La Plume d'Aliocha

16/07/2009

A pleurer…

Filed under: questions d'avenir — laplumedaliocha @ 10:03

Il n’aura échappé à personne je suppose que le 14 juillet fut l’occasion pour notre président, largement épaulé par mes confrères de la télévision, de mener une opération de séduction en montrant sa grande armée et sa jolie épouse. De quoi faire oublier la crise, le chômage et le reste.

Ah! Qu’il est doux d’être français le 14 juillet.

J’avais manqué ces grands moments de journalisme pour cause de déconnexion totale avec le monde. J’aurais préféré je crois ne jamais voir cela. Mais puisque c’est fait, voyons ce que l’on peut en dire.

L’art de passer à la télévision sans danger

Nicolas Sarkozy a, dit-on, souhaité rompre avec le traditionnel discours du 14 juillet, jugé ringard. Dont acte. Je ne suis pas certaine pour autant d’apprécier la modernité qu’il nous propose. Quelle meilleure façon en effet d’éviter les sujets qui fâchent que de faire diffuser sur France 5 un reportage glorifiant, avant de profiter du défilé pour assimiler son image à l’idée de puissance, pour laisser place ensuite à la contemplation de la reine douce et belle, puis à un show de Drucker bête à pleurer. Du pain et des jeux. La recette est connue depuis l’antiquité. Ce qui l’est moins, et que j’ai découvert à la justice avec Rachida Dati, c’est d’occuper l’antenne sans jamais répondre aux journalistes. Je vous explique.

Le joli tour de passe-passe !

J’ai connu en tout six gardes des sceaux : Toubon, Guigou, Lebranchu, Perben, Clément et Dati. Les 5 premiers avaient l’habitude d’organiser régulièrement des conférences de presse à la chancellerie à chaque fois qu’un événement le justifiait, le plus souvent l’annonce d’une réforme ou une réaction sur l’actualité. Ils se prêtaient donc au feu nourri des questions de la presse. Avec Dati tout a changé. Les conférences de presse se sont réduites à moins de 5 en deux ans, d’ailleurs peu prisées par les journalistes. « Comment ? songerez-vous mais pourtant on la voyait souvent à la télévision ! « . En effet, on la voyait en déplacement parlant aux uns et aux autres, visitant ceci, s’exprimant là, mais jamais ou presque face à des journalistes. Pour les journalistes, il y avait l’admirable directeur de la communication qui répondait avec une bonne volonté louable à toutes les questions, techniques comme politiques, à croire que c’était lui en réalité le garde des sceaux.

Les journalistes seuls coupables

Vous saisissez l’intérêt de la manoeuvre ? Occuper le terrain médiatique dans ce qu’il a de plus favorable, l’image, et fuir ses dangers, les questions. J’ai bien peur que l’Elysée ne verse dans le même stratagème. « Haro sur le président ! » crieront les anti-sarkozistes, « quelle honte » s’indigneront mes confrères. Au risque de décevoir, j’ai bien du mal à reprocher au chef de l’Etat son talent médiatique. Il n’est pas fautif. Ceux qui sont fautifs, c’est nous les journalistes, et personne d’autre. Sommes-nous menacés d’emprisonnement si nous résistons ? Risquons-nous nos vies ? Que nenni, nous risquons nos jobs tout au plus, mais surtout de déplaire, de n’être plus en cour, de nous faire brocarder lors d’une conférence de presse et peut-être même humilier. Oui, et alors ? Je crains malheureusement que nous risquions au final bien plus que cela, quelque chose qui nous dépasse, dont nous sommes les dépositaires provisoires, pour tout dire je crains que nous ne risquions l’avenir du journalisme.

Lâcheté collective

La vérité c’est que nous sommes d’une immense et désespérante lâcheté collective. La vérité c’est que l’individualisme nous mène quotidiennement à supporter l’humiliation de l’un d’entre nous en nous félicitant secrètement que la foudre soit tombée juste à côté, sans saisir que c’est nous tous qu’on insulte. La vérité c’est qu’on critique ceux qui sont déjà à genoux avec l’illusion que nous, bien sûr, nous sommes encore debout. L’illusion, l’illusion seulement. Quant à ceux qui se croient très forts en pratiquant l’antisarkozisme de principe, ils me semblent être en réalité les premières victimes du système. Leurs critiques aussi systématiques qu’aveugles ne sont pas plus pertinentes que les léchages de pompe des autres. Dans les deux cas, la passion éloigne d’une critique distante et raisonnée.

Je crois au fond que nous payons notre refus déjà ancien d’avoir un conseil ou un ordre de journalistes. Faute d’avoir une structure qui nous rassemble, chacun défend sa vision du métier, sa carrière, ses intérêts propres. Et les rares fois où il s’agit de s’exprimer de façon collective, comme lors des Etats généraux de la presse, alors les seuls représentants que trouve l’Etat, ce sont quelques patrons de presse plus soucieux de l’avenir de leur groupe, voire seulement de leur poste que de celui de leur métier (sauf rares exceptions). C’est pourquoi je nourris beaucoup d’espoir à l’égard du futur code de déontologie. Non pas que j’y vois la promesse d’une profession entièrement vertueuse à brève échéance, la solution miracle à la crise que nous traversons, ou bien une quelconque marque de supériorité à l’égard des journalistes amateurs qui fleurissent sur la toile, mais parce que c’est l’espoir de pouvoir développer enfin un esprit commun autour de valeurs partagées. Cet esprit collectif qui nous fait aujourd’hui si cruellement défaut. L’initiative vient de la présidence de la République me répondra-t-on, elle est forcément viciée à la base. Allons, Sarkozy n’a rien inventé, ça fait des décennies qu’on en parle. Ne sombrons pas une fois de plus dans le piège de la haine irraisonnée. C’est un chantier nécessaire. A nous d’en profiter pour marteler le principe d’indépendance, c’est lui qui est le plus en danger, comme vient de l’illustrer cet étrange 14 juillet qui fut loin d’être le symbole de notre liberté.

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29 commentaires »

  1. Journalisme et pouvoirs … Les responsables politiques sont élus par les citoyens, ce qui manifeste mutatis mutandis les conceptions du contrat social, moyennant la représentativité. Or le consentement doit être éclairé afin de pouvoir valablement nouer une convention, il s’ensuit que le journalisme a un rôle de nature constitutionnelle en ce qu’il permet en principe d’éclairer le peuple souverain, à défaut de voir ses représentants y pourvoir.

    Un code de déontologie est un progrés en ce qu’il prescrit des limites ultimes dont le non-respect couvre d’opprobre celui qui s’en affranchit, mais il ne fait pas naître d’obligation positive d’exercer un esprit critique ( dont la définition, surtout dans le champ du politique est un challenge redoutable, et qui paradoxallement pourrait limiter la liberté d’expression ). Le silence peut être aussi complaisant qu’un bruit blanc laudatif.

    Quid d’un pouvoir informatif constitutionnellement consacré ? En première analyse, l’avantage de tutoyer les autres pouvoirs classiquement reconnus, mais en seconde analyse le risque de sclérose qui menace toute institution dans le sein de l’Etat. Serait-il possible de créer un instrument ou une organisation internationale de type RSF mais dont l’objet ne se limiterait pas à dénoncer les violations aux libertés de la presse mais de soutenir – et comment ? – le développement d’un journalisme indépendant ? Et comment financer une telle structure sans au passage y gagner une servitude financière ?

    Ce ne sont là que quelques réflexions bien arides issues de l’observation comparatiste.

    Quoi qu’il en soit un grand merci d’éclairer la lenterne des mekeskidis du journalisme.

    Cordialement

    Commentaire par Aardvark — 16/07/2009 @ 11:04

  2. Et MAM ? Elle fera quoi?

    Commentaire par misty — 16/07/2009 @ 12:49

  3. […] A pleurer… « La Plume d’Aliocha […]

    Ping par LordPhoenix (lordphoenix) 's status on Thursday, 16-Jul-09 11:11:08 UTC - Identi.ca — 16/07/2009 @ 13:11

  4. joli billet. j’ai le même constat amer à propros du 14 juillet. entre le spot publicitaire à la gloire de notre armée  » de tout temps l’armée a été au service de la paix », un journal où on entend une seule réaction du public « quand je vois nos beaux chars, je suis fière d’être française » et un publi-reportage en soirée par le cireur de pompes de service, il n’y a pas de quoi d’être fier. et à gauche c’est pareil, je ne sais plus quel socialiste disait dans le même journal que le 14 juillet était une fête à la gloire de notre armée. voilà c’est officiel !?
    effectivement occuper l’espace télévisuel tout en évitant les questions dérangeantes, c’est très courageux…mais efficace
    à propos de la « lâcheté » des journalistes, votre propos me rappelle celui de Françoise Degois au lendemain de la conférence de presse où Laurent Joffrin s’était fait moucher par notre président…

    Aliocha : c’est aussi à Joffrin que je pensais, mais pas seulement. De mémoire, Calvi s’est retrouvé en difficultés lors d’une interview présidentielle sans que personne ne l’aide, Duhamel a ricané quand Sarkozy lors d’un autre show a taclé l’Obs en rappelant l’histoire du « faux » SMS, Ferrari a interrompu Pujadas lors de l’interview de février alors que celui-ci insistait sur le CSA. Imaginez que ça se passe souvent comme ça aussi hors des caméras. On voit passer les scuds et tout ce qu’on fait, c’est rentrer la tête dans les épaules. Il y a quand même des exceptions. Je me souviens d’une conférence à l’autorité des marchés financiers où le président de l’époque, Michel Prada, avait démoli un journaliste de Libé sur l’affaire Vivendi, précisant à la fin de sa réponse qu’il ne répondrait plus à aucune question sur le sujet. « C’est dommage » a lancé d’une voix de stentor un journaliste de Reuters, je crois, en se levant « parce que moi, j’en ai encore deux des questions sur Vivendi » et il les a posées. C’était jouissif, mais si rare. Ce genre d’exemple montre que le pouvoir de nous faire respecter est là, tout près, à portée de mains. Il suffirait de si peu…

    Commentaire par turquoise — 16/07/2009 @ 13:23

  5. Mais il y a déjà des codes de déontologie. Tant et plus. À quoi bon en rajouter un ?
    Tant que vous resterez dans le déni des causes de cette situation (le manque de pluralisme effectif, d’indépendance des rédactions, les journaux aux mains des grands patrons des ventes d’armes, des banquiers, du béton, de l’armement, la fianciarisation de l’information, l’information considérée comme une marchandise comme les autres, le reprise en mains des services publics de l’information…), rien ne changera. Vous me la baillez belle, avec votre déontologie.

    Aliocha : dites, vous ne seriez pas le Gilbert qui a attaqué Luc Cédelle (journaliste du monde en charge de l’éducation) sur son blog lors de l’affaire du boycott du Monde ? Toujours est-il qu’en attendant le Grand soir et la fin du capitalisme, il faut trouver des solutions. Et que refondre notre code qui date de 1917 ou 1918, je ne sais plus, en s’inspirant des déclarations internationales qui ont suivi, et surtout décider qu’il sera désormais annexé au contrat de travail de chaque journaliste, c’est une avancée à mes yeux, oui. Une avancée modeste, mais une avancée. A l’heure actuelle chaque journaliste fonctionne sur la bas ede son éthique propre, des règles de son journal, de l’état d’esprit du rédacteur en chef et de l’air du temps. Un texte clair et connu de tous aiderait considérablement à y voir clair et favoriserait l’émergence d’une conscience collective.

    Commentaire par Gilbert — 16/07/2009 @ 14:08

  6. La « Déclaration de Munich » – déclaration des devoirs et des droits de journalistes ratifiée en 1972 par la Fédération Internationale des Journalistes – peut-elle être un support déjà disponible pour le futur « Code de déontologie » ? N’est-elle pas déjà suffisante, quand vous rappelez à juste titre que l’attitude « personnelle » du -de la- journaliste est déjà le premier niveau d’action et probablement le plus important ?
    Merci encore de nous avoir fait connaître le livre de Daniel CORNU ‘ Journalisme et Vérité ‘ édité chez LABOR ET FIDES – dont je viens de démarrer la passionnante lecture.

    Aliocha : Ah ! je suis ravie d’avoir fait au moins un émule avec ce livre. Je m’en vais d’ailleurs le relire d’ici peu, tant il mérite de s’y appesantir. Pour le reste, cette déclaration en effet pourra servir de base. On pourrait même la récupérer telle quelle, mais toujours dans l’esprit de mobiliser et fédérer la profession française, je pense que ce serait pas mal de rédiger la nôtre. J’ajoute que la déontologie bouge, évolue, comme je l’ai lu dans un livre récent sur la déontologie des avocats et des magistrats, il est donc sans doute utile de s’atteler à un texte qui tiendra compte de la pratique actuelle en plus de rappeler les valeurs immuables.

    Commentaire par Bassoon — 16/07/2009 @ 14:27

  7. Comme vous Aliocha j’ai craqué de voir dans quel état se trouve notre presse et donc notre démocratie. Je m’en suis apitoyé sur mon blog… Bien sûr que je vous rejoins sur cette « ramolisation » des journalistes, de ces « acoquinages » avec le pouvoir. Bien sûr que @Gilbert a raison de soulever la dépendance financière des journaux et télévisions. Mais ne rejetons pas tout sur ces deux causes, ni nous reposons sur le « talent » médiatique de Sarkozy pour expliquer ces dérives. Car si ces dernières sont possibles c’est surtout parce que les citoyens les acceptent ! Que les Français ouvrent les yeux pour faire autre chose que regarder Secret Story, qu’ils essayent de connecter quelques neurones supplémentaires cela devrait leur faire comprendre un peu plus la situation. D’autant plus que certains journalistes (vous en avez cité), des blogueurs aussi, ne cessent de tirer le signal d’alarme.

    Aliocha : convergence de vue liée à une fraternité professionnelle mais aussi astrologique, je présume 😉 Merci pour le lien vers ce blog dans votre billet. Je veux bien qu’on ouvre les yeux des français, ce qui me désole, c’est qu’ils aient pu se fermer en partie à cause du manque de vigueur des journalistes. Du coup, aujourd’hui tout le monde s’agite et plus personne n’entend rien. Une des raisons pour lesquelles j’essaie d’expliquer notre métier ici c’est pour dépasser le fameux « les journalistes sont des imbéciles » qui fait le jeu de ceux qui nous manipulent. Si les citoyens avaient une lecture plus éclairée et plus sélective de la presse, les choses iraient mieux, en tout cas, je crois. Sans le public, nous ne sommes rien, or le public nous lache…

    Commentaire par Mister Cham — 16/07/2009 @ 14:49

  8. Le mot « lâcheté » me semble vraiment excessif, Aliocha. Je n’aime pas la fatalité mais tout de même, si certains journalistes se complaisent dans leur rôle de faire valoir de telle ou telle politique cela contraint les autres à suivre ce mouvement, puisque si ces derniers refusent de jouer le jeu le message sera de toute façon envoyé à l’opinion.

    Je pense que les journalistes payent déjà les conséquences de cet état de fait. Douter d’une information quelle quelle soit est, à mon sens, une vertue, mais douter de l’intégrité du journaliste qui envoie l’info est dangereux pour l’avenir de la presse. Le journalisme de cour ambiant nous y amène.

    Finalement et si c’était ça l’avenir du journalisme : une immense boite de comm’ ? ( 😀 )

    @ Mister Cham :

    Qu’est ce que vous avez contre Secret Story ? Il en faut des neurones pour comprendre tout ce qu’il se passe.

    Commentaire par raven-hs — 16/07/2009 @ 15:44

  9. Je ne sais pas si c’est le sourire enamouraché du présentateur ou le fait qu’il incline sa tête légèrement vers la droite pour écouter son invité parler, mais en tombant sur France 5 ce soir-là je me suis sincèrement mis à regretter d’avoir appris à lire et compter un jour….. Dans la forme, ça me faisait penser à la fameuse interview de Céline Dion par une journaliste canadienne. Pour ce qui est du fond parcontre, je serai reconnaissante à tous ceux qui m’en excusent mais ça avait du mal à s’éloigner de zéro.

    Commentaire par Anaelle — 16/07/2009 @ 15:48

  10. Il me semble que votre prémisse est un peu bancale – sinon le passage par les coulisses des conférences de presse est excellent – car je ne vois pas bien en quoi M. Sarkozy fait semble à Mme Dati. Car je n’ai pas vu l’émission de FR5 (seulement entendu des extraits à la radio : vous avez des confrères qui font leur travail et n’hésitent pas à être critique, d’ailleurs à l’écoute des commentaires des journalistes, je me demandais comment ne pas rire…) mais il me semble qu’il y eut néanmoins interview – vous supposez quand même qu’on est évidemment d’accord sur cette transformation médiatique alors que vous ne prouvez (hélas) pas grand chose (peu d’éléments sont avancés).

    Ce qui me semble en revanche terrible, c’est de voir le journaliste se muet en porte-parole favorable au pouvoir (d’où vos remarques sur Ferrari et Duhamel), ce qui a le mauvais goût de transformer une neutralité en bienveillance (les questions devenant des perches vers ce qu’on voulait dire : il s’agit dès lors d’un discours déguisé).
    Je ne savais pas quoi lire sur la plage, merci de proposer le Cornu pour bronzer malin !

    Commentaire par Bardamu — 16/07/2009 @ 16:29

  11. Lâcheté collective, oui, et pas seulement des journalistes. Tout se passe comme si nous n’avions plus le courage de croire en nos propres paroles.

    Quelques exemples.

    Le dopage : qui ne sait, avec certitude, que les coureurs cyclistes se dopent ? (lire encore hier le point de vue de Greg Lemond dans Le Monde). La différence n’est pas entre ceux qui se dopent et ceux qui ne se dopent pas, elle est entre ceux qui se font prendre et ceux qui ne se font pas prendre. Les Pouvoirs Publics disent  » luttons contre le dopage ! ». Bravo, mais lutter effectivement contre le dopage, ce n’est pas renforcer les contrôles lors du Tour de France, c’est supprimer le Tour de France. Soit nous disons « luttons contre le dopage » et nous avons le courage de croire en ce que nous disons et nous supprimons ces épreuves qui ne peuvent pas avoir lieu sans dopage, soit nous évitons de dire « luttons contre le dopage ».

    La dette : qui ne sait, avec certitude, que le niveau de notre dette est gros de tous les dangers ? Les politiques le disent, les économistes le disent, les journalistes le disent… et pourtant chaque année (cela n’a pas commencé avec l’actuelle Crise, cela dure depuis plus de 30 ans !) la dette augmente. Nous n’avons pas le courage de croire en ce que nous disons ni par conséquent d’agir comme nous devrions.

    Les lois : qui ne sait que l’actuel raz de marée législatif est mortel, mortel pour les lois elles-mêmes qui perdent toute crédibilité et donc mortel aussi pour la société ? Tout le monde le sait et le dit. Et pourtant, à chaque nouveau problème, on nous promet, pure folie !, une nouvelle loi censée le résoudre. Comme par enchantement. Là encore, nous n’avons pas le courage de croire en ce que nous disons, ni par conséquent de faire cesser cette incontinence textuelle.

    Il y a bien d’autres exemples.

    Et effectivement, à chaque fois, les journalistes sont particulièrement exposés, leur métier n’est-il pas de « dire », de transmettre ce que d’autres « disent » ? Ils sont au coeur du mal. Ils ont leur propre responsabilité, c’est vrai, mais pèse aussi sur leurs épaules le poids de la responsabilité collective. Nous ne croyons plus en ce que nous disons. Il est inévitable que les journalistes et le journalisme en souffrent.

    Sans doute n’est-ce pas si nouveau. Un empereur chinois des temps anciens disait paraît-il quelque chose comme cela : « je donnerais la moitié de mon royaume si cela pouvait rendre aux mots leur sens »

    Mais ce n’est pas une excuse.

    Nous qui sommes, n’est-ce pas?, si intelligents, si cultivés, si spirituels, si rationnels, si modernes, si progressistes, si lucides, si habiles dans toutes les sciences et techniques… nous pourrions bien avoir le courage de donner à nos mots leur sens.

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 16/07/2009 @ 19:07

  12. http://punctum.blog.lemonde.fr/2009/07/13/mieux-que-la-propagande-le-journalisme-de-fiction/

    Aliocha : très bon lien, merci ! Un blogueur qui aime Fra Angelico et déteste les audio-guides ne peut être qu’un homme de bien 😉

    Commentaire par toto — 16/07/2009 @ 19:52

  13. Nicolas Sarkozy: le docu de France 5 dont tout le monde parle

    http://www.slate.fr/story/8109/sarkozy-documentaire-france5-a-visage-decouvert

    Commentaire par toto — 16/07/2009 @ 19:53

  14. En simplifiant, le métier de journaliste consiste à produire du signal à partir du bruit ambiant. C’est la base du métier. La majeure partie du boulot des journalistes ne consiste pas à sortir des faits nouveaux, mais à mettre en avant, au milieu de nombreux faits déjà théoriquement disponible, ceux qui (selon l’appréciation du journaliste, ce qui est un biais en soi, mais glissons, c’est un autre débat) méritent l’attention du public.

    Exemple de bruit : le Journal Officiel de la République française. Ce truc contient plein d’informations juridiques, pas toutes très intéressantes pour tout le monde. La fondation de l’association des pétanquistes de Ker Pelec’hout n’intéresse que ses membres, plus éventuellement les lecteurs de Pétanque Magazine (ça existe, j’ai vérifié). Mais les annonces légales ne se limitent pas aux créations d’associations. Les dissolutions d’entreprises y figurent aussi, et plein d’autres infos. Que le citoyen lambda a autre chose à faire que de lire en détail, même s’il pourrait, en théorie. Et c’est là que le journaliste entre en jeu. Par exemple, imaginons (au hasard) une journaliste, juriste de formation, travaillant pour un grand quotidien économique : vous pouvez être sûrs qu’elle se le fade, le JO, régulièrement, pour en dégager des infos qui pourraient intéresser ses lecteurs. Et par « intéresser » j’entend « être dans son intérêt de savoir ». La question des critères appliqués par la presse pour déterminer ce qui est intéressant pour le public est un débat trop large pour ce commentaire.

    Toujours est-il que les conseillers en communication de Nicolas Sarkozy ont trouvé les boutons pour faire danser les journalistes, la méthode qui marche : produire BEAUCOUP de bruit. Créer l’évènement dont la presse devra nécessairement parler, puis créer l’évènement suivant pour ne pas laisser à la presse le temps d’analyser le précédent. Il se dit que, durant sa charge de ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy a passé plus de temps devant les caméras qu’à son bureau rue de Valois (honnêtement, il n’a rien foutu). Il n’a jamais participé à une seule rencontre des ministres de l’Intérieur (ou équivalents) de l’Union Européenne. Certaines méchantes personnes disent que c’est parce qu’il n’y avait pas de caméras.

    Mais il s’attache à maintenir du bruit. D’une certaine façon, ça ressemble à une attaque par déni de service sur les cerveaux des journalistes.

    Commentaire par Schmorgluck — 17/07/2009 @ 13:34

  15. Des nouvelles du journalisme nord-états-unien, et de ses futurs possibles :
    http://www.wired.com/dualperspectives/article/news/2009/07/dp_newspaper_ars0714

    Commentaire par Bassoon — 17/07/2009 @ 17:04

  16. Mince, je voulais dire « place Beauvau », pas « rue de Valois » (ministère de la Culture). La bourde…

    Aliocha : pas bien grave, votre analyse est assez bien vue, et assez flippante aussi 😉

    Commentaire par Schmorgluck — 17/07/2009 @ 19:11

  17. Pourquoi, lors d’une sortie indécente de Notre Konducator, comme dans celle contre Joffrin, tous les journalistes ne prennent-ils pas leurs cliques et leurs claques en se barrant de la conférence pour montrer leur mécontentement ?

    Tous.

    Qu’est-ce qui se passerait ? Ils perdraient tous leur accréditation ?

    Ne resteraient que ceux de TF1 pour qu’on voit ça au 20 heures…

    Aliocha : si vous avez l’esprit de groupe dans un cas pareil, vous vous levez et vous sortez, si vous êtes individualiste, vous songez « chic, cet imbécile s’est fait tarter, je vais montrer au président que je suis plus intelligent que mon confrère ».

    Commentaire par totolezheros — 17/07/2009 @ 21:17

  18. « j’ai le même constat amer à propros du 14 juillet. entre le spot publicitaire à la gloire de notre armée ” de tout temps l’armée a été au service de la paix”, un journal où on entend une seule réaction du public “quand je vois nos beaux chars, je suis fière d’être française” et un publi-reportage en soirée par le cireur de pompes de service, il n’y a pas de quoi d’être fier »

    D’autant moins fier que c’est du carnaval et que la France n’a plus qu’une armée fantôche. Sarkozy augmente les crédits de la défense plutôt que de faire ton habituel blabla de vendeur de harissa à la criée..

    Commentaire par La French Connexion — 18/07/2009 @ 07:11

  19. Aliocha,

    Drucker a toujours fait du divertissement. On ne regarde pas ses émissions pour se prendre la tete.

    Commentaire par toto — 18/07/2009 @ 11:50

  20. Drucker a une carte de presse. Il est journaliste. C’est ça le problème.

    Commentaire par Gilbert — 18/07/2009 @ 13:35

  21. Bonjour à tous bonjour à la maitresse de ces lieux

    je suis plus que ravie de cette affirmation que vous avez la franchise ou la lucidité de mettre dans votre billet
    « La vérité c’est que nous sommes d’une immense et désespérante lâcheté collective. »
    lacheté de tous et même de l’auteur de ce commentaire!!!
    je me demande si écrire sur nos blogs ne nous donne pas bonne conscience et de nous croire moins lâches que les autres !

    Commentaire par artemis — 18/07/2009 @ 15:59

  22. Vous allez bientôt nous faire du Chomsky. À ce propos, que pensez-vous de son analyse des médias?

    Commentaire par DM — 18/07/2009 @ 22:18

  23. Un code de déontologie réactivé? Pourquoi pas.

    Mais je ne crois pas trop aux journalistes qui respecteraient des règles morales. Tout ça est à géométrie variable. Et mon expérience (journalistique, syndicale, politique et dans la vie courante) m’a presque quasiment toujours montré que ceux qui se réclament hautement de règles morales sont souvent les pires crapules dans la pratique. Pires de toutes façons que ceux qui respectent sans se vanter une sorte de prudence et de décence communes…

    S’il existe un code de déontologie qui s’applique, il y aura nécessairement des commissions chargées de contrôler son application et je vois tout de suite qui va y siégeaient. Ce sera un patchwork de membres de conseils d’administration d’écoles de journalisme, de permanents d’organismes divers et variés (syndicats patronaux ou professionnels), d’élus, d’associations de consommateurs, de profs, etc. Les journalistes qui bossent n’auront pas les loisirs suffisants pour s’y faire élire et y siéger.

    Pourquoi ne pas appliquer les lois? Sur le droit de réponse, la diffamation, l’injure, l’atteinte à la présomption d’innocence, la diffusion de fausses nouvelles… Le choix est vaste. Pourquoi ajouter une réglementation de plus?

    Commentaire par didier specq — 19/07/2009 @ 08:37

  24. : toutes mes excuses.

    Commentaire par didier specq — 19/07/2009 @ 08:38

  25. QUI VA Y SIEGER: toutes les excuses.

    Commentaire par didier specq — 19/07/2009 @ 08:39

  26. « Il n’aura échappé à personne je suppose que le 14 juillet fut l’occasion pour notre président, largement épaulé par mes confrères de la télévision, de mener une opération de séduction en montrant sa grande armée et sa jolie épouse. »

    En effet,- « A l’ouest rien de nouveau » – et, à suivre Régis Debray dans « l’Etat séducteur » (Folios essais, éd. Gallimard 1993 p. 21): « […]tous les marqueurs de l’écart symbolique ont, en l’espace de quelques années cédé la place à des allocutions dialoguées, au vocabulaire plus familier, aux plans plus serrés (jusqu’au gros plan sur le visage du chef de l’Etat, marque d’intimité maximale) dans un décor moins officiel ou plus fleuri. On cherche à fasciner par le rapprochement et non plus par la distance, par la banalisation et non plus par l’héroïsation du chef d’Etat. L’ostension du Symbole s’efface devant l’ostentation de l’individu. Comme si bien voir, maintenant c’était toucher du doigt. Le goût du spontané a inversé les liturgies d’Etat les plus rigides. L’émotif évince le cérémonieux. Importance croissante des « éléments non verbaux du message », calculent sèchement les ordinateurs du marketing (expression du visage, 55% d’efficacité, la voix, 38%, discours 7%)[…].Nous avons montré ailleurs comment la télévision a désacralisé l’image, tout comme l’imprimerie le mot.L’inflation fait perdre confiance.Dégradation de l’image en « visuel » qui dévalue aussi l’Etat audiovisuel.On peut se féliciter de cette laïcisation, sans oublier pour autant le caractère inexorablement « religieux » de l’organisation collective, quels que soient les emblèmes et devises (sacré n’est pas divin).  »

    Et, P. 23 : « […]Un président de la République n’est pas un Français éminent qui habite en France mais un Français comme un autre que la France habite :le seul dans ce cas sur 60 millions de ressortissants. La preuve, il peut, le temps d’un mandat, en assurer la représentation n’importe où dans le monde. Respecter l’autorié d’un président de la République c’est « voir double » en le regardant. Voir à travers le corps sexué, daté, contingent, frappé de facticité (pitoyable comme vous et moi, comme tout ce qui est essentiellement accidentel), rayonner l’invisible corps mystique. Voir le petit être opaque habiter le grand qu’on ne voit pas mais qui, en retour, l’habille de lumière. Or, la télévision empêche de voir double. Elle ne croit pas à l’invisible. »

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 19/07/2009 @ 12:31

  27. […] Classé dans : questions d'avenir — laplumedaliocha @ 09:34 Le billet intitulé “A pleurer” ayant eu une diffusion inattendue en raison de sa reprise par mes amis de Marianne 2, que je […]

    Ping par Journaliste, qui t’a fait roi ? « La Plume d’Aliocha — 20/07/2009 @ 09:34

  28. Ce docu de propagande donne vraiment l’impression d’un retour du Roi Soleil.

    « Que nenni, nous risquons nos jobs tout au plus, mais surtout de déplaire, de n’être plus en cour, de nous faire brocarder lors d’une conférence de presse et peut-être même humilier. »
    Et pour les petits journaux, il y a aussi le risque de perdre l’agrément CPPAP, qui dépend en partie du gouvernement, s’ils déplaisent de trop…

    Commentaire par dK — 23/07/2009 @ 04:16

  29. BiBi participe au débat via l’intervention d’Alain Accardo… Il s’adresse à certains journalistes de l’Audiovisuel public, bien en retard sur les mesures accablantes du Pouvoir…BiBi répète : il ne s’agit pas de TOUS les journalistes mais bien d’une large majorité d’entre eux, braves toutous des niches Dassault, Lagardère, Bolloré, Paolini etc…

    «Pour pouvoir crier au loup de façon crédible, il faudrait que vous commenciez par reconnaître la lourde part de responsabilité qui est la vôtre dans la situation indigne où l’Audiovisuel public a sombré depuis bien longtemps, à force d’agenouillement devant le Pouvoir de l’Argent et d’adhésion au Nouvel Esprit du Capitalisme. Il faudrait que, au lieu de servir la soupe aux puissants, vous vous soyez battu(e)s inlassablement contre «la main mise du Pouvoir», les atteintes à «l’indépendance» et la «dégradation» des programmes. Mais, à l’exception d’une infime minorité de journalistes qu’on doit saluer avec respect parce qu’ils/elles ont eu la probité et le courage, au milieu de rédactions hostiles ou indifférentes, de dénoncer l’aliénation du milieu journalistique par l’argent et les amitiés politiques, la très grande majorité d’entre vous, par conviction partisane, par carriérisme, par lâcheté, par inculture ou par bêtise, est restée muette quand elle n’a pas collaboré (…).On ne vous a pas entendus protester, sinon du bout des lèvres, contre l’instrumentalisation hypocrite du CSA par le Pouvoir ni contre la précarisation massive du travail des jeunes au sein de vos rédactions (…). Franchement, on a du mal à vous plaindre, et plus encore à vous prendre au sérieux ».
    Chronique d.Alain Accardo : «Jérémiades audiovisuelles» (Journal La Décroissance, février 2009).

    Commentaire par PensezBiBi — 24/07/2009 @ 19:56


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