La Plume d'Aliocha

06/07/2009

Hors sujet

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 12:10

Ainsi donc, deux étudiants de l’Ecole supérieure des arts décoratifs de Strasbourg ont trompé la confiance de Paris Match en remportant le prix du grand reportage étudiant avec des photos bidonnées, lesquelles ont été publiées par le magazine. J’imagine déjà les détracteurs de Match, nombreux, se féliciter. Ah ! enfin, l’insupportable magazine est pris les doigts dans la confiture. Depuis le temps qu’il nous assène avec complaisance des images insoutenables (et depuis le temps que nous les regardons, sinon comment le saurions-nous ?). Le très fanfaron discours auto-justificatif des auteurs de la fraude, qui est ici, nous informe sur le fait que les situations décrites par les photos sont réelles, mais que les photos elles-mêmes ont été mises en scène avec des acteurs. L’objectif de la manip’, à part ennuyer Match et fausser un concours ?

– Souligner que le faux ne s’oppose pas au vrai,

– dénoncer les rouages d’un système médiatique reposant sur la complaisance et le voyeurisme,

– éveiller la confiance sur la fragilité, la force et l’ambiguïté des images d’information.

L’exercice ne me semble pas convainquant.  Le faux ne s’oppose pas au vrai, disent-ils ? En art, sans doute pas en effet, mais en journalisme, si. Or, ces étudiants ont fait poser des acteurs dans des situations qu’ils ont inventées. Ce qui vicie à mon sens toute la démonstration. D’abord parce qu’ils ont triché, ce qui n’est jamais honorable. Ensuite parce que le rapport du journalisme à la vérité ne se pose pas sur le terrain du mensonge, cas pathologique marginal, mais sur celui de la perception de la réalité et de la capacité à en rendre compte. Daniel Cornu (oui, c’est ma bible du moment) rappelle l’affaire de l’histoire de Tarzan, ce routier devenu l’emblème médiatique de la grève de 1992. A ce sujet, Florence Aubenas notait :

« Il colle à la situation, il la condense depuis son surnom jusqu’à ses tatouages, depuis sa grande gueule jusqu’à ses tee-shirts échancrés. Il est LE routier en colère. Un journal fait son portrait, puis un autre. Deux mois plus tard, Tarzan devenu vedette est tout naturellement invité à Matignon pour négocier la sortie de crise. Le problème est que Tarzan ne représentait le symbole des routiers qu’aux yeux des journalistes. Les chauffeurs, eux, ne se sont pas reconnus dans le miroir tendu ».

Icône médiatique

Le public a-t-il été trompé ? Etait-ce un imposteur ? Non, c’était une icône médiatique tout simplement, une incarnation symbolique et  parcellaire de la réalité. Si l’artiste a la possibilité de modifier la réalité, voire de s’en extraire totalement,  pour exprimer un message, les journalistes en revanche sont astreints à la respecter. C’est une véritable gageure et c’est pourquoi la quête journalistique de la vérité  puis son expression en direction d’un public rencontre des difficultés bien plus notables,et plus subtiles aussi, que la grossière contrefaçon. Le journaliste comprend-il l’événement ? Peut-il tout dire ? N’est-il pas abusé lui-même ? Le récit qu’il en fait est-il objectif, impartial ou simplement honnête, selon le mot que l’on préfère ?  Elles sont là, les vraies questions.

Vous avez dit voyeurisme ?

Nos étudiants voulaient aussi dénoncer  la complaisance et le voyeurisme de la presse. Convenons que l’idée n’est pas d’une fracassante originalité. Il n’est pas niable que la presse souffre parfois de voyeurisme, mais ce travers mérite d’être mis en perspective. Quand un reporter de guerre rentre avec des photos très dures, il entend alerter, provoquer une prise de conscience. Que les magazines suivent et publient, c’est heureux, car si ce n’était pas le cas, il faudrait dire adieu à cette forme de journalisme qui est pourtant la plus remarquable. Ceux qui s’indignent de ces publications ne s’en veulent-ils pas à eux-mêmes d’avoir eu la curiosité de les regarder ? Ou bien ne s’agacent-ils pas de voir une réalité qu’ils auraient préféré ignorer ? Daniel Cornu, toujours, relate cette autre anecdote. Nous sommes en 1973 juste après la guerre du Kippour. Jean-François Kahn alors éditorialiste sur Europe 1 raconte à ses auditeurs durant plusieurs jours les tortures effroyables infligées par les syriens à des prisonniers israéliens.

« Or, un beau matin, on apprit que ces mêmes soldats israéliens venaient d’être libérés, qu’ils étaient tous vivants, apparemment bien portants et qu’aucun mauvais traitement ne leur avait été infligé ». JFK avoue publiquement son erreur et s’interroge sur les réactions :  « Non seulement le mensonge était a priori absout, mais on jugea ici et là, saugrenu et même discutable que j’en ai fait l’aveu ! Pourquoi ? Parce que ce mensonge involontaire coïncidait à cette époque avec la vérité désirée ».

Voilà qui donne à réfléchir, non ?  Nos étudiants expliquent aussi qu’ils ont utilisé les codes de la photo de presse. Oui, il y a des codes, des photos plus expressives que d’autres, où est le problème ? Ils ont saisi l’esprit de l’exercice, ils l’ont appliqué, et ils ont gagné le concours. Ils auraient pu faire les mêmes photos, en vrai, et ils auraient gagné aussi, mais sans mentir.

Force et fragilité de la photo

Ils veulent encore éveiller sur la force, la fragilité et l’ambiguïté d’une photo d’information. Où est la nouveauté ? Attaquer le journalisme sur le voyeurisme relevait déjà d’un préjugé d’une banalité affligeante. Révéler qu’une photo n’est pas en soi un document ayant force de preuve, qu’elle doit être sourcée pour déterminer sa crédibilité, légendée, contextualisée, témoigne de la naïveté la plus ébouriffante. S’il est vrai qu’il y a un déficit d’éducation du public en France sur la manière de lire la presse, les journalistes n’en sont pas responsables.

Surtout, cette expérience passe à côté du problème du moment en matière de photographie : celui des corrections. L’apparition des logiciels type photoshop a été une révolution dans l’univers de la photo. Bien sûr les montages, mises en scène et autres aménagements avec la vérité, ce ne sont pas eux qui les ont inventés. Mais ils les ont tellement facilités et rendus invisibles qu’il y a un vrai danger. Les grands photoreporters ne jouent pas à cela. Mais que dire des autres photographes ? La question passionnante qu’auraient pu poser nos jeunes insolents était  de déterminer à partir de quand une photo devient mensongère à force d’être retravaillée ?

Non, décidément l’exercice n’est pas convainquant. Tout ce qu’il aura réussi à faire, c’est décrédibiliser un peu plus la presse en montrant que les journalistes avaient le pouvoir de mentir. Ils en ont le pouvoir en effet, tout le monde a le pouvoir de frauder. Le comptable peut trafiquer les chiffres, le pharmacien vous donner de faux médicaments, le boulanger faire passer une vulgaire levure chimique pour du levain. Et alors ? Le rapport entre journalisme et vérité ne doit pas être exploré au travers des cas pathologiques, encore une fois fort rares,  mais bien dans la complexité quotidienne de son observation de la réalité et de sa capacité à l’exprimer. Il était là le sujet, je crains que nos étudiants soient passés à côté.

Note : J’ai rédigé ce billet il y a une semaine. La question étant complexe, j’ai pris le temps de la laisser maturer, de lire les réactions des uns et des autres. Ainsi, Claude Soula du Nouvel Obs  s’irrite contre l’exercice tout en admettant qu’il interroge le journalisme sur ses clichés. Daniel Schneidermann y voit une réflexion intéressante sur la reconstruction journalistique du réel. En effet, à cette réserve près que le mensonge qui fonde l’exercice en obère considérablement la portée. Je viens enfin de visionner ce matin l’émission qu’a consacré @si à cette affaire.
@si avait invité les deux étudiants, Alain Genestar, ex-directeur de Match et patron du magazine Polka, ainsi que le photographe Patrick Robert. A propos des vérifications que n’auraient pas opéré Match avant de publier le reportage des lauréats, Genestar a expliqué qu’il ne s’agissait que d’un concours et que les processus de vérification étaient différents de ceux appliqués lors de la publication d’un reportage pro. Sur les pros, il a souligné que la valeur d’une photo dépendait de la signature du journaliste et de sa réputation. Si le journaliste est connu pour la qualité de son travail, nul besoin de vérification, dans le cas contraire, si. De son coté Patrick Robert a expliqué que la photo n’était jamais l’illustration de LA réalité mais d’une réalité. Daniel Schneidermann l’a notamment interrogé sur plusieurs de ses photos dans des pays en guerre où l’on voit une peluche dans les bras d’un enfant, d’un soldat ou encore dans les décombres, soupçonnant une mise en scène destinée à jouer sur l’émotionnel. A propos de celle où l’on voit un ours en peluche sur les décombres d’une maison, Patrick Robert a réfuté les accusations de mise en scène : « Il n’est jamais nécessaire de tricher, la réalité est suffisamment insupportable. En réalité, nous passons notre temps à l’adoucir pour la rendre publiable ». Des propos confirmés par Alain Genestar « les photos que nous recevons de photographes dans des pays en guerre sont souvent insoutenables. Si nous choisissons de montrer la peluche, c’est pour ne pas montrer le corps de l’enfant disloqué ».
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23 commentaires »

  1. Je suis assez d’accord avec l’idée que le journaliste ne fait que transcrire la réalité, telle qu’il l’a perçue. Mais encore faut-il que sa perception ne soit pas trop partielle ou trop biaisée. Cela suppose qu’il soit bon et qu’il ait une conscience professionnelle.

    C’est sans doute le cas de la grande majorité des journalistes, mais il existe une minorité qui s’affranchit de ces règles pour décrire la réalité telle qu’ils voudraient qu’elle soit, sur la bases d’éléments vrais, mais avec une vision biaisée. C’est très régulièrement ce qui arrive sur les questions internationales…

    Ce qui m’a amusé dans cette affaire, c’est l’éclatante démonstration de « l’esprit paris-match » et avec une question lancinante : jusqu’où peut ont « maquiller » la réalité comme on maquille des comptes pour les rendre présentables tout en restant dans les limites du droit ?

    Aliocha : Le problème, c’est que la capacité à rendre compte fidèlement de la réalité dépasse de loin l’honnêteté-objectivité-impartialité qui n’est « que » l’exigence de base du métier. Au fond, c’est un exercice presque impossible, qui suppose un grand sens de l’observation, la capacité à aller à l’essentiel et un talent ensuite d’écriture photographique ou littéraire pour exprimer ce qu’on a vu au plus près de la réalité. Patrick Robert explique fort bien dans l’émission que lorsqu’il prend une photo, il constate parfois qu’un de ses confrères situé à un autre endroit de la scène est parvenu à capter quelque chose de différent et de complémentaire qui lui a échappé à lui. En d’autres termes, deux photographes assistent à la même scène, utilisent les mêmes techniques, au même moment et pourtant ne saisissent pas la même chose…C’est pourquoi je trouve l’expérience de nos étudiants un peu légère, il y avait tant de choses plus passionnantes à mettre en évidence.

    Commentaire par authueil — 06/07/2009 @ 15:14

  2. Ils ont quand même montré que Paris-Match n’est pas tellement regardant quand le produit final correspond à ses « attentes ». Cela dit, ce n’est pas franchement un scoop 🙂

    Aliocha : en effet. Mais quelles sont ses attentes ? Que le sujet de la précarité étudiante ait plu à Match, c’est certain et c’est d’ailleurs ce sur quoi s’interroge Claude Soula en admettant que la presse se concentre sur les cas extrêmes, ce qui est sans doute un tort, tout en soulignant que l’ordinaire n’intéresserait pas le public. Je pense pour ma part qu’on n’attend pas des journalistes qu’ils parlent de ce que tout le monde sait, mais au contraire qu’ils informent sur ce qu’on ignore. Comme dit encore une fois Daniel Cornu nous sommes des spécialistes du « remarquable ». Ensuite sur la forme, il faut que la photo exprime la situation, qu’elle la résume. Par conséquent, son contenu doit être expressif. D’où l’étudiant fouillant les poubelles pour exprimer le fait que certains n’ont pas les moyens de se nourrir correctement. Comment faire autrement ? Que pourrait bien illustrer une photo très digne d’un étudiant sortant de la fac avec son sac à dos ? Rien.

    Commentaire par authueil — 06/07/2009 @ 15:38

  3. Belle mise en perspective du sujet (c’est la saison des corrections du Bac de Philo, non 😉

    En fait, la « mise en scène » de ces étudiants, pour critiquable qu’elle soit, ouvre malgré tout bien des réflexions.

    D’ailleurs si vous (Aliocha) trouvez que ces étudiants sont « passés à coté » du vrai (traitement) du sujet, vous admettez dans votre réponse à Authueil, qu’il faut qu’une photo « exprime la situation, qu’elle la résume » … Comment faire autrement ?

    Une photo (de journalisme) devrait donc avoir forcément un petit coté « mise en scène », tout en étant « spontanée » ?

    Un peu le mariage de la carpe et du lapin, non ?

    Que le « Baiser de l’Hotel de ville » de Doisneau soit mis en scène alors que tout le monde « voudrait » que ce cliché soit « pris sur le vif », c’est acceptable.
    Que les « Soldats de l’armée Rouge sur le Reichtag en 1945 » soit retravaillée (même si à l’époque il n’y avait pas Photoshop), est-ce acceptable ?

    Où est la limite de mise en scène acceptable ?
    Celle qui évite la « manipulation » ? Sachant que de toute façon, c’est non seulement la traduction sur le papier (ou l’écran) d’un regard (celui du photoreporter), mais encore l’interprétation par le spectateur d’une vision partielle et figée …

    Comme le rappelait Magritte dans son fameux tableau « Ceci n’est pas une pipe », une photo, même du meilleur photoreporter au monde, ne sera jamais la réalité.

    Commentaire par Yves D — 07/07/2009 @ 00:14

  4. « S’il est vrai qu’il y a un déficit d’éducation du public en France sur la manière de lire la presse, les journalistes n’en sont pas responsables. »

    Plusieurs questions me viennent:

    Si le procédé manque d’élégance, un de ses effets (sinon intention) n’est-il justement pas de contribuer un peu à l’éducation du public en France?
    Au delà d’un pointage de doigt des vilains de Match, ne peut-on pas y lire un « ne prenez pas pour argent comptant quelque chose dés lors que c’est couché sur un papier, tout respectable soit-il, ou une page web » ? Craig Ferguson, comique écossais, américain à ses heures, aime commenter tout article qu’il présente à l’écran d’un « It’s written down, it must be true! ».

    Ensuite, de qui est-ce la responsabilité alors? Et si en théorie ce n’est pas celle des journalistes mais celle de quelqu’un d’autre (au hasard, l’Education Nationale), devant la pratique de cette carence, la responsabilité du complément ne revient-elle pas aux journalistes d’informer leur public sur leur métier?

    De même, sans vouloir dérailler le sujet, un sondeur (cible favorite de certains) qui annonce « Paul-Alfred devance Gédéon », se devrait de souligner à chaque fois que Paul-Alfred a peut-être 23% et Gédéon 22, mais l’échantillon pris est de X personnes, et que la marge d’erreur est estimée à 5% au vu de l’expérience passée, alors les résultats peuvent être tout aussi bien 28 contre 17 que 18 contre 27 (cuisant revers pour Paul-Alfred alros q’on le disait marginalement vainqueur) dans la population générale. Certes, X a dit 23 et 22, mais il y a la susmentionnée marge d’erreur.
    Or le public ne retiendra que le titre, soit parce que quelque chose de court se fixe mieux dans la mémoire, soit parce qu’on ne lui a pas répété assez souvent ma laborieuse explication.

    De même, si on ne réapprend pas constamment au public à être critique, comment s’étonner? Il y a toujours quelqu’un qui n’aura jamais entendu cette explication, ou quelqu’un qui avait besoin qu’on le lui répète pour se dire qu’ah oui, on lui avait déjà dit.

    Tout le monde peut mentir et tricher, les reportages récurrents sur des chaînes multiples de trois le montrent dans le supermarché et la pharmacie près de chez vous. Et si oui, maintenant j’ai compris, eh ben la première fois j’ai découvert que tout ça n’était pas une théorie du complot des éternelt pessimistes ou remontés contre le grand capital multinational. Certes, une exception ne fait pas la règle, les pharmaciens ne sont pas tous des empoisonneurs en cavale, mais maitenant je sais qu’ils peuvent l’être, je suis moins naïf.

    Combien auront découvert aujourd’hui que la presse écrite n’est pas infaillible, même un journal (relativement) fiable comme Match? Peut-être assez pour justifier ce bidonnage. Assez cependant pour justifier le tapage qu’on en fait? De traîner tous les journalistes en place de Grève et les mettre au pilori séance tenante? Peut-être pas. La brutalité du procédé (le bidonnage, pas le pilori) ne devrait pas masquer les questions que posent les étudiants, que ç’en ait été leur intention première ou pas. Un coup dans l’eau produit parfois la vague qui touche juste.

    Il y a beaucoup de questions dans mon commentaire, certaines sont rhétoriques d’autres authentiques, parce c’est vous et moi que j’interroge en même temps.

    Si on en retient « Match bidonne tout et tous les journalistes sont des idiots menteurs », on fait la mauvaise analyse. Si on en ressort avec un pau plus d’esprit critique, c’est déjà ça de gagné. Tout le monde ne fait pas les études et n’a pas les lectures qui lui permette de prendre la distance nécessaire sur ce qu’il lit et entend, peut-être cette affaire est-elle un moyen d’amorcer une réflexion chez le lecteur, ou de provoquer des réponses intelligentes qui (espérons-le) feraient leur chemin au milieu du tintamarre.

    Commentaire par Nimnoga — 07/07/2009 @ 06:02

  5. Pour ma part, étant un « mekeskidi » de la profession, j’aurai plutôt tendance à dire « Les journalistes sont des truqueurs, ils nous manipulent »

    C’est en ça que ce procédé est dangereux. Ces étudiants ne se rendent pas compte qu’ils décrédibilisent la profession vers laquelle ils s’orientent. Au-delà du fait que leur futur employeur ne leur fera pas confiance (et ils vont galérer à le trouver), la profession de photographe est remise en cause.
    Les précédents reporter qui pouvaient mettre sur leur CV avoir été primé au concourt Paris-Match, ne le mettront plus, ce même concourt n’aura plus la même portée. Bref, a part faire mal à leur profession, il n’y a quasiment rien d’autre.

    Je ne suis pas vraiment convaincu que ce procédé changera la mentalité des lecteurs face aux photos des reporter. Il aurait été préférable de faire publier une photo, et prouver que les photos précédentes prises sur le même sujet ne montraient pas la vérité absolue. L’impact aurait certainement mieux perçue chez les lecteurs. Et pédagogiquement, ca aurait été largement plus percutant !

    Bref, à mon sens, ils ont tout faux, surtout à un moment où la profession a une vision négative par l’opinion.

    NB : concernant les sondages. Ils ont été tellement décriée ces 2 dernières années que maintenant, les 2 dernières phrases d’un article sur un sondage se fini toujours sur la méthode employé, et certains articles renvoient en plus vers un site Internet explicatif. Bref, l’évolution concernant ce type d’article est plutôt positive. Et c’est largement plus facile à lire pour un « mékeskidi » : Tartampion 25 que Tartampion [22-28]

    Commentaire par Testatio — 07/07/2009 @ 10:31

  6. Deux anecdotes:

    * Deux amies participaient à la compétition de robotique E=M6. Une journaliste souhaitait faire un sujet sur les filles et la robotique. La journaliste a voulu leur dicter quelles postures adopter et quelles répliques prononcer, sans doute afin d’avoir un fragment de 30 secondes qui « rentre » dans son « reportage »

    À ce point, on peut aussi bien recourir à des acteurs, non ?

    * Un groupe de collègues scientifiques était en train de mettre en place une expérience de terrain. Des journalistes sont venus faire un reportage; ils ne disposaient que d’un temps limité. Malheureusement, suite à des difficultés, l’expérience ne pouvait être mise en route devant eux. Ils ont donc demandé que mes collègues « fassent semblant ». Mes collègues ont refusé.

    Bien leur en a pris, car l’expérience a finalement été annulé. Il aurait été dommage qu’ils apparaissent à la TV en faisant quelque chose dont les rapports disent qu’il n’a pas été fait…

    Commentaire par DM — 07/07/2009 @ 12:04

  7. Aliocha je ne vous suis pas sur votre conception de « La Réalité ». Pour bien d’autres c’est un postulat a priori. Ou encore, est réel dans les limites de la perception. Ou encore est réel ce qui est reconstitué par la perception comme étant réel.
    A ces distorsions estudiantines, l’on oppose tout de suite le photo reportage de guerre. Pour apprendre qu’il n’est pas amplifié, (distorsion); mais minoré, une autre distorsion. Où l’on avoue même avoir recours au symbole (la peluche), car la réalité vraie de la dislocation d’un corps n’est pas souhaitée. Intéressant renversement, dans lequel la réalité est toujours interprétée et retravaillée.
    Le choix du cadrage ou celui du montage, revient à ce que l’on constate en physique quantique. Le choix de l’observation, issu de l’observateur, engendre des réalités différentes, qui comportent même le potentiel de s’opposer.
    Autrement dit, la part subjective en tout geste est susceptible d’aboutir à des perceptions ou interprétations différentes de « la réalité ».
    Je trouve une certaine naïveté chez un journaliste (qui?) à penser l’objectivité comme un savoir faire répondant de « la réalité ».
    Et cela sans parler de l’intention, qui, au demeurant exigeante quant à la croyance de « la réalité » et de « la vérité », ne conduit pas moins souvent à l’erreur ou au faux semblant, ou en tout cas doit assumer toujours sa part interprétative.
    Pour un kantisme de comptoir, entre l’objet et nous, il a y un hiatus originel que nos sens comblent, reconstituent et interprètent en permanence.
    L’humilité du journaliste devrait peut-être lui rappeler qu’il ne possède jamais la définition de « la réalité ». Avant d’être journalistique, elle est humaine.
    Le « principe de réalité » pour exprimer un fait ou un objet est un postulat qui a une fonction religieuse, une croyance dont nous avons besoin. En faire une prétendue méthode relève de la doctrine.
    Tous vos exemples contre les étudiants concourent à démontrer la continuité de leur geste avec vos propres exemples.
    Hormis sur l’intention, où votre jugement moral constitue votre frontière sur la façon, la manière d’aborder l’interprétation du réel.
    Et au final c’est lui le plus important. Car en reconnaissant le caractère protéiforme de la perception « du réel », il consacre la limite dans notre volonté de le partager, par la sincérité ou la duperie.

    Aliocha : détachez le journalisme de la notion de vérité et il disparait. Alors je veux bien que l’on mène toutes les discussions possibles d’un point de vue théorique sur la vérité, mais en pratique la vérité pour nous fait du sens. Si on m’envoie faire un reportage sur la pauvreté estudiantine, et que je photographie mes potes déguisés en étudiants le nez plongé dans une poubelle, j’aurais peut-être exprimé une certaine réalité mais sur la base d’un montage et d’un mensonge. C’est aussi simple que ça.

    Commentaire par Barbecane — 07/07/2009 @ 13:06

  8. @Barbecane : Je crois que vous confondez. Le journaliste prends les photos.

    Le directeurs de la publication choisi la photo à publier, pas le journaliste.

    Le journaliste a pris la peluche et l’enfant, et le directeur de la publication a choisi de montrer la peluche. Ce n’est donc nullement la ‘faute’ du journaliste, le choix fait par le directeur de la publication.

    Commentaire par Testatio — 07/07/2009 @ 13:33

  9. Justement le photographe a pris les DEUX photos pour laisser le choix au directeur de publication. Il n’est nulle part fait mention de « faute »?!
    Ne confondez pas ce qui est dit avec ce qui ne l’est pas. Merci

    Commentaire par Barbecane — 07/07/2009 @ 13:54

  10. @testatio

    au départ, ces étudiants ne sont pas destinés au métier de journaliste même si à leurs dires, ils y ont pris goût (ce qui est paradoxal, vu le type de reportage qu’ils ont fait! ). ils sont étudiants en arts décoratifs, nuance de taille.

    sinon,
    je suis assez d’accord avec Barbecane sur le décalage entre l’exemple du reportage de guerre et celui de ce canular, il désert la démonstration. je comprend la réaction d’ Aliocha, elle défend sa profession (qui ne me semble pas dans ce cas attaquée) mais pour un non-journaliste il y a une autre dimension à avoir dans l’ouvrage de ces étudiants. personnellement, si j’ai beaucoup d’admiration pour un certain type de journalisme, j’ai du mal à défendre les reportages à la Paris-Match et en cela je trouve la démarche de ces étudiants très intéressante. il y a eu en Suisse en 2005 une excellente exposition sur le rôle de l’image dans le journalisme « Covering the Real. Art and the Press Picture from Warhol to Tillmans » dans un musée d’Art – preuve que l’artiste peut être interpellé par l’ image même si elle est journalistique, surtout à une époque où l’art est très conceptuel. je pense que l’ idée des étudiants était au départ de pasticher ce qu’ils trouvent de plus dégoulinant dans un reportage typique Paris Match en y mettant dans la forme et le fond tous les clichés du genre (ils n’ont pas été voir « Le Monde » pour faire publier leur reportage). j’imagine qu’ils se sont beaucoup amusés à monter leur canular mais qu’ ils n’ imaginaient pas aussi bien réussir (ce n’est pas si difficile, les Fatals Flatteurs sont maîtres dans l’art de de duper ceux qu’ils flattent). franchement, je ne pense pas que Paris-Match ait beaucoup à souffrir sur le plan de la déontologie journalistique et je ne vois pas en quoi l’ image du journalisme est menacée dans cette histoire, en tant que lecteurs nous savons à quels journalistes apporter notre crédit et nous savons trier nos informations avec un esprit critique. de plus, le Net nous permet de recouper les informations dans la presse mondiale.
    non, dans cette histoire, Paris-Match est surtout ridiculisé parce que la médiocrité de ses reportages est mise en scène par ces jeunes, mais comme chacun sait, le ridicule ne tue pas.

    Commentaire par turquoise — 07/07/2009 @ 16:51

  11. @Barbecane :
    Mais vous reprochez au journaliste qu’en ayant pris cette photo il a fait preuve de subjectivité. « Je trouve une certaine naïveté chez un journaliste (qui?) à penser l’objectivité comme un savoir faire répondant de “la réalité”. »

    D’où le faute entre guillemet. Il n’est nullement question de faute, mais le journaliste ne choisi pas ce qui est publié, alors que vous lui reprochez. Pour moi, vous vous trompé de personne à critiquer.

    Si j’ai mal compris vos propos, merci de me l’indiquer.

    Commentaire par Testatio — 07/07/2009 @ 17:10

  12. Bonjour,

    toutes proportions gardées, cette histoire me rappelle diablement l’affaire Sokal, du nom de ce physicien qui avait publié un article totalement fumeux dans la revue « Social Text », afin de dénoncer les largesses prises par certaines revues de Sciences Humaines, affiliées aux « Cultural Studies », avec la déontologie scientifique de base (cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Sokal).

    Alan Sokal a été accusé de la même manière d’être un manipulateur, un faussaire, quelqu’un de mal intentionné qui jette l’opprobe et la suspicion sur toute une profession. N’y aurait-il pas un peu de réflexe corporatiste dans ces réactions ?

    Le canular de ces étudiants ne montre rien de plus que ce qu’il a montré (pardon pour cette lapalissade), à savoir que le concours organisé par Paris-Match cette année ne l’a pas été d’une manière satisfaisante. Cela ne préjuge pas du passé ni de l’avenir. De même le canular de Sokal a montré que la revue Social Text n’a pas respecté les procédures élémentaires de vérification et d’expertise scientifique pour la publication de SON article. Rien d’autre. Il est cependant logique que le lecteur (de Paris-Match ou de Social Text) s’inquiète de savoir s’il s’agit d’un accident de parcours ou d’une mauvaise habitude à corriger. Ce type de canular est salutaire, et rappelle au journaliste comme au scientifique (les deux ayant une activité intimement liée à la recherche de la vérité) que la confiance est quelquechose qu’il faut accorder avec beaucoup de prudence lorsque l’on exerce ce genre de métier.

    Je voudrais enfin terminer sur un commentaire de cette citation de Patrick Robert : “Il n’est jamais nécessaire de tricher, la réalité est suffisamment insupportable. ». Il a raison, et pourtant ça n’empêche pas les tricheries d’exister ; c’est pourquoi je trouve que le canular des étudiants est salutaire (quand bien même leur intention première serait, c’est envisageable, de se faire mousser).

    Bien à vous

    Tryphon Tournesol

    Commentaire par professeurtournesol — 07/07/2009 @ 17:47

  13. Addendum : dans les deux cas, le plus vexant pour la cible du canular et de voir que des amateurs sont capables de pasticher un travail de professionnel en se contentant de reprendre les codes en vigueur. Cela démontre que les personnes qui ont eu à expertiser le travail présenté ne se sont intéressés qu’à la forme de la production, et pas au fond. C’est à mon avis le problème principal posé par la réussite de ce type de canular, au-delà des question sur « le faux et le vrai » ou « la complaisance et le voyeurisme ».

    T.T.

    Commentaire par professeurtournesol — 07/07/2009 @ 17:55

  14. @Aliocha: Et si vous photographiez de vrais étudiants, mais dans des poses que vous auriez dictées?

    Commentaire par DM — 07/07/2009 @ 18:23

  15. @ Testatio

    Je ne reproche rien au photographe quant à sa subjectivité. Je veux dire qu’elle est inhérente. Et qu’ainsi d’ailleurs il serait bien difficile de le lui reprocher. Dans cette subjectivité, il a d’ailleurs une certaine connaissance de ce qui est « diffusable » ou non. Et il en tient compte en proposant l’enfant disloqué ou sa peluche en symbole.

    @ Aliocha.
    « la vérité, mais en pratique la vérité pour nous fait du sens ». Ah parce que vous pensez qu’elle ne fait sens que pour vous? Que ce faisant, vous en êtes l’organe distillateur? Si la vérité fait sens c’est que le faux aussi en général.
    La preuve, vous prenez des exemples de journalistes qui reviennent sur des erreurs commises (tout à leur honneur), et pour qui, pourtant, la vérité faisait sens aussi.
    La base de leur mensonge ne dilue en rien « la réalité » de la misère estudiantine, malheureusement. C’est pourquoi je parlais de l’intention en définitive.
    Ce n’est donc pas aussi simple que ça.

    Commentaire par Barbecane — 07/07/2009 @ 18:32

  16. Ce que vous semblez oublier chère Aliocha, c’est que ce sont des étudiants en école d’art, leur canular pour moi se place avant tout sur ce terrain de l’art : on aime ou non, mais comme vous le soulignez, en art le mensonge est permis pour passer son message. Certes, celui-ci n’est pas d’une originalité bouleversante, mais la manière reste réussie. Après tout, ils l’ont gagné ce concours, leurs images sont de qualité. Qu’ils aient dévoyé l’esprit du concours, il s’agit-là du défi, cela fait partie de « l’oeuvre », de leur geste artistique ; quant à avoir triché, ils disent en avoir respecté la lettre. Ce qui me semble à moi le moins réussi, c’est effectivement le discours justificatif, mais révéler la supercherie lors de la remise des prix ça ne manque pas de panache quand même (je vous avoue que je suis assez client de canulars). Si le discours est le moins réussi, c’est que vous avez raison, ils ne répondent pas aux questions qu’ils mettent en avant. Cependant, d’autres questions demeurent, que vous identifiez, mais ce sont eux qui les posent implicitement (même s’il eut mieux valu qu’ils le fissent de façon explicite).
    Ils mettent le doigt (comme vous avec l’exemple de Tarzan) sur le fait qu’une image est là pour illustrer et qu’il faut garder ses distances avec elle. Ils ont raison de pointer un « discours » médiatique, c’est celui-là qui est à l’oeuvre dans votre exemple : ils passent juste à côt du fait que le voyeurisme et le sensationnalisme ne sont que l’écume de ce discours, que ses vices sont plus profonds. Il y a un manque évident d’éducation à l’image, ce n’est pas au journaliste de le combler, mais il est bon de parfois le mettre en lumière, et ils y contribuent. Les cibles du faux et du voyeurisme sont faciles, ils se trompent sûrement « d’angle », mais ils obligent quand même à réfléchir (pour la question du voyeurisme/sensationnalisme, merci de votre seconde note, je n’avais jamais perçu le fait que des photos publiées peuvent être les seules publiables). Pour rester dans le journalisme , combien se rendent comptent de la part de mise en scène d’un JT ? Avant d’en faire l’analyse en cours, je n’avais jamais remarqué l’importance de cette mise en scène (nécessaire pour une lecture rapide de l’info, mais parfois limite).
    Quant au fait de louper la dimension retouche de l’image, qui est effectivement plus insidieuse que le bidonnage (j’ai la faiblesse de croire qu’un bidonnage, si bien fait soit-il, finit toujours par être découvert), le fait d’avoir piéger Match qui y a eu récemment recours (la troisième jambe du président par exemple) permet quand même de réfléchir sur la culture de l’image de ce titre.
    Leur geste pose (des) question(s) et en cela il me semble réussi ; leur discours se trompe effectivement de cible… Ils se trompent à mon avis sur le sens qu’ils donnent à leur geste, mais c’est le propre de l’art de passer un message que le récepteur est tout à fait libre d’interpréter à sa manière.

    Commentaire par gwynplaine — 07/07/2009 @ 19:56

  17. Aliocha, vous êtes sévère.

    Il s’agissait d’un concours.

    Le but était de produire du beau, pas du vrai.

    Ou bien il faudrait admettre qu’on met le vrai en concours avec le beau, ce qui est, je crois comprendre, le péché fondamental de ce type de concours qui mélangent le journalisme et la compétition artistique et s’exposent ainsi au risque de faire gagner des « metteurs en scène », étudiants à l’école supérieure des arts décoratifs (donc des gens qui connaissent très bien des codes graphiques).

    Qu’est ce qui est choquant dans l’histoire?

    Qu’ils aient mis en scène leur reportage? Ou qu’ils aient gagné?

    Le jury voulait du beau, il en a eu. Le pauvre se rend compte que son beau n’est pas vrai, pas authentique. Misère, faut annuler le concours!

    Et vous, vous voulez du vrai, parce que pour vous le vrai fait sens.

    La vérité est qu’ils ont gagné ce concours. Mais aussitôt vous dépouillez cette vérité de son sens pour affirmer qu’il n’en a aucune. Ce qu’il y a de vrai dans cette vérité est qu’elle a un sens qui ne va pas dans votre sens.

    Peut être parce que vous y voyez une atteinte au journalisme et que vous la cataloguez dans les « choses à combattre ».

    Mais c’était pas du journalisme ce concours. Relisez le règlement:

    « Le jury notera autant l’intérêt journalistique que les qualités artistiques du Photoreportage. » (il est là le concours entre le vrai et le beau).

    L’intérêt journalistique, c’est le tirage, ni plus ni moins (notez bien l’emploi du mot « intérêt » et pas « qualité »).

    Les qualités artistiques, c’est le beau (notez cette fois l’emploi du mot « qualités »).

    Eh ben ils ont été servi.

    Commentaire par tschok — 07/07/2009 @ 19:56

  18. Oui, il vaut mieux passer à un autre billet. Je vais le lire de ce pas.

    Commentaire par Barbecane — 08/07/2009 @ 12:25

  19. BiBi pense que ces deux etudiants ont de très fortes chances d’etre sollicités par Paris-Match pour entrer dans l’hebdo. Et que… peut-être, ils y entreront.

    Commentaire par BiBi — 09/07/2009 @ 00:08

  20. Pour faire la déco?

    Commentaire par tschok — 09/07/2009 @ 15:30

  21. J’ai eu certaines difficultés à faire passer dans ce billet une chose que je ressentais intuitivement sur la différence de nature entre l’exercice auquel se sont livrés les étudiants et les pratiques journalistiques qu’ils entendaient par là dénoncer. Jusqu’à ce que je lise ce week-end « Vérité et politique » de Hannah Arendt (la crise de la culture – folio essais). Voici ce qu’elle écrit :
    « La marque de la vérité de fait est que son contraire n’est ni l’erreur, ni l’illusion, ni l’opinion, dont aucune ne rejaillit sur la bonne foi personnelle, mais la fausseté délibérée ou le mensonge. L’erreur bien sûr, est possible et même courante, à l’égard de la vérité de fait, et dans ce cas, ce type de vérité n’est en aucune manière différent de la vérité scientifique ou rationnelle. Mais l’important c’est qu’en ce qui concerne les faits il existe une autre possibilité, et que cette possibilité, la fausseté délibérée, n’appartient pas à la même espèce que les propositions qui, justes ou erronées, prétendent seulement dire ce qui est, ou comment quelque chose qui est m’apparait ».

    Commentaire par laplumedaliocha — 20/07/2009 @ 12:49

  22. Bonjour Aliocha,

    C’est intéressant ce que vous dites, mais je crois que vous décalez le problème: Hannah Arendt parle du « fallacieux », c’est à dire de ce qui est conçu délibérément dans l’intention de tromper, et elle se situe sur un terrain plutôt politique, dans le cadre ou le prolongement de son analyse du totalitarisme.

    Nos chers étudiants en art déco semblaient eux se situer sur un terrain plutôt esthétique, dans un compartiment décoratif vieux comme le monde (l’art du trompe l’oeil) en exploitant les failles d’un règlement de concours qui mettait en balance à égalité le beau et le vrai.

    En ce sens leur geste est un geste artistique, subversif, « situationiste » presque, c’est à dire gratuit. Après coup, semble t’il, ils ont pondu une sorte de manifeste dans lequel ils ont tenté de donner du corps à leur geste sur un terrain plus politique, mais je doute qu’ils aient prévu dès le départ de gagner le concours (qui est le fait véritable le plus intéressant dans l’histoire).

    Ce manifeste me semble donc un habillage a posteriori, pour faire sérieux, pour se situer dans la sphère du politique, dans la « critique du système », alors que je crois qu’au départ ils n’avaient qu’un concept esthétique (faire du vrai avec du faux en utilisant les techniques produisant du beau).

    Pour ma part, je ne suis donc pas du tout certain qu’ils aient été animés d’un esprit de « fausseté délibérée » dans l’intention de « dénoncer » telle ou telle pratiques journalistiques peu conformes à l’éthique.

    Aliocha : si vous êtes abonné à @si, voyez l’émission à laquelle ils ont été invités, ils voulaient gagner et donner cette leçon. La seule chose qu’ils nient, c’est d’avoir voulu la peau de Match, pour le reste, ce n’est pas un amusement d’artiste mais bien un acte de dénonciation des méthodes journalistiques. Et c’est justement là que ça cloche, car ce ne sont pas des méthodes journalistiques.

    Commentaire par tschok — 20/07/2009 @ 15:37

  23. Bonjour Aliocha,

    Je crois bien que ces chenapans n’ont fait preuve d’aucune méthode journalistique…

    Bon, admettons qu’ils aient eu une petite idée derrière la tête, je veux bien. Mais c’est la victoire qui leur donne du sérieux, pas le fait d’avoir eu l’idée de truander, astucieusement d’ailleurs. S’ils avaient perdu, personne n’en aurait eu rien à faire de leur « photo reportage sur le vif » en carton pâte.

    Commentaire par tschok — 22/07/2009 @ 17:58


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