La Plume d'Aliocha

18/09/2009

La communication au secours de France Telecom

Filed under: Mon amie la com' — laplumedaliocha @ 15:01

France bleu Touraine, relayée par France Info puis par @si, a trouvé un document bien intéressant. Il s’agit d’une note de la communication interne de France Telecom à destination des salariés datée du 14 septembre dernier. Elle propose un « argumentaire » pour répondre aux clients en ce qui concerne les suicides qui affectent l’entreprise. Le document est consultable en PDF sur le site de France Info en lien ci-dessus. On y observe que les rédacteurs de la note marchent sur des oeufs (et pour cause !). Ils expliquent ainsi prudemment : « Pour vous aider à répondre si vous êtes questionnés par des clients, les exemples ci-dessous peuvent être une base de réponse possible ». Suivent 5 argumentations plus ou moins développées sur le même modèle que celle-ci : « Effectivement notre entreprise connait une série d’événements dramatiques. Toute l’entreprise est mobilisée pour comprendre les raisons de ces drames et pour renforcer la prévention ».

Voici un exemple tout à fait révélateur de la mécanique de la communication à laquelle nous, les journalistes, sommes confrontés au quotidien. Je n’entends pas polémiquer sur un sujet aussi grave. Observons simplement que cette note interne obéit en partie aux fameux 5 piliers de la communication de crise : être réactif, jouer la transparence, assumer, occuper le terrain, s’appuyer sur des alliés. Le résultat vous l’aurez compris, c’est une parole totalement vidée de sens, purement formelle qui ne nous renseigne guère sur l’état d’esprit de celui qui la profère et moins encore sur la réalité de la situation. C’est ainsi que l’on contient par la communication un événement négatif en évitant qu’il ne s’aggrave. Quand vous lisez cela, vous comprenez mieux l’aseptisation qui saisit notre société et transforme profondément tant le sens de mots que le regard que l’on porte sur les choses.

Si vous voulez en savoir plus sur ce sujet, voyez ce site spécialisé en « communication sensible » et notamment l’interview du dir’com’ de la Société Générale dans le numéro 17 du magazine (PDF) téléchargeable gratuitement.

Et pour ceux que la question du stress au travail intéresse, je recommande la lecture de l’excellent « Le stress au travail » par Patrick Légeron, psychiatre à Sainte Anne publié chez Odile Jacob en collection poche. Vous y découvrirez des explications passionnantes sur la biologie du stress, une description de ce qu’est le harcèlement, une analyse du rôle de l’entreprise ainsi que des conseils pour vivre mieux le rapport au travail.

Publicités

16 commentaires »

  1. Bonjour Aliocha,

    Sans nier le côté dramatique de ces évènements et l’existence du phénomène de stress au travail (j’ai eu ma dose), il semble que le taux de suicide à France Télécom soit légèrement inférieur à celui qui existe au sein de la société française (qui, au passage, possède un des plus fort taux du monde en la matière: 15,3 contre 16,2 pour 100 000 habitants, source Wikipédia: http://fr.wikipedia.org/wiki/France_Telecom et http://fr.wikipedia.org/wiki/Suicide). Est-il opportun, dès lors, de parler d’épidémie ou de focaliser outrageusement sur ces tristes évènements? Je sais, par l’intermédiaire d’une amie qui travaille aux RH de cette société, que la population sous statut fonctionnaire (80 000 en 2006) est très difficile à manager et globalement assez rétive au changement quel qu’il soit. Est-ce cette population qui est prioritairement affectée ou bien, est-ce équitablement répartie entre celle-ci et les personnels sous statut privé? La réponse à cette question élémentaire donne une partie de la réponse quant à la réalité ou non d’un stress insupportable au sein de cette entreprise. Je crois qu’il y a là matière à un bon papier et/ou reportage bien loin des standards imposés par la communication officielle d’où qu’elle vienne (les braves syndicats sont très loin d’être ignare en la matière). Votre profession a là l’occasion de se lancer, quelles que soient les conclusions à tirer d’une telle enquête, à la reconquête d’un public qui lui reproche, entre autres, une légèreté coupable sur bien des sujets.

    Dans un pays où la critique systématique de l’entreprise et des patrons est en passe de devenir un dogme religieux, il est évident que l’opinion publique aura les yeux de Chimène pour ceux qui font profession de défendre le petit, l’obscur, le sans grade. Pour autant, aurons-nous progressé sur la connaissance et la compréhension d’un tel phénomène et saurons-nous créer et mettre en place des process ou des outils pour le ramener à des proportions des plus minimes si nous nous contentons d’un discours officiel? Personnellement, j’en doute.

    Bon week-end

    Aliocha : effectivement, il y a un travail d’investigation à mener sur le sujet. Libé le 16 septembre avait fait cette comparaison avec le taux de suicides en France mais en le rapportant au taux de suicides professionnels, ce qui me parait plus fin comme comparaison mais préjuge en même temps que tous les suicides considérés sont « professionnels » sans compter le fait qu’un taux de suicide professionnel national apparait bien difficile à déterminer avec certitude. Bef, le sujet est éminemment complexe. Pour avoir déjà fait une eenquête sur le stress professionnel et rencontré à cette occasion des psychiatres, je retiens ce message délivré par l’un d’entre eux : « Il est normal d’avoir des problèmes au travail, le tout est de pouvoir se consoler avec sa vie privée et inversement. C’est quand on n’y parvient pas que l’on est en danger ».

    Commentaire par H. — 18/09/2009 @ 16:06

  2. @ Aliocha,

    Merci pour votre réponse. Par ailleurs, trop parler de ces évènements n’incite-t-il pas les personnes psychologiquement fragiles à passer à l’acte en donnant à leur acte un caractère de vengeance, dans le cas présent contre une entreprise? Au sein d’une société où le divorce a pris une telle importance, le nœud du problème ne réside-t-il plutôt pas dans le chaos des vies privées? L’affirmation de votre psychiatre prend alors une grande justesse.

    Aliocha : je ne suis pas psy (quoique passionnée par le sujet) mais je ne peux pas vous suivre sur le suicide comme vengeance contre une entreprise. Il s’agit d’une vie, quand même. A la limite, je suis prête à entendre l’argument selon lequel il peut y avoir un phénomène d’imitation, mais même alors, faut-il être dans un état de désespoir absolu pour se suicider sous l’influence de précédents. En réalité mon psy ne croyait pas au suicide sur le lieu de travail attribuable à des problèmes de vie privée. Il voulait dire que dans la vie, les deux sphères, professionnelle et privée, doivent pouvoir se compenser mutuellement. Autrement dit, quand on a des problèmes privés et qu’en plus on est mal au boulot, c’est la catastrophe.

    Commentaire par H. — 18/09/2009 @ 17:03

  3. Voir aussi cet article d’eco89, qui tente aussi une comparaison de chiffres (avec un succès assez limité, il faut dire…)
    http://eco.rue89.com/2009/09/17/est-ce-quon-se-suicide-plus-a-france-telecom-quailleurs

    > »Est-ce cette population qui est prioritairement affectée ou bien, est-ce équitablement répartie entre celle-ci et les personnels sous statut privé? La réponse à cette question élémentaire donne une partie de la réponse quant à la réalité ou non d’un stress insupportable au sein de cette entreprise. Je crois qu’il y a là matière à un bon papier et/ou reportage bien loin des standards imposés par la communication officielle d’où qu’elle vienne »

    hum, pourquoi ai-je un peu l’impression que, malgré le ton sucré et interrogateur, la réponse est fournie avec la question, et n’est pas particulièrement tendre avec les fonctionnaires? Idée reçu contre idée reçu…

    Et je ne suis pas sur de comprendre le paragraphe suivant: en quoi aller contre le ‘discours officiel’, qui serait de mettre en cause le management, permettrait de faire avancé le shmilblick? Certes il faut tout remettre en cause, du modèle actionnarial de l’entreprise au culte du profit en passant par les métriques quantitatives qui nie le caractère humain de ce qu’elle mesure, mais je ne suis pas sure que ce soit ce qu’implique le ‘j’en doute’ 🙂 (ni que ca fasse avancer beaucoup le shmilimachin d’ailleurs)…

    Commentaire par PetitPiteux — 18/09/2009 @ 17:15

  4. Chère pasionaria,

    Avant de revenir vers vous revêtu d’une armure en titane 😉 , sur le harcèlement moral et autres formes de violences au travail – parfois commises de manière collective et inconsciente (ce qui explique en partie le fréquent déni de cette réalité par leur(s) auteur(s) ET par ceux qui y assistent et ceux auxquels s’ouvre(nt), souvent très tard, la(les) victime(s) ) – l’ouvrage de la psychiatre Marie-France Hirigoyen Harcèlement moral : la violence perverse au quotidien (ISBN13 : 978-2266092432, en Livre de Poche au prix accessible de 5,50 euros) est une référence en la matière.
    Son auteur a grandement contribué par son travail à faire connaître cette violence et y est sans doute pour beaucoup dans l’ajout de plusieurs articles traitant de cette violence au Code du Travail.
    Elle y souligne, entre autres, que si tous les conflits et les cas de souffrance au travail ne relèvent pas du harcèlement, ils en sont souvent à l’origine. De fait, c’est fréquemment la volonté de dissimuler une situation de crise ou de souffrance qui initie le harcèlement. Exemple : pour évincer ou faire taire un employé qui signale ou dénonce une telle situation, ce qui fait dire à Marie-France Hirigoyen que « les harcelés sont généralement des « grandes gueules » ou pour le moins des fortes personnalités… La victime, c’est en fait bien souvent celui qui résiste, notamment à ses collègues… mais aussi à son supérieur hiérarchique, ou encore à la pression de ses subordonnés. »

    Ce qu’explique aussi Tiennot Grumbach, spécialiste du droit social, qui estime que toute souffrance au travail n’est pas nécessairement du harcèlement : « Il existe une confusion entre le harcèlement moral, qui est l’œuvre d’un individu, (…) souvent pratiqué à l’insu de l’employeur, de façon secrète, dans une relation personnelle vraiment destructrice (…) et le harcèlement professionnel qui existe dans certaines entreprises. (…) Le premier est une faute répréhensible au civil et/ou au pénal. Le second relève d’une mauvaise gestion de l’entreprise. Les deux peuvent produire la même souffrance chez les salariés (…) mais ils imposent des réponses différentes. (…) le transfert de responsabilité vers les employés et les cadres, la rémunération par prime, le stress, entraînent des pathologies lourdes. C’est un phénomène social, lié à la pression accrue qui pèse sur les entreprises dans un monde plus compétitif. (…) Il existe parfois une gestion disciplinaire de l’emploi. Certains licenciements sont préparés (…) Les sanctions s’inscrivent alors dans un processus managérial de décision. (…) Dans d’autres cas, il est évident que les salariés contestent de plus en plus l’autorité dans l’entreprise, perçue comme une souffrance illégitime. » (source : wikipedia)

    Les travaux du professeur Leymann, psychologue du travail allemand, sur ce qu’il a nommé le mobbing (la persécution au travail) traitent du même sujet : Ici sont répertoriés les agissements dont la répétition constitue le harcèlement, selon les travaux de Heinz Leymann.

    Si j’ai souligné le caractère parfois inconscient de ces agissements, c’est parce que s’il y a souvent un agresseur conscient et volontaire en tête de ligne, il y a aussi beaucoup de « suiveurs » qui contribuent de diverses manières, sans nécessairement penser à mal, à cette violence particulièrement silencieuse et insidieuse, ce qui la rend d’autant plus difficile à détecter, à résoudre – en particulier par le dialogue et la médiation, et bien sûr à combattre et réprimer. C’est d’autant plus important à souligner que ces « suiveurs » sont justement ceux sur lesquels la victime devraient pouvoir compter : les collègues dans un cadre professionnel, les amis et les proches dans un cadre privé. Je vous laisse imaginer le drame d’un harcèlement collectif quand par exemple un employé devient le bouc émissaire d’un groupe (= la personne qui est désignée par un groupe comme devant endosser un comportement social que ce groupe souhaite évacuer. Cette personne est alors exclue du groupe, au sens propre ou figuré, parfois punie, ou condamnée. La personne choisie ne l’est pas forcément pour avoir partagé ce comportement, elle peut être une victime expiatoire choisie pour d’autres raisons du fonctionnement du groupe. Source : wikipedia) à l’occasion d’une baisse de résultats, d’un durcissement de la discipline, d’une crise interne, et cetera…

    Enfin, l’Institut national de la recherche et de la sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (ouf), l’INRS propose un dossier très complet sur le sujet.

    Commentaire par Ferdydurke — 18/09/2009 @ 18:16

  5. Ceci étant, la communication de crise n’est pas nécessairement une parole vide de sens et malintentionnée en elle-même. Cela dépend surtout des objectifs (réels…) de ceux qui communiquent en temps de crise, donc de l’usage qu’ils font des techniques de communication. Les cinq piliers que vous citez, « être réactif, jouer la transparence, assumer, occuper le terrain, s’appuyer sur des alliés », ne sont pas nocifs en eux-mêmes.

    Prenons France Telecom pour exemple :

    – Etre réactif : communiquer en interne dès le premier suicide.
    – Jouer la transparence : reconnaître l’existence d’une situation de crise, la décrire.
    – Assumer : reconnaître que les changements, le management, la politique de mobilité, et cetera, sont les causes de la situation de crise.
    – Occuper le terrain : ne pas laisser cette situation sans réponse (développer les actions de détection, la formation à la gestion du stress, instaurer un dialogue interne, et cetera)
    – S’appuyer sur des alliés : faire intervenir des psychiatres et psychologues, mobiliser l’Inspection du travail, la Médecine du travail, les CE, les CHSCT et les syndicats (oui, je sais, c’est plus allemand que français de considérer les syndicats comme des partenaires plutôt que comme des adversaires…)

    Rien d’impossible à réaliser en temps et en heure… et c’est bien ce qui jette le trouble (et la suspicion sur l’attitude de la direction et de l’encadrement. Des actions ont-elles été entreprises dès le premier suicide? Si oui, lesquelles et comment? Si non, pourquoi rien n’a-t-il été fait? Négligence, sous-évaluation ou… dissimulation.

    Pour faire le lien avec ce que je disais précédemment, des réponses à ces questions permettraient de définier quelle est la part de harcèlement et quelle est la part de souffrance au travail dans la crise de FT, l’un n’excluant pas l’autre, l’un n’allant pas sans l’autre.

    Commentaire par Ferdydurke — 18/09/2009 @ 19:23

  6. Ferdydurke : rien n’est bien moins synthétisé, ni distribué que l’information. 20 suicides, sur une entreprise de 160 000 salariés, s’ils n’envoient pas un mot à la RH, ça reste du signal faible.

    Commentaire par Paul — 19/09/2009 @ 01:53

  7. @ Paul

    Je n’ai pas à ma disposition de statistiques relatives au suicide en entreprise pour en juger mais j’en conviens : la circulation de l’information n’est pas au top dans les grandes entreprises, ne serait-ce qu’en raison du nombre de relais à franchir pour qu’elle atteigne son destinataire. Qui l’oublie, qui la néglige, qui l’ignore, qui la modifie, et cetera.

    Il reste que dans le cas de FT, plusieurs auteurs ont laissé des écrits susceptibles d’attirer l’attention et que cela constitue une information plus précise, qui plus est répétée.

    Autre objection, FT comme d’autres grandes entreprises n’est pas une unique entité géographique regroupant 160000 personnes mais un réseau de structures de taille humaine où d’une part, les problèmes de distribution de l’information (en particulier la remontée vers la hiérarchie) se posent moins – la chaine hiérarchique étant moins longue localement – et où d’autre part un suicide n’est plus un signal faible. La disparition d’un salarié d’une structure de 200 personnes a un impact et un retentissement majeurs. L’évènement n’est pas dissous dans la masse d’information qui circule : tout le monde est informé.

    Le problème est, selon moi, plus dans le déni (ou le refus) d’une réalité qui gêne, ce qui est un comportement typiquement humain, chez l’enfant comme chez l’adulte. Bien souvent, c’est une mesure de protection : ne pas admettre une réalité, c’est ne pas s’y confronter. Ne pas s’y confronter, c’est ne pas avoir à gérer cette réalité. Le silence est confortable, sans être nécessairement malintentionné.

    J’ajoute que pendant longtemps le suicide sur le lieu de travail ne fut pas considéré comme une maladie professionnelle. De mémoire, ce furent les drames survenus chez Renault qui contribuèrent à la reconnaissance par l’assurance-maladie de cette réalité.

    Là aussi, dire et croire (sincèrement) qu’il s’agit d’un suicide pour des motifs personnels permet d’évacuer cette réalité hors de l’entreprise. Quand bien même ce serait effectivement le cas, il n’est pas anodin qu’on se suicide sur son lieu de travail ou qu’on mentionne des problèmes professionnels.

    Comme le souligne Aliocha, on ne sépare pas le privé du professionnel. La consigne de « laisser sa vie privée à la porte de l’entreprise » est une aberration : c’est tout simplement irréalisable, surtout quand « ça va mal » et prive de plus autant l’entreprise que le salarié d’une possibilité de détection et de soutien.

    Commentaire par Ferdydurke — 19/09/2009 @ 08:36

  8. Bonsoir Aliocha
    Toujours un grand merci pour le blog, mais combien de % de suicides pour les clientes ou clients de France Télécom avant et après sa partielle privatisation.
    Lambda

    Commentaire par Lambda — 19/09/2009 @ 22:23

  9. Dans les consignes données aux managers d’équipes chez Orange Business Services, j’ai entendu qu’il était conseillé de ramener des croissants pour les offrir aux équipiers lors de petits déjeuners, afin de dédramatiser la situation.
    bien entendu, ces croissants sont remboursés par sur présentation de justificatif…

    Commentaire par Kolchack — 20/09/2009 @ 00:39

  10. Bonjour,

    Si je comprends bien, pour certains, FT, privatisée, est amenée à se restructurer selon les contraintes imposées par la dure concurrence mondialisée. Cela implique réductions d’effectifs, changements de métiers et de structures, re/dé/localisations, etc.
    Et l’ensemble du personnel en souffre, du haut en bas de la hiérarchie (enfin, un peu moins tout en haut qu’en bas).
    Et ceux dont le statut relève encore du fonctionnariat – école bien connue de la paresse et de l’incompétence, dans le confort de l’inamovibilité et de la promotion à l’ancienneté -, incapables de supporter une telle rupture de leurs habitudes, paniqués par l’intrusion brutale de la nécessaire modernité et la révélation de leurs inutilité réelle, en viennent à se suicider. En plus, c’est la mode.
    D’ailleurs, s’ils sont nuls au boulot, il doivent être nuls en privé. Confrontés à cette double nullité, il n’y a qu’une solution : disparaître.
    Dommage, mais ils l’ont bien cherché.
    En revanche, ceux embauchés avec le statut « privé », conscients qu’ils sont des lois de la jungle, et bien décidés à les utiliser à leur profit (et donc bien dans leur peau) luttent courageusement pour leur survie et si possible leur promotion, acceptent mutations, transferts, déplacements, etc. Ils ne se suicident pas, eux, ils se battent.
    Et si, par hasard, ils se suicident aussi, c’est indubitablement qu’ils n’étaient pas faits pour ce monde dur, sans pitié, mais ô combien efficace. Ils étaient faits pour être fonctionnaires. Donc…
    Bon, comme ça, c’est clair.
    Mais nous ne sommes pas des chiens : aidons fonctionnaires en poste et fonctionnaires putatifs à s’adapter, ou du moins à accepter leur sort. Créons des cellules d’aide psychologique.

    Bien, bien.

    Mais on peut hasarder une autre hypothèse (vraiment hasardeuse, certes).
    L’objectif ne serait-il pas de simplement pouvoir adapter en permanence les coûts ? Atteindre cette flexibilité qui a fait la réputation immémoriale du roseau ? Et l’on sait bien que le statut de fonctionnaire s’oppose à toute souplesse, tant en nombre qu’en valeur.
    Donc il faut qu’ils partent.
    Et comme seul l’Etat peut se permettre (à nos frais) la générosité d’attendre leur départ en retraite pour ne les pas remplacer tous, FT est bien obligée d’utiliser, à son corps défendant – mais que feriez-vous à sa place ? hein ? -, toute la palette de l’action psychologique pour leur monter la sortie. Le choix leur incombe d’en définir et appliquer les modalités.

    Non ? Vous êtes sûrs ?
    Je me demande.

    Commentaire par Clafoutis — 20/09/2009 @ 10:48

  11. J’aurai quelques questions qui me turlupinent que l’on ne voit pas apparaître dans les médias:
    1/ Qu’en est-il du taux de suicide dans les autres grandes Entreprises Françaises (Genre Renault) ? Est-ce que le taux est vraiment différent ?
    2/ Il ne semble très difficile pour une direction d’évaluer le taux de suicide dans son entreprise. Tout simplement parce que ce sont des informations qui ne remontent pas ! (cf. l’explication Ferdydurke : parfaite retranscription de ce que j’aurai mal exprimé ^^)
    C’est ici que le rôle des syndicats/CHSCT et autres interviennent. Mais justement, le fractionnement en multitude d’entité est un frein majeur à la remonté des informations, ou chacun au final pense que c’est un problème interne, alors que c’est beaucoup plus global !

    3/ Que pensez-vous du parallèle entre cette information et l’ouverture du marché à la quatrième licence ?
    J’ai l’impression que c’est trop beau pour le groupe des « 3 ». Je trouve ca trop ‘parfait’. France Telecom peut maintenant faire un forcing (qui semble porter ses fruits vu les paroles du notre président de la république de la semaine dernière) pour empêcher l’entrée d’un quatrième opérateur. « Pourquoi accroître la concurrence alors que celle déjà présente met le personnel sous pression etc… etc… »

    J’aurai aimé voir le canard toucher un mot à cet argumentaire. J’aurai aimé voir les journaux d’opposition (tous sauf le figaro) lancer les journalistes sur la piste du lobbying ou tout le coup sont permis pour empêcher Free d’entrer sur le marché. Et là, on comprendra mieux la phrase du patron de Free de la semaine dernière « La cabale anti-free », « Suicide » (Sur The economist : “IF I commit suicide, or if I die in a car accident in the next three months or so, you will know the threats were serious, because I am not feeling at all suicidal and I drive very slowly.” Xavier Niel, the founder of Iliad, a young broadband firm which has upended France’s internet-access market and wants to do the same for mobile telephony, says he is prepared for any attempts at intimidation. In 2004 an executive from TF1, a French television firm which was withholding its programming from Iliad’s multimedia packages, reportedly told one of Mr Niel’s colleagues: “I am going to nail you down on the wall in blood.” (Pour de plus ample explication : http://eco.rue89.com/2009/09/11/qui-veut-la-peau-de-xavier-niel-patron-de-free)

    –> L’entrée de Free sur le marché de la téléphonie. Free qui a d’ors et déjà annoncé qu’il allait faire baisser les prix de 30% minimum. Ca refroidit forcement le groupe des « 3 »

    @Clafoutis :
    Je ne suis absolument pas d’accord avec toi. C’est même tout le contraire ! : Quand tu gères une équipe de fonctionnaire, et que l’entreprise est en pleine mutation, il faudrait être incompétent en matière de management pour leur mettre la pression. Il faut faire en sorte qu’ils fassent le boulot, et c’est certainement pas en opposition ou en mettant la pression qu’ils arriveront à bouger les effectifs fonctionnaires (et même ceux du privé j’en doute !)

    Commentaire par Testatio — 21/09/2009 @ 11:44

  12. @Testatio

    1°) Je n’ai pas trouvé le signe de ponctuation exprimant l’ironie venimeuse sur mon clavier : cela semble manquer.
    2°) « Quand tu gères une équipe de fonctionnaire, et que l’entreprise est en pleine mutation, il faudrait être incompétent en matière de management pour leur mettre la pression. » :
    Quand le personnel d’une entreprise se suicide, je pense que l’on peut légitimement douter, dans un premier temps, de la compétence du manager. Dans un deuxième temps, on est bien obligé de faire l’hypothèse à du cynisme criminel.
    3°) »c’est certainement pas en opposition ou en mettant la pression qu’ils arriveront à bouger les effectifs fonctionnaires » :
    si, par le suicide des mis sous pression !!!

    Commentaire par Clafoutis — 21/09/2009 @ 16:34

  13. Suite à 12
    désolé : supprimer le « à » avant « du cynisme criminel »

    Commentaire par Clafoutis — 21/09/2009 @ 16:36

  14. @Clafoutis :
    Merci pour ta réponse. J’ai du mal à exprimer précisément ce que je veux dire.
    Tout d’abord, je suis très loin d’être convaincu que le management est différent des autres grandes entreprises Française. J’ai plus tendance à croire à la stratégie de communication (cf. mon point 3) (Tout simplement parce qu’à la place de France Telecom, c’est ce que j’aurai fait)

    Je suis aussi largement conscient que comme dans toute grande Entreprise, il y a des canards boiteux. Mais cette entreprises a été privatisé depuis très peu de temps, ce qui implique que les postes de management été occupé par des fonctionnaires. Je doute que ce soit ces postes qui ont changé, c’est donc les membres d’équipe qui sont principalement les non fonctionnaires. (Comme on n’a pas de données là-dessus, je suppute hein !)
    Ex : Le cas de la fille qui s’est défenestrée est assez parlant : On lui annonce qu’elle va changer de chef d’équipe. Elle reste donc sur place et au même poste. (Dixit le communiqué de France Telecom a la suite de ce suicide) Je doute que ce soit du mauvais management qui l’ait poussé à se jeter par la fenêtre. La logique voudrait que ce soit le contraire même.
    Bref, ce n’est pas très clair, et tous les journalistes se sont contenté de reproduire les communiqué sans même se poser la question : « Mais si elle se suicide parce que son chef part, c’est peut être parce qu’elle l’appréciait, ce n’est donc pas forcement un problème de management »

    Pour ce qui est des fonctionnaires à France Telecom, je me doute bien qu’ils ont de la pression. On leur demande après plusieurs décennies de bosser. Forcement c’est la révolution ! (Ceci est une blague… autant le dire, on sait jamais !)
    La principale différence entre un fonctionnaire et un ‘privé’, c’est que le ‘privé’ doit absolument prendre en compte l’avis du client. C’est une révolution dans une entreprise publique qui se privatise, parce qu’on passe d’une entreprise axé sur ces salariés à une Entreprise axé sur les clients. Les priorités changent. Est-ce que ca change quelque chose au boulot des fonctionnaires ? Non, ils font ce qu’ils ont toujours fait : Ce que leur demande leur chef, et à la vitesse à laquelle ils l’ont toujours fait.

    Ce qui me turlupine également, c’est ce fameux fonctionnaire qui a été interviewé et qui se plaignait qu’après 25 ans sur le terrain avec de grande connaisse technique, on lui proposait un poste de bureau. (Et après, les syndicats nous bassine sur la pénibilité au travail ?) Il me semble qu’un poste sur le terrain est plus pénible et plus dangereux qu’un poste de bureau. Quand on évolue, il est normal de ne pas toujours faire le même boulot, surtout quand on vieillie, non ?
    Enfin, si le tresse au travail chez France Telecom, c’est de prendre soin des anciens, alors, effectivement, cette boite est vraiment un boite à visage inhumain…

    Pour finir, le peu que j’ai entendu de France Telecom est loin de dépeindre le méchant ogre… alors que les dires du président de Free et de la république sont clairs et prouve bien que NS subit un lobbying des « 3 », qui a l’air de bien fonctionné au détriment de Free !

    NB : Chez mes parents qui habite à la champagne, cela fait 2 ans que les fils du téléphone traînent au sol sur environ 500m. La seule chance pour faire bouger France Telecom, il faudra une catastrophe qui soit médiatisé…
    Alors, je puis vous assurer que j’ai une certaine animosité quand vous voyez le ‘fonctionnaire’ venir relever le compteur qui vous réponds : « On peut rien faire, on est privatisé maintenant »… J’ai qu’une envie, c’est de lui faire manger ses outils. Je ne suis donc peut être pas très impartial… 🙂

    Commentaire par Testatio — 21/09/2009 @ 18:25

  15. On s’éloigne un peu, il me semble, du sujet de l’article qui était un exemple de communication aseptisante.
    Pour avoir travaillé dans plusieurs entreprises agro-alimentaires, je dois dire que je ne suis pas complètement en accord avec votre analyse, Aliocha. Dans l’agro-alimentaire, on déploie une énergie gigantesque pour assurer une bonne qualité au produit final en détectant tous les problèmes et risques de problèmes avant que les produits se retrouvent dans le commerce. Mais il peut arriver (et c’est là l’angoisse de tout responsable assurance-qualité) qu’un problème passe à travers les mailles du filet.
    Alors quand on s’en rend compte, que faire ? Serrer les fesses et espérer que personne ne remarque rien ? Attendre que l’affaire se retrouve dans les médias, et répondre à ce moment-là aux questions ? Anticiper le problème, effectuer des rappels de lots et communiquer sur le problème ? Il me semble que la troisième option est de loin la meilleure. Les deux autres sont très dangereuses pour le consommateur ET l’entreprise.

    Alors certes, je vous rejoins lorsque vous dénoncez la présence excessive de la communication dans notre société. Mais en temps de crise (je ne parle pas de LA crise, hein 🙂 ), il me semble que la communication, bien utilisée, est avant tout un outil indispensable et qu’il ne faut pas la voir que comme un moyen pour l’entreprise de se protéger et aseptiser le débat.

    Aliocha : merci de revenir ainsi au débat. Loin de moi l’idée de caricaturer une activité. Bien sûr que la communication est utile. Simplement, il lui arrive souvent d’opposer à l’hystérie médiatique, une épaisse langue de bois et je trouve que, dans un cas (médias) comme dans l’autre (com’de crise) nous sommes fort loin de la réalité. D’où la nécessité de distancier les deux et d’observer leurs travers respectifs.

    Commentaire par ZombieBlue — 28/09/2009 @ 13:50

  16. […] La communication au secours de France Telecom […]

    Ping par Communication Interne | Pearltrees — 29/11/2013 @ 16:37


RSS feed for comments on this post. TrackBack URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :