La Plume d'Aliocha

23/07/2009

Plaisir de lire (3) les grands romans

Filed under: Salon littéraire — laplumedaliocha @ 12:47

Je ne m’étais pas aperçue, en lançant cette série, de la folie de mon entreprise. C’est au pied de ce que j’ai appelé provisoirement « les grands romans » que je découvre le problème. Quels romans citer ? Ceux que j’ai lus il y a 20 ans, voire plus, et qui ont forgé ma personnalité ou bien simplement les quelques livres marquants de ces 10 dernières années, en excluant les grands classiques que tout le monde connaît ? J’ai penché pour la deuxième solution, beaucoup plus raisonnable. Voici donc une sélection à chaud, un peu hétéroclite des bons romans qui me viennent à l’esprit spontanément et que je recommanderais à un ami en panne de lecture. Il y a Marc Levy, Amélie Nothomb, Guillaume Musso, Anne Gavalda…

Hé là, ne fuyez pas ! Je plaisante !

Irène Némirovsky : si vous avez lu Suite française et que vous n’avez pas aimé, essayez néanmoins Le maître des âmes. C’est l’histoire d’un médecin immigré à Nice dans les années 20. Incapable de nourrir sa femme et son fils avec les maigres honoraires que lui règlent épisodiquement les gens pauvres qu’il est cantonné à soigner en raison de ses modestes origines, il saisit l’intérêt que peut représenter l’essor tout neuf de la psychanalyse et devient un charlatan très prisé de la haute bourgeoisie parisienne. Au risque d’y perdre son âme….Mais comme il dit, l’élégance d’âme est réservée à l’élite. Quand on a été un voyou affamé, on le reste toute sa vie.

Giovanni d’Alessandro : « Si Dieu a pitié ». Celui-là, je l’ai lu il y a dix ans et jamais oublié. Il n’a pas fait de bruit, son auteur à ma connaissance n’a rien écrit d’autre, il n’est pas édité en poche. Alors j’ai envie de lui rendre justice et, qui sait peut-être, d’attirer l’attention d’un éditeur, il le mérite.  Au début du 18ème sècle dans les Abruzzes, un séisme fait de nombreux morts, dont un jeune homme, le fils du sculpteur Berardo. Pour perpétuer la mémoire d’un enfant qu’il n’a pas pris le temps d’aimer, l’artiste lui donne les traits de sa plus grande oeuvre, un Christ mort. Seulement voilà, la statue déchaîne les passions, le maire, l’Eglise et la noblesse se disputent le chef d’oeuvre. Il y a des passages bouleversants sur l’artiste qui, au moment d’achever la statue, se révèle incapable de percer le flanc de ce Christ qui ressemble tant à son fils. Et sur cette marquise mystique aussi, qui était passionnément amoureuse du jeune homme et qui sombre dans la folie.  La force et la beauté du roman résident notamment dans le contraste entre les viles querelles politiques et les drames humains qui se nouent autour de la statue du Christ.

Daphné du Maurier : « Le bouc-émissaire » . Daphné du Maurier n’est pas seulement l’auteur du célèbre « Rebecca » qui a inspiré Hitchcock et de quelques romans un peu « féminins » mais aussi de deux ou trois livres soulevant des interrogations philosophiques assez intéressantes. Par exemple le Bouc émissaire qui devrait intéresser les internautes car il traite remarquablement la question de l’identité. Deux hommes se rencontrent dans un café  et s’aperçoivent qu’il se ressemblent comme des jumeaux. L’un est un anglais qui s’interroge sur le sens de la vie, l’autre un aristocrate tourmenté. Ce-dernier drogue son « double » et le fait ramener chez lui par son chauffeur avant de disparaître. Voilà notre anglais plongé malgré lui dans la vie d’un autre homme. L’auteur pose cette question : comment nous comporterions-nous si nous n’étions plus responsables de notre identité ? Aussi passionnant que dérangeant.

Milena Agus : « Mal de pierre ». Milena Agus est un femme écrivain sarde, institutrice de son état, qui a sorti deux romans ne suscitant qu’une relative indifférence en Italie. C’est en France qu’elle a connu le succès. Une femme mariée à un homme qu’elle n’aime pas et qui ne l’aime pas non plus, part en cure pour soigner son « mal de pierre », autrement dit ses calculs. Elle y rencontre un homme dont elle tombe follement amoureuse. A l’issue du séjour, ils se séparent. Elle passera le reste de sa vie à l’attendre. Une écriture poétique, parfois très crue, puissante comme le soleil sarde. Une réflexion remarquable sur l’amour, l’incommunicabilité dans les couples, qui pose cette lancinante question : le plus bel amour n’est-il pas celui qu’on rêve, au risque de ne pas apercevoir celui qu’on a tout près de soi ? L’histoire est courte, ciselée, le dénouement totalement inattendu. Un bijou. Il y a du Maupassant dans ce livre. « Sans magie, la vie a un goût d’épouvante » écrit l’auteur. Mais la quête éperdue d’une magie impossible peut aussi devenir un enfer…

Alejandro Jodorowsky : « L’arbre du dieu pendu ». Alors celui-là, comment le résumer ? L’auteur est scénariste de bande dessinée, tarologue, le genre d’écrivain qu’habituellement je fuis, n’aimant guère les mystiques qui jouent la partition facile de l’ésotérisme. Seulement voilà, il suffit d’ouvrir le roman pour être happé par cette fable picaresque rédigée dans le style du réalisme magique sud-américain à la Garcia Marquez. L’histoire commence en Europe de l’Est, au début du siècle. Lors d’une inondation, le fils de Teresa, l’extraordinaire fondatrice de cette lignée familiale, se réfugie dans l’armoire qui abrite le Talmud. Mais celle-ci, alourdie par le livre sacré, « refuse de flotter » comme l’écrit l’auteur et l’enfant meurt. Folle de douleur, Teresa pénètre dans la synagogue, arrache sa perruque devant une assemblée pétrifiée d’horreur face à cette furie qui blasphème et lance à Dieu qu’en lui prenant son fils, il lui a tout pris et qu’elle ne le craint plus, par conséquent, elle le chasse de sa maison. C’est le coup d’envoi d’une effarante saga familiale où le magique se mêle à une truculente réalité faite d’érotisme et de de mort, d’espoirs, de luttes sur fond de spiritualité omniprésente. Le mélange détonnant d’humour juif et de puissance vitale typiquement sud-américaine fait de ce roman une sorte d’ovni, inclassable, drôle, passionnant, émouvant, en un mot, fascinant. Extrait de la critique du Monde : « Sa plume court, bifurque, parcourt le monde, fait vivre des milliers de vies, loin des souffrances anciennes, vers un achèvement peut-être lumineux : une naissance ».

Louis De Bernières : « La mandoline du capitaine Corelli ». Extrait de la 4ème de couverture :

« L’île à moitié oubliée de Céphalonie s’élève imprudemment de la mer Ionienne. Elle est tellement chargée d’antiquité que les pierres elles-mêmes exhalent la nostalgie et que la terre rouge reste hébétée non seulement par le soleil mais aussi par le poids insupportable de la mémoire. » Sur cette île en apparence bénie des dieux, des ouragans vont pourtant se déchaîner dès 1939; à l’occupation italienne va succéder l’invasion allemande et son cortège d’exactions. Puis, à partir de 1945, les maquis rouges feront régner leur terrible loi. Et quand enfin la paix semble revenue, le meurtrier tremblement de terre de 1953 dévaste Céphalonie à son tour. Que deviennent les destins individuels au coeur de tant de drames? Un amour aussi fragile que celui de Pélagia, la jolie petite Grecque, et du séduisant capitaine Corelli peut-il leur résister? Car comment résiste-t-on à la haine, la peur, la faim, la folie, la mort? Est-il possible de continuer à vivre quand il ne reste plus que le souvenir, la tendresse, la musique – ah, la musique d’une certaine mandoline… à leur opposer? »

Je vous accorde que le résumé laisse craindre un roman à l’eau de rose. A tort. La description de la guerre et surtout de ses effets sur la vie des protagonistes est aussi violente qu’admirable. Le style de l’auteur s’inspire là encore du réalisme magique sud-américain.

Ivan Gontcharov : « Une histoire ordinaire ». Ce n’est pas le plus connu de cet auteur russe du 19ème et pourtant c’est mon préféré. Une version très originale du livre initiatique. Un jeune homme arrive à St Petersbourg la tête nourrie de rêves sur le métier de poête, sur l’amour et sur son avenir. Mais le vieil oncle cynique qui l’héberge va les briser les uns après les autres. Est-il vraiment sage de briser les rêves de la jeunesse, n’est-ce pas la blesser bien plus gravement que de la laisser se brûler  ? Intéressante question. Un très grand livre.

Romain Gary : Nous avons déjà parlé du plus beau de ses romans (à mon sens), « Les racines du ciel ». Deux autres m’ont marquée. D’abord « La promesse de l’aube ». L’auteur y raconte son enfance avec sa mère. Une mère qui sacrifie tout pour lui et qui est persuadée qu’il aura un destin d’exception. Gary met en exergue une idée que je trouve bouleversante : l’amour d’une mère nous fait croire que toute notre vie nous serons aimés avec autant de force et d’abnégation, c’est la promesse de l’aube…jamais tenue.  Ensuite,  « Au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable ». Celui-là met en scène un homme de 60 ans amoureux d’une jeune brésilienne. Il croise un ami dans un bar, un homme arrogant et fortuné qui lui confie pouvoir tout s’acheter sauf la jeunesse qui lui permettrait de faire l’amour comme un jeune homme. Voici le narrateur soudain saisi de l’angoisse de vieillir et de devenir impuissant. Magnifique. Très drôle aussi. C’est toute la force de Gary.

Hans Fallada : « Seul dans Berlin ». Attention, chef d’oeuvre, ce livre faisait l’admiration de Primo Levi. L’auteur raconte la résistance en Allemagne durant la seconde guerre mondiale. Un couple d’allemands dont le fils vient d’être tué à la guerre décide d’entrer en résistance. Le père, un ouvrier,  soudain conscient parce qu’il est touché dans sa chair de l’horreur qui l’entoure, rédige des cartes postales mettant en garde la population contre les exactions d’Hitler et les dépose au risque de sa vie dans les escaliers d’immeuble. Son action, aussi dangereuse que dérisoire est le prétexte pour l’auteur de s’interroger sur ce qui pousse à résister ou, au contraire,  à collaborer. Les portraits des personnages secondaires, qui rivalisent de lâcheté et d’avilissement, sont magistraux. La rencontre en prison, à la fin du roman, entre le héros un peu fruste et un chef d’orchestre qui va lui enseigner l’amour de la musique est inoubliable. La grande force du livre est de décrire sans jamais juger. Il y a des accents de Dostoievski chez cet auteur. Un roman profondément humaniste. Sublime.

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23 commentaires »

  1. Malcolm Lowry, au dessous du volcan.

    Un roman partiellement autobiographique, dense, difficile qui mérite plusieurs lectures, poignant, douloureux.

    Un des plus grand romans du XXème siècle.

    Aliocha : ça fait longtemps en effet que j’en entends parler, merci de me le rappeler !

    Commentaire par Pascal — 23/07/2009 @ 13:51

  2. Ah, j’attendais ce troisième épisode, les grands romans, voir comment vous alliez vous en sortir.

    Après vos billets sur les polars et l’humour, je me suis planté ce matin devant ma bibliothèque. Je me suis interrogé. J’ai passé certains de mes livres au crible de ma réflexion. Et je suis allé prendre une douche.

    C’est là qu’est née ma dernière chronique, « Le livre » (j’ai l’impression qu’un grand livre, outre la qualité de l’écriture et/ou l’intérêt de l’histoire qu’il raconte, tient pour beaucoup à notre rencontre avec lui – le contexte, l’humeur, l’ambiance (à propos d’ambiance, j’ai des exemples de lectures faites en écoutant certaines musiques qui aujourd’hui encore rend ces couples livre/disque indissociables – on pourrait en faire un billet). Relire parfois un ouvrage à des années de distance donne un éclairage tout particulier à celui-ci. Il en est un qui me vient de manière évidente à l’esprit, c’est « Le lion » de Kessel dont je pense qu’un enfant est tout simplement incapable de comprendre la profondeur des sentiments qui y sont dépeints.

    Aliocha : entièrement d’accord avec vous, il faut être disponible pour un livre. C’est d’ailleurs ce qui complique l’exercice consistant à recommander un livre. Il faut cerner l’interlocuteur, comprendre ce qui est susceptible de lui plaire et ensuite espérer que ce soit pour lui le bon moment. Car la rencontre elle-même est un moment de grâce qui peut ne pas se reproduire, c’est pourquoi les livres que je relis sont très rares, j’ai toujours peur que la magie ait disparu. En revanche, je vous avoue avoir du mal à lire en musique, l’écriture pour moi est la musique de l’âme, je suis bien en peine d’écouter deux musiques en même temps. Allons-y pour le Lion !

    Commentaire par David — 23/07/2009 @ 14:08

  3. Au-delà de cette limite…. ouais, dur ce roman, vraiment dur, peut-être parce que je suis un homme, peut-être parce que je savais que c’était son dernier, mais je l’ai trouvé d’une infinie tristesse, quelque chose de vraiment lourd, derrière, mais magnifique ça certainement. La promesse de l’aube, le premier que j’ai lu de lui, j’en suis resté coi, il y a tout dans ce roman.

    Aliocha : en effet, le livre est grave, mais je me souviens quand même d’un passage très drôle chez le médecin et surtout de la déclaration de sa maîtresse à la fin, très juste, quand elle lui dit qu’elle s’en fout de ses problèmes sexuels, qu’on ne choisit pas de tomber amoureuse et que quand c’est fait, c’est foutu. La promesse de l’aube m’a étonnée. Pour nous les femmes, les relations des hommes avec leur maman sont un cauchemar, réussir donc à m’intéresser et à m’émouvoir sur un sujet pareil, est donc une sacrée performance. Il faut dire que l’histoire est extraordinaire, émouvante et drôle aussi.

    J’en rajoute un, dans les romans de vacances, c’est « Les gens de la rue des rêves » de Teru Miyamoto, ça ne se raconte pas, ça se lit, et du même auteur (le premier étant introuvable) le Brocart.

    Aliocha : puisqu’on aime tous les deux Gary, ça devrait me plaire.

    Et ça me fait chaud au coeur de voir qu’il y a des gens encore amoureux de Gary, un peu tombé dans l’oubli, je trouve.

    Aliocha : et même beaucoup je crois, sous un précédent billet où je parlais d’environnement et des Racines du ciel, tous les commentateurs ou presque avaient lu Gary. La Pleiade finira bien par cesser de le snober et le remettre au goût du jour.

    Commentaire par Braillard — 23/07/2009 @ 14:18

  4. Je ne me lancerais pas sur cette pente, car j’ai beau être une journaleuse, j’ai toujours detesté les grands romans. A croire que la lecture forcée au collège et lycées m’ont vaccinée à vie !

    Aliocha : une prof d’allemand stupide m’a dégoutée à vie de Zweig avec une nouvelle dont je me souviens encore : die gouvernante. Heureusement pour moi, j’aimais la littérature bien avant qu’on ne me l’enseigne. Cela étant, quand ma prof de français m’a dit, « bien sûr vous allez faire Normale », je lui ai répondu que j’aimais trop la littérature pour prendre le risque inconsidéré d’entendre des âneries sur mes auteurs préférés. Elle prétendait par exemple que Balzac écrivait mal. Quelle sottise !

    Commentaire par misty — 23/07/2009 @ 14:22

  5. J’ai découvert Gary avec « Chien blanc » l’histoire d’un chien très doux d’ordinaire qui s’attaque aux noirs. Un livre humaniste qui traite de la bêtise. C’est aussi un tableau dramatique et burlesque, des mouvements extrémistes noirs et de tous ceux, parfois malhonnêtes, qui gravitent autour d’eux.Comme la « Promesse de l’aube » c’est un récit vécu. Autour de Jean Seberg, jeune actrice idéaliste, s’agite un monde pittoresque et dangereux : le chantage et le meurtre sont présents à tout instant. C’est la surenchère de la violence, le cabotinage de beaucoup de « libéraux » blancs qui soutiennent les noirs, le noyautage et la manipulation par le F.B.I. ou la C.I.A. de tous ces petits groupes.

    Aliocha : vous faites bien de le rappeler ici, je l’ai mais je ne l’ai pas encore lu. A force d’acheter des livres, je finis par les égarer. Ma voracité me perdra !

    Sinon un pavé de 700 pages magistral : « Journal d’une femme adultère » le récit de deux amis ayant franchi la quarantaine l’un photographe l’autre psy vont s’intéresser à la même femme. A l’insu de Guido, le photgraphe, dont Aviva violoncelliste est la maîtresse, Charlie le psy, accepte la belle Aviva parmi ses patients. Cette denière ignore tout des liens qui unissent les deux hommes. Il y a du Nabokov là-dedans ! Un pur ovni érotique salué par la critique internationnal. Un roman complexe où se côtoient la sexualité, l’esprit et la philosophie sans jamais sacrifier à l’humour.Prodigieusement envoûtant !

    Aliocha : voilà qui va intéresser Ferdydurke, quant à moi, ça fait longtemps que je n’ai pas lu d’érotique, il faut dire que c’est de qualité très variable, or le genre ne souffre pas la médiocrité – à condition bien sûr d’y chercher des qualités littéraires 😉

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 23/07/2009 @ 15:14

  6. Bonjour Alliocha,

    Puisqu’il faut fournir quelques noms de « grands » romans (que j’ai tous lus et appréciés), allons-y:
    – « les Mémorables » de Maurice Martin du Gard,
    – « Vie et destin » de Vassili Grosman (éclairant sur la réalité de l’URSS et du stanilisme),
    – « les Bienveillantes » de Jonathan Little (attention, c’est vrai que c’est un peu cru),
    – les romans de Jean d’Ormesson (au choix, il y en a tellement),
    – les romans de John Irving (« Le Monde selon Garp » et les autres),
    – « Sous le règne de Bone » de Russel Banks (j’ai un faible pour les romanciers américains),
    – les romans de John le Carré dans la collection Bouquin (faible encombrement, grande quantité de lecture, dépaysement garanti),
    – les romans de Jean Lartéguy,
    – et enfin, dans un registre totalement différent, à lire si vous êtes un tout petit peu matheuse: « La vie rêvée des maths » et « Une brève histoire des maths » de David Berlinski (éditions Saint Simon) avec en prime, « Histoire universelle des chiffres » de Georges Ifrah (éditions Bouquin).

    Bonne lecture,

    H.

    PS: « Quand je pense à tous les livres qu’il me reste à lire, j’ai la certitude d’être encore heureux. » Jules Renard

    Aliocha : Irving fait partie de mon programme des vacances justement car je ne l’ai jamais lu. Little me tente depuis quelques temps. D’Ormesson est un peu léger non ? J’adore le personnage mais j’ai toujours eu un doute sur son écriture. Tiens, ça me fait penser inexplicablement à Michel Déon, dont je recommande tout. Il m’a enchantée il y a une bonne vingtaine d’années. Et puis dans la série des français contemporains Del Castillo, en particulier le magnifique Colleur d’affiche et le très noir et un peu dostoievskien La nuit du Décret.

    Commentaire par H. — 23/07/2009 @ 17:58

  7. Si vous les avez pas déjà (ce dont je doute) et pour vous éviter, Aliocha, de partir en vacances avec un quinze tonnes (vous qui haïssez déjà les simples monospaces), je me limite:

    – de Michel Folco : « Même le mal se fait bien » (Stock). Picaresque.

    – de Ken Folett : « Les piliers de la terre » (en poche), ou comment construire une cathédrale dans son jardin.

    – et quand même les Houellebecq (sauf « La possibilté d’une île » mais notamment « Extension du domaine de la lutte » et « Plateformes »). A signaler une curiosité parue en Librio à 2 €, « Rester vivant et autres textes ».

    Aliocha : tiens, je me demandais quand Où-est-le-bec surgirait. Je les ai tous lus, et en particulier j’ai achevé Plateforme deux jours avant les attentats du 11 septembre. Inexplicablement, lorsque la rédaction du journal s’est massée devant les écrans pour observer cette folie, j’ai songé à Houllebecq et je me suis dit que ce qui se passait était en filigrane dans son roman. Ken Follet, l’engouement qu’il suscite m’intrigue, je vais aller voir cela de plus près, ainsi que Folco.

    Commentaire par Goloubchik — 23/07/2009 @ 20:04

  8. Devant ma bibliothèque, quels livres à joindre à ces listes?
    Celui-là que je ne prête jamais de peur qu’il ne revienne pas:
    « Nous avions annoncé,Collot et moi, notre intention d’aller, par voie de mer,d’Honfleur à Santander. Non,rien de particulier ne nous appelait à Santander, mais il n’est pas toujours besoin d’y être appelé pour aller quelque part et il n’est jamais convenable de se mouvoir sans but déclaré. Que les gens s’y intéressent ou non, il faut dire où on va. C’est une précaution, un bon usage, une courtoisie pour ceux qui restent. Même au temps que les caravelles fonçaient dans le brouillard, les capitaines disaient d’une voix ferme à leurs épouses: je pars pour le Zipangu.
    De nos jours, Zipangu donnerait plutôt l’impression d’un objectif peu sérieux, à peine recommandable, mais c’était l’âge béni où les mots valaient de l’or et où le copains se taillaient en virées amphibies et mirolantes… »
    jacques Perret, Rôle de plaisance, 1957 librairie Gallimard.
    Bien sûr si vous aimez l’action et si vous avez le mal de mer, n’insistez pas, nous allons bouchonner pendant 295 pages dans le brouillard des courants de Manche.
    Un livre que je prête avec succès, écrit par un journaliste qui y vit, roman policier + chronique de la vie « ordinaire » en territoire palestinien:Le collaborateur de Bethléem une enquête d’Omar Youssef, de Matt REES, Albin Michel.
    C’est tout pour ce soir. Bonsoir à tous.

    Aliocha : jolie réflexion en effet sur le plaisir de ne pas aller quelque part, et qui convient bien à l’esprit des vacances 😉

    Commentaire par araok — 23/07/2009 @ 22:15

  9. J’imagine que maintenant vous me voyez venir avec mes gros crayons… Faut dire que vous titiller une de mes coupables passions avec vos billets : la passion des listes. Classer, catégoriser, ranger sa bibliothèque par genre ET ordre alphabétique, aaaaaah… que de bonheur ! (Je me demande si dès fois ma vie ne pourrait pas apparaître pas un peu triste aux yeux du profane ?) Allons-y pour ma livraison de « grands romans » en bd :
    – « Pillules bleues » de Frédéric Peeters, comment un homme fait avec la séropositivité de la femme qu’il vient de rencontrer, et avec celle de son fils. Un livre magnifique sur le sujet, loin de tout misérabilisme et au plus près du quotidien, au plus près de la vie, de l’amour. Magnifique;
    – « Le combat ordinaire » de Manu Larcenet (en quatre tomes). La première bd qui a réussi à me faire pleurer (oh, eh, ça va hein!). Il réussi à mêler plusieurs registre (réalisme, comédie, drame…) tant narrativement que graphiquement, sans jamais que cela ne nuise à l’ensemble. Et il aborde de manière la plus subtile les questionnements sur l’art, la création (comment peut-on être à la fois un grand artiste et une personne médiocre ?), l’amour (filial, fraternel, conjugal)… Profond, tendre, drôle, émouvant… c’est une bd qui a plu à tous ceux à qui je l’ai conseillée, amateurs comme non-amateurs;
    – Pinocchio, par Winschluss, qui désarticule le pantin du conte pour le reconstruire en ferraille (Pinocchio devient un robot dans cette relecture, à la fois fidèle et iconoclaste, et Giminy est un cafard), et malmène au passage d’autres contes de notre enfance (pauvre Blanche-neige). Où l’on voit que la conscience n’est peut-être après tout que le résultat d’impulsions électriques. Ma meilleure lecture de 2008;
    – celui-là pour faire plaisir à Ferdydurke parce qu’il est interdit aux moins de 18 ans o_O’. « Filles perdues » d’Alan Moore (scénario) et Melinda Gerbie (dessin), sa compagne. Un des ouvrages les plus subversifs de ces dernières années : une vieille lady excentrique débarque (avec son miroir) dans un hôtel autrichien à la veille de la première guerre mondiale, envoyée là par sa famille pour qu’elle ne fasse pas de vagues. Elle y rencontre une américaine décomplexée et une bourgeoise un peu étriquée, et toutes trois vont sympathiser et finir par se confier les unes aux autres, par se confier d’inavouables secrets. Ces dames se prénomment Alice, Dorothy et Wendy, si cela vous rappelle quelque chose. Superbement mis en images et mis en scènes, un traitement graphique différent est réservée à chacune des héroïnes. Très subversifs et parfois dérangeant (comme peut l’être Sade par exemple).

    Sinon, sans images et en vrac :
    – « La mort du roi Tsongor » de Laurent Gaudé; saga d’une famille royale africaine, formidable fresque magico-historique.
    – « Les soldats de Salamine » de Sanchez-Pignol, l’histoire d’un écrivain espagnol pionnier du franquisme, seul rescapé d’une fusillade à la fin de la guerre civile, et des doutes du journaliste qui veut écrire sa biographie.
    – « Le fusil de chasse » de Yasushi Inoué, une liaison racontée en trois lettre, par les trois protagonistes.
    – Dernière minute, la jeune femme qui a l’extrême bon goût de partager ma vie me souflle qu’il faut également citer « La route », de Cormac MacCarthy. Le prochain sur ma liste.

    Aliocha : figurez-vous que lors d’un énième déménagement où les cartons de livre dépassaient de loin le volume de mon mobilier et cassait les reins des déménageurs, j’ai fait une tentative de classement. Pas bien ambitieuse, juste une bibliothèque dédiée aux chefs d’oeuvre et une autre au journalisme. Il faut croire que je ne suis pas faite pour les classements ou que les livres sont naturellement animés d’un esprit vagabond, mais je ne trouve toujours pas le livre que je cherche malgré ces modestes tentatives de rationnalisation. J’ai donc arrêté. Tsongor et Salamine, j’ai lu. La route pas encore; Il faut dire que je participe à un salon littéraire animé par une amie et que ce livre a fait l’objet de débats animés, les unes avaient adoré, les autres trouvaient cela désespérant. A suivre…

    Commentaire par gwynplaine — 23/07/2009 @ 22:36

  10. Ah, et si cela peut vous être utile pour partir en vacances : http://www.europcar.fr/notre-offre/vehicules-utilitaires/calculateur-de-volume.html

    Commentaire par gwynplaine — 23/07/2009 @ 22:39

  11. Juste pour vous dire un grand merci de m’avoir fait decouvrir Les Racines du Ciel! Depuis je le conseille a tout le monde…
    Du coup, vos billets du moment me donnent une folle envie d’aller piller la librairie ou la bibliotheque la plus proche.
    Merci!!

    Et sinon, vous ne lisez pas de science-fiction?

    Aliocha : Ah! Les racines du ciel ! Je l’ai lu il y a 3 ou 4 ans en vacances en Crête. Un soir en dînant je raconte à moitié en larmes à Monsieur Aliocha l’histoire de l’éléphanteau Rodolphe. Je me souviens qu’il me regardait d’un air bizarre comme si j’avais fumé des substances illicites. Et puis il l’a lu, et je sais bien qu’il a pleuré aussi, même s’il ne l’a pas montré (c’est fort les hommes !). Je ne lis pas beaucoup de SF en partie à cause du regrettable snobisme qui m’a longtemps aussi éloignée de la BD (heureusement qu’on s’améliore en vieillissant, c’est une consolation 😉 ). Pierre Bordage m’y amène doucement. Mais il me reste deux problèmes. D’abord c’est un monde en soi où il et difficile de se repérer quand on ne connait pas. Ensuite les couvertures m’horrifient…Enfin, tout ceci n’est pas insurmontable, si vous avez des titres à me conseiller, n’hésitez pas !

    Commentaire par Andromede — 24/07/2009 @ 09:43

  12. @ Alliocha,

    J’avais oublié Michel Déon dans ma liste. J’ai adoré « Le jeune homme vert » et « Les vingt ans du jeune homme vert ».

    En matière de SF, voici une liste non exhaustive d’ouvrage à lire:
    – Issac Asimov avec le cycle Fondation et le cycle sur les Robots,
    – Frederic Brown (un expert en matière de nouvelles),
    – Lois Mac Master Bujold avec son cycle Miles Vorkosigan (space opera),
    – Arthur Van Vogh et son cycle sur les non-A,
    – Orson Scott Card et son cycle d’Ender,
    – Dan Simmons avec le cycle Hyperion,
    – Tad Williams et son cycle Autremonde,
    – Clifford D. Simak « Demain, les chiens » (le soir, à la veillée, les chiens évoquent les hommes…),
    – Philippe K. Dick « le Maître du haut château ».

    J’arrête là, la liste est encore longue.

    Commentaire par H. — 24/07/2009 @ 11:23

  13. Dites donc, Aliocha et Gwynplaine! C’est pas un peu fini!

    Tenez, en attendant de finir ma liste de romans, voici pour vous « châtier » un texte d’Alina Reyes que j’ai déjà évoqué. Un conseil : à lire à voix haute et en couple. Je vous souhaite un doux après-midi 😉

    Commentaire par Ferdydurke — 24/07/2009 @ 13:43

  14. @ Aliocha

    Aie, j’avais vu la question arriver… Comme vous le dites vous-meme, l’exercice de conseiller un livre est difficile…

    Je vais copier un peu sur H. ^^
    « Les Robots » de I.Asimov: c’est bien pour commencer, ce sont de petites nouvelles, dont un certain nombre d' »enquetes » (pour la fan de polars)
    « La strategie Ender » de Orson Scott Card (puis la suite du cycle): je ne peux pas dire, je ne l’ai pas lu, mais il parait que c’est tres bien (aussi pour commencer a lire de la SF)
    « Fahrenheit 451″ de Ray Bradbury »: 451F c’est la temperature a laquelle le papier brule…
    « Les dieux eux-memes » de I.Asimov: c’est peut-etre ma formation scientifique, mais j’ai adore ce livre
    « Hyperion » de Dan Simmons (et le deuxieme, et la serie Endymion qui suit)
    « Dune » de Frank Herbert: mon grand classique en SF
    « La loi du talion » de Gerard Klein (oui oui, il n’y a pas que des anglophones), de lui aussi, des anthologies d’auteurs de SF francais: Anthologie francaise (1-6)

    En fait il y a plein de choses differentes dans la SF: ca peut se passer sur Terre dans quelques temps (Fahrenheit 451, Les dieux eux-memes), dans tres longtemps, et dans ce cas aussi dans l’espace (Hyperion), ou dans si longtemps que la Terre elle-meme est une legende (Dune). Je pense que c’est plus facile de commencer avec ceux de la premiere « categorie », c’est une entree en douceur dans le style.

    Commentaire par Andromede — 24/07/2009 @ 14:52

  15. @ Ferdydurke

    Heu…la démo en vidéo, c’est sur quel site?

    @ Aliocha sur comment en 11.

    Je n’ai jamais compris pourquoi la SF était considérée par « l’élite » comme un genre inférieur de littérature.

    Aux excellents conseils de H et Andromède, et dans la catégorie classiques un peu datés, j’ajouterai Robert Silverberg (notamment « Chroniques de Majipoor ») et Jack Vance (spécialement le triptyque « Lyonesse »).

    En plus récent, peut-être pourriez-vous débuter par un auteur féminin, par exemple la magistrale (mais parfois un peu trop prolixe) Robin Hobb. Ses deux cycles parallèles « L’assassin royal » et « Les aventuriers de la mer » m’ont fait tenir la nuit les paupières avec des cure-dents. Et la maudire atrocement à la sonnerie du réveil…

    Et ne vous laissez pas effrayer par les couvertures des livres de SF. Leurs dessinateurs ont (auraient?) pu être de ce genre d’enfants qui passaient l’entier après-midi à observer une fourmilière (ce qui donne au surplus envie de lire Maurice Maeterlinck), à rêvasser dans leur cabane sise dans un arbre, sans souci de l’heure du goûter, sur les albums de Philippe Druillet, et à fusionner les deux..

    Aliocha : Dieu me préserve de me prendre un jour pour une élite, ça voudrait dire que je dérape sur la pente glissante de la prétention et de la connerie en patins à roulette sans freins 😉 Ce n’était pas une réaction d’élite chez moi, plutôt une adoration inconditionnelle de la littérature qui me poussait bêtement à aduler les génies et à mépriser tout le reste. Ce qui réduit le « lisible » à une poignée d’auteurs et encore. Balzac écrasait Zola, Maupassant et même Sthendal et Flaubert, Dostoïevski battait tout le monde à plates coutures, seuls Sophocle et Camus survivaient et encore Camus était une sorte de petite faiblesse coupable. Vous voyez le genre… Alors la SF, vous pensez bien…Depuis j’ai mis de l’eau dans mon vin. Je note donc avec enthousiasme vos conseils 😉

    Commentaire par Goloubchik — 24/07/2009 @ 15:32

  16. Allons-y pour dix kilos de supplément bagage 😉

    Mendiants et orgueilleux, d’Albert Cossery (un ami de Camus) : Gohar est un ex-philosophe devenu mendiant qui sillonne le rues du Caire. On l’accompagne au gré de ses rencontres. L’auteur a écrit de nombreux romans, que je n’ai pas tous lu, mais vous pouvez aller sans hésiter vers son premier Les hommes oubliés de Dieu.

    Les cinq rêves du scribe, de Bahiyyih Nakhjavani : Un scribe confronté à la fabrication industrielle du papier voit sa vie de copiste itinérant s’achever et explore ce monde nouveau. Je cite la quatrième de couverture : « ce roman est une bouleversante allégorie évoquant l’éternelle nécessité, pour l’homme, d’inscrire des mots sur la page blanche de l’inconnu. »

    Vous évoquiez John Irving et je pense à une prière pour Owen. Un roman un peu difficile d’accès qui nécessite qu’on s’accroche mais qui se mérite, quitte à le lire par étapes! Le récit d’Owen Meany, petit garçon malingre à la voix bizarre dont se dessine peu à peu la destinée, à laquelle nous prépare l’auteur au fil du roman, au travers des évènements qui parsèment sa vie, partagée avec son indéfectible ami John.

    Par l’immense Zoé Valdès : le pied de mon père, la vie d’Alma Desamparada de sa jeunesse à sa fuite de Cuba, enceinte, dans une barque. Drames, joies, scènes déjantées. Cru, poétique, noir avec toujours un rai de lumière pour laisser espérer. Et toute l’agressivité, la pudeur et la délicatesse de cette jeune fille qui devient femme dans un pays qui sombre.

    Le sourire étrusque, de José Luis Sampedro : Le récit d’un vieux paysan calabrais, ancien partisan, qui arrive chez son fils à Milan, dans ce nord de l’Italie qu’il déteste. Il y rencontre pour la première fois son petit-fils, Bruno, qui porte son surnom de partisan…

    Ripley Bogle, de Robert MacLiam Wilson (premier roman de l’auteur d’Eureka Street). Pour ceux qui ont vu le chef d’oeuvre de Mike Leigh, Naked, la proximité entre les deux « héros » est certaine.

    Une errance de 4 jours dans les rues de Londres, en compagnie de Ripley qui nous raconte sa jeunesse à Belfast, son adolescence tourmentée, son départ pour l’Angleterre et comment il en est arrivé à vivre dans la rue. Brillant, prétentieux, surdoué et branleur, mythomane et touchant, miséreux et seul : tel est Ripley Bogle. Un style féroce et cruel, un humour glacial et désabusé, et une crudité qui n’épargnent rien au lecteur : ni la rage ni la tendresse.

    Le tunnel d’Ernesto Sabato : Un artiste peintre qui a assassiné la femme qu’il aime, se dévoile peu à peu, du fond de sa cellule.

    Les voleurs de rêve de Bachir Hadjadj : Cent cinquante ans d’histoire d’une famille algérienne. Tout est dit.

    Ma référence en littérature américaine du 20ème siècle : John Fante, l’auteur qui aux dires de Bukowski dans sa préface au célèbre Demande à la poussière (dont l’adaptation cinématographique est à fuir) le décida à écrire. Dans Bandini, le personnage récurrent des romans et « double » de J. Fante est jeune, 14 ans, l’ainé d’une famille italienne vivant dans une ville du Colorado. Un père maçon, buveur, coureur, haut en couleurs. Une mère pieuse et dévouée à son mari, tenant la maison vaille que vaille. Une famille en proie à l’hiver, au travail qui manque, aux dettes. Pour le jeune héros, la colère de n’être qu’un rital, d’avoir des tâches de rousseur, d’être pauvre, le refus de la sentimentalité et une infinie tendresse. Le caractère hargneux et revêche du héros de J. Fante, ses rêves de gloire et de richesse prennent naissance ici. Comme l’écriture de Fante, Arturo est sensible, torturé, lucide et plein de candeur.

    Toute l’oeuvre de J. Fante repose sur ce personnage d’Arturo Bandini, ses liens avec son père, l’Italie, la pauvreté, le rêve américain, etc… Les nouvelles qui composent Le vin de la jeunesse offrent des variations sur ces thèmes, plus paisiblement.

    Pour rester aux Etats-Unis, un bref instant : Les palmiers sauvages de Faulkner. Deux nouvelles, presque mêlées l’une à l’autre pour une conclusion : L’homme ne connaîtra jamais la liberté.

    Les amants du Spoutnik de Murakami Haruki (ou Haruki Murakami selon la « norme » française) : Sumire écrit et ne vit que pour la littérature. Elle est aimée de K, son unique ami. Surgit Miu, femme déroutante, et Sumire se métamorphose. Du même auteur, Kafka sur le rivage : Deux êtres en décalage voire en rupture avec la société suivent des chemins parallèles qui se rejoindront d’une manière… nettement irréelle : Nakata, un vieil homme « idiot » mais doté d’un bon sens à toute épreuve, sachant parler aux chats et aux pierres et Kafka, adolescent en fugue pour échapper à une sordide prédiction.

    Lanark d’Alasdair Gray : Un homme amnésique débarque dans une ville industrielle, sombre et froide. Une ville absurde dont personne ne semble connaître le nom. Lanark passe ses journées sur le balcon d’un café, y rencontre une bande d’habitués dont Rima avec laquelle il entame une histoire d’amour. Peu à peu, son bras se recouvre peu à peu de « peau de dragon », une maladie qui finit tôt ou tard par faire disparaître les personnes qui en souffrent. Voici pour la mise en bouche!

    Pour conclure (?), une perle… L’histoire de Zahra, de Hanan El-Cheikh : Zahra est une fille du Liban, étouffée par sa vie : sa mère et ses amants, son père brutal et une société implacable jusqu’à ce que débute la guerre civile, libératrice pour Zahra. Ce roman, vous ne devez pas le négliger! A lire aussi, du même auteur : Femmes de sable et de myrrhe

    Commentaire par Ferdydurke — 24/07/2009 @ 17:49

  17. Erratum : Les soldats de Salamines est un livre de Javier Cercas et non de Sanchez-Pinol.

    Commentaire par gwynplaine — 24/07/2009 @ 17:50

  18. Arrgh! J’ai oublié… Non, pas Kawabata! Vous connaissez déjà. Ce ne sont pas des romans mais bon…

    Vivre dans le feu de Marina Tsvetaeva : il s’agit du recueil par Tzvetan Todorov d’écrits et de brouillon à partir des dix tomes d’écrits qu’a laissé cette femme, sans en faire un livre, s’étant suicidée.

    Lettres à Milena : la correspondance qu’adressa Franz Kafka à Milena Jesenska. Un ouvrage qui se conclut sur les seules lettres de Milena à Kafka qui ont survécu, dont la dernière, celle qui annonce le décès de l’auteur et qui s’achève ainsi : « C’était un artiste et un homme d’une conscience si sensible qu’il entendait encore là où les sourds se croyaient faussement en sûreté. »

    Une autre fois, quelques auteurs de langue allemande (Böll, Klemperer, Handke, Jünger, etc…) pourquoi pas.

    Commentaire par Ferdydurke — 24/07/2009 @ 18:07

  19. @ Goloubchik

    La démo en vidéo, cher Monsieur, il ne tient qu’à vous de la réaliser et je n’en veux rien savoir! 😉

    Commentaire par Ferdydurke — 24/07/2009 @ 18:09

  20. @ Gwynplaine

    D’Albert Sanchez-Pinol, il y a La peau froide qui vaut le détour. Du coup et sans rapport l’un avec l’autre, cela m’a fait me souvenir de Mirage d’amour avec fanfare de Hernan Rivera Letelier : L’histoire d’amour improbable et exaltée entre une jeune innocente, poète et pianiste, fille d’un coiffeur anarchiste qui la fit éduquer chez les soeurs (comme quoi…), et un coureur de jupons, trompettiste dans les bordels d’une ville minière perdue dans le désert chilien, où se mêlent prostituées, trafiquants, souteneurs, aventuriers et mineurs. Tout cela sur fond de désert battu par les vents, asphyxié par le soleil et la poussière, au milieu des mineurs brisés par le travail et de leurs beuveries de fin de semaine.

    Commentaire par Ferdydurke — 24/07/2009 @ 19:41

  21. Demain j’arrête… 😉

    Le livre d’un homme seul de Gao Xinjian, l’auteur nobélisé de La montagne de l’âme : Le retour d’un homme sur sa vie passée avant et au temps de la révolution culturelle, confronté au désintérêt des gens pour cette période, en proie à la difficulté de ce travail de mémoire et à cette colère qui sourde en lui, que même le présent ni sa relation avec Marguerite ne parviennent à éteindre et apaiser.

    Et pour ne pas oublier l’Afrique :

    <La femme aux pieds nus de Scholastique Mukasonga qui en parle ainsi : « Lorsque nous étions enfants, au Rwanda, mes soeurs et moi, ma mère nous répétait souvent « quand je mourrai, surtout recouvrez mon corps avec mon pagne, personne ne doit voir le corps d’une mère« . Ma mère a été assassinée, comme tous les Tutsi de Nyamata, en avril 1994; je n’ai pu recouvrir son corps, ses restes ont disparu. Ce livre est le linceul dont je n’ai pu parer ma mère. C’est aussi le bonheur déchirant de la faire revivre, elle qui, jusqu’au bout traquée, voulut nous sauver en déjouant pour nous la sanglante terreur du quotidien. C’est, au seuil de l’horrible génocide, son histoire, c’est notre histoire. »

    Babyface de Koffi Kwahulé, premier roman de cet auteur de pièces de théâtre. Un roman très oral dans sa construction qui mêle réalité et fiction, dans un choeur de voix qui se superposent les unes aux autres : Mozati est envoûtée par Babyface et tombe éperdument amoureuse de lui. Elle y perd ses repères, ses croyances et finit par se perdre elle-même. Elle est l’allégorie d’une Afrique à la fois très occidentalisée et hors du temps, où deux cultures s’affrontent, que les problèmes identitaires submergent.

    La reine du silence de Marie Nimier, fille de Roger Nimier, « Hussard », co-scénariste et dialoguiste d’Ascenseur pour l’échafaud :

    Retour sur l’homme qu’était son père et remise en question de la figure paternelle, ni aimant, ni présent ni fier de ses enfants, Un homme intelligent, charmeur, pas un père. J’ai lu quelque part que ce roman se lisait en chuchotant et c’est plutôt vrai. On y avance à tâtons.

    Aliocha : Ciel, que de références ! Je m’éloigne quelques jours de la toile et ne veillerai le blog que de loin, mais nous en reparlerons !

    Commentaire par Ferdydurke — 25/07/2009 @ 08:23

  22. Dans tous ces commentaires, j’ai été étonné de ne pas voir recommander ce roman :
    « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » de Lee Harper, roman que j’ai découvert par hasard (roman initiatique).

    Commentaire par jb26 — 25/07/2009 @ 15:00

  23. […] d’une jouvencelle qui paraît pour la première fois dans le monde – quatre billets en quatre jours ! –, force est de constater que celui-ci est retombé, tel la vigueur d’un académicien […]

    Ping par L’hommage de la BD à la littérature « La Plume d'Aliocha — 31/07/2010 @ 08:55


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