La Plume d'Aliocha

07/09/2009

Informer tue

Filed under: questions d'avenir — laplumedaliocha @ 09:37

rsf - informer tueJ’aurais pu choisir un sujet moins grave pour un lundi matin. Mais il se trouve que je n’étais pas disponible ces derniers jours pour vous dire quelques mots de la mort du journaliste Christian Poveda, c’est donc aujourd’hui que le fais. La photo en illustration fait partie de la dernière campagne de Reporters sans frontières. L’occasion peut-être d’aller visiter leur site qui dresse une cartographie de l’état de la liberté de la presse dans le monde, c’est ici.

Christian Poveda, 54 ans, a été assassiné le 2 septembre d’une balle dans la tête au Salvador. Il y enquêtait depuis plusieurs années sur le gang « Mara 18 ». Son documentaire sur les bandes armées au Salvador, « La vida loca » sort le 30 septembre en France.

Je vous recommande d’aller lire sa dernière interview, réalisée la veille de sa disparition. C’est ici.  Par ailleurs, Libération a raison de tirer la sonnette d’alarme dans cet article

« Outre la douleur d’avoir perdu un ami et un confrère, les photoreporters sont aujourd’hui en colère. «Il y aura toujours des gens prêts à partir dans les zones les plus dangereuses de la planète pour témoigner de ce qui s’y passe, affirme Christian Caujolle. Toutefois, si ce journalisme est en danger, c’est évidemment parce que des gens comme Christian risquent leur vie mais aussi parce que leurs travaux trouvent de moins en moins de place dans les médias qui sont censés les diffuser.»

Eh oui, le people, voyez-vous, ça rapporte infiniment plus que d’enquêter sur les gangs au Salvador. Le public préfère apercevoir le cul d’une star pris au téléobjectif ou les bourrelets du Président que de savoir ce qui se passe d’important sur la planète. En tout cas, c’est ce que pensent les éditeurs de presse et ils n’ont sans doute pas tort. Mais il fut un temps où ils savaient financer la vraie information avec les futilités plus vendeuses de l’actualité « people ». Aujourd’hui, les titres de presse, menacés dans leur survie, se replient sur les recettes faciles.

Bon sang, mais dans quel monde vivons-nous ?

Il est peut-être temps que le public se fasse entendre sur ce coup-là. Je refuse de croire que les travaux de journalistes comme Poveda n’intéressent personne.

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10 commentaires »

  1. « Il est peut-être temps que le public se fasse entendre sur ce coup-là. »

    Il ne cesse de le faire en vous désertant.

    Aliocha : c’est bien ce qu’il me semble, le problème, c’est que le message est interprété à l’envers. Les éditeurs de presse, encouragés par les consultants et leurs fichues études de lectorat, pensent que les gens n’ont plus le temps de lire et qu’il faut donc les aguicher avec des infos sensationnelles, des articles courts et beaucoup de photos….

    Commentaire par Paul — 07/09/2009 @ 10:41

  2. Je rajouterai que l’objectif des éditeurs n’est pas que leurs journaux soit lu, mais achetés.
    Mais, j’avoue, j’ai mauvais esprit.

    Commentaire par etienne — 07/09/2009 @ 12:24

  3. @Aliocha (1) « [ils pensent] qu’il faut donc les aguicher avec des infos sensationnelles, des articles courts et beaucoup de photos…. »

    C’est malheureusement ce que fait très bien (et pour moins cher) la presse gratuite.

    Après ca on s’étonne que la presse payante « aille mal ».

    Commentaire par Shadow007 — 07/09/2009 @ 13:58

  4. Chère Aliocha….

    Il est des moments ou je vous trouve d’une candeur désarmante.

    Pensez vous que la presse va aller dénoncer les agissements des grands juste parce que c’est loin ? Il n’y a pas eu grand monde pour soutenir Denis Robert lorsqu’il en avait besoin, alors même qu’il habite dans NOS rues et qu’il enquète sur NOS banques, alors un journaliste au salvador si vous saviez ce que « les gens » s’en cognent.

    Commentaire par herve_02 — 07/09/2009 @ 14:42

  5. Mon Dieu.

    Ce mois-ci, un reportage sur la Somalie dans National Geographic. Je l’ai lu avec un respect presque superstitieux, parce que c’est un sujet rare et précieux, mais aussi parce que ça se respecte, un travail effectué dans des conditions pareilles.

    J’aurais aimé lire ce que Poveda aurait écrit, en prenant soin de ne as froisser les pages. et promis, j’aurais même pris cinq secondes devant la couverture, a essayer d’imaginer ce que ça représente.

    Commentaire par vivien — 07/09/2009 @ 14:46

  6. La mort d’un collègue doit être une des choses les plus dures à vivre dans son travail.
    Je pense que personne ne peut s’empêcher de se dire au fond de sa tête « Ca aurait pu être moi ! »

    Au delà de cette douleur, il est difficile de suivre les remontrances de Libé ou de vous-même.
    Je ne comprends pas la critique en fait : C’est le fait de se dire qu’il est mort et qu’au final son travail n’a pas l’écho qu’il aurait mérité. (En résumant succinctement ?)

    La critique sur les choix éditoriaux est facile, car au final, ces choix s’imposent par rapport à ceux qui achètent. Lorsque notre vie est difficile tous les jours, on achetant des news, on n’a pas forcement envie de voir des personnes encore plus malheureuses. On a parfois envie de rêver, puis de voir que les personnes de ces rêves ne sont pas plus heureuse que nous, voir même plus malheureuse (genre Manaudou : on en fait une demi déesse, puis, au final, on montre sa vie personnel pour prouver qu’elle est normale, qu’elle souffre, puis on final on se délecte de sa déchéance… c’est ça, pour moi, la presse people)
    Ainsi s’apitoyer sur le sort des autres, est un acte difficile de base, et parfois il y a saturation.

    De plus, les problèmes des zones les plus dangereuses de la planète sont toujours là, mais les problèmes clairement plus insignifiant mais beaucoup plus proche de nous retiennent plus notre attention. Pourquoi… peut-être parce qu’il est plus ‘facile’ de s’identifier, et de se dire : « Ca aurait pu être moi ! »

    Le catastrophisme a eu raison des infos, et maintenant la multitude des infos permet aux gens de choisir l’info sur laquelle ils veulent se pencher. Le seul problème vient surtout du fait que, de plus en plus, les gens font le trie et garde l’exclusivité des infos people. C’est ceci qu’il faut réprimer, car l’actualité people devrait être la minute ‘évasion’ du 1/4 d’heure ou de la demi-heure d’info quotidienne…

    Aliocha : vous évoquez de nombreuses questions passionnantes, avec délicatesse de surcroît, ce dont je vous remercie. Je n’aurais pas la prétention de parler de la mort d’un « collègue » suite au décès de Christian Poveda, même si nous faisons le même métier, il y a un monde entre lui et moi et je n’entends pas me hausser du col en prétendant m’assimiler à un journaliste de ce niveau. Je suis simplement triste et révoltée, comme tout un chacun, quand un homme meurt dans l’exercice de son métier. Ce point étant précisé, Libération évoque une préoccupation réelle et importante chez les journalistes qui risquent leur vie : le fait que ça ne nourrit même plus son homme parce que les grands reportages n’intéressent plus les éditeurs de presse, souvent parce qu’ils n’ont plus les moyens de les rémunérer. Cela étant, je comprends fort bien, pour le ressentir parfois, l’impossibilité de supporter qu’à ses ennuis personnels viennent s’ajouter ceux du monde. On en veut alors aux médias d’appuyer comme à plaisir sur les tragédies, de ne voir que ce qui va mal et jamais ce qui va bien etc. En réalité, le problème est sans doute moins dans l’information elle-même, fut-elle tragique, que dans son « hystérisation » médiatique. Quand on nous assène une rentrée marquée par la crise, le chômage et le H1N1, forcément on a envie de légereté. A la violence des informations graves, répond en écho le désir de news people croustilllantes. Mais on peut imaginer aussi s’extraire de cette cacophonie aussi stressante que stérile pour s’intéresser au vrai journalisme, non ? Pour ce que j’ai lu du documentaire de Poveda sur les gangs au Salvador, il dresse un portrait humain de la situation qui échappe au sensationnalisme et nous concerne, en tant qu’humains justement.
    Quant au fait que nous soyons plus sensibles aux problèmes proches de nous, c’est parfaitement connu dans la presse. On appelle ça la théorie du mort au kilomètre de mémoire, autrement dit, mieux vaut 1 mort ici pour intéresser le lecteur que 10 000 à 10 000 kilomètres. Réflexe humain normal. C’est aux journalistes de savoir nous intéresser à ce qui se passe loin et aux éditeurs de presse surtout de leur donner la possibilité de le faire.

    Commentaire par Testatio — 07/09/2009 @ 16:20

  7. Chère Aliocha, le travail de Christian Poveda est remarquable.
    Il est d’ailleurs dans le dernier (très bon) numéro du magazine Polka (http://www.polkamagazine.com/) avec des images superbes et un témoignage incroyable sur le Mara 18.

    Commentaire par Mister Cham — 08/09/2009 @ 01:18

  8. À méditer : pendant la campagne présidentielle (sujet réputé sérieux), il y avait devant le siège du PS des photographes qui attendaient comme des sentinelles un éventuel passage de la berline de Ségolène Royal ou d’un autre « éléphant ».

    On se demande bien quelle information il y a à voir passer un personnage politique dans une automobile…

    Reste que faire le pied de grue rue de Solférino, même si ce doit assurément être barbant, c’est moins risqué que d’aller en Iraq et, si ça se trouve, cela rapporte plus.

    Commentaire par DM — 08/09/2009 @ 09:46

  9. Malheureusement vous avez raison chère Aliocha et la preuve en est que l’une des plus grandes agence photo Gamma est en cessation de paiement car les journaux n’achètent plus de photos !
    Alors que c’est le plus beau métier du monde, les photoreporters sont obligés de se lancer dans le people. C’est lamentable et malheureusement a cause du public qui ne s’interesse plus a grand chose
    Mais la presse est dans le même cas de figure : prenez le métro, regardez ce que lisent les gens qui vous entourent ? Metro ou 20 Minutes. Quelles pages? Le Sport et la page people!
    A croire que notre métier ne sert plus qu’à ça!

    Commentaire par misty — 08/09/2009 @ 10:48

  10. @misty: À la décharge des gens qui lisent dans le métro, ce n’est pas quand on rentre fatigué du travail qu’on lit des choses sérieuses, et le contexte des transports rend de toute façon difficile une lecture suivie. Donc, autant lire des sujets légers.

    Plus inquiétant: pour la majorité de nos concitoyens, l’information passe par le JT, singulièrement celui de TF1.

    Commentaire par DM — 08/09/2009 @ 20:28


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