La Plume d'Aliocha

10/09/2009

Le fantasme de la gratuité

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 10:17

Tiens, voici que le fantasme de la gratuité refait surface sur fond d’Hadopi. Lemonde.fr, relayé ce matin par @si, fait état d’une réunion qui s’est tenue avant-hier à Paris entre des artistes, des défenseurs de logiciels libres et des acteurs d’Internet. Dans le système qu’ils préconisent, les internautes seraient invités à donner à l’artiste qui leur plait ou à un pot commun dans le cadre d’un mécénat global. Une proposition élaborée par le chercheur Francis Muguet. Ce mécanisme ne se substituerait pas au système actuel mais viendrait le compléter. L’information me rappelle un reportage que j’avais regardé d’un oeil distrait – j’ai donc oublié les détails – sur un site qui pratique déjà le système et a permis à des artistes d’enregistrer leur premier CD.

Chez @si, on juge l’idée déraisonnable, tout en caressant un rêve, celui que la révolution Internet permettre de remettre en cause certains fondamentaux et notamment le prix imposé des valeurs marchandes. Etant moi-même une douce rêveuse, rien ne me ferait plus plaisir que de sortir d’un système marchand dont au fond je ne partage pas les valeurs. Seulement voilà, je suis une rêveuse sous contrôle, une rêveuse lucide, éveillée, critique qui accepte d’avoir la tête dans les étoiles à condition que ses pieds soient solidement arrimés au sol. Dès lors, comme cette idée de mécénat rôde également dans les discussions sur l’avenir du journalisme, je suis tentée d’émettre quelques objections. Car j’aperçois quand même un fossé de plus en plus vertigineux entre les dérives de la fraction de la population mondiale qui gouverne la planète et qui est aussi la plus fortunée et le reste des gens comme ont dit, c’est-à-dire vous et moi. Vous avez vu les centaines de milliards qui ont volé au-dessus de nos têtes ces derniers mois ? Et encore, vous ne savez pas tout, la finance va continuer son petit bonhomme de chemin, malgré toutes les décisions que prendra le G20. Parce que chaque crise nous enseigne que les rustines qu’on pose ici et là ne servent à rien, ça pète ailleurs quelques années plus tard, là où l’on n’imaginait pas. Il y a de fortes chances pour que le prochain clash ou peut être le suivant se porte sur les matières premières. La dernière grande idée en vogue de quelques margoulins pesant plusieurs milliards c’est de spéculer sur les matières premières, le pétrole bien sûr, mais aussi les céréales car on sait bien qu’il n’y a pas assez de nourriture pour toute la planète.   Or, dans l’esprit sec d’un investisseur sans scrupules qui ne connaît d’autre mètre étalon pour mesurer l’intelligence que la taille de sa fortune, ce qui est rare est cher et donc hautement rentable.

C’est pourquoi voyez-vous, j’ai du mal à imaginer la coexistence d’activités virtuelles rapportant des sommes vertigineuses (je parle de la finance qui a réussi ces dernières années à se détacher totalement de l’économie, pas d’Internet) et un monde, certes dématérialisé mais réel en ce qu’il produit  (de l’information, de la musique, du cinéma) qui fonctionnerait, lui, sur la base du don. Il y a quelque chose qui me dérange dans le raisonnement consistant à payer de façon somptuaire le vide, l’inutile, la spéculation la plus délirante et à faire l’aumône au travail. Il y a quelque chose qui me dérange et qui gâche mon rêve dans l’idée de voir se développer ces deux mondes parallèles. Comme un genre d’inversion totale des valeurs dans un système qui serait devenu fou. Mais bon, pourquoi pas ? Au moins on est sûr que la spéculation ne viendra pas rôder par là.

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17 commentaires »

  1. Belle réflexion. Les désirs de l’internaute-consommateur cherchant à obtenir de la gratuité partout semblent d’autant plus futiles quand on les compare aux flux financiers.

    Je crois que le nom du site dont vous parlez est http://www.jamendo.com/fr/

    Et en même temps… bravo pour ce blog que je suis régulièrement, et gratuitement !

    Commentaire par Alexis — 10/09/2009 @ 10:51

  2. Bonjour Aliocha.

    Ça fait des mois que je n’étais pas venu commenter, faute de temps, ou parce que vous étiez sur des sujets trop loin de mes spécialités. Mais là, vous y êtes en plein. D’autant plus en plein que j’ai un peu donné la main (très modestement, dans un petit coin) à ce projet de première tentative de mécénat global dont vous parlez.

    Je ne veux pas me lancer à corps perdu dans l’explication de tel ou tel détail du projet, je me contenterai de dire qu’il est simple, presque bébête par moment, et que curieusement, il tient la route. Il évite les énormes écueuils juridiques (les traités internationaux glosent sans fin sur la rémunération, mais ne parlent jamais des dons, par exemple). Bref, ce projet a un sens, innattendu dans notre monde, mais il a un sens.

    Je veux apporter un pierre sur quelques détails:
    – on ne sortira pas du système financier actuel, tout fou qu’il soit, ni en râlant, ni par la voie politique (pour faire simple, les puissants se soutiennent, d’où que leur vienne leur puissance);
    – on peut imaginer une sortie lente, par réformes, par petites touches, rendant le système financier non viable, et dans ce cas, cette piste du mécénat global est une expérimentation d’un modèle, qui a une bonne chance de fonctionner, et vous l’avez dit, fondamentalement incompatible avec les monstres de la finance, donc un piste furieusement intéressante;
    – on peut imaginer une sortie brutale, méthode dite classique en France (on prend les pénibles, et on les coupe en deux un peu au dessus des épaules), mais il faut bien dans ce cas prévoir un modèle à mettre à la place de l’ancien, il faut avoir réfléchi à la démocratie, toute théorique fut-elle, puis l’avoir expérimentée (par exemple dans un pays tout neuf) avant de songer à couper le roi en deux; parallèlement, il faudrait donc avoir réfléchi à un système incompatible avec la finance qu’on connait, et l’avoir un peu testé, avant de songer à faire tomber les plus malfaisants.

    Pourquoi parler de mendier? Finalement, c’est une forme de rémunération directe dont on parle, mon travail est apprécié, les gens donnent. Pour le journaliste, ça donne quoi? Le travail du journal (c’est rare, le journaliste individuel acclamé par les foules…) est apprécié, les gens le soutiennent, pour qu’il continue une oeuvre utile. Ce n’est pas très loin du modèle d’@si. Ce n’est pas très loin du modèle de mediapart, dans le fond. C’est une forme de commerce librement consenti. Plutôt que de mettre des cadenas partout, faire appel au bon sens et à la bonne volonté des gens. Je connais plus de gens de bonne volonté que de voleurs. Il est plus rentable de faire appel à la bonne volonté et d’ignorer les rares vols, que de considérer tous les braves gens comme des voleurs.

    Pourquoi alors faire ça sous forme de mécénat, et pas sous forme d’une rémunération directe? Simplement parce que la rémunération directe, sous cette forme collectiviste, est interdite par les traités internationnaux. Alors on peut décider de gloser, encore et encore, sur tout ce qu’il faut mettre à bas, en appeler au G20, décrier les traités rédigés par les puissants contre les faibles, rappeler que le secret bancaire est plus sacré que la vie des gens, qu’on couvre avec toutes les mafias et tous les tripatouillages de la planète, etc.

    Ou décider que ça, là, tout de suite, ça peut s’essayer. Ça ne marchera probablement pas, parce que c’est rare qu’un idée vraiment neuve prenne du premier coup. Mais au moins l’idée est lancée. Le machin va exister, pour de vrai, être testé. On pourra alors avoir un vrai prototype, un vrai exemple concret pour réfléchir. Et on verra bien ce qu’on trouvera comme bonnes volontés.

    Aliocha : merci d’apporter des éclaircissements. Comme vous l’avez vu, je n’ai pas attaqué l’idée, je me contente d’émettre des doutes liés à ce que j’observe tous les jours en tant que journaliste économique. Mais ces doutes portent moins sur l’idée en soi que sur une vision plus globale du contexte dans lequel elle s’insère. Et le décalage me donne le vertige. Seulement il faut baigner tous les jours dans les délires de la finance, genre les LBO quaternaires ou une boite est rachetée 4 fois de suite par des fonds qui la saignent et permettent à des gamins de 30 ans qui n’ont rien fait d’autre qu’un montage financier d’encaisser des millions, il faut voir cela et les proportions que ça atteint, pour être un peu surpris de constater que parallèlement, on remet en cause le système de rémunération de gens qui, eux, produisent quelque chose de concret. Je vous assure que ça interpelle.

    Commentaire par Benjamin Bayart — 10/09/2009 @ 11:30

  3. Bonjour Aliocha,

    La proposition faite sous l’impulsion du professeur Muguet est un peu plus précise (et complexe) que cela.

    Il ne s’agit pas exactement de faire un don (encore moins de faire l’aumône) aux artistes, du moins à terme.

    En fait, la proposition ressemble un peu à la proposition de créer une licence globale, à une différence – de taille – près : la clé de répartition des sommes entre les artistes, au lieu d’être décidée par le marché (plus vous vendez, plus vous gagnez) est fixée par l’internaute. Donc, en quelque sorte, cette proposition colle pas mal avec la dérive que vous dénoncez au sujet de la finance : on déconnecte définitivement le gain et le marché.

    Les internautes verseraient – obligatoirement – une somme fixe, déterminée contractuellement, à leur fournisseur d’accès, qui ne la collecterait que pour la redistribuer aux SRPD (sociétés de répartition et perception des droits) ou SARD (société d’acceptation et répartition des dons). Mais les internautes indiquent donc par avance les destinataires de cette somme, et la clé de répartition qu’ils leur appliqueront.

    La proposition actuelle est une première étape, destinée, me semble t-il, à tester surtout le bon fonctionnement des SARD. On en crée une, à partir d’internautes et d’artistes volontaires, qui s’y inscrivent, et commencent, les uns à donner (pour le moment sur la base du volontariat) et les autres à percevoir. C’est tout.

    Je trouve en fait cette proposition très intéressante, précisément dans le fait qu’elle déconnecte la rétribution et le marché.

    On ironise toujours à propos de ces sondages dont il ressort que les gens aiment la cinq et arte mais regardent TF1, en les taxant d’hypocrites.

    Mais en réalité, je ne crois pas que cela soit vraiment hypocrite.

    On peut vouloir de bonne foi aider tel journaliste-investigateur à faire son travail, tel jeune artiste, telle chaîne à la grille de programmes exigeante, et pourtant, se vautrer parfois (et peut-être même souvent) sur son canapé devant une connerie télévisuelle avec un Grazie à la main. On peut faire la différence entre dix soirées passées devant des émissions plus ou moins bêtasses dont on ne se souviendra plus 15 minutes après avoir éteint le poste, et une soirée devant un superbe documentaire dont on gardera le souvenir toute sa vie parce qu’il nous a rendu plus intelligent. Pourquoi taxer d’hypocrisie le téléspectateur, qui peut-être pour cette unique soirée là, répondra (et répondra sincèrement) au sondeur que sa chaîne préférée est arte, alors qu’il passe l’essentiel de son temps à regarder TF1 ?

    Eh bien, là, en quelque sorte, on essaye d’imaginer un système qui permettra d’associer un gain à cette valeur ajoutée là, qui résidera, soit dans l’affection que l’on peut avoir pour tel ou tel artiste, telle ou telle plume, tel ou tel cinéaste, dont on ne suit pourtant pas très régulièrement le travail, soit dans les valeurs que l’on souhaite soutenir concrètement (donner leur chance aux plus jeunes, ou aux plus anciens, aux artistes étrangers, que sais-je encore).

    Commentaire par Fantômette — 10/09/2009 @ 11:45

  4. J’ai oublié de mettre en lien le site présentant le système : http://mecenat-global.org/index-fr.html

    Commentaire par Fantômette — 10/09/2009 @ 11:48

  5. Chère Aliocha, étonnant que vous n’ayez encore rien fait sur la nouvelle agence de presse : l’Agence Centrale de Presse

    J’attends de voir ce que vous avez a dire sur ce nouveau modèle d’agence

    Commentaire par misty — 10/09/2009 @ 13:02

  6. Aliocha,

    J’avais bien noté que l’idée semblait plus vous déstabiliser que vous n’y semblieez opposée.

    Le décalage que vous évoquez, que curieusement on laisse les joueurs de poker saigner le monde et s’enrichir pendant que les revenus de gens (la sphère du droit d’auteur) qui finalement font plutôt un vrai travail est remis en cause, je le vois également. Mais, forcément, pas sous le même angle (je n’ai fréquenté les salles des marchés que peu de temps, et il y a un bon moment de ça).

    D’abord, il y a l’angle technologique. L’arrivée du numérique, et d’Internet, remet en cause beaucoup de choses dans la société. Énormément. Plus encore que ça. L’effondrement des droits d’auteurs, s’il a lieu, ne sera qu’un petit frémissement, par rapport aux changements de grande ampleur (mais plus lents) qui sont en cours. La question de savoir comment se diffuse l’information me semble par exemple plus intéressante que la façon dont on rémunère les journalistes, qui n’est qu’un détail au fond. Moi, ce qui me frappe, c’est que cette initiative ne soit pas venue du monde du droit d’auteur, bousculé, secoué, réfléchissant à sa place dans la société, cherchant comment d’une part diffuser très largement les oeuvres (hormis quelques pervers malades, un auteur, il veut diffuser son oeuvre, normalement, et à côté, souvent de manière annexe, il aimerai bien un revenu), et comment trouver un modèle économique et social qui leur permette d’avancer. Ça me frappe que les gens qui viennent de l’informatique soient en pointe sur ces sujets là, suivis par une infime minorité des gens issus du monde des droits d’auteurs.

    Ensuite, une autre façon de penser le même décalage, est de comprendre que c’est une antagonie. C’est un peu comme le principe d’action/réaction, quand je pose le doigt sur le mur, le mur ne s’enfonce pas. Il pousse exactement autant que mon doigt, dans l’autre sens, les deux sont en équilibre. Si j’appuie, doucement, puis fort, le mur pousse dans l’autre sens, et donc mon doigt ne bouge pas. De la même manière, il semble y avoir un affrontement en train de monter, dont j’ai le sentiment que la ligne de fracture tourne autour du changement de société induit par le numérique. On retrouve ça, par exemple, dans la fracture entre les marchands de disques et le reste de la société. Les marchands de disques ont des moyens colossaux (moi, je peux bien faire tout ce que je veux, on ne passera pas mes petits caprices dans les traités internationaux, par exemple), des appuis considérables, et pourtant, ils continuent à se noyer. Et le même principe d’action/réaction fonctionne, plus ils sont en dangers, plus ils deviennent brutaux dans leur réponse (ils en sont à dire que le Conseil Constitutionnel, défendant la liberté d’expression, c’est un ramassis de voleurs à la petite semaine…), plus la société les rejette brutalement.

    De la même manière, l’antagonie qu’il y a entre le monde de la finance et le monde réel va s’accentuant, et va devenir de plus en plus ferme, plus la finance fera pression sur le monde réel, plus le monde réel réagira violemment. Et je pense que la réaction du monde réel prendra de l’empleur en suivant la voie « numérique », en gros quand la partie de la société qui est impactée par la finance sera en plus grande partie passée à un mode de fonctionnement découlant des réseaux. Là, il faut encore que je fasse un peu long…

    La société est encore, majoritairement, guidée par un fonctionnement issu de l’imprimerie et de la télévision, ce que je vais appeler le modèle ancien, pour fait court. Toute la société est impactée par les monstruosités financières. Mais pas toute au même point. La fraction de la société qui a un fonctionnement issu d’Internet est essentiellement jeune, souvent plus diplomée que la moyenne. Et l’ingénieur en informatique, pour caricaturer, le chomage, il s’en fiche un peu. Or cette sphère de gens qui ont, sans forcément y faire attention, changé de mode de fonctionnement en intégrant une société en réseau, est en train de grandir. Quand elle aura pris un peu plus de poids dans l’ensemble de la société, alors on verra partir des réponses dures à la finance. Réponses dont je n’ai pas la moindre idée de la forme qu’elles prendront.

    Pour illustrer un peu cette idée, le premier bout de population qui ait changé ce mode de fonctionnement, ce sont les informaticiens, et parmi eux, ceux qui se sont passionnés pour les réseaux. On a vu, par exemple sur le TCE en 2005 que cette sphère s’était suffisament étendue pour qu’Internet devienne le lieu de discussion politique, renvoyant les médias plus habituels dans les cordes. Ce mouvement continue de s’étendre. Et je ne vois pas bien comment il pourrait arrêter de s’étendre, sauf à décider d’éteindre tous les ordinateurs du monde…

    Du coup, pour moi, le décalage que vous voyez entre l’artiste qui doit retrouver un revenu et le trader qui ne sait plus où empiler son fric, c’est un décalage entre le bénéficiaire de l’ancien monde qui sera délogé en dernier (le trader) et celui qui a été délogé en premier (l’artiste) et qui n’a pas encore trouvé comment prendre pied dans le nouveau monde.

    Aliocha : Ah ! Nous y voilà, le nouveau monde. Votre théorie est remarquable mais je n’y adhère pas. Mais alors, pas du tout. Elle illustre seulement à mes yeux le bon vieux proverbe, « chacun voit midi à sa porte ». Vous êtes informaticien (ou féru d’informatique) par conséquent vous allez changer le monde. Comme les financiers de leur côté pensent le dominer (mais avec plus d’arguments), comme ici on ne voit le monde qu’à travers le journalisme, chez Eolas à travers le droit, Philarête la philosophie ou Olyme, les femmes. Un peu de hauteur de vue que diable ! Sortons le nez des écrans. Internet est nouveau mode de communication qui bouleverse la communication, soit, et avec elle la culture, soit. Avec des changements sociaux à la clef, soit. Mais certainement pas dans les proportions que vous évoquez. Parce que vous omettez un élément fondamental : l’homme. Et l’homme lui, il ne change pas. Il a toujours les mêmes besoins, les mêmes réflexes, les mêmes qualités et les mêmes défauts. Une révolution des vrais gens contre la finance via Internet dites-vous ? Allons donc, mais vous oubliez que la finance (autrement dit son aspect positif, l’investissement et son travers, la spéculation) va forcément y entrer de plain-pied dans votre nouveau monde, et le régenter comme elle régente le reste. De même, on y retrouvera les mêmes rapports de force, peut-être même en pire si l’on songe au 1984 d’Orwell et qu’on rapproche son roman de l’incroyable potentiel de manipulation qu’offre le web. Désolée, je ne voulais pas m’emporter, ne le prenez pas contre vous, mais les rêves des informaticiens parfois me font peur tant je les trouve dangereusement optimistes 😉

    Commentaire par Benjamin Bayart — 10/09/2009 @ 13:37

  7. Aliocha, pour un journaliste économique, je m’étonne de certains de vos propos.

    La course à ‘l’argent’ dans la finance, seul les spectateurs de ce système le pense.
    Vous gagnez au loto, on va vous présenter 2 traders : 1 avec une voiture de sport et qui ‘parait’, 1 autre misérable dans un vieux costume et voyageant dans le métro. Lequel choisirez vous ? Celui qui parait bien, non pas pour son apparence, mais tout simplement parce que s’il dépense plein de tune, ca veut dire qu’il en gagne beaucoup : le client fait le trader ! Le train de vie des traders est ainsi fait.
    De plus, on ne mène jamais une carrière de trader tout sa vie. C’est un boulot qui vous bouffe tellement qu’au bout de 5 à 10 ans, vous partez de vous même. J’ai pas l’impression que l’opinion soit aussi critique envers les footballeurs, qui au final on un mode de vie et une carrière identique !

    De plus, vous critiquer le système en disant que les puissants se protègent comme nous. Là encore, il semblerait que vous avez assez mal identifié la crise financière que nous traversons. Son origine remonte à 1987, et la crise immobilière. Là, émerge dans la tête de quelques dirigeants politiques la vision d’un risque potentiel sur le système. Ils commencent donc à mettre en place des obligations de fonds propres pour les entreprises financière (Bale I). Malheureusement, la crise du Japon de 1990 puis la crise financière asiatique de 1997 et enfin la crise du numérique de 2001 confirme les craintes et prouve la limite du système mis en place. Ainsi, nos dirigeants politiques de l’époque ont voté de nouvelles règles de garanties (Bale II, ratio McDonough). Excellente idée sur le papier (Fond propres de la banque > 8% des (risques de crédits (85%) + de marché (5%) + opérationnels (10%))), son application fut un véritable désastre. L’explosion des risque de crédit et la baisse de la bourse combinée a obligé les établissements bancaires a, non seulement, garantir les placements de ses clients mais également d’augmenter les fonds propres pour couvrir les risques. De ce fait, chaque fois qu’il perdait 1€, ils devraient en mettre 3 sur la table pour suivre ces nouvelles exigences. Il ne suffisait plus qu’un élément déclencheur (subprime) pour entraîner le monde de la finance dans une spirale dans laquelle il lui était impossible de sortir seule.

    Le jour où, aux EU, les autorités ont déclaré que les banques n’étaient plus obligées de suivre le système des règles sur les fonds propres, le système s’est de lui-même calmé, stabilisé et contrôlé. Néanmoins, la conséquence, c’est que les banques n’avaient pas assez de fonds propres, et donc pour continuer à alimenter l’économie réelle, les états ont été obligé de prêter de l’argent, non pas pour qu’ils le redistribuent derrière, mais pour que le ratio de fonds propre soient celui requis par Bale II.

    Ainsi donc si, comme le demandait madame Royal, prendre des parts dans les banques au lieu de leur prêter de l’argent, preuve qu’elle ne connaît pas le sujet, est absurde mais également dangereux. Investir dans une banque n’aurait pas régler le problème de la banque, il aurait donc fallut encore leur donner les milliards (BNP : 5) dont ils avaient besoin, mais en plus, l’état en avait l’obligation de part sa situation d’actionnaire et de solvabilité. En plus, il existait également un risque important que l’achat d’action de banque à l’époque aurait créé un ras de marée de vente ce qui aurait contribué à alimenter la baisse de ses actions. Bref, le plan, au lieu d’y avoir mis 50 ou 60 milliards, ca nous aurait couter 200 ou 300 milliards (et là, pour le cout, si j’avais été un banquier, je profite de cette obène de marché pour récupérer une partie de ma moins-value)

    J’éviterai de vous parler également des produits financiers basé sur les cours de bourses d’une entreprise afin de pouvoir emprunter sur les marchés, qui en cas de baisse exige des dépréciations supplémentaires ^^

    Enfin, dire que le système ne changera jamais, j’y crois moyen du simple fait de la concurrence de la finance islamiste qui possède des règles très différentes de celles que nous connaissons (pas de taux d’intérêt par exemple) et qui cherche en entrer dans le marché occidental. Néanmoins, pour se faire, il faut que les autorités fassent évoluer la législation (taux d’intérêt obligatoire). Tout n’est pas négatif ! 😉
    Et je ne crois pas à la théorie du complot où les gens d’en haut font tout pour éviter que les gens d’en bas s’élève à leur niveau !

    Toujours est-il que tout comme vous, je suis assez sceptique pour cette proposition, bien qu’au final, c’est celle que j’aimerai voir se mettre en place. Mais comment réaliser une telle prouesse sans avoir une règle internationale ?
    – la loi du tout répressif est inconstitutionnel à mon sens (3 sanctions pour la même faute et presomption de culpabilité)
    – La licence globale est pour moi une fausse bonne idée : faire payer tout le monde pour un service que l’on n’utilise pas forcement. On appelle cela une nouvelle taxe (tel la TVA).
    – Le téléchargement au KOctet. Un genre de forfait comme dans la téléphonie mobile qui vend à la minute ou illimité. A nous ensuite de choisir le forfait qui nous correspond. (idyllique, ca signifierai que nous sommes responsable…)

    Les sites internet de personnes sponsorisant des artistes pour qu’ils développent leur projet artitistes est à la base motivé par l’apât du gain à la fin (si ca fonctionne), donc, je doute qu’établir un système de dotation en disant que ca fonctionne sur ces sites soit un argument juste. Wikipédia a fait un appel au don qui a semble-t-il plus ou moins fonctionné, là, l’argument est juste.

    Bref, sur le papier, ce système me semble parfait. Mais est-il viable ? les auteurs n’estiment-ils pas leur oeuvres trop chère ? Leur niveau de vie à revoir ? Non, le système d’abord !

    Aliocha : euh, j’ai parlé où du train de vie des traders ? Et c’est où que je dis que les puissants se protègent contre nous ? Mais bon, sur le reste nous sommes à peu près d’accord. Sauf que je maintiens le fait que la crise a pris naissance dans les secteurs non régulés, et que les rustines posées lors des précédentes crises n’ont donc pas fonctionné. Voir la loi de sécurité financière de 2003, le SOX, Bâle2 en effet, la MIF et le reste. Par conséquent, il y a fort à parier que la prochaine pétera aussi là où on aura rien prévu. Ce qui est d’ailleurs logique puisque la réglementation a ceci d’intéressant comme effet, particulièrement dans le domaine économique, qu’elle suscite immédiatement le réflexe de se réfugier là où elle n’intervient pas ou encore de la contourner en créant au passage les catastrophes que l’on connait. Mais je pourrais être plus pessimiste encore et dire comme Camdessus qu’en pleine crise on prend des décisions, qu’en sortie de crise, on les oublie et que quelques années après, on regrette amèrement de ne pas avoir fait ce qu’on avait dit. Un peu comme les promesses qu’on se fait de ne plus boire les lendemains de cuite et qui tiennent généralement pas plus tard que jusqu’au soir 😉

    Commentaire par Testatio — 10/09/2009 @ 17:18

  8. Aliocha,

    Bien que vous vous emportiez un peu, je vous rassure, je ne le prend pas pour moi 🙂

    Quelques points sur lesquels je rebondis:
    – vous êtes d’accord sur le fait que le numérique (et Internet) changent la façon de communiquer;
    – vous êtes d’accord sur le fait que ça change en profondeur tout ce qui touche à la culture;
    – et vous êtes d’accord sur le fait que ça entraîne des changements sociaux.

    Moi, il me semble que ce que vous citez là, ce sont justement les fondements d’une société humaine (par exemple parce que dans l’espèce humaine, il y a plus d’acquis que d’inné, et que donc toucher à la culture et à la façon dont elle se fait correspond à une évolution quasiment de l’espèce elle-même). Et, j’ai beau y réfléchir, des changements similaires dans l’histoire récente, à part l’imprimerie, je ne vois pas.

    Je n’ai pas dit que ce changement serait nécessairement en bien. Par certains aspects, il sera aussi en mal, probablement. Et il est fort probable que la façon dont les puissants du système actuel se convertiront au nouveau système les mettra à l’abris. Mais il n’est pas évident qu’ils garderont leur rôle. Exactement comme les diverses conséquences indirectes de l’imprimerie (renaissance, Lumières, progrès scientifique, ère industrielle, etc) ont déplacés certains curseurs. Et pas forcément en bien. Le serf du moyen-âge était-il plus ou moins heureux que l’ouvrier exploité du milieu du 19e? Pas clair. Moi, je n’ai pas assez de connaissances sur le sujet pour répondre à cette question. J’ai juste assez de connaissances pour dire que ce changement aura lieu.

    Et pour dire qu’il me semble que, dans les équilibres actuels, il ne se passera rien. Parce que les habituels vont prendre de jolies décisions, et les oublier sitôt l’orage passé. Je ne vois pas comment l’équilibre actuel pourrait évoluer (sauf, éventuellement, par une sortie explosive, un effondrement de tout le système financier, ce que tout le monde cherche à éviter, à raison). Du coup, je me demande quel est le possible nouvel entrant, celui qui viendra modifier le système, en ajoutant un acteur par exemple, ou en changeant la façon de jouer. Et il me semble que cette évolution, dont je parle, impactera ces questions. Pas forcément de manière directe. Et pas forcément tout de suite.

    Un exemple: le mécano de mécénat global, pour revenir au sujet de départ. Vous l’indiquez vous-même, il laisse sur le bord de la route tout le fonctionnement actuel. Il vous semble incompatible avec l’idée de spéculation. Or, s’il fonctionne, et vient, petit à petit, sur un domaine précis, occuper du terrain. Alors, objectivement, il aura gagné ce terrain sur la sphère financière. Sans pour autant que le NAP gagne les élections. Simplement, un changement léger de modes de vie, et ses impacts. Reproduisez des modifications de cette nature, non-frontale, sur d’autres sujets, et le domaine s’étend lentement.

    Commentaire par Benjamin Bayart — 10/09/2009 @ 18:31

  9. Aliocha,

    Tout d’abord, bon anniversaire. Bravo pour vos posts réguliers et de qualité (même si je suis très souvent en désaccord avec vous – sur les sujet économiques notamment – ne boudons pas notre plaisir d’une information de qualité, et « gratuite ». Merci donc).

    Une petite question: pourquoi avez-vous autant peur du marché ? Vous écrivez : « dernière grande idée en vogue de quelques margoulins pesant plusieurs milliards c’est de spéculer sur les matières premières, le pétrole bien sûr… ».

    Si ces margoulins font monter les prix du pétrole, n’est-ce pas après tout une bonne nouvelle ? C’est aussi une incitation a la conversion énergétique (moins ou mieux consommer). Pourquoi ne voir dans cette règle du marché qu’une « vanité » de plus, quand on pourrait aussi y lire une efficacité ?

    Si le pétrole ou les matières premières valent chères c’est parce qu’elles sont en quantités limitées. Voir leur prix augmenter, c’est aussi favoriser l’innovation nécessaire pour notre futur puisque cette innovation devient rentable. La richesse des margoulins n’est pas nécessairement exclusive d’une démarche d’avenir réussie. Au contraire, il y a même fort a parier qu’elle la facilite… Car ces mêmes margoulins investiront certainement une partie de leur richesse dans ces projets innovants, eux-mêmes porteurs de rentabilité future !

    Vous me reprocherez sans doute de tout voir sous l’angle de la rentabilité, et donc sous une vision purement financière. Mais je crois pour ma part que ce que la crise financière nous a enseigné, c’est précisément que la catastrophe ne manque jamais d’arriver lorsque l’on cherche a s’affranchir des contraintes financières (états, entreprises ou particuliers), bien plus que des contraintes réglementaires…

    Aliocha : Qu’on se comprenne bien, je n’ai pas peur du marché, j’ai peur de ses dérives, c’est très différent. Je me méfie du goût du profit qui est certainement l’un des moteurs les plus puissants et les plus dangereux de l’humain. Par conséquent, je n’ai rien contre le libéralisme, rien contre le marché, à condition qu’on observe bien en face les risques liés au système et qu’on le régule en conséquence. Seulement voilà, une régulation intelligente, ça nécessite du temps, de la réflexion, et surtout une convergence de vue au niveau international difficile à réaliser. Et puis ensuite, ça nécessite une vigilance de chaque instant pour s’assurer que rien ne dérape, et si ça dérape, pour rectifier le tir avant qu’il soit trop tard. Entre nous, je suis un peu lasse d’entendre nombre de mes interlocuteurs me dire depuis quelques semaines, on avait prévenu Bruxelles que ça allait péter, mais on ne nous a pas écoutés.

    Commentaire par henri — 10/09/2009 @ 18:47

  10. Aliocha a écrit « je n’ai pas peur du marché, j’ai peur de ses dérives ».

    Certes, mais dans l’exemple que vous citiez (le pétrole) ou est la dérive et ou est l’efficace ? Ou est la puissance et ou est le dangereux (pour reprendre votre vocable) ? Ou est-ce que l’on dit : c’est de la spéculation et ou est-ce que l’on dit c’est de l’argent gagné pour financer des projets alternatifs ? Bien malin qui peut dire ce qu’il en est vraiment !

    Autre exemple: aux USA, la titrisation (technique financière si décriée dans cette crise) fournissait plus de 40% des prêts étudiants. Plus de titrisation, plus de prêt étudiants pour 40% des étudiants… Alors, bonne ou mauvaise nouvelle ? Qui veut voir plus d’étudiants faire des jobs a mi-temps pendant leurs études (ou bien moins d’étudiants tout court ?) ? Ou bien plus d’étudiants rembourser sur un job a plein temps une fois leurs études terminées ?

    Bref, en écrivant « je n’ai pas peur du marché, j’ai peur de ses dérives », ne croyez-vous pas que c’est exactement la même chose ? Le marché, c’est précisément l’efficacité et les dérives, tous deux confondus a la fois… Ne savons-nous pas que l’économie progresse de toute manière par crises, puisque la rationalité en économie est loin d’être la caractéristique principale !

    Je vous concède que le bonhomme est terriblement mal placé pour donner des leçons, mais c’est Alan Greenspan lui-même qui vous confirme ces prochaines crises a venir. Désolé, c’est en anglais mais ca reste relativement compréhensible. http://news.bbc.co.uk/1/hi/business/8244600.stm. Quote. « The crisis will happen again but it will be different […]. Financial crises are all different, but they have one fundamental source […]. That is the unquenchable capability of human beings when confronted with long periods of prosperity to presume that it will continue. » Unquote.

    Bref, la crise, c’est le défaut du système. Mais il n’y a pas de système parfait, parce qu’il n’y a pas d’hommes parfaits. Vous vous méfiez du gout du profit (ce qui est tout a votre honneur, car il ne saurait constituer l’unique mesure de la réussite d’une vie) mais il reste tout de même le moteur le plus puissant et plus efficace de notre société.

    Commentaire par henri — 10/09/2009 @ 19:38

  11. @ henri au 12
    j’ai un peu de mal avec votre « raisonnement »
    >>la titrisation (technique financière si décriée dans cette crise) fournissait
    >>plus de 40% des prêts étudiants. Plus de titrisation, plus de prêt étudiants
    >>pour 40% des étudiants… Alors, bonne ou mauvaise nouvelle ? Qui veut voir plus
    >>d’étudiants faire des jobs a mi-temps pendant leurs études (ou bien moins <>d’étudiants tout court ?)

    On peut faire dire tout et n’importe quoi avec un simple raisonnement : il y a X % d’étudiantes en médecine qui paient leurs études ou leurs loyer en vendant leur corps. Qui voudrait supprimer la prostitution et empêcher ces jeunes femme de devenir médecin ?

    La bonne question, c’est : pourquoi devraient-ils faire des prêts aussi important, juste pour avoir le droit d’étudier.

    La bonne entente régnant ici m’empêche de vous conspuer (mais le coeur y est) ici :
    « Vous vous méfiez du gout du profit (ce qui est tout a votre honneur, car il ne saurait constituer l’unique mesure de la réussite d’une vie) mais il reste tout de même le moteur le plus puissant et plus efficace de notre société. »

    En fait, je pensais que l’objectif de la société humaine est d’offrir à nos descendants une vie meilleur que la notre. Si on le regarde individuellement, on peut se dire : « ben ouais bouffi, en faisant plein de fric, mes gosses ils seront cool ». Mais si on s’arrache à son nombrilisme forcené, on peut penser que le « social », le mieux vivre ensemble, le respect de son milieu écologique, un meilleur partage des fruits des hausses de productivité est bien plus porteur de mieux vivre pour « nos enfant » que le profit qui siphonne à son intention toutes ses valeurs en les sacrifiant au ‘bénéfice’. Le fait que pour certain il soit devenu le moteur (les 40 deniers de Juda ?) n’est-il pas justement contre quoi il faille se battre ?

    Ainsi, c’est le coté « on a toujours fait comme ça » qui prévaut, même si on sait bien que ça ne marche pas, dans les faits : il suffit de regarder autour de nous. On a du mal à trouver 500 millions d’euros pour que les gens ne dorment pas dehors alors que des milliers de milliards (peut être des centaines de milliers de milliards) ont été distribués – prononcer cramé – en moins de temps qu’il ne faut pour le dire.

    Ah oui, c’est vrai : on a toujours fait comme ca. Et c’est qui qui est en quatrième base ?

    Commentaire par herve_02 — 10/09/2009 @ 22:06

  12. Herve_02.

    vous écrivez: « pourquoi devraient-ils faire des prêts aussi important, juste pour avoir le droit d’étudier. »
    Je vous répondrai le plus simplement du monde, parce que toute les choses ont un coût, les études comme le reste.

    Le fait de se former, et donc de ne pas créer de richesse a instant donné, requiert que quelqu’un d’autre paye pour celui qui étudie. Ce paiement peut prendre deux formes: par l’impôt de ceux qui travaillent ou par l’endettement de ce qui se forment.

    Dans une société qui a décidé de ne pas payer l’intégralité des dites études (supérieures) a tous ses enfants, vous comprendrez que l’option de l’endettement nécessite quelques modalités pratiques. C’est la que la titrisation prend forme. Cet outil qualifié de spéculatif par beaucoup pendant la crise prend tout d’un coup une utilité sociale surprenante, n’est-ce pas ?

    Pour ce qui est du remboursement, si la société veut bien tolérer la prostitution comme une activité licite, eh bien soit. Que le futur médecin paye de ses charmes. Mais vous aurez vu que la conversation n’est désormais plus financière, mais morale ou politique. Comme vous le voyez, le problème avec un raisonnement, c’est précisément qu’on ne peut pas lui faire dire tout ou n’importe quoi. Il sépare les sujets, plutôt qu’il ne les agrège dans une pensée informe.

    Enfin, si vous voulez entrer dans une conversation dont l’issue serait que toutes les étudiants doivent voir leurs études payées par la collectivité, allons-y. Je ne suis pas sur de trouver cela stupide, mais l’application méritera quelques discussions (sélection des dossiers, nature des études, débouchés, etc…). On va bien rire devant l’usine a gaz qui s’annonce…

    Pour le reste, je vous remercie de votre retenue. Si le coeur y est, n’hésitez pas a me conspuer, si cela peu vous faire du bien… j’ai l’habitude, vous savez. Cela fera honneur a vos convictions. Contrairement a ce que vous semblez croire, moi non plus je renie pas l’objectif d’offrir aux générations futures une vie meilleure que la notre (du point de vue écologie, social ou de la productivité).

    Mais ne vous en déplaise, le profit un marqueur de ce qui fonctionne et de ce qui ne fonctionne pas. L’augmentation sans limite de l’endettement des états, en est une illustration parfaite. Oh qu’il est beau l’avenir de nos générations futures, que nous avons hypothéqué sans honte en dépensant sans compter.

    On ne peut pas tout s’offrir. Et la crise financière actuelle n’en est que l’amère traduction. Je sais bien que cette notion fait horreur a beaucoup. Mais le profit c’est la richesse et, a vrai dire, l’une des rares chose que l’on peut partager. S’en défier, c’est se condamner a la pauvreté. S’en détacher, c’est se condamner a la banqueroute.

    Dernier point, moi non plus je ne trouve pas cela acceptable que des gens dorment dehors. Donnez moi un homme politique qui propose un programme viable pour lutter contre ce fléau sans promettre le grand soir, dont le vrai nom est la banqueroute et le massacre d’une partie de la population, fut-elle privilégiée, et je vous assure qu’il aurait mon scrutin.

    Commentaire par henri — 10/09/2009 @ 23:31

  13. Vous commettez une erreur en véhiculant une idée reçue assez fréquente : on ne produit pas assez à manger pour tout le monde. Oh que si. La terre produit largement de quoi nourrir 6 milliards de personnes, et le pourra encore quand on sera 11 milliards. Il reste énormément de terres cultivables en friche, les cultures hors sol font des merveilles (on peut empiler des champs !) et on découvre de nouvelles formes de nourritures : algues, et les OGM. Car non, on ne pourra jamais nourrir toute la terre au bio, mais la population n’est vraiment pas un problème (rappelons que l’Europe met des champs en jachère, détruit des flottes de pêche, arrache des vignes… c’est pas une politique de disette).

    Le problème économique est ailleurs. Faire pousser un kilo de riz, c’est peanuts en coût. Surtout en Chine. Mais c’est transporter le riz de la rizière à la table de celui qui en a besoin. Pour le prix de revient d’un kilo de riz acheminé dans un camp du Darfour, le coût de production est de moins d’un millième.

    En ce sens, les libéraux ont raison de lutter contre les obstacles à la libre circulation. Mais puisqu’on a décidé de fermes les frontières pour maintenir au loin ces crèves-la-faim, la seule solution morale est d’assumer ce coût financier. Leur donner les trois produits qu’ils viennent chercher en occident. La nourriture, la paix et l’espoir.

    Aliocha : Cher Eolas, votre libéralisme débridé m’interpelle depuis longtemps, il faudra qu’on en parle 😉 toute plaisanterie mise à part, si les spéculateurs se mettent à jouer sur les matière premières (craintes évoquées par des responsables en charge actuellement de la crise) il importera peu au fond qu’on ait ou non les ressources pour nourrir la planète tant les marchés peuvent parfois se déconnecter de la réalité et réagir de manière hystérique. Toujours est-il qu’il y a sans doute une différence entre la capacité théorique à nourrir la planète et la capacité réelle. Tout est là, me semble-t-il…

    Commentaire par Eolas — 10/09/2009 @ 23:50

  14. J’espère ne pas être hors sujet, mais d’un autre côté, Radiohead avait ainsi mis à disposition leur dernier album : chaque personne qui voulait le télécharger sur leur site officiel devait donner quelque chose, ce quelque chose étant laissé à l’appréciation de l’internaute. Ils ont récolté en moyenne 5£/internaute. Et vous savez quoi ? Ils ont fait de gros bénéfices…

    Aliocha : vous êtes pile dans le sujet. Il n’est pas impossible en effet que le système soit rentable et même plus que le système actuel…

    Commentaire par Triskael — 11/09/2009 @ 00:34

  15. Francis Muguet a une énergie remarquable pour défendre ses projets. Ceux-ci ont pour eux de présenter un point de vue alternatif au sujet d’un problème (la rémunération des créateurs) qui est actuellement assez mal géré. Il est important que d’autres opinions que ceux des gestionnaires du système (producteurs, « majors », SPRD etc.) s’expriment, car ceux qui profitent d’un système ont tout avantage au maintien du statu quo ante, moyennant quelques bricolages.

    Cela fait un certain nombre d’années que les gestionnaires des industries du divertissement réclament des restrictions techniques (les fameux DRM), des mesures juridiques visant à protéger les restrictions techniques (la loi DADVSI), puis, brûlant en 2009 les solutions qu’ils avaient adoré en 2006, des mesures policières. Si on les laissait faire, on autoriserait en matière de protection de la musique pop des méthodes que l’on n’admettrait qu’en matière de terrorisme (voir le fameux « rootkit Sony »).

    Bien sûr, vous avez raison de vous demander pourquoi on remet en cause la rémunération des créateurs, assez mal payés, alors qu’on maintient celle de traders et de cadres surpayés. J’analyse légèrement différemment la situation: on remet en cause la rémunération des cadres surpayés de l’industrie du divertissement. On se demande où part cette grande fraction de l’argent versé par les clients des marchands de disque et qui ne parvient ni aux auteurs ni au artistes. On se dit que peut-être il pourrait y avoir une organisation plus économiquement efficace et avec moins d’intermédiaires rapaces.

    Que les propositions de Francis Muguet ne soient pas la réponse au problème, c’est possible et probable. Il est également probable que la solution actuelle (producteurs qui s’engraissent, majorité des artistes payés au lance-pierre, jungle de SPRD aux circuits financiers mystérieux…) n’est pas la meilleure.

    Commentaire par DM — 11/09/2009 @ 07:19

  16. Bonjour,

    Je voudrais revenir sur la question posée au départ: un système basé sur le don est-il économiquement viable ?

    Il l’est pour des sites comme Wikipédia. En fait, pour qu’une activité puisse se financer sur la base du volontariat, il faut qu’elle réponde à trois critères:
    1) disposer d’une grande visibilité
    2) être jugée utile par une majorité de clients ou d’utilisateurs
    3) être peu coûteuse

    Wikipédia répond à ces trois critères: c’est un site très connu, que beaucoup apprécient, et qui n’emploie qu’une dizaine de salariés. Par contre, si un journal satisfait (ou du moins peut satisfaire) les deux premiers critères, il est trop coûteux pour être financé uniquement par des dons.

    Pour ce qui est des activités artistiques, la réponse est moins claire. Les deux premiers critères peuvent être satisfait si l’artiste a du talent, par contre je crains que les dons ne permettent pas à eux seuls de faire vivre les artistes. Mais, si on considère que la vente de musique « en ligne » comme un complément de ce que l’artiste gagne en donnant des concerts, c’est peut-être jouable.

    Après tout, il y a une activité artistique qui fonctionne sur ce principe-là: les webcomics (ou BD-blog). Chacun peut lire la BD, et donne ce qu’il veut. Ou, ce qui est équivalent, achète les BD « papiers » quand elles sortent (exemple: Maliki, Boulet…). Là encore, cela ne permet pas de faire vivre l’artiste, mais il peut gagner une visibilité qui rend ses autres BD « classiques » plus connues, donc potentiellement mieux vendues.

    Je suis comme Daniel Schneiderman: je doute de la viabilité d’une rémunération des artistes uniquement basée sur les dons, mais je pense qu’il ne faut pas écarter a priori cette piste, surtout quand on sait que la lutte contre le téléchargement illégal est techniquement perdue d’avance.

    Commentaire par Tristan — 11/09/2009 @ 23:33

  17. Sur Internet et le nouveau monde, je viens de trouver ce papier de Wolton qui me plait bien : http://www.monde-diplomatique.fr/1999/06/WOLTON/12095.html

    Commentaire par laplumedaliocha — 12/09/2009 @ 00:28


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