La Plume d'Aliocha

24/07/2009

Plaisir de lire (4) Le journalisme

Filed under: Salon littéraire — laplumedaliocha @ 16:52

Vu l’intérêt décroissant que suscitent les billets « Plaisir de lire » à mesure qu’on se rapproche des choses sérieuses, je crains de ne pas faire  recette avec les livres sur le journalisme. Ce d’autant plus que les blogs sont fréquentés essentiellement en semaine (jusqu’au vendredi matin) puis connaissent une bien étrange baisse de fréquentation à partir du vendredi après-midi et jusqu’au lundi (environ 2/3 de lecteurs en moins). Et je ne vous parle pas des week-ends en période scolaire, c’est Waterloo morne plaine. Allez savoir pourquoi…Je vous taquine.

Cela étant, chose promise, chose due. Voici mes conseils en matière de presse, qui ne sont en réalité que la reprise des livres dont je vous ai parlé cette année.

Ouvrages philosophiques

Evidemment, il y a l’incontournable « Journalisme et vérité » de Daniel Cornu dont les lecteurs habituels de ce blog doivent finir pas être lassés tant je leur en ai parlé ces dernières semaines. Si je n’ai pas consacré de billet à ce livre, c’est qu’il est bien trop riche pour que je puisse le résumer. Je n’ai pas de ce talent là et en plus j’aurais trop peur de trahir la pensée de l’auteur. Disons qu’il est destiné à tous ceux qui s’interrogent sur notre démocratie et sur le rôle qu’y joue la presse. Vous y croiserez Kant, Habermas, Weber, Hannah Arendt et bien d’autres philosophes, mais aussi des témoignages tirés de livres de journalistes. Je ne vous cache pas que le livre est parfois ardu pour qui ne dispose que de connaissances fort rudimentaires en philosophie, ce qui est mon cas. Mais l’auteur est clair, ne jargonne jamais (ou très peu) et déroule admirablement sa pensée. Il aborde toutes les questions sur lesquelles nous nous sommes interrogés ici : la légitimité de la presse, sa déontologie, son rapport bien sûr à la vérité, l’objectivité, la possibilité ou non de tout montrer etc. Un excellent livre entièrement guidé par la quête de l’éthique, remarquablement pertinent sur la pratique journalistique, emprunt à la fois de lucidité et d’amour du métier.

Dans le même ordre d’idée, vous pouvez aussi lire les deux excellents ouvrages de Géraldine Muhlmann, « Du journalisme en démocratie » et « Une histoire politique du journalisme ». L’auteur a la double casquette de journaliste et de philosophe.

Vous l’aurez compris, l’intérêt de ces livres est d’être rédigés par des journalistes de haut niveau qui connaissent bien le métier et échappent donc aux fantasmes traditionnels sur la manipulation et la connivence des médias. Non pas qu’ils nient ces phénomènes, mais ils les analysent avec beaucoup plus de profondeur que les habituels détracteurs de la presse et surtout ils sont en mesure de montrer que le journalisme, c’est aussi autre chose. Quelque chose d’important pour la vie publique qu’il faut absolument s’employer à penser et à défendre.

Economie

Ceux qui s’intéressent à l’économie de la presse et veulent comprendre ses difficultés actuelles liront avec profit « Spéciale dernière : qui veut la mort de la presse française ». C’est à mon sens le meilleur livre. En plus, il se lit presque comme un polar. Vous y découvrirez notamment avec effarement les tribulations du syndicat du livre. Voyez également Patrick Eveno « La presse quotidienne nationale, fin de partie ou renouveau ? » Plus universitaire dans l’approche mais très intéressant.

Témoignages

J’ai plusieurs livres fétiches. « L’expulsion » d’Alain Genestar qui raconte son éviction de Match. « Du journalisme après Bourdieu » de Daniel Schneidermann. Ces deux livres, très courts,  vous feront entrer dans la psychologie du journaliste. Vous verrez que nous ne sommes ni des vautours assoiffés de sang, ni des imbéciles sans scrupules. Simplement des gens curieux qui ont la passion d’observer et de raconter. Voyez également « Notre métier a mal tourné » de Philippe Cohen et Elisabeth Levy, deux très bons journalistes. Ceux-là vous raconteront les difficultés actuelles du métier, ses faiblessses et ses compromissions. Je me permets de vous faire observer que les auteurs en sont les premiers désolés. Inutile donc d’en tirer les conclusions que nous sommes tous des nuls et des vendus. La plupart des journalistes souffrent de cette situation.

Sur le terrain

A ceux enfin qui n’ont pas envie de se casser la tête pendant les vacances (je les comprends) voici quelques idées de livres vraiment bons mais plus faciles à lire :

Jean-Paul Mari, « Sans blessures apparentes ». Celui-là, je lui avais consacré un billet. C’est un livre violent mais magnifique sur les blessures morales que la guerre inflige à tous ceux qui la cotoie, journalistes compris. Dur, mais nécessaire.

Florence Aubenas : « La méprise, l’affaire Outreau ». Bon, j’admets qu’emmener un livre sur l’affaire Outreau en vacances peut paraître une drôle d’idée quand on veut se détendre. Disons que j’ai trouvé ce livre remarquable dans la mesure où il éclaire les mécanismes qui ont permis à la catastrophe de survenir. Il n’y a pas d’analyse, juste un récit  de l’affaire. Passionnant.

Grands Reporters – Carnets intimes (ouvrage collectif): 21 récits rédigés par des grands reporters sur l’événement qui a marqué leur carrière. Vous y trouverez à chaque fois une brève introduction sur l’auteur et sur sa manière de voir le métier suivi du texte lui-même qui vous fera revivre des moments forts comme la chute du mur de Berlin.

Voilà, ce n’est qu’une sélection, il en manque forcément et même beaucoup, n’hésitez pas à compléter. Les livres cités qui ne comportent pas de liens sont référencés ici, de même que d’autres titres sur le journalisme.

23/07/2009

Plaisir de lire (3) les grands romans

Filed under: Salon littéraire — laplumedaliocha @ 12:47

Je ne m’étais pas aperçue, en lançant cette série, de la folie de mon entreprise. C’est au pied de ce que j’ai appelé provisoirement « les grands romans » que je découvre le problème. Quels romans citer ? Ceux que j’ai lus il y a 20 ans, voire plus, et qui ont forgé ma personnalité ou bien simplement les quelques livres marquants de ces 10 dernières années, en excluant les grands classiques que tout le monde connaît ? J’ai penché pour la deuxième solution, beaucoup plus raisonnable. Voici donc une sélection à chaud, un peu hétéroclite des bons romans qui me viennent à l’esprit spontanément et que je recommanderais à un ami en panne de lecture. Il y a Marc Levy, Amélie Nothomb, Guillaume Musso, Anne Gavalda…

Hé là, ne fuyez pas ! Je plaisante !

Irène Némirovsky : si vous avez lu Suite française et que vous n’avez pas aimé, essayez néanmoins Le maître des âmes. C’est l’histoire d’un médecin immigré à Nice dans les années 20. Incapable de nourrir sa femme et son fils avec les maigres honoraires que lui règlent épisodiquement les gens pauvres qu’il est cantonné à soigner en raison de ses modestes origines, il saisit l’intérêt que peut représenter l’essor tout neuf de la psychanalyse et devient un charlatan très prisé de la haute bourgeoisie parisienne. Au risque d’y perdre son âme….Mais comme il dit, l’élégance d’âme est réservée à l’élite. Quand on a été un voyou affamé, on le reste toute sa vie.

Giovanni d’Alessandro : « Si Dieu a pitié ». Celui-là, je l’ai lu il y a dix ans et jamais oublié. Il n’a pas fait de bruit, son auteur à ma connaissance n’a rien écrit d’autre, il n’est pas édité en poche. Alors j’ai envie de lui rendre justice et, qui sait peut-être, d’attirer l’attention d’un éditeur, il le mérite.  Au début du 18ème sècle dans les Abruzzes, un séisme fait de nombreux morts, dont un jeune homme, le fils du sculpteur Berardo. Pour perpétuer la mémoire d’un enfant qu’il n’a pas pris le temps d’aimer, l’artiste lui donne les traits de sa plus grande oeuvre, un Christ mort. Seulement voilà, la statue déchaîne les passions, le maire, l’Eglise et la noblesse se disputent le chef d’oeuvre. Il y a des passages bouleversants sur l’artiste qui, au moment d’achever la statue, se révèle incapable de percer le flanc de ce Christ qui ressemble tant à son fils. Et sur cette marquise mystique aussi, qui était passionnément amoureuse du jeune homme et qui sombre dans la folie.  La force et la beauté du roman résident notamment dans le contraste entre les viles querelles politiques et les drames humains qui se nouent autour de la statue du Christ.

Daphné du Maurier : « Le bouc-émissaire » . Daphné du Maurier n’est pas seulement l’auteur du célèbre « Rebecca » qui a inspiré Hitchcock et de quelques romans un peu « féminins » mais aussi de deux ou trois livres soulevant des interrogations philosophiques assez intéressantes. Par exemple le Bouc émissaire qui devrait intéresser les internautes car il traite remarquablement la question de l’identité. Deux hommes se rencontrent dans un café  et s’aperçoivent qu’il se ressemblent comme des jumeaux. L’un est un anglais qui s’interroge sur le sens de la vie, l’autre un aristocrate tourmenté. Ce-dernier drogue son « double » et le fait ramener chez lui par son chauffeur avant de disparaître. Voilà notre anglais plongé malgré lui dans la vie d’un autre homme. L’auteur pose cette question : comment nous comporterions-nous si nous n’étions plus responsables de notre identité ? Aussi passionnant que dérangeant.

Milena Agus : « Mal de pierre ». Milena Agus est un femme écrivain sarde, institutrice de son état, qui a sorti deux romans ne suscitant qu’une relative indifférence en Italie. C’est en France qu’elle a connu le succès. Une femme mariée à un homme qu’elle n’aime pas et qui ne l’aime pas non plus, part en cure pour soigner son « mal de pierre », autrement dit ses calculs. Elle y rencontre un homme dont elle tombe follement amoureuse. A l’issue du séjour, ils se séparent. Elle passera le reste de sa vie à l’attendre. Une écriture poétique, parfois très crue, puissante comme le soleil sarde. Une réflexion remarquable sur l’amour, l’incommunicabilité dans les couples, qui pose cette lancinante question : le plus bel amour n’est-il pas celui qu’on rêve, au risque de ne pas apercevoir celui qu’on a tout près de soi ? L’histoire est courte, ciselée, le dénouement totalement inattendu. Un bijou. Il y a du Maupassant dans ce livre. « Sans magie, la vie a un goût d’épouvante » écrit l’auteur. Mais la quête éperdue d’une magie impossible peut aussi devenir un enfer…

Alejandro Jodorowsky : « L’arbre du dieu pendu ». Alors celui-là, comment le résumer ? L’auteur est scénariste de bande dessinée, tarologue, le genre d’écrivain qu’habituellement je fuis, n’aimant guère les mystiques qui jouent la partition facile de l’ésotérisme. Seulement voilà, il suffit d’ouvrir le roman pour être happé par cette fable picaresque rédigée dans le style du réalisme magique sud-américain à la Garcia Marquez. L’histoire commence en Europe de l’Est, au début du siècle. Lors d’une inondation, le fils de Teresa, l’extraordinaire fondatrice de cette lignée familiale, se réfugie dans l’armoire qui abrite le Talmud. Mais celle-ci, alourdie par le livre sacré, « refuse de flotter » comme l’écrit l’auteur et l’enfant meurt. Folle de douleur, Teresa pénètre dans la synagogue, arrache sa perruque devant une assemblée pétrifiée d’horreur face à cette furie qui blasphème et lance à Dieu qu’en lui prenant son fils, il lui a tout pris et qu’elle ne le craint plus, par conséquent, elle le chasse de sa maison. C’est le coup d’envoi d’une effarante saga familiale où le magique se mêle à une truculente réalité faite d’érotisme et de de mort, d’espoirs, de luttes sur fond de spiritualité omniprésente. Le mélange détonnant d’humour juif et de puissance vitale typiquement sud-américaine fait de ce roman une sorte d’ovni, inclassable, drôle, passionnant, émouvant, en un mot, fascinant. Extrait de la critique du Monde : « Sa plume court, bifurque, parcourt le monde, fait vivre des milliers de vies, loin des souffrances anciennes, vers un achèvement peut-être lumineux : une naissance ».

Louis De Bernières : « La mandoline du capitaine Corelli ». Extrait de la 4ème de couverture :

« L’île à moitié oubliée de Céphalonie s’élève imprudemment de la mer Ionienne. Elle est tellement chargée d’antiquité que les pierres elles-mêmes exhalent la nostalgie et que la terre rouge reste hébétée non seulement par le soleil mais aussi par le poids insupportable de la mémoire. » Sur cette île en apparence bénie des dieux, des ouragans vont pourtant se déchaîner dès 1939; à l’occupation italienne va succéder l’invasion allemande et son cortège d’exactions. Puis, à partir de 1945, les maquis rouges feront régner leur terrible loi. Et quand enfin la paix semble revenue, le meurtrier tremblement de terre de 1953 dévaste Céphalonie à son tour. Que deviennent les destins individuels au coeur de tant de drames? Un amour aussi fragile que celui de Pélagia, la jolie petite Grecque, et du séduisant capitaine Corelli peut-il leur résister? Car comment résiste-t-on à la haine, la peur, la faim, la folie, la mort? Est-il possible de continuer à vivre quand il ne reste plus que le souvenir, la tendresse, la musique – ah, la musique d’une certaine mandoline… à leur opposer? »

Je vous accorde que le résumé laisse craindre un roman à l’eau de rose. A tort. La description de la guerre et surtout de ses effets sur la vie des protagonistes est aussi violente qu’admirable. Le style de l’auteur s’inspire là encore du réalisme magique sud-américain.

Ivan Gontcharov : « Une histoire ordinaire ». Ce n’est pas le plus connu de cet auteur russe du 19ème et pourtant c’est mon préféré. Une version très originale du livre initiatique. Un jeune homme arrive à St Petersbourg la tête nourrie de rêves sur le métier de poête, sur l’amour et sur son avenir. Mais le vieil oncle cynique qui l’héberge va les briser les uns après les autres. Est-il vraiment sage de briser les rêves de la jeunesse, n’est-ce pas la blesser bien plus gravement que de la laisser se brûler  ? Intéressante question. Un très grand livre.

Romain Gary : Nous avons déjà parlé du plus beau de ses romans (à mon sens), « Les racines du ciel ». Deux autres m’ont marquée. D’abord « La promesse de l’aube ». L’auteur y raconte son enfance avec sa mère. Une mère qui sacrifie tout pour lui et qui est persuadée qu’il aura un destin d’exception. Gary met en exergue une idée que je trouve bouleversante : l’amour d’une mère nous fait croire que toute notre vie nous serons aimés avec autant de force et d’abnégation, c’est la promesse de l’aube…jamais tenue.  Ensuite,  « Au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable ». Celui-là met en scène un homme de 60 ans amoureux d’une jeune brésilienne. Il croise un ami dans un bar, un homme arrogant et fortuné qui lui confie pouvoir tout s’acheter sauf la jeunesse qui lui permettrait de faire l’amour comme un jeune homme. Voici le narrateur soudain saisi de l’angoisse de vieillir et de devenir impuissant. Magnifique. Très drôle aussi. C’est toute la force de Gary.

Hans Fallada : « Seul dans Berlin ». Attention, chef d’oeuvre, ce livre faisait l’admiration de Primo Levi. L’auteur raconte la résistance en Allemagne durant la seconde guerre mondiale. Un couple d’allemands dont le fils vient d’être tué à la guerre décide d’entrer en résistance. Le père, un ouvrier,  soudain conscient parce qu’il est touché dans sa chair de l’horreur qui l’entoure, rédige des cartes postales mettant en garde la population contre les exactions d’Hitler et les dépose au risque de sa vie dans les escaliers d’immeuble. Son action, aussi dangereuse que dérisoire est le prétexte pour l’auteur de s’interroger sur ce qui pousse à résister ou, au contraire,  à collaborer. Les portraits des personnages secondaires, qui rivalisent de lâcheté et d’avilissement, sont magistraux. La rencontre en prison, à la fin du roman, entre le héros un peu fruste et un chef d’orchestre qui va lui enseigner l’amour de la musique est inoubliable. La grande force du livre est de décrire sans jamais juger. Il y a des accents de Dostoievski chez cet auteur. Un roman profondément humaniste. Sublime.

22/07/2009

Plaisir de lire (2) l’humour

Filed under: Salon littéraire — laplumedaliocha @ 13:17

Avez-vous observé à quel point le rire se fait discret en littérature ? Oh, bien sûr, en réfléchissant un peu on songe à Rabelais, Molière, Cervantès, Céline et quelques autres. Tout de même, les auteurs qui font rire, ne serait-ce que de façon ponctuelle, ne sont pas légion. Alors, forcément, ce billet sera bien plus court que le précédent. Surtout que j’ai choisi de m’en tenir aux contemporains. Voici donc quelques auteurs qui me font rire :

San Antonio : celui-là était l’auteur favori de mon premier patron, un avocat. Or, il se trouve que  mon patron m’énervait prodigieusement. A l’époque, au début des années 90, les rares fois où j’avais vu Frédéric Dard à Apostrophe, sa prestation ne m’avait guère inspirée. Il faut dire que j’étais encore dans ma période vibrante et romantique. Il me fallait de la Grande Littérature, des chefs d’oeuvre inspirés capables de me laisser tremblante d’adoration à la fin du livre, éblouie et reconnaissante. Balzac, Sophocle, Dostoïveski, rien de moins, le reste ne m’inspirait que mépris. Alors Frédéric Dard, vous comprenez, c’était un peu comme proposer un concert de Dick Rivers à un amateur de musique classique, impensable. Et puis il y a un peu plus d’un an, un ami m’a recommandé San Antonio. Me voici donc avançant timidement la main pour me saisir de l’auteur honni, du grand rigolo que j’imaginais grossier et vulgaire et dont la lecture me semblait réservée à quelques hommes à l’humour gras essentiellement sur le chapitre du sexe. Comme quoi, les préjugés….Je me souviens encore des 10 minutes de fou rire inextinguible qui m’ont secouée dès les premières pages du roman. Vous savez, ce rire qui vous broie les abdominos et vous étouffe ? Je ne saurais donc trop vous recommander d’en glisser un au hasard dans vos bagages. Une telle maîtrise de la langue est un bonheur pur, on croirait retrouver Audiard. Attention, son fils a pris la relève, je n’ai pas testé mais je crois préférable dans le doute de s’en tenir au père, d’autant que celui-ci fut très prolixe.

William Boyd : ah ! comme j’aimerais n’avoir jamais lu « Un anglais sous les tropiques » et pouvoir l’emmener dans mes bagages, seulement voilà, c’est fait. Alors il ne me reste plus que le plaisir de le recommander. Un fonctionnaire de sa très gracieuse majesté envoyé en Afrique croit l’heure de son ascension sociale arrivée et multiplie les faux pas avec un talent qui frise le génie. L’humour anglais dans toute sa splendeur.

Romain Gary : Lady L.  Toujours dans la lignée de l’humour anglais, voici un roman atypique de Gary, mais tous les romans de Gary d’ailleurs ne sont-ils pas atypiques ? Une très respectable lady britannique, proche de la reine, fête son anniversaire dans son chateau. En  réalité, la vieille aristocrate est une ancienne prostituée qui va confier à l’anglais très coincé qui l’adule en secret sa véritable histoire. Une formidable satyre  (oups, je passe mon temps à confondre satyre et satire, mille pardons) de la bonne société en forme de pied de nez. Et une fin inattendue où l’on découvre que, décidément, cette vieille dame indigne avait plus d’un cadavre dans le placard. L’un de mes Gary préférés.

Eduardo Mendoza : Précisons d’abord que Mendoza est un auteur espagnol tout à fait respectable et respecté. Il a écrit des choses sérieuses, quoique souvent satyriques, satirique (donc) et puis des choses moins sérieuses, voire franchement délirantes. C’est le cas de « Sans nouvelles de Gurb ». Accrochez-vous, je vous explique. Gurb est un extra-terrestre arrivé sur terre en compagnie de son chef, le narrateur,  et qui a notamment le pouvoir de prendre la forme des créatures terrestres. L’inconscient choisit de s’incarner en Madonna et part découvrir Barcelone. Son compagnon le recherche partout, offrant au passage une description hilarante d’un monde humain auquel il ne comprend strictement rien. Le roman est très court, totalement déjanté. Un pur plaisir. L’autre s’intitule « Le dernier voyage d’Horatio II ». Là encore nous sommes dans le loufoque absolu sur fond de critique sociale. Horatio II est chargé d’emmener une assemblée hétéroclite en vaisseau spatial, on ne sait trop où. L’opération se déroule dans un bins indescriptible qui suscite chez le narrateur une curieuse façon de décrire ses sentiments : « je suis à deux degrés au-dessus de la colère et à 5 en-dessous de l’hystérie », par exemple. A ne pas rater, si on aime le loufoque évidemment. A titre de test préliminaire, si vous appréciez ici les échanges entre Tschok, Fantômette, Goloubchik, Mussipont et Ferdydurke, il y a des chances pour que vous soyez sensible à l’humour délirant de Mendoza. D’ailleurs, je le recommande chaudement à ceux-ci.

Joseph Connolly : « Vacances anglaises ». Ce roman a donné lieu à un film « Embrassez qui vous voulez » avec Dutronc, Carole Bouquet, Michel Blanc, Karine Viard etc. Le film est assez fidèle au roman, en moins drôle. Deux familles anglaises voisines et amies partent en vacances. L’une est riche, l’autre ruinée mais entend bien faire comme si elle avait le même train de vie. La drolerie du livre réside essentiellement dans le procédé utilisé par l’auteur qui consiste à s’installer dans la tête de ses personnages, à nous livrer leurs pensées intimes, lesquelles se retrouvent en décalage comique avec la réalité. Il a une suite, Joyeux Noël, où l’on retrouve les mêmes personnages fêtant Noël. Un peu moins bien, malheureusement.

Jean-Louis Maunoury : « Sublimes paroles et idioties de Nasr Eddin Hodja« , « Hautes sottises », et enfin « Divines insanités ». L’auteur a rassemblé plusieurs centaines d’anecdotes concernant Nasr Eddin Hodja, « personnage apocryphe ou réel du XIIème siècle, maître d’école coranique et bouffon du sultan Tamerlan, une sorte de Candide oriental » nous apprend l’éditeur. Ces petites histoires circulent depuis des siècles en Perse, en Turquie et dans le monde arabe. Pour vous donner un exemple de la logique du personnage, Nasr Eddin se fait cambrioler en pleine nuit. Il attrape son voleur et lui dit : « comment, moi qui vis depuis des années dans cette maison, je n’ai jamais trouvé d’argent et toi qui viens pour la première fois et de nuit encore, tu prétends en trouver ? ». On l’aura compris, non seulement ces histoires sont drôles, mais elles sont aussi une manière amusante et subversive de voir le monde sous un autre angle. Le rire devient alors une salutaire libération de la raison.

Un billet ayant tendance à chasser l’autre, je précise que les « Plaisir de lire » ont vocation à vivre ensemble et à se compléter. N’hésitez donc pas à les commenter en même temps.

21/07/2009

Plaisir de lire (1) Le polar

Filed under: Salon littéraire — laplumedaliocha @ 16:39

J’amorce ici une série de 4 billets intitulés « Plaisir de lire » à l’occasion desquels je vous propose d’échanger des idées de lecture pour les vacances sur 4 thèmes :

– policier,

– humour,

– grands romans,

– journalisme.

Commençons donc par mon genre préféré, le roman policier.  Autant vous l’avouer tout de suite,  je ne fais pas partie du petit microcosme parisien qui ricane quand on évoque le Da Vinci Code. Et pour cause, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire les trois romans de Dan Brown, n’en déplaise aux intellectuels bon ton. En réalité, j’aime deux types de polars. Les efficaces qui m’emportent et me vident l’esprit. A ceux-là je demande d’être rythmés, haletants, d’éviter les envolées littéraires souvent ratées dans le genre policier et d’être rédigés dans une écriture acceptable.  Et puis il y a les polars littéraires. Ceux qui cumulent le style, le sens du récit et parfois même une vision de l’homme ou une analyse de la société qui les hissent au rang d’écrivains « à part entière ».

Voyons donc les efficaces :

Olivier Descosse « Les enfants du néant ». Un psychanalyste dont la femme a été assassinée par l’un de ses patients décide de se reconvertir en profileur et d’entrer dans la police. C’est rapide, efficace, le genre de livre qu’on ne lâche pas. Si  l’auteur vous plaît, vous pouvez acheter ses autres romans les yeux fermés. Veinards, je les ai tous lus et il me faudra attendre le prochain.

Mo Hayder : « Skin ». Vous savez, c’est l’auteur de « Tokyo » (prix des lectrices de Elle), « Pig Island », « Rituel » etc. C’est le modèle suspens bien mené, même si Tokyo avait nettement plus de nerf et d’originalité que les autres. On y retrouve les incontournables femmes assassinées dans des conditions atroces, mais avec l’originalité d’une flic membre d’une brigade de recherche subaquatique (les amateurs de plongée apprécieront), laquelle a des difficultés familiales qui viennent donner de l’épaisseur à l’enquête principale. Autant vous le dire tout de suite, il y a quelque chose de malsain dans ces romans.

Joseph Finder : « ParanoIa » : c’est un « business thriller », autrement dit un polar qui se déroule dans le monde économique. Un salarié dont le seul talent est d’être un menteur hors pair, se retrouve au coeur d’une bataille industrielle entre deux géants informatiques. Pour les amateurs d’intrigues qui fuient les serial killers et autres polars frappés au sceau du mal absolu.

Patrick Bowen : « Monster » : le personnage principal est médecin dans une petite ville de Floride. Un soir, un patient amené par la police perd son portable chez lui. Il sonne, le médecin répond, il n’aurait pas dû. Haletant.

Frédéric Lenoir et Violette Cabesos : « La promesse de l’ange » : Ce thriller métaphysique met en scène une archéologue aux prises avec une énigme qui la renvoie au XIème siècle lors de l’édification de l’abbaye du Mont St Michel. Un roman bien tourné qui alterne scènes historiques et scènes contemporaines, sur fond de mystères religieux.

Giacometti – Ravenne : Bienvenue dans le polar franc-maçon. L’un des auteurs est journaliste, l’autre est franc-maçon justement. Par conséquent, les récits qu’ils font de la maçonnerie sont, pour ce que j’ai pu vérifier, assez justes. Je viens de finir La Croix des assassins, impeccable.

Vous pouvez aussi dans ce genre jeter un oeil sur Franck Thilliez, un bon maître du suspens. Ses histoires sont troubles, violentes, un peu trop sanguinaires parfois, mais bien efficaces.

Les polars de grande classe

Antoine Chainas : « Versus ». C’est ma découverte de l’année. Vous y trouverez le bandeau « Recommandé par Rue89 ». A juste titre. C’est l’histoire d’un flic qui déteste tout le monde, les criminels, les femmes, les étrangers, les homosexuels, les imbéciles. Un bloc de haine pure, source de tous les dérapages possibles et de toutes les manipulations. La qualité de l’écriture est époustouflante pour un roman policier. Un flic maudit dans un roman maudit. Très atypique.

Jean-Bernard Pouy : « la Récup’« . Celui-là, c’est un de mes auteurs fétiches. Anarchiste, disjoncté, avec un vrai talent d’écriture. Il a reçu le grand prix de l’humour noir et c’est mérité. Le héros de ce roman est un petit cambrioleur, recruté par des gens qu’il ne connaît pas avec une mission simple : ouvrir la porte d’une maison. Mais au lieu de le payer, ses employeurs le laissent pour mort sur un quai de gare. En regardant un vieux film avec Lee Marvin, il décide que lui aussi va devenir Lee Marvin et récupérer ce qu’on lui doit. Bienvenue dans l’univers de Pouy. Si le style de l’auteur vous plaît, je vous recommande tous les autres les yeux fermés.

Jean-Christophe Grangé : « Le serment des limbes ». J’ai lu les autres, ils m’avaient plus, mais celui-ci aurait été de la même veine, qu’il se serait retrouvé classé au-dessus, à la rubrique efficace. C’est son polar le plus achevé, remarquablement documenté, bien vu psychologiquement, très bien construit. Un voyage au coeur du mal qui a des allures de grande littérature. Je l’ai recommandé à une dizaine de personnes, absolument toutes enthousiasmées. Le suivant, « Misere », est très réussi également. Pour l’anecdote, il se trouve que l’auteur est journaliste.

Willkie Collins : « Sans nom ». Collins est un auteur anglais du 19ème siècle, avocat de formation, qu’on dit être l’inventeur du thriller juridique. D’abord soutenu par Dickens, ce-dernier jaloux de son succès aurait tenté ensuite de l’éclipser. Qu’importe, l’auteur a été redécouvert en France il y a une quinzaine d’années et a fait de nombreux adeptes. « Sans nom » est pour moi le meilleur, c’est aussi le plus volumineux (700 pages de mémoire). A la mort de son père, une jeune femme se retrouve dépouillée de sa fortune par un oncle maladif manipulé par une diabolique gouvernante. Elle s’acquoquine avec un voyou des bas fonds de Londres pour récupérer son rang. Une plume magnifique, un sens du récit hors pair, c’est un roman qu’on ne lache pas. Et quand je dis cela, ce n’est pas une formule. Je me souviens à l’époque où je l’ai découvert avoir pris une douche, m’être habillée et être allée travailler le livre à la main, ce qui a nécessité un nombre incroyable de contorsions et quelques prises de risques inconsidérées, pour moi comme pour le livre. Au passage, on observe qu’un vrai suspens ne nécessite aucun des ingrédients grossiers maniés lourdement par les mauvais auteurs.

Serge Brussolo : Connaissez-vous Brussolo ? Ce n’est pas à proprement parler du polar, plutôt une série de cauchemars très caractéristiques de cet auteur inclassable. Tout commence toujours normalement puis on bascule doucement dans la folie. Maison bâties avec des cadavres, produits amincissants qui rendent fous, étrange maladie qui déforme atrocement les corps, l’auteur joue sur le registre des peurs absurdes qui hantent nos cauchemars. Etonnant. Certains restent dans le domaine du possible, d’autres relèvent du plus pur délire. L’étendue de l’imagination de l’auteur semble sans limite. Attention toutefois, c’est prenant, bien écrit, mais tourmenté et parfois oppressant. J’en ai achevé certains avec le même soulagement que celui qu’on ressent en s’éveillant d’un mauvais rêve.

Pierre Magnan : Encore un auteur pour ceux qui préfèrent les intrigues à l’hémoglobine. Celui-ci aussi est atypique. Le film « La maison assassinée » avec Patrick Bruel, vous vous souvenez ? Il est tiré d’un roman de Magnan. Tous ses polars se déroulent en Haute Provence. La langue est parfumée comme un marché du midi de la France. Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer un extrait de son autobiographie :

« Pierre Magnan vit aujourd’hui à Forcalquier. La sagesse lui a dicté de se rapprocher des lieux habités et de se séparer des surplus. C’est ainsi que sa bibliothèque ne se compose plus que de 25 volumes de “la Pléiade” et de quelques livres dépenaillés pour avoir été trop lus. Il aime les vins de Bordeaux (rouges), les promenades solitaires ou en groupe, les animaux, les conversations avec ses amis des Basses-alpes, la contemplation de son cadre de vie.

Il est apolitique, asocial, atrabilaire, agnostique et si l’on ose écrire, aphilosophique ».

Je les recommande tous, à cette réserve près qu’il commence à sortir du genre policier pour parler de lui ou de sa région. Lisez donc la 4ème de couverture pour être sûr qu’il s’agit bien d’un policier.

Hannelore Cayre : C’est une avocate parisienne. Elle  a écrit trois romans policiers. Le héros, toujous le même, est un petit pénaliste  à la morale assez élastique dont on ne sait plus très bien de quel côté de la barrière il se situe. Court, efficace, original.

Ah! J’allais oublier. Pierre Bordage. Vendéen au style élégant, remarquable conteur, l’auteur est surtout connu dans le monde de la science-fiction. « Porteur d’âmes » est son premier roman policier. Excellent. Je recommande aussi deux trilogies. La première est celle des Prophéties. Elle comprend « L’évangile du serpent », « L’ange de l’abîme » et « Les chemins de Damas ». L’intrigue se déroule à notre époque. Le premier volet évoque l’émergence d’un nouveau messie à travers les « évangiles » rédigés par un tueur professionnel, une strip-teaseuse, un journaliste et un disciple. Les deux volets autres plongent l’Europe dans une guerre de religions. Passionnant. L’autre trilogie est celle de « L’enjomineur ». Cette fois nous sommes sous la révolution française. Le portrait de la révolution sous ses aspects les plus noirs est saisissant. Attention, il faut croire un peu en la magie. Il ne s’agit pas stricto sensu de romans policiers, mais le grand sens du récit de l’auteur en fait des livres à suspens remarquables. Et puis il y a le dernier en date, un thriller d’après la fin du monde « Le feu de Dieu ». Sous une pluie de cendres et dans une nuit perpétuelle, le héros tente de rejoindre à pied sa femme et ses enfants enfermés à plusieurs centaines de kilomètres de Paris avec un fou. Il n’y a plus de route, plus de nourriture, un froid glacial règne et les rares survivants s’entretuent. Magistralement mené.

Ceux que vous pouvez reposer : Harlan Coben, l’auteur de « Ne le dis à personne » s’essouffle. J’ai lu « Dans les bois » acceptable, le suivant est ennuyeux. Oubliez aussi John Grisham, il a tout dit depuis longtemps, malheureusement (le tout dernier serait de meilleure qualité, mais je ne l’ai pas lu). En revanche, ceux qui ne connaissent pas peuvent lire les premiers qui sont excellents dans le genre thriller juridique.

Mes autres auteurs fétiches : Benacquista (tout). Fred Vargas :  faut-il encore la recommander ? A quelques allergiques aux succès populaires sans doute. L’immense Ellroy se passe de commentaires. La vénitienne Dona Leon vous entraînera dans des enquêtes tranquilles le long des canaux de Venise. En Suède, le très désabusé commissaire Walander (Hennig Mankell) pourrait bien ternir le soleil de vos vacances ; à cette réserve près, c’est du très bon polar. Enfin,  s’il y a des retardataires qui n’ont pas encore cédé à la trilogie Millennium, allez-y les yeux fermés. La réputation de cette trilogie n’est pas usurpée. En plus vous découvrirez, surtout dans le premier, les difficultés auxquelles les journalistes sont confrontés dans leur métier. Je me souviens l’avoir terminé alors que je sortais un scoop, pas bien gros, mais un scoop quand même. Je me posais les mêmes questions que le héros au même moment, c’était une bien étrange sensation. Quant aux passionnés d’internet, ils seront séduits par l’extraordinaire hackeuse Lisbeth Salander.

Evidemment, tous vos avis et conseils seront les bienvenus, j’avoue être un peu en panne de polars pour l’été.

Mise à jour 30 juillet 2009 : je vous recommande l’excellent billet de Philarête sur le roman policier. Par ailleurs, j’ai lu durant ce long week-end « Au-delà du mal » de Stevens Shane. Voilà un roman qui va entrer dans les classiques du policier. Il raconte le parcours d’un serial killer aux Etats-Unis traqué par toutes les polices, la mafia et la presse. On y croise un sénateur véreux qui utilise le criminel pour défendre la peine de mort et booster sa carrière, un criminologue qui compte bien bâtir sa réputation sur l’analyse de ce tueur hors normes (au point d’espérer qu’il ne sera pas trop vite arrêté pour pouvoir l’observer) et un journaliste d’investigation aussi brillant que trouble. L’écriture est blanche, clinique, la construction remarquable. Un roman désespérant mais de très grande qualité. Pour ceux qui préfèrent se distraire, « Apocalypse » le dernier de Ravenne et Giacometti, est parfait. Dans la lignée du Da Vinci Code, les deux auteurs, passionnés depuis l’adolescence par le mystère de Rennes-le-Château, avancent leur propre interprétation de l’affaire. En précisant bien sûr qu’il ne s’agit que d’un roman.

20/07/2009

Journaliste, qui t’a fait roi ?

Filed under: questions d'avenir — laplumedaliocha @ 09:34

Le billet intitulé « A pleurer » ayant eu une diffusion inattendue en raison de sa reprise par mes amis de Marianne 2, que je remercie au passage, je pense nécessaire de préciser ma pensée.

Quelques marionnautes ont, semble-t-il, apprécié qu’un journaliste fasse ce mea culpa sur ce que j’ai appelé notre « immense et désespérante lâcheté collective ». Il faut ici rendre justice à mes confrères, je ne suis ni la première, ni la seule à faire ce constat. Il suffit d’observer les parutions d’ouvrages relatifs à la presse pour découvrir, à de rares exceptions près, une longue liste de plaintes, d’inquiétudes et de déceptions sur notre métier. Vous pouvez lire par exemple à ce sujet l’excellent « Notre métier a mal tourné » de Philippe Cohen et Elisabeth Levy. Je m’étais promis de ne pas participer à  cette grande déprime collective. D’abord parce qu’il me semble que le diagnostique est fait depuis longtemps et qu’il n’y a pas grand chose à ajouter. Ensuite, parce qu’il me parait plus important aujourd’hui d’observer ce qui va bien et pourrait participer d’un nouvel élan que de se complaire dans une culpabilité stérile.

La communication a pris la main…

Précisément, si j’ai évoqué l’absence d’esprit collectif, c’est parce qu’il me semble que cette situation n’est pas irrémédiable. Le bras de fer qui oppose actuellement la profession et le politique est riche de potentialités de rebond. On voit bien que les journalistes français redécouvrent leurs valeurs à mesure qu’elles sont attaquées. Mais on voit bien aussi que la profession se bat en ordre dispersé. Tandis qu’Edwy Plenel lance son manifeste sur la presse, que Rue89 se défend devant la police à propos de la « vidéo volée », que des sites comme @si ou encore Marianne 2 stigmatisent les dérapages, d’autres médias,  de TF1 à l’Obs, tombent dans le piège de communication tendu par notre talentueux président.  Ceux qui l’approchent finissent sous emprise, perdant inexplicablement tout sens critique. Les autres, en réaction, sombrent dans le dénigrement  systématique au point parfois d’en être aussi irritants que les premiers, mais pour des raisons opposées. Quelle conclusion en tirer ? Sans doute que la presse est prise à son propre piège. Que ce gouvernement a si bien compris ses mécanismes qu’il en joue en virtuose et que les journalistes se retrouvent pieds et poings liés dans leurs contradictions. Le président agace ? Qu’importe, sa photo en couverture fait toujours vendre. Les amitiés, pressions financières, espoirs personnels de carrière font le reste. Ce qu’il faut bien appeler les « fausses interviews de l’Elysée » montre une télévision phagocytée, tandis que les titres de la presse papier ne peuvent s’empêcher d’aller se brûler au couple présidentiel et à quelques séduisantes ministres, pour cause de ventes à booster. Et voici la presse coincée comme jamais entre son rôle démocratique de surveillance des institutions et ses préoccupations économiques. Certes, la presse sur Internet semble échapper à ces difficultés et même lancer une contre-offensive. On pourrait s’en satisfaire. Je pense que nous aurions tort. Un jour ou l’autre cette presse-là sera elle aussi rattrapée par le système.

…et ne la rendra pas !

Il me semble que la communication politique en France a changé et que nous allons devoir nous y adapter. Le journalisme courtois, la division née de l’individualisme des journalistes et de l’esprit de compétition qui les oppose n’ont jamais été à notre honneur, mais aujourd’hui ils nous empêchent de faire front dans la grande bataille de l’information. Et il faut bien admettre que c’est la communication qui est en train de triompher. On peut bien sûr continuer de se lamenter, crier au scandale, stigmatiser un peu plus un président qui n’a pas le bon goût de nous respecter. Mais il y a un paradoxe, je trouve, à brandir notre indépendance à l’égard du pouvoir tout en suppliant celui-ci de préserver et d’organiser notre liberté. Si j’en crois Hannah  Arendt, la politique est le lieu du mensonge légitime. Il n’est pas étonnant que nous soyons, nous les chercheurs de vérité de faits, en conflit avec elle. Il va donc bien falloir accepter de mener cette bataille au lieu d’agiter sans cesse la même dignité outragée en attendant je ne sais quelle prise de conscience vertueuse en face. Elle ne viendra pas. Et je crains en outre que les nouveaux rapports qui se dessinent entre pouvoir et presse  survivent à celui qui les a si habilement mis en place. Nicolas Sarkozy ne fait qu’utiliser avec maestria l’arme de la communication, laquelle est depuis longtemps déjà plus puissante et plus habile que la presse. Son pouvoir ne se limite d’ailleurs pas au champ politique, tous les journalistes économiques en mesurent la dangerosité. Il va falloir nous habituer à l’idée que nous ne maîtrisons plus la relation avec nos interlocuteurs. Ils ont pris la main et ne nous la rendront pas. Nous ne sommes plus au niveau, nos méthodes sont dépassées, il est là le problème et nous sommes les seuls à pouvoir le résoudre.

Indispensable socle de valeurs

Peut-on sortir de ce piège ? Il me semble que c’est possible et c’est là qu’intervient le code de déontologie. Beaucoup conçoivent ce projet comme une défiance à l’égard de journalistes déjà affaiblis,  comme une volonté de  leur asséner des contraintes supplémentaires, voire comme une atteinte possible à leur indépendance. L’indépendance, mais laquelle ? Elle est en lambeaux notre indépendance.

A observer toutes les professions qui sont dotées d’une déontologie, on voit bien que c’est une contrainte mais aussi un atout extraordinaire. Prenons l’exemple des avocats. Voilà une profession plus indépendante que la nôtre, à supposer que ce soit possible.  Une profession composée de 49 000 personnes en France attachées viscéralement à leur liberté et à leur indépendance. Une profession méfiante à l’égard de l’autorité, rebelle par essence.  En cela, nous nous ressemblons les avocats et nous. La profession d’avocat est aussi une profession disparate qui rassemble en son sein une incroyable diversité de profils. Entre l’avocat d’affaires qui partage son temps entre Paris et New-York, gagne plusieurs centaines de milliers d’euros par an, n’a jamais mis les pieds dans un prétoire, et l’avocat qui défend pour rien ou presque les petits délinquants, cotoyant au quotidien la misère humaine la plus noire, il y a un monde, et pourtant tous deux portent le même titre. De même,  on trouve chez les journalistes des grands reporters risquant leur vie pour couvrir une guerre et des gens comme moi, dont l’activité beaucoup plus modeste consiste à informer sur les nouveautés réglementaires. Là encore, nous nous ressemblons les avocats et nous. Mais ils ont quelque chose de plus. Une chose qui les unit : leur déontologie. Une déontologie qu’ils brandissent comme un élément fondamental de leur identité et comme une protection à l’encontre de toute personne qui prétendrait leur faire renier leurs valeurs essentielles. Indépendance, secret professionnel, vigilance à l’égard des conflits d’intérêts, toute atteinte à ces valeurs fondatrices déclenche immédiatement chez eux une réaction collective. En protégeant leurs valeurs, ils préservent leur identité et leur métier. Mais ils font aussi bien davantage, ils préservent un aspect essentiel de notre démocratie, la possibilité d’être défendu par un professionnel indépendant astreint au secret, quelque soit le crime commis. En ce sens, la protection de leurs valeurs relève certes en partie d’une défense corporatiste, mais leurs intérêts et ceux des citoyens se rejoignent. A l’inverse, notre démission collective dessert bien plus que notre cause, elle nuit au journalisme et donc au débat public. Les citoyens ont raison de nous en vouloir.

Journaliste, qui t’a fait roi ?

Difficile question que celle de notre légitimité. On nous appelle le 4ème pouvoir, mais, observe Daniel Cornu, nous n’avons en réalité aucune force contraignante, ce qui nous distingue des autres pouvoirs. De même, nous ne sommes ni élus, ni désignés. Est journaliste celui qui décide de l’être. Mais alors, d’où peut venir notre légitimité, si tant est que nous en ayons une ?  De la discussion sur la vérité de nos informations  et sur la manière dont ces informations vraies  rendent compte des préoccupations réelles de la société, répond Daniel Cornu en s’appuyant notamment sur Habermas. Ce qui signifie, poursuit-il, que de la même manière que nous demandons des comptes aux autres pouvoirs, nous sommes tenus d’en rendre. Puisque nous nous auto-désignons journalistes et puisque notre seule légitimité réside dans la qualité de notre travail,  à nous de définir, sous le regard du public, ce que cela implique comme droits (contre les pressions de l’extérieur) et comme devoirs (contre nos propres abus).

Refonder le journalisme

Voilà pourquoi je défends l’adoption d’un code de déontologie dans la presse française. Evidemment, si ce code ne consiste qu’à nous frapper la poitrine une fois de plus et ne s’emploie qu’à corriger les travers dont on nous accuse, il ne servira à rien. Mais s’il est aussi, j’insiste sur « aussi », l’occasion d’affirmer les valeurs qui fondent notre métier, alors il peut devenir une force formidable pour défendre l’information contre la manipulation de la communication et de la publicité, la vérité de fait contre les mensonges, notre rôle de 4ème pouvoir contre tous ceux qui, lentement mais sûrement, sont en train d’en saper les fondements chaque jour un peu plus. Faire l’effort de penser nos valeurs, de les écrire et de les proclamer, c’est, je crois, effectuer un pas décisif dans la fondation d’un journalisme rénové qui aura enfin pris la mesure des défis qu’il doit  relever. Collectivement.

17/07/2009

Touche pas à mon pote journaliste !

Filed under: Dessins de presse — laplumedaliocha @ 09:44

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16/07/2009

A pleurer…

Filed under: questions d'avenir — laplumedaliocha @ 10:03

Il n’aura échappé à personne je suppose que le 14 juillet fut l’occasion pour notre président, largement épaulé par mes confrères de la télévision, de mener une opération de séduction en montrant sa grande armée et sa jolie épouse. De quoi faire oublier la crise, le chômage et le reste.

Ah! Qu’il est doux d’être français le 14 juillet.

J’avais manqué ces grands moments de journalisme pour cause de déconnexion totale avec le monde. J’aurais préféré je crois ne jamais voir cela. Mais puisque c’est fait, voyons ce que l’on peut en dire.

L’art de passer à la télévision sans danger

Nicolas Sarkozy a, dit-on, souhaité rompre avec le traditionnel discours du 14 juillet, jugé ringard. Dont acte. Je ne suis pas certaine pour autant d’apprécier la modernité qu’il nous propose. Quelle meilleure façon en effet d’éviter les sujets qui fâchent que de faire diffuser sur France 5 un reportage glorifiant, avant de profiter du défilé pour assimiler son image à l’idée de puissance, pour laisser place ensuite à la contemplation de la reine douce et belle, puis à un show de Drucker bête à pleurer. Du pain et des jeux. La recette est connue depuis l’antiquité. Ce qui l’est moins, et que j’ai découvert à la justice avec Rachida Dati, c’est d’occuper l’antenne sans jamais répondre aux journalistes. Je vous explique.

Le joli tour de passe-passe !

J’ai connu en tout six gardes des sceaux : Toubon, Guigou, Lebranchu, Perben, Clément et Dati. Les 5 premiers avaient l’habitude d’organiser régulièrement des conférences de presse à la chancellerie à chaque fois qu’un événement le justifiait, le plus souvent l’annonce d’une réforme ou une réaction sur l’actualité. Ils se prêtaient donc au feu nourri des questions de la presse. Avec Dati tout a changé. Les conférences de presse se sont réduites à moins de 5 en deux ans, d’ailleurs peu prisées par les journalistes. « Comment ? songerez-vous mais pourtant on la voyait souvent à la télévision ! « . En effet, on la voyait en déplacement parlant aux uns et aux autres, visitant ceci, s’exprimant là, mais jamais ou presque face à des journalistes. Pour les journalistes, il y avait l’admirable directeur de la communication qui répondait avec une bonne volonté louable à toutes les questions, techniques comme politiques, à croire que c’était lui en réalité le garde des sceaux.

Les journalistes seuls coupables

Vous saisissez l’intérêt de la manoeuvre ? Occuper le terrain médiatique dans ce qu’il a de plus favorable, l’image, et fuir ses dangers, les questions. J’ai bien peur que l’Elysée ne verse dans le même stratagème. « Haro sur le président ! » crieront les anti-sarkozistes, « quelle honte » s’indigneront mes confrères. Au risque de décevoir, j’ai bien du mal à reprocher au chef de l’Etat son talent médiatique. Il n’est pas fautif. Ceux qui sont fautifs, c’est nous les journalistes, et personne d’autre. Sommes-nous menacés d’emprisonnement si nous résistons ? Risquons-nous nos vies ? Que nenni, nous risquons nos jobs tout au plus, mais surtout de déplaire, de n’être plus en cour, de nous faire brocarder lors d’une conférence de presse et peut-être même humilier. Oui, et alors ? Je crains malheureusement que nous risquions au final bien plus que cela, quelque chose qui nous dépasse, dont nous sommes les dépositaires provisoires, pour tout dire je crains que nous ne risquions l’avenir du journalisme.

Lâcheté collective

La vérité c’est que nous sommes d’une immense et désespérante lâcheté collective. La vérité c’est que l’individualisme nous mène quotidiennement à supporter l’humiliation de l’un d’entre nous en nous félicitant secrètement que la foudre soit tombée juste à côté, sans saisir que c’est nous tous qu’on insulte. La vérité c’est qu’on critique ceux qui sont déjà à genoux avec l’illusion que nous, bien sûr, nous sommes encore debout. L’illusion, l’illusion seulement. Quant à ceux qui se croient très forts en pratiquant l’antisarkozisme de principe, ils me semblent être en réalité les premières victimes du système. Leurs critiques aussi systématiques qu’aveugles ne sont pas plus pertinentes que les léchages de pompe des autres. Dans les deux cas, la passion éloigne d’une critique distante et raisonnée.

Je crois au fond que nous payons notre refus déjà ancien d’avoir un conseil ou un ordre de journalistes. Faute d’avoir une structure qui nous rassemble, chacun défend sa vision du métier, sa carrière, ses intérêts propres. Et les rares fois où il s’agit de s’exprimer de façon collective, comme lors des Etats généraux de la presse, alors les seuls représentants que trouve l’Etat, ce sont quelques patrons de presse plus soucieux de l’avenir de leur groupe, voire seulement de leur poste que de celui de leur métier (sauf rares exceptions). C’est pourquoi je nourris beaucoup d’espoir à l’égard du futur code de déontologie. Non pas que j’y vois la promesse d’une profession entièrement vertueuse à brève échéance, la solution miracle à la crise que nous traversons, ou bien une quelconque marque de supériorité à l’égard des journalistes amateurs qui fleurissent sur la toile, mais parce que c’est l’espoir de pouvoir développer enfin un esprit commun autour de valeurs partagées. Cet esprit collectif qui nous fait aujourd’hui si cruellement défaut. L’initiative vient de la présidence de la République me répondra-t-on, elle est forcément viciée à la base. Allons, Sarkozy n’a rien inventé, ça fait des décennies qu’on en parle. Ne sombrons pas une fois de plus dans le piège de la haine irraisonnée. C’est un chantier nécessaire. A nous d’en profiter pour marteler le principe d’indépendance, c’est lui qui est le plus en danger, comme vient de l’illustrer cet étrange 14 juillet qui fut loin d’être le symbole de notre liberté.

15/07/2009

Dur, dur d’être reporter

Filed under: Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 11:49

Allons bon, on tourne le dos quelques jours au monde, histoire de se reposer, et voici que l’actualité, celle qui intéresse ce blog en tout cas, s’agite !

La police nous rejoue l’affaire Fillipis

Commençons par la France. Nous avons donc un nouveau martyr de la liberté de la presse en la personne d’un journaliste stagiaire au Monde arrêté et placé en garde à vue lors d’une manifestation à Montreuil. Le plus piquant, c’est que la manifestation avait pour objet de protester contre les violences policières. Convenons que les policiers n’ont pas été très fins dans cette histoire. Réagir de façon musclée était déjà malvenu, procéder à des arrestations l’était plus encore, mais s’offrir un journaliste, fut-il stagiaire, alors là, c’en est trop. Surtout qu’ils nous ont rejoué la partition du journaliste fesses nues, façon Fillipis. Je suppose que notre jeune ami doit cette mésaventure au fait qu’il n’avait pas de carte de presse pour appuyer ses dires. D’après son récit, on comprend en effet qu’il a mentionné sa qualité à plusieurs reprises, mais il n’évoque à aucun moment le fait qu’il aurait montré un document. Au passage, je rappelle que cette carte est délivrée la première fois à condition de justifier, via une attestation d’employeur, que l’on est  embauché par une entreprise de presse pour réaliser un travail journalistique. La période de stage dure deux ans et donne droit à une carte de stagiaire avant d’obtenir la carte de journaliste professionnel. Si mon jeune confrère commence tout juste, il n’a pas encore cette pièce d’identité, a fortiori s’il n’est qu’en stage d’été. Vous observerez au passage l’utilité de cette carte d’identité professionnelle dont l’objet n’est pas de créer une insupportable discrimination vis à vis des gentils et talentueux blogueurs, mais de permettre à un professionnel de justifier de son identité lors des multiples occasions où nous devons accéder à des lieux sensibles ou couvrir des événements tels qu’une manifestation. Evidemment, cette affaire constitue une nouvelle et fâcheuse atteinte à la liberté de la presse, à cette réserve près que j’accorde aux policiers le bénéfice du doute concernant la justification d’identité. Cela étant, il y a quand même un aspect positif : la possibilité pour un journaliste d’accéder à des lieux qui, en principe, lui sont fermés et de témoigner.

Mauvaise couverture !

Pendant ce temps, en Somalie, on apprend que deux agents de renseignement français se sont fait passer pour des journalistes. C’est un peu comme si des militaires se déguisaient en membres  de la Croix Rouge. Je relaie donc ici les protestations de Reporters sans frontières. Bien que non protégé, le titre de journaliste n’est pas une couverture pour agents de l’Etat en mission. Utiliser cette qualité, c’est mettre en danger les journalistes qui risquent à leur tour d’être soupçonnés d’espionnage. Déjà qu’on ne les croit pas quand ils invoquent leur profession, y compris en France…

Tintin à la plage

Et puis il y a cette nouvelle moins anodine qu’il y parait : Aphatie est parti en vacances ! Si, si. Outre que nous n’aurons plus notre billet quotidien, cela m’amène au thème de la trève estivale des journalistes. Pas pour vous parler du nombre de semaines de congés dont nous bénéficions (cela dépend de la convention collective) mais pour soulever une question. Pendant les vacances, les journalistes sont …en vacances. Vos journaux vont donc alléger leur nombre de pages, vous proposer des séries de l’été et des jeux ridicules sous prétexte de bronzer intelligent.  C’est pareil qu’en week-end, quand la télévision nous abreuve de sport comme si le monde s’arrêtait de tourner parce que nous nous arrêtons de travailler. François Dufour, dans un livre au demeurant assez creux intitulé « Les journalistes français sont-ils si mauvais ? », observe que ces vacances de la presse sont un travers bien français et qu’en Italie par exemple, les quotidiens ne maigrissent pas durant l’été (c’est la seule critique intéressante que contient le livre). Entre nous, je n’ai pas vérifié, si un lecteur a ici l’habitude de passer le mois d’août en Italie je suis preneuse d’informations. Toujours est-il qu’il se passe beaucoup de choses en France et dans le monde durant l’été. C’est le moment par exemple que choisit parfois le gouvernement pour faire passer des réformes techniques sophistiquées dans l’endormissement général. Pas de journaliste pour s’en apercevoir, ni d’experts pour critiquer, ni de public pour s’indigner. L’actualité ne se repose jamais, les journalistes si. Voilà peut-être un sujet qui mérite réflexion.

10/07/2009

Sous l’eau !

Filed under: A propos du blog — laplumedaliocha @ 17:13

Je ne sais pas vous, mais moi j’ai horreur des blogs qui ne bougent pas. Une journée sans un nouveau billet chez mes blogueurs favoris est une journée ratée. Alors forcément, je me dis que vous ne devez pas aimer non plus. Non pas que ce que j’écrive soit passionnant ou vital, simplement, on devient vite drogué à la nouveauté, vous ne trouvez pas ? Seulement voilà, il se trouve que les périodes de vacances scolaires sont toujours pour moi un cauchemar d’agenda. Il faut pister les sources d’information, acteurs de l’actualité, experts etc., les uns partent, les autres sont absents, celui-là peut me répondre mais ne sera plus là quand je rédigerai l’article, cet autre rentrera m’assure-t-on (ô bonheur indicible) mais quand moi je serai partie et l’article publié depuis longtemps (Misère…). Alors je jongle, enchaînée à mon téléphone et à mon ordinateur, je traite tout en urgence, écris un article  sur les avocats que j’interromps au milieu d’une phrase pour une interview au pied levé sur la comptabilité internationale, je valse avec les sujets, les rendez-vous, les conférences et le reste. Si on ajoute à cela le long week-end qui s’annonce, l’exercice tourne à la haute voltige ! Résultat, impossible d’écrire sur le blog. Ce simple message est déjà une folie. Mais bon, ça me délasse du reste.

Sur ce, bon week-end à tous, nous l’avons bien mérité, non ?

08/07/2009

Loupé !

Filed under: Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 18:04

Evidemment, à part ceux qui vivent dans une caverne sans électricité, et qui donc ne  lisent pas les blogs ni ne regardent la télé, tout le monde s’est rendu compte hier que le concert en hommage à Michael Jackson avait trusté les 20h de Tf1 et de France 2. Et tout le monde devine qu’il s’agissait de sauter sur l’occasion pour faire de l’audience. Profitez-en, pour une fois je ne m’appliquerai pas à nuancer ce jugement, encore moins à le contester, l’évidence est sans appel. Ce n’était pas de l’information mais un gigantesque divertissement.

On aurait pu espérer que cette opération purement commerciale, à défaut de satisfaire notre soif légtime d’information à l’heure du dîner, fasse au moins péter l’audimat pour la plus grande satisfaction des chaines concernées. Pas du tout. Le site du Point, confirmé par arrêt sur image, montre que les deux chaines ont subi d’importantes chutes d’audience. Contrairement à ce que laisse supposer la dépêche enthousiaste de l’AFP, @si précise que TF1 qui réunit habituellement 7,5 millions de télespectateurs au 20h a plafonné à 5,9 millions avec Jackson, tandis que France2 est passé de 5 à 6 millions en moyenne à 3,4 millions.

Voilà ce qui arrive quand on croit flatter les attentes du public, au lieu de faire tout simplement son métier, on se plante.

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