La Plume d'Aliocha

20/07/2009

Journaliste, qui t’a fait roi ?

Filed under: questions d'avenir — laplumedaliocha @ 09:34

Le billet intitulé « A pleurer » ayant eu une diffusion inattendue en raison de sa reprise par mes amis de Marianne 2, que je remercie au passage, je pense nécessaire de préciser ma pensée.

Quelques marionnautes ont, semble-t-il, apprécié qu’un journaliste fasse ce mea culpa sur ce que j’ai appelé notre « immense et désespérante lâcheté collective ». Il faut ici rendre justice à mes confrères, je ne suis ni la première, ni la seule à faire ce constat. Il suffit d’observer les parutions d’ouvrages relatifs à la presse pour découvrir, à de rares exceptions près, une longue liste de plaintes, d’inquiétudes et de déceptions sur notre métier. Vous pouvez lire par exemple à ce sujet l’excellent « Notre métier a mal tourné » de Philippe Cohen et Elisabeth Levy. Je m’étais promis de ne pas participer à  cette grande déprime collective. D’abord parce qu’il me semble que le diagnostique est fait depuis longtemps et qu’il n’y a pas grand chose à ajouter. Ensuite, parce qu’il me parait plus important aujourd’hui d’observer ce qui va bien et pourrait participer d’un nouvel élan que de se complaire dans une culpabilité stérile.

La communication a pris la main…

Précisément, si j’ai évoqué l’absence d’esprit collectif, c’est parce qu’il me semble que cette situation n’est pas irrémédiable. Le bras de fer qui oppose actuellement la profession et le politique est riche de potentialités de rebond. On voit bien que les journalistes français redécouvrent leurs valeurs à mesure qu’elles sont attaquées. Mais on voit bien aussi que la profession se bat en ordre dispersé. Tandis qu’Edwy Plenel lance son manifeste sur la presse, que Rue89 se défend devant la police à propos de la « vidéo volée », que des sites comme @si ou encore Marianne 2 stigmatisent les dérapages, d’autres médias,  de TF1 à l’Obs, tombent dans le piège de communication tendu par notre talentueux président.  Ceux qui l’approchent finissent sous emprise, perdant inexplicablement tout sens critique. Les autres, en réaction, sombrent dans le dénigrement  systématique au point parfois d’en être aussi irritants que les premiers, mais pour des raisons opposées. Quelle conclusion en tirer ? Sans doute que la presse est prise à son propre piège. Que ce gouvernement a si bien compris ses mécanismes qu’il en joue en virtuose et que les journalistes se retrouvent pieds et poings liés dans leurs contradictions. Le président agace ? Qu’importe, sa photo en couverture fait toujours vendre. Les amitiés, pressions financières, espoirs personnels de carrière font le reste. Ce qu’il faut bien appeler les « fausses interviews de l’Elysée » montre une télévision phagocytée, tandis que les titres de la presse papier ne peuvent s’empêcher d’aller se brûler au couple présidentiel et à quelques séduisantes ministres, pour cause de ventes à booster. Et voici la presse coincée comme jamais entre son rôle démocratique de surveillance des institutions et ses préoccupations économiques. Certes, la presse sur Internet semble échapper à ces difficultés et même lancer une contre-offensive. On pourrait s’en satisfaire. Je pense que nous aurions tort. Un jour ou l’autre cette presse-là sera elle aussi rattrapée par le système.

…et ne la rendra pas !

Il me semble que la communication politique en France a changé et que nous allons devoir nous y adapter. Le journalisme courtois, la division née de l’individualisme des journalistes et de l’esprit de compétition qui les oppose n’ont jamais été à notre honneur, mais aujourd’hui ils nous empêchent de faire front dans la grande bataille de l’information. Et il faut bien admettre que c’est la communication qui est en train de triompher. On peut bien sûr continuer de se lamenter, crier au scandale, stigmatiser un peu plus un président qui n’a pas le bon goût de nous respecter. Mais il y a un paradoxe, je trouve, à brandir notre indépendance à l’égard du pouvoir tout en suppliant celui-ci de préserver et d’organiser notre liberté. Si j’en crois Hannah  Arendt, la politique est le lieu du mensonge légitime. Il n’est pas étonnant que nous soyons, nous les chercheurs de vérité de faits, en conflit avec elle. Il va donc bien falloir accepter de mener cette bataille au lieu d’agiter sans cesse la même dignité outragée en attendant je ne sais quelle prise de conscience vertueuse en face. Elle ne viendra pas. Et je crains en outre que les nouveaux rapports qui se dessinent entre pouvoir et presse  survivent à celui qui les a si habilement mis en place. Nicolas Sarkozy ne fait qu’utiliser avec maestria l’arme de la communication, laquelle est depuis longtemps déjà plus puissante et plus habile que la presse. Son pouvoir ne se limite d’ailleurs pas au champ politique, tous les journalistes économiques en mesurent la dangerosité. Il va falloir nous habituer à l’idée que nous ne maîtrisons plus la relation avec nos interlocuteurs. Ils ont pris la main et ne nous la rendront pas. Nous ne sommes plus au niveau, nos méthodes sont dépassées, il est là le problème et nous sommes les seuls à pouvoir le résoudre.

Indispensable socle de valeurs

Peut-on sortir de ce piège ? Il me semble que c’est possible et c’est là qu’intervient le code de déontologie. Beaucoup conçoivent ce projet comme une défiance à l’égard de journalistes déjà affaiblis,  comme une volonté de  leur asséner des contraintes supplémentaires, voire comme une atteinte possible à leur indépendance. L’indépendance, mais laquelle ? Elle est en lambeaux notre indépendance.

A observer toutes les professions qui sont dotées d’une déontologie, on voit bien que c’est une contrainte mais aussi un atout extraordinaire. Prenons l’exemple des avocats. Voilà une profession plus indépendante que la nôtre, à supposer que ce soit possible.  Une profession composée de 49 000 personnes en France attachées viscéralement à leur liberté et à leur indépendance. Une profession méfiante à l’égard de l’autorité, rebelle par essence.  En cela, nous nous ressemblons les avocats et nous. La profession d’avocat est aussi une profession disparate qui rassemble en son sein une incroyable diversité de profils. Entre l’avocat d’affaires qui partage son temps entre Paris et New-York, gagne plusieurs centaines de milliers d’euros par an, n’a jamais mis les pieds dans un prétoire, et l’avocat qui défend pour rien ou presque les petits délinquants, cotoyant au quotidien la misère humaine la plus noire, il y a un monde, et pourtant tous deux portent le même titre. De même,  on trouve chez les journalistes des grands reporters risquant leur vie pour couvrir une guerre et des gens comme moi, dont l’activité beaucoup plus modeste consiste à informer sur les nouveautés réglementaires. Là encore, nous nous ressemblons les avocats et nous. Mais ils ont quelque chose de plus. Une chose qui les unit : leur déontologie. Une déontologie qu’ils brandissent comme un élément fondamental de leur identité et comme une protection à l’encontre de toute personne qui prétendrait leur faire renier leurs valeurs essentielles. Indépendance, secret professionnel, vigilance à l’égard des conflits d’intérêts, toute atteinte à ces valeurs fondatrices déclenche immédiatement chez eux une réaction collective. En protégeant leurs valeurs, ils préservent leur identité et leur métier. Mais ils font aussi bien davantage, ils préservent un aspect essentiel de notre démocratie, la possibilité d’être défendu par un professionnel indépendant astreint au secret, quelque soit le crime commis. En ce sens, la protection de leurs valeurs relève certes en partie d’une défense corporatiste, mais leurs intérêts et ceux des citoyens se rejoignent. A l’inverse, notre démission collective dessert bien plus que notre cause, elle nuit au journalisme et donc au débat public. Les citoyens ont raison de nous en vouloir.

Journaliste, qui t’a fait roi ?

Difficile question que celle de notre légitimité. On nous appelle le 4ème pouvoir, mais, observe Daniel Cornu, nous n’avons en réalité aucune force contraignante, ce qui nous distingue des autres pouvoirs. De même, nous ne sommes ni élus, ni désignés. Est journaliste celui qui décide de l’être. Mais alors, d’où peut venir notre légitimité, si tant est que nous en ayons une ?  De la discussion sur la vérité de nos informations  et sur la manière dont ces informations vraies  rendent compte des préoccupations réelles de la société, répond Daniel Cornu en s’appuyant notamment sur Habermas. Ce qui signifie, poursuit-il, que de la même manière que nous demandons des comptes aux autres pouvoirs, nous sommes tenus d’en rendre. Puisque nous nous auto-désignons journalistes et puisque notre seule légitimité réside dans la qualité de notre travail,  à nous de définir, sous le regard du public, ce que cela implique comme droits (contre les pressions de l’extérieur) et comme devoirs (contre nos propres abus).

Refonder le journalisme

Voilà pourquoi je défends l’adoption d’un code de déontologie dans la presse française. Evidemment, si ce code ne consiste qu’à nous frapper la poitrine une fois de plus et ne s’emploie qu’à corriger les travers dont on nous accuse, il ne servira à rien. Mais s’il est aussi, j’insiste sur « aussi », l’occasion d’affirmer les valeurs qui fondent notre métier, alors il peut devenir une force formidable pour défendre l’information contre la manipulation de la communication et de la publicité, la vérité de fait contre les mensonges, notre rôle de 4ème pouvoir contre tous ceux qui, lentement mais sûrement, sont en train d’en saper les fondements chaque jour un peu plus. Faire l’effort de penser nos valeurs, de les écrire et de les proclamer, c’est, je crois, effectuer un pas décisif dans la fondation d’un journalisme rénové qui aura enfin pris la mesure des défis qu’il doit  relever. Collectivement.

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19 commentaires »

  1. Aliocha
    C’est bien beau tout ça mais comment expliquez vous la chute des ventes de la presse-papier ? Croyez vous que cela provienne du fait que les contenus n’intéressent pas le public ou croyez vous que ce soit un problème de prix de vente ? Pour ce dernier cas la chute des ventes devraient s’accélérer en périodes de crise économique comme actuellement.

    Aliocha : je pense que c’est un tout mais je laisse l’analyse économique a des gens plus calés que moi. Les quelques discussions que j’ai eues avec eds patrons de presse sur ce sujet montrent que c’est incroyablement complexe de positionner et de vendre un journal. Le simple emplacement qui lui est réservé chez le marchand de journaux, la facilité avec laquelle on trouve ou pas le titre que l’on cherche, est déjà déterminante. Je vous laisse imaginer ce que cela représente de savoir-faire que de penser un titre par rapport à la concurrence, une cible, un format, une présentation, une qualité de papier, une périodicité, une ligne éditoriale, une stratégie marketing, un tarif etc….C’est un vrai métier, ou plutôt ça exige de faire appel à plusieurs métiers. Ce qui m’intéresse ici est davantage la crise morale que traversent les journalistes et qui les pousse à s’interroger sur leur mission, leur légitimité et l’évolution de leur métier. La question n’est pas anodine, car vendre un journal, c’est vendre un travail de journaliste. La question ne peut donc se résoudre par la seule analyse économique.

    Question subsidiaire : Connait-on les demandes du public en matière de presse ? Que veulent les gens ? Qu’attendent-ils des journaux ?

    Aliocha : les études de lectorat renseignent les éditeurs mais fort imparfaitement à mon avis. C’est un peu comme les sondages, il faut que les questions soient pertinentes et il faut aussi savoir lire les réponses.

    Commentaire par toto — 20/07/2009 @ 10:46

  2. Bonjour Aliocha,

    Très intéressante chronique, chère consoeur, et vos réponses au commentaire de Toto le sont tout autant.

    Je partage votre avis selon lequel remettre un peu de déontologie, et tant qu’à faire de déontologie collective, dans notre métier, lui ferait le plus grand bien. La question est à mon sens: comment générer cette démarche collective ? Beaucoup de journalistes que je connais pensent déjà appliquer ces fameuses valeurs déontologiques et, surtout, surtout, ne pas avoir à expliquer comment. La transparence dans les médias ? Je me souviens d’une de mes collègues lancée sur un sujet sur les salaires constatées, et qui n’a pas voulu publier ma fiche de paye pour dire: « Nous, on joue le jeu et on rend des comptes aussi ». Sa réponse a été: « Je sais combien tu gagnes ». Le lecteur lambda l’ignore encore, comme s’il fallait que j’ai honte. Ou peur. Ou je ne sais quoi.

    Voilà qui rejoint la perspective économique. D’accord avec vous aussi que la crise des médias ne se résoudra pas sur la seule prise en compte des facteurs économiques. Cependant, j’estime qu’il faut mettre tout le monde autour de la table, y compris les commerciaux, ceux qui « vendent » le journal et ceux qui le financent. Je ne sais pas si je dois considérer ce cas exceptionnel, mais beaucoup des journalistes que je connais fuient les commerciaux comme la peste, craignant sans doute de se compromettre. J’essaye modestement de trouver des terrains d’entente, de ne pas suivre la seule logique financière du journal, mais de ne pas non plus la traiter avec mépris. Que seraient nos articles s’ils n’étaient pas publiés ? Comment un média, si puissant soit-il, peut-il travailler sans argent ? Et sans rendu de compte de la manière dont cet argent est utilisé ?

    Voilà quelques-unes des questions qui m’animent, souvent beaucoup plus que la manière dont les décideurs politiques nous mettent (parfois / souvent) des bâtons dans les roues.

    Merci à vous, en tout cas, d’alimenter le débat.

    Aliocha : il n’y a aucune raison en effet de stigmatiser les commerciaux, sauf quand ils attendent de nous ce qu’on ne peut pas leur donner. Par ailleurs, les patrons de presse nous accusent souvent avec raison d’être totalement étrangers aux préoccupations économiques. Le problème est embarrassant. On ne peut évidemment pas vivre hors des réalités, mais commencer à mettre le doigt dans ces problématiques c’est aussi risquer de perdre de vue notre mission d’information avec tout ce qu’elle implique d’indépendance et d’objectivité. C’est un vrai sujet. J’ai connu des commerciaux qui comprenaient et respectaient nos contraintes, des vrais passionnés de presse et d’autres qui traitaient les journalistes de crétins quand ils refusaient d’entrer dans leur logique…

    Commentaire par Martin K — 20/07/2009 @ 13:33

  3. A lire sur le sujet :

    Les journaux ont besoin de “l’effet App Store”

    et en particulier le com de jean-Lou Bourgeon (le 13 juin 2009 à 09:08)

    http://pisani.blog.lemonde.fr/2009/06/12/les-journaux-ont-besoin-de-leffet-app-store/

    Commentaire par toto — 20/07/2009 @ 14:19

  4. Chère consoeur

    Je trouve votre contre comparaison avec les avocats quelque peu étrange. en disant que ce qui les lient au sein d’un même corps est la déontologie de leur métier, je suis d’accord, notamment sur le secret professionnel.

    Mais jusqu’a preuve du contraire, les journalistes disposent d’un droit fondamental qui est le secret de la source. Et c’est là que le bas blesse. Les pouvoirs publics jouent un rôle beaucoup trop intrusif en ce qui concerne le secret de la source et je ne pense pas qu’un code de déontologie change cela, malheureusement. Il en est de même pour la communication, je ne pense pas que cela change la donne actuelle.

    Je suis peut etre a coté de la plaque, car je n’ai suivi que de loin cette histoire de code de déonto, mais je ne pense pas que cela change grand chose…

    Aliocha : ça ne coûterait rien de rappeler le principe du secret des sources. Les avocats eux-mêmes ont bien du mal à protéger leur secret, récemment battu en brèche par la 3ème directive blanchiment qui les oblige à dénoncer leurs clients (heureusement dans des cas très limités et soigneusement encadrés). Par conséquent aucun principe n’est à l’abri de ce genre de remise en cause. Sur la communication, il me semble que définir les obligations du journaliste qui lui permettent de produire une information objective, en toute indépendance, peut mettre en lumière utilement la différence entre une information journalistique et un message publicitaire.

    Commentaire par misty — 20/07/2009 @ 14:41

  5. Aliocha, votre argumentaire plaide surtout en la faveur de la création comme chez les avocats d’un ordre des journalistes, qui me paraît être le seul système à même de faire appliquer un code déontologique qui autrement relèverait du voeu pieux.

    Il me semble d’ailleurs que vous disiez il y a quelque temps que cette solution avait été rejetée par la profession. Y a-t-il déjà eu des tentatives dans ce sens ?

    Aliocha : à la libération en effet, mais l’idée a été abandonnée, de même qu’elle a été écartée lors des derniers états généraux de la presse. Sauf erreur de ma part, il existe un conseil de la presse en Angleterre et en Allemagne, et un ordre des journalistes en Italie. Daniel Cornu semble penser que faute de conseil ou d’ordre, on peut aussi créer des postes de déontologues médiateurs dans les organes de presse.

    Commentaire par Morm — 20/07/2009 @ 17:04

  6. Bonjour Aliocha,

    J’aime bien votre comparaison avec les avocats. Surtout que je connais quelques avocats dont l’activité ne leur permet pas de gagner la moitié du smic (quand elle n’est pas déficitaire) et qui sont « subventionnés » par leur conjoint. Ils n’en restent pas moins des avocats et souvent excellents (avec des clients pauvres, comme des enfants par exemple).

    Ceci m’entraine vers la question suivante: A supposer qu’un journaliste décide de s’autopublier sur Internet en créant un site web, que ce site web ne lui permette pas de dégager un bénéfice suffisant pour vivre et travailler sur ses enquêtes et ses articles, mais qu’il se débrouille avec des petits boulots annexes sans rapport direct avec le journalisme (ou avec les revenus de son conjoint), pourrait-il appartenir à l’ordre des journalistes?

    Aliocha : Il n’y a pas d’ordre des journalistes. S’il tire moins de 50% de ses revenus de son activité journalistique, il n’aura pas droit à la carte de presse. Indépendamment de ce problème, je ne crois pas au modèle du journaliste solitaire, sauf rares exceptions type Péan. Le journalisme est un métier trop risqué pour être exercé seul. J’entends risqué au sens où si l’on veut produire une information intéressante, il faut avoir la liberté de critiquer, d’investiguer, et donc de supporter les pressions. Et pour cela, il vaut mieux appartenir à une équipe.

    Commentaire par Zythom — 20/07/2009 @ 18:30

  7. Dans « Droit et démocratie – Entre faits et normes – » (éd. Gallimard 1997 p. 405)Jürgen Habermas rappelle que : « Si nous savons à peu près le poids et le Mode opératoire des mass média, ainsi que la distribution des rôles entre le public et les différents acteurs, et si nous sommes en mesure de formuler des hypothèses fondées quant à ceux qui détiennent un pouvoir médiatique, nous ne savons nullement de quelle manière les mass média interviennent dans les cycles de communication peu transparents de l’espace public politique.Ce qui est plus clair, en revanche ce sont les réactions normatives au phénomène relativement nouveau de la puissance des groupes de média dans la compétition pour l’influence politico-journalistique. »

    Plus prosaïquement,Sabrina Lavric traduit bien ce que Jean Baudrillard appelait le « jeu de la reconnaissance réciproque » c’est-à-dire la connivence érigée en système : http://blog.dalloz.fr/blogdalloz/2008/04/dontologie-jour.html

    Aliocha : la conclusion gâche l’article. Suggérer que nous n’avons pas de déontologie parce que nous serions de connivence (avec quoi, on n’en sait rien) est consternant. Dire que nous n’avons pas de déontologie parce que les textes ne sont pas sanctionnés est une assertion discutable. Il se trouve que tous les groupes de presse organisent une séparation, on dirait aujourd’hui un chinese wall, entre la rédaction et le département marketing – commercial – diffusion, ce qui montre que la déontologie se traduit très concrètement dans la structure même des entreprises de presse. Par ailleurs, les journalistes défendent les principes fondamentaux que sont l’indépendance et le secret des sources. Le projet actuel de code a le double mérite de vouloir actualiser les règles de 1918 et de les annexer au contrat de travail. Quand je plaide pour cela, je ne dis pas qu’il n’y avait rien avant mais qu’on peut faire mieux. J’ajoute que les magistrats, aussi surprenant que cela paraisse, n’ont pas de code de déontologie (il est lui aussi en cours de rédaction). Dira-t-on que les juges n’ont pas de déontologie ? Dira-t-on que s’ils n’ont pas de code, c’est parce qu’ils sont de connivence avec le pouvoir ? Les auteurs de Dalloz peut-être, moi je ne m’y risquerai pas.

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 20/07/2009 @ 20:07

  8. Sa conclusion est parfaitement clair c’est la connivence avec les « capitaux », le « pouvoir » : le soutien de la presse par les pouvoirs publics dans un régime dit « libéral » est une réalité ou (une aberration ?)qui n’est pas contestable et les groupes industriels qui détiennent la majorité des média sont de véritables producteurs de l’information (souvent proches) dudit pouvoir c’est peut-être là le problème majeur comme le rapelle l’auteure. Ils acquièrent d’autant plus de poids que leur travail en direction du public se distingue avantageusement par le choix des personnalités politiques « mises en scène », la qualité de l’équipement technique, les moyens mis en oeuvre. Ce qui empêche les acteurs collectifs qui opèrent à l’extérieur du système politique ou des organisations et des associations sociales, d’influencer sur les contenus et les prises de position des grands média. Or, la présentation des informations et des commentaires obéit dans une large mesure aux conseils et aux recettes des publicitaires. La personnalisation des questions objectives, le mélange de l’information et du divertissement, la présentation épisodique et la fragmentation d’éléments liés entre eux, forment un syndrome qui favorise la dépolitisation de la communication publique.C’est là le fond de vérité de la théorie de l’industrie culturelle.

    Aliocha : je doute, au vu de vos commentaires toujours très éclairés, que vous puissiez confondre une insinuation avec une démonstration. Or, c’est bien d’une insinuation en fin d’article que nous parlons. Les lecteurs de ce blog pourront aller vérifier. Par ailleurs, la classique accusation de collusion que vous relayez ici, au niveau du système lui-même et non pas de quelques brebis galeuses, me semble venir de Chomsky, non ? Elle s’inscrit dans une dénonciation globale du libéralisme que je ne partage pas.

    Or,pour prétendre à une véritable déontologie journalistique il semblerait qu’il faille commencer par couper le cordon.

    Aliocha : il me semble que les horribles médias corrompus de l’horrible patrie du capitalisme sont néanmoins parvenus à dénoncer leurs amis du pouvoir lors du watergate, non ?

    Quand Christian Salmon dans « Storylling » (éd. la découverte p. 178) parle de Fox News (une mutation dans l’histoire des médias)qui a été fondée en 1996 par le magnat de la presse Ruppert Murdoch et Roger Ailes, un des premiers spin docteurs de Ronald Reagan (c’est lui qui provoqua une vive polémique en mars 2007, en confondant intentionnellement Barack Obama, le candidat aux primaires démocrates, avec Oussama Ben Laden. Selon le rapport 2004 sur les médias du Project for Excellence in Journalism, FOX NEWS a dépassé en janvier 2002 l’audience de CNN. Elle a maintenu son avantage en 2003 en franchissant la barre des 53% d’audience et des 45% en prime time. Pendant la guerre d’Irak, son audience s’est envolée et elle a même dépassée CNN pendant la couverture de la guerre.

    Le gourou du marketing Seth Godin a une idée bien précise sur les raisons d’un tel succès : « Sachant que son travail consiste à raconter une histoire, Roger Ailes s’est servi de cette idée pour créer un empire de plusieurs milliards de dollars. » Selon lui « les nouvelles télévisées ne sont pas « vraies ». Comment pourraient-elles l’être ? Il y a trop de choses à dire, trop de points de vue à analyser, trop de sujets à traiter…Tout ce que peut espérer un journaliste de télévision, c’est de combiner les reportages sensationnalistes sur les meurtres et les incendies (nouvelles qui font vendre de la publicité, puisque chacun en raffole) aux reportages plus substantiels, mais moins prisés, sur l’actualité internationale…Idéalement, ce journaliste devrait également exercer son métier sans faire preuve de partialité.

    Aliocha : je n’ai pas encore lu ce livre, mais permettez-moi d’émettre un doute quand un roi du marketing s’exprime sur la presse. De la même façon que je douterais des propos d’un avocat à l’encontre du juge qui aurait refusé de lui donner raison. Je ne saurais trop vous recommander la lecture de « Journalisme et vérité » par Daniel Cornu – Labor & Fides.

    Dès lors,voyez-vous Aliocha, quand il m’arrive de regarder les journaux de TF1 et France2 je pense à FOX NEWS !

    Le président de la République Nicolas Sarkozy l’a si bien intégré qu’il applique à la lettre les fondamentaux de ce que les américains appelle la « realpolitik de la fiction ». Il aurait tort de s’en priver c’est pourquoi il en use et en abuse.

    Aliocha : et de nombreux journalistes s’en émeuvent, vous l’oubliez un peu vite. Abonnez-vous à Marianne, au Canard, à Mediapart, à @si, lisez Rue89, Bakchich, Marianne 2 et vous verrez que votre théorie de la collusion générale des médias avec le pouvoir tombe d’elle-même.

    Vous l’avez laché vous-même et en quelque sorte la déontologie journalistique c’est une “immense et désespérante lâcheté collective”.

    Aliocha : l’auteur écrit ce qu’il peut, le lecteur lit ce qu’il veut. Je n’ai jamais dit que la déontologie était une lâcheté collective, ce qui au demeurant n’aurait aucun sens, j’ai dit que la profession souffrait d’un manque d’esprit collectif, de sorte que chacun travaille en conscience mais que nous ne savons pas cultiver une défense collective de nos valeurs.

    Quant aux juges, eux, se sont des fonctionnaires ils sont payés par l’Etat!

    Aliocha : le droit constitutionnel vous échappe me semble-t-il et je n’ose comprendre ce que vous semblez suggérer.

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 20/07/2009 @ 22:30

  9. Juste un rappel : l’indépendance des avocats a un prix. Il n’y a pas UN ordre mais autant d’ordres que de tribunaux de grande instance (soit 181, pour l’instant). Résultat : la profession est très indépendante, y compris entre confrère, mais la représentation professionnelle ressemble franchement à une armée mexicaine, entre le CNB, la Conférence des bâtonniers, sans oublier le barreau de Paris (près de la moitié des effectifs). Dans un tel contexte institutionnel, il est difficile, très difficile, de « faire bouger les gens » (outre le fait que les avocats sont très individualistes).

    Mais question indépendance, c’est très bien. Et je ne vois pas comment faire autrement, sans risquer une sur représentation parisienne et centralisatrice (no offense !)

    Commentaire par pollicarpe — 20/07/2009 @ 23:54

  10. On peut brandir tous les codes de déontologie qu’on veut, c’est pas ça qui va aider vos collègues de RFI qui sont en grève depuis 6 semaines. RFI + la privatisation en cours de l’AFP, on devine ce que va devenir l’information internationale indépendante, qui trouve déjà de moins en moins de place dans les journaux. Vous pouvez raconter toutes les sornettes que vous voulez, dénigrer Chomsky, dont vous n’avez sans doute jamais lu la moindre ligne (non, ce qu’il a écrit sur la médias ne se limite pas à une critique du capitalisme), la question de l’indépendance des rédactions et du financement de la presse se pose grandement.
    Quoi que vous puissiez en penser, c’est toujours celui qui paie les violons qui choisit la musique…

    Commentaire par Gilbert — 21/07/2009 @ 01:09

  11. @ misty :

     » Mais jusqu’a preuve du contraire, les journalistes disposent d’un droit fondamental qui est le secret de la source  »

    En faite c’est le contraire, si on revendique un droit ,il faut le prouver. Vous pouvez éplucher la législation nationale, vous ne trouverez aucun texte qui protège le secret des sources pour les journalistes en droit français.

    La CourEDH prends en compte, dans une certaine mesure, le secret de sources journalistiques mais la législation française ne distingue pas, par exemple, le domicile d’un quidam et celui d’un journaliste en matière de perquisition , à la différence du domicile de l’avocat qui fait est très protégé. Idem pour les écoutes téléphoniques.

    Commentaire par raven-hs — 21/07/2009 @ 01:16

  12. 1. Tout, d’abord, en substance, même si je suis sensible aux « forces du progrès » je tiens à vous dire que je ne suis ni gauchiste ni altermondialiste… ni juge.

    2. Ensuite, s’agissant de Mme Sabrina Lavric il me semble qu’elle se rallie à l’opinion commune (ou l’imaginaire collectif ?) selon laquelle l’indépendance des journalistes, ou plutôt sa perception par le public qui est mesurée par le baromètre annuel établi depuis 22 ans par le quotidien La Croix en association avec le magazine Télérama.

    En effet, selon l’édition 2009, plus de 61% des français jugent que les journalistes ne sont « pas indépendants » face aux pressions du pouvoir et de l’argent, leur opinion s’étant dégradée en un an.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Ind%C3%A9pendance_des_journalistes

    Curieusement, mais paradoxalement, je vous rejoins pour dire, précisément,que force est de constater que l’apparition des trois médias d’information par Internet que vous évoquez depuis l’été 2007,- Rue89, Mediapart et Backchich – sont bien à l’origine de la défiance que les journalistes avaient eux-mêmes de leur propre indépendance,donc face au « pouvoir » et à « l’argent ».

    3. Sur Noam Chomsky je m’en tiendrai ici à ce qu’il dit à propos de la communication qui constitue pour lui l’instrument de gouvernement permanent des régimes démocratiques. Elle est pour, eux, ce que la propagande est aux dictatures. Il rappelle, par exemple, que les régimes totalitaires se sont appuyés sur les ressorts de la communication publicitaire perfectionnées aux Etats-Unis au lendemain de la première guerre mondiale. Cette pensée peut indifféremment être attribuée un libéral.

    4. A propos du marketing c’est vrai demandons surtout pas à un Thierry Saussez (expert en communication institutionnelle)ou de même à un Jacques Séguéla de nous parler de politique !Je tacherai donc de lire avec profit l’ouvrage que vous m’indiquez.

    5.Non ! C’est moi qui le dit sous forme « incise décalée » !Désolé de ne pas avoir fait mouche !

    6.Vous avez raison le droit constitionnel continue de m’échapper mais je ne regrette surtout pas qu’il ait été ma discipline préférée de 1ère année…peut-être parce que l’article 64 de la Constitution reste qu’une….autorité judiciaire ! Or, comme tout journaliste je suis sensible a l’indépendance et non à la connivence !

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 21/07/2009 @ 01:31

  13. Chère Aliocha,

    Souvent d’accord avec vous, pas cette fois-ci avec votre dernier paragraphe: je pense qu’un code déontologique ne servirait pas à remettre la profession sur de bons rails professionnels (je pense là que c’est une lecture plutôt juridique… que vous développez, cela s’explique), bien au contraire. Car les discussions en matiere de deontologie sont, par definition, sans fin et il n’y aurait que les journalistes consciencieux, qui font bien leur boulot, qui s’en occuperaient et pas une partie de « l’elite journalistique » qui est plus à critiquer, donc inutile…

    Aliocha : Encore une fois, ce qui m’intéresse dans cette démarche, c’est l’effort collectif pour penser nos valeurs, c’est leur écriture dans un document solennel et leur annexion au contrat de travail. Je crois beaucoup aux symboles, or il me semble que nous avons besoin d’un symbole rassembleur. Quand j’ai débuté dans le métier, sans passer par une école de presse, je ne savais rien de la déontologie de la presse, je me suis contentée d’appliquer celle des avocats que je connaissais, le secret, l’indépendance m’étaient familiers, mais je continue parfois de me poser des questions et je ne trouve de véritable référent nulle part. Il me semble que ce flou dessert notre profession et facilite le jeu de ceux qui s’emploient à exiger de nous ce que nous devrions pas faire. La seule personne dans ce métier qui m’ait parlé de déontologie, c’est un directeur de la rédaction qui m’a dit un jour alors que j’avais des informations confidentielles sur une affaire pénale en cours « vous êtes journaliste, vous avez tous les droits ». Bien sûr que non, je n’ai pas tous les droits. Il m’a manqué alors un déontologue dans le journal. Il faut faire entrer des déontologues ou des avocats dans les rédactions, il faut que la profession ait une vision très précise de ses droits et de ses devoirs et surtout il faut que les tiers en soient informés. Une partie de l’auto-censure s’enracine dans l’ignorance de nos droits et de leurs limites. En disant cela, je ne fais qu’appliquer la logique des professions dotées d’une déontologie qui y voient toutes une force. Enfin, sur le terrain des principes, les journalistes s’auto-propulsent 4ème pouvoir, ils doivent au minimum s’auto-réguler. Il n’est plus envisageable à notre époque d’exercer une fonction sensible sans un minimum de règles. De même, on voit bien sur Internet la tentation des uns et des autres de s’auto-propulser journalistes, en ignorant les règles du métier, notamment vis à vis de la publicité. On ne saurait leur reprocher, ce n’est pas la vieille déclaration de 1918 qui peut les éclairer. Nous risquons par ce biais une désintégration totale de nos valeurs, désintégration que nous avons nous-mêmes déjà bien amorcée. Et j’aurais encore mille autres arguments comme ça, mais je suis déjà trop longue 😉

    Non, je pense plutot que les journalistes doivent se concentrer sur le pourquoi et comment leurs entreprises vont mal alors que la crise est décrite et annoncée depuis les années 1960s (et même, si on veut exagérer à peine, depuis 1947: lire l’article de Beuve-Méry dans Esprit du mois de mai où il rappelle la double obligation du journaliste et singulirement du « patron journaliste »: d’abord des entreprises de presse bien gérées pour ensuite assurer un journalisme de qualité !) Et ces entreprises de presse devant être gérées par des journalistes (intéressés et un peu compétents pour cela…)

    Car cela (ce code…) nous détournerait du vrai probleme: je pense que LE probleme de la presse française aujourd’hui réside bien plutot dans les « manquements » dans la gestion du métier et de l’économie du secteur et de ses entreprises.

    Vous évoquez des discussions avec des patrons de presse: pardon mais bien souvent ils sont incompétents (interrogez les sur ce que doit etre une GRH dans les journaux, sur l’utilité ou pas d’un controle de gestion, sur les critères de recrutement des journalistes et de leur promotion, sur la relation avec le marketing, etc.: en général, à part des réponses creuses ou impressionantes en façade, si vous creusez un peu, il n’y a rien, malheureusement…) car soit journalistes et pas intéressés par la dimension gestion du job mais plutot par sa fonction symbolique, politique et mondaine du titre (relire l’histoire des « grands » quotidiens racontée de l’intérieur…) ou alors, rarement, des gestionnaires pas intéressés par gérer un journal car cela n’a rien d’excitant, ce n’est pas un bon marche-pied pour une carrière (regardez le turn-over impressionant de ces fonctions de gestion dans la prese depuis quelques temps: y rester deux ans est un exploit!) et on a les mains liées (95% des coûts sont quasi incompressibles ou pas « manipulables » par les gestionnaires qui ne peuvent donc imprimer leur marque ni « faire joujou », donc pas intéressant) ni même un objectif intéressant pour les « vrais » financiers puisqu’il n’y a aucune rentabilité à en tirer.

    Aliocha : nous sommes d’accord, mais il se trouve que j’en connais une très compétente….Par ailleurs, si vous voulez former les journalistes à l’économie de leur métier, ce qui est en effet une bonne idée, la déontologie devient alors plus que nécessaire pour éviter qu’ils ne perdent toute référence aux valeurs pour verser dans l’affairisme. En disant cela, je n’exprime aucune méfiance vis à vis de l’argent, je songe simplement à toutes les professions qui ont une mission soumise à des valeurs particulières et qui sont également chefs d’entreprise : avocats, notaires, commissaires aux comptes. La déontologie ne leur interdit pas de gagner de l’argent, loin de là, mais elle leur impose de le faire à l’intérieur de principes impératifs. Comme l’a dit un jour un avocat, un marchand d’oranges peut vous en vendre 15 kilos, si vous avez une crise de foie, ce n’est pas son problème. Mais un avocat qui conseille son client ne peut pas se permettre de négliger les conséquences de ses conseils. N’oublions pas que si le bureau américain du cabinet d’audit Andersen qui a certifié les comptes faux d’Enron avait pour objectif de rattraper les performances de sa branche de conseil, c’est en partie pour cela qu’il n’a « pas vu » les manipulations de ce client si juteux. Les journalistes n’ont pas le droit de vendre n’importe quoi à leurs lecteurs.

    @ toto: depuis la naissance de la profession, les journalistes font tout pour éviter d’avoir de vraies relations avec les lecteurs (et + largement les audiences pour les autres médias, même sur Internet…) car ils veulent éviter d’introduire une forme d’évaluation de leur travail… (d’ou aussi pourquoi tout projet de code ou projet semblable est déjà tué dans l’oeuf: la socio-histoire de la profession depuis + de 150 ans est claire la-dessus)

    Donc jamais eu de marketing dans la presse quotidienne (différent des newsmagazines, toutefois), donc on ne sait pas ce que vuelent les lecteurs. Mais il est vrai aussi que les études qui existent, de la manière dont elles sont réalisées (faibles, mal faites, car peu de moyens et pas de réelle volonté de la part de la profession…), n’apportent des infos que très limitées…

    J’avais déjà dit en réponse à un autre de vos posts Aliocha mais je le répète, allez: les journalistes doivent s’intéresser à la gestion de leurs entreprises, surtout en ce moment ou tout bouge avec le multimedia donc on redistribue un peu les cartes, et les journalistes doivent etre les premiers à mettre la main aussi sur la gestion des « nouvelles » boites de presse, et se mettre un peu au marketing (c’est pas un gros mot): bon en tant que journaliste (oh modeste, pas dans l’élite de la profession, loin de là), depuis que je me suis formé au marketing et gestion, eh bien je pense etre meilleur notamment pour discerner quand on veut « m’orienter dans mon travail » (le marketing est une arme à double tranchant) et c’est plus utile pour défendre les frontieres et principes de la profession que de vagues principes ethiques inapplicables,
    C’est egalement utile bien sur pour avoir des idées sur la gestion des journaux (meme si personne n’a la solution, encore moins aujourd’hui). Et j’essaie de former les futurs confreres, en écoles de journalisme, à tout cela eh bien, je peux vous dire que les financiers, les rapaces et les relations publiques peuvent dormir sur leurs deux oreilles: les jeunes s’en foutent tout autant que les anciens, donc rien ne changera et on continuera d’évoquer ces mêmes questions, en rond, dans 10, 20, 30 ans…
    C’est maintenant que les journalistes doivent prendre la main sur leur entreprise (dont réfléchissons plutot sur la gestion et le marketing que l’éthique…) et pas seulement sur leur rédaction et leurs droits…

    Commentaire par Matou — 21/07/2009 @ 08:44

  14. Un code de déontologie ? Très bien !

    Soyez concrète plutôt que de vous lamenter. Prenez en un d’un pays étranger ( étatsunien par exemple, là bas, les journaleux ressemblent plus à des pitbulls qu’à des bassets) , adaptez le, appliquez le à vous même, et proposez à vos confrères de l’adopter.

    Montrez l’exemple et vous serez imitée.

    Au bout de quelqu…
    Lire la suite
    Un code de déontologie ? Très bien !

    Soyez concrète plutôt que de vous lamenter. Prenez en un d’un pays étranger ( étatsunien par exemple, là bas, les journaleux ressemblent plus à des pitbulls qu’à des bassets) , adaptez le, appliquez le à vous même, et proposez à vos confrères de l’adopter.

    Montrez l’exemple et vous serez imitée.

    Au bout de quelques années, ce code, s’il est bien fichu, s’imposera de lui même.

    Maintenant à vous de nous démontrer que vous êtes prête à vous retrousser les manches et que vous préférez l’action à la pleurnicherie racoleuse.

    C’est au pied du mur qu’on voit le maçon.

    http://patrons-voyous.fr/

    Commentaire par patrons-voyous — 21/07/2009 @ 08:55

  15. Bonjour Alliocha,

    « Il me semble que la communication politique en France a changé et que nous allons devoir nous y adapter. » Vous ne pouvez pas mieux dire. C’est pourquoi, je vous encourage vivement à lire ce petit livre, « Stotytelling », d’André Salmon. Je suis persuadé que vous y trouverez une partie des réponses que vous recherchez.

    Quant à la question: « Journaliste, qui t’as fait roi? ». Je crois que votre confrérie a fait preuve en la matière d’un excès d’orgueil dont elle paye les conséquences aujourd’hui. Surtout lorsque le public, ou du moins une partie, s’est rendu compte que le roi est souvent nu. Personnellement, j’ai horreur du côté « donneur de leçon » que certains de vos confrères affectionnent. Par contre, trop peu nombreux sont ceux qui font l’effort de proposer une vision décalée, propre à susciter une saine réflexion, de tels ou tels évènements ou prises de position de personnalités, essentiellement politiques. Il ne me semble pourtant pas que ce soit un effort si terrible puisque nous sommes nombreux, y compris au sein de la population journalistique, à comprendre que, souvent, nous sommes simplement en face de process de communication, très élaboré certes comme dans le cas de l’exécutif, mais que cela n’est que de la communication.

    Même si le lien peut paraître évident, je ne crois pas que le problème soit une sujétion à un capital quelconque. Tout d’abord, ce dernier est indispensable à toute entreprise, y compris de presse. Il est donc inutile de rêver à des structures autarciques qui nous garantiraient, lecteurs, auditeurs, une information exempte de tout vice. Je pense qu’une bonne partie de la solution est à rechercher au sein même de votre confrérie. Est-ce qu’un code déontologique y aiderait? Pourquoi pas? Mais je ne vous cacherai pas que je reste dubitatif face à une telle proposition. Un retour, individuel au départ, vers une vertu quelque peu oubliée me paraît être un chemin plus sûr même s’il est plus long. Si ménage il doit y avoir, il est à faire d’abord parmi ceux qui se croient obligés de distribuer les bons et mauvais points au seul motif qu’ils font partie d’un gratin médiatique et/ou qu’ils ont un accès direct auprès du pouvoir quel qu’il soit. Souvent servis par une intelligence brillante, ils ont oublié leur devoir au profit de leurs intérêts. Si le Monde est dans un tel état, on en connaît les responsables. De même, une écharpe rouge ne suffit pas, et n’est absolument pas nécessaire, pour se proclamer indépendant et juger de tout et de rien sur la place publique. Il y a malheureusement pléthore d’exemples.

    En cédant à ce péché d’orgueil, que j’évoque plus haut, par conformisme, par facilité ou par paresse, votre corporation est devenue un nouveau Narcisse. Votre combat n’est pourtant pas vain car on sent, çà et là, que les choses bougent et que des réflexions se font progressivement jour. A travers ce blog, vous n’êtes pas pour rien dans ces frémissements. Puissent ceux-ci aboutir à l’irruption de ce nouveau journalisme, ou journalisme traditionnel?, dont l’actualité, on y revient toujours, montre qu’il est indispensable à la vie démocratique.

    Pour terminer, je vous promets de lire « Journalisme et vérité » de Daniel Cornu. Sans flagorneries aucunes, vos propos ont contribué à m’ouvrir les yeux sur la réalité de votre activité. Je ne doute pas que cet ouvrage m’y aide encore plus.

    Bonne journée.

    Commentaire par H. — 21/07/2009 @ 10:24

  16. Remarquable billet, une fois de plus. Les mots me manquent pour gloser (d’ailleurs, je suis trop fatigué…). Mais le tableau et le diagnostic me semblent parfaitement ajustés.

    Commentaire par Philarete — 21/07/2009 @ 22:03

  17. La présence d’une minorité de médias alternatifs et critiques en ligne (Rue89, Mediapart et Bakchich) ne remet aucunement en cause la théorie que le système médiatique est pourri par la communication et par les relations entre les propriétaire des médias et le pouvoir politique ou économique.

    Premièrement, ces médias sont peu lus. Leur équilibre financier est incertain (il me semble avoir entendu que Bakchich vivote, par exemple). Comparez avec l’impact du JT de TF1 ou de la presse quotidienne régionale, qui sont ce que la plupart des gens lisent. Or, « la plupart des gens », ce sont eux qui déterminent les choix politiques au moment des élections.

    Deuxièmement, l’existence d’une critique relativement inoffensive permet de rejeter les accusations contre le système médiatique. C’est un peu comme l’existence d’Apple qui permet à Microsoft d’échapper aux accusations de monopole et au démembrement par la loi anti-trusts…

    Ces « pseudo-interviews » sont intéressants. J’y vois la confirmation de ce que je pense depuis longtemps sur la scénarisation de l’information, sur la continuité entre reportage, publicité, « théâtre » et fiction. En théorie, on doit les séparer. En pratique…

    (Vous allez me dire que, peut-être par abus d’analyse de syntaxe, je me mets moi aussi à faire mon Chomsky.)

    Commentaire par DM — 22/07/2009 @ 09:59

  18. « Sans flagorneries aucunes, vos propos ont contribué à m’ouvrir les yeux sur la réalité de votre activité.
    Commentaire par H. — 21 juillet 09 @ 10:24 »

    « Remarquable billet, une fois de plus. Les mots me manquent pour gloser (d’ailleurs, je suis trop fatigué…). Mais le tableau et le diagnostic me semblent parfaitement ajustés.
    Commentaire par Philarete — 21 juillet 09 @ 22:03 »

    Fatals flatteurs ?
    http://www.bakchich.info/Les-Fatals-Flatteurs-a-l-attaque,04206.html

    Commentaire par Gilbert — 23/07/2009 @ 02:44

  19. « journaliste, qui t’a fait roi » est le titre de mon livre publié par les éditions 24 Heures en 1988. Je suis heureux de savoir qu’il est tombé dans le domaine public comme « fermeture éclair » ou « frigidaire ». En outre, avec l’accord de l’éditeur, le livre est désormais téléchargeable sous licence « creative commons » http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.5/ch/ à la page http://www.archive.org/details/JournalisteQuiTaFaitRoi de l’Internet Archive.

    Commentaire par Bernard Béguin — 19/09/2009 @ 18:11


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