La Plume d'Aliocha

01/07/2009

A plat ventre ou debout ?

Filed under: Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 14:04

Il est 10 heures du matin. J’assiste à la deuxième conférence de presse de la journée. Soudain, mon portable se met à bourdonner dans mon sac. Eh oui, les journalistes n’éteignent jamais leurs portables, il y a toujours un bouclage en cours, une info urgente, un événement inattendu susceptible de nous tomber dessus. Mon téléphone indique « Numéro inconnu ». Tant pis, l’importun attendra, la conférence est bientôt finie.

10h30 : je sors et j’écoute mes messages. C’est l’assistante d’un haut personnage de l’Etat. « Oui mademoiselle Aliocha, je vous appelle au sujet de l’interview prévue cet après-midi. Monsieur untel pourra vous parler de tel et tel sujet, en revanche, il préférerait ne pas avoir à intervenir sur ce dossier car il n’est pas très à l’aise ».

Voilà l’exemple typique de coup de fil qui m’insupporte. C’est de la manipulation en douceur, la pire. On fait appel à vos bons sentiments sur le mode « s’il-te-plait-excuse-moi-de-te-demander-pardon-mais-si-tu-pouvais-éviter-d’embarrasser-mon-chef ». Ben oui en effet, ça serait tellement mieux. Donc, si je comprends bien, je viens, je pose les questions qui font plaisir, mon interlocteur s’offre à peu de frais une page de com’ labellisée journalistique et tout le monde est content, moi comprise puisqu’on aura sans doute l’audace de me féliciter pour la qualité de l’interview-qui-n’a-pas-dérangé. Voilà comment on instrumentalise la presse au quotidien,  en utilisant ses compétences de communication et sa diffusion pour faire passer des messages et en osant en plus lui dénier avec de plus en plus de décontraction le droit de décider des questions qu’elle pose.

Comme si ça ne suffisait pas, il faut que je rappelle, pour que mon interlocutrice soit bien sûre que j’ai compris. Il ne faudrait pas qu’une maladresse de ma part lui vaille une engueulade retentissante. Est-ce mon interlocuteur qui lui a donné ces consignes au mépris du plus élémentaire respect de l’indépendance de la presse, ou son attachée de presse qui prend sur elle de protéger son chef et donc son propre poste ? Allez savoir. Comme je suis une chic fille, ça m’embarrasse ce genre de démarche. C’est vrai que je n’aime pas déplaire, que je comprends qu’on puisse être au top sur certains sujets et moins à l’aise sur d’autres, qu’en l’espèce il n’y a pas mort d’homme, ni scandale sous caillou. Alors à quoi bon indisposer n’est-ce pas ? Heureusement, j’ai des gardes-fous. Le premier c’est que je n’aime pas qu’on me prenne pour une gourde. Le deuxième, et le plus important, c’est que je respecte mon métier. Alors je la poserai, ma question et advienne que pourra.  Après tout, ce n’est pas mon problème.

Pourquoi je vous reconte cela ? Pour vous montrer que dans les démocraties aussi la presse doit défendre sa liberté. Mais contre une menace douce, insidieuse, fondée sur la courtoisie, le relationnel, les invitations discrètes à ne pas déplaire et le chantage sous-jacent du boycott ou du procès. C’est la pire des menaces, on ne prend pas les armes pour se battre contre ce genre de choses. On peut céder facilement, par lassitude, découragement, en se disant qu’au fond, ça n’est pas si important.

Tenez, allez donc lire à ce sujet sur Rue 89 la très belle lettre de Joseph Tual à Nicolas Sarkozy. C’est le journaliste de France3 convoqué demain par la police au sujet de la vidéo du président filmé avant son interview sur la chaîne publique et diffusée par Rue89. Je n’aime pas le tutoiement qu’il emploie. En revanche, la manière dont il balance ses médailles de reporter de guerre à la face de son illustre interlocuteur a bien du panache !

Décidément, le journalisme debout, ça a quand même plus de chic.

 

Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur l’affaire de la vidéo du chef de l’Etat, voir l’excellente analyse d’arrêt sur images (payant)

Mise à jour du 2 juillet : le compte-rendu de l’audition de Joseph Tual est ici.

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38 commentaires »

  1. Tout à fait d’accord avec vous.

    Pour le tutoiement de la lettre de Joseph Tual, sa justification est bonne : le problème vient de Nicolas Sarkozy qui impose le tutoiement aux journalistes; je trouve pour ma part que cette lettre permet de souligner à quel point c’est déplacé.

    Commentaire par Sébastien G. — 01/07/2009 @ 14:20

  2. Au cas particulier, le tutoiement est de bon aloi.

    Si le locuteur tutoie, l’interlocuteur doit, pour maintenir l’égalité, le tutoyer. Inversement le vouvoiement appelle le vouvoiement.

    Le « vous » était la réponse au « Nous » royal mais d’abord impérial des Tétrarques, chacun des Augustes ou des Césars étant censé représenter les trois autres. Encore aujourd’hui, les grands d’Espagne vouvoient un roi qui les tutoie.

    L’Anglais moderne a définitivement abandonné le tutoiement « thou », au profit du pluriel « you ».

    Aliocha : Merci pour cet éclairage. Disons alors que je n’aime pas la familiarité et l’anti-sarkozisme du ton au début de l’article. Non que je donne raison à Sarkozy sur ce coups-là, mais je trouve justement que lorsqu’il y a de vraies fautes, il ne faut pas les noyer dans un climat de dénigrement général. Par ailleurs, je pense que la remise à distance aurait été un bon moyen en l’espèce de remettre les choses à leur place. L’arme de Sarkozy, c’est précisément la familiarité à l’égard des journalistes. Mais tout ceci n’est qu’un détail. Le reste de la lettre m’enchante. Si je l’ai souligné, c’est que je ne voulais pas que des lecteurs interrompent leur lecture en pensant que ce n’était qu’une énième charge contre le pouvoir.

    Commentaire par PEB — 01/07/2009 @ 14:21

  3. Merci de nous signaler cette perle. Cette lettre ouverte est superbe…

    Commentaire par adrien — 01/07/2009 @ 14:38

  4. Insulter en vouvoyant est un plaisir de fin gourmet, mais j’aime le fond et ce C.V, dévoilé par cynisme devant l’affront présidentiel, inspire un infini respect.
    J’avais vu cette vidéo et m’étais dis que le Président au naturel avait au moins le mérite d’être égal à ce qu’il était en représentation.

    Commentaire par Elaïs — 01/07/2009 @ 16:06

  5. Cela est-il déjà arrivé que ce genre de « précaution » revienne en pleine poire de de l’interviewé ? C’est-à-dire que l’on vous appelle pour ne pas évoquer un sujet qui n’était pas le sujet de l’interview, que cela vous mette la puce à l’oreille et que, du coup, vous décidiez d’abordez le tabou en question ?

    Aliocha : je n’ai pas d’exemple en tête. De toutes façons, le jeu est subtile. On appelle pour organiser une interview et forcément on dit sur quoi. Ensuite, il y a ceux qui se lancent dans l’aventure sans demander de précisions complémentaires et ceux qui, via l’attachée de presse, demandent à connaître les questions à l’avance. Ce n’est pas toujours malintentionné. Il arrive que nous tombions sur des gens anxieux qui ont peur de passer pour des imbéciles s’ils ne peuvent répondre du tac au tac sur une question technique. Mais il y a aussi ceux qui ne veulent pas s’exprimer sur un sujet particulier. Et ça, soit on nous le dit d’entrée de jeu, soit on le découvre lors de l’interview. L’essentiel pour nous est de refuser d’envoyer les questions à l’avance pour préserver notre indépendance et éviter les réponses longuement muries et bien langue de bois comme il faut. Le problème, c’est qu’on commence à nous demander les questions un peu trop souvent. C’est souvent le fait des hauts fonctionnaires.

    Commentaire par gwynplaine — 01/07/2009 @ 18:28

  6. Superbe lettre et quel parcours! Cela fait du bien à lire. Même si l’autre s’en fiche royalement. J’aime beaucoup le « Puis c’est au tour de la Roumanie de vouloir se débarrasser de son Nicolaï. »

    De toute façon, à plat ventre c’est juste pendant la rédaction des articles si je me souviens bien. 😉

    Commentaire par Ferdydurke — 01/07/2009 @ 18:49

  7. «Pour vous montrer que dans les démocraties aussi la presse doit défendre sa liberté. Mais contre une menace douce, insidieuse, fondée sur la courtoisie, le relationnel, les invitations discrètes à ne pas déplaire et le chantage sous-jacent du boycott ou du procès.»

    Toute personne qui accepte ou sollicite une interview le fait, me semble-t-il, parce qu’elle a un message à faire passer. Il me parait «humain» qu’elle soit tentée de baliser l’entretien pour ne pas à avoir à répondre, lors de son déroulement effectif, qu’elle ne veut pas répondre aux questions qui la dérangent ou l’indisposent. On se souvient de Mitterrand congédiant les journalistes de la TV belge qui l’avaient interrogé, en insistant, sur les fameuses écoutes de l’Elysée. C’est au journaliste, effectivement, de ne pas céder au chantage, quelle que soit sa forme mais je reconnais que cela ne doit pas être toujours facile, surtout si le journaliste est appelé à suivre dans le temps l’interviewé ou, à plus forte raison, est tributaire de lui pour avoir des infos régulières. Non seulement la corde est raide mais elle glisse, pour paraphraser Raffarin.

    Commentaire par Gari — 01/07/2009 @ 20:41

  8. @gwynplaine: Comme le dit Aliocha, ce n’est pas forcément par malignité qu’une personne interviewée peut demander à connaître les questions.

    J’ai reçu il y a quelques mois une journaliste locale qui voulait m’interroger sur un certain sujet — ou du moins je le croyais. Elle m’a interrogée en partie sur des choses qui n’avaient rien à voir, demandant des statistiques de part de marché de logiciels qui auraient demandé des recherches préalables.

    Il n’y a pas de honte à ne pas pouvoir répondre du tac-au-tac sur un point technique. Les personnes qui ont réponse à tout sont souvent des pipoteurs ou des menteurs.

    Commentaire par DM — 01/07/2009 @ 21:04

  9. @DM : J’ai bien conscience que ce n’est pas forcément par malice que l’on se renseigne sur les questions qui seront abordées lors d’une interview. Je me plaçait juste dans le cas évoqué dans le billet, lorsqu’il s’agit d’éviter d’aborder tel ou tel sujet. Je me disait que ce pourrait être une stratégie à double tranchant, pouvant, à l’inverse de l’effet escompté, signaler à l’interviewer qu’il y a de la poussière sous le tapis à cet endroit précis.

    Commentaire par gwynplaine — 01/07/2009 @ 21:25

  10. Vélo…

    TOUT RECOMMENCER = MERDE
    Blog4Burma : 100 000 réfugiés Birmans attendent leur réinstallation – Myanmar democracy movement appears to be weakening (it is Birma …) – Scorched Earth, Scorched Intervention – Shepard Fairey Unveils I…

    Rétrolien par Bloguer ou ne pas bloguer — 01/07/2009 @ 22:23

  11. « Pour vous montrer que dans les démocraties aussi la presse doit défendre sa liberté. Mais contre une menace douce, insidieuse, fondée sur la courtoisie, le relationnel, (…) »

    Comme cette interview (extraits) menée par l’auteur du rapport à l’origine d’HADOPI qui suscite le courroux de la rédaction du Nouvel Obs?

    Commentaire par Ferdydurke — 02/07/2009 @ 05:39

  12. Ça montre bien que soit vous acceptez et mangez donc votre chapeau et votre carte de presse, soit vous y allez mais pour poser de vraies questions et ce sera la dernière interview.
    Cela dit, le journalisme ne se résume pas, fort heureusement à questionner les politiques !
    🙂

    Commentaire par filaplomb (éditeur de bonnes nouvelles !) — 02/07/2009 @ 08:31

  13. On aimerait quand même savoir ou bosse Aliocha histoire d’acheter un journal ou figure une journaliste qui se pose quelques questions à défaut d’avoir le droit d’en poser..

    Commentaire par La French Connexion — 02/07/2009 @ 08:36

  14. On aimerait aussi savoir 30 ans après si Robert Boulin fut bien victime d’une noyade accidentelle dans une flaque d’eau…

    Le journalisme c’est aussi le droit de suite, vous attendez la mort de Valery Giscard ou bien de toute la lignée Giscard, si peu d’Estaing, pour mener l’enquête ?

    Commentaire par La French Connexion — 02/07/2009 @ 08:42

  15. Bonjour Aliocha
    Très bien votre billet sauf  » la très belle lettre  » car après la lecture de cette lettre je ne la trouve pas belle mais plutôt lamentable.
    Lambda

    Aliocha : vous avez le droit mais dites nous pourquoi.

    Commentaire par Lambda — 02/07/2009 @ 09:33

  16. Comment pouvez vous affirmer que cette demande constitue une manipoulation ? vous conservez votre liberté de poser la question, et votre interlocuteur a la liberté de ne pas vous accorder l’interview la prochaine fois.

    Ce qui m’amene a une autre question, si l’interviewé ne réponds pas à la question, ou réponds avec moultes longueurs et sans contenu, vous allez de toute manière couper la réponse dans votre « papier ». Aurait vous été moins manipulée ? non pourtant on ne vous aura pas dicté votre contenu. L’interview est une relation entre deux personne. Si il n’y a pas un minimum d’entente l’expérience ne se renouvellera pas, parce qu’au moins une des parties ne voudra pas la renouveler…

    Commentaire par dwarfpower — 02/07/2009 @ 11:37

  17. Pub et journalisme/itw Nouvel Obs’, suite de Ferdyduke : Vu et entendu sur i-télé, le patron de l’agence de pub DDB, à propos de l’itw donnée par le président de la république dans « un journal de gauche » comme le présente la journaliste Colombe Schneck. Le patron de DDB a alors ce commentaire : sur le Nouvel Obs’ journal de gauche, faut voir, dit-il en substance, je ne voudrais pas dire qu’il est de droite m’enfin il y a qd même pas mal de pubs pour des voitures de luxe dans ses pages ; la position est un peu ambiguë. Commentaire perfide ou réel argument ?(J’ai mon opinion mais je pose qd même la question.)

    Commentaire par gwynplaine — 02/07/2009 @ 13:22

  18. Plusieurs choses.
    Tout d’abord cette lettre : Je trouve ca nul, complètement nul.
    Selon ce journaliste, Sarko aurait du prévoir 20 ans à l’avance (donc à 30 ans) qu’il serait président de la république et que donc il se devait de vouvoyer tout le monde. Visiblement, ce journaliste commence en 1985, on peut imaginer vers 25 ans. Tiens, il a le même age que Sarko ?

    Aliocha : en ce qui me concerne, j’ai plutôt compris qu’il dénonçait une coolitude d’apparence (tutoiement) dissimulant un tempérament féroce, mais ce n’est que mon avis.

    Nul doute que si un jeune politique vouvoie tout le monde, ca ne sera considéré que comme du respect et un futur président de la république. Permettez-moi d’émettre un avis non partagé sur la couverture journalistique qui aurait été faites entre un politique qui vous tutoie et un qui vous vouvoie.

    Pour finir, je dirai que le tutoiement n’entraîne pas forcement l’arrogance. Et ce journaliste est arrogant ! Je ne trouve en rien étonnant que le président tutoie et qu’on lui réponde en vouvoiement. Ce n’est en rien l’apanache des anciennes monarchies Européenne. Il suffit d’aller dans certaines boites ou le patron tutoie et l’employé vouvoie. Le management à l’américaine n’est pas encore forcement dans chaque entreprise française ! Le vouvoiement des enfants envers leur parent n’a pas disparu à ce jour, et les enfants qui tutoient leurs parents ne sont pas arrogants !

    Bref, le ton pédant de ce journaliste ne justifie en rien son discours. Le plus grave à mon sens, ce sont les personnes qui trouvent ceci normal, voir le trouve bien. C’est une dérive, en aucun cas justifiable !

    Aliocha : bah, je dirais personnellement que le journaliste pouvait choisir aussi de recréer les distances légitimes entre presse et politique par le vouvoiement.

    Ensuite :
    Le fait de ‘cadrer’ une interview n’est pas à mon sens une limitation de la liberté de la presse. Certes, ce n’est pas idéal, mais c’est moins pire que d’exiger les questions avant. Ca me rappelle une interview récente d’Obama. Elle avait beau avoir été cadré sur 1 sujet unique : Les réformes dans le système financier qu’il venait de prendre, la seule chose que les journalistes ont retranscrit : la mouche tuée par Obama… Donc, quand vous êtes interroger sur un sujet, c’est assez frustrant de voir que la seul information qu’il en ressort n’a rien à voir.
    Un journaliste contact un politique pour avoir une information ou une réaction sur un ou plusieurs sujets précis. Si le journaliste fait ensuite un papier sur le retard du politique à l’interview, ou est l’information ou la réaction ? Bref, on s’écarte du travail de journaliste là il me semble ?

    Aliocha : L’indépendance est une chose infiniment fragile. C’est pourquoi nous luttons pied à pied pour la préserver, jusque dans ce qui peut paraître être un détail. N’oubliez pas que nous sommes dans un rapport de force entre ce que nous voulons obtenir comme information et ce que l’autre veut de son côté faire passer comme message. Je ne parle pas ici bien entendu de l’expert qui n’a rien d’autre à faire passer qu’une expertise et dont il faut évidemment respecter les propos sur la forme comme sur le fond. Je pense à tous ceux qui ont un message politique à défendre ou quelque chose à dissimuler. Dans ce cas, il y a lutte entre intérêts opposés et nécessité pour nous de défendre l’information contre la com’officielle.

    Commentaire par Testatio — 02/07/2009 @ 14:19

  19. @ Testatio

    Un tutoiement et un vouvoiement peuvent être aussi arrogants l’un que l’autre :

    Dis, Testatio, je ne sais pas d’où tu viens mais tu te prends pour qui à juger qu’un tutoiement est arrogant ou pas?

    Mon cher Testatio, pour proférer des jugements aussi péremptoires, il faudrait déjà que vous sachiez de quoi vous parlez et fussiez en droit de le faire.

    Mettez des 😉 et des 😀 partout, s’il vous plait : C’était juste pour l’exemple. Notez que je dis la même chose dans les deux phrases. Rien que le « mon cher » (usage d’un adjectif possessif pour marquer la condescendance) à la place de « cher… » suffit à faire preuve d’arrogance.

    Je crois que le journaliste exploite le ressort sarkozien du tutoiement d’une manière souvent pratiquée par ce dernier et que cela marche… La preuve : vous relevez que ce ton est pédant. 😉

    Commentaire par Ferdydurke — 02/07/2009 @ 14:42

  20. j’avais déjà lu cette lettre qui mérite effectivement d’être diffusée. je l’ai trouvé si belle que je l’ai mise en lien sur mon site facebook

    Commentaire par turquoise — 02/07/2009 @ 15:22

  21. @Ferdydurke: Je me permets le tutoiement. 😉

    Tu confonds le langage soutenu avec le langage courant/familier.
    Tu associes le vouvoiement au langage soutenu et le tutoiement aux autres types de langage.
    Ce que j’essaie de dire, c’est que ça n’a absolument rien à voir. On peut tout à fait avoir un langage soutenue avec un tutoiement et le contraire est également vrai.

    Du genre « Dites, Testatio, je ne sais pas d’où vous venez mais vous vous prenez pour qui à juger qu’un tutoiement est arrogant ou pas? »

    Est-ce pour autant qu’avec cette phrase il y a plus de respect ou autre ? Non. Et là, ce journaliste, s’il avait mis des ‘vous’ à la place des ‘tu’, ca aurait était tout aussi arrogant ou pédant. L’emploi du ‘tu’ ou du ‘vous’ n’a donc rien à voir.
    Le ‘vous’ n’entraîne pas une forme de respect et le ‘tu’ une forme de familiarité. Le journaliste est familier, et son emploi du ‘tu’ n’y est absolument pour rien.

    Commentaire par Testatio — 02/07/2009 @ 17:47

  22. @ Testatio

    Tu/vous… Hum… Nous disons la même chose, non? A ceci près que je ne crois pas confondre le langage soutenu avec le langage courant/familier.

    Je m’explique. Les deux phrases que j’emploie à titre d’exemple véhicule exactement le même contenu, l’un en langage familier, l’autre en langage soutenu. Comme vous le notez.

    Ma seconde phrase n’est rien d’autre que la version en langage soutenu de la première. Elle illustre le principe que j’appelle principe de Talleyrand jadis décrit comme de la m**** dans un bas de soie : L’emballage ne change rien à la nature du contenu.

    Le contenu de la traduction vouvoyée que vous faites de ma phrase tutoyée est tout aussi arrogant voire méprisant, tout comme l’est le contenu de ma phrase vouvoyée : c’est le même message qui est véhiculé (« t’es qui toi d’abord pour te permettre de juger? »). Je ne crois pas dire autre chose que ce que vous dites.

    Le journaliste imite Sarkozy. Il emploie une forme familière comme a l’habitude de le faire le Président, ce qui en soi n’a rien de condamnable ni d’irrespectueux. Nous sommes d’accord sur ce point, je crois.
    A cette familiarité, il ajoute l’étalage de ses médailles et blessures de grand reporter avec une arrogance affichée, à mon avis totalement délibérée, afin de signifier au Président les messages suivants :

    1/ Même pas peur!
    2/ Moi aussi je peux être arrogant.
    3/ Je peux me le permettre.
    4/ Je sais bien que mon travail t’agace…
    5/ T’es qui toi?
    6/ D’abord c’est toi qui as commencé (et toc).
    7/ Tu ne m’auras pas.
    8/ Je t’attends de pied ferme.

    J’ai même tendance à croire qu’il pense fortement : Et maintenant file dans les jupes de Carla, elle te consolera.

    Ceci dit, vos deux dernières phrases sont contradictoires : « le ‘tu’ une forme de familiarité. Le journaliste est familier, et son emploi du ‘tu’ n’y est absolument pour rien« . Tu vois que tu racontes n’importe quoi. J’t’l’avais bien dit! Je plaisante 😉

    PS : D’accord pour le tutoiement si vous confirmez que tu es d’accord. 😉

    Commentaire par Ferdydurke — 02/07/2009 @ 20:09

  23. @ Testatio: A mon humble avis, vous tenez bien la route, dans l’esprit du blog. Come on, fight, regularly!

    @ Ferdydurke: Il est appréciable que vous ressortiez à bon escient l’adresse de Napoléon Ier à Talleyrand.
    Et vos développements sur le tutoiement/vouvoiement (voussoiement?) me font irrésistiblement penser à la réplique de François Mitterand ( » Comme vous voudrez… ») à ce vieux militant socialiste l’invitant abruptement au tutoiement au nom de la supposée fraternité des membres du parti.

    Votre dissécation anatomo-physiologiste, type Les Experts Saison 4, des propos 1 à 8 de Joseph induit par ailleurs, volontairement ou non, et à mon sens, une cruelle évidence: l’argumentaire relève, max, du niveau CM1 « Ta mère chausse du 2 ».

    @ Vénérée Aliocha: Je m’autorise respectueusement à disconvenir totalement de votre analyse sur le « panache » supposé du Camarade Journaliste Joseph.

    Je tiens pour évident que les journalistes doivent irrévérence, et même irrespect, aux gens qui nous gouvernent, à condition que cette contradiction soit poliment et surtout objectivement argumentée. Et à cette exigence, je ne trouve que peu mon content.

    Mais, s’il-vous-plaît, ne succombons pas à l’inflation des mots, comme certains peuvent avoir la « haine » de l’employée de la boulangerie qui ne les sert pas aussi vite que la profondeur de leur nombril l’exige.

    La cavalerie polonaise chargeant en gants blancs les chars de Staline avaient du « panache »: le Camarade Joseph risque si peu, malgré l’auréole de martyr dont il nimbe à si peu de frais possibles ses chevilles manifestement extensibles à l’infini, qu’il en est pour moi ridicule de fatuité sinon d’indécence: tant de ses collègues ont payé si cher, dans d’autres pays, leur liberté d’expression!

    Soyez pourtant assurée que si, par une probabilité équivalente à 0,0000001%, Camarade Joseph est un jour embastillé en France à raison de ce qui peut lui être éventuellement reproché, j’assumerai sur mes fonds propres, de ma province reculée, tous les surcoûts imposés par EasyJet pour venir manifester dans la capitale pour sa libération.

    Aliocha : j’entends bien que vous n’êtes pas contenté par ce texte. En ce qui me concerne, je suis une admiratrice inconditionnelle des grands reporters, moi qui ne risque, au pire, dans l’exercice quotidien de mon métier que de me casser un talon dans les moquettes trop épaisses des ministères, cabinets d’avocats, grandes entreprises et autres que je côtoie. En l’espèce, j’aime bien la démarche un peu bravache qui consiste à mettre en parallèle les risques du métier, les vrais, et cette sinistre histoire de cornecul comme il dit. Je trouve aussi que cette lettre a le mérite de montrer ce qu’il y a derrière un reportage télé d’1 minute 30 que le téléspectateur observe d’un oeil distrait au 20h sans imaginer un instant ce qu’il a fallu prendre comme risques pour rapporter ces pauvres images. Et puis j’aime bien aussi le contraste entre une liberté de la presse qui peut coûter la vie dans certains pays et la nôtre qui ne s’expose qu’à des procès ridicules dans le pire des cas. Je n’y ai pas vu la vanité que vous apercevez, mais plutôt la manifestation de la frustration du journaliste qui a été témoin d’horreurs, qui a tenté de les raconter, qui n’a rencontré que l’indifférence ou au mieux un intérêt poli, sans commune mesure avec ce qu’il a voulu donner à voir. Mais bon, ce n’est que mon avis.

    Commentaire par Peristéri — 03/07/2009 @ 00:56

  24. @ Peristéri

    Voussoiement et vouvoiement sont tous les deux admis.

    Je me suis demandé si votre remarque sur ma référence au propos de Napoléon 1er relevait de la validation ou non. Je m’en rapporte donc à la source :

    « Vous mériteriez que je vous brisasse comme un verre, j’en ai le pouvoir mais je vous méprise trop pour en prendre la peine. Pourquoi ne vous ai-je pas fait pendre aux grilles du Carrousel ? Mais il en est bien temps encore. Tenez, vous êtes de la merde dans un bas de soie ! »

    Le mépris ne fait aucun doute. L’arrogance n’est peut-être en effet que sous-jacente.

    Pour la replacer dans son contexte, cette phrase fut prononcée lors d’un Conseil restreint, le 28 juin 1809, au cours duquel Napoléon reprocha à Talleyrand ses trahisons et ses intrigues (avec le Tsar de Russie auquel il conseilla de refuser les propositions d’alliance de Napoléon et de plutôt se rapprocher de l’Autriche, avec Fouché et Murat pour préparer la succession).

    Quant à la « cruelle évidence » que vous mettez en lumière, je la crois moi aussi bien réelle et j’ajoute que la pratique de cette rhétorique n’est malheureusement pas restreinte aux cours de récré. On la retrouve dans toute situation où le rapport de force s’installe (quand il n’est pas délibérément choisi), que ce soit dans un couple, entre patrons et syndicats, en négociation commerciale, et dans les relations internationales. Exemple : la Corée du Nord et ses tirs de missiles (« moi aussi, j’ai des armes qui font très mal et les moyens de les utiliser. D’ailleurs, je te le prouve sans vergogne en tirant un missile. Tu vois? Alors fais attention à ce que tu fais et parle-moi autrement… », en gros).

    Commentaire par Ferdydurke — 03/07/2009 @ 07:41

  25. @Ferdydurke : Ne soyez pas journaliste !! (C’est pour faire réagir Aliocha ^^)

    « Ceci dit, vos deux dernières phrases sont contradictoires : “le ‘tu’ une forme de familiarité. Le journaliste est familier, et son emploi du ‘tu’ n’y est absolument pour rien“. Tu vois que tu racontes n’importe quoi. »

    Vous sortez la phrase de son sens. Au début de ma première phrase, il y a une négation que vous ne mettez pas… vous me faites donc dire le contraire de ce que je dis. Vous remarquerez donc que je ne suis ni journaliste ni politique, ce 2 professions n’auraient jamais fait l’erreur d’écrire cette phrase de cette manière

    Bonne journée 😉

    Commentaire par Testatio — 03/07/2009 @ 09:23

  26. Mince… j’ai oublié le tutoiement… 🙂

    Commentaire par Testatio — 03/07/2009 @ 09:25

  27. @Ferdydurke

    Il semblerait que l’ultime injure lors du Conseil restreint du dimanche 29 janvier 1809 en début d’après-midi, dans son grand cabinet des Tuileries, n’ait pas été prononcée par Napoléon mais qu’il l’a pensé. L’injure serait donc apocryphe (V.l’édition définitive 2006 de « TALLEYRAND le prince immobile » de Emmanuel Waresquel chez Fayard p. 400).

    Ce jour là sont présent Cambacérès, Lebrun et Talleyrand, les ministres Gaudin, Decrès et Fouché.Le comte de Montesquiou, venu prêter serment, y est introduit un peu plus tard. De toutes les personnes présentes ce jour-là, seul Montesquiou a consigné la scène dans ses Mémoires, mais tous en ont été tellement frappés qu’ils en ont largement parlé autour d’eux.

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 03/07/2009 @ 10:07

  28. @ Aliocha : Merci, sur ma réaction, d’avoir repris la plume pour expliciter votre position. Et, pour qualifier la démarche en cause, j’adhère infiniment mieux à « bravache » qu’à « panache »…

    Aliocha :Bah, quitte à faire de la rime, j’aurais pu aussi écrire vache, bourrache ou cravache, mais forcément ça aurait eu moins de sens 😉

    Il est par ailleurs amusant que, partageant pleinement votre appréciation sur le courage (parfois insensé au regard de l’instinct de conservation) des « grands reporters », j’en tire personnellement des conclusions inverses aux vôtres. Exhiber des médailles si glorieuses dans le contexte d’une circonstance, par comparaison si subalterne, m’est apparu les dévaluer.

    Aliocha : c’est une vision des choses en effet….

    Quelque peine que certains puissent éprouver à supporter que Sarkozy ait été élu PdR (peine que je peux saisir, ayant moi-même stoïquement enduré quatorze ans de présidence Mitterrand), quelque vigilance qu’il convienne d’avoir en considération de la maîtrise inégalée par l’ex-Neuilléen de l’ « outil media », quelque critique fondée que l’on puisse émettre vis-à-vis de son inclinaison particulière à user, à armes inégales, des Tribunaux, il convient tout de même de raison garder.

    Aliocha : il n’est plus le seul, Obama aussi semble-t-il joue avec la presse.

    C’est ce que certains de vos confrères ne font pas, au point :

    – de le présenter, volens nolens, comme le fils spirituel de Pinochet, Pol Pot, Big Brother, la Bête du Gévaudan, Croquemitaine et Dark Vador réunis ;

    Aliocha : avouez qu’une telle bestiole a de quoi passionner la presse 😉

    – de se présenter eux-mêmes, col de chemise artistiquement ouvert sur leur poitrine offerte en pâture aux balles 7,62 mm (incisées en croix et enduite d’ail) des spadassins du pouvoir, comme l’ultime rempart de la Démocratie face à SupremeDictator.

    Aliocha : c’est aussi l’image qui m’est venue à l’esprit en lisant cette lettre. Bravache ou panache ? Un fond de romantisme chez moi ne peut que s’enthousiasmer pour cette cause, fut-elle un tantinet caricaturale.

    Mais ces balles apparaissent être à blanc et à force d’exagération, certains lecteurs, comme moi, peuvent finir par réagir comme les villageois dans Петя и волк.

    Aliocha : je vous crois sur parole le temps que vous traduisiez pour que je mesure plus précisément la comparaison.

    Sur, comme vous dites, « l’affaire de cornecul » (j’adore cette expression qui me fait irrésistiblement penser, j’ignore pourquoi, à Jacques Chirac), je ne crois pas que vous vous soyez prononcée dans un billet (si c’est le cas recevez mes plates excuses).

    Aliocha : sans doute à cause de son côté salon de l’agriculture, langage fleuri, main à vache et trousse jupon. Moi elle me fait penser au bistrotier du deuxième épisode d’Angélique qui hurle régulièrement « cornecul la mère molle » ou quelque chose d’approchant, je reproduis en phonétique. Et ne riez pas de mes références, les dialogues, signés Pascal Jardin sont remarquables, pour le reste je conviens tout ce qu’on veut.

    Au-delà de son contexte purement juridique et hors tout intérêt de savoir si M. Tual y est ou non pour quoique ce soit, il me semble qu’elle soulève une vraie question en matière d’éthique journalistique. Un quelconque et implicite « code de bonne conduite » existe-il entre politiques et journalistes dans la circonstance concernée ?

    Aliocha : pas à ma connaissance, c’est une question de confiance mutuelle. Cela étant, il n’y a pas de faute. NS était sur un plateau de télévision, entouré de journalistes, donc sous l’oeil du public ou plus précisément de ceux chargés de l’informer, ce public. Par conséquent, les petites confidences entre amis quand on se croit off et la comédie du pouvoir dès qu’on est à l’antenne, très peu pour moi. Je suis bien contente que ce document soit sorti.

    @ Ferdydurke et Le Chevalier Bayard : merci à vous pour les précisions historiques que vous avez apportées sur l’embrouille Napoléon Ier vs Talleyrand. Question complémentaire si la réponse existe et que vous voulez bien y répondre : Talleyrand a-t-il répliqué à Napo et si oui, quoi ?

    Commentaire par Peristéri — 03/07/2009 @ 16:27

  29. @ Peristéri

    Il n’est pas inutile de reprendre le récit historique d’Emmanuel Waresquiel du portrait qu’il tire de son « Prince immobile » dans la troisième partie de son ouvrage au chapitre 24 intitulé « La « merde » et le « bas de soie », pour bien comprendre l’absence de réponse et la psychologie des personnages.

    Voici donc ce qu’il écrit :

     » Cette fois Napoléon a perdu son sang-froid. Plus il l’invective, plus Talleyrand fait comme s’il n’était pas concerné. Sainte-Beuve disserte, dans son « lundi » consacré à Talleyrand, de l’indifférence : celle du fond que partagent nombre d’hommes politiques trempés ou blasés et, beaucoup plus rare, celle du premier mouvement, lorsqu’on est atteint en face, piqué, insulté à bout portant. Dans ces situations-là, l’ancien évêque d’Autun est capable de commander à chacun ses traits. A force d’y travailler, son visage, ce « masque impertubable, sans grimace ni sourire » est devenu proverbial.

    Impassible, pâle, les yeux mi-clos, appuyé contre une console pour soulager sa mauvaise jambe, ne disant pas un mot, n’essayant même pas de lui répondre, il fait face à l’emprereur qui sans cesse se déplace de la cheminée aux fenêtres de son cabinet, les mains derrières le dos, sans jamais s’arrêter de crier, marchant soudain droit sur lui et le menaçant du poing. Tout le monde est debout, pétrifié. On entend l’algarade dans le grand appartement des Tuileries.

    En sortant Talleyrand croise le comte de Ségur, le grand maître des cérémonies, et lui murmure à l’oreille : « Il est des choses qu’on ne pardonne jamais. » Pasquier dira qu’à partir de ce jour-là ce sera entre les deux hommes « une question de vie ou de mort ». Le fait est que tout le monde croira, à l’issue du Conseil, à l’emprisonnement de l’ancien ministre outragé. Voyant entrer Savary, quelques jours plus tard, Talleyrand qui avait des raisons d’être inquiet lui aurait demandé : « Est-ce à Ham ou à Vincennes ? »

    Mais Napoléon se contente des injures et Charles-Maurice fait comme d’habitude : il joue les désinvoltes et lâche négligemment quelques bons mots dans les salons. L’un d’entre eux est resté célèbre. « Quel dommage qu’un si grand homme soit si mal élevé ! » Après une telle charge, toute personne normalement constituée aurait pris le parti de la discrétion, en évitant de se faire remarquer. Talleyrand fait exactement le contraire. Puisqu’il est toujours vice-Grand Electeur de l’Empire, il décide de remplir à la lettre les devoirs de sa charge. Le lendemain même de la scène, il est là, au cercle de la cour, dans la salle du trône, au milieu des dignitaires et des ministres, comme s’il ne s’était rien passé.

    Le ministre des Finances Gaudin, en l’y apercevant, en sera saisi d’étonnement. Napoléon l’évite. Le dimanche suivant, il est à nouveau là impertubable. On questionne son voisin qui bafouille et il répond à sa place.La glace est rompue. Il y a de quoi être stupéfait d’un tel aplomb. André Suarès pensait certainement à ces deux scènes lorsqu’il évoquera, à l’acide, les rapports des deux hommes : « Napoléon n’a pas cessé de haïr Talleyrand sans réussir à se passer de lui. Talleyrand était sa faiblesse, son vice, son bas de soie, son goût perverti […].L’intelligence glacée du maudit boiteux échappait aux reproches : cet esprit reste incorruptible dans toutes les putréfactions de l’action et des moeurs. Il se dérobe même au mépris, par le mépris supérieur du sceptique et de l’égoïste accompli.Il émousse la violence du tyran par le masque impassible qu’il oppose aux offenses ; et il est plus fort que la menace, plus fort que les coups, mettant entre eux et lui la distance cruelle de l’ironie et l’éloignement infini d’une politesse qui ne fut jamais prise en défaut, et qui ne livre rien de soi. »

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 03/07/2009 @ 18:19

  30. @ Aliocha:

    Петя и волк et Pierre et le Loup, c’est kif-kif mais pas dans la même langue. Ou alors l’ami Wiki m’aurait menti.

    Votre diagnostic sur la relation Cornecul/Chirac est l’analyse journalistique la plus fulgurante et pointue que j’ai jamais lue de ma vie. Ceci étant, m’étant perforé, en riant, le poumon droit avec les côtes flottantes, je vous ferais connaître pour remboursement la quote-part des frais médicaux non pris en charge par ma mutuelle.

    Pour les dialogues dans Angélique, je m’en remets entièrement à vous. J’étais toujours trop concentré sur le décolleté de Mlle Mercier pour m’intéresser un tant soi peu aux dialogues 🙂

    Aliocha : et pourtant, vous qui aimez le verbe…Extrait (de mémoire) :
    La Montespan entendant le roi fulminer contre Angélique confie à un courtisan avec un sourire de garce triomphante : « Son règne aura duré ce que durent les roses ».
    Et le courtisan de rétorquer : « Elle en la beauté et la fraîcheur, tandis que vous êtes comme les carpes, vous vivrez longtemps mais finirez moussue ».

    Commentaire par Peristéri — 03/07/2009 @ 18:21

  31. @ Le Chevalier Bayard:

    Wow! « L’intelligence glacée du maudit boiteux échappait aux reproches ». Superbe. Merci.

    Commentaire par Peristéri — 03/07/2009 @ 18:27

  32. @ Peristeri

    Celle que je préfère, pour ma part, assez wildien : « Il se dérobe même au mépris, par le mépris supérieur du sceptique et de l’égoïste accompli »

    Aliocha : merci pour ce texte de Suarès profondément jouissif.

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 03/07/2009 @ 18:34

  33. @ Peristéri:

    J’ai à juste titre apprécié votre plaisant échange avec Aliocha, mais concernant vos frais médicaux, ne vous illusionnez pas trop : la probabilité de remboursement par ses soins doit avoisiner les « 0,0000001% »: roulent pas trop sur l’or, les journalistes. La prochaine fois, mon vieux, mettez un corset ;-).

    Concernant Michèle Mercier, tout pareil que vous ;-)!

    Commentaire par Goloubchik — 03/07/2009 @ 18:57

  34. @Peristéri : « Mais ces balles apparaissent être à blanc et à force d’exagération, certains lecteurs, comme moi, peuvent finir par réagir comme les villageois dans Петя и волк. »Corrigez-moi si je me trompe, mais il me semble qu’en l’espèce vous confondez le conte Pierre et le loup avec l’histoire du garçon qui criait au loup (erreur commune d’ailleurs).

    Commentaire par gwynplaine — 03/07/2009 @ 18:57

  35. @ gwynplaine:

    J’ai confondu effectivement, et ne peut arguer lâchement, pour tenter de couvrir la faille culturelle que j’ai révélée, qu’à force d’être commune, une erreur finit par devenir une vérité.

    Commentaire par Peristéri — 03/07/2009 @ 19:21

  36. @ sur 35: Oups, « peux » et non « peut ».

    @ Goloubchik 33: votre idée de corset n’est pas sotte, mais on en trouve encore de ces trucs?

    Commentaire par Peristéri — 03/07/2009 @ 19:29

  37. @ Peristéri 36:

    Oui. Au « Chaperon rouge », rue de Rome, à l’angle de l’impasse Remulus. La propriétaire, Mme Prokofiev est charmante.

    Commentaire par Goloubchik — 03/07/2009 @ 19:37

  38. Pour compléter mon envoi précédent (vous pouvez très bien les coller si vous voulez).
    Vous pouvez aussi ne pas publier mon billet et vous en servir dans vos réflexions. Je suppose d’ailleurs qu’en tant que spécialiste, vous devez voir plein d’exemples comparables.

    Certains ont démonté cet belle opération
    http://vertsmontlucon.blogspot.com/2009/07/voltalis-de-la-peinture-verte-pour.html

    Commentaire par stellar — 30/07/2009 @ 10:54


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