La Plume d'Aliocha

16/10/2009

Qui sème le vent…

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 12:37

C’est à un bien étrange retournement de situation que nous assistons en ce moment.

A mesure que la polémique Mitterrand se dégonfle, ce sont ses accusateurs que l’on cloue désormais au pilori. Marine Le Pen bien sûr, mais aussi Benoît Hamon. Curieux attelage. On ne fera pas ici l’insulte au socialiste de croire qu’il puisse partager avec la leader du FN l’ambition commune de constituer une nouvelle brigade morale, même – et peut-être surtout – si BHL semble le penser. Non, ce qui les a rassemblés le temps d’un combat douteux, c’est l’alliance hautement inflammable des intérêts politiques et de leur expression médiatique. L’un comme l’autre avaient un intérêt évident à taper sur Mitterrand. L’un comme l’autre apercevaient déjà le juteux prétexte d’une exposition médiatique susceptible de leur rapporter la bienveillance du public et de faire ainsi bouger les lignes de l’échiquier politique.

Seulement voilà, l’affaire à basculé, elle est devenue l’affaire Hamon, personne n’ayant quoique que ce soit à ajouter sur le cas Le Pen. On ne déboulonne que les idoles. Benoît Hamon aurait pourtant dû se souvenir qu’avant lui, Bayrou avait aussi pâti de ses attaques contre Cohn-Bendit sur le même terrain. Mais peut-être s’en est-il tenu à constater qu’Hortefeux  n’avait pas surmonté l’accusation de racisme. Toujours est-il qu’il vient d’apprendre à ses dépens qu’on ne joue pas impunément avec les médias. Que ces derniers s’empressent de brûler ce qu’ils avaient adoré et que nul n’est à l’abri de leurs attaques, pas même ceux qui se pensent dans le camp des justes. A sa décharge, le jeu est infiniment cruel. A mesure que le rythme de l’information s’accélère et s’hystérise, les politiques sont sommés de réagir au pied levé sur des sujets qui nécessiteraient au contraire prudence et réflexion. En bons chiens de chasse, ils flairent la proie, le coup médiatique, la petite phrase qu’on attend d’eux. Et les journalistes, avides de cette petite phrase qui transformera un non-sujet en polémique nationale, les poussent, les excitent, quand il faudrait au contraire les retenir. Alors ils s’indignent, pour flatter le public, embarrasser l’adversaire, passer au 20h. C’est toujours bon l’indignation, toujours porteur. Songez donc, taper sur Sarkozy et sur un traître à la cause, du velours…Sauf qu’il y avait une inconnue de taille dans cette affaire : les faits. On a eu beau lire et relire le livre, fouiller, gloser, interpréter, rien, il n’y avait rien. Et il n’y a pas eu d’aveu non plus. Toutefois, l’accusation aurait pu survivre, elle a bien survécu dans les cas de Péan et Hortefeux, si elle n’avait souffert d’un vice rédhibitoire, la présence de Marine Le Pen qui marquait dès le départ la polémique d’un sceau politico-médiatique sulfureux.  Sans oublier enfin que s’attaquer à Mitterrand sur ce terrain c’était  prendre le risque inconsidéré d’être taxé d’homophobie. 

Puissent les politiques tirer leçon de cette affaire. A trop parler sans savoir, à toujours vouloir attrapper au vol une occasion de se montrer sous l’éclairage flatteur de leurs combats de pacotille, à cultiver l’indignation facile en misant sur une rentabilité médiatique aussi immédiate que fugace, ils achèvent de se déconsidérer. Et les médias avec eux. Qui sème le vent…

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