La Plume d'Aliocha

18/10/2009

Moi le gentil Dauphin, je n’y suis pour rien…

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 11:00

Ah ! Qu’elle est belle l’interview de Jean Sarkozy dans Le Point de cette semaine. Si, si, je vous assure. Allez voir, c’est ici et ça vaut le Pulitzer.

Question du Point  : »Népotisme, héritier, dauphin…Que n’entend-on pas à votre sujet depuis l’annonce de votre candidature à la présidence de l’Epad… (n’est-ce pas que c’est tendrement complice comme question, du velours pour le prince héritier…)

Réponse de Jean Sarkozy   : « Quand on parle de dauphin, je comprends mieux pourquoi : j’ai vu qu’il y avait un grand nombre de requins autour de moi »

Olééééé !   Jean Sarkozy en « gentil dauphin » tout droit sorti de la chanson de Lenormand, nageant entouré de méchants requins dans les eaux troubles de la politique, je n’y aurais pas pensé…. Observez la maestria avec laquelle il corrige l’idée négative attachée au mot dauphin par une allusion au sympathique animal qui fait rêver. Nous voici plongés dans le Grand bleu, tout de suite, la politique devient plus agréable. Et notre gentil Dauphin d’embrayer immédiatement sur le théorie du complot, façon Caliméro, en rappelant qu’on l’attaque tout le temps et sur tout, son âge, son nom, son activité et même la religion de sa femme.  « Mon ambition est de les convaincre de la pertinence de ma vision pour La Défense » ajoute-t-il et plus loin « laissons parler les actes et qu’on juge après ». Quand il sera « nommé-élu » et donc indéboulonnable, ah que non !

Là-dessus vous comme moi aurions eu l’idée totalement géniale de rebondir en lui demandant quelle était cette fameuse vision de la Défense. Eh bien pas le Point, figurez-vous.

Question suivante : « Etes-vous surpris par l’ampleur de la polémique, qui va au-delà de la gauche et qui dépasse les frontières ? » (et que je te sers la soupe).

Du coup notre gentil dauphin avoue qu’il n’est pas surpris, même s’il trouve ça disproportionné. Disproportionné à quoi et pourquoi, on n’en saura rien. Ainsi fonctionne la langue de bois, par affirmations creuses auxquelles on est sommé d’adhérer. Et le voilà mettant sur le tapis son « élection »et son mariage. Ben oui, il est peut-être jeune le dauphin, mais il est marié, c’est donc un homme. Evoquant les « procès » qu’il a subis, il conclut, grandiose : « j’ai compris que, lorsqu’on s’appelle Sarkozy, les choses sont parfois plus difficiles ». Eh oui, chers lecteurs, en pleine crise économique, il vaut mieux  être fils de personne que fils de Sarkozy. Au moins on ne vous mettra pas des batons dans les roues en soupçonnant un quelconque népotisme si, votre bac +7 en poche, vous postulez pour un premier job au smic. L’air de rien, c’est un sacré avantage. Si, si.

Le Point se souvient alors que les français sont « déconcertés » (admirez l’euphémisme) par l’ascension de Jean et le fait remarquer….

Ce à quoi le gentil dauphin répond : « Tout le monde sait que beaucoup de réactions sur Internet, sous couvert d’anonymat, ne sont jamais inspirées des meilleurs sentiments ». Si quelqu’un parmi vous comprend cette phrase, je vous remercie de m’éclairer, personnellement, je sèche. Vient ensuite la théorie du complot politique à son endroit et, faut ce qui faut, un nouveau rappel de son élection « dès le premier tour, à 52% ». Avant cette splendide conclusion en forme de provocation qui montre au moins que Jean a une très fine connaissance de la politique de son père : « Ecrivons un texte de loi m’interdisant de me présenter à une élection parce que j’ai 23 ans et que je m’appelle Sarkozy ». No comment.

Le Point insiste en citant un internaute qui relève à juste titre que le dauphin n’en serait pas là s’il n’était le fils de son père.

Réponse : l’internaute souffre de désinformation, avant de nous reprendre le refrain du « j’ai été élu ». On avait compris, c’est jamais que la quatrième fois en moins d’une page d’interview qu’il le dit. Quant à la désinformation, on n’en saura pas plus. Puisqu’on vous dit que c’est de la désinformation, vous n’allez pas en plus avoir l’outrecuidance de demander en quoi.

Le Point  demande alors au fiston s’il avait informé papa de sa décision.

Oui, répond l’intéressé, son père et aussi tous les gens qui l’aiment. C’est y pas mignon ? Il y a au moins une chose que cette épaisse langue de bois, lourdement encouragée par le journaliste, laisse apparaître, c’est l’extrême jeunesse de l’intéressé. Les dauphins, la lutte entre les gentils et les méchants, les gens qui l’aiment…

Je vous passe les questions suivantes, pour en venir à l’essentiel :

Le Point : « La présidence de l’Epad suppose une solide connaissance des dossiers et une certaine expérience… »

Réponse du Dauphin en substance : 44 élus du conseil général qui ont entre 30 et 80 ans et qui le voient travailler depuis 2 ans vont être appelés à juger de son travail.

Croyez-vous que Le Point en profite pour lui demander ce qu’il a fait de positif durant ces deux ans ? Du tout, encore une occasion de ratée de quitter le terrain facile du complot pour entrer dans les sujets de fond.

Question suivante : « Où en êtes-vous donc dans vos études ? » (Il n’y a que le journaliste du Point qui l’ignore…)

Là notre gentil dauphin botte en touche en évoquant la difficulté de concilier engagements politiques et cursus universitaire. Je songe personnellement à tous ceux qui, comme moi ont concilié boulot alimentaire et études en se tapant des journées de 15 ou 18h sans redoubler. L’un d’entre eux pourrait-il se dévouer pour expliquer comment on fait à l’héritier ? Moi j’ai pas le courage…

Le Point insiste, « En quelle année êtes-vous ? »Le gentil Dauphin répond qu’il a validé 3 matières de sa deuxième année et donne ses notes, au passage : 11 en histoire des idées politiques (l’examen devait porter sur la France d’avant Sarko parce que franchement, cette matière là, en droit, on la passe en principe les doigts dans le nez), 14 en finances publiques et 19 en droit immobilier et en droit civil. Curieux il avait parlé de 3 matières et j’en vois 4. Je suppose qu’il fallait caser l’immobilier, à cause de La Défense…

Je vous passe les 3 dernières questions sur les leçons tirées de cette affaire, et les ambitions futures, les réponses relèvent d’une telle langue de bois qu’elles ne sont même plus drôles.

Vous l’aurez compris, les idées force à retenir de cette interview c’est que Jean est un gentil Dauphin cerné par les requins, injustement attaqué en raison de sa naissance par des ennemis qui pratiquent la désinformation en oubliant sciemment de dire qu’il a été élu et qu’il le sera à la tête de l’Epad. Que ça n’ai pas traversé l’esprit du journaliste de demander au prince hériter ce qu’il avait fait de concret depuis deux ans qui le rende apte à piloter l’Epad et, surtout, ce qu’il entendait faire s’il était « élu » à la tête de l’organisme me laisse rêveuse. Et en même temps, ça ne me surprend pas. A trop nommer les gens sur leur image et non plus sur leurs compétences, Nicolas Sarkozy nous a mené là, à discuter de forme et à oublier le fond. Chapeau l’artiste !

Ah, un dernier mot quand même. Je n’ai pas pu m’empêcher de songer, en lisant ce morceau de bravoure journalistique, à Bernard Tapie. C’est la même langue de bois, soigneux mélange d’énergie, de séduction et de faux « parlé vrai » sur fond d’ambition aussi décomplexée que démesurée. Il ira loin, ce petit.

Allons, rien que pour le plaisir, on se la fredonne la chanson du gentil dauphin ? J’ai juste modifié un tout petit peu les paroles :

« Toi mon petit copain
Du mouvement populaire
Tu n’oses plus dire que tu m’aimes bien
À cause de ces requins
Que des internautes vilains
Ont réveillé pour faire peur à mon père
Moi le gentil dauphin
Je n’y suis pour rien
Je ne suis pas méchant, tu le sais bien
Si tu me fais la gueule
Je vais rester tout seul
Et foutre en l’air ma splendide carrière
Moi le gentil dauphin
Je n’y comprends rien
Pourquoi tout ce fracas, ce cinéma
Pour une raison bidon
Une désinformation
Allez sois chouette, offre moi ton soutien »


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