La Plume d'Aliocha

21/07/2009

Plaisir de lire (1) Le polar

Filed under: Salon littéraire — laplumedaliocha @ 16:39

J’amorce ici une série de 4 billets intitulés « Plaisir de lire » à l’occasion desquels je vous propose d’échanger des idées de lecture pour les vacances sur 4 thèmes :

– policier,

– humour,

– grands romans,

– journalisme.

Commençons donc par mon genre préféré, le roman policier.  Autant vous l’avouer tout de suite,  je ne fais pas partie du petit microcosme parisien qui ricane quand on évoque le Da Vinci Code. Et pour cause, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire les trois romans de Dan Brown, n’en déplaise aux intellectuels bon ton. En réalité, j’aime deux types de polars. Les efficaces qui m’emportent et me vident l’esprit. A ceux-là je demande d’être rythmés, haletants, d’éviter les envolées littéraires souvent ratées dans le genre policier et d’être rédigés dans une écriture acceptable.  Et puis il y a les polars littéraires. Ceux qui cumulent le style, le sens du récit et parfois même une vision de l’homme ou une analyse de la société qui les hissent au rang d’écrivains « à part entière ».

Voyons donc les efficaces :

Olivier Descosse « Les enfants du néant ». Un psychanalyste dont la femme a été assassinée par l’un de ses patients décide de se reconvertir en profileur et d’entrer dans la police. C’est rapide, efficace, le genre de livre qu’on ne lâche pas. Si  l’auteur vous plaît, vous pouvez acheter ses autres romans les yeux fermés. Veinards, je les ai tous lus et il me faudra attendre le prochain.

Mo Hayder : « Skin ». Vous savez, c’est l’auteur de « Tokyo » (prix des lectrices de Elle), « Pig Island », « Rituel » etc. C’est le modèle suspens bien mené, même si Tokyo avait nettement plus de nerf et d’originalité que les autres. On y retrouve les incontournables femmes assassinées dans des conditions atroces, mais avec l’originalité d’une flic membre d’une brigade de recherche subaquatique (les amateurs de plongée apprécieront), laquelle a des difficultés familiales qui viennent donner de l’épaisseur à l’enquête principale. Autant vous le dire tout de suite, il y a quelque chose de malsain dans ces romans.

Joseph Finder : « ParanoIa » : c’est un « business thriller », autrement dit un polar qui se déroule dans le monde économique. Un salarié dont le seul talent est d’être un menteur hors pair, se retrouve au coeur d’une bataille industrielle entre deux géants informatiques. Pour les amateurs d’intrigues qui fuient les serial killers et autres polars frappés au sceau du mal absolu.

Patrick Bowen : « Monster » : le personnage principal est médecin dans une petite ville de Floride. Un soir, un patient amené par la police perd son portable chez lui. Il sonne, le médecin répond, il n’aurait pas dû. Haletant.

Frédéric Lenoir et Violette Cabesos : « La promesse de l’ange » : Ce thriller métaphysique met en scène une archéologue aux prises avec une énigme qui la renvoie au XIème siècle lors de l’édification de l’abbaye du Mont St Michel. Un roman bien tourné qui alterne scènes historiques et scènes contemporaines, sur fond de mystères religieux.

Giacometti – Ravenne : Bienvenue dans le polar franc-maçon. L’un des auteurs est journaliste, l’autre est franc-maçon justement. Par conséquent, les récits qu’ils font de la maçonnerie sont, pour ce que j’ai pu vérifier, assez justes. Je viens de finir La Croix des assassins, impeccable.

Vous pouvez aussi dans ce genre jeter un oeil sur Franck Thilliez, un bon maître du suspens. Ses histoires sont troubles, violentes, un peu trop sanguinaires parfois, mais bien efficaces.

Les polars de grande classe

Antoine Chainas : « Versus ». C’est ma découverte de l’année. Vous y trouverez le bandeau « Recommandé par Rue89 ». A juste titre. C’est l’histoire d’un flic qui déteste tout le monde, les criminels, les femmes, les étrangers, les homosexuels, les imbéciles. Un bloc de haine pure, source de tous les dérapages possibles et de toutes les manipulations. La qualité de l’écriture est époustouflante pour un roman policier. Un flic maudit dans un roman maudit. Très atypique.

Jean-Bernard Pouy : « la Récup’« . Celui-là, c’est un de mes auteurs fétiches. Anarchiste, disjoncté, avec un vrai talent d’écriture. Il a reçu le grand prix de l’humour noir et c’est mérité. Le héros de ce roman est un petit cambrioleur, recruté par des gens qu’il ne connaît pas avec une mission simple : ouvrir la porte d’une maison. Mais au lieu de le payer, ses employeurs le laissent pour mort sur un quai de gare. En regardant un vieux film avec Lee Marvin, il décide que lui aussi va devenir Lee Marvin et récupérer ce qu’on lui doit. Bienvenue dans l’univers de Pouy. Si le style de l’auteur vous plaît, je vous recommande tous les autres les yeux fermés.

Jean-Christophe Grangé : « Le serment des limbes ». J’ai lu les autres, ils m’avaient plus, mais celui-ci aurait été de la même veine, qu’il se serait retrouvé classé au-dessus, à la rubrique efficace. C’est son polar le plus achevé, remarquablement documenté, bien vu psychologiquement, très bien construit. Un voyage au coeur du mal qui a des allures de grande littérature. Je l’ai recommandé à une dizaine de personnes, absolument toutes enthousiasmées. Le suivant, « Misere », est très réussi également. Pour l’anecdote, il se trouve que l’auteur est journaliste.

Willkie Collins : « Sans nom ». Collins est un auteur anglais du 19ème siècle, avocat de formation, qu’on dit être l’inventeur du thriller juridique. D’abord soutenu par Dickens, ce-dernier jaloux de son succès aurait tenté ensuite de l’éclipser. Qu’importe, l’auteur a été redécouvert en France il y a une quinzaine d’années et a fait de nombreux adeptes. « Sans nom » est pour moi le meilleur, c’est aussi le plus volumineux (700 pages de mémoire). A la mort de son père, une jeune femme se retrouve dépouillée de sa fortune par un oncle maladif manipulé par une diabolique gouvernante. Elle s’acquoquine avec un voyou des bas fonds de Londres pour récupérer son rang. Une plume magnifique, un sens du récit hors pair, c’est un roman qu’on ne lache pas. Et quand je dis cela, ce n’est pas une formule. Je me souviens à l’époque où je l’ai découvert avoir pris une douche, m’être habillée et être allée travailler le livre à la main, ce qui a nécessité un nombre incroyable de contorsions et quelques prises de risques inconsidérées, pour moi comme pour le livre. Au passage, on observe qu’un vrai suspens ne nécessite aucun des ingrédients grossiers maniés lourdement par les mauvais auteurs.

Serge Brussolo : Connaissez-vous Brussolo ? Ce n’est pas à proprement parler du polar, plutôt une série de cauchemars très caractéristiques de cet auteur inclassable. Tout commence toujours normalement puis on bascule doucement dans la folie. Maison bâties avec des cadavres, produits amincissants qui rendent fous, étrange maladie qui déforme atrocement les corps, l’auteur joue sur le registre des peurs absurdes qui hantent nos cauchemars. Etonnant. Certains restent dans le domaine du possible, d’autres relèvent du plus pur délire. L’étendue de l’imagination de l’auteur semble sans limite. Attention toutefois, c’est prenant, bien écrit, mais tourmenté et parfois oppressant. J’en ai achevé certains avec le même soulagement que celui qu’on ressent en s’éveillant d’un mauvais rêve.

Pierre Magnan : Encore un auteur pour ceux qui préfèrent les intrigues à l’hémoglobine. Celui-ci aussi est atypique. Le film « La maison assassinée » avec Patrick Bruel, vous vous souvenez ? Il est tiré d’un roman de Magnan. Tous ses polars se déroulent en Haute Provence. La langue est parfumée comme un marché du midi de la France. Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer un extrait de son autobiographie :

« Pierre Magnan vit aujourd’hui à Forcalquier. La sagesse lui a dicté de se rapprocher des lieux habités et de se séparer des surplus. C’est ainsi que sa bibliothèque ne se compose plus que de 25 volumes de “la Pléiade” et de quelques livres dépenaillés pour avoir été trop lus. Il aime les vins de Bordeaux (rouges), les promenades solitaires ou en groupe, les animaux, les conversations avec ses amis des Basses-alpes, la contemplation de son cadre de vie.

Il est apolitique, asocial, atrabilaire, agnostique et si l’on ose écrire, aphilosophique ».

Je les recommande tous, à cette réserve près qu’il commence à sortir du genre policier pour parler de lui ou de sa région. Lisez donc la 4ème de couverture pour être sûr qu’il s’agit bien d’un policier.

Hannelore Cayre : C’est une avocate parisienne. Elle  a écrit trois romans policiers. Le héros, toujous le même, est un petit pénaliste  à la morale assez élastique dont on ne sait plus très bien de quel côté de la barrière il se situe. Court, efficace, original.

Ah! J’allais oublier. Pierre Bordage. Vendéen au style élégant, remarquable conteur, l’auteur est surtout connu dans le monde de la science-fiction. « Porteur d’âmes » est son premier roman policier. Excellent. Je recommande aussi deux trilogies. La première est celle des Prophéties. Elle comprend « L’évangile du serpent », « L’ange de l’abîme » et « Les chemins de Damas ». L’intrigue se déroule à notre époque. Le premier volet évoque l’émergence d’un nouveau messie à travers les « évangiles » rédigés par un tueur professionnel, une strip-teaseuse, un journaliste et un disciple. Les deux volets autres plongent l’Europe dans une guerre de religions. Passionnant. L’autre trilogie est celle de « L’enjomineur ». Cette fois nous sommes sous la révolution française. Le portrait de la révolution sous ses aspects les plus noirs est saisissant. Attention, il faut croire un peu en la magie. Il ne s’agit pas stricto sensu de romans policiers, mais le grand sens du récit de l’auteur en fait des livres à suspens remarquables. Et puis il y a le dernier en date, un thriller d’après la fin du monde « Le feu de Dieu ». Sous une pluie de cendres et dans une nuit perpétuelle, le héros tente de rejoindre à pied sa femme et ses enfants enfermés à plusieurs centaines de kilomètres de Paris avec un fou. Il n’y a plus de route, plus de nourriture, un froid glacial règne et les rares survivants s’entretuent. Magistralement mené.

Ceux que vous pouvez reposer : Harlan Coben, l’auteur de « Ne le dis à personne » s’essouffle. J’ai lu « Dans les bois » acceptable, le suivant est ennuyeux. Oubliez aussi John Grisham, il a tout dit depuis longtemps, malheureusement (le tout dernier serait de meilleure qualité, mais je ne l’ai pas lu). En revanche, ceux qui ne connaissent pas peuvent lire les premiers qui sont excellents dans le genre thriller juridique.

Mes autres auteurs fétiches : Benacquista (tout). Fred Vargas :  faut-il encore la recommander ? A quelques allergiques aux succès populaires sans doute. L’immense Ellroy se passe de commentaires. La vénitienne Dona Leon vous entraînera dans des enquêtes tranquilles le long des canaux de Venise. En Suède, le très désabusé commissaire Walander (Hennig Mankell) pourrait bien ternir le soleil de vos vacances ; à cette réserve près, c’est du très bon polar. Enfin,  s’il y a des retardataires qui n’ont pas encore cédé à la trilogie Millennium, allez-y les yeux fermés. La réputation de cette trilogie n’est pas usurpée. En plus vous découvrirez, surtout dans le premier, les difficultés auxquelles les journalistes sont confrontés dans leur métier. Je me souviens l’avoir terminé alors que je sortais un scoop, pas bien gros, mais un scoop quand même. Je me posais les mêmes questions que le héros au même moment, c’était une bien étrange sensation. Quant aux passionnés d’internet, ils seront séduits par l’extraordinaire hackeuse Lisbeth Salander.

Evidemment, tous vos avis et conseils seront les bienvenus, j’avoue être un peu en panne de polars pour l’été.

Mise à jour 30 juillet 2009 : je vous recommande l’excellent billet de Philarête sur le roman policier. Par ailleurs, j’ai lu durant ce long week-end « Au-delà du mal » de Stevens Shane. Voilà un roman qui va entrer dans les classiques du policier. Il raconte le parcours d’un serial killer aux Etats-Unis traqué par toutes les polices, la mafia et la presse. On y croise un sénateur véreux qui utilise le criminel pour défendre la peine de mort et booster sa carrière, un criminologue qui compte bien bâtir sa réputation sur l’analyse de ce tueur hors normes (au point d’espérer qu’il ne sera pas trop vite arrêté pour pouvoir l’observer) et un journaliste d’investigation aussi brillant que trouble. L’écriture est blanche, clinique, la construction remarquable. Un roman désespérant mais de très grande qualité. Pour ceux qui préfèrent se distraire, « Apocalypse » le dernier de Ravenne et Giacometti, est parfait. Dans la lignée du Da Vinci Code, les deux auteurs, passionnés depuis l’adolescence par le mystère de Rennes-le-Château, avancent leur propre interprétation de l’affaire. En précisant bien sûr qu’il ne s’agit que d’un roman.

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