La Plume d'Aliocha

22/10/2009

Misère et courtitude

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 13:23

Oui, j’écris comme Ségolène parle, et alors ? « Il faut faire jazzer la langue » disait Céline qui en connaissait un rayon sur le sujet, tandis que plus récemment notre intellectuel national, j’ai nommé Jack Lang,  observait au sujet de la fameuse bravitude qui a révolutionné le langage politique français : « le mot est beau, il exprime la plénitude d’un sentiment de bravoure. (…) Elle (Ségolène) parle un langage qui touche les gens ». Je suppose que les défenseurs de la langue française ont du, en effet, être touchés. Toujours est-il que je voulais réagir aujourd’hui à une pertinente observation de Miss SFW (1). Un de ses lecteurs se plaignait  lui faisait observer la longueur de ses billets. Et la Miss qui, si j’ai bien compris est juriste et journaliste tout comme moi, de répondre en évoquant sa révolte à l’encontre des consignes des consultants de presse (attention, mode ironique) :

« Il faut faire court parce que les gens ne lisent plus. Ils n’ont pas suffisamment de capacités d’attention pour intégrer toutes les informations contenues dans un texte long, ni même de volonté pour s’intéresser à une production écrite dont la lecture les retiendra plus de cinq minutes. Nous journalistes, êtres supérieurement intelligents, devons mixer l’information en tout petits morceaux pour les handicapés du bulbe qui nous lisent.
Voilà pourquoi, quand je suis dans le civil, je n’aime guère que l’on présente à ma lecture un article étriqué. Car non seulement je n’apprends pas grand-chose, mais je soupçonne fortement son auteur de me prendre pour une pintade ».

Qu’elle me permette de l’embrasser confraternellement pour ces sages paroles qui viennent appuyer mon long combat contre la courtitude des articles (à tendance ridicule, mot ridicule, voilà pourquoi j’ai ségolénisé mon titre). Les gens n’ont plus le temps lire ? Laissez-moi rire ! Alors qu’ils dévorent les pavés de la série Harry Potter  ? Plus le temps de lire ? Dans ce cas comment expliquer le succès du magazine XXI qui n’est pas réputé pour publier des brèves à valeur ajoutée (il faudra qu’un consultant m’explique où est la valeur ajoutée dans un batonnage de dépêche) ? Plus le temps de lire ? Je m’étonne alors qu’Eolas rencontre un incroyable succès auprès des internautes – pourtant réputés impatients et zappeurs – avec ses billets souvent d’une longueur impressionnante (1). Il n’est pas rare en effet qu’ils comptent 10 000 à 12 000 signes, parfois plus, quand les articles de presse tournent aux alentours de 4 500 signes. Au fond je crois que nos consultants décervelés doivent parler d’eux-mêmes quand ils disent que les lecteurs n’ont plus le temps de lire, ce qui ne m’étonnerait pas vu leur niveau intellectuel. Ou bien alors, Miss Sfw a raison, ils nous prennent pour des pintades.

Pauvre Libé…

Tout ceci serait drôle si leurs conseils aussi stupides que coûteux n’incitaient les éditeurs de presse à prendre des décisions qui n’ont de cesse d’aggraver le mal dont ils souffrent, à savoir le désintérêt du lectorat.  Tenez, prenons les quotidiens. J’avais un immense espoir lors de la sortie de la nouvelle formule de Libé, les propos de Joffrin m’avaient touchée. Il semblait avoir compris lui, enfin, qu’il fallait arrêter de servir de la soupe avec des grandes images, façon roman-photo. Nous en avions parlé ici. J’ai attendu, je me suis dit qu’il leur fallait quelques semaines pour se roder, que la révolution (éditoriale bien sûr, pas le Grand Soir), allait s’opérer. Que nenni ! Quelques commentateurs à l’époque avaient freiné mon enthousiasme en suggérant que Joffrin se moquait de nous. J’ai retrouvé celui-ci, je crois qu’il y en avait d’autres. Il est temps de vous rendre justice, amis lecteurs, vous aviez malheureusement raison. Je ne pense pas qu’il se moquait de nous, mais j’observe qu’il n’a visiblement pas les moyens de ses ambitions, ce qui, pour le lecteur revient au même.

Test comparatif

Voilà plusieurs jours que je fais le test d’acheter Le Figaro, Le Monde et Libération. Hier par exemple, je me suis plongée dans l’affaire Clearstream. Libé nous proposait 2 papiers sur 2 pages illustrés d’une immense photo et, sur une troisième page, un best off de citations d’avocats avec photos de leurs clients. Pile le genre de petit montage dédié aux lecteurs-qui-n’ont-pas-le-temps-de-lire. Je ne dis pas que c’est idiot, mais la chose relevait plutôt de l’illustration que de l’article. En l’espèce, on avait l’impression que l’équipe rédactionnelle n’avait pas assez de confiture pour couvrir sa tartine. Le Figaro nous offrait quant à lui un article de bonne tenue sur les réquisitions et un autre plus court (on appelle cela un « rebond ») relatif aux futurs mouvements à la tête du parquet de Paris. Quant au Monde, alors là… Chapeau Pascale Robert-Diard ! Quel style, quel sens du récit, quelle finesse de regard et d’analyse. Extrait :

« Côte à côte, au siège du ministère public, sont deux hommes, deux générations, deux images d’un même parquet. Le procureur de la République de Paris, Jean-Claude Marin et le vice-procueur, Romain Victor. L’évêque et le clergyman. Le verbe souple, ciselé, truffé de références littéraires de l’un, les mots sobres, abrupts et la démonstration implacable de l’autre. La cautèle de celui qui est arrivé, la roideur de celui qui se hisse » (3).

Quand un papier commence comme ça, on trouve le temps de lire, non ?

Vous l’aurez compris, quoiqu’on dise du Monde, il continue de tenir le haut du pavé. J’aurais tendance à mettre juste derrière à égalité Le Figaro qui propose un vrai contenu éditorial, n’en déplaise à ses détracteurs idéologiques, Le Parisien, qui foisonne d’informations et de scoops et La Croix dont l’exigence de qualité jusque dans les moindres détails force le respect. Du bien bel ouvrage. Espérons que ces quatre quotidiens vont continuer de penser que les lecteurs ont le temps de lire, pour peu bien sûr qu’on sache les intéresser. La grande escroquerie, soigneusement entretenue par les consultants qui ont intérêt à flatter leurs clients dans le sens du poil, c’est de prétendre que les baisses de lectorat sont dues  à notre trépidante vie moderne, à Internet, la télévision, la radio, la baisse de la culture générale et autres fadaises. Evidemment, c’est plus simple que de balancer comme ça, de but en blanc, au client  : votre canard est mauvais. Alors, les consultants recommandent de baisser la pagination et de réduire les formats, parce-que-les-lecteurs-n’ont-pas-le-temps-de-lire. Ô joie, ça permet d’économiser en papier et en journalistes. Quelle entreprise résisterait à l’attraction d’une si plaisante recommandation ?  J’ai feuilleté un jour un ouvrage qui expliquait que plus une entreprise était en difficultés, plus elle avait tendance mécaniquement à prendre de mauvaises décisions pour tenter de s’en sortir. J’aurais dû l’acheter tant cela reflétait la situation de la presse. Si quelqu’un ici l’a lu et peut m’en donner les références, j’en serais heureuse.

Entre nous, je persiste à penser que la baisse des ventes des canards est surtout imputable à la médiocrité croissante de l’offre rédactionnelle. Il est vrai que, parfois, on n’a pas le temps de lire l’intégralité d’un journal, ni même la moitité, voire le quart. Vrai qu’on le remise alors dans un coin en se promettant que, plutard…. Vrai que c’est frustrant. Mais en ce qui me concerne, je préfère avoir trop que pas assez, je goûte davantage la frustration d’avoir manqué un très beau papier que celle d’avoir lu intégralement un mauvais article. Et je rachète ce journal trop substantiel la fois suivante, tandis que je snobe celui dont je sais qu’il ne m’apprendra rien, ou si peu. Lorsqu’on tombe sur un papier de Pascale Robert-Diard ou de tout autre journaliste à qui son journal laisse la possibilité d’exprimer son talent, on trouve le temps de lire ou bien on regrette de ne pas l’avoir, mais en tout cas on a le sentiment d’avoir un vrai journal en mains. Que les consultants et leurs aimables commanditaires les éditeurs de presse se le mettent une bonne fois pour toute dans ce qui leur sert de cerveau : les lecteurs ne sont pas des handicapés du bulbe… !

(1) Je ne trouve pas les liens permanents vers les billets de Miss Sfw, il s’agit de son dernier. Pour les lecteurs qui visiteraient cette page dans quelques jours, semaines, mois ou années, il est daté du 21 octobre et s’intitule Long bitch. Merci à Gwynplain de me l’avoir signalé hier, je ne l’avais pas encore lu.

(2) Eolas a d’ailleurs trouvé son maître en termes de longueur. Pour ceux qui ne l’auraient pas encore lu, allez voir ce magnifique billet de Maître Mô (34 000 signes et des poussières !).

(3) »M.de Villepin se pose en victime de l’acharnement de M. Sarkozy » par Pascale Robert-Diard – Le Monde du jeudi 22 octobre 2009.

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24 commentaires »

  1. Lien permanent… Il est pourtant indiqué « Long bitch
    Par Miss SFW le mercredi, octobre 21 2009, 18:57 – Méditations mystico-gélatineuses – Lien permanent « . (et ça donne http://www.lemonz.info/blog/dotclear/index.php?post/2009/10/21/Long-bitch )
    Ça ne vous réussit pas de faire la Ségolène blonde. ;-D
    (à moins que la miss l’ait ajouté dans la demi-heure qui vient de s’écouler)

    Aliocha : Le pire, c’est que je ne le vois toujours pas….merci pour votre aide précieuse, il faut en effet que j’arrête de jouer la ségolène blonde.

    Commentaire par Yepok — 22/10/2009 @ 14:00

  2. Je partage votre sentiment.

    Je me suis abonné à la formule internet complète de Libération (considérant que si on veut de la qualité il faut accepter de payer) mais je vais me désabonner car je suis très déçu. Il est vrai que plus on réduit la taille des rédactions et moins on se laisse de chance de faire du journalisme de qualité.

    La comparaison des deux offres internet est à ce point de vue intéressante : la formule légère (la moins chère)vous donne accès aux articles de l’édition du jour (que vous trouverez gratuitement sur le site le lendemain) mais sans le pdf, l’accès aux archives du journal ; la formule complète (donc la plus chère) rajoute la possibilité d’accéder au journal du jour en pdf, la possibilité de « voir » le journal du lendemain en train de se faire, plus des avantages dit club (qui si j’ai bien compris consistent en des réductions sur divers événements ou produits culturels). En ce qui concerne le contenu du journal, le « plus » est très limité : seule l’édition pdf du jour est accessible et le pdf est verrouillé de sorte qu’il n’est pas possible d’imprimer, d’extraire une page ou de copier-coller ; bref l’usage du journal-pdf pour le lecteur est bien plus contraint que le journal-papier, que je pourrais photocopier ou dont je ne pourrais conserver qu’une page. La possibilité de voir le journal du lendemain en train de se faire relève du gadget. Finalement il ne reste que les avantages club pour ceux qui sont clients.

    Cela revient à dire que Libération considère que des avantages annexes à son activité journalistique justifient le doublement du prix de l’abonnement sur internet. C’est un état d’esprit qui me paraît très révélateur.

    Commentaire par ranide — 22/10/2009 @ 14:20

  3. J’ai apprécié votre papier. Comme vous, les articles longs ne me rebutent pas (qu’ils soient dans la presse écrite ou sur un blog). La question est : faut-il aller dans le sens du lecteur (c’est-à-dire écrire des articles de plus en plus courts, multiplier les entrées, faire des mises en page propices au zapping) pour plaire ou faut-il résister aux sirènes et continuer à « éduquer » le lecteur, avec le risque d’en perdre quelques-uns en route ?

    En tout cas, moi, j’aime bien les bons grands papiers, cela permet de plonger dans un style, une « histoire »…

    Commentaire par Gaëlle — 22/10/2009 @ 14:21

  4. Histoire d’illustrer un peu votre propos, et en particulier la fin, par un cas pratique : je ne suis pas un acheteur de journaux, même si je suis un gros lecteur. J’imagine que c’est une question d’habitude et d’éducation, entre autres (et pourtant, il y avait toujours le Monde du jour à la maison…). C’en est au point où je n’ai que rarement envie d’acheter un journal, même quand je n’ai rien d’autre à lire pendant un voyage, j’achète plus facilement un livre.

    Il n’y a que deux exceptions : Courrier International et the Economist. Deux journaux (enfin, magazines ?) avec lesquels je ne suis pas forcément d’accord (je suis même rarement d’accord avec the Economist), mais deux journaux qui proposent des articles longs et souvent denses. Trop, même, je n’arrive que rarement à finir les numéros que j’achète (et c’est entre autres pour ça que je ne les achète pas plus souvent !), mais je ne suis jamais déçu. Il faut faire attention à ce qu’on lit, oui, mais c’est autrement plus intéressant que… finalement, presque toutes les autres sources d’information que je lis, papier ou informatique !

    Un bémol tout de même : je crois que la longueur et la complexité payent, mais pour des analyses. Pour des faits initiaux (genre un événement, une déclaration), j’ai tendance à préférer des brèves brutes à des articles longs qui, à trop vouloir en faire trop vite, finissent par être un assemblage de choses qui n’ont rien à voir, un n-ième rappel des faits, une pseudo-analyse qui ne tient pas la route ou un empilage de témoignages sans intérêt.

    Je crois que les deux, articles courts et vivants et articles de fond longs, ont leur place. C’est certainement une erreur de vouloir faire un journal avec uniquement des brèves (en tout cas un journal papier, c’est différent sur internet où la vitesse de réaction peut offrir une valeur à un flux d’informations brèves mais en continu), mais je crois que ça serait aussi un erreur de vouloir faire un quotidien avec uniquement des articles longs.

    Aliocha : je vous rejoins entièrement. Si je force non pas le trait mais au moins ma position ici, c’est parce que je pense que le balancier va trop loin et qu’il faut arrêter de raccourcir. Maintenant un journal est évidemment un savant mélange de formats et de sujets. Le problème, c’est que lorsqu’un consultant parle de réduire les formats en s’appuyant sur une étude lecteurs « révélant » qu’ils n’ont pas le temps de lire, tout le monde traduit par : réduisons les formats. J’ai assisté à ce type de réunion. Or, c’est plus compliqué. L’intérêt d’une étude de lectorat dépend des questions posées, et surtout de l’analyse qu’on en fait et des conclusions qu’on en tire. Je crois que beaucoup ne savent pas utiliser ces travaux.

    Commentaire par Rémi — 22/10/2009 @ 15:12

  5. Bonjour Aliocha,

    « Entre nous, je persiste à penser que la baisse des ventes des canards est surtout imputable à la médiocrité croissante de l’offre rédactionnelle. » Triste mais hélas si juste constat. C’est celui qui m’a fait cesser d’acheter et de lire, en dehors des articles sur Google actualités, quotidiens et newsmagazines (en témoigne l’indigent interview de Jean Sarkozy dans le Point) à l’exception notable du journal La Croix et de notre volatile nationale (ce dernier avec modération).

    Ceci dit, je crois que l’indigence des articles incombe prioritairement à leurs auteurs. Sur les causes, je suis partagé: absence de travail, conformisme, esprit de cour trop important, sentiment d’appartenir à une élite… Un mélange probablement mais le fait est que les lecteurs s’en sont rendus ou s’en rendent compte de plus en plus, d’où le décrochage actuel. Les pseudo-conseils des consultants et autres éditeurs de presse ne font qu’achever (« plus une entreprise était en difficultés, plus elle avait tendance mécaniquement à prendre de mauvaises décisions pour tenter de s’en sortir ») le plus souvent le processus plutôt qu’ils ne le suscitent. C’est exactement la même chose pour la radio ou la télé où il devient de plus en plus difficile, voire impossible en ce qui concerne la TV, de trouver un journal qui tienne la route (où on n’enfile pas les perles pendant 30 longues interminables minutes et où la flagornerie et la brosse à reluire sont absentes). Heureusement, il reste le net et ses blogs de qualité. Pour encore combien de temps, je me pose la question?

    Bonne soirée

    Commentaire par H. — 22/10/2009 @ 16:18

  6. Je me permets une précision : le lecteur dont j’ai attrapé la balle au bond ne se plaignait pas, il soulignait seulement. Il m’a involontairement donné l’occasion de m’exprimer sur ce point.

    Merci pour le lien. Je me disais bien que ce n’était pas normal tous ces lecteurs.

    Aliocha : je corrige, toutes mes excuses. Pour le lien, il se trouve que je suis totalement incapable de garder pour moi les bonnes adresses, c’est plus fort que moi, il faut que je les partage 😉

    Commentaire par misssfw — 22/10/2009 @ 16:20

  7. Bien d’accord avec Rémi. Abonné à CI et The Economist (en plus du Monde), je me désespère de ne pas avoir le temps de lire tous les articles du magazine de référence du monde anglo-saxon. Un cas vraiment à part, cet Economist, qui me ravit également par l’humour des titres et inter-titres, bien plus subtil que celui d’un Libé. A lire bien sûr en se rappelant « d’où il parle » comme disent les cuistres.

    Sinon, il faudra un jour qu’Aliocha nous explique sa passion pour Marianne. Moi, désolé, je ne passe pas la barrière de la couverture. Peut-on imaginer plus racoleur et caricatural ? Tiens, cette semaine encore : « La République abolie ». Et faut-il que je rappelle leur honteuse opération de teasing pendant la campagne sur le thème « Sarko est fou et vous saurez pourquoi dans notre prochain numéro » ?

    Aliocha : je sais, la couverture irrite beaucoup de gens. Il faut la dépasser. J’aime leur attachement à l’esprit républicain, leur insolence qui – contrairement aux apparences – ne sombre pas dans la critique systématique, les rubriques originales, les variations de rythme (brèves insolites – tribunes – enquêtes – opinions des lecteurs) le choix des articles et surtout des angles, souvent décalés par rapport aux autres news magazines. Je trouve que c’est un journal intelligent, que les gens qui le font ont l’air d’aimer le métier et d’avoir plaisir à l’exercer, qu’il est plus inventif et moins institutionnel que Le Point ou L’Express, moins idéologique que l’Obs.

    Commentaire par Tocquevil — 22/10/2009 @ 16:28

  8. Merci Aliocha pour ce commentaire. J’approuve sans réserve cet attachement à l’esprit républicain ; en revanche, je trouve que Marianne tombe précisément dans votre critique du journal qui cherche à accrocher et retenir ses lecteurs au moyen d’une mise en page « facile à lire » et rythmée, et que le fond est souvent sacrifié à la forme, racoleuse.

    Tiens, en parcourant le site de Marianne, je tombe sur un info d’importance : les blagues « blondes » ne cibleraient par les blondes mais toutes les femmes : elles viendraient du Quebec, où on dit « une blonde » comme on dit « une meuf » chez nous.

    Commentaire par Tocquevil — 22/10/2009 @ 17:01

  9. D’accord avec vous Aliocha, et personnellement je trouve que les articles de Pascale Robert-Diard sont plutôt trop courts que trop longs (cad : j’en voudrais plus).

    Sinon, même si je ne travaille pas pour les médias, je dois reconnaître en tant que consultant que parfois la tentation est forte de dire au client ce qu’il a envie d’entendre. Ajoutez à cela des sujets et des solutions « à la mode », et il n’est pas étonnant que les recommandations soient toutes du type « réduisez la pagination, la taille des articles et des équipes ».

    Ce genre de comportement, appliqué à grande échelle peut avoir des conséquences désastreuses – je pense notamment à la bulle des télécoms au début des années 2000.

    Aliocha : aïe, merci de ne pas m’en avoir voulu sur les consultants, je n’entendais pas stigmatiser tous les consultants, mais les travers de ceux que j’ai croisés. Une de mes amies est consultante dans la presse et elle bosse bien. Mais elle confie aussi que son franc-parler parfois déplait et que les clients préféreraient de fausses bonnes solutions à la mode plutôt qu’une vrai diagnostique. J’ai le sentiment que, dans ces cas-là, le consultant est perçu comme un « exonérateur » de responsabilité purement formel (« vous voyez, j’ai appelé la bonne personne et j’ai appliqué ses préconisations », ou bien « j’ai commandé un rapport, donc j’ai fait mon boulot »).

    Commentaire par Hub — 22/10/2009 @ 17:02

  10. Pour une fois, Aliocha, je suis entièrement d’accord avec vous ! Le court, c’est la mort de la complexité, la mort de l’estime pour l’intelligence du lecteur.

    Pour ce qui est du Monde, je dois avouer que sa version papier a connu de substantielles améliorations depuis 2 ou 3 ans (en plus, Le Boucher est parti à Slate) , ils mettent de plus en plus en avant leurs meilleures plumes ainsi que ce qui s’écrit sur leur portail de blogs (ignorons gentiment cette monstruosité qu’est LePost). C’est tout ce que je leur souhaite. Quand à Pascale Robert-Diard, il est clair qu’elle représente ce qui se fait de mieux en termes de journalisme de prétoire…

    Commentaire par Moktarama — 22/10/2009 @ 17:10

  11. « Ou bien alors, Miss Sfw a raison, ils nous prennent pour des pintades. »

    Il est pour moi clair que certains journalistes et élèves journalistes prennent les personnes auxquelles ils ont affaire, et probablement leurs lecteurs aussi, pour des pintades. 🙂

    Sinon, en ce qui concerne la longueur, un petit avis professionnel. Je suis très pris par le temps et apprécie donc les gens qui expliquent simplement les choses sans bavardage inutile, et je ne déteste rien plus que de devoir lire 10 pages de bla-bla qui masque la vacuité des idées par l’exubérance ou l’ésotérisme du propos. Cependant, cela n’est pas une incitation à ne pas passer le temps sur ce qui le mérite.

    J’irais même jusqu’à dire que ceux qui passent longtemps sur du baratin ou des problèmes secondaires, puis règlent le cas des gros problèmes en quelques lignes, ont probablement quelque chose à cacher.

    Mais revenons à la presse. Vous parlez d’analyses. Je pense que pour pouvoir analyser, il faut avoir compris, et comprendre notamment l’environnement, les tenants et aboutissants. C’est un fait qu’à la lecture de certains articles de presse, on se demande si le journaliste a bien compris ce dont il parle. Cela passerait encore s’il n’y avait pas, notamment en fin d’article, toute une partie de jugement moralisateur ou de prospective. On peut être ignorant, mais dans ce cas on s’abstient de juger.

    Commentaire par DM — 22/10/2009 @ 17:16

  12. @ Aliocha

    Si cela peut vous rassurer, je lis très régulièrement les papiers de Pascale Robert-Diard. Elle fait partie des chroniqueurs judiciaires de haut vol comme sa consœur du Nouvel Obs, Sylvie Véran.

    Commentaire par H. — 22/10/2009 @ 17:51

  13. J’approuve ! J’avais lu l’article de PRD sur internet, je l’avais adoré, comme beaucoup de ses articles.
    Personnellement, j’ai gratuitement l’Ouest France, et si j’aime bien lire les brèves, je m’attarde plus facilement sur les articles longs.

    D’ailleurs, petite question : L’Ouest France, vous en pensez quoi ?

    Commentaire par Triskael — 22/10/2009 @ 19:35

  14. Aliocha, juste pour dire que vous en avez de bonnes vous ! Quand on fait partie de cette catégorie de salariés qui pointe de 9h à 18h (avec juste ce qu’il faut de pause au milieu pour faire la queue à un snack quelconque et manger les trucs immondes qu’on y vend), on n’a guère le temps de lire Le Monde (ou autre) dans le détail tous les jours ! Surtout que tous les jours c’est le prix du journal en question + le repas, vous voyez où je veux en venir (blonde peut être mais journaliste !! 🙂 et donc payer le prix fort d’un journal entier pour UN article sous prétexte qu’il est intéressant …. je préfère encore acheter un hebdo (le canard, courrier international) ou un mensuel (le Diplo), au moins j’ai le temps de tout bien lire comifo, même les articles les plus longs … Et puis l’internet c’est terrible ! surfer bien tranquille chez soi le soir au lieu de regarder bêtement la téloche et passer d’un article de fond passionnant à une idiotie de 1° catégorie en un seul clic de souris … quel bonheur !

    Commentaire par La Sasson — 22/10/2009 @ 22:30

  15. @Aliocha

     » Le pire, c’est que je ne le vois toujours pas…. »

    Juste pour expliquer comment récupérer le lien au cas où, dans le futur, vous faites de nouveau un lien vers le blog.

    Sur le blog, faites un clic avec le bouton droit de la souris sur le titre du billet, puis « copier l’adresse du lien » (avec Firefox) « copier le raccourci » (avec IE). Ensuite il suffit de coller le contenu dans la barre d’adresse (pour avoir le lien direct), dans son billet, ou n’importe où en fait…

    Voila. Je retourne à ma lecture silencieuse.

    Commentaire par Teras — 23/10/2009 @ 09:04

  16. […] This post was Twitted by CharlesBricman […]

    Ping par Twitted by CharlesBricman — 23/10/2009 @ 09:45

  17. Chère Aliocha, comme disait Péguy: « nous ne parlons pas pour les gens pressés, pour les citoyens affairés, qui lisent volontiers les tables de matières. Nous parlons pour ceux qui veulent bien nous lire patiemment ».

    Commentaire par Daniel M. — 23/10/2009 @ 16:09

  18. Chère Aliocha,

    Je suis abonné à Courrier International quasiment depuis qu’il existe, je suis abonné au Monde.fr (j’achète parfois le journal papier aussi), et je lis régulièrement The Economist (je suis aussi abonné à l’Agefi, mais ça c’est pour le boulot). Pourquoi ces journaux ou magazines ? Parce que j’y apprends des choses que je ne trouve pas ailleurs, et parce que les articles sont dans l’ensemble bien écrits et bien documentés. Ce dernier point étant particulièrement vrai pour The Economist.

    Je vous soutiens entièrement dans votre approche : les lecteurs attendent une presse de qualité, et c’est dans les articles longs que l’on apprend le plus de choses.

    Bien à vous.

    Commentaire par junot21 — 23/10/2009 @ 17:13

  19. […] This post was Twitted by ZaraA […]

    Ping par Twitted by ZaraA — 25/10/2009 @ 04:57

  20. Je sais que c’est peu, et que ça ne vient pas de haut, mais oui, selon moi, Pascale Robert-Diard est une grande Journaliste, une vraie professionnelle alliant une vraie exigence avec une vraie plume. D’ailleurs, même les plus tatillons des juristes blogueurs ne l’ont jamais citée qu’en termes élogieux. Et effectivement, avec son style d’écriture riche mais qui ne tombe jamais dans la préciosité, elle tire ses lecteurs vers le haut, gentîment. Je me sens souvent meilleur rien que d’avoir lu un de ses articles.

    Détail intriguant : elle n’a même pas son article sur Wikipédia (en revanche, elle est souvent citée comme référence). Je suis tenter de commencer à corriger cette lacune.

    Commentaire par Schmorgluck — 25/10/2009 @ 14:19

  21. NOOOOOON, je voulais écrire « tenté », pas « tenter », honte à moi, quelle horreur !

    Commentaire par Schmorgluck — 25/10/2009 @ 14:22

  22. Bien d’accord avec vous, la brièveté a pafois du bon mais la considérer comme un remède contre le désintérêt des lecteurs est une dangereuse illusion.

    Mais, néologisme pour néologisme, ségolènisme pour ségolènisme, pourquoi ne pas avoir intituler votre billet « misère et brèvitude » ? tant qu’à faire…

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 25/10/2009 @ 22:21

  23. ou misérition et brèvitude.

    Commentaire par Javi — 02/11/2009 @ 14:41

  24. En ce qui me concerne, je pense qu’il faut bien envisager la question d’une manière différente s’il s’agit d’une presse papier ou d’une presse Internet.

    Comme pour un livre, le fait de « rentrer » dans un journal papier implique une réelle volonté de s’informer, en long, en large et peut-être un peu moins en travers. Par ailleurs, la distraction n’existe pas dans le journal. Si vous lisez le journal, vous lisez le journal et éventuellement vous buvez le café (ou du thé si vous n’aimez pas le café).

    A l’inverse, Internet propose un mode complètement différent d’informations. Vous n’avez pas l’objet en main et c’est toute la différence. Sur Internet, vous ne voyez que ce que l’écran vous donne à voir (généralement une partie de l’article). Dans le journal, vous avez conscience de l’intégralité du papier que vous souhaitez lire. Et c’est avant tout ce facteur « psychologique » qui freine l’écriture d’articles longs sur Internet. Même moi qui tient un site de sport, j’ai lu votre article mais je n’ai pas eu le courage de faire autre chose que parcourir les commentaires parce que rien qu’à voir que la taille assez petite de la bande descendante à droite, c’est rebutant.

    Et cela tient au fait que sur Internet, on est souvent surpris de ce sur quoi on tombe. Cela ne faisait pas partie du parcours Internet classique que chaque personne a plus ou moins (les mails, facebook, twitter, les sites d’information, etc.). Il y a un bien un mode de consommation très différent sur Internet.

    Par ailleurs, la distraction est forte. On ouvre souvent plusieurs pages et on reste sur l’une (celle des mails par exemple) et lorsqu’on se rend compte qu’il est 12h26, on se dit qu’il est temps d’aller manger et on ferme toutes les pages sans forcément être revenu sur ce qui nous attirait au départ…

    Voilà comment j’envisage les choses personnellement. Maintenant, je trouve que dans l’absolu, vous avez raison. En pratique, c’est autre chose.

    Commentaire par Roland — 07/12/2009 @ 12:24


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