La Plume d'Aliocha

18/09/2009

Un mot, au vol

Filed under: Brèves — laplumedaliocha @ 11:04

Suivez-vous l’affaire Treiber sur Marianne2 ? Si ce n’est pas le cas, précipitez-vous, c’est diablement intéressant. La défense de Dupond-Moretti, avocat que je porte aux nues, m’a fait sourire. « Jean-Pierre Treiber ne lit pas Houellebecq, certes. Mais ce n’est pas un imbécile ». Pourquoi Houellebecq et pas Shakespeare, Cervantès, Proust ou Dante ? Je gage que ce choix n’est pas innocent et qu’il a vocation à chatouiller la communauté intellectuelle snobinarde paristico-journalistique.

Toujours est-il, que ça m’a rappelé une anecdote. Il y a quelques années de cela, j’avais conseillé à Monsieur Aliocha de lire Plateforme. Convaincu par mon enthousiasme littéraire débridé pour la chose, il s’était jeté sur une aimable vendeuse de ce que les d’jeuns appellent la Keufna en lui demandant avec une fébrile impatience, dissimulée sous son sourire le plus ravageur (l’infâme !)  : « où puis-je trouver Plateforme de Houellebecq ? »

 » Vous n’allez tout de même pas lire cette M….. ! «  lui répondit, outrée, cette gracieuse conseillère de clientèle. Comme quoi, il a peut-être raison, Treiber,  de ne pas lire Houellebecq…

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5 commentaires »

  1. Conseillé par une chère et tendre, j’avais emprunté ledit machin, qui m’était tombé des mains en une demi-heure. Par contre, la discussion qui a suivi…
    – Il se regarde penser et il aime ça, d’accord, mais qu’est ce qu’il fait dans la vie ?
    – T’es bien qu’un mec, va relire tes San-Antonio !
    J’y suis allé. Jamais regretté.

    Aliocha : Houellebecq auteur féminin ? Vous m’ouvrez des horizons !

    Commentaire par Serge — 18/09/2009 @ 11:32

  2. La gracieuse conseillère de clientèle a-t-elle vraiment prononcé « M… » ?? Enfin, Aliocha, craindriez-vous de vous salir les doigts à écrire merde ? De toute manière, je ne doute pas que vous ayez une lingette à portée de main.

    Aliocha : pure coquetterie de ma part, dans la vraie vie il m’arrive de jurer à faire rougir un commentateur hystérique de sites de presse sous un article consacré à Hortefeux (si, si), mais en revanche, j’ai toujours eu des pudeurs à l’écrit.
    @Serge : 😉

    (Je n’ai pas lu Plateforme, mais comme je n’ai pas encore 50 ans, je n’ai pas encore raté ma vie. Remarquez, je crois me souvenir avoir lu un Houellebecq il y a quelques années.)

    Commentaire par Yepok — 18/09/2009 @ 11:52

  3. Autant j’ai adoré Extension du domaine de la lutte (merci Michel Polac), autant quand je me suis lancé dans la lecture de (Les) particules élémentaires, le schisme a eu lieu. Depuis, je n’ai touché à aucun de ses livres.

    Il est tout à fait possible que l’avoir croisé et observé backstage un soir où un groupe d’amis se produisit en première partie dudit Houellebecq soit pour quelque chose dans ma désaffection. A sa décharge. Oui, à sa décharge, en raison du risque d’appréciation faussée de ma part.

    Commentaire par Ferdydurke — 18/09/2009 @ 18:27

  4. Aliocha, je trouve pour ma part votre billet d’une fort rare et inhabituelle ambiguïté.

    Mon appréciation est très certainement troublée par le fait que j’apprécie Houellebecq, qui au-delà d’un style direct et fluide, me « donne à penser ».

    Mais en quoi diable Dupont-Moretti, chantre de la défense de rupture avec son confère Antoine Sollacaro trouverait-il un intérêt tactique à moquer « la communauté intellectuelle snobinarde paristico-journalistique » dans une affaire où son client risque perpète ? Disposez-vous à cet égard d’informations particulières de nature à fonder votre gage?

    Pourquoi, re-diable peut-être caché dans les détails, ladite communauté serait-elle particulièrement susceptible d’apprécier illégitimement Houellebecq ? Il me semble, par expérience personnelle et tout au contraire, qu’il est plutôt de « bon ton » dans cette communauté de déprécier ce dernier après l’avoir trop tôt mis aux nues, comme Fabrice Luchini, dans un autre domaine (je rêve pour ma part d’entendre le second dire le premier).

    Enfin, il ne peut certes être totalement exclu que la « gracieuse conseillère de clientèle » ayant renseigné Monsieur Aliocha bénéficie d’un QI de 300 sur 200, ait assimilé en un temps record la totalité des ouvrages de la BDF et écrive actuellement dans une chambre de bonne une oeuvre littéraire dont on commentera encore dans 500 ans avec admiration la profondeur et la richesse de style . Mais la probabilité est assez faible. Comment donc pouvoir raisonnablement envisager en chute que son appréciation, pour le moins discourtoise émanerait-elle même d’un génie, puisse éventuellement s’avérer fondée?

    Aliocha : Ah mon cher , quel plaisir d’être lue avec attention. Me voici prise en flagrant délit de synthèse excessive, d’aucuns diraient d’aporie. Vais-je m’en sortir ? Disons que le choix de Houellebecq m’a interpellée. Pensez-y. Pourquoi lui ? Peut-être tout simplement parce que l’avocat le lit en ce moment. Mais peut-être aussi parce qu’il s’adapte avec un talent exceptionnel à ses interlocuteurs et donc leur sert l’auteur du moment, celui qu’à défaut d’aimer, il faut au moins avoir lu. De fait, Dupond-Moretti se bat contre les journalistes (or tous les journalistes sont snobs et parisiens) pour leur faire comprendre que cette fuite est une preuve d’innocence quant eux n’y voient (sauf Marianne) qu’un aveu de culpabilité. Et donc il leur parle sur leur terrain. Non son client n’est pas un imbécile, même s’il n’a pas lu le dernier écrivain à la mode. En ce qui me concerne, j’estime que Houellebecq a le mérite de dresser une portrait cruel de notre société, quand d’autres ne font généralement (même dans la collection blanche de Gallimard) que dresser une portrait élogieux de leur nombril. Nous avons donc ce goût en commun vous et moi. Quant à l’hypothèse que vous évoquez, d’une vendeuse Keufna géniale, autant être franche, il m’est venu immédiatement à l’esprit qu’elle avait dû se reconnaître dans ce portrait au vitriol du touriste occidental en voyage de comité d’entreprise. Du coup, si le procès de Treiber se joue dans les médias et en public, peut-être vaut-il mieux en effet qu’il partage avec ce public une certaine méfiance à l’égard de l’auteur de Plateforme. Je sais, c’est un peu tiré par le cheveux, mais que voulez-vous, c’était une idée comme ça, au passage. Une simple association d’idée non raisonnée.

    Commentaire par Goloubchik — 18/09/2009 @ 23:43

  5. OK, merci pour cette réponse nocturne, c’est plus clair.

    Et je vais sur ce m’endormir en souriant, en imaginant par exemple la tête de didier specq (dont j’apprécie souvent les interventions) se voyant assimilé à un « journaliste snob et parisien » 🙂

    Commentaire par Goloubchik — 19/09/2009 @ 00:52


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