La Plume d'Aliocha

19/09/2009

Séguéla et le trou de la sécu

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 12:08

couverture-n-14-septembre-2009_referenceLe grand intérêt d’avoir un blog, c’est de pouvoir exprimer son indignation. De n’être plus réduit à jeter sa pantoufle sur l’écran de télévision qui n’y est pour rien et serait tenté de nous dire « pft, je suis comme le web, un outil, c’est stupide de s’en prendre à moi, je diffuse, c’est tout » ou bien à ruminer dans son coin, ce gros bloc de rancoeur/indignation/révolte/dégoût (rayer les mentions inutiles) qui manque parfois de vous étouffer à la lecture d’un magazine féminin (au hasard).

Or, donc je lis dans le magazine Femmes du mois de septembre 2009 page 168  que les addicts du shopping ont enfin un espoir d’être sauvées grâce à la cure de « détox shopping », Yes ! Quand après avoir lu Grazia, Elle,  Marie-France et les autres, l’addict en question est tout à fait convaincue de ne pas pouvoir survivre une minute de plus sans le sac Machin, la robe Truc ou cette merveileuuuuuuuuuse paire de Bidule,  quand la carte de crédit lui brûle le portefeuille (de chez Trucmuche évidemment) et que pour avoir cédé une énième fois à la tyrannie d’une consommation frénétique, elle se retrouve avec son banquier aux fesses, (no érotisme inside), il y a encore quelqu’un pour la sauver. Le psychiatre. Plus précisément, le psychiatre spécialiste de l’addiction. Persuadée que sa découverte va être infiniment précieuse à ses lectrices, et n’écoutant par ailleurs que son courage, notre tintin en jupon du magazine Femmes nous raconte dans ce passionnant article comment elle a décidé de tester elle-même – au péril de l’idée qu’elle se faisait de sa santé psychologique – cette fantastique nouveauté. La voici donc sous le regard inquisiteur du professeur Lejoyeux (ça ne s’invente pas) lequel est appelé à évaluer l’éventuelle gravité de la fièvre acheteuse qui lui est avouée sans fard. Ouf, l’homme de l’art ne détecte aucune pathologie, tout au plus un « excès d’hédonisme ».

Qu’en termes choisis, ces choses là sont dites. Je n’ai personnellement jamais imaginé que faire les boutiques pouvait relever de l’hédonisme. Entre la chaleur, le monde, les vendeuses championnes de la remarque stupide sur fond d’indifférence servile et les éclairs de convoitise meurtrière qui traversent le regard de certaines de mes coreligionnaires lorsqu’elles aperçoivent l’objet de leurs rêves glacés,  j’ai plutôt le sentiment d’une infernale punition. C’est du Brueghel mâtiné de Bosch, question ambiance. Vous me direz, laissons donc ces cloches superficielles se distraire comme elles peuvent.  Si elles veulent, entre la virée shopping avenue Montaigne et la soirée chez Costes, se faire expertiser le cerveau pour vérifier qu’il est raccord, ça ne nous regarde pas. Ce sera toujours une jolie récréation pour les hommes de l’art entre deux vraies pathologies. Je reconnais bien là votre traditionnelle magnanimité, teintée d’un léger esprit de contradiction quand vous apercevez que je m’emballe. En réalité, vous allez voir que si, ça nous concerne. Un tout petit peu. Car le magazine s’empresse de préciser dans l’encadré pratique qui illustre le papier que la consultation est…remboursée. Cette petite fantaisie coûte donc 34,30 euros à la sécu et  10,29 euros à l’accro du shopping en quête de désintoxication.

Et là, vous vous dites peut-être comme moi que notre sécu, si elle doit maintenant écoper les ravages de la pub sur les comptes bancaires des droguées de la mode, elle n’a pas fini de pomper et nous de payer. Surtout qu’avec la crise qui a frappé les riches comme les autres, il y a fort à parier que nos donzelles vont se précipiter en masse chez les thérapeutes. Du coup, je propose une première mesure de prévention : interdire Séguéla des plateaux de télé.

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