire collectif en ce qui concerne un événement aussi important, par conséquent, il y a des menteurs.  Ensuite, nous assistons ici à un conflit entre presse et com’ officielle qui devrait je crois interpeller le public pour peu qu’on l’alerte sur les enjeux de société qui s’y attachent. Bah, ça vous regarde vous les journalistes, me répondrez-vous. Ah bon ? Mais pour qui croyez-vous qu’on bosse ? Pour le public justement et pour une certaine idée de la démocratie. Et en l’espèce pour qu’on ne s’amuse pas à tripoter l’histoire dans le but de bâtir une légende aussi ridicule. Au fond voyez-vous nous retrouvons ici encore le sempiternel débat sur l’objectivité journalistique. Comme je l’ai expliqué, elle ne prétend pas s’appliquer à la présentation des événements, mais à la vérité factuelle sur laquelle s’appuie cette présentation. On ne joue pas avec les faits. C’est toute la différence entre l’information journalistique et la pub, le marketing, la com’ officielle. Il est regrettable que nous les journalistes n’ayons pas suffisamment expliqué l’importance de notre rôle en la matière. Au final, non seulement on ne saisit pas la valeur de notre travail, mais en plus, on laisse prospérer dans l’indifférence généralisée l’image chaque jour reconstruite d’un univers de plus en plus factice. Cette affaire n’intéresse pas les français ? C’est bien dommage.

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