La Plume d'Aliocha

29/09/2009

Marche à l’ombre

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 19:33

Eolas, dans un billet remarquable publié aujourd’hui, éclaire l’affaire Polanski d’un analyse juridique particulièrement bienvenue. Toutefois, l’un de ses arguments en fin de démonstration m’a laissé perplexe.

Il se dit choqué que les mêmes artistes ayant milité pour la répression pénale du téléchargement illégal, s’insurgent aujourd’hui parce qu’on applique le droit à l’un d’entre eux. Cet argument me rappelle celui, rabaché jusqu’à l’épuisement à l’occasion de l’affaire Hortefeux, des fameuses caméras de vidéosurveillance. Ah ça ! disait-on, c’est un peu fort ! Notre ministre de l’Intérieur qui nous vante les caméras de vidéosurveillance ose s’indigner que l’on diffuse sur le web une vidéo filmée par la caméra tout à fait officielle d’une chaine de télévision dans un lieu tout à fait public.  Dans les deux cas, nous retrouvons notre sempiternelle rebellion webesque qui s’amuse – c’est potache – à renvoyer le monde réel dans les cordes en lui écrasant joyeusement le nez dans…ses erreurs.

So what ? Il n’y a pas plus de lien entre la vidéosurveillance et la bourde d’Hortefeux qu’entre une extradition pour une affaire de viol sur mineure et la protection des droits d’auteurs. Il n’empêche, l’argument aussi incertain qu’il paraisse fait toujours recette auprès des internautes. Non parce qu’ils le jugent objectivement fondé, mais parce qu’il les caresse dans le sens du poil. On rassemble facilement, quand on désigne un ennemi commun. Or, quiconque est hors du web et a l’outrecuidance en plus de vouloir en parler se retrouve immédiatement jeté d’un magistral coup de pied aux fesses, sous les applaudissements enthousiastes des internautes. Voilà qui me rappelle la chanson de Renaud, « Toi tu me fous les glandes, t’as rien à foutre dans mon monde, arrache-toi de là, t’es pas de ma bande, casse toi tu pues, et marche à l’ombre ».

Après tout, Eolas a bien le droit de faire les comparaisons qu’il veut. Le procédé est brillant, à défaut d’être convaincant. Et puis ça m’amuse moi aussi, ces pieds de nez en direction des empêcheurs de tourner rond. Ce qui me dérange, c’est l’idéologie qu’il y a derrière tout ça. Il me semble que nous perdons un temps précieux à préserver une idée de la liberté plus que la liberté elle-même, sur fond d’arrogance technologique un tantinet dérisoire et de manichéisme affligeant. Je ne parviens pas à adhérer à l’utopie d’un monde parfait, pas plus qu’à l’idéologie technique qui prétend régir la société pour son plus grand bien. Une idéologie qui se défie des règles, rejette toute intrusion extérieure et prétend être la seule habilitée à  se penser et à se réguler.  

Je vais faire grincer des dents, mais tant pis. Cette posture me rappelle étrangement celle de la finance. Refus de toute règle, confiance absolue dans l’outil qualifié d’auto-correctif (le marché), technicité extrême considérée comme un progrès incontestable (la titrisation), mépris souverain à l’égard de toute personne n’appartenant pas au sérail, foi dans un avenir qui ne saurait être autrement que radieux, à condition bien sûr que le législateur ne s’en mêle pas et que les politiques se tiennent sagement en dehors du coup. Cela fait dix ans que j’entends quotidiennement ces discours. On voit où ils nous ont menés. Pour l’instant, les internautes résistent à ce qu’ils croient n’être qu’une intrusion inacceptable de la part de politiques aussi ignares que mal intentionnés. Puisse Internet ne jamais connaître d’accident susceptible d’entraîner une réponse politique, judiciaire et législative. Car dans ce cas, il ne s’agira plus de trouver une solution négociée de régulation entre  spécialistes du web et  politiques en charge de l’intérêt général, ce sera le coup de massue sans sommation. Tout le monde y perdra, mais c’est vrai qu’en attendant, on aura bien rigolé.

Une certaine vision du web…

Filed under: questions d'avenir — laplumedaliocha @ 14:08

Un article de Jean-François Copé, publié sur Slate, ranime la polémique sur Internet et le droit.  C’est ici. Je manque malheureusement de temps aujourd’hui pour vous parler d’un livre passionnant que je suis en train de terminer sur ce sujet. Mais c’est peut-être une bonne chose au fond, car c’est l’occasion de vous le faire découvrir autrement. L’auteur mystère dont je parle a été largement critiqué sur Internet ces derniers temps. On a dit de lui, un peu vite à mon sens, qu’il ne comprenait rien à Internet. Si je vous dis son nom, une partie d’entre vous froncera le nez et passera son chemin. Ce serait dommage. Histoire de faire sauter un préjugé que je trouve injuste (comme la plupart des préjugés d’ailleurs), voici un extrait de son livre :

« Si Internet est le symbole des technologies de l’information, ce qui lui donne sens, c’est la recherche d’une autre communication : les internautes cherchent avant tout, finalement, à créer d’autres rapports humains, d’autres solidarités. C’est l’autre plus que jamais qui est à l’horizon. Un océan d’informations, certes, mais surtout avec toujours la même question : comment entrer plus facilement, librement et authentiquement en relation avec quelqu’un ? Internet, l’empereur des systèmes d’information retrouve l’éternelle question de la communication humaine : « y-a-t-il quelque part quelqu’un qui m’aime ? ». Et les réseaux sociaux comme Facebook ne sont que la version moderne du Chasseur français, avec toutes les recherches de lien affectif et social. Le mot « réseaux sociaux » veut d’ailleurs tout dire. Au-delà des réseaux, c’est le social, c’est-à-dire l’humain qui prime. Comment se rencontrer plus facilement ? Avec un rêve d’égalité, visible dans le « peer to peer » : on se cherche et l’on est égaux. Du web aux blogs, aux twitters et aux multiples réseaux, c’est toujours la quête d’une autre communication humaine, plus libre et authentique. C’est aussi, il faut bien le dire, un remède contre la solitude. Cette solitude rampante, terrible dans les milieux urbains où toutes les structures sociales et familiales ont éclaté suscitant, à juste titre, le besoin de construire de nouveaux liens communautaires. Internet, un moyen de lutte contre cette nouvelle réalité : libres, mais seuls. Un outil à la mesure de générations plus généreuses qu’on ne croit, qui, sous le ciel actuellement bien bas des utopies politiques, cherchent d’autres relations, avec humour et ironie, comme pour essayer de naviguer dans les chausses-trappes et impasses de l’histoire ».

N’est-ce pas une description juste d’Internet ? Eh bien voyez-vous ce texte est signé de….Et puis non, je vous laisse deviner. L’anonymat a ceci d’intéressant qu’il évite les jugements hâtifs sur la seule foi de ce qu’on croit savoir d’une personnalité célèbre. Dans les jours à venir, je vous parlerai de son livre (enfin, si mes rédacteurs en chef me lachent un peu !)

 

Mise à jour 15h10 : Tocquevil ayant trouvé la réponse, je rends à l’auteur la paternité de son texte, il s’agit de Dominique Wolton. Le livre est : « Informer n’est pas communiquer » CNRS Editions 2009 – 6 euros.

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