La Plume d'Aliocha

10/09/2009

On s’est tous bien fait buzzer

Filed under: Mon amie la com' — laplumedaliocha @ 19:15

C’est rigolo l’info sur le web.

Il fut un temps déjà ancien, une époque proche de celle des dinosaures, où l’information diffusée par les quotidiens nous occupait au moins une journée et parfois même plusieurs. A cette époque, des journalistes triaient parmi tous les événements du jour ceux qui méritaient qu’on s’y arrête et puis ensuite ils les hiérarchisaient et les soumettaient le lendemain, dès potron-minet (je parle des temps anciens, donc j’utilise du vieux vocabulaire) à leur lecteurs impatients. Et quand c’était vraiment important, genre un bon gros scandale, ils pouvaient nous en entretenir durant des semaines. C’était là, imprimé sur du papier, largement diffusé auprès du public, et on avait beau faire, ça restait écrit, là, sous nos yeux, noir sur blanc. Mon amie la com’ à cette époque là, elle devait ramer pour rectifier le tir, mais elle savait aussi que rien ne pouvait faire comme si la désagréable nouvelle n’avait jamais été imprimée.

Désormais, la durée de vie d’une information se calcule en minutes et son intérêt s’évalue en nombre de connexions, c’est-à-dire le plus souvent en fonction de son attrait, lequel, vous en conviendrez n’est pas forcément lié à son importance. Internet a plus encore de mémoire que le papier me direz-vous et c’est aussi plus simple de retrouver l’info ? Certes, à cette réserve près que la profusion de données est encore le moyen le plus sûr de noyer celles qui dérangent. Surtout quand aucune notion de hiérarchie n’intervient dans tout cela pour y mettre de l’ordre.  Tenez par exemple, ce matin encore, – vous me direz c’est déjà loin, je sais, mais il se trouve que j’ai une bonne mémoire – ce matin donc, Faurecia/Sarkozy tenait le haut du pavé. L’info d’ailleurs avait vécu remarquablement longtemps, et pour cause, elle avait buzzé sans partage, aucune autre info n’ayant eu le mauvais goût de la détrôner. Mais voici qu’un mot douteux  d’Hortefeux (chic ça rime, même pas fait exprès, rime pauvre, mais rime quand même) vient de renvoyer Faurecia dans les oubliettes abyssales du web. Au passage, les urnes du Congrès de Reims qui ont émergé sur la scène médiatique tout juste hier et semblaient prendre de l’ampleur ce matin, risquent fort elles aussi d’être très vite dépassées.

Quelle aubaine pour mon amie la com’! Je l’imagine déjà en train de se frotter les mains. Le scandale, cette chose qui hantait ses nuits  n’est plus désormais qu’un lointain souvenir. D’ailleurs, il a changé de nom, ou plutôt il n’a plus de nom, on l’appelle désormais un buzz comme mille autre choses qui n’ont rien à voir sauf le fait de bruisser. Ouf ! Le public s’énerve et avec Internet il a les moyens de le faire savoir ? Certes, mais si peu de temps et si virtuellement…Quelques heures à peine et hop, on passe à autre chose. Alors mon amie la com’ qui a tout compris aux vertus du web, ne prend même plus la peine de nous sortir son artillerie de crise, pas nécessaire ça prendait plus de temps que de laisser retomber le soufflé. Elle sourit simplement et retourne à ses campagnes qu’elle ne manquera pas, elles,  de nous infliger dans la durée. Quant à nous, je vais vous dire, on s’est tous bien fait buzzer. Et ça ne fait que commencer.

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7 commentaires »

  1. Si j’ai bien compris, tout est parti du Monde.
    J’imagine assez les rédactions des autres journaux réagir aussitôt en se disant : « C’est pas possible de ne pas en parler ! Sinon, ça fait pas sérieux ».
    Le buzz, les journaux n’en sont-ils pas aussi victimes, en ce sens que, finalement, ils ne choisissent pas vraiment ce qu’ils vont buzzer, mais qu’ils sont contraints de réagir au bond à l’info dont ils savent qu’elle va buzzer, avec ou sans eux.
    Il y a peu de journaux qui peuvent se dire qu’ils n’ont pas besoin de réagir au buzz, parce que leur mission n’est pas tant l’actualité que l’information.

    Commentaire par Novice — 10/09/2009 @ 20:52

  2. Je m’interroge quand je lis les dépêches de l’AFP ; tout est sur le même plan, catastrophes et idioties diverses. Mais quand je vois la même info signalée à l’identique, plusieurs fois par jour, j’entends une petite musique : « il se lance le buzz, oui ou non ? »
    Heureusement, j’ai le journal « papier », on me le donne un mois après, j’entasse, je pioche pour les articles de fond. Et là, je rassure la com’ : la mémoire a tout effacé, même l’info.

    Commentaire par Suzanne — 10/09/2009 @ 21:29

  3. Pour une fois, je suis d’accord avec Christophe Barbier. L’info selon laquelle un chef d’État étranger, satrape parmi les satrapes, caricature de la françafrique, a demandé et obtenu la tête d’un secrétaire d’État n’a même pas fait un buzz. Un pschittt. Rien.

    Même dans la presse papier, cela dit.

    Commentaire par Eolas — 10/09/2009 @ 23:40

  4. @Eolas: Je ne suis pas sûr qu’à une autre époque, avant Internet, pareille nouvelle n’aurait pas été également discrètement ignorée au profit des commentaires sur le football.

    Avant de parler de « créer le buzz », on disait « faire mousser », non?

    Commentaire par DM — 11/09/2009 @ 07:30

  5. Il me semble que le web devrait être plus considéré comme source d’éducation que comme source d’information. Il faut certes de l’information pour pouvoir s’éduquer, mais il me semble que l’apport premier d’internet, c’est qu’il permet à chacun d’exercer son esprit critique : comparer l’information, émettre une opinion, peser les arguments… Là où autrefois on savait trouver une opinion de droite dans un journal de droite et une opinion de gauche dans un journal de gauche, aujourd’hui toute personne cherchant à comprendre et analyser une question découvre rapidement que tout n’est pas blanc ou noir, mais souvent d’un gris très incertain. D’un buzz à l’autre, on fini par s’apercevoir qu’une personne publique n’est pas toujours à l’aune de l’image qu’elle se donne. (Certes les journalistes le savaient déjà, mais peu en faisaient cas.) Alors oui, la comm’ n’a pas le temps de réagir qu’un nouveau buzz éclate, mais il en reste toujours un sentiment de perte de confiance qui a surtout tendance à croître par accumulation. Je ne suis pas convaincu que la comm’ soit très satisfaite de cela.

    Finalement, j’aime bien ce nouveau monde avec internet.

    Commentaire par Morne Butor — 11/09/2009 @ 13:47

  6. La dimension temporelle d’internet me semble souvent mésestimée. Internet serait le royaume de l’instant et de l’instantané, le temps n’y circulerait que d’immédiateté en immédiateté, par à-coups brefs et successifs.

    Or il me semble plutôt que sur Internet, le temps passe, mais ne s’enfuit pas. Il s’empile. Il s’entasse. Il s’accumule, comme le suggère Morne Butor.

    Tout – ou presque – s’y conserve. Certes, dans un invraisemblable chaos, mais un chaos auquel nous avons tous accès, et que nous apprenons tous à fouiller.

    L’intérêt s’épuise, mais ce qui l’a suscité ne disparait pas, ou en tout cas, pas forcément.

    L’un dans l’autre, je ne suis pas certaine que la com’ s’en accommodera facilement.

    Commentaire par Fantômette — 11/09/2009 @ 19:01

  7. Je rejoins Fantômette et Morne Butor : L’internet a aussi un rôle d’archivage et cela, votre amie la com’ qui cultive la fugacité ne peut l’apprécier, surtout qu’elle n’y exerce aucun contrôle. L’Internet, c’est aussi la possibilité de prendre la com’ à contrepied avec ses propres armes : Il est facile de publier et de diffuser un point de vue différent, lui aussi non contrôlable.

    Commentaire par Ferdydurke — 13/09/2009 @ 09:49


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