La Plume d'Aliocha

01/07/2009

« Un journal doit élever le niveau culturel »

Filed under: Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 10:49

L’un d’entre vous m’a adressé le lien vers le texte ci-dessous. Qu’il en soit remercié. Il s’agit du discours de départ en retraite de Dominique Gerbaud, rédacteur en chef à La Croix, prononcé le 25 juin dernier. Si j’en reproduis ici des extraits, c’est pour montrer qu’il y a de grands journalistes qui ont une haute idée de leur métier.

« Je voudrais vous parler du métier de journaliste parce que la presse est mal en point. Parce qu’elle va trop vite, parce que le visuel et l’émotion sont en train de prendre le dessus sur la réflexion et la raison. Pas partout, bien sûr, pas ici notamment, mais je suis tout de même inquiet quand je vois qu’un journal télévisé, ce n’est plus qu’une série de petites émotions d’une minute 30.
 
Si je suis inquiet, c’est parce que l’un des plus grands dangers, dans une démocratie, c’est qu’on ne croit plus ce qu’il y a dans les journaux.
 
Ce risque existe, y compris chez nous en France. Vous tous, journalistes, qui avez en main ce bien si cher, ne le gâchez pas. Le texte qui se prépare, grâce à Bruno Frappat, sur la déontologie ne sera pas de trop, ce sera sûrement un rappel et un premier pas.
 
Pour moi, un journal doit élever le niveau culturel de ses lecteurs pour en faire des citoyens responsables.  Et aussi pour créer du lien social – c’est aussi pour cela que j’attache de l’importance à la presse régionale – pour apporter plus de concorde que de discorde.
 
Pour donner envie de vivre et envie de se battre pour un monde meilleur, plus juste. Nos lecteurs, on le dit souvent entre nous et ce n’est pas facile à mettre en place, on besoin de bonnes nouvelles.
 
A vous de jouer, vous qui êtes journalistes, à nous tous citoyens d’être vigilants, exigeants et de défendre une certaine idée de la presse et avant toute chose un vraie liberté de la presse ».

 

Le texte intégral est ici.

Par ailleurs, l’allusion à Bruno Frappat concerne le code de déontologie de la presse que ce-dernier a été chargé de rédiger. Pour en savoir plus, voyez cette interview du Monde.


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10 commentaires »

  1. Merci de nous avoir proposé cette lecture.

    Commentaire par Lindir — 01/07/2009 @ 12:21

  2. C’est une belle oraison funèbre, je n’aurais pas fait mieux.

    Commentaire par tschok — 01/07/2009 @ 13:23

  3. « …un journal doit élever le niveau culturel de ses lecteurs pour en faire des citoyens responsables… »
    Comment ne pas souscrire à une telle affirmation? Et comment continuer à lire ces brouets indigestes où le mensonge le dispute à l’à-peu près? Où l’analyse se résume en une accumulation de poncifs plus ou moins éculés et où une pseudo-émotion tient lieu de prise de position (écoutez ou tentez de lire les articles parus sur le crash d’un avion aux Comores). Encore une fois, Aliocha, je vous assure de mon plus total soutien dans votre combat. Ne comptez cependant pas sur moi pour défendre ceux, prétendument de votre profession, qui se rendent complices de cette dérive quand ils n’en sont pas les instigateurs, ceux-là pour qui leur métier se limite à regarder le doigt du sage alors que ce dernier leur montre la Lune et qui s’offusquent de se voir traiter d’imbécile.

    Dominique Gerbaud a raison quand il dit: « Si je suis inquiet, c’est parce que l’un des plus grands dangers, dans une démocratie, c’est qu’on ne croit plus ce qu’il y a dans les journaux. » Qu’il sache qu’il n’est pas le seul à être inquiet. Les écuries d’Augias ont bien besoin d’être nettoyé pour que cette phrase ne se vérifie pas plus.

    Aliocha : Mais mon cher H, je ne conteste pas un instant qu’il y ait chez nous des brebis galeuses, que le niveau général de la presse soit bas et que le public ait raison de s’irriter. La seule chose, c’est que je ne supporte pas que les fautes de quelques uns rejaillissent sur tous et entraînent une condamnation globale et sans nuances, du métier, des journalistes et de la presse. Alors j’essaie de montrer ici que c’est un beau métier, pratiqué par des gens parfois très bien, voire exceptionnels, et le plus souvent passionnés. Le problème, c’est que ceux-là, on ne les voit pas, on ne les entend pas, aveuglés que nous sommes par les mauvais

    Commentaire par H. — 01/07/2009 @ 14:00

  4. Si je puis vous rassurer un instant, Alliocha, nos échanges m’ont fait ouvrir les yeux sur une réalité que j’ignorais ou que je ne voulais pas trop voir. Cette cécité était à la hauteur de la déconvenu. Vos propos ont contribué de façon certaine à me faire quitter des positions que vous pouviez, à juste titre, trouver extrêmes. Je prends toujours beaucoup de plaisir à vous lire et je souhaite sincèrement que votre combat, qui est aussi un peu le mien, aboutisse. Comme quoi, il est toujours important d’expliquer.

    Très cordialement,

    H.

    Commentaire par H. — 01/07/2009 @ 15:12

  5. « La seule chose, c’est que je ne supporte pas que les fautes de quelques uns rejaillissent sur tous … »

    J’ai le sentiment que ce genre de conséquence à tendance à se multiplier, peu importe le sujet ou le domaine. Qu’on parle « des jeunes de banlieue », des chômeurs, des médecins, des profs, ou des journalistes, etc seuls les mauvais comportement du plus petits nombres semblent être mis en avant, les autres on les voit pas…

    « L’arbre qui tombe fait plus de bruit que la forêt qui pousse » Il serait sans doute utile de rappeler que la forêt pousse justement.

    Commentaire par François — 01/07/2009 @ 16:42

  6. « Le problème, c’est que ceux-là, on ne les voit pas, on ne les entend pas, aveuglés que nous sommes par les mauvais »

    J’ai l’impression que vous personnalisez trop les choses : vous prenez personnellement les remarques contre le journalisme, vous divisez les journalistes entre « bons » et « mauvais », comme si cela étant une qualité consubstantielle des personnes.

    Le problème n’est pas de savoir si telle ou telle personne est « bonne » ou « mauvaise ». Le problème est de savoir si le système, dans son ensemble, fournit des conditions et des objectifs de travail qui permettent aux journalistes de bien travailler.

    Je connais un jeune journaliste qui, de son propre aveu, rédige à la chaîne des brèves sur des entreprises dont il ignorait tout 10 minutes avant. Fatalement, il doit dire des âneries de temps en temps. C’est cependant une réaction assez immature, à mon avis, que de dire qu’il est « mauvais ». Il fait ce pour quoi il est payé, et, étant jeune et inconnu, il n’a guère le choix, sauf à changer de métier.

    C’est comme dans le milieu scientifique : si vous mettez comme critère d’évaluation, et donc de recrutement, de financement et d’avancement, la mesure de la publication « au poids », vous incitez mécaniquement à l’inflation des articles creux.

    Aliocha : Mais nous sommes d’accord. J’ai d’aillleurs déjà pointé le problème des éditeurs de presse. Certains y ont vu de ma part une tentative de déresponsabilisation, ce n’était pas le cas. J’essaie simplement de surmonter le célèbre « les journalistes sont des cons » en montrant que la situation est bien plus complexe et nuancée que cela. Quant à personnaliser, non. Ce n’est pas moi que je défends ici, je n’en ai nul besoin. Ce que je défends c’est la réalité du métier au quotidien contre les fantasmes sur des journalistes soi-disant idiots, paresseux, serviles et racoleurs.

    Commentaire par DM — 01/07/2009 @ 17:38

  7. J’ai un problème avec « le public a besoin de bonnes nouvelles ». Ce dont le public a besoin, ne serait-ce pas de bonnes infos ? Parce que les bonnes nouvelles, il y en a plein, non ? Ce sont celles que notre amie la com’ nous donne à longueur de communiqués…

    Aliocha : bonne question ! Je crois qu’il songe en disant cela à la critique récurrente contre les médias qui ne s’intéressent qu’aux drames et aux catastrophes, alors qu’il y a aussi des bonnes nouvelles. Un économiste assez médiatique me demandait récemment pourquoi sur la crise, nous ne parlions que des catastrophes en oubliant les signes positifs, la recomposition de l’économie, etc. Il me semble que la culture journalistique est davantage tournée naturellement vers la révélation des dysfonctionnements, c’est son rôle démocratique de surveillance des institutions. Imaginer qu’elle puisse aussi donner de bonnes nouvelles, c’est sans doute aller à l’encontre de cette culture. Mais certains s’y essaient périodiquement, pourquoi pas ? Le problème que je vois et qui rejoint votre observation, c’est précisément le risque de glisser dans la com’. Quand on critique, on n’a moins de chances de se faire leurrer que quand on encense. Cela étant, ce n’est que mon avis, je n’ai pas travaillé sur le sujet et je n’ai rien lu qui puisse nourrir ma réflexion sur ce point.

    Commentaire par gwynplaine — 01/07/2009 @ 18:31

  8. @aliocha: En ce qui concerne les catastrophes, il y a aussi un autre vice: celui d’en rajouter.

    Quiconque connaît un tant soit peu la technologie de l’aviation commerciale bondit en lisant la couverture presse des accidents récents des A330 et A310. On y trouve quantité de spéculations, des mises en relations (explicites ou sous-entendues) entre matériels qui n’ont rien à voir, sans parler d’erreurs factuelles pures et simples.

    La raison ? Deux avions se sont plantés dans l’eau et on ne sait pas pourquoi, et une fois les principales hypothèses évoquées il n’y a plus rien à dire.

    Sauf qu’évidemment, il faut continuer à fournir du contenu. C’est là le problème: structurellement, le mode de fonctionnement du journalisme incite à parler sans savoir.

    Commentaire par DM — 01/07/2009 @ 21:02

  9. Très juste DM !

    Je complèterai une citation dont quelqu’un a parlé plus haut. “L’arbre qui tombe fait plus de bruit que la forêt qui pousse”.
    Pour beaucoup, l’arbre qui tombe est de l’info, la forêt qui pousse non (et c’est surtout la population dont je parle là). De ce fait, faire de l’information sur la forêt qui pousse, et on vous collera une étiquette de complaisant du pouvoir en place ainsi que de mauvais journaliste.
    J’ai l’impression que JPP dans son journal de 13h à tendance à faire ce genre d’information et de ne pas que parler des arbres qui tombent. Pour nous, citoyen, quand on regarde l’info, on veut pouvoir en parler autour de nous, de ce faite, l’information sur l’arbre qui tombe nous permet de nous exprimer, pas la forêt qui pousse.

    On retombe un peu que le commentaire de gwynplaine là. « Le public à besoin de bonne nouvelle », c’est pas sur vu les critiques que peut subir JPP. Par contre nous sommes loin de « com’ » là.

    Commentaire par Testatio — 02/07/2009 @ 18:40

  10. esdames, messieurs,

    si le sujet de la pluralité de la presse locale vous tient à cœur, merci d’apporter votre soutien aux salariés de Centre Presse et de la Nouvelle République en signant cette pétition en ligne et en diffusant le lien autour de vous.

    http://www.mesopinions.com/Pour-deux-journaux-differents-et-pour-la-pluralite-de-la-presse-dans-la-Vienne-petition-petitions-5d6345785da7066114ab1cff227fef59.html

    Commentaire par Philippe — 10/07/2009 @ 11:08


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