La Plume d'Aliocha

01/10/2009

Brooke Shields censurée à Londres

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 15:49

Vous connaissez sans doute cette photo celèbre de Brooke Shields,  agée de 10 ans, nue dans une baignoire et outrageusement maquillée. Elle est ici. Personnellement, je l’ai découverte lors de l’exposition Controverses à Paris. Nous en avions parlé dans ce billet. Il se trouve que cette photo est actuellement exposée au Tate Modern de Londres dans le cadre de l’exposition « Pop Life : Art in a material world ». So choking ont estimé nos amis anglais ! La pièce où se trouve la photo a dû être fermée.

@si qui consacre un dossier à l’affaire, relève cette prise de position du Daily Mail : « Il est stupéfiant que la Tate ait pu envisager de présenter une photo aussi profondémment choquante. Dieu merci, la police londonienne, au moins, semble avoir les pieds sur terre. (…) pendant ce temps là à New York, Paris et Londres, des artistes crient au scandale parce que la Suisse a arrêté le réalisateur Roman Polanski pour un crime commis il y a 32 ans. Polanski a drogué et sodomisé, une enfant de 13 ans, qui semble lui avoir pardonné depuis. »

Ce que je trouve stupéfiant, personnellement, c’est la censure. Ou plus exactement, le refus d’être choqué. C’est toujours étrange la capacité qu’ont certaines personnes de s’ériger en juge suprême de ce qu’il faut montrer ou pas en s’appuyant sur leur sensibilité propre, soigneusement revêtue de principes supérieurs dont elles s’auto-proclament les gardiennes. Quelle assurance faut-il pour considérer que ce qui vous choque nécessite de disparaître. Pourquoi ne pas tout simplement baisser les yeux et passer son chemin ? Ou mieux,  saisir cette occasion pour mener une réflexion. Tiens donc, ça me choque, mais qu’est-ce qui me choque exactement. Et pourquoi ? Qu’a voulu exprimer l’artiste, le journaliste, le publicitaire, l’écrivain ? En quoi cela me dérange-t-il ?

Je ne suis pas certaine que le fait de refuser de voir les représentations de la réalité ait le pouvoir de faire disparaître cette réalité, ou de la modifier. Mais ce n’est peut-être pas le but non plus. Peut-être s’agit-il simplement de vouloir conserver une représentation propre d’un monde qui ne l’est pas…

Mise à jour 20h47 : J’ai remis la main sur le catalogue de l’exposition Controverses qui a présenté la photo (parmi d’autres) à Paris au printemps dernier. Le cliché original (1975) est signé Gary Gross, photographe publicitaire new-yorkais, dans le cadre d’un projet « Woman in the child » où il veut révéler la féminité des jeunes filles pré-pubères. C’est la mère de Brooke Shields qui a signé le contrat, moyennant une rémunération de 450 dollars versée par Play boy, partenaire du projet. Puis elle cède tous les droits au photographe. En 1981, l’actrice veut mettre fin à l’exploitation des photos. Elle va jusqu’en appel, mais perd son procès car le contrat souscrit par sa mère est parfaitement régulier. Seule réserve, Gross ne peut exploiter la photo dans un contexte pornographique. Nouveau procès, cette fois pour atteinte à la vie privée. Brooke Shields perd encore. La justice estime en effet que les photographies ne sont pas sexuellement suggestives (comme quoi, tout est dans le regard). Le photographe est néanmoins ruiné et sa réputation ternie. En 1992, l’artiste Richard Prince obtient de Gross l’autorisation de reproduire la photo. Son projet consiste à la re-photographier, à la contextualiser et à lui donner un tire « spiritual america ». C’est cette photo et non pas l’originale qui est exposée à Londres. Je trouve intéressant que cette photo choque encore et peut-être même davantage aujourd’hui que lorsqu’elle a été prise. Quant à l’argumentation des juges américains qui n’y ont rien vu de sexuel, elle renseigne sur le rôle que joue le spectateur d’une oeuvre d’art autant que sur les différences de culture et d’époque. Vaste sujet. Ce serait dommage que la censure nous prive de tant d’horizons de réflexion, je trouve. Le catalogue – passionnant – de l’exposition est toujours disponible. « Controverses, une histoire juridique et éthique de la photographie » – Actes Sud/Musée de l’Elysée – Lausanne 2008 – 45 euros.

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41 commentaires »

  1. Hummm… Je n’aime pas du tout ce raccourci que certains journalistes reprennent en boucle : « qui semble lui avoir pardonné depuis »
    Il me semble qu’elle a retiré sa plainte parce que justement M. Polanski à plaidé coupable. Dire qu’elle lui pardonne, c’est un raccourci qui m’interroge dans ce qu’on essaie de nous faire croire !
    J’essaie de pas trop rentrer dans ce débat, parce que c’est une non-information typique. Quelqu’un essaie de se substituer à la justice d’un pays depuis 30 ans, il s’est fait prendre. Point ! Il a reçu son Oscar en France quand même. Donc, il savait très bien qu’il avait une épée de Damoclès sur la tête !

    Je m’étonne de votre position. Il n’est pas question de Censure ici pour moi. En exposant une photo d’enfant dénudée, nous entrons de plein pied dans la pédopornographie qui est réprimé par la loi. Il est donc logique que la salle soit fermé, car l’exposant peut être tenu pour responsable de ce qu’il expose devant la loi, et tous ceux qui vont à cette exposition de potentiel « complice » (j’ai pas les bons mots de vocabulaire juridique…).
    Selon votre logique, il n’est pas normal que vous condamniez ceux qui publient des photos pédo-pornographiques et ceux qui les regardent sur le net (ce que je trouve logique) et que parallèlement vous acceptiez de voir le même type de photos lors d’expositions. Votre position est complètement dichotomique et donc illogique.

    Aliocha : je fais simplement la différence entre l’art et la réalité. Cette photo quand je l’ai vue m’a choquée, mais si on suit votre logique, on interdit les romans dans lesquels les héros commettent des infractions pénales, ce qui nous balaie d’un coup tout le polar, la plupart des classiques et le reste. Il est vrai qu’on a failli faire des ennuis à Houellebecq, je croise les doigts pour que le roman reste éloigné des censeurs. Notez, on pourrait toujours se rabattre sur la Comtesse de Ségur ou Babar 😉

    Commentaire par Testatio — 01/10/2009 @ 16:28

  2. Pourquoi donc être choqué ? Elle a au moins 30 ans cette fille sur la photo!

    Pourquoi donc être choqué ? Parce qu’hélas le choix ne se résume pas aux termes de votre alternative.

    Parce qu’il y a des mecs pas très clairs qui ne vont se contenter ni de baisser les yeux, ni de réfléchir sur la photo.

    Parce que cette photo porte atteinte à un des plus forts tabous de notre société et qu’à force de tout relativiser et intellectualiser, la contrainte morale s’efface, avant que la contrainte juridique elle-même ne lâche.

    Parce que, concernant certains sujets, il ne faut pas avoir honte de se proclamer un beauf (tiens, voilà encore un groupe social bien racisé).

    Aliocha : personne n’a dit que ce n’était pas choquant, et surtout pas moi puisque j’ai été choquée. La question ensuite est de ne pas confondre une photo à visée artistique qui a un message à faire passer – fut-il contestable – avec la réalité d’une photo pédophile en vue d’un usage sexuel. Voilà qui me parait très différent. Quant à la volonté de censure, c’est étrange que vous y voyez une forme de beaufitude, j’ai toujours pensé en ce qui me concerne que c’était plutôt une réaction élitiste de protection des faibles d’esprit. Comme quoi…Intéressante question en tout cas !

    Commentaire par Goloubchik — 01/10/2009 @ 16:47

  3. Aliocha, à votre place, j’envisagerai de supprimer le lien renvoyant vers cette photo. Naturellement, je ne suis pas à votre place.

    Dieu sait que je n’ai aucune sympathie pour l’extrême répression, qui confine parfois à la paranoïa, en matière d’infractions contre les mœurs, particulièrement lorsque les victimes sont mineures, a fortiori pré-pubères. Mais, comme le dit Goloubchik, la question soulevée par cette photo ne se résume pas aux termes de la problématique que vous voulez y poser. Nous ne parlons pas d’un être de fiction. Nous parlons d’une véritable fillette. Et, sauf erreur de ma part, B. Shield a elle-même plusieurs fois signalé qu’elle ne souhaitait pas que cette photo soit publiée, ou affichée.

    S’il s’agissait d’un dessin, mettant artistiquement en scène une enfant du même âge, mais fictive, je pourrais vous rejoindre. Ce n’est pas le cas. Il me semble difficile de passer outre le fait qu’à l’époque où on la faisait poser ainsi, que le but soit artistique ou non, elle n’avait pas l’âge de consentir à s’exposer ainsi.

    Aliocha : Voyez comme déjà on commence à opérer des distinctions dans l’art, dessin oui, photo non. Et ensuite, dessin d’un modèle imaginaire ou réel ? Si réel, reconnaissable ou pas ? Bien sûr qu’il peut y avoir matière à débat. La preuve ici. Et précisément, je m’inscrits dans ce débat. Que je sache, cette photo n’a pas été censurée lors de l’expo Controverses à Paris. C’est bien que l’on peut avoir des approches différentes du problème. Quant au consentement, je suppose que ses représentants légaux l’ont donné (je n’ai pas le catalogue de l’expo sous la main mais j’irai voir ce soir). Maintenant, que l’actrice elle-même s’oppose à la diffusion de cette photo, ça ne me choque pas.

    Commentaire par Fantômette — 01/10/2009 @ 17:12

  4. Ne rentrons pas dans la mauvaise foi Aliocha 😉

    Le fait de publier des photos à caractère pédopornographique est répréhensible par la loi. Pas la publication de romans ou même de photos pornographiques. (quoique, j’en sais rien en fait pour le dernier cas, mais vu que 90% du commerce sur le net concerne ce business, j’en doute)
    Si la loi autorisait, voir, n’interdisait pas la publication de ce type de photo, j’aurai été outré comme vous. Là, c’est une transgression de la loi. Le véritable sujet serait donc : la loi est-elle juste ? Certes non, vu qu’elle s’appuie sur une « sensibilité propre, soigneusement revêtue de principes supérieurs dont elles s’auto-proclament les gardiennes. » ^^. Mais je doute que ce soit le sujet que vous vouliez aborder. 🙂

    Commentaire par Testatio — 01/10/2009 @ 17:19

  5. Nous vivons une révolution sexuelle merveilleuse : tout les tabous sont renversés, toutes les transgressions sont vantées, être rebelle est un must, en un mot tout est permis ! tout est permis, tout ! on vous dit, tout ! sauf bien sûr ce qui, dans le plus grand arbitraire, est absolument interdit, autrement dit tout sauf ce qui est… tabou. Et malheur au transgresseur !

    D’un côté l’auteur de « la mauvaise vie » devient ministre de la culture, de l’autre la photo d’une petite fille nue choque les populations.

    C’est effectivement à ne plus rien comprendre.

    La censure, quand elle existait, officielle, reconnue, ayant pignon sur rue, avait du bon. On savait alors, bien obligé puisque c’était dit et écrit, ce qui était interdit et ce qui ne l’était pas. Et on savait aussi, à l’occasion, contre qui protester et avec quels arguments. Aujourd’hui, où il n’y a plus de censure officielle, il y a en réalité censure de fait : c’est à celui qui se scandalise et crie le plus fort. J’ai beaucoup de mal à y voir un progrès. Mais je ne suis qu’un affreux réactionnaire.

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 01/10/2009 @ 17:22

  6. je sens que je vais etre vulgaire
    j’en ai marre de ces artistes qui ne pensent qu’à choquer, des pubs sadomaso de ces agressions permanentes
    doit on tout tolérer de mecs pas très nets parce qu’ils se disent artistes ?
    je l’ai pensé à un moment mais maintenant non c’est fini ,je n’ai plus envie de chercher ce qu’a bien pu vouloir dire un artiste
    montrer une photo pédophile meme belle c’est interdit par la loi et on enlève la photo point barre je n’ai plus aucun état d’ame à ce sujet

    Commentaire par onroopi — 01/10/2009 @ 17:41

  7. @ Aliocha, sur votre contre-commentaire:

    Disons alors que j’ai mal interprété le sens de votre billet.

    Quoiqu’il en soit, il me semble:

    – qu’une photo est plus instantanément « accessible » au commun des mortels qu’une forme d’expression artistique telle qu’un livre ou une peinture;

    – que d’aucuns, aussi rares que possible je l’espère, ne verront aucune différence entre « la réalité d’une photo pédophile en vue d’un usage sexuel » et une « photo à visée artistique qui a un message à faire passer » (lequel d’ailleurs ? anodin, qu’une fillette est une femme en devenir? pas très original ! Ou, au-delà du sulfureuseument admissible, qu’une fillette est déjà une femme, avec ce que cela peut laisser entendre?)

    – que la liberté, la vocation et la jouissance des vrais et faux artistes à « déranger le bourgeois », à se moquer des convenances sociales et à « faire péter le système » doit, en de rares cas et outre qu’elle peut relèver du seul procédé, se heurter à un niet. Pour vous citer un autre exemple de censure (vous savez comme je l’aime) que je suis prêt à assumer, je citerai l’exposition de corps de condamnés à morts chinois, qui avait pourtant reçu l’onction du journaliste spécialisé et probablement désabusé du Monde.

    Concernant la beaufitude, mes sources se réfèrent à Cabu qui a, je crois, créé le personnage dans Hara-kiri Hebdo puis Charlie-Hebdo au début des années 70. Son personnage moustachu et enrobé, assez ressemblant au défunt Maire de Nice Jacques Médecin, visait à représenter le mec de base franchouillard et macho à l’esprit étroit dans toute l’épaisseur de ses certitudes.

    Commentaire par Goloubchik — 01/10/2009 @ 18:01

  8. Comment dire….?

    Il y a trente ans cette photo ne m’aurait pas choqué…

    Aujourd’hui…comment dire…?

    ….LES TEMPS CHANGENT !

    Le plus choquant c’est de, mon point de vue, la vulgarité du maquillage qui pousse l’auteur de ce cliché à vouloir, dans l’ordre des représentations, introduire un soupçon d’érotisme par le truchement de l’expression du visage fardé donnant, par provocation, la vision d’une « femme-enfant ».

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 01/10/2009 @ 18:38

  9. Ce qui me dérange le plus c’est l’emploi du mot « traumatisme ». Oui c’est choquant, c’est d’ailleurs le but, mais de là à provoquer un « traumatisme » il y a un gouffre. C’est je pense, un point de départ pour un débat, pour expliquer ce qui choque, ce qui provoque le malaise… Censurer sans expliquer, ne résoudra jamais rien. Et à force de cacher tout ce qui est susceptible de choquer, on finit par ne plus savoir se protéger.

    Qui plus est, quand on regarde l’effet qu’à eu la censure … Avant je ne connaissais pas la photo, je ne serais jamais allé dans ce musée, et j’aurais sans doute pu passé ma vie sans jamais la voir. Maintenant elle fait les titres de plusieurs journaux, elle est même diffusée dans plusieurs… On aura vu mieux comme résultat.

    Commentaire par Aurelien — 01/10/2009 @ 18:50

  10. La Contesse de Ségur, vous n’y songez pas !
    Dans les Malheurs de Sophie, n’y est-il pas mis en scène des traitements cruels sur les animaux, de nature à agiter les associations de défense de la cause animale (et en particulier certaines auxquelles il en faut peu) ? (Mes souvenir sont un peu flous, j’ai dû le lire à l’époque de mon passage à l’école élémentaire, ce qui commence à faire un petit moment).

    Sinon faut-il vraiment faire l’echo de tout cela ? Je ne suis pas pour la censure mais n’y a-t-il pas une certaine instrumentalisation du scandale à des fins de promotions ? Surtout en visant un sujet sur lequel on atteint des sommets d’irrationnalité, par un certain segment d’ art strictement voué à la provocation, au point qu’on a dû mal à distinguer une quelconque démarche artistique, si tant est qu’il en reste une. Le silence ne serait-il pas finalement la meilleure réponse ?

    Commentaire par OuvreBoîte — 01/10/2009 @ 19:47

  11. Je suis assez choqué… par les envies de censure dans les commentaires!

    Entre une enfant nue et de la pédopornographie il y a une marge! Je ne trouve pas la photo de B.S. pornographique.
    Un modèle adulte dans la même position et vantant un gel douche pourrait orner un abri bus sans que cela ne choque grand monde, non?
    On ne voit le sexe de l’enfant, la posture n’évoque pas un acte sexuel: qu’est ce qui est si choquant? Le maquillage?

    Il faut mettre en prison les parents qui font faire pipi à leur gamin au bord d’une route? Les enfants qui se baignent nus doivent être confié à la DASS?

    Une extrême minorité de pervers est en train de nous rendre complètement parano. On peut voir des enfants nus sans que ce soit laid, vulgaire et pornographique: au secours!

    A force de tout interdire on ne va plus rien faire.

    Commentaire par Grand Chauve — 01/10/2009 @ 20:09

  12. Aliocha, méfiance, dans la Comtesse de Ségur il y a plein de petites filles !

    Commentaire par Vonric — 01/10/2009 @ 20:31

  13. […] This post was Twitted by broshing […]

    Ping par Twitted by broshing — 01/10/2009 @ 21:24

  14. « Ceux qui ont sondé le plus avant les vices et les vertus de la nature humaine sont des gens qui l’ont étudié en eux-mêmes et avec bonne foi. Notre conscience est le point de départ. Nous allons de nous aux hommes, jamais des hommes à nous. » Honoré de Balzac, Le médecin de campagne

    Encore une activité coupable : voyeur, voleur (violeur ?). Combien de fois ne l’ai-je pas entendu ! Combien de fois ne l’ai-je pas senti dans certains regards !

    Pourtant cet être pouvant patienter plusieurs heures au même endroit, jouant au caméléon, s’échinant à se fondre dans le décor et à se faire oublier, les yeux roulant sans relâche, ne fait-il pas autre chose que voir ce que les autres ignorent, refusent et rejettent. Il regarde et n’oublie pas. Il sait dire où et quand rencontrer tel clochard, qu’il n’a pourtant jamais photographié ou tel détail sur un pan de mur. Il est à l’écoute de la vie autour de lui, attentif au moindre détail qui attire son oeil, excite et stimule son acuité. Une pose, une situation, un mouvement sur un visage, un geste infime, une attitude fugitive, un regard qui s’efface et s’oublie. La vibration d’un être, sa sensation, son sentiment.

    Présence perçue avec gêne, parfois méfiance, de ce personnage qui ne se dissimule pas, boîtier massif et peu discret volontairement visible, contrairement au « mateur à la dérobée » qui abuse d’un téléphone mobile ou d’un appareil miniature. Souvent connaisseur des devoirs qui sont les siens et des droits respectifs en photographie, responsable donc. Il choisit toujours les clichés qu’il prend et s’abstient souvent, par retenue. Bien sûr, il n’est pas irréprochable : il ne demande pas toujours la permission mais cette photographie existerait-elle si j’avais abordé cette femme ? Ne l’aurais-je pas plus agacée en la dérangeant, elle qui s’abandonnait à sa fatigue, à une paix ou une douleur intime qu’elle exhale dans un souffle ? Devais-je ignorer ce que je ne crée pas – ce qui existe sans moi – ou le voir et recueillir ?

    Gêne et curiosité. Trouble peut-être face à ce regard qui se pose sur vous, se détourne, revient et vous observe avec attention. Regard qui se rapproche à nouveau, vous dévisage parfois ou se dérobe aussi intimidé que vous l’êtes. Il aimerait bien prendre cette photographie mais n’ose pas. Il le regrettera toujours. Ou il se plantera soudainement face à vous pour se saisir d’un instant de votre vie. Vous le verrez essayer de vous apprivoiser, de vous habituer à sa présence, dans le peu de temps dont il dispose avant que vos routes se séparent. Il y a dans la rencontre photographique la même intensité et la même urgence que dans cette première rencontre qui parfois mène à l’amour. Très souvent, il préfèrera vous contempler aussi longtemps que possible avant de s’éclipser même s’il n’en restera aucune trace et peut-être agacée d’être ainsi regardée vous serez surprise – j’ai mes préférences dans la contemplation – qu’il ne pointe pas son appareil vers vous. Il vous offrira un sourire pour vous dire qu’il a aimé vous voir et même si son attitude vous intrigue encore vous le lui rendrez (peut-être) car ce ne fut pas désagréable d’être regardée.

    Alors voyeur et voleur, le photographe ? Ou témoin ? Partial, sélectif et subjectif, certes mais témoin. Beautés, laideurs, drames et bonheurs, la grâce comme l’horreur, toutes les réalités du monde qui l’entourent, le photographe les reçoit toutes même s’il n’en présente que quelques-unes. Oui, témoin. Mais pourquoi rassembler ce qui n’est qu’après tout que le vestige d’un instant à jamais révolu ?

    Parce qu’une femme peut vous interpeller dans la rue pour vous dire à quel point cette photographie de son mari, prise dix ans plus tôt, la soulage et lui permet de garder intact tout l’amour qu’elle a pour cet homme que la mort lui a enlevé. L’intérêt de la photographie est dans ce cadre même qui ne montre que deux dimensions en une fraction de seconde. Ce cadre – si limitant – ouvre sur un hors-cadre infini dans le temps, l’espace et autres dimensions humaines. Une image n’est que le trou de serrure d’une porte vers les émotions, les sensations, les perceptions et les sentiments. Celles du spectateur, qui regarde et devient à son tour voyeur, voleur (violeur ?).

    Là sont le vice, la vertu et la valeur d’une photographie : en un endroit, en un instant, l’invisible, l’intime – impudique ou réservé, violent ou paisible, attendrissant ou révoltant – prend corps et s’exhibe.

    Et nous regardons…

    Commentaire par Ferdydurke — 01/10/2009 @ 23:47

  15. Je trouve votre billet trés bien fait. Ce n’est pas la première fois que je sohaite vous le dire… mais bon, commencer à donner mon avis sur les sites des autres me semble un peu orgeuilleux.

    Vu les réactions… je viens de découvrir cette photo. S’il s’agissait de mon enfant je ne l’aurais pas autorisée. Mais la mère de B.S., ne semble pas y avoir vu un acte pédophile et à choisi d’empocher les 450 deniers.

    Je n’ai pas connaissance d’acte de pédophile ayant comme point de départ une photo dans un exposition… mais bon, je ne suis pas en expert es perversion.

    A quoi sert donc cette censure? A rassurer les gens? A éviter des actes odieux? Quelle utopie!

    « Je ne suis pas certaine que le fait de refuser de voir les représentations de la réalité ait le pouvoir de faire disparaître cette réalité, ou de la modifier. » Magnifique! Vous allez vous faire crucifier par ce monde médiatique.

    Commentaire par En passant — 02/10/2009 @ 09:26

  16. J’aurai bien cité David Hamilton comme exemple de photos plus explicites et non choquantes mais d’après wikipedia il a été éreinté aux USA dans les années 1990…

    Quant au choeur pro Polanski, il est assez incompréhensible concernant quelqu’un ayant reconnu sa culpabilité.

    Commentaire par Efelle — 02/10/2009 @ 10:00

  17. C’est toute la question de la limite entre l’art et la censure
    Bien sur que cette photo est choquante et que les bonnes ames qui disent que cela peut donner des idées aux prédateurs sexuels ont peut être raison. Je ne me prononcerai pas la dessus.
    Mais cela reste de l’art, et donc aucune censure ne devrait y etre appliquée.
    D’ailleurs, lors de l’expo Controverses dont vous parlez d’autres photos auraient pu aussi choquer les puritains, mais cela n’a pas empeché Paris d’exposer ces photos.
    je trouve inadmissible personnellement que les autorités anglaises avec leur coté puritain renforcé puisse parler de censure sur une photo. Qu’elles aillent faire un tour dans les pubs un jeudi ou un vendredi soir pour voir que les anglais n’ont pas besoin d’eux pour être obscènes
    Pour info, on constate une resurgence de la syphillis et une augmentation du nombre de personnes conctractant le Sida en Angleterre. C’est peut etre d’abord la dessus que les autorités anglaises devraient travailler plutot que d’interdire à l’art de s’exposer.
    Je sais, c’est un peu hors sujet, mais ca me revolte et comme un blog comme le votre permet de s’exprimer… je le fais

    Commentaire par misty — 02/10/2009 @ 10:19

  18. Qui a dit « Tout est possible, tout n’est pas permis » ? Pour moi, les artiste sont dans le domaine du Possible et ils ont bien raison d’ignorer a priori celui du Permis. Ensuite, à chacun de gérer selon sa sensibilité ou son… niveau. Sous pretexte que l’art aurait à voir avec le « sensible » et que tout le monde est « sensible », tout le monde à son avis. Tout le monde a t il un avis sur la chimie bio-nucléaire ? Sur la comptabilité analytique des marchès publics ? Sur la nécessité de changer la courroie d’admission tous les X km ou bien toutes les Y années ? Non. La médiatisation de l’art tue l’art et sous couvert d’élargir sa diffusion induit un rétrécissement du champs de son possible. Un exemple pour finir. Connaissez-vous le roman « Trois filles de leur mère » de Pierre Louÿs ? Ecrit en 1926, diffusé après sa mort, dans un premier temps de façon anonyme, ce livre est d’une pornographie extrême et d’une transgression totale. C’est néanmoins un grand livre (qui me fut donner à lire par une femme et une mère… qui savait, elle, distinguer le réel du phantasme et le possible du permis; mais c’était une commédienne, donc une artiste). Il a longtemps était disponible en édition de poche. Eh bien, il serait proprement impossible de sortir un tel texte aujourd’hui. Trop de monde, trop de sensibilités, trop d’avis, trop de confusion, trop d’interdits… Trop de peur.

    Commentaire par Zenonlp — 02/10/2009 @ 10:21

  19. « Bien sur que cette photo est choquante[…] »

    Sauf que pour moi elle ne l’est pas. Peut-être tout simplement que ça ne m’évoque aucune idée perverse ?
    Ce que je vois c’est une fillette nue, maquillée, dans une baignoire.
    Comment font les parents qui découvrent leur gamine peinturlurée pour la première fois, dans la salle de bain, voulant imiter « Maman » ? Ils doivent se censurer, ne pas regarder, détourner les yeux, faire comme si rien ?

    Depuis quand voir un enfant nu est forcément pédopornographique, à partir de quel âge les gens choqués prêtent aux enfants un caractère pornographique ?

    Pourquoi si voir un enfant nu apparaît pornographique, voir des affiches de femmes nues ne l’est plus ?

    Serait-ce parce que les gens ont peur de voir se révéler à eux des pensées que leur culture réprouve ? Je me demande si ce n’est pas cette question qu’a voulu poser le photographe …

    Ce que je trouve finalement intéressant avec cette photo, c’est qu’elle provoque une controverse, alors qu’elle ne le devrait pas, tout est dans les intentions du regard …

    Commentaire par DePassage — 02/10/2009 @ 10:47

  20. @ Goloubchick et Fantômette

    Non, ce n’est pas cette photographie qui est choquante et elle ne porte atteinte à aucun tabou.

    Elle révèle un tabou, l’exhibe et l’expose : elle nous renvoie à nos craintes y compris les plus légitimes, comme celle du pédophile violeur d’enfant, voire à nos pulsions les plus intimes dont il serait hypocrite de nier l’existence.

    Observez la réponse d’Aliocha à votre commentaire 2 « personne n’a dit que ce n’était pas choquant, et surtout pas moi puisque j’ai été choquée » et son ambigüité. Aliocha passe d’un « c’est choquant » à « je suis choquée ».

    Cette photographie est-elle choquante ou est-ce le spectateur qui est choqué? Pourquoi tel spectateur est-il choqué et pas son voisin? Le second est-il un pervers pédophile en puissance? Ouh la la, n’étant pas choqué, je m’en vais de ce pas me dénoncer aux autorités… Comme je ne suis pas séduit non plus, j’espère bénéficier d’un peu de clémence…

    Faites une recherche sur Google avec les termes Abu Ghraib et allez dans la section images. Quand je vois ces images, je suis choqué. Qu’est-ce qui me choque? L’image ou ce qu’elle montre? Ne montrent-elles pas une réalité bien plus violente -j’ai même envie de dire pornographique dans le sens représentation de corps nus que la photographie de Brooke Shield, laquelle au plus érotise son sujet (maquillage, pose) et ne fait que « violenter » la subjectivité, la perception, la conscience (la morale?) du spectateur.

    J’ajoute cette photographie a été réalisée en toute légalité, sous contrat avec les représentants légaux de Brooke Shield. Libre ensuite à la société civile par le biais de son représentant le Parquet/Ministère public d’engager des poursuites s’il estime que cette photographie est un cliché pédopornographique ou portant atteinte – en résumé – aux bonnes moeurs. Libre également aux commissaires de l’exposition de la montrer ou pas. En l’état, ils sont libres et responsables de leur choix.

    D’ailleurs, les mêmes règles s’appliquent en France s’agissant la photographie de mineurs, même habillés. L’autorisation écrite des parents est exigée, ce doublement, pour la prise de vue ET pour la diffusion de l’image alors qu’avec un adulte, il est en général admis que si celui-ci se voit en train d’être photographié et ne s’oppose pas à la prise de vue (d’un geste ou d’une parole), il accepte tacitement d’être photographié. La diffusion, elle, est toujours soumise à autorisation avec quelques exceptions pour les photographies (y compris d’amateurs) prise dans le contexte d’un évènement et ayant une valeur informative comme par exemple des heurts entre les forces de l’ordre et des manifestants (dans ce cas, même les forces de l’ordre ne peuvent s’opposer – légalement – à ce qu’on les photographie).

    Le Droit protège aussi bien la personne que l’acte de photographier et les voies de recours ne manquent pas. On parle d’ailleurs d’un droit A l’image et d’un droit DE l’image…

    En outre, la justice américaine a rejeté toutes les demandes faites par Brooke Shield. Je comprends les actions de Brooke Shield en ce sens et ne les lui reprocherait certainement pas : C’est son intimité et chacun est libre et en droit de la préserver. Brooke Shield a usé de ses droits et la justice américaine ne lui a pas donné raison.

    Je suis donc étonné, Fantômette, que vous suggériez à Aliocha de supprimer le lien vers cette photographie, laquelle jusqu’à nouvel ordre n’est pas interdite de publication. Si ce n’est pas la juriste qui parle, mais la personne, la femme, et peut-être la mère je comprendrais mais si c’est la juriste, là, je ne vous suis pas. Comment cela? Vous n’êtes pas juriste 24h/24! 😉
    Je profite de ce que je vous interpelle amicalement pour m’excuser de vous avoir affublée d’une étole dans un autre commentaire au lieu d’une épitoge. A force de vous concevoir en papesse… 😉

    A mon sens, même si le parallèle peut sembler osé, c’est un peu comme pour la burqa et un des prétextes invoqués pour en interdire le port, celui de la dignité de la femme. Argument fallacieux. La dignité de la femme et le respect des libertés individuelles passent d’abord par le souci qu’elle . Peut-être craint-on d’entendre ces femmes dire « nous ne sommes pas contraintes, nous avons choisi » ? Surtout, ne leur demandons pas qu’elle est leur avis, parlons en leur nom et légiférons… avec pour effet, si parmi elles il s’en trouve qui sont contraintes de porter la burqa, que l’interdire les verra être cloitrées à leur domicile et par conséquent privées d’un lien social qui leur permettrait d’accéder à toutes sortes de structures associatives et institutionnelles susceptibles de les aider à se libérer de cette contrainte…

    Dans ces deux cas, est-ce réellement une réalité qui choque, qui porte atteinte à quelque chose, qui pousse à interdire ou plutôt le regard que chacun porte, la perception que chacun a de ce qu’il voit?

    Tout cela n’est pour moi que tartufferie (« cachez ce sein que je ne saurai voir »). Ce n’est pas l’image qui est choquante, pas même la réalité qu’elle représente, comme c’est la cas avec les photographies d’Abu Ghraib. C’est son spectateur qui est choqué. Là est la nuance.

    Interrogeons-nous plutôt sur notre regard, individuel et collectif, que sur ce que représente l’image en faisant fi de tout ce qui parasite la réflexion, à commencer par l’argument artistique, une photographie n’étant après tout que la matérialisation chimique ou numérique d’un instant sur un support. Une photographie comme tout média est un véhicule. N’est-ce pas Aliocha qui écrivait ici, il y a longtemps, qu’il était toujours plus simple de tirer sur le messager qu’écouter, voir ou lire le message qu’il porte?

    Je me permets en outre de penser que ce n’est certainement ce genre de photographie (artistique ou pas) qui va exciter et attiser les pulsions des pédophiles conscients et inconscients. Ils n’ont certainement pas attendu cette exposition pour être pédophile et je les suppose en recherche d’un tout autre type de représentation de la nudité enfantine et adolescente.

    Soyons réalistes.

    Dès que je peux, dans la catégorie je raconte ma vie je vous conterai une petite anedocte de photographe amateur, séduit par la tenue qu’il trouva anachronique d’un inconnu dont je n’ai vu le visage qu’au moment où j’ai pointé mon boitier vers lui et regardé dans le viseur. Personne qui m’a invité à m’asseoir à ses côtés et m’a délivré une saine leçon relative au regard qu’on porte sur autrui et à la gêne qu’il cause parfois. Leçon que je n’ai pas oubliée.

    Aliocha : quand je dis choquée, je ferais mieux de dire « interpellée » ou « dérangée ». Et il est vrai qu’une enfant nue parée des artifices de la séduction interpelle nécessairement. Otez la nudité et vous n’aurez que l’image classique d’une enfant voulant ressembler à sa mère. Otez le maquillage et nous serons alors dans le scénario d’une réalité saisie au vol ou reconstituée mais qui n’interpelle pas particulièrement (sauf les tordus). C’est l’addition des deux me semble-t-il qui suscite au choix une interrogation ou un malaise en faisant ce lien qu’on ne veut pas faire entre nudité enfantine et séduction sexuelle. Par conséquent, on ne peut nier à mon sens l’aspect dérangeant. C’est pour ça que ce qui me dérange dans la censure, c’est le refus de voir sans réfléchir, un refus de voir que l’on prétend imposer aux autres sous des prétextes discutables. Encore une fois, je ne vois pas ce qui empêche les personnes choquées de regarder ailleurs…

    Commentaire par Ferdydurke — 02/10/2009 @ 12:08

  21. Aaahh… désolé pour le gras que j’ai mis partout. Non, je ne mange pas de frites en écrivant mes commentaires. J’ai oublié de fermer une balise.

    Commentaire par Ferdydurke — 02/10/2009 @ 12:09

  22. Bonjour Aliocha,

    Je voudrais simplement rappeler que pour pour être pédopornographique, les images doivent être pornographiques, c’est-à-dire représenter un acte sexuel ayant pour objectif d’exciter sexuellement le spectateur.

    Cette image n’a rien de pédopornographique.
    C’est une image artistique représentant une enfant nue.
    On aime ou on aime pas, point.

    Une image pédopornographique, c’est par exemple une image d’un enfant de cinq ans empalé sur un sexe d’homme. Cela, ça me choque.

    Aliocha : Fichtre, vous pourriez prévenir quand vous sortez une horreur pareille….Sinon, merci pour votre analyse d’expert. Il me semble avoir lu chez vous que vous aviez travaillé sur ce type de dossiers, non ?

    Commentaire par Zythom — 02/10/2009 @ 12:44

  23. « Ce que je trouve stupéfiant, personnellement, c’est la censure. Ou plus exactement, le refus d’être choqué. »

    oui et non.
    Si pour vous « le refus d’être choqué » signifie que n’importe qui peut venir m’agresser, je ne suis pas d’accord.

    Il y a une différence de fond entre une expo dans laquelle on se rend de son plein grès sur un thème qui est justement « les photos qui dérangent » et certaines publicités à la Beneton qui s’étalent en 4×3 dans nos rues.
    Nuance que ne font évidemment pas les ayatola du politiquement correct.

    J’estime avoir le droit de refuser de me faire agresser dans ma vie courante.

    Le politiquement correct c’est cette superstition qui croit que les mots auraient des pouvoirs magiques. C’est du pur Harry Potter.

    Commentaire par fred — 02/10/2009 @ 12:56

  24. @Aliocha rep comm 21: « Il me semble avoir lu chez vous que vous aviez travaillé sur ce type de dossiers, non ? »

    Plus de 80% de mes dossiers d’expertises judiciaires sont des dossiers relatifs à des recherches d’images pédopornographiques. C’est en parti la raison d’être de mon blog car je supportais mal la solitude face à ses images. Si j’osais un lien vers un de mes billets sans être trop impoli, je choisirais ce billet: la psychose du pédophile, car il y reprend beaucoup des liens que je trouve intéressants sur le sujet.

    Aliocha : rien d’impoli, bien au contraire, je vous remercie d’éclairer le débat !

    Commentaire par Zythom — 02/10/2009 @ 13:15

  25. Permettez-moi de rebondir à propos de l’intervention de Zythom car j’ai eu à l’esprit, en postant mon commentaire, le (fameux et très beau et très troublant et très obscène) tableau de Courbet reproduit dans l’excellent lien « La psychose du pédophile ». En effet, son ultime propriétaire privé (Lacan, excusez du peu…) avait me semble t il commandé à Masson un dipositif de (soyons cuistre) monstration (ça s’écrit comme ça ?) assez révélateur : un panneau peint(par Masson donc – j’aime les parenthèses…) mais mobile cachait le tableau de Courbet. Pourquoi ? Certaines choses ne se partagent pas avec tout le monde et « choquer pour choquer, quel intérêt ? » Plus encore, si « on peut rire de tout mais pas avec tout le monde », on doit également avoir à l’esprit que l’on peut montrer certaines (pas toutes néanmoins) choses mais pas à tout le monde.

    Commentaire par Zenonlp — 02/10/2009 @ 14:01

  26. C’est quoi le message de cette photographie?

    Entre l’affaire Polanski et ceci, je vous avoue que je tremble et m’interroge sur l’existence possible d’une phallocratie et d’une sorte de pédophilicratie qui sous couvert de mots talismans comme la liberté, la démocratie ou l’art distillerait l’idée que voir un enfant comme un objet que l’on peut utiliser pour assouvir ses pulsions ou besoins sexuels, artistiques* ou pécuniers n’est finalement pas un problème.

    *à noter qu’on a vu certaines élites trouver qu’un urinoir etait artistique et que dernierement une « aaartiste » se provoquait des fausses couches pour peindre avec les résidus de ses pertes.

    Doit-on tout montrer? Ne répondiez-vous pas non à cette question, il y a quelques billets de cela ?

    Aliocha : j’y répondais en ce qui concerne le journalisme, et encore, ça n’engageait que moi. Montrer d’ailleurs en matière de journalisme pose plusieurs questions : peut-on tout montrer, comment faut-il montrer, selon quel timing, avec quelle contextualisation, en recourant à quelles précautions ? La question se pose, je crois, de manière différente en ce qui concerne l’art. Les enjeux ne sont pas les mêmes et la liberté à mon sens doit être plus grande encore que pour la presse.

    Commentaire par Elaïs — 02/10/2009 @ 14:14

  27. @ Elaïs :
    « à noter qu’on a vu certaines élites trouver qu’un urinoir etait artistique et que dernierement une “aaartiste” se provoquait des fausses couches pour peindre avec les résidus de ses pertes. »

    Vous délirez (dans la seconde partie la citation, la première n’étant qu’une tarte à la crême aussi répandue que « mon gamin (puisqu’il est question de cela…) peut en faire autant ».) : Qui ? Quand ? Où ? Nous sommes-là dans le registre de « La bête qui à vu l’artiste qui à vu l’enfant qui à vu… quoi au juste ? » L’indignation pavée de bétise et d’inculture, à quoi cela sert-il ? Le tout sous-tendu de parfun complotiste (« l’existence possible d’une phallocratie et d’une sorte de pédophilicratie qui sous couvert de mots talismans comme la liberté, la démocratie ou l’art distillerait l’idée que voir un enfant comme un objet que l’on peut utiliser pour assouvir ses pulsions ou besoins sexuels, artistiques* ou pécuniers n’est finalement pas un problème.) qui me laisse à penser que vous êtes à deux doigts d’être convaincu(e) que les Twins Towers ont été détruites par le gouvernements US pour cacher les preuves d’un vaste réseau -au plus haut niveau de l’état planétaire bien sûr- de ballets roses et bleus et de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel multicolore. Ca y est : vous vous demandez si, en effet, certaines choses, assez troublantes, ne permettraient pas d’envisager, à y regarder de plus près, que…

    Aliocha : tout doux, on essaie sur ce blog d’aborder calmement les sujets, fussent-ils très polémiques 😉 Elaïs n’a pas tort sur le principe de dire que la dialectique de certains s’appuie sur la notion de liberté. C’est par exemple ce qu’on trouve chez Matzneff et il n’est pas le seul. Voyez le billet de Zythom ou l’un des billets en lien dans son billet, je ne sais plus, où il décrit ce phéomène aux Pays-Bas. Mais je vous rejoins en revanche sur le théorie du complot. Je ne l’aime pas non plus.

    Commentaire par Zenonlp — 02/10/2009 @ 14:55

  28. La gloire: vous êtes sur Marianne2…
    http://www.marianne2.fr/Sanctionner-les-pedophiles-ou-censurer-une-photo-d-enfant_a182296.html

    J’espère qu’ils vous ont demandé l’autorisation.

    Aliocha : merci cher Zythom, mais ne vous inquiétez pas, je fais partie de leurs blogueurs associés. Ils peuvent reprendre mes billets quand ils le souhaitent, ce qu’ils font d’ailleurs régulièrement et j’en suis tout à fait heureuse car c’est mon titre préféré, papier comme web.

    Commentaire par Zythom — 02/10/2009 @ 17:58

  29. Exactement dans le même genre, vous aviez suivi l’affaire de la pochette de Scorpions, « Virgin killer », sur Wikipédia ?

    Commentaire par Axonn — 02/10/2009 @ 23:18

  30. « L’indignation pavée de bêtise et d’inculture à quoi cela sert-il?  »
    Ce-ci signifie-t-il que l’indignation n’est recevable que lorsqu’elle est ressentie et exprimée par des personnes cultivées et intelligentes ?

    Sous pretexte que la liberté dans l’art doit être plus grande(pourquoi au fait?)on avalise un cliché qui certes, ne montre pas un phalus dans un anus de petit garçon, mais qui subtilement , pour ne pas dire insidieusement, sexualise une petite fille.

    Je ne connaissais pas cette photo avant de lire votre billet mais j’aurai pu parier qu’elle était l' »oeuvre » d’un homme: en effet, l’esthétique de la photo transpire la représentation de la féminité au travers le prisme masculin.

    Voici une sculpture outrancière des frères Chapman qui dénonce la sexualisation et la marchandisation des corps des enfants par la société moderne
    Là j’approuve!
    Le message y est bien plus net, il n’y a aucune ambiguité. Et sincèrement, je ne pense pas qu’un pédophile ce soit masturbé dessus, peut-on en dire autant de la photo présentée ici?

    Et j’approuve la forme: c’est une sculpture, elle ne met pas en scène contrairement à cette photo un être humain, etre humain d’autant plus fragile qu’il s’agit d’une enfant, enfant qui adulte, regrette les libertés que d’autres ont pris en utilisant son corps au nom de l’Aaart. L’artiste a d’ailleurs utilisé ce corps pour assouvir son propre désir de création.

    Il n’y a aucune recherche d’esthétisme, pas de recherche du beau, contrairement au cliché.

    Je crois foncièrement qu’en mélangeant les codes d’une séduction adulte avec des corps d’enfant, l’art commet une grave dérive. Dérive qui est euphémisée encore une fois sous couvert de liberté. Elle en devient même intouchable. (pour exemple tout bête, exprimer mon avis réfractère ici m’a valu d’etre taxé d’idiote et d’inculte, ce ci dit, c’est peut être vrai 😉

    Mais bon entre nous, l’art n’est rien 🙂 on ne peut pas le brandir pour tout justifier , tout avaliser, tout accepter au nom d’un pseudo intéret supérieur qui transcanderait tout.

    PS: Pour info, il s’agissait d’Aliza Shvarts 😉

    Commentaire par Elaïs — 03/10/2009 @ 01:21

  31. Merci pour ce billet et le débat qui l’accompagne, même si on n’échappe pas à une pincée de propos de comptoir. Logique, cette histoire rappelle beaucoup la polémique autour du chanteur Orselan et plusieurs de ses ingrédients polémiques (regard de l’homme sur la féminité, liberté de l’artiste, caractère « choquant », distance requise pour accepter l’oeuvre).

    29. Elaïs : On ne peut pas vraiment dire que la sexualisation de la petite fille dans ce cliché est « insidieuse ». C’est d’ailleurs la raison pour laquelle peut être choquante, mais interdire tout ce qui peut déranger est incompatible avec la liberté d’expression. Liberté tellement intouchable que la photo n’est plus visible dans l’exposition…

    Commentaire par Kemmei — 03/10/2009 @ 11:06

  32. Il ne faisait aucun doute dans mon esprit que les parents avaient consenti à ce que cette photo soit prise.

    Je vous rappelle toutefois que les représentants légaux d’un mineur ne peuvent pas consentir à ce que celui-ci soit victime d’une infraction.

    Or – vous allez y voir naturellement le prisme du juriste, je m’y résous à l’avance – c’est la question que je me pose, largement avant celle de savoir si je trouve la photo jolie, artistique, ou porteuse d’un message quelconque.

    Il est évident que le photographe a appliqué des codes visuels érotiques à une enfant de 10 ans : nudité, maquillage, baignoire, posture, expression etc…, une enfant qui, je le répète, ne pouvait pas consentir à recevoir ce traitement particulier, de la même façon qu’elle n’aurait pas pu consentir à des attentions de nature sexuelle de la part d’un adulte, a fortiori un adulte auquel ses parents l’auraient (même brièvement) confiée.

    La question que je me pose, en regardant cette photo, est celle-là : cette photo a t-elle fixé une infraction dont son sujet a été la victime ?

    La réponse ne me semble pas forcément évidente. Nous pourrions (en droit français, je ne connais pas le droit américain) frôler une infraction de mise en péril des mineurs.

    Deux qualifications pénales pourraient s’avérer pertinentes.

    D’une part, l’article 227-23 du code pénal, qui réprime « le fait, en vue de sa diffusion, de fixer, d’enregistrer ou de transmettre l’image ou la représentation d’un mineur lorsque cette image ou cette représentation présente un caractère pornographique ». J’ajoute naturellement, et tout le monde comprendra pourquoi, qu’aucune autorisation des parents auxdites prises de vue ne saurait les excuser.

    La question cruciale résiderait ici, bien entendu, dans la qualification du caractère pornographique.

    Dans le contexte extrêmement répressif actuel, je ne serai pas autrement étonnée de ce que la justice puisse être saisie de cette question.

    C’était la raison pour laquelle je suggérais laconiquement d’ôter un lien qu’il n’est pas absolument sans risque – m’a t-il semblé – de laisser.

    Je serai personnellement d’avis que l’élément constitutif du caractère pornographique de la photo n’est pas caractérisé en l’espèce, dans la mesure où l’activité sexuelle n’est pas suggérée. La séduction érotisée l’est, de toute évidence. Tous les codes érotiques sont présents, je ne vois guère que l’on puisse le nier, ou que l’on puisse comparer cette photo, comme le fait un commentateur plus haut, à de simples photos de famille d’enfants jouant tout nu. Nous ne sommes pas du tout dans le même registre, et le nier est parfaitement ridicule.

    Rappelez-vous la discussion qui s’était déroulée sur le clip contre le viol de Clara Morgan. Imaginez le même clip, toujours avec Clara Morgan, mais celle-ci refusant les attentions empressées de son plombier alors qu’elle le reçoit à côté de sa baignoire, nue et fardée. Il me semble qu’Aliocha était d’avis que le fait de se laisser voir revêtue d’une simple nuisette constituait déjà une légère, disons, « provocation à la séduction », qui, si elle n’excusait pas le viol (dieu merci), était de nature à faire naître un désir de nature sexuelle, dont on pouvait exiger qu’il soit contenu, mais non qu’il n’existât point, ni même qu’il demeure parfaitement invisible. A fortiori, retiendrons-nous que l’image de BS ainsi exposée est de nature à faire naître un désir ambivalent et profondément dérangeant, les codes utilisés (nudité, maquillage) étant de nature à faire naître ce désir, que le support utilisé (une enfant de 10 ans) doit immédiatement et férocement réprimer.

    Donc, je crois néanmoins que ce point pourrait faire l’objet d’une discussion. Qu’est-ce qui est pornographique, de nature pornographique ? Une définition objective tournerait autour, probablement, de l’image d’une activité sexuelle, image de sa tentative ou de sa préparation, ou à tout le moins, l’image d’un sexe. Ici, ce n’est pas le cas – exit l’article 227-23 CP. Mais nous pourrions également envisager une définition subjective de la pornographie, qui tournerait autour de la provocation au désir sexuel, ou plaisir sexuel de qui regarde la photographie. Si la jurisprudence devait se diriger en ce sens, la caractérisation de l’infraction serait plus plausible. Le risque n’est donc pas nul.

    Deuxième infraction : la corruption de mineur, article 227-22 du code pénal qui réprime « le fait de favoriser ou de tenter de favoriser la corruption d’un mineur ».

    On trouve, dans la jurisprudence sous cet article, l’hypothèse suivante : « Pour condamner un photographe professionnel du chef de corruption de mineure, l’arrêt attaqué énonce que le prévenu a rencontré ladite mineure, alors âgée de 14 ans et demi, et lui a offert de travailler comme modèle, moyennant rémunération pour la réalisation de photographies dites «de charme, à l’exclusion de photos à caractère pornographique»; après avoir effectué quelques séances où elle posait habillée, la jeune fille a été invitée à réaliser des clichés avec le buste dénudé, ce qu’elle a accepté; par la suite, le prévenu a proposé à son modèle de poser, les pieds et les mains enchaînés et le cou enserré dans un collier d’étranglement, ce à quoi elle a refusé de se prêter; en cet état, les juges, qui ont relevé que le comportement du prévenu était de nature à favoriser la corruption d’une mineure rémunérée à cette fin, ont justifié leur décision. ● Crim. 3 déc. 1997: Gaz. Pal. 1998. 1, chron. crim. 53. »

    Établir un parallèle entre les deux affaire me semble possible, et là encore, l’hypothèse d’une action en justice ne me semble pas relever de la dramatisation excessive de l’affaire de BS.

    Je ne dis pas que l’infraction me semble parfaitement caractérisée. Cela me semble toujours discutable, même si cette infraction là me semble plus susceptible d’être caractérisée que la première – notamment du fait que la composante « pornographique » ne fait plus partie de la définition de l’infraction.

    L’infraction serait vraisemblablement prescrite (j’ignore l’âge de BS, ceci dit), je ne dis pas l’inverse (quoique il faudrait évidemment le vérifier). Je ne me pose pas la question de la poursuite du photographe, je me pose la question de savoir s’il est si évident que cela qu’aucun fondement juridique ne devrait jamais permettre d’écarter de la publication des photographies prises susceptibles d’avoir fixé la commission d’une infraction commise sur un mineur – qui n’a jamais pu donner son consentement, pour commencer, à la fixation de son image ainsi « détournée », et qui, dès lors qu’il a été en âge de faire part de son consentement, n’a eu de cesse d’indiquer qu’il n’y consentait nullement.

    Aliocha : merci pour cet éclairage pénal. S’agissant de la pornographie, il me semble pour ce que j’ai lu dans « Le livre noir de la censure », (ouvrage collectif sorti en 2008 sous la direction de l’avocat Emmanuel Pierrat), qu’il s’agit d’un acte sexuel non simulé. Nous en sommes loin ici. La corruption de mineure me parait plus plausible. Toutefois, nous raisonnons ici sur des faits prescrits et qui, de toutes façon, ne relevaient pas de la loi française. La question qui pourrait encore se poser serait celle qui m’intéresse ici, à savoir la censure de la photographie. Là, ce serait sans doute du ressort de l’article 227-24 du code pénal qui réprime le fait notamment de diffuser un message à caractère violent ou pornographique ou de nature à porter atteinte à la dignité humaine lorsque ce message peut être vu par un mineur. Sauf que nous sommes ici dans le domaine artistique, lequel suscite semble-t-il l’indulgence des juges, en tout cas dans les décisions concernant des oeuvres littéraires que j’ai pu lire.

    Commentaire par Fantômette — 04/10/2009 @ 13:12

  33. Allez-vous dire que l’idée même de la censure vous est inconcevable ?
    Dieu sait que je suis fervent partisan de la liberté de penser et d’écrire, voire de provoquer; mais sans limites ? Cela me semble insoutenable. Bien sûr, je me gausse avec vous quand on pourchasse Tintin au Congo, la pipe de M. Hulot, etc. Je me désole même que l’on condamne les thèses révisionnistes au lieu de les réfuter (ce qui me paraît à la fois plus intelligent et plus efficace), et que le Parlement s’arroge le droit de légiférer sur l’histoire dès qu’il s’agit de sujets politiquement sensibles (esclavage, génocide arménien etc.).
    Même, je ne suis pas certain de ma propre opinion sur la fermeture de cette salle d’exposition. Mais il me semble que le débat, à tout le moins, était ici légitime. D’abord parce qu’il s’agit ici d’image, et de photographie. Ce n’est pas une fiction, que l’on a sous les yeux, c’est une personne. Et une enfant (qui, je suppose, n’a pas demandé à être ainsi photographiée). Ensuite parce qu’il ne s’agit ni de brûler la photo, ni son auteur, mais d’évaluer s’il est opportun de la présenter aujourd’hui dans un lieu public.
    On peut débattre des limites à adopter pour la censure. Mais la supprimer, et renoncer à contenir dans de strictes limites la pornographie ou l’incitation à la violence ? J’ai du mal à reconnaître là un quelconque idéal républicain : il ne s’agit pas de faire droit à des « sensibilités propres » opposées à la liberté d’expression, il s’agit d’assurer une mission régalienne fondamentale de préservation des individus et de la paix sociale contre des agressions directes. Il était peut-être excessif de classer cette image dans la catégorie des agressions pornographiques, mais il ne me paraît pas choquant que l’on se soit posé la question, même au risque d’y répondre de façon erronée.

    Aliocha : me voici donc prise à mon propre piège puisque le respect de la liberté d’expression implique d’accepter d’entendre les censeurs 😉 Plus sérieusement, vous ne trouverez pas un seul journaliste qui ne soit violemment allergique à la censure. Et pour cause. Quiconque fait profession d’écrire en direction d’un public est régulièrement confronté à la censure au sens large, auto-censure de ses interlocuteurs, risques de procès, impossibilité de dire certaines choses etc. Que catherine Millet publie sans difficulté le récit de sa vie sexuelle peut donner le sentiment que la censure a disparu, dès lors qu’elle s’est toujours exercée essentiellement en matière de moeurs. En réalité, elle s’est déplacée de l’Etat – qui ne censure presque plus – aux intérêts catégoriels, et des sujets de moeurs vers d’autres domaines : santé publique, protection des minorités, protection des enfants, lutte contre la violence, respect de la vie privée etc. Ce développement de nouvelles censures a tendance à me rendre méfiante en effet. Prise au cas par cas, ces affaires ne semblent pas bien graves, mais si on les observe globalement, on a tendance alors à s’inquiéter sérieusement pour l’avenir de la liberté d’expression.

    Commentaire par Irénée — 04/10/2009 @ 15:49

  34. il n’est pas surprenant que cette photo ait été censurée en Angleterre plutôt que chez nous vu le contexte: les Anglais sont en train de préparer une loi qui fiche tous les gens qui ont à faire à des enfants dans le but de prévenir la pédophilie. le contexte est trés délicat et les journaux populaires en profitent pour en faire leurs choux-gras. ici et ailleurs (notamment à Art Basel), les photos representant des enfants nus font le bonheur de la presse populaire…

    Commentaire par turquoise — 04/10/2009 @ 21:13

  35. @ Aliocha

    J’expédie ad patres un très (trop) long commentaire responsif et me contente de formuler une interrogation, s’il vous sied bien sûr d’y répondre.

    Indépendamment de toutes considérations juridiques sur la perte consacrée et a priori définitive des droits de Mlle Shields sur la photo incriminée et sur la possibilité ou non, au regard de la législation française, de renvoyer dans votre billet à cette photo en pied, avez-vous quelque instant, en tant que vigie déclarée des dangers d’internet, hésité à le faire en sachant que, bien que n’en pouvant mais, l’intéressée y était personnellement opposée ?

    Aliocha : en l’espèce, ce n’est pas l’actrice qui s’y oppose – sauf si j’ai été mal renseignée – nous sommes dans le cadre d’une police de moeurs. La photo originale a été présentée en Suisse et en France dans le cadre de l’expo « Controverses » sans difficultés. Le catalogue de l’expo n’a pas été suspendu. La photo reproduite a été présentée aux Etats-Unis sans que cela pose de problème non plus. C’est la censure d’Etat qui me dérange ici. Autrement dit, les censeurs n’entendent pas protéger Brooke Shields mais soustraire aux yeux du public une photo perçue – et c’est très discutable – comme une provocation à la pédophilie, sur fond d’affaire Polanski. Par conséquent, si je ne reproduis pas la photo pour des questions de respect du droit d’auteur, je ne vois pas pourquoi je n’y renverrais pas pour que l’on sache de quoi on parle. Cela étant, votre question m’amène à citer Emmanuel Pierrat, qui note au début du « Livre noir de la censure » que l’auto-censure est l’ultime victoire de la censure. Son observation est très juste. Souffrez donc que je n’ajoute pas à la censure britannique ma propre auto-censure.

    @ Ferdydurke

    Comme on dit chez Jules :-), je disconviens respectueusement, mais fermement sur un point particulier : les relations de droit entre photographes, agences, modèles et représentants légaux, c’est fort souvent du bidon juridique pur zinc, quand le bidon a seulement existence.

    Mon expérience pratique, assez conséquente et très personnelle (en tant que père) du milieu n’a certes pas valeur d’expertise universelle mais au moins celle de témoignage. Elle explique peut être aussi l’inhabituelle vivacité de ma réaction initiale, sur fond de mon exécration viscérale de l’usage de l’abus de faiblesse.

    Commentaire par Goloubchik — 05/10/2009 @ 03:49

  36. Samedi, j’ai fait un petit tours dans diverses expositions à Paris (peintures et tapisseries de la renaissance et de l’âge classique).

    J’ai vu notamment divers tableaux représentant Tarquin se préparant à violer Lucrèce, une jeune fille nue ou quasi nue, sous la menace d’un couteau. Mentionnons aussi des satyres ou Jupiter courant après des nymphes pour user d’elles, ainsi qu’une scène où un enfant se fait battre le postérieur nu à coups de verges.

    En d’autres occasions, j’ai vu, toujours dans de grands musées au dessus de tout soupçon, des peintures de petits chérubins aux chairs complaisamment exposées, parfois recevant une fessée de la part de Vénus, elle même dévêtue.

    Nul doute que si de pareilles scènes se trouvaient dans une manga, pire, diffusée sur Internet, on gloserait sur la violence, la pédopornographie, etc. Il serait intéressant d’analyser les raisons qui poussent à une certaine tolérance envers les œuvres anciennes.

    @aliocha: Afin d’éclairer le débat…

    La définition légale de la pornographie aux États-Unis est assez compliquée, notamment en raison de la nécessité de respecter la liberté d’expression garantie au premier amendement de la Constitution fédérale. La Cour Suprême a établi, dans son cas Miller, les critères pour que la censure d’une « obscénité » ne soit pas considérée comme portant atteinte à ce droit fondamental.
    http://en.wikipedia.org/wiki/Miller_test

    Commentaire par DM — 05/10/2009 @ 11:16

  37. @Elaïs: Comme expliqué ci-dessus, les musées sont remplis de peintures « pompières » qui sexualisent des chérubins ou suggèrent des viols. J’aimerais donc savoir quel critère vous appliquez pour établir qu’on devrait interdire de montrer la photo de Brooke Shields, mais montrer les dites peintures dans des expositions, par ailleurs ouvertes aux enfants.

    Vous pourriez également nous donner votre opinion sur la différence entre les choses que vous trouvez de mauvais goût et dont vous estimez que les gens ne devraient pas les montrer, et celles que vous souhaitez voir interdire par la force coercitive de l’État.

    Commentaire par DM — 05/10/2009 @ 11:20

  38. 31, Fantomette: « les pieds et les mains enchaînés et le cou enserré dans un collier d’étranglement »> vous y allez un peu fort pour reconnaître un parallèle entre cela et du maquillage 😉
    Plus sérieusement, je pense que la vrai question est ici l’évolution de l’opinion: ce qui peut apparaître comme choquant aujourd’hui ne l’était peut être pas il y a 30 ans. Et on retrouve le débat d’un billet précédent d’Aliocha sur Tintin au Congo.

    Commentaire par Vonric — 05/10/2009 @ 11:40

  39. Enfer et dalmatiens, me voilà censeur, à présent ! 😦
    Plus sérieusement, il me semble que la censure par des groupes de pression (en gros : tel film me déplaît, il cause un préjudice à moi et mes copains, donc censurez-le sinon je dirai que nous sommes une minorité opprimée) est totalement différente de la censure d’Etat. Vous dites que les journalistes sont allergiques à la censure. Certes, moi aussi, à la censure comme limite à ma liberté de penser. Mais seriez-vous prête à accepter de voir paraître des journaux remplis d’appel au meutre ? Si oui, alors vous êtes plus farouche adversaire que moi de la censure. Si non, reconnaissez qu’une certaine censure est nécessaire : il y a des mots (des images) qui sont des actes, et des actes dangereux.
    Le cas de la pornographie se situe dans la zone où le débat est le plus épineux. En effet, la censure du pornographique heurte de plein fouet notre culture issue de la libération des années 70, et les affaires qui portent sur ces sujets font peser la menace d’un « retour à l’ordre moral » (j’aimerais savoir quand il a régné) qui hérisse bien des systèmes pileux. C’est là que c’est intéressant: le vrai problème, ce n’est pas la censure (je n’ai pas entendu beaucoup de protestations, même de journalistes, au moment des lois mémorielles), c’est la morale.
    Alors, l’Etat peut-il se prévaloir de considérations morales pour censurer ? Là, je crois, est le fond du débat. Mais mon commentaire est déjà trop long pour affronter une telle question.

    Commentaire par Irénée — 05/10/2009 @ 12:52

  40. à noter, un article dans le Monde d’aujourd’hui qui apporte un éclairage sur cette affaire

    Commentaire par turquoise — 22/10/2009 @ 12:00

  41. Ou trop court?

    Vous en pensez quoi?

    Qu’est ce qui vous ennuie le plus? Etre un censeur ou censurer pour de mauvaises raisons?

    Moi ce qui m’ennuie le plus, c’est que la censure ait décidé de passer par moi pour s’auto valider.

    Parce que la censure veut une onction démocratique, elle me demande mon avis. Du coup, je me sens libre et je me sens presque juge. Sauf que ce que la censure me demande est une question à la George Bush: « si vous n’êtes pas avec moi, vous êtes contre moi ».

    C’est ça le problème des censeurs: ils décident à notre place ce qui est bien pour nous et, après, ils nous demandent notre avis. Si nous sommes d’accord, ça va, et nous proclamons tous fièrement que nous vivons en démocratie (la démocratie, c’est aussi le pouvoir de dire oui à la domination).

    Mais si nous ne sommes pas d’accord? C’est là que nous découvrons que la démocratie c’est aussi le pouvoir de dire non. Mais c’est pas dans le schéma.

    On voit bien que dire non vous embarrasse. Vous avez peur de nuire à autrui (ça c’est bien!). Ce qui vous amène à caressez l’idée de devenir vous-même un censeur, au nom de la Raison:

    « Mais seriez-vous prête à accepter de voir paraître des journaux remplis d’appel au meutre ? Si oui, alors vous êtes plus farouche adversaire que moi de la censure. »

    Personnellement, je ne vous trouve pas bien farouche: être adversaire de la censure, c’est être partisan de la liberté d’expression. Le choix a l’air de vous déchirer. Pas moi.

    Mais c’est si beau de vous voir hésiter pour notre bien à tous que je trouve ça touchant.

    Je ne sais pas comment vous êtes construite, mais dans mon esprit la liberté d’expression comme la censure ne font pas l’ombre d’une hésitation.

    On ne peut pas hésiter entre les deux.

    Soit on s’exprime, ou on se tait.

    Soit on appartient au camp de ceux, non pas qui hésitent, mais qui dirigent. Donc qui censurent. Quand on dirige on n’aime pas se faire emmerder par des chieurs et la meilleure façon de leur faire clore le bec c’est encore de leur intimer l’ordre de la fermer (beaucoup obéissent spontanément).

    Faut choisir. C’est ça la démocratie. C’est assumer ses choix.

    Vous vous payez de mots, Irénée. Vous feignez d’être libre parce que vous croyez avoir le luxe de l’hésitation. Vous n’avez pas le pouvoir et vous hésitez dans la citoyenneté.

    Oh?

    Vous êtes combien comme ça? Nombreux?

    Ah bon? Pour quoi faire? Pour voter? Le nombre donne plus de poids à vos hésitations. C’est ça le truc? Les indécis sondés à la sortie des urnes. Vous devriez faire un parti, vous seriez majoritaire! Mais prendre le pouvoir vous fout les jetons!

    Si vous en êtes là, c’est pas étonnant qu’un simple problème comme celui des photos de Brook Shields vous précipite dans un abîme de perplexité.

    Heureusement qu’on ne vous demande pas de gérer les crises financières, ni les bombes iraniennes, ni les accidents de la route, ni rien en fait.

    Bon ben, hésitez. Z’êtes libre, après tout.

    Mais moi, j’ai un autre problème. J’aimerais une autre démocratie que celle des hésitants. J’aimerais qu’être citoyen ne fasse l’ombre d’aucune hésitation. Que je n’hésite pas à ne pas me prendre pour un juge, puisque je n’en suis pas un. Que je n’hésite pas à ne pas me prendre pour un censeur, puisque je n’en suis pas un.

    Mais que je n’hésite pas non plus à le devenir, puisque toute sorte de problèmes peuvent requérir que je le devienne.

    C’est plus bandant qu’hésiter, non?

    Commentaire par tschok — 22/10/2009 @ 14:56


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