La Plume d'Aliocha

30/09/2009

Gare à l’indigestion littéraire !

Filed under: Dessins de presse — laplumedaliocha @ 16:39

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29/09/2009

Marche à l’ombre

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 19:33

Eolas, dans un billet remarquable publié aujourd’hui, éclaire l’affaire Polanski d’un analyse juridique particulièrement bienvenue. Toutefois, l’un de ses arguments en fin de démonstration m’a laissé perplexe.

Il se dit choqué que les mêmes artistes ayant milité pour la répression pénale du téléchargement illégal, s’insurgent aujourd’hui parce qu’on applique le droit à l’un d’entre eux. Cet argument me rappelle celui, rabaché jusqu’à l’épuisement à l’occasion de l’affaire Hortefeux, des fameuses caméras de vidéosurveillance. Ah ça ! disait-on, c’est un peu fort ! Notre ministre de l’Intérieur qui nous vante les caméras de vidéosurveillance ose s’indigner que l’on diffuse sur le web une vidéo filmée par la caméra tout à fait officielle d’une chaine de télévision dans un lieu tout à fait public.  Dans les deux cas, nous retrouvons notre sempiternelle rebellion webesque qui s’amuse – c’est potache – à renvoyer le monde réel dans les cordes en lui écrasant joyeusement le nez dans…ses erreurs.

So what ? Il n’y a pas plus de lien entre la vidéosurveillance et la bourde d’Hortefeux qu’entre une extradition pour une affaire de viol sur mineure et la protection des droits d’auteurs. Il n’empêche, l’argument aussi incertain qu’il paraisse fait toujours recette auprès des internautes. Non parce qu’ils le jugent objectivement fondé, mais parce qu’il les caresse dans le sens du poil. On rassemble facilement, quand on désigne un ennemi commun. Or, quiconque est hors du web et a l’outrecuidance en plus de vouloir en parler se retrouve immédiatement jeté d’un magistral coup de pied aux fesses, sous les applaudissements enthousiastes des internautes. Voilà qui me rappelle la chanson de Renaud, « Toi tu me fous les glandes, t’as rien à foutre dans mon monde, arrache-toi de là, t’es pas de ma bande, casse toi tu pues, et marche à l’ombre ».

Après tout, Eolas a bien le droit de faire les comparaisons qu’il veut. Le procédé est brillant, à défaut d’être convaincant. Et puis ça m’amuse moi aussi, ces pieds de nez en direction des empêcheurs de tourner rond. Ce qui me dérange, c’est l’idéologie qu’il y a derrière tout ça. Il me semble que nous perdons un temps précieux à préserver une idée de la liberté plus que la liberté elle-même, sur fond d’arrogance technologique un tantinet dérisoire et de manichéisme affligeant. Je ne parviens pas à adhérer à l’utopie d’un monde parfait, pas plus qu’à l’idéologie technique qui prétend régir la société pour son plus grand bien. Une idéologie qui se défie des règles, rejette toute intrusion extérieure et prétend être la seule habilitée à  se penser et à se réguler.  

Je vais faire grincer des dents, mais tant pis. Cette posture me rappelle étrangement celle de la finance. Refus de toute règle, confiance absolue dans l’outil qualifié d’auto-correctif (le marché), technicité extrême considérée comme un progrès incontestable (la titrisation), mépris souverain à l’égard de toute personne n’appartenant pas au sérail, foi dans un avenir qui ne saurait être autrement que radieux, à condition bien sûr que le législateur ne s’en mêle pas et que les politiques se tiennent sagement en dehors du coup. Cela fait dix ans que j’entends quotidiennement ces discours. On voit où ils nous ont menés. Pour l’instant, les internautes résistent à ce qu’ils croient n’être qu’une intrusion inacceptable de la part de politiques aussi ignares que mal intentionnés. Puisse Internet ne jamais connaître d’accident susceptible d’entraîner une réponse politique, judiciaire et législative. Car dans ce cas, il ne s’agira plus de trouver une solution négociée de régulation entre  spécialistes du web et  politiques en charge de l’intérêt général, ce sera le coup de massue sans sommation. Tout le monde y perdra, mais c’est vrai qu’en attendant, on aura bien rigolé.

Une certaine vision du web…

Filed under: questions d'avenir — laplumedaliocha @ 14:08

Un article de Jean-François Copé, publié sur Slate, ranime la polémique sur Internet et le droit.  C’est ici. Je manque malheureusement de temps aujourd’hui pour vous parler d’un livre passionnant que je suis en train de terminer sur ce sujet. Mais c’est peut-être une bonne chose au fond, car c’est l’occasion de vous le faire découvrir autrement. L’auteur mystère dont je parle a été largement critiqué sur Internet ces derniers temps. On a dit de lui, un peu vite à mon sens, qu’il ne comprenait rien à Internet. Si je vous dis son nom, une partie d’entre vous froncera le nez et passera son chemin. Ce serait dommage. Histoire de faire sauter un préjugé que je trouve injuste (comme la plupart des préjugés d’ailleurs), voici un extrait de son livre :

« Si Internet est le symbole des technologies de l’information, ce qui lui donne sens, c’est la recherche d’une autre communication : les internautes cherchent avant tout, finalement, à créer d’autres rapports humains, d’autres solidarités. C’est l’autre plus que jamais qui est à l’horizon. Un océan d’informations, certes, mais surtout avec toujours la même question : comment entrer plus facilement, librement et authentiquement en relation avec quelqu’un ? Internet, l’empereur des systèmes d’information retrouve l’éternelle question de la communication humaine : « y-a-t-il quelque part quelqu’un qui m’aime ? ». Et les réseaux sociaux comme Facebook ne sont que la version moderne du Chasseur français, avec toutes les recherches de lien affectif et social. Le mot « réseaux sociaux » veut d’ailleurs tout dire. Au-delà des réseaux, c’est le social, c’est-à-dire l’humain qui prime. Comment se rencontrer plus facilement ? Avec un rêve d’égalité, visible dans le « peer to peer » : on se cherche et l’on est égaux. Du web aux blogs, aux twitters et aux multiples réseaux, c’est toujours la quête d’une autre communication humaine, plus libre et authentique. C’est aussi, il faut bien le dire, un remède contre la solitude. Cette solitude rampante, terrible dans les milieux urbains où toutes les structures sociales et familiales ont éclaté suscitant, à juste titre, le besoin de construire de nouveaux liens communautaires. Internet, un moyen de lutte contre cette nouvelle réalité : libres, mais seuls. Un outil à la mesure de générations plus généreuses qu’on ne croit, qui, sous le ciel actuellement bien bas des utopies politiques, cherchent d’autres relations, avec humour et ironie, comme pour essayer de naviguer dans les chausses-trappes et impasses de l’histoire ».

N’est-ce pas une description juste d’Internet ? Eh bien voyez-vous ce texte est signé de….Et puis non, je vous laisse deviner. L’anonymat a ceci d’intéressant qu’il évite les jugements hâtifs sur la seule foi de ce qu’on croit savoir d’une personnalité célèbre. Dans les jours à venir, je vous parlerai de son livre (enfin, si mes rédacteurs en chef me lachent un peu !)

 

Mise à jour 15h10 : Tocquevil ayant trouvé la réponse, je rends à l’auteur la paternité de son texte, il s’agit de Dominique Wolton. Le livre est : « Informer n’est pas communiquer » CNRS Editions 2009 – 6 euros.

28/09/2009

Chronique d’une vie minuscule

Filed under: Salon littéraire — laplumedaliocha @ 09:37

9782742783489Pour échapper à la promotion de Firmin, il faut être au choix, totalement hermétique à la publicité ou parfaitement autiste. On l’a vu partout ce petit rat efflanqué. En affiche, sur les présentoirs des libraires et, plus récemment, dans la liste des meilleures ventes. Vous connaissez mon allergie à la publicité et au marketing. Et vous imaginez donc à quel point elle peut m’irriter en matière littéraire plus qu’ailleurs. Quant aux critiques, leur capacité à manier l’hyperbole lors des rentrées littéraires est souvent inversement proportionnelle à la qualité du livre qu’ils recommandent.  Néanmoins, j’ai cédé et bien m’en a pris !

Firmin est  un rat né par hasard dans une librairie d’un quartier de Boston promis à la démolition, dans les années 60. Il est le treizième d’une portée, le plus faible, celui que les autres empêchent de téter. Et voici donc notre animal obligé de grignoter des livres pour survivre. Jusqu’à ce qu’il découvre qu’il sait lire et se mette à dévorer, au sens métaphorique cette fois, tout le fond de la librairie. Alors que ses frères et soeurs partent vivre leur destin, il se prend d’affection pour  cette librairie et s’y installe. Firmin aime donc la lecture, mais aussi Fred Astaire et Ginger Rogers et, plus inattendu,  les femmes nues dans les films érotiques qu’il regarde caché dans un cinéma voisin en grignotant du pop corn. Tout ce qu’il sait des hommes, il l’a appris en lisant. Et, comme il dit, les rats ne pleurent pas. Ils n’aiment pas non plus, en tout cas pas comme les humains. Au fond, ils sont moins malheureux que les hommes. Roman de la solitude, de l’incommunicabilité que seul tempère l’amour des livres, mais aussi d’une affection improbable entre un écrivain raté et un rat, Firmin est une remarquable réflexion sur la condition humaine, faite de joies minuscules et de rêves impossibles sur fond de désespoir. « Sec et froid était le monde, merveilleux les mots » observe au soir de sa vie notre rat philosophe. Il y des accents de Steinbeck chez Sam Savage. Je songeais en le lisant  que si l’auteur de « Des souris et des hommes » avait imaginé donner la parole à la souris qu’écrase Lennie dans son poing au début du livre, elle aurait raconté une histoire proche de celle de Firmin. Né en 1941, Sam Savage est docteur en philosophie. Firmin est son premier roman.

Et pour ceux qui, comme moi, choisissent un livre sur ses premières lignes, les voici :

« J’avais toujours imaginé que si, d’aventure, j’écrivais un jour l’histoire de ma vie, la première phrase en serait saisissante : quelque chose de lyrique à la Nabokov, « Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins » ou de radical à la Tolstoï au cas où le lyrisme me ferait défaut, « Les familles heureuses se ressemblent toutes, les familles malheureuses sont malheureuses chacune à leur façon ». Les gens se rappellent ces mots, même quand ils ont tout oublié du livre qui va avec. Mais à mon avis, en matière d’amorce, on n’a jamais surpassé celle du Bon soldat de Ford Madox Ford : « Voici l’histoire la plus triste qu’il m’ait été donnée d’entendre ». J’ai beau l’avoir lue des dizaines de fois, j’en reste encore comme deux ronds de flan. Ford Madox, lui, c’était un grand ».

25/09/2009

Gazouille-moi un procès

Filed under: Eclairage — laplumedaliocha @ 09:33

C’est LA nouvelle du moment : des journalistes présents au procès de Clearstream le racontent en live sur twitter. Et le Post d’y voir un nouveau risque d’affaiblissement de l’AFP, désormais débordée par l’instantanéité de Twitter. Tempérons un peu ce réflexe devenu classique qui consiste à jeter une pelletée de terre sur le cercueil de la presse dite « traditionnelle » dès que notre ami Internet a une nouvelle dent qui pousse. Car il faut bien avouer que ces impressions d’audience en 140 signes, même mises bout à bout, sont à peu près aussi claires qu’un match de foot crypté sur Canal+. Tout ceci m’a rappelé cependant que l’esprit de synthèse était une des principales qualités exigées des journalistes. Or, nous comptons dans nos rangs un maître incontesté de la synthèse : Felix Fénéon (1861-1944). Oui, je sais, j’aggrave mon cas de dinosaure de la presse tradi’ en faisant référence à l’histoire. Tant pis, ses brèves, publiées dans Le Matin me semblent exemplaires. Jugez plutôt :

« M.X…, de Montauban, nettoyait son fusil. On l’enterre demain ». (63 caractères)

« Le bateau de pêche la Marie-Jeanne, dix hommes dessus. Une lame de fond, dix hommes dessous ». (92 caractères)

Quel art, vous ne trouvez pas ? Si les amateurs de twitter parviennent à cela, alors je dirai : chapeau bas !

En  attendant, et puisque le week-end approche, rien ne vous empêche de jouer les Fénéon et pourquoi pas de tenter de nous résumer ici le G20 en 92 signes, ou tout autre fait d’actualité qui vous intéresse. A vos claviers !

A moins que vous ne préfériez vous passionner pour une question de fond : peut-on twitter un procès ? Comme vous le savez, les appareils d’enregistrement sont interdits dans les prétoires. Enfin en principe, car les exceptions sont des plus en plus nombreuses. Par ailleurs, les magistrats qui y furent longtemps opposés commencent à changer d’avis à ce sujet. Sachez encore que de nombreux pays, dont les Etats-Unis mais aussi l’Espagne, autorisent les filmages d’audience. Toujours est-il que si les caméras sont encore persona non grata dans nos tribunaux, les journalistes et le public en général y sont admis, sauf rares exceptions. Je vous avoue ne pas avoir de position arrêtée pour l’instant sur Twitter, mais j’ai tendance à ne pas voir ce qui pourrait s’opposer sur le principe à cette pratique. Pour en savoir plus, voyez ce papier de l’Express et surtout le remarquable billet publié par Dadouche le 24 juillet dernier.

Note : Ces informations sont extraites de l’Histoire de la presse parisienne par René Mazedier, cité par l’excellent « Visages de la presse » de Louis Guéry.

Mise à jour 26/09 : Eolas confirme qu’aucun texte n’interdit de twitter un procès et se livre au passage à une savoureuse expérience en la matière. C’est ici.

24/09/2009

Ah! Qu’il est beau le Figaro

Filed under: Eclairage — laplumedaliocha @ 10:55

J’ai acheté le Figaro, si, si. Et je me suis dit en le faisant, que si j’étais bien en peine de jurer que c’était la première fois, on ne devait pas en être loin tout de même.  Ce qui ne veut pas dire que je ne l’ai jamais lu dans un hôtel, un avion, une salle d’attente, une rédaction, bref là où il était à disposition gratuitement. Mais acheté, vraiment, comme on achète son quotidien préféré afin de s’informer, non, en tout cas je ne m’en souviens pas.

Une vraie réussite technique

Du coup, pour vous dire un mot de la nouvelle formule, j’ai dû enquêter un peu autour de moi, auprès des spécialistes de la presse pour avoir un avis éclairé. Qu’il est beau m’ont-ils déclaré en coeur ! Non, je ne vis pas dans un repaire de sarkozistes, rassurez-vous. Et leur émerveillement n’est pas idéologique mais technique. Format berlinois (il l’était déjà presque, le rétrécissement est infime), entièrement en « quadri » y compris les petites annonces, maquette claire et bien organisée, belle typo même si certains yeux fatigués la trouvent un peu pale (c’est la chasse qui est en cause, disent-ils, autrement dit la largeur du caractère), illustrations remarquables. Je dois dire qu’ils ont raison. Sans compter qu’il répond à mes propres obsessions, à savoir des articles de dimension respectable et non pas des brèves avec de grandes photos. Mon seul regret est qu’il cède à la mode des cahiers. J’ai horreur de tenir un journal en morceaux. Je comprends souvent mal le découpage, je me perds dans les cahiers, quand ce ne sont pas eux qui se perdent en m’échappant des mains dans le métro. Mais bon, il faut croire qu’il y a une logique marketing et éditoriale qui m’échappe dans ce saucissonnage que pratique également Les Echos.

Il ne tache plus les doigts !

Mais j’allais oublier la principale nouveauté, que dis-je la Révolution : Le Figaro nouvelle formule ne tache plus les doigts. Il utilise en effet le procédé dit « waterless ». J’ai fait quelques petites recherches, d’où il ressort que ce procédé, inventé en 1977 et utilisé dès les années 90 au Japon, a tardé à se répandre dans le reste du monde. Il fallait, semble-t-il, que l’encre soit disponible mais aussi les rotatives adaptées. Sans compter qu’il est cher, dit-on. Le waterless a donc été longtemps réservé aux impressions nécessitant une grande qualité car il offre « une très bonne qualité d’impression avec peu d’engraissement du point, un bon contraste, de fortes densités, des détails dans les tons clairs ou dans les ombres, ou encore un excellent registre des couleurs ».

Notons enfin que Le Figaro a glissé une petite plume dans le F de son nom. Un clin d’oeil pour signifier qu’il continue de croire dans l’imprimé.

Voilà, il y a toujours moins à dire quand on félicite que lorsqu’on critique. Le plus drôle, c’est qu’en allant flâner hier chez le marchand de journaux pour acheter Bakchich, j’ai hésité entre Le Monde et Le Figaro et hop, j’ai embarqué Le Figaro. Vous me direz, il y avait une enquête sur les contrôleurs aériens en Une qui m’intéressait (très intéressante d’ailleurs), mais tout de même. C’est qu’il me plairait presque le nouveau Figaro. Tenez, au passage, j’ai aussi jeté mon dévolu sur la revue Beaux-Arts et son hors-série consacré à l’exposition du Louvre « Titien, Tintoret, Véronèse…rivalités à Venise ». Voilà encore un bien beau journal qui a la bonne idée de sortir l’art des musées pour parler aussi de mode, d’architecture, de livres etc. Le lire est toujours un voyage agréable. Le sommaire du dernier numéro est ici si vous voulez vous faire une idée.

Connaissez-vous les formats des journaux ?

Toujours sur un petit air de flânerie mais cette fois sur le web, je songeais en entendant parler mes très savants amis sur Le Figaro, qu’il était temps de m’infliger un petit cours de rattrappage sur les formats des journaux. Du coup je le partage avec vous. Le Figaro et Le Monde sont désormais en format berlinois, nous dit-on. Soit, mais encore ? Petit cours de vocabulaire donc. Et merci à l’Ecole supérieure de journalisme de Lille, dont le site est ici.

– Le grand format (dites broadsheet, c’est plus chic)  578×410 mm : c’est celui de l’Equipe

– Le Belge 520×365 : Le Progrès

– Le Berlinois 470×320 : Le Monde, la Tribune, Les Echos, le Figaro

– Le tabloïd 410×290 : Libération, Le Parisien

– Le demi-tabloïd 290×210 : 20 minutes, Direct matin

Oui, vous avez deviné, les formats de journaux rétrécissent. Question de coûts, mais aussi de confort pour le lecteur. On dit même que l’Equipe ambitionnerait de rétrécir. Tout fout le camp !

Note : Voyez ce papier de l’Express qui fait le point (jeu de mot involontaire) sur les nouvelles formules actuelles de la presse.

23/09/2009

Quand la toile accouche du papier

Filed under: questions d'avenir — laplumedaliocha @ 14:25

bakchichL’aventure de Bakchich qui lance aujourd’hui un hebdomadaire satirique papier me réjouit. C’est en effet une nouvelle étape importante dans l’épopée de la presse  qui montre que le papier et le web ne sont pas les frères ennemis qu’on décrit, mais plutôt des partenaires qui doivent encore inventer leur destin commun. Rappelons que Bakchich a été créé en mai 2006. Le site espérait alors parvenir à l’équilibre en six mois. Ce ne fut malheureusement pas le cas. Bakchich dépense en effet 50 000 euros par mois tandis que les recettes publicitaires plafonnent à 6 000 euros et les abonnements à 14 000 euros. Faites le compte ! C’est léger pour un site qui se vante de compter 430 000 visiteurs uniques. Il était donc urgent que le site parte à la conquête de nouveaux lecteurs.

Dans une interview accordée à 20 minutes, le directeur de Bakchich, Nicolas Beau, explique : 

« L’hebdo sera composé d’enquêtes exclusives. Les abonnés actuels du site pourront continuer à télécharger le pdf du journal jusqu’à la fin de leur abonnement. Quant au site, il se recentrera sur l’actualité chaude et les vidéos. Les « off » resteront payants (1 euro par article). Les internautes sont prêts à payer pour ces infos pointues et ce système, qui nous rapporte 10.000 euros par mois, constitue la principale ressource du site. Enfin, nous étudions la possibilité d’une nouvelle formule, avec une refonte du site, dans les prochains mois ».

Tiens, tiens, les articles payants rapportent plus que la pub. Intéressant. Quand je pense qu’il y a quelques mois encore, tout le monde ne jurait que par le gratuit financé par la pub…Sans compter les croque-morts qui se bousculaient pour enterrer le papier !

Voyez également ici la présentation de la nouvelle offre par Bakchich.

Tiré à 100 000 exemplaires, le premier numéro est en vente aujourd’hui au prix de 1,80 euros. La rédaction vise un objectif de 25 000 exemplaires par semaine pour être à l’équilibre.  Pour Nicolas Beau, le papier, quelque soit la crise qu’il traverse, demeure donc potentiellement plus rentable que le web. Mais ce n’est pas tout. Le papier serait aussi mieux adapté à certaines formes de journalisme. Le directeur du journal a fait un peu froncer le nez de l’équipe d’Arrêt sur images en déclarant dans cette interview :

« Internet propose des contenus plus ludiques et beaucoup de vidéos, mais il y est difficile d’intéresser le lecteur comme sur le papier. Il n’y pas de place pour l’enquête journalistique, car l’info en ligne demande surtout de la réactivité. Ceci est dû, selon moi, à la culture de la gratuité sur Internet ».

Voilà qui ouvre une belle réflexion sur la répartition des contenus entre les supports selon les qualités et les défauts de chacun. Je comprends l’émoi d’@si qui a fait le pari du pure player payant et qui parvient à en vivre, quand il lit que l’enquête n’aurait pas sa place sur le web. Cela étant, @si occupe une niche, la critique des médias, qui justifie sans doute ce modèle, ce qui n’est pas le cas des autres. D’ailleurs, Edwy Plenel chez Mediapart attend les investisseurs qui lui permettront lui aussi de sortir un hebdo ou un mensuel papier.

Joyeuse ambiance

Si les coulisses du journal vous intéressent, allez donc voir cette sympathique vidéo qui raconte le bouclage du premier numéro de Bakchich. Autant vous le dire tout de suite, toutes les rédactions ne sont pas aussi joyeuses que celle-ci, loin de là, mais ce document rend bien compte en revanche de l’esprit de la presse. Vous comprendrez peut-être pourquoi ce métier a une fâcheuse tendance, malgré tous ses défauts, à rendre raide dingue amoureux….

Mais ce journal, me direz-vous, il est bon ou pas ?

Pour être franche, je ne suis pas une accro de la presse satirique. Je lis peu le Canard, et moins encore Charlie ou Siné hebdo. Je doute donc que mon avis puisse être pertinent sur le sujet. Toujours est-il que j’ai quand même filé chez mon marchand de journaux pour voir la bête et vous  raconter (j’aurais pas dû, j’ai été prise d’une frénésie d’achat, 30 euros de presse, vous imaginez ça ?), bref, j’ai eu du mal à le trouver. Logiquement, il aurait dû se trouver à côté du Canard et de ses canetons. Pas du tout, il était tout coincé le pauvre dans le gourbis des inclassables, c’est-à-dire des fanzines confidentiels. Dommage. En marketing de presse, on sait à quel point l’emplacement chez le marchand est important. Bakchich devrait faire gaffe sur ce coup. Finalement, j’ai mis la main dessus. Alors ?!….vous écriez-vous, tyranniques lecteurs. Alors, il a adopté le même format que Siné (plus petit donc que Charlie et moitié moins grand que le Canard, à peu de chose près). Il compte 20 pages en quadri, illustrées par des dessinateurs et quelques photos (dont 4 pages intitulées joyeusement « Bab el Oueb », fournies par Vendredi, sur le meilleur du Net) et traite de tous les sujets, de la politique internationale à la culture. Il y a même un horoscope politique assez drôle en Der où chaque signe astral est l’occasion de prédire l’avenir de nos dirigeants favoris (Sarko, Fillon, Ségo). Bakchich a poussé la précision journalistique jusqu’à se rencarder sur leurs vrais signes à nos politiques (j’ai vérifié). Pour le reste, à vous de me dire. N’étant pas du tout le coeur de cible ni même sa frange, je me garderais bien de donner un avis.

21/09/2009

Un mauvais procès sur un vrai sujet

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 12:55

Il y a un peu plus d’une semaine éclatait l’affaire Hortefeux. Je sais, vous en avez assez, mais comme elle continue d’être commentée et que je continue de n’être pas d’accord avec ce que lis, j’y reviens. Si vous passez votre chemin, je ne vous en voudrais pas. Revenez demain, on parlera sans doute d’autre chose. De la nouvelle formule du Figaro par exemple, aujourd’hui en kiosque, ou de celle de Libé, qui mérite aussi un petit bilan.

Toujours est-il que l’affaire Hortefeux nous a rallumé la sale petite guerre entre le web et le reste du monde. Au coeur de ce débat collatéral ? Internet est-il ou non en cause dans cette affaire ?

Souvenez-vous, dès que la vidéo a commencé de circuler, les critiques ont fusé. Copée par exemple, qui a pointé la responsabilité du web. Et puis Wolton qui a mis en garde contre le populisme. Et d’autres depuis qui n’ont cessé de surenchérir…

Les professionnels d’Internet ont eu beau jeu alors de les renvoyer dans les cordes :

– c’est une vidéo tournée par des journaliste,

– publiée par des (enfin, d’autres) journalistes,

dans ces conditions, elle est où la responsabilité d’Internet qui soi-disant se complet dans la rumeur, le non-vérifié et les vidéos volées ?

Ils ont raison, bien entendu, mes amis du web de corriger les préjugés faciles et les erreurs qu’ils engendrent. Je ne suis pas certaine en revanche de les suivre quand ils disent qu’Internet est étranger à l’affaire et que toutes les critiques qui ont surgi sur ce terrain sont stupides.

Dernier en date à se faire tailler un short à ce sujet, Alain Duhamel qui a eu l’imprudence de publier chez libé une tribune sur l’affaire.  Du coup, même l’excellent Koz le contredit en qualifiant son combat d’arrière-garde et il n’est pas le seul. Si @si reconnaît qu’il y des réflexions pertinentes dans ce papier, le site souligne aussi que Duhamel en son temps fut victime d’un buzz (à propos de son engagement personnel en faveur de Bayrou lors des présidentielles) et que c’est sans doute pour cela qu’il a une dent contre le web. C’est ici. Plus simplement, peut-être a-t-il appris ce que d’autres sauraient s’ils étaient  moins crispés dès que surgit un débat autour d’Internet, hors de la sphère de celui-ci s’entend. Car ce n’est pas le moindre des paradoxes que les mêmes propos tenus sur le web soient, au choix, entendus ou conspués selon qu’ils émanent d’un adoubé du web ou d’un étranger. Un indice de plus, s’il en était besoin, que cette guerre est moins un affrontement sur le fond qu’une querelle épidermique entre Anciens et Modernes. 

On a une mauvaise perception des choses quand on est susceptible. Or, je trouve mes amis du web bien susceptibles et bien allergiques à la critique, eux qui pourtant ne se dispensent jamais de lancer des flèches assassines.

Mais voyons donc ce que nous dit Duhamel d’aussi stupide et affreux sur le web.

« En l’occurrence, il ne s’agissait ni d’une équipe d’amateurs, ni d’images volées. Très souvent, qu’il s’agisse d’un fait divers, d’un accident, d’une rixe, d’une bavure, d’une catastrophe naturelle, du propos d’un politique, d’un artiste, d’un policier ou d’un quidam, un témoin se trouve là, à sa fenêtre, à la table d’à côté ou dans sa voiture. Il enregistre et il diffuse. Il n’y a plus de geste sans image, de phrase sans son ».

Qui pourrait soutenir le contraire. On peut, au choix, s’en féliciter ou s’en inquiéter, mais on ne peut nier cette réalité.

« Dès que la photo, la séquence ou la boutade se retrouve sur Internet, c’est aussitôt la fièvre, la théâtralisation, la contagion, la dénonciation, le scandale, la polémique. La mince cloison entre vie privée et vie publique s’est effondrée. La technologie permet à chacun de se métamorphoser en reporter d’un instant. La vidéo se rue sur Internet et déferle sur l’information, sans réflexion, sans recul et sans frein. C’est de l’information sauvage, du journalisme barbare, de la traque totale. Cela vise et touche indifféremment coupables et innocents, politiques et citoyens ».

Je trouve, personnellement, que sa description des phénomènes de fièvre sur Internet est assez bien vue. Quand à son inquiétude sur la vie privée, elle n’est rien d’autre que celle qui anime la CNIL. Il n’y a que les internautes pour ne pas vouloir l’entendre cette mise en garde là, en tout cas pas lorsqu’elle vient de l’extérieur.

Et Duhamel d’ajouter :

« Nous n’en sommes qu’au début mais déjà tout est joué : le mobile photographe couplé avec la vidéo reporter assurent le despotisme de la transparence. L’œil inquisitorial et l’oreille chasseresse sont partout. On se plaint des caméras de surveillance mais elles ne sont que la partie visible et infinitésimale d’une toile qui menace la liberté de tous. Avec l’association du mobile et de la vidéo, il n’y a plus d’innocents ni de sphère privée. Chacun est surveillé ».

C’est un peu vrai, vous ne trouvez pas ?

« Comme avec la télévision classique mais dix fois plus encore qu’elle, la vidéo fonctionne à l’instantanéité, à l’émotivité et à l’irrationel. Elle traque l’instant présent pour le projeter sur les écrans universels. Cela signifie que tout est virtuellement public, que tout est brut puisque la rapidité prime sur la vérification des sources, sur le commentaire d’accompagnement, sur le recul le plus élémentaire.
Bien sûr, lorsqu’il s’agit de sites professionnels, animés par des journalistes de métier, les risques diminuent, les inconvénients se relativisent. Encore les exemples ne manquent-ils pas de dérapages par précipitation. Il y a plus : les vidéos d’amateurs, celles des citoyens reporters, remportent des succès étroitement proportionnels à leurs transgressions. Plus on choque, plus on gagne. Plus on surprend (généralement en mal), plus on marque de points. Plus l’on dévoile, plus l’on démythifie, plus l’on déconsidère et plus l’on triomphe.
Il y a là, dès que ne s’exerce aucune règle professionnelle, une pente irrépressible vers la délation, vers la calomnie ou vers l’injure. Déjà, sur les sites, le simple mail fait sauter la plupart des barrières de la courtoisie ou de la mesure. La vidéo dispose évidemment d’une puissance incomparable. Comme la télévision mais sans aucune norme acceptée, elle joue des sentiments, de l’amplification, de la contagion ».

Savez-vous ce qui m’interpelle le plus dans ces observations ? Retirez le mot Internet et remplacez-le par « presse » ou « journalistes » ou bien encore « médias », et vous conviendrez sans doute avec moi que toutes les critiques que l’on porte à internet sont exactement les mêmes que l’on inflige aux journalistes depuis qu’ils existent. Précipitation, approximation, populisme, goût du scandale, violation de la vie privée. N’est-ce pas que c’est intéressant ? Mais alors, pourquoi les dinosaures des « médias traditionnels » s’insurgent-ils contre des méthodes et surtout des travers qui sont aussi les leurs ? Jalousie, ignorance, angoisse d’un monde sur le point de disparaître, répondent en coeur mes amis du web. Peut-être, mais alors expliquez-moi pourquoi des journalistes aguerris du web, comme Elisabeth Lévy de Causeur ou Philippe Cohen de Marianne2, ont pris le risque fou d’émettre eux-mêmes des réserves sur l’intérêt de cette vidéo et plus encore de s’inquiéter des proportions que prenaient cette affaire ?

L’affaire Hortefeux est bel et bien liée au web

Moi je pense au fond, et c’est là que je voulais en venir, que les professionnels des médias s’inquiètent, en tant que spécialistes de la communication, des évolutions du web et qu’ils ont raison de poser des questions. Parce que du haut de leur histoire qui compte plusieurs siècles, les gens de presse connaissent les dangers qui émaillent le chemin de celui qui entend s’exprimer en direction d’un public. Parce qu’ils ont commis bien des erreurs et qu’ils en mesurent le prix.Parce que ce sont ces erreurs qui ont permis de bâtir les règles du métier de journaliste et de définir les principes de l’éthique journalistique. Et parce qu’en bougeant les lignes, Internet pose nécessairement la question de l’évolution de ces règles. Dire cela, ce n’est pas nécessairement stigmatiser Internet, mais simplement s’interroger sur une nouvelle forme de journalisme et de communication.

Imaginons  un instant que le même épisode ait eu lieu avant le web. Il aurait donné quoi ? Certainement pas 2 minutes de reportage au 20h car les journalistes se seraient concentrés sur l’information essentielle : le nombre de participants, un extrait de discours et hop, emballé c’est pesé. Une brève dans le Canard ? Mais qui s’en serait ému ? Le journal satirique nous en balance tellement chaque semaine de ces petites horreurs de la politique qu’on en est gavés. Retirez à ce document sa forme de vidéo « off » et vous le privez de sa dimension émotionnelle évoquée par Duhamel. Vous lui retirez son petit côté « trou de la serrure » si appétissant. Confiés-là à des médias traditionnels, et ils se demanderont immédiatement si la chose est suffisamment sérieuse et édifiante pour être montrée. Sur ce point, Internet ne peut tout à la fois invoquer son rôle émancipateur vis à vis de la presse et nier le fait que cette diffusion relève de sa spécificité, du rôle social qu’il entend jouer. Sans compter l’effet « buzz » qui lui est très particulier.

Non vraiment, la diffusion de cette vidéo et le scandale qu’elle a déclenché sont bien liés au web.  Par conséquent, la question de l’utilisation du web, non pas seulement en général mais aussi d’un point de vue journalistique, est bel et bien posée. Et les mises en garde des uns et des autres prennent alors un réel intérêt, fussent-elles douloureuses à entendre ou maladroitement exprimées.

Il leur manque peut-être seulement une chose pour être fructueuses, une petite phrase anodine qui dirait à peu près ceci : toute personne communiquant en direction d’un public, quelque soit le média utilisé, est confrontée aux mêmes tentations, aux mêmes impératifs et aux mêmes risques. En cela, le web n’est pas différent des autres médias. Simplement il est neuf et doit accepter de réfléchir sur lui-même. Ce d’autant plus qu’il a tendance à considérer que sa vocation consiste à s’émanciper des règles des vieux médias, à construire un eldorado démocratique affranchi des anciennes erreurs, crispations, mensonges et collusions de ceux qui l’ont précédé. Cette définition par simple opposition est un peu courte, je trouve. Il y a du complexe oedipien chez cet adolescent turbulent, rêveur et rebelle qu’est le web. C’est pour cela sans doute que toutes les critiques et mises en garde venant de la vieille garde lui paraissent nulles et non avenues. Quel dommage. Si effectivement le web a la capacité de libérer la presse et d’émanciper la démocratie, ce que je crois, il ne pourra faire l’économie d’une réflexion sur ses méthodes. En cela, il a beaucoup à enseigner aux « Anciens » mais presque autant à apprendre d’eux.

19/09/2009

Séguéla et le trou de la sécu

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 12:08

couverture-n-14-septembre-2009_referenceLe grand intérêt d’avoir un blog, c’est de pouvoir exprimer son indignation. De n’être plus réduit à jeter sa pantoufle sur l’écran de télévision qui n’y est pour rien et serait tenté de nous dire « pft, je suis comme le web, un outil, c’est stupide de s’en prendre à moi, je diffuse, c’est tout » ou bien à ruminer dans son coin, ce gros bloc de rancoeur/indignation/révolte/dégoût (rayer les mentions inutiles) qui manque parfois de vous étouffer à la lecture d’un magazine féminin (au hasard).

Or, donc je lis dans le magazine Femmes du mois de septembre 2009 page 168  que les addicts du shopping ont enfin un espoir d’être sauvées grâce à la cure de « détox shopping », Yes ! Quand après avoir lu Grazia, Elle,  Marie-France et les autres, l’addict en question est tout à fait convaincue de ne pas pouvoir survivre une minute de plus sans le sac Machin, la robe Truc ou cette merveileuuuuuuuuuse paire de Bidule,  quand la carte de crédit lui brûle le portefeuille (de chez Trucmuche évidemment) et que pour avoir cédé une énième fois à la tyrannie d’une consommation frénétique, elle se retrouve avec son banquier aux fesses, (no érotisme inside), il y a encore quelqu’un pour la sauver. Le psychiatre. Plus précisément, le psychiatre spécialiste de l’addiction. Persuadée que sa découverte va être infiniment précieuse à ses lectrices, et n’écoutant par ailleurs que son courage, notre tintin en jupon du magazine Femmes nous raconte dans ce passionnant article comment elle a décidé de tester elle-même – au péril de l’idée qu’elle se faisait de sa santé psychologique – cette fantastique nouveauté. La voici donc sous le regard inquisiteur du professeur Lejoyeux (ça ne s’invente pas) lequel est appelé à évaluer l’éventuelle gravité de la fièvre acheteuse qui lui est avouée sans fard. Ouf, l’homme de l’art ne détecte aucune pathologie, tout au plus un « excès d’hédonisme ».

Qu’en termes choisis, ces choses là sont dites. Je n’ai personnellement jamais imaginé que faire les boutiques pouvait relever de l’hédonisme. Entre la chaleur, le monde, les vendeuses championnes de la remarque stupide sur fond d’indifférence servile et les éclairs de convoitise meurtrière qui traversent le regard de certaines de mes coreligionnaires lorsqu’elles aperçoivent l’objet de leurs rêves glacés,  j’ai plutôt le sentiment d’une infernale punition. C’est du Brueghel mâtiné de Bosch, question ambiance. Vous me direz, laissons donc ces cloches superficielles se distraire comme elles peuvent.  Si elles veulent, entre la virée shopping avenue Montaigne et la soirée chez Costes, se faire expertiser le cerveau pour vérifier qu’il est raccord, ça ne nous regarde pas. Ce sera toujours une jolie récréation pour les hommes de l’art entre deux vraies pathologies. Je reconnais bien là votre traditionnelle magnanimité, teintée d’un léger esprit de contradiction quand vous apercevez que je m’emballe. En réalité, vous allez voir que si, ça nous concerne. Un tout petit peu. Car le magazine s’empresse de préciser dans l’encadré pratique qui illustre le papier que la consultation est…remboursée. Cette petite fantaisie coûte donc 34,30 euros à la sécu et  10,29 euros à l’accro du shopping en quête de désintoxication.

Et là, vous vous dites peut-être comme moi que notre sécu, si elle doit maintenant écoper les ravages de la pub sur les comptes bancaires des droguées de la mode, elle n’a pas fini de pomper et nous de payer. Surtout qu’avec la crise qui a frappé les riches comme les autres, il y a fort à parier que nos donzelles vont se précipiter en masse chez les thérapeutes. Du coup, je propose une première mesure de prévention : interdire Séguéla des plateaux de télé.

18/09/2009

La communication au secours de France Telecom

Filed under: Mon amie la com' — laplumedaliocha @ 15:01

France bleu Touraine, relayée par France Info puis par @si, a trouvé un document bien intéressant. Il s’agit d’une note de la communication interne de France Telecom à destination des salariés datée du 14 septembre dernier. Elle propose un « argumentaire » pour répondre aux clients en ce qui concerne les suicides qui affectent l’entreprise. Le document est consultable en PDF sur le site de France Info en lien ci-dessus. On y observe que les rédacteurs de la note marchent sur des oeufs (et pour cause !). Ils expliquent ainsi prudemment : « Pour vous aider à répondre si vous êtes questionnés par des clients, les exemples ci-dessous peuvent être une base de réponse possible ». Suivent 5 argumentations plus ou moins développées sur le même modèle que celle-ci : « Effectivement notre entreprise connait une série d’événements dramatiques. Toute l’entreprise est mobilisée pour comprendre les raisons de ces drames et pour renforcer la prévention ».

Voici un exemple tout à fait révélateur de la mécanique de la communication à laquelle nous, les journalistes, sommes confrontés au quotidien. Je n’entends pas polémiquer sur un sujet aussi grave. Observons simplement que cette note interne obéit en partie aux fameux 5 piliers de la communication de crise : être réactif, jouer la transparence, assumer, occuper le terrain, s’appuyer sur des alliés. Le résultat vous l’aurez compris, c’est une parole totalement vidée de sens, purement formelle qui ne nous renseigne guère sur l’état d’esprit de celui qui la profère et moins encore sur la réalité de la situation. C’est ainsi que l’on contient par la communication un événement négatif en évitant qu’il ne s’aggrave. Quand vous lisez cela, vous comprenez mieux l’aseptisation qui saisit notre société et transforme profondément tant le sens de mots que le regard que l’on porte sur les choses.

Si vous voulez en savoir plus sur ce sujet, voyez ce site spécialisé en « communication sensible » et notamment l’interview du dir’com’ de la Société Générale dans le numéro 17 du magazine (PDF) téléchargeable gratuitement.

Et pour ceux que la question du stress au travail intéresse, je recommande la lecture de l’excellent « Le stress au travail » par Patrick Légeron, psychiatre à Sainte Anne publié chez Odile Jacob en collection poche. Vous y découvrirez des explications passionnantes sur la biologie du stress, une description de ce qu’est le harcèlement, une analyse du rôle de l’entreprise ainsi que des conseils pour vivre mieux le rapport au travail.

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