La Plume d'Aliocha

05/11/2009

Manipulation

Filed under: Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 10:11

J’apprends en lisant @si ce matin qu’un petit groupe de journalistes privilégiés a rencontré notre président hier, lequel leur a fait des confidences en off, sans l’être totalement. En fait, si j’ai bien compris, ils devaient  raconter ce matin dans leurs journaux les humeurs du président sans préciser toutefois que c’était lui-même qui leur en avait parlé. La jolie chose journalistique que voilà.  Cela fait quelques temps déjà que les pratiques du gouvernement actuel en matière de relations avec la presse m’inquiètent. Quel flair me direz-vous ! Allons, ne soyez pas insolents avec moi. Je ne vous parle pas des évidences, des fausses interviews de l’Elysée qui ne sont en réalité que des mises en scène télévisuelles permettant d’éviter un long monologue ennuyeux. Je ne parle pas non plus de l’affaire de la vidéo volée à France3 ni de l’art en général que développe notre président pour rouler la presse dans la farine. Non, je vous parle de la personnalisation des rapports avec les journalistes. Je n’ai jamais vu aussi peu de conférences de presse à la Chancellerie  que depuis l’élection de Nicolas Sarkozy. Au début, j’ai pensé, et je l’avais dit ici, que Rachida Dati fuyait ces séances de questions-réponses collectives toujours un peu délicates, préférant recevoir quelques journalistes pour leur parler de sa vie. Pratique qui avait donné lieu notamment à cet exercice de haute voltige en matière de cirage de pompes dans Le Point. Mais il se trouve que Michèle Alliot-Marie qui lui a succédé est tout aussi invisible. Vu la réelle carrure politique de cette femme, je ne pense pas qu’elle soit du genre à fuir les journalistes. So what ? A la Chancellerie aussi on se serait mis aux « plans médias » ? On aurait décidé de choisir les journalistes que l’on rencontre ? Un son ici, un plateau télé-là ? Une interview dans tel quotidien ? Ce serait fini les grandes explications collectives sur le budget du ministère, ou sur le lancement d’une réforme ? Evidemment, il est toujours plus simple d’organiser des réunions en petit comité, ça flatte la vanité des heureux élus et c’est la meilleure façon de mettre les journalistes à la botte.

Je bavardais hier avec une spécialiste de la communication, qui, dans l’une des très grandes affaires médiatiques du moment, m’expliquait avec une charmante naïveté comment, depuis des mois, elle travaillait au corps ses journalistes préférés, le nombre de rencontres off qu’elle avait organisées, les autorisations qu’elle avait données à certains et pas à d’autres de publier des informations, le choix de telle émission plutôt que telle autre, de ce journaliste-là parce qu’il fallait bien lui renvoyer l’ascenseur sur une précédente affaire. « On ne sait plus au fond qui manipule qui » m’a-t-elle confié en fin d’entretien avec un sourire qui se voulait une excuse. Ah ? Moi je vois bien qui manipule qui, ça me saute aux yeux même, tellement je suis allergique à la manipulation. Tout cela me donne la nausée.

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22 commentaires »

  1. Vous allez finir bourdieusienne, chez Acrimed, à citer Chomsky!

    Aliocha : je ne crois pas dans la mesure où je n’adhère pas aux critiques systématiques des médias, je les trouve trop générales et surtout trop empreintes d’idéologie. Je préfère y voir des affaires humaines perfectibles pour peu qu’on ramène dans le journalisme du courage et de l’éthique.

    Commentaire par DM — 05/11/2009 @ 11:01

  2. En même temps chère Aliocha, après 1 an d’attaque systématique sur les moindres faits et gestes du président, je trouve étonnant que vous critiquiez qu’il choisi les journalistes à qui il parle.

    Désolé si je vous casse un mythe, mais le président est un homme comme les autres, et préfère parler ou se confier a quelqu’un qu’il sait qu’il va retranscrire ses propos plutôt que de les déformer pour créer le BUZ de la semaine sur finalement du vent.

    La critique systématique adopté par le monde journalistique depuis environ 1 an atteint ses limites. Parce qu’un jour ou l’autre, on ne peut plus rien lorsqu’on n’a plus d’information. En perdant son objectivité, le monde journalistique a tendu le bâton pour se faire battre… et face à un pro de la communication, il fallait s’attendre à ce qu’il le prenne ce fameux bâton.

    Que vous n’appréciez pas, c’est normal, mais si on se met à la place du président, tout le monde agirait de la même façon. Et donc, de ce fait, ceci ne me choque pas.

    NB : Finalement, on en revient toujours au même point. Les journalistes en commentant une info peuvent aider à la compréhension, mais ils peuvent également déformer la réalité. Et poussant le bouchon trop loin, il se prennent un retour qui a chaque fois peut étonner mais qui au final décrédibilise toute la profession.

    Aliocha : nous sommes d’accord, j’ai déjà eu l’occasion d’ailleurs d’écrire ici que le problème n’était pas que le président se comporte ainsi mais que les journalistes le laissent faire. Et c’est bien ce qui me dérange dans les confidences hier soir. Mais il est vrai que je trouve aussi cette réunion tellement sotte, que je lui en veux un peu sur ce coup-là. Quitte à se faire manipuler, autant que ce soit avec une certaine intelligence. La diminution du nombre de conférences de presse pose un problème plus grave et plus difficile à gérer. Soit vous acceptez d’entrer dans le jeu de cour, soit vous refusez et vous n’avez pas d’information. C’est un vrai sujet.

    Commentaire par Testatio — 05/11/2009 @ 11:03

  3. « La critique systématique adoptée par le monde journalistique depuis environ 1 an »

    Heu. Vous voulez dire, par en gros l’Humanité, Libération et Marianne? Je cherche en vain cette critique au Figaro, au Point, dans Valeurs Actuelles, etc.

    Commentaire par DM — 05/11/2009 @ 11:08

  4. Ben faudrait savoir, les gars.

    Critique systématique, ou pas?

    Méritée, ou pas?

    Moi, je veux bien engueuler les journalistes, mais si le public est divisé, là, ça se discute.

    Commentaire par tschok — 05/11/2009 @ 11:23

  5. Mon Dieu!! Salop de jouranlistes!! Tous vendu au lobby demago-socialo-trostkyste (et à largardère aussi d’ailleurs)!! Si on vous manipules, et on vous méprise c’est bien de votre faute!! Il y en a marre de vous voir refléch… critiquer tout le temps. Ha si seulement la presse n’était pas aussi inquisitrice dans ce pays, il n’y aurait jamais eu besoin de la com’ pour la museler… Et donc la com’ n’existerait pas!!

    Tout est de votre faute chère Aliocha…

    Commentaire par adrien bis — 05/11/2009 @ 11:26

  6. « Tout cela me donne la nausée. »

    Et fait un peu peur aussi…

    Commentaire par Efelle — 05/11/2009 @ 11:34

  7. Ne pas oublier la fable du scorpion et de la grenouille…

    Commentaire par ZaraA — 05/11/2009 @ 15:20

  8. Bonjour Aliocha,

    Sur le fond, et journaliste moi aussi, je suis assez d’accord avec vous. Il y a tout de même deux petites choses qui me font tiquer, dans votre billet.

    C’est sans doute un peu ironique de votre part, mais je trouve que vous exagérez en affirmant qu’organiser des réunions presse en petit comité flatte la vanité des heureux élus. J’ai eu quelques fois l’occasion de participer à ce genre de réunions, généralement d’ailleurs tôt le matin, autour d’un copieux petit déjeuner. Je ne m’en suis pas senti flatté, c’est même presque le contraire. Je me suis dit: l’interlocuteur fait le minimum syndical et me brosse dans le sens du poil pour endormir mon esprit critique. Il a déjà décidé de ce qu’il voulait dire et il va falloir que je bataille pour poser d’autres questions, une fois le dernier croissant avalé. Et puis, mine de rien, en petit nombre, on pose souvent moins de questions…

    Ensuite, quand les chargés de comm’ vont jusqu’à dire qu’ils « autorisent certains journalistes à publier les informations », à certains journalistes seulement, je voudrais rappeler que flûte, quoi, on n’est pas obligé de tenir au courant de ce type d’autorisations. Bon, il est clair qu’il faut parfois transiger un peu pour préserver une source. Mais quand ça tourne à la manipulation, pour ma part, j’essaye toujours de dire que, nanti d’une info fiable, mon devoir est de la divulguer. Et que si jamais on voulait que je me taise, il aurait mieux valu ne rien me dire. Je reconnais que ça ne marche pas toujours, mais essayons: ça marche parfois !

    En clair, acceptons d’être la souris, de temps en temps, mais soyons quand même le chat, de temps en temps aussi.
    Même si, idéalement, il vaudrait mieux que tout se passe dans un dialogue d’égal à égal… ça aussi, ça arrive parfois, non ?

    Aliocha : bien sûr que nous évoluons par nature dans un rapport de force permanent entre d’un côté ceux qui veulent savoir (les journalistes) et de l’autre ceux qui ne veulent pas dire ou veulent imposer leur vérité. Il ne s’agit pas ici de faire de l’angélisme ou de rêver d’un monde parfait façon l’ile aux enfants. Nous sommes d’accord. Simplement, je pense que le système a tendance à franchement se déséquilibrer au détriment des journalistes en ce moment. C’est juste ça qui m’interpelle.

    Commentaire par Martin K — 05/11/2009 @ 15:39

  9. @aliocha: Donc vous allez dans mon sens.

    Un certain discours journalistique fait des journalistes des sortes d’êtres d’exception, qui vérifient scrupuleusement les informations, etc. etc. (et il faut chercher ailleurs les méchants, par exemple, selon Emmanuel Schwartzenberg, chez les ouvriers du Livre).

    Quiconque a eu affaire à la presse sait bien que cette vision romantique est à peu près aussi à côté de la réalité que celle du chercheur scientifique totalement désintéressé, ne vivant que de science et d’eau fraîche et y passant sa vie (quoique avec certains mathématiciens…) – vision qui est fausse ne serait-ce que parce qu’un chercheur doit assurer l’intendance. C’est pareil avec un journaliste: il faut faire bouillir la marmite du journal, et ça implique notamment de diminuer les coûts. On peut alors prendre certaines libertés avec la qualité (de la même façon que la course à la publication scientifique amène certains à pondre des articles médiocres).

    Tout cela est parfaitement humain. Ce que je trouve insupportable, c’est de prétendre que ça n’existe pas.

    Une fois que l’on s’accorde sur le fait qu’il y a un certain nombre de problèmes (recrutement de personnels non qualifiés sur les sujets qu’ils traitent, « bâtonnage », cadences élevées etc.) qui découlent d’ailleurs en partie des contraintes économiques, on peut réfléchir à des solutions.

    Commentaire par DM — 05/11/2009 @ 16:08

  10. « L’obsession de la manipulation de l’information a une dimension irrationnelle. Elle laisse de côté tous les éléments qui pourraient contredire le fantasme d’un monde devenu théâtre d’ombres : la création de médias contestataires et alternatifs ; l’usage du courrier électronique pour les mobilisations antimondialisation etc…Elle engendre une sorte de démission paradoxale par rapport à l’outil de médiation.Précisément, les médias n’ont jamais rempli une mission d’information idéalisée. Historiquement, ils ont été le lieu de confluence et de confrontation de stratégies contradictoires qui, recoupées, peuvent livrer des informations valides au citoyen. La croyance en la manipulation omniprésente de l’information ne fait que diaboliser un mode de fonctionnement presque inhérent à l’univers de la communication : la nécessité de dire quelque chose dans un but donné, une nécessité tactique. Au citoyen de diversifier ses sources d’information et de rester vgilant » (Fabrice d’Almeida – Que sais-je – La Manipulation – n°3665 PUF, chapitre « Les médiateurs en dépendance » et sur la dénonciation de la collusion des intérêts entre journalistes et groupes – politiques ou économiques – extérieurs au monde de l’information, p.95 et s.)

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 05/11/2009 @ 16:20

  11. Bonsoir,

    pour une fois je suis d’accord avec tout, mais je ne peux m’empêcher d’y voir un effet délétère de la méfiance du journalisme institutionnel envers internet.

    Cet outil s’affranchit des délais et des off pour permettre a chacun d’être informé au plus vite des faits.

    Alors quand pourrons nous espérer enfin une utilisation collective et responsable du net par les journalistes afin de mettre en commun les « faits » et de pouvoir se recentrer sur leur mise en perspective ? Il m’apparait comme une évidence que lorsque la connaissance des faits ne sera plus une affaire de personne et de salive (sur la botte) alors l’énergie pourra enfin être utiliser à l’analyse de l’information. En l’espèce par exemple je trouve plus intéressant de savoir la méthode de diffusion de cette petite phrase plutôt que l’éculée -avant même parution- nouvelle que le président pique une crise quand tout le monde n’est pas au garde à vous.

    Le journaliste ne devrait-il pas dénoncer ce système comme une information en soit plutôt que de se prêter au jeu ?
    Et surtout, le nouveau code de déontologie tient-il compte, voire même combat-il, ce système ?

    Aliocha : Lagardette dans son livre sur l’information responsable fait une proposition tout à fait remarquable (parmi d’autres d’ailleurs tout aussi excellentes) : demander aux journalistes de préciser dans l’article l’origine de l’information (conférence de presse, voyage, rencontre informelle). C’est la traçabilité de l’information. Je trouve que c’est une excellente idée. En effet, comme vous le dites, c’est plus intéressant que de gloser sur la petite phrase, dès lors qu’avec les progrès de la com’ et les risques de manipulation que ces progrès impliquent, l’obtention de l’information devient un élément essentiel de sa valeur. S’agissant du code, il précise et j’avais salué cet article dans un billet précédent : “Le journaliste garde recul et distance avec toutes les sources d’information et les services de communication, publics ou privés. Il se méfie de toute démarche susceptible d’instaurer entre lui-même et ses sources un rapport de dépendance, de connivence, de séduction ou de gratitude”.

    Commentaire par Karam — 05/11/2009 @ 16:33

  12. Moi je me mets un peu à la place des hommes politiques.
    Ils savent que quoi qu’ils disent, les journalistes déformeront l’information pour faire passer leurs idées. Donc ils finissent par prendre des précautions.

    Dire que les journalistes sont « ceux qui veulent savoir », c’est une grosse blague. Rappelez-vous l’affaire récente de la douche de Sarkozy. Tous les journalistes ou presque ont écrit: « une douche à 240.000 euros !!! »… Peu nombreux sont ceux qui se sont dit: « tout de même… ça fait cher… je devrais vérifier avant d’écrire l’article… »

    C’était pourtant pas compliqué, il suffisait de lire le rapport de la Cour des Comptes, ce qui me semble tout de même élémentaire si on écrit sur le sujet. Ils aurait vu que ces 240.000 € étaient le coût de l’installation de 8 salons privés avec cabinets de toilette pour les chefs d’état présents.

    On aurait pu ainsi noter que ce rapport démarrait par la phrase suivante: « L’organisation et le pilotage de la présidence française de 2008 ont été plus satisfaisants que ceux, sévèrement critiqués par la Cour, de la présidence de 2000″…

    Mais le rapport fait 131 pages… C’est sans doute trop pour le journaliste moyen…. Et c’est tellement plus rigolo de titrer  » Une douche à 240.000€ pour Sarkozy !!!!!!! »

    Rem: je n’ai pas vu un seul journaliste présenter ses excuses à ses lecteurs/auditeurs/téléspectateurs pour les bobards qu’il a raconté sur le sujet.

    Commentaire par Arnaud — 05/11/2009 @ 16:47

  13. @Aliocha: J’ai déjà proposé traçabilité de l’information (comme c’est normalement la règle dans les publications scientifiques et sur Wikipédia), et à chaque fois on m’a dit que c’était hors de question:

    1) Le journaliste a ses sources, et ne saurait les divulguer.

    Faux – Soit il dit « j’ai une source secrète », soit il dit de quelle source publique il a repris son information. La quasi totalité des informations sont reprises de sources publiques (typiquement d’autres journaux ou de dépêches de presse).

    2) Ça prendrait trop de place

    Vrai sur le papier, faux pour l’électronique, surtout hypertexte.

    Plus prosaïquement, la traçabilité aboutirait à faire remarquer que la quasi totalité des articles de presse sont essentiellement des repompages d’autres articles, avec zéro vérification et comme unique valeur ajoutée les commentaires (pas forcément très informés).

    Je vous soumets deux cas d’exemple:

    1) À une époque, toute la presse spécialisée Internet et une partie de la presse classique annonçait que Wikipédia développait un moteur de recherche. Cette erreur venait d’une unique dépêche (Reuters si je ne m’abuse) et d’une confusion avec le nom de la société Wikia. Malgré le démenti, cette nouvelle a longtemps perduré, chacun recopiant les autres sans même prendre la peine d’envoyer un email aux entreprises concernées.

    2) Quand on cherche la cause de la mort de Pompidou, on entend toujours parler de leucémie, quelquefois, plus précisément, de maladie de Waldenström. Impossible de trouver la source originale de ces affirmations.

    Et un constat:

    1) Dans les ouvrages écrits par des journalistes, comme « Spéciale Dernière » d’Emmanuel Schwartzenberg, on ne trouve aucune référence ou source. On est obligé de faire confiance à l’auteur, même dans le cas d’anecdotes trop belles pour être vraies.

    2) Un ouvrage écrit par un universitaire ou assimilé a toujours des sources.

    Commentaire par DM — 05/11/2009 @ 17:28

  14. Intéressant que cette histoire tombe justement quand les syndicats de journalistes tirent la sonnette d’alarme sur la difficulté de faire de l’information de qualité aujourd’hui en envoyant … une lettre ouverte à notre président.
    Je ne vous recopie pas le texte en entier, mais c’est très instructif.
    Sauf que les syndicats ont un peu trop tendance à ne parler que de RFI et de l’AFP, mais bon
    http://www.snj.fr/article.php3?id_article=871

    Commentaire par Karine — 05/11/2009 @ 21:24

  15. Assez inquiétant quand même, qu’on puisse en arriver là…

    Petite question pratique tout de même: si le pot aux roses a été découvert, c’est bien qu’au moins l’un de ces six journalistes a vendu la mêche, non ? (anonymement j’imagine, mais bon)
    Ça voudrait dire que même parmi les journalistes que notre cher président pense avoir à sa botte, il en reste quand même que ce genre de pratiques gêne ?
    S’il vous plait, ne m’éteignez pas cette petite lueur d’espoir naïf…

    Commentaire par jor — 05/11/2009 @ 22:40

  16. Autre « manipulation », celle de M. Sarkozy convocant 6 journalsites à l’Elysées et leur disant d’emblée : « c’est off ».
    Cette injonction mérite réflexion.
    On peut « faire ce qu’on dit » ou « dire ce qu’on fait ».
    « Faire ce qu’on dit » est à la portée du premier autocrate venu. C’est le choix de Sarkozy, il le dit et le repète : « je fais ce que je dis », « je ferai ce que j’ai dit » (sous-entendu : indépendamment des avis d’autrui, de mes doutes éventuels, des oppositions, des circonstances, des conséquences…)
    « Dire ce qu’on fait » est l’idéal que vise le sage. (sous-entendu : puisque, pour bien faire, il faut d’abord être lucide sur soi-même et savoir apprécier objectivement ses propres actions)
    L’épisode ci-dessus illustre mon propos : si M. Sarkozy avait dit ce qu’il faisait, il aurait dit aux journalistes qu’il avait convoqués ès qualité à l’Elysée qu’il voulait leur expliquer de vive voix, directement, son point de vue sur les questions du jour afin qu’ils l’expliquent à leur tour à leurs lecteurs.
    Au lieu de ça, il leur a dit « c’est off » et, manifestement, puisqu’il l’avait dit, c’est qu’il en serait forcément ainsi. Il avait dit « je parlerai en off » et c’est ce qu’il a fait, il a parlé en off. M. Sarkozy fait ce qu’il dit.
    Conclusion :
    Pourquoi les journalistes auxquels ces mots s’adressaient ne les ont-ils pas relevés ? Pourquoi n’ont-ils pas mis leur hôte en face de la réalité des choses ? Pourquoi ne lui ont-ils pas dit : « vous nous avez fait venir pour nous parler et que nous rapportions vos paroles dans nos journaux respectifs, donc soit les choses sont dites telles qu’elles sont soit nous ne vous écoutons pas » ?
    Le pire des autocrates, et Sarkozy malgré quelques fâcheuses tendances, est loin de l’être, même le pire des autocrates donc a besoin de complices… N’ont-ils pas été complices ceux qui ont accepté ce « c’est off » ?
    Que nous reste-t-il si les mots perdent leur sens ? si nous ne savons plus dire ce que nous faisons tel que nous le faisons ?

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 06/11/2009 @ 09:47

  17. A propos des sources (DM): c’est marrant parce que je viens de lire un bouquin écrit par un journaliste (Pierre Kohler) sur Greenpeace, et il est très bien « sourcé » justement. Et je sais que le mémoire de fin d’études en journalisme à l’Université Libre de Bruxelles demande à être aussi bien sourcé qu’un travail universitaire (logique, vu que c’est une formation universitaire, mais avec aussi des journalistes parmi les professeurs)

    Commentaire par Kaptain — 06/11/2009 @ 11:20

  18. @Kaptain: Intéressant. À chaque fois que je parle de sources, on me dit que c’est la réputation de la publication qui importe.

    Commentaire par DM — 06/11/2009 @ 13:08

  19. Je vous recommande sur le même sujet ce papier du Post : http://www.lepost.fr/article/2009/11/06/1777771_les-journalistes-qui-suivent-sarkozy-sont-ils-des-larbins-aux-ordres.html

    Commentaire par laplumedaliocha — 06/11/2009 @ 13:49

  20. @ Jor #15 : je suis comme vous, je me dit, peut être naïvement, qu’un des journalistes a pu se dire « ok moi je peux pas dire dans mon article « C’est lui qui me l’a dit en secret », mais si je lâche l’info à un collègue, comme ça, au dépoté, ça ressortira forcément, et tout le monde saura »…

    Hein Aliocha que certains journalistes seraient capable de cette réflexion, de perdre au yeux du monde un peu de leur intégrité pour que soit dite la vérité hein….?

    Commentaire par Rutrapio — 07/11/2009 @ 13:46

  21. Bonjour,

    Je partage votre avis il ne doit pas y avoir de  » petit groupe de journalistes privilégiés » mais cette méthode n’est pas propre au Président de la République, ni à son parti. Je pense donc qu’il faudrait une loi avec des sanctions dissuasives pour mettre fin à de telles pratiques nuisibles à la démocratie.

    En plus de l’article j’ai aussi lu les commentaires. Je partage votre avis sur la traçabilité des informations. Ce ne sont pas les seuls points d’accord que j’ai avec vous. J’interviens peu sur votre blog mais j’ai déjà mis quelques commentaires.

    J’ai dirigé bénévolement, pendant plusieurs années, une structure locale d’une association nationale de consommateurs cela m’a permis d’expérimenter qu’un rapport de force suffisant permet d’obtenir ce que nous souhaitons de manière logique.

    J’ai été également secrétaire d’un comité d’établissement menacé de fermeture en 2001. Aujourd’hui cet établissement fonctionne toujours malgré la crise que nous traversons.

    Aujourd’hui de nombreux journalistes ont peur pour leur emploi alors que je pense que le métier de journaliste est appelé à se développer.

    Je viens d’écrire dont l’objectif est de faire comprendre aux lecteurs que des informations objectives sont nécessaires à l’expression de la liberté. A mon avis, ce texte est de nature à augmenter la demande en informations objectives et donc le nombre d’emplois de journalistes.

    Dans le texte qui va suivre et que je prépare je citerai cet article « Manipulation » et ce quelle que soit la réponse que vous ferez à ma proposition qui va suivre.

    Mon action sur Internet m’a valu la surprise de recevoir un livre dédicacé par son auteur : Voir : http://www.orvinfait.fr/stress.html Cet auteur présidant le mouvement Elan des Citoyens, je pense que je peux compter sur lui et son mouvement si vous étiez d’accord pour initier l’action que je vous propose.

    Face aux défis de notre société je ne reste pas les bras croisés, j’agis. Pour mieux me connaître : http://www.orvinfait.fr/humain_plutot_que_l_objet_ou_la_finance.html

    Fidèle à ma longue action je vous propose d’écrire sur ce blog un texte sur ce que je viens de publier : http://www.orvinfait.fr/nos_choix_sont_tres_importants.html en y mettant un lien et en invitant vos lecteurs à faire de même. (Les commentaires ne sont pas toujours lus) Comme je ne suis pas journaliste, que j’ai dirigé une structure locale d’association d’une association nationale de consommateurs, que je n’ai aucun intérêt financier à voir le nombre de journalistes augmenter je pense que mon texte portera plus que s’il était fait par un journaliste. J’espère que vous et d’autres comprendront le formidable enjeu économique. Pour moi l’enjeu le plus important est la défense des libertés, de la démocratie.

    En ce qui concerne la loi sur les sanctions dissuasives pour mettre fin aux pratiques nuisibles à la démocratie, je pense qu’il est souhaitable que des journalistes élaborent un texte qui pourrait servir de base à la création d’une loi. Je participerai à faire connaître ce texte.

    Je suis très optimiste quant à l’aboutissement d’une telle action. Le seul problème c’est la mise en place d’une action constructive.

    Par expérience, je sais que les politiques, les dirigeants d’entreprise face à une mobilisation qui va dans le sens d’une amélioration agissent. Cette amélioration, n’est pas forcément que technique ou financière, elle peut aussi bien concerner l’image d’une entreprise que celle d’un homme politique. Je n’ai jamais rencontré de problème à ce niveau là. Les problèmes que j’ai rencontrés sont plutôt des problèmes d’actions, de mobilisation constructive. Il m’a été par exemple très difficile de trouver des personnes souhaitant représenter des locataires dans un organisme HLM malgré des lois favorables, malgré des exemples précis montrant qu’une telle représentation était efficace et nécessaire, malgré le soutien d’une organisation nationale de consommateurs représentative des locataires.

    Commentaire par Serge Cheminade — 07/11/2009 @ 15:38

  22. Ne vous est-il pas venu à l’esprit que dans un souci de ne pas vouloir créer le nouveau BUZZ de la semaine, il a pris cette initiative (de dire que c’était OFF) ?
    Maintenant que les journalistes Buzz a chaque paroles ou mouvement de cils de Sarkozy, il est évident qu’il prenne ce genre de précaution. Ne dit-on pas « mieux vaut prévenir que guérir » ?
    Par exemple, Buzz de la semaine : « Après Jean, Pierre Sarkozy »… Et quand on cherche un peu pchitttt : Rien, nada, nothing… du vent. Mais ca fait vendre : « Un sarko qui abuse du pouvoir encore une fois ». A croire que sans Sarkozy, le secteur ne serait pas sinistré, il serait enterré depuis longtemps…

    Je suis tout à fait favorable à la proposition de « DM » sur la traçabilité de l’information. Je suis également pour la séparation entre l’information et l’explication/commentaire du journaliste. Il n’y a rien de pire que de lire un journaliste partisan, qu’il soit de droite ou de gauche…

    Il est sur qu’il faudrait faire évoluer la structure des journaux car chaque sujet aurait potentiellement 3 points distincts.

    Commentaire par Testatio — 09/11/2009 @ 16:18


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