La Plume d'Aliocha

12/10/2009

De l’intérêt de bloguer

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 09:52

Drôle d’exercice que celui de bloguer. Et d’ailleurs, comment faut-il écrire ce mot ? J’aperçois régulièrement des orthographes différentes, je m’en tiendrai personnellement à « bloguer », ce qui semble être l’orthographe admise par le Larousse et le Petit Robert.

Un effet structurant intellectuellement

Depuis plus d’un an que je me livre à cet étrange exercice, une chose m’est apparue  comme une évidence. Il y a une dimension structurante dans le fait de bloguer. Nous avons tous des opinions sur l’actualité, opinions qui se réduisent parfois à une réaction silencieuse d’agacement, d’irritation, voire de colère en lisant un journal ou en écoutant les actualités. Il arrive qu’on en parle en famille, au bureau, avec des amis, au bistrot. Mais lorsqu’il s’agit d’écrire, tout change. D’abord parce qu’il faut réfléchir au-delà de la réaction épidermique pour déterminer les raisons qui ont amené à réagir, vérifier que ce que l’on pense est cohérent, lire les uns et les autres, peser leurs arguments, chercher des éléments supplémentaires pour étayer sa réflexion etc. C’est le premier effet structurant consistant à tester sa pensée, à l’approfondir, à en rechercher la pertinence. Et puis ensuite, il faut formuler cette pensée en direction d’un public. Nouvel effort, cette fois de communication pour au choix partager, renseigner, convaincre. Au bout de quelques billets, le réflexe est pris, mais à chaque fois, ça reste un challenge. Je me demandais, avant de me lancer moi-même où certains grands blogueurs trouvaient cette assurance, cette capacité de répondre aux objections du tac au tac et cette science qui paraissait infinie. C’est l’exercice de bloguer qui « fabrique » cela. Plus vous réagissez à l’actualité au quotidien, plus vous structurez votre pensée et votre rapport au monde. Ceux qui commentent régulièrement, comme les lecteurs de ce blog, c’est-à-dire en dépassant le stade du « tous pourris, point barre », ont du d’ailleurs ressentir cet effet.

Plus généralement, je trouve que fréquenter les blogs, débattre par écrit, chercher des arguments, a le mérite d’apporter une compréhension de l’actualité tout à fait étonnante. Combien de fois ai-je alimenté des discussions autour d’une table sur des sujets abordés sur Internet avec des arguments beaucoup plus nourris et précis que ceux qu’on me servait  ? En ce sens, Internet pour peu qu’on l’utilise bien, est un lieu formidable de débat et de connaissance.

Au quotidien

Concrètement maintenant, voyons les joies et les peines du blogueur.

La joie, c’est celle de s’exprimer quand on aime cela, et de le faire par écrit. J’avoue que chaque matin, c’est devenu pour moi une urgence que d’aller fouiller sur le net pour voir ce qu’il s’y passe mais aussi trouver un sujet, quand je n’ai pas déjà chopé une idée au vol dans la presse, un livre ou à la télévision. La rédaction d’un billet me demande en moyenne une heure, une fois que j’ai trouvé l’idée et organisé mon discours. Parfois beaucoup moins quand il s’agit de réagir en pleine journée sur un sujet imprévu. Parfois beaucoup plus quand je dois travailler avant de prendre une position.Et là je m’arrête un instant. Ce blog est né de la volonté de défendre mon métier et de l’expliquer. J’ai dû  beaucoup lire d’ouvrages sur la presse pour vérifier mes intuitions, les confronter aux écrits sur le journalisme de mes confrères, d’universitaires, de sociologues, pour connaître l’histoire de la presse, me remettre à niveau sur certains aspects techniques, économiques etc. Bien m’en a pris, j’ai découvert un univers passionnant. C’est un autre effet de bloguer, en tout cas pour moi : s’obliger à lire, chercher, non plus seulement pour soi, avec la souplesse que cela implique, mais pour en rendre compte impose une discipline supplémentaire et engendre donc une connaissance plus profonde et plus consistante.

Admettre que l’on pourrait avoir tort

Ensuite, il y a toujours un petit moment d’angoisse au moment de cliquer sur « publier ». J’en ai pourtant l’habitude, en plus de dix ans de journalisme, j’ai publié des milliers d’articles. Mais là, l’exercice est différent. Il ne s’agit plus seulement de vérifier que ce qu’on dit est exact, de s’assurer qu’on est clair, il faut accepter de confronter aux autres une partie de soi, quelque chose si ce n’est d’intime, du moins de personnel. A ce sujet, je décommande l’exercice à ceux qui ne supportent pas la contradiction. Il faut avoir le cuir dur, mais aussi l’esprit souple pour se soumettre ainsi à l’opinion d’un lectorat et accepter éventuellement d’être mis en défaut. Je ne sais plus qui disait, « discuter c’est admettre que l’on pourrait avoir tort ». Toujours est-il que cette formule s’applique aussi à cette déclinaison de la discussion sous forme écrite qu’est un blog.

La joie de bloguer, ce sont les commentaires qui amorcent une discussion sur un sujet que vous avez choisi, sous l’angle – ou pas – que vous proposez. C’est aussi de participer à un réseau de blogueurs et d’organes de presse proposant mille et un regards sur le même événement.

La difficulté, c’est le caractère hautement chronophage de l’activité. J’en étais arrivée à un moment à ne plus fréquenter les cocktails et à limiter les déjeuners, préférant écrire ou répondre aux commentaires dans mes moments de détente, plutôt que de faire le singe en société. Le problème, c’est que le journalisme est un métier de contact, il faut sortir, rencontrer des gens, flairer les ambiances, saisir des informations au vol. Les rendez-vous, interviews, conférences de presse ne suffisent pas. Même quand on est allergique comme je le suis aux « mondanités », il faut s’y plier. Heureusement, plus on blogue et plus on est à l’aise avec l’exercice, de sorte que bon an mal an, j’ai réconcilié les deux activités.

Les dangers de la facilité

Autre danger, l’extrême facilité avec laquelle on peut écrire et publier doit inciter à chaque fois à une réflexion attentive pour déterminer si on ne va pas trop vite. Si le journalisme a tendance hystériser l’information, ce défaut est décuplé sur Internet, de sorte qu’il faut s’imposer calme et mesure, en particulier quand le sujet est hautement polémique. Par ailleurs, l’exercice est très personnel puisqu’il consiste à livrer son opinion. Le risque de gonflement de l’ego est fort. Ce d’autant plus que les contestations inéluctables auxquelles on est confronté incitent à se durcir le cuir et donc potentiellement à se draper dans son ego blessé. Il suffit alors de se rappeler du nombre incroyable de blogs sur la toile pour ramener les choses à leur juste proportion. Par ailleurs, la rapidité avec laquelle un sujet chasse l’autre incite à la modestie.

Enfin, bloguer m’a donné l’occasion de rencontrer des gens épatants parmi les autres blogueurs et les organes de presse qui interviennent sur la toile. Cela m’a permis aussi de détecter des sujets à traiter dans les titres pour lesquels je travaille et de découvrir de nouveaux experts. J’ai interviewé jusqu’à présent 4 blogueurs – ils se reconnaîtront –  dont l’activité était en rapport avec mes spécialités. Dans un cas, j’ai relayé une protestation qui était née sur le web. On reproche beaucoup aux journalistes de faire parler toujours les mêmes personnes. En ce sens, Internet  est un réservoir de nouvelles voix tout à fait intéressant. Mais on accuse aussi les journalistes d’écrire des imbécillités. C’est pourquoi j’ai lu ces blogueurs attentivement durant des mois pour m’assurer que leur discours était cohérent et qu’ils avaient bien les qualités professionnelles qu’ils invoquaient.  La source d’une information, c’est sa crédibilité. Par conséquent, il y a une prise de risque dans le fait de solliciter des personnes qu’on ne connaît pas dans leur univers professionnel, qui interviennent sous pseudo et qu’il est parfois impossible de rencontrer parce qu’elles habitent à plusieurs centaines de kilomètres. Mais au final, ça fonctionne.

Voilà, je crois que j’ai tout  dit, si vous avez des questions, n’hésitez pas !

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