La Plume d'Aliocha

08/09/2009

Libé, ou le pari du journalisme

Filed under: Eclairage — laplumedaliocha @ 11:01

Voyons donc cette nouvelle formule de Libération dont je vous rappelais hier en brève la parution.

Un plus beau papier

Avez-vous remarqué qu’il est plus petit ? Eh oui, d’environ 1 centimètre. En revanche, la pagination a augmenté. Les 5 numéros que j’ai retrouvés au milieu de la pile de journaux en équilibre instable à côté de mon canapé, comptaient entre 32 et 40 pages. Le premier numéro de la nouvelle formule en compte 48. Mais il est vrai que nous avons une pub exceptionnellement longue de BMW (4 pages) et deux pages de présentation de la nouvelle formule en fin de journal, ce n’est donc pas significatif en soi. Autre changement, le papier, de meilleure qualité, qui rend le journal plus agréable à la main (les pros de la presse parlent souvent de la « main » d’un journal, c’est-à-dire de la sensation qu’on a en le prenant ) et surtout plus lisible car la typographie et l’iconographie ressortent mieux sur ce papier plus blanc.

La Une doit encore faire ses preuves

Evidemment, le changement majeur qui saute aux yeux d’entrée de jeu, c’est la Une. D’ailleurs, j’ai eu un peu de mal à trouver Libé sur son présentoir en kiosque, je cherchais encore la grande photo et le titre accrocheur. Dans la nouvelle formule, plus de grand titre en Une mais 6 sujets dont 4 mis en exergue par des photos ou un dessin. Le sujet principal est signalé par un grand titre mais réduit à 3 colonnes et renvoyé en bas de page. Comme vous, je regrette pour l’instant l’ancienne Une, sa photo pleine page et son titre accrocheur. Ces Une là ont souvent déclenché chez moi des achats dits d’impulsion, moins pour le sujet traité que pour la qualité journalistique de la première page.

Le journalisme à l’honneur

Mais voyons comment la rédaction nous présente sa révolution. D’abord, j’ai été surprise de la relative discrétion de ce premier numéro. Après le teasing des « J moins quelque chose » ces derniers jours, je m’attendais à un premier numéro plus « accrocheur » et à une présentation en début de journal de la nouvelle offre du quotidien. Eh bien non, c’est à la fin. Notez, comme beaucoup de femmes, je commence toujours un journal par la fin (ce n’est pas une blague, des études ont été réalisées sur ce sujet, les femmes ont une tendance inexplicable à lire la presse à l’envers – toute plaisanterie sur les blondes en lien avec cette révélation sera évidemment impitoyablement censurée, qu’on se le dise). Bref, voyons cela. Le titre de la présentation donne le ton « L’information est un combat ». Le chapô, au-dessus du titre enfonce le clou : « Libération joue la valeur ajoutée journalistique et la primauté de l’écrit pour réinventer le quotidien à l’ère d’Internet ». Ce que nous tenons donc entre les mains est le produit des réflexions de la rédaction sur le positionnement d’un quotidien aujourd’hui. Vous observerez au passage le pari sur le papier qui n’est sans doute pas sot puisque même les pure players semblent y revenir (voir à ce sujet par exemple Causeur qui a une version papier et Mediapart qui réfléchit aussi de ce côté là).  Je croise les doigts pour qu’ils aient raison, car, vous l’aurez deviné, les valeurs défendues ici sont exactement les miennes et celles de la plupart de mes confrères. La réflexion journalistique prime à l’évidence sur le marketing d’un titre comme Grazia dont nous parlions il y a quelques jours. Je n’en attendais pas moins de Libé. Et laurent Joffrin attaque fort dans son édito : « Journal de la société et non des pouvoirs, Libération défend les valeurs d’une société plus juste et plus libre ». Et hop, au passage une pierre dans le jardin de ses concurrents. Par ailleurs, Libé reste de gauche, nous voilà rassurés. « Au milieu d’une révolution médiatique à la fois exaltante et pleine de risques, il s’agit de réhabiliter le journalisme par rapport à la communication, l’écriture et la réflexion contre le formatage de la pensée. L’équipe de Libération démontre chaque jour son indépendance : un journal comme le nôtre n’a rien d’autre  vendre que du bon journalisme ». Mazette ! Combien de fois avons-nous rêvés ensemble ici même de lire cela un jour…La question, une fois qu’on a placé le journalisme au coeur d’un journal – au passage on observera que Libé n’avait jamais rien fait d’autre, même si son esprit partisan voire militant soulève la délicate question de l’objectivité – il faut savoir vendre le produit de ce travail, c’est exactement aussi important que de faire du bon journalisme. Il faut que les lecteurs aient envie d’acheter, confiance dans ce qu’ils lisent et que le journal soit en mesure de rassembler autour de sa ligne éditoriale le plus grand nombre de lecteurs. C’est tout le challenge de la nouvelle formule.

Une forme plus élégante et plus lisible

Voyons donc sur quoi mise le titre pour booster ses ventes. D’abord l’enrichissement du fond. Au lieu d’un seul événement, Libé en développera 5 sur 2 pages au moins. Ces pages, nous explique-t-on, alterneront avec des pages « expresso », traitant d’autres sujets avec des articles plus courts. Je trouve que ce rythme est un bon compromis entre les tendances actuelles à réduire les formats sous prétexte que les lecteurs n’ont plus le temps de lire et la nécessité d’accorder aux événements importants la place qu’ils méritent, sous peine d’être  dépassé par les dépêches qui circulent sur Internet en accès libre. Libé met aussi l’accent sur la hiérarchisation de l’info et le décryptage de l’actualité.   Toujours au chapitre du contenu enrichi, Libé lance le Mag, un supplément week-end de 28 pages où l’on retrouvera, semble-t-il, les fameux portraits qui ont disparu en Der (dernière page) dans la nouvelle formule. Sur la forme, la Une on l’a vu se transforme mais on nous assure que le journal restera fidèle à ses Une aux allures d’affiches. Disons alors que le journal suit la tendance du cinéma à diviser ses affiches en plusieurs parties. Pour l’instant, j’attends de voir. La première Une ne me donne pas envie de décorer mon bureau (la deuxième est plus réussie).  On nous facilite aussi la lecture en alternant papiers longs et papiers courts, en introduisant un code couleur pour distinguer les différents types d’informations (rouge : événements, rebonds ; bleu : monde, France, économie, terre, sports; aubergine : vous, culture, livres etc.)ainsi qu’une typographie qui s’adapte à la nature de l’article : Trade Gothic pour l’actualité, Glosa Headline pour les interviews, analyses et reportages, Glosa Display pour la culture et le mag’ du samedi. Plus lisible et plus élégant, tel est le pari de la rédaction avec cette nouvelle présentation.

Au final ? A vous de le dire. J’observe simplement qu’il y a ici une vraie réflexion journalistique et ça fait du bien. Question lisibilité, les progrès sont réels. Sur le fond, Libé a démontré depuis quelques mois à travers notamment ses révélations sur les banques qu’il entendait en effet jouer ce rôle d’observateur indépendant des pouvoirs en place, de journaliste, tout simplement.  Maintenant, il est difficile de pronostiquer le succès d’une nouvelle formule sur un seul numéro. A la rédaction de nous démontrer qu’elle sera à la hauteur de ses ambitions, aux services de pub, diffusion et marketing de l’épauler en optimisant la vente de son travail. C’est cette savante alchimie de talents dans des métiers différents qui fait le succès d’un titre. Bonne chance Libé !

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23 commentaires »

  1. Il ne suffit pas de se dire de gauche pour être de gauche. Surtout quand c ‘est Joffrin qui le dit.

    Je ne résiste pas à l’envie de citer Alain Accardo, dans “De notre servitude involontaire. Lettre à mes camarades de gauche” (éditions Agone, 8 euros). Voici ce qu’il écrit à propos des sociaux démocrates à la Joffrin :
    “Leur différence spécifique par rapport à la droite réactionnaire classique consiste à se présenter publiquement comme des défenseurs du monde du travail pour mieux défendre la domination du capital, dont ils assurent le déminage”.
    On ne saurait mieux dire.
    Toujours d’Accardo :
    “Le tour de passe-passe des sociaux-démocrates d’aujourd’hui consiste à entretenir, en jouant sur les mots, la confusion entre “réformisme”, “socialisme” et “gauche”. Il n’y a plus désormais de possibilité de lutter sérieusement contre le capitalime si on ne réalise pas, au départ, qu’il a revêtu la défroque socialiste, autrement dit que le prétendu socialisme des Mitterrand, Rocard, Jospin, Fabius, Blair, Schröder et tutti quanti n’est pas de gauche, comme ils ont le front de le proclamer, mais bien de droite”.

    Au fait, combien de fois a-t-on pu lire sous la plume de Joffrin : lutte contre le capitalisme” ?

    Aliocha : allons monsieur Besancenot, sortez de ce corps 😉

    Commentaire par Dukénois — 08/09/2009 @ 11:30

  2. Ahem.
    « une pub exceptionnellement longue de BMW »
    « un journal comme le nôtre n’a rien d’autre vendre que du bon journalisme »

    Cherchez l’erreur.

    Aliocha : Tout doux, pour l’instant, la presse ne peut pas vivre sans pub, il faut donc se féliciter pour Libé de ces 4 pages de pub. Quand Joffrin dit qu’il n’a rien à vendre, c’est d’un point de vue journalistique, il met en avant son indépendance par rapport aux titres appartenant à des groupes type Lagardère. Quant à la pub, elle est vendue non par la rédaction mais par un service distinct de la rédaction. En principe tout est conçu dans un journal pour que les deux parties (rédaction/pub, marketing, diffusion) soient séparées et surtout que la seconde n’influence pas la première. La frontière n’est pas toujours étanche et en ces temps de disette, la pression dans certains canards de la pub sur la rédaction se fait plus forte (notamment dans certains titres économiques), mais je gage que ce n’est pas le cas chez Libé et que la rédaction préserve jalousement son indépendance.

    Commentaire par pKp — 08/09/2009 @ 11:32

  3. Je vais bien vite me procurer le n°2 — de toutes façons, je trouve qu’il faut toujours tester les nouvelles formules le vrai « premier numéro », qui n’est pas celui de lancement…

    Au vu de la Une et des p. 2-3 qu’on trouve en ligne, je partage votre appréciation, avec une réserve sur la typo des titres dans les photos de Une et celle (semblable) des titres de rubrique. Celle que je crois voir en bas à droite de la Une me fait un peu peur, aussi… J’aime bien, en revanche, retrouver la typo des titres d’article, un peu rajeunie peut-être, mais bien identifiable.

    Au fait, moi aussi je commence en général à lire le journal par la fin (et pourtant je ne suis pas blonde). J’ai toujours pensé que cela tenait simplement au fait qu’étant droitier, il m’est plus facile de saisir la dernière page que la première… Mais s’il y a des études savantes sur la question, je veux bien me remettre en question!

    Commentaire par Philarete — 08/09/2009 @ 11:46

  4. La réserve émise par pKp mérite quand même d’être soulevée : Joffrin a beau dire qu’il n’a rein d’autre à vendre que du bon journalisme (ce qui est à le fois noble et extrêmement difficile) quand on a Libé entre les mains, les pubs y figurant laissent à penser que Libé à aussi une béhème à vendre. Ce que vous nous expliquez depuis un certain temps déjà, à savoir l’étanchéité des parties commerciales et journalistiques d’une rédaction, je veux bien l’entendre, mais je me dis que les décideurs finaux sont au-dessus des deux pôles, et décident pour chacun d’eux (et ne sont pas toujours finauds). Je veux dire qu’un journal appartient à quelqu’un, et que ce quelqu’un peut décider de privilégier la partie commerciale au détriment de la partie journalistique, non? La défiance envers la pub est donc en partie légitime pour le lecteur, et sera toujours d’autant plus forte que les journaux en France appartiennent plutôt à des industriels qu’à des groupes de presse.

    Pour ce qui est du côté partisan voire militant de Libé, je me dis qu’en s’affichant comme tel, ou à défaut en n’en faisant pas mystère, le lecteur sait où il met les pieds, ce qui donne à mon avis plus d’objectivité qu’un journal qui se dirait neutre et n’assumerait pas qu’un opinion se glisse toujours dans la manière qu’on a de présenter un fait (angle, infos que l’on présent, hiérarchisation), tout objectif soit-on.

    Sinon, j’ai rêvé ou vous m’avez traité d’aubergine ?

    Aliocha : Bon, approfondissons donc ce problème de pub. D’abord, gardez présent à l’esprit qu’un journaliste est d’une indépendance farouche. Par conséquent, une rédaction, composée de plusieurs dizaines voire centaines de journalistes, ne se laisse pas dicter facilement sa conduite. Surtout pas par la pub qui est l’ennemi juré. Et pour cause, la pub, c’est l’argent, la tentative d’influence, la pression, le mensonge, bref, tout ce que les journalistes détestent collectivement (même si certains d’entre eux paradoxalement peuvent ensuite se laisser influencer, manipuler, acheter, mais sur le terrain des principes face à l’ennemi, la réaction est immédiatement la méfiance…). C’est si vrai qu’on nous reproche souvent d’être hors des réalités économiques et de ne pas nous soucier, ne serait-ce qu’un minimum, de la santé financière du titre qui nous emploie. Ensuite, comme je l’ai dit, les deux parties d’une entreprise de presse sont soigneusement séparées. Alors qu’est-ce qui peut se passer concrètement de mal entre la pub et la rédaction ? Pour ce que j’ai vu, des gens de la pub peuvent tenter d’interférer sur les choix éditoriaux, faire programmer un article ou un dossier sur tel ou tel sujet pour que les gens dont on parle dans les articles en profitent pour faire de la pub. A un plus haut niveau, un annonceur peut décider de retirer son budget publicitaire à la suite d’un article qui ne lui a pas plu le concernant. Dans tous les cas, c’est au directeur de la rédaction qu’il appartient de protéger sa rédaction. Et les journalistes de leur côté savent se faire entendre sur le sujet. Ce qui est plus insidieux à mon sens, c’est la publi-information quand elle est rédigée par les journalistes eux-mêmes (on dit que ça existe, je ne l’ai jamais vu) ou qu’elle vient de l’annonceur mais imite si bien la forme d’un article que le lecteur peut être trompé. Ce qui est plus insidieux aussi que la pub, c’est la proximité des titres avec leur objet. Exemple : il y a peu de chances qu’un scandale économique français soit révélé par un titre de la presse économique. Sinon, c’est pas moi qui vous traite d’aubergine, c’est Libé 😉

    Commentaire par gwynplaine — 08/09/2009 @ 13:09

  5. Il n’y a pourtant pas de pubs dans le Canard Enchaîné ?

    Aliocha : et si peu dans Marianne…En effet, mais le modèle économique général de la presse reste pour l’instant le financement par les ventes ET la pub. C’est comme ça depuis Girardin. Depuis quelques temps, la presse s’aperçoit que le modèle « tout pub » a du plomb dans l’aile, crise oblige (gratuits et web). Quant au modèle « sans pub », il est dur à tenir.

    Commentaire par Berdine — 08/09/2009 @ 13:27

  6. La présence de BMW (ou de toute autre marque de ‘luxe’) aussi marqué n’est pas très surprenante. Comme nous l’a déjà dit notre hôte hier, les premiers numéros de nouvelle formule se vendent très bien. Particulièrement bien parce que des lecteurs en dehors de la cible habituelle achètent ce numéro par curiosité.

    Il est donc tout à fait judicieux de la part de la régie de Libé de proposer à des annonceurs sortis de leur cadre habituel d’acheter (d’autant plus cher que c’est un numéro « collector ») des pages de pubs qui toucheront un public spécifique à ce numéro. Tous les annonceurs sont plus dans ce numéro spécial par volonté de se montrer plutôt que par volonté de vendre un produit.

    Juger un journal sur la pub qu’il contient dans un numéro « spécial » (tel que c’est le cas d’une nouvelle formule) est quand faire preuve de mauvaise foi la plus totale.

    Soyez honnêtes, et revenez juger au bout d’une semaine et non pas sur ce premier numéro. D’autant plus que le second numéro « collector » sera également celui de ce WE, vu que la formule WE semble également être profondément remaniée par rapport à un quotidien classique.

    Pour le reste, je ne partage pas (encore) votre point de vue Aliocha, et je ne trouve pas (encore) les pages expresso plus ‘claires’. La disparition des blocs (que ce soit par des traits ou des fonds de couleurs différents) rend je trouve la lecture plus difficile, moins cohérente. Et la disparitié des fontes me pose vraiment problème. J’ai l’impression de devoir me re-concentrer sur chaque petit article pour ‘entrer’ dedans alors qu’ils ne font que quelques lignes. Mes maigres notions typo m’ont inculqué de ne jamais utiliser plus de deux fontes par page. On en est à 5 sur la une de ce jour, 5 dans les pages expresso… Les éditos ne sont plus aussi clairement séparés du reste, tout comme les parties ‘contre journal’ .

    Mais je vais laisser le bénéfice du doute, et attendre au mois une ou deux semaines avant de juger réellement.

    Commentaire par Bob — 08/09/2009 @ 13:38

  7. (Oubli dans le précédent message: Lors de la précédente nouvelle maquette – celle qui vient donc d’être changée, ce n’était sauf erreur de ma part pas BMW, mais Audi et Cartier qui avaient trusté 6 pages [sous réserve que je le retrouve]. Annonceurs qui ne sont jamais revenus depuis d’ailleurs.)

    Commentaire par Bob — 08/09/2009 @ 13:44

  8. Bonjour Aliocha,

    Vous m’avez convaincu. Je vais constater de visu si la mariée mérite vraiment le déplacement.

    “Au milieu d’une révolution médiatique à la fois exaltante et pleine de risques, il s’agit de réhabiliter le journalisme par rapport à la communication, l’écriture et la réflexion contre le formatage de la pensée. L’équipe de Libération démontre chaque jour son indépendance : un journal comme le nôtre n’a rien d’autre vendre que du bon journalisme”. Chiche!!!

    Bonne journée

    Commentaire par H. — 08/09/2009 @ 14:11

  9. C’est amusant de comparer libé au Canard enchaîné : je ne suis pas sur que les journalistes de libé apprécient par contre. Le canard est satirique, il prend une info et fait de la satire dessus… (Ce sont d’ailleurs souvent des infos que les autres journaux n’ont pas cru bon de soulever ou si peu)
    Ensuite, c’est un hebdo, et il y a 4 pages en tout et pour tout…

    Ca me semble tellement incomparable…

    J’aime bien cet ‘autoflagellation’ antipub, pourfendeur du méchant capitalisme. Derrière la pub, ya des milliers voir des centaines de milliers d’emplois, et cette pub permet souvent de les préserver… ce n’est pas par plaisir sadique que les entreprises font ça. C’est que tout simplement, ces entreprises en ont besoin pour survivre !

    Mais je remarque qu’au final, ce sont ces « critiquant » qui en parlent le plus, pour au final, ne parler QUE de ca, au détriment de ce qu’il y a tout autour !

    Et si un journal était capable de vivre sans pub, je suis persuader qu’il le ferait… ou tout du moins, il serait bénéficiaire et le secteur très loin de la crise actuelle. Comment le canard fait ? Je n’en ai fichtrement aucune idée.

    Mais la presse gratuite prouve qu’il est possible de tourner qu’avec la pub, et si la pub permet d’acheter son journal 1€ au lieu de 5€, et bien je dis GO ! Parce qu’au final c’est nous, « le peuple d’en bas » qui en bénéficie !

    Commentaire par Testatio — 08/09/2009 @ 17:12

  10. @ aliocha :

    Merci pour cet approfondissement. Précisons en outre que je souscrit à votre explication du « chinese wall » telle que vous nous la donnez de puis quelque temps, et je comprends que l’on puisse ressentir une certaine lassitude face à ce reproche récurrent de suppôt de la pub. Simplement, je me faisais l’avocat du diable, et me demande depuis que vous m’avez appris l’existence de ce mur s’il n’est pas perméable par le haut. Je crois comprendre qu’il est de la responsabilité du directeur de la rédaction qu’il ne le soit pas. Je me dis qu’au-delà de faire modifier un article par un journaliste pour pencher dans le sens d’un annonceur, il pourrait peut-être arriver qu’un article soit purement supprimé parce que déplaisant, comme c’est arrivé pour le non-vote de Carla Bruni-Sarkozy (même s’il ne s’agit pas de pub dans cet exemple). Mais je veux croire que le cas est rarissime, d’autant que ça me paraît risqué de vouloir faire supprimer un article par de telles pressions : il y a de grandes chances que cela se sache un jour où l’autre, que cela sorte dans la presse.

    Commentaire par gwynplaine — 08/09/2009 @ 17:37

  11. @ Testation :

    La presse gratuite prouve surtout qu’il est possible de ne fonctionner qu’avec la pub quand tout va bien. Aujourd’hui le modèle gratuit est largement remis en question, parce qu’en temps de crise, ce sont les budgets publicitaires qui sont amputés les premiers. La réduction des effectifs est drastique en ce moment dans les gratuit, et l’on en vient à demander aux journalistes de réaliser eux-mêmes la maquette !

    Commentaire par gwynplaine — 08/09/2009 @ 17:46

  12. Aliocha, plus je vous lis et plus j’ai du mal à comprendre ce que recouvre pour vous le « bon journalisme » ou le « vrai » journalisme..

    Côté libé, n’étant pas du tout de gauche, j’ai pourtant tendance à partager l’avis de votre premier commentateur, à savoir que Joffrin est dans l’incantatoire total.

    Aliocha : c’est un sacré sujet le bon ou le vrai journalisme. Si je m’en tiens à ce que j’ai voulu dire ici, il s’agit simplement de penser un titre de presse non pas seulement sous l’angle marketing mais en ayant aussi le souci de faire du journalisme, c’est-à-dire de proposer un contenu informatif de qualité avec des journalistes qui bossent, qui investiguent, qui vont chercher l’info au lieu de batonner de la dépêche en illustrant avec des grandes photos pour faire passer la pilule. Les commentateurs sont ici nombreux à dire qu’ils rachèteront la presse quand on leur proposera ça et ils ont raison. Que Joffrin soit dans l’incantatoire, c’est possible, je ne suis pas dans le secret de son esprit, je ne le connais même pas et au demeurant, je ne suis pas sûre d’adorer son caractère pour ce que j’en ai vu ici et là. Nous verrons à l’usage. En l’état, son discours me plaît et je ne vois pas de raison de cracher dans la soupe. J’ajoute que les révélations sur les banques ces derniers mois prouvent que les journalistes de Libé bossent bien. Demandez-vous pourquoi la presse économique qui a le nez en permanence sur les comptes des banques n’a pas vu le coup des bonus de BNP Paribas…

    Commentaire par Paul — 08/09/2009 @ 18:00

  13. Peut être à cause du brouillard?

    Aliocha : ou bien alors ils avaient les yeux remplis de Danette 😉

    Commentaire par tschok — 08/09/2009 @ 18:30

  14. À propos de l’absence du pub dans le Canard: je me trompe, ou ce journal bénéficie des subventions de l’Etat pour la presse dite d’opinion? C’est cela qui est censé leur permettre d’être indépendant des ressources publicitaires.

    En passant, ce serait un bon sujet pour Aliocha, non, cette question des aides de l’Etat à la presse, avec les différents régimes (information, opinion, etc.)?

    Commentaire par Philarête — 08/09/2009 @ 19:13

  15. Hum!

    En principe, la danette, même dans les yeux, ouvre l’esprit.

    Commentaire par tschok — 08/09/2009 @ 19:41

  16. « D’abord, gardez présent à l’esprit qu’un journaliste est d’une indépendance farouche. »

    À nuancer. Encore récemment je croisai à Roissy une amie journaliste (dans la presse magazine de loisir, il est vrai) qui allait en conférence à l’étranger — bien sûr, aux frais exclusifs des éditeurs ou importateurs des produits qu’elle devra ensuite critiquer. Ceci dit, comme je la connais, elle est capable de tacler n’importe quel mauvais produit, mais j’ai cru comprendre que tous ses collègues ne sont pas pareil.

    Bref, dites mieux : « un BON journaliste est d’une indépendance farouche », et nous seerons d’accord.

    Commentaire par DM — 08/09/2009 @ 20:26

  17. si vous voulez une affiche, oubliez la une, le numéro d’aujourd’hui propose une très belle photo des Beatles…

    Aliocha : j’ai vu et j’ai été prise d’une crainte atroce, Libé se prendrait-il pour Podium ?

    Commentaire par gaelle — 08/09/2009 @ 22:35

  18. L’annonce de la remastérisation des albums des Beatles est un parfait exemple du fait qu’une bonne partie du journalisme actuel (du moins sur les sujets « légers », qui occupent tout de même une bonne part des actualités) marche à fond dans les plans com’ des entreprises. Un communiqué de presse, c’est facile à recopier, et il est plus facile d’aller faire une interview d’un producteur de disques qui veut vendre sa soupe que de faire des investigations.

    Le plus amusant, c’est quand la presse sort des articles sur des sites Web pas encore actifs, simplement en brodant à partir du communiqué. Je suppose qu’on doit recruter des gens qui étaient bons en « rédactions » à l’école, avec le sens de la fiction qui sonne bien.

    Aliocha : il faut bien avouer que le numéro 2 est décevant. Cela étant, Libé sort ce cahier parce que la version remasterisée des Beatles sort en ce moment, cela s’appelle l’Actualité. Or, un quotidien, fut-ce à l’heure d’Internet, doit quand même parler de l’Actualité, sinon, il perd sa légitimité de quotidien. C’est tout le problème de la nouvelle formule d’ailleurs, il ne faudrait pas qu’elle se comporte comme un magazine en ne faisant que du « froid » sous prétexte que le web s’occupe du chaud. Dans ce cas, autant devenir hebdo, je me demande d’ailleurs si ce n’est pas une tentation chez eux. Ils avaient déjà songé comme quelques quotidiens américains à ne plus sortir tous les jours. Sinon, est-ce que ça méritait 8 pages, un poster et la Une, franchement pas à mon avis.

    Commentaire par DM — 09/09/2009 @ 10:17

  19. @gwynplaine :
    Comme dans TOUTES entreprises, quand elle n’a qu’une seule source de revenu, elle est en grand danger (pour ne pas dire au bord du gouffre avec les pieds sur une peau de banane…)
    Par exemple, une entreprise qui fait des accessoires pour peugeot, et exclusivement peugeot, il suffit que peugeot bloque les achats pour mettre cette entreprise en dépôt de bilan.

    Alors, la presse gratuite grace à la pub, c’est que le constat : Le principal problème, c’est l’unique source de revenu, et visiblement toutes cherchent à diversifier leur source de revenus. Certains dirons que ces boites se vendent au diable ‘capitalisme’… d’autre qu’il font enfin preuve d’intelligence et de solidifier leur finance pour conserver leur indépendance. Ca dépend si on voit le mal partout à pas.

    La presse gratuite nous prouve, à nous, (enfin, surtout moi qui n’est pas dans ce milieu) que les revenus sont énormes. Et rares sont les gens qui préfèrent être payé au SMIC que 10 000€/mois pour le même boulot au final !
    Bref…

    @Aliocha :
    Peut être que la presse spécialisé concernant les primes aux banques ne trouvent pas ca justement injustifié ni indécent. Une banque n’est pas composé uniquement de requins pret à vendre leur mère pour gagner de l’argent en plus. Il y à des traders qui font excellement bien leur travail, qui ont des performances remarquable sur leur portefeuille, et qui ont une culture du « risque 0 ». Généralement, ce sont les mauvais ‘les Kerviel’ qui pensent faire aussi bien que les meilleurs en arrivant dans le métier. (là, j’y suis un peu plus dans ce milieu ^^)

    Mais bon, il est vrai que vous réflechiriez à 2 fois avant de souscrire à une assurance vie si la banqque vous proposait « peut etre du 0% si les marchés fonctionne bien et que le trader en charge ne mente pas à sa hiérarchie ». Pour le coup, autant placer son argent dans son matelat ^^

    @Philarête :
    Merci pour la précision, je ne savais pas. Et vous rejoint prestement dans votre désir de voir Aliocha nous entrenir de ce sujet !!

    Commentaire par Testatio — 09/09/2009 @ 12:17

  20. @ Testatio : c’est bien ce que je dis, la presse gratuite ne prouve pas qu’on peut ne fonctionner qu’avec la pub, parce que sans une bonne situation éconmique elle se retrouve le bec dans dans l’eau. Et le problème c’est que de modèle économique gratuit qui ne soit pas payé entièrement par la pub, il n’en existe pas à ma connaissance (qui est certes limitée).
    De plus, je trouve dangereux que le public veuille toujours payer moins cher l’information, jusqu’à la gratuité, parce que si la production de l’information à un coût, l’information a aussi une valeur. Et je trouve que c’est cette valeur, essentielle, que l’on a tendance a oublier dans les pays où l’on jouit de la liberté d’expression. Et vouloir toujours faire baisser le prix de l’information, c’est aussi le risque d’en déprécier la valeur.
    Pour ce qui est des revenus énormes de la presse gratuie, je ne vous comprends pas : vous voulez dire que les journalistes de cette presse sont mieux payés que les autres ?

    Quant à la nouvelle maquette de Libé, moi qui le survole rapidement chaque jour pour un panorama de presse, je trouve que l’aération ainsi que le nouveau papier facilitent l’apréhension immédiate de l’info et le survol rapide du journal.

    Commentaire par gwynplaine — 09/09/2009 @ 18:38

  21. @Aliocha: Nous sommes d’accord, la remastérisation des Beatles, c’est de l’actualité. Cependant, objectivement, c’est une actualité sans impact politique, écologique, sociétal, etc. notable, qui concerne une assez petite minorité de la population (les fans des Beatles qui voudraient renouveler leur collection; je pense d’ailleurs que seule une minorité de la population sait ce qu’est une « remastérisation »). Il n’y a donc pas de quoi y passer tout ce temps à la radio, TV, et dans les journaux.

    Et je dis cela en tant que personne qui apprécie les Beatles, mais qui essaye de ramener les choses à leur juste valeur.

    Commentaire par DM — 10/09/2009 @ 08:23

  22. @gwynplaine : Je parle du revenu de la pub dans la presse gratuite qui est enorme, et de ce fait permet de faire tourner la boite.

    Un peu comme en finance. La bourse est l’unique moyen de revenu de certaines sociétés de gestion. Quand tout va bien, c’est parfait, quand la bourse plonge, les salariés sont remerciés.
    Pour moi, c’est une faute de la part de la direction que de ne pas savoir diversifier les revenus de la boite. Certes, elle peut fonctionner avec un revenu unique, mais les risque sont enormes.

    Commentaire par Testatio — 10/09/2009 @ 09:10

  23. […] arrêter de servir de la soupe avec des grandes images, façon roman-photo. Nous en avions parlé ici. J’ai attendu, je me suis dit qu’il leur fallait quelques semaines pour se roder, que […]

    Ping par Misère et courtitude « La Plume d’Aliocha — 22/10/2009 @ 13:23


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