La Plume d'Aliocha

23/09/2009

Quand la toile accouche du papier

Filed under: questions d'avenir — laplumedaliocha @ 14:25

bakchichL’aventure de Bakchich qui lance aujourd’hui un hebdomadaire satirique papier me réjouit. C’est en effet une nouvelle étape importante dans l’épopée de la presse  qui montre que le papier et le web ne sont pas les frères ennemis qu’on décrit, mais plutôt des partenaires qui doivent encore inventer leur destin commun. Rappelons que Bakchich a été créé en mai 2006. Le site espérait alors parvenir à l’équilibre en six mois. Ce ne fut malheureusement pas le cas. Bakchich dépense en effet 50 000 euros par mois tandis que les recettes publicitaires plafonnent à 6 000 euros et les abonnements à 14 000 euros. Faites le compte ! C’est léger pour un site qui se vante de compter 430 000 visiteurs uniques. Il était donc urgent que le site parte à la conquête de nouveaux lecteurs.

Dans une interview accordée à 20 minutes, le directeur de Bakchich, Nicolas Beau, explique : 

« L’hebdo sera composé d’enquêtes exclusives. Les abonnés actuels du site pourront continuer à télécharger le pdf du journal jusqu’à la fin de leur abonnement. Quant au site, il se recentrera sur l’actualité chaude et les vidéos. Les « off » resteront payants (1 euro par article). Les internautes sont prêts à payer pour ces infos pointues et ce système, qui nous rapporte 10.000 euros par mois, constitue la principale ressource du site. Enfin, nous étudions la possibilité d’une nouvelle formule, avec une refonte du site, dans les prochains mois ».

Tiens, tiens, les articles payants rapportent plus que la pub. Intéressant. Quand je pense qu’il y a quelques mois encore, tout le monde ne jurait que par le gratuit financé par la pub…Sans compter les croque-morts qui se bousculaient pour enterrer le papier !

Voyez également ici la présentation de la nouvelle offre par Bakchich.

Tiré à 100 000 exemplaires, le premier numéro est en vente aujourd’hui au prix de 1,80 euros. La rédaction vise un objectif de 25 000 exemplaires par semaine pour être à l’équilibre.  Pour Nicolas Beau, le papier, quelque soit la crise qu’il traverse, demeure donc potentiellement plus rentable que le web. Mais ce n’est pas tout. Le papier serait aussi mieux adapté à certaines formes de journalisme. Le directeur du journal a fait un peu froncer le nez de l’équipe d’Arrêt sur images en déclarant dans cette interview :

« Internet propose des contenus plus ludiques et beaucoup de vidéos, mais il y est difficile d’intéresser le lecteur comme sur le papier. Il n’y pas de place pour l’enquête journalistique, car l’info en ligne demande surtout de la réactivité. Ceci est dû, selon moi, à la culture de la gratuité sur Internet ».

Voilà qui ouvre une belle réflexion sur la répartition des contenus entre les supports selon les qualités et les défauts de chacun. Je comprends l’émoi d’@si qui a fait le pari du pure player payant et qui parvient à en vivre, quand il lit que l’enquête n’aurait pas sa place sur le web. Cela étant, @si occupe une niche, la critique des médias, qui justifie sans doute ce modèle, ce qui n’est pas le cas des autres. D’ailleurs, Edwy Plenel chez Mediapart attend les investisseurs qui lui permettront lui aussi de sortir un hebdo ou un mensuel papier.

Joyeuse ambiance

Si les coulisses du journal vous intéressent, allez donc voir cette sympathique vidéo qui raconte le bouclage du premier numéro de Bakchich. Autant vous le dire tout de suite, toutes les rédactions ne sont pas aussi joyeuses que celle-ci, loin de là, mais ce document rend bien compte en revanche de l’esprit de la presse. Vous comprendrez peut-être pourquoi ce métier a une fâcheuse tendance, malgré tous ses défauts, à rendre raide dingue amoureux….

Mais ce journal, me direz-vous, il est bon ou pas ?

Pour être franche, je ne suis pas une accro de la presse satirique. Je lis peu le Canard, et moins encore Charlie ou Siné hebdo. Je doute donc que mon avis puisse être pertinent sur le sujet. Toujours est-il que j’ai quand même filé chez mon marchand de journaux pour voir la bête et vous  raconter (j’aurais pas dû, j’ai été prise d’une frénésie d’achat, 30 euros de presse, vous imaginez ça ?), bref, j’ai eu du mal à le trouver. Logiquement, il aurait dû se trouver à côté du Canard et de ses canetons. Pas du tout, il était tout coincé le pauvre dans le gourbis des inclassables, c’est-à-dire des fanzines confidentiels. Dommage. En marketing de presse, on sait à quel point l’emplacement chez le marchand est important. Bakchich devrait faire gaffe sur ce coup. Finalement, j’ai mis la main dessus. Alors ?!….vous écriez-vous, tyranniques lecteurs. Alors, il a adopté le même format que Siné (plus petit donc que Charlie et moitié moins grand que le Canard, à peu de chose près). Il compte 20 pages en quadri, illustrées par des dessinateurs et quelques photos (dont 4 pages intitulées joyeusement « Bab el Oueb », fournies par Vendredi, sur le meilleur du Net) et traite de tous les sujets, de la politique internationale à la culture. Il y a même un horoscope politique assez drôle en Der où chaque signe astral est l’occasion de prédire l’avenir de nos dirigeants favoris (Sarko, Fillon, Ségo). Bakchich a poussé la précision journalistique jusqu’à se rencarder sur leurs vrais signes à nos politiques (j’ai vérifié). Pour le reste, à vous de me dire. N’étant pas du tout le coeur de cible ni même sa frange, je me garderais bien de donner un avis.

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6 commentaires »

  1. Je l’ai aussi acheté et feuilleté. La maquette me rappelle beaucoup le journal Vendredi (dont on attend encore la reparution) dont l’équipe a fait le 4 page bab el web.

    Faut maintenant que je le lise, mais au premier survol, ça m’a paru plutôt pas mal, même si moi aussi, j’accroche assez peu à la presse satirique (hormis les pages potins, dont la page 2 du canard)

    Commentaire par authueil — 23/09/2009 @ 16:04

  2. Saluons l’arrivée d’un nouveau confrère « papier », transfuge d’un monde qui, bien que virtuel, n’en a pas moins ses limites.
    Eh oui, qu’on se le dise, un journal est un produit vivant, fait par des vivants pour des vivants.
    Souhaitons longue vie à ce trublion, dont le ton, l’expression et la liberté sont enfin matérialisés.

    Commentaire par Le dessinateur — 23/09/2009 @ 16:26

  3. « Tiens, tiens, les articles payants rapportent plus que la pub. Intéressant. Quand je pense qu’il y a quelques mois encore, tout le monde ne jurait que par le gratuit financé par la pub…Sans compter les croque-morts qui se bousculaient pour enterrer le papier ! »

    j’ai même souvenir de quelques tentatives téléphoniques de faire payer la communication par une interruption publicitaire…

    Mais votre article ouvre quelques intéressantes questions :
    1-quel est l’avenir du financement par la publicité ?
    sur le net l’effet est immédiatement visible, tous les systèmes d’audit fournissant l’origine du voyageur, l’on s’est vite aperçu en comparant les affichages de page aux affichages de pub que beaucoup les avaient purement et simplement éliminé (merci noscript) et que parmi les autres bien peu étaient incité à cliquer (à moins de thématique précise site/pub). Nul doute que ce genre d’étude se fera bientot jour dans les autres médias et ce d’autant plus rapidement que les parts de temps dévolues à la télé baisseront, à l’unisson des ventes de papier. La multiplicité des supports, des vues, des images qui nous assaille chaque jour finira évidemment par avoir la peau de leurs couts individuels.
    Mais quid alors du financement et du sponsoring de fait des médias par les entreprises ?
    Quel substitut leur trouver ? le consommateur ? encore lui ?

    2-va-t’on aboutir à une réelle ségrégation de l’information suivant le support ? L’expérience US semble au contraire partir dans le sens d’une fusion des supports. Ici. Neanmoins ce semble être les contraintes de publication qui poussent le papier vers plus d’enquête que le web (ou plutôt qui permettent au web plus de spontanéité) alors comment les futures médias hybrides pourront ils se positionner ? Il me semble que l’ajout de vidéo sur le support le moins interactifs qui soit ne va pas forcement dans le sens d’un mieux et va au contraire permettre une dérive vulgaire qui n’était jusque là endiguée que par le passage de la quasi totalité du contenu sous la forme soutenu d’un discours écrit (quoi qu’on en dise la formulation écrite publique, tout comme à l’oral l’emploi du vouvoiement) force à une politesse et un lissage des termes et tournures employés

    3-quelle est l’influence de la nouvelle hadopi (qui prévoit des journalistes multisupport sans suppléments de brouzoufs) à la fois sur ce genre initiatives et sur leur viabilité économique et financière ? A moins que je n’ait ma lu et qu’un pool supplémentaire soit recruté, est-il vraiment si viable d’écrire sur papier de manière hebdomadaire pour à peine 25000 personnes ? Et retour au petit 1, en quoi ces 25000 là sont ils plus valorisables publicitairement parlant que les 430000 qui passent sur le site ?

    Des ces 3 questions que votre article me pose je ne peux m’empêcher de conclure que
    -nous sommes probablement à un tournant en terme de pratique de la publicité
    -l’écart entre web, papier et (parce qu’il n’y a en fait aucune raison qu’il en soit différemment pour eux) télé est bien plus ténu que, à la fois les hommes politique mais aussi les journalistes, de l’un ou l’autre bord, aimeraient nous le faire croire
    -j’apprécie de vous lire

    Bonsoir (j’espère que c’était la bonne façon d’introduire un lien)

    Commentaire par Karam — 23/09/2009 @ 17:16

  4. Pour le plaisir, je vais radoter : cette solution n’est qu’un pis-aller, un palliatif pour combler l’absence de solution leur permettant de vendre leur production sur le web. Cette diffusion cessera lorsque backchich disposera d’une solution technique leur permettant de monnayer aisément leur production sur le web.

    Pour l’instant leur seule issue pour échanger l’info contre quelques euros, c’est de la vendre sous forme de papier (en en abandonnant une bonne part au passage aux NMPP…)

    Commentaire par Emmanuel — 23/09/2009 @ 17:38

  5. « Bakchich a poussé la précision journalistique jusqu’à se rencarder sur leurs vrais signes à nos politiques (j’ai vérifié). Pour le reste, à vous de me dire. »

    Vous voulez dire qu’ils ont cherché une date de naissance ? wow quel travail de journaliste.

    Aliocha : Quoi ? Vous pensez qu’ils n’auront pas le prix Albert Londres avec ça ? Vous êtes dur 😉

    Commentaire par Paul — 23/09/2009 @ 18:13

  6. Ça doit donc vous amuser beaucoup de voir votre ami narvic embarqué lui aussi dans cette histoire, depuis qu’il a « rejoint l’équipe de Vendredi » et qu’il contribue par la même occasion à la réalisation de Bakchich Hebdo. 😉

    Aliocha : Taisez-vous malheureux. Je n’ai absolument pas le temps de répondre à un Contre Aliocha n°2. Allez en paix et ne semez plus le trouble sur la toile, je vous prie 😉

    Commentaire par stricto — 28/09/2009 @ 00:50


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