La Plume d'Aliocha

09/06/2009

Et s’il ne restait que la nature et l’homme ?

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 14:26

J’ai lu ici et là que certains s’interrogeaient sur le succès inattendu des Verts en pleine crise économique. Comme si au fond il existait d’autres urgences en ce moment que de se préoccuper de la survie des espèces menacées ou de l’état de la couche d’ozone. La question mérite en effet d’être posée, même si on a peu de chances de lui trouver une réponse satisfaisante. Je ressens toujours une doute, au lendemain des élections, lorsque je lis les plus ou moins savantes psychanalyses collectives censées expliquer le succès de telle formation politique et le cuisant échec de telle autre. Ainsi donc, Bayrou aurait été sanctionné pour son comportement inacceptable à l’égard de Cohn-Bendit. Drôle de pays qui se prendrait à voter pour un candidat dans l’unique but de le consoler de s’être fait rappeler qu’il avait écrit des choses douteuses sur la sexualité des enfants, il y a quelques dizaines d’années. Voilà qui cadre fort mal avec la grande peur collective de la pédophilie révélée par l’affaire Outreau. Entre nous, je n’y crois guère à cet argument là. Ce d’autant plus que lors de cette fameuse émission, ils se sont tous mal tenus, de Mélenchon à Marine Le Pen, en passant par De Villiers qui s’égosillait sur on ne sait trop quoi et Martine Aubry qui, en fait de discours sur l’Europe, s’en est tenue à : Bertrand est un menteur et le gouvernement aussi.  Seuls Bertrand justement et Besancenot ont su résister à ce climat d’hystérie en cultivant un calme tout à fait louable. C’est le film Home, expliquent d’autres, qui serait à l’origine de cette percée des Verts. De l’art de prendre les électeurs pour des imbéciles qui voteraient aux européennes comme à la Star Ac’, sous le coup de l’émotion, pour repécher le candidat malheureux ou propulser celui qui les a bouleversés. Entre nous, si c’est cela, alors rétablissons d’urgence le système censitaire, voire pourquoi pas la monarchie, on a déjà le roi et sa cour.

Défendre la nature, c’est défendre l’homme

les racines du cielJe ne vous proposerai donc pas d’explication au vote Vert, mais juste une idée, comme ça, qui vaut ce qu’elle vaut. Je n’ai commencé à comprendre réellement le combat écologique qu’il y a 4 ans, en lisant « Les racines du ciel » de Romain Gary. Ce fut l’une de mes très grandes rencontres littéraires de ces vingt dernières années. J’avais tourné jusque là autour de l’auteur sans jamais y toucher. Allez savoir pourquoi. Un livre c’est toujours une rencontre, il faut être prêt à l’accueillir. C’est pour cela que, au grand dam de mon entourage, je résiste souvent aux conseils de lecture. Ils me font le même effet que ces dîners où l’on convie deux célibataires avec le secret espoir de les marier.  Une rencontre, ça ne se provoque pas.

Impossible de vous raconter « Les racines du ciel », on ne résume pas un roman de Gary, trop d’idées, trop de masques, trop d’idéalisme et de dérision. Disons que c’est le combat d’un français en Afrique pour sauver les éléphants. On le croit fou, on l’imagine à la solde d’intérêts politiques, il prend les armes. Prix Goncourt en 1956, sacré premier roman écologiste, ce livre est bien plus que cela. Au fond, c’est peut-être une histoire dans l’histoire qui résume le mieux le propos de Gary. Nous sommes dans un camp de concentration en Allemagne. Pour survivre, une poignée de déportés  s’évadent de l’horreur en imaginant qu’ils parcourent l’Afrique en compagnie de troupeaux d’éléphants. C’est leur irréductible espace de liberté, ce qui les fait tenir, jour après jour. Jusqu’au moment où l’un d’entre eux flanche, il ne veut plus se battre. Alors il confie à son compagnon d’infortune le soin de veiller sur Rodolphe, son éléphanteau. Comme il dit, c’est bête d’appeler un éléphant Rodolphe. L’autre sait que son ami va mourir, mais il lui promet de s’en occuper, le temps qu’il faudra et de le lui rendre, quand ça ira mieux. Il n’en aura pas l’occasion.

Je défie quiconque d’achever ce chapitre sans avoir la gorge nouée, tout comme je défie n’importe quel lecteur de refermer le livre sans avoir pris la vraie dimension du combat écologiste.  Vous l’aurez compris, pour Gary, défendre la nature, c’est défendre l’homme et la liberté. Avouez que vu ainsi, il y a peut-être un lien avec la crise financière. L’idée que le temps est sans doute venu de penser autrement le rapport de l’homme avec ce qui l’entoure. De mettre fin à toute cette folie collective.

 

A lire sur les élections :  j’aime bien les doutes de Daniel Schneidermann concernant toutes les savantes analyses des votes, qu’il a exprimés ici, et . J’ai lu aussi avec intérêt le papier de Régis Soubrouillard chez Marianne 2 sur les incohérences des Verts. Etant à mon sens, bien plus qu’une simple défense de la nature, l’écologie peut aisément défendre un programme politique complet. Il n’empêche, certains sujets, comme la défense, sont en effet difficiles. Bonne lecture.

Mise à jour 14h48 : voyez aussi le billet de mon ami Philarête. Son regard de philosophe est particulièrement éclairant.

Mise à jour 19h36 : on en finit plus sur le sujet de l’altercation entre Bayrou et Cohn-Bendit. Daniel Schneidermann a reçu aujourd’hui un appel de François Bayrou le félicitant d’avoir retrouvé et mis en ligne une vieille émission d’Apostrophe dans laquelle Cohn-Bendit jouait semble-t-il la provocation (c’est ici, payant). A lire aussi l’excellent dossier de Justine Brabant (payant) rappelant l’historique de cette affaire, de la publication du « Grand bazar » en 1975 dans lequel figurent les propos contestés jusqu’à la polémique en 2001 née dans la presse allemande, et reprise en France.

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29 commentaires »

  1. Merci de nous proposer un excellent livre à lire, surtout pour moi qui me défie des prix institutionnalisés comme le Goncourt. Du même auteur, je vous suggère de lire « La promesse de l’aube » qui n’a rien à voir avec l’écologie mais qui m’a passionné et que j’ai trouvé très drôle.

    Aliocha : moi aussi, je le place en deuxième position, juste derrière Les racines du ciel. Quant au Goncourt, je partage votre méfiance, n’oublions par Les Loups, qui le remporta l’année de la parution du Voyage au bout de la nuit 😉 Quel flair, ce jury ! Si vous aimez l’humour de Gary, je vous recommande également « Au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable » et « Lady L ». J’ai aussi adoré le Grand vestiaire, les Cerfs volants, les mangeurs d’étoile …

    Pour en revenir à votre sujet, l’Ecologie, j’ai bien aimé l’analyse qu’en a fait Rioufol, tout excessive qu’elle puisse paraître, sur son blog en rappelant ce qui se cachait derrière ce brave et sympathique Dany (http://blog.lefigaro.fr/rioufol/2009/06/le-vote-surprise-lors-des.html, le vrai visage d’Europe Ecologie en date du 8 juin 2009).

    Personnellement, je n’ai pas voté à cette élection, ne me retrouvant dans aucune des listes proposées et surtout, parce que les partis dits de gouvernement n’ont quasiment jamais parlé d’Europe dans leurs piètres campagnes. Je suis pourtant un europhile convaincu mais la propension qu’à la classe politique française (gauche et droite confondues) à se servir des institutions européennes comme seule explication de son incompétence et de ses échecs m’horripile au plus haut point. La seule chose qui semble l’intéresser est désormais l’élection de 2012!!! François Bayrou aurait été bien mieux inspiré de parler de son projet européen, s’il en a un, plutôt que de ressasser ses rancœurs, anciennes ou récentes, en direct ou par « livre » interposé. Quant aux principaux partis, ils n’avaient aucun intérêt, dans cette perspective, à ce qu’un débat de fond ait lieu.

    Je reconnais que les « verts » ont su présenter, probablement sous l’impulsion de Dany le rouge, un ticket des plus affriolants avec la participation de Mme Eva Joly (dont j’apprécie le franc-parler et l’intégrité). Beaucoup ont du s’arrêter à sa présence en oubliant quelques autres personnages bien plus sulfureux (mon légalisme a du mal a accepter la présence à des élections de personnes qui bafouent la loi régulièrement) présents également sur la liste. La gouaille et l’empathie de Dany ont fait le reste. Faut-il que notre société aille mal pour qu’elle perde ainsi tout esprit rationnel face à des enjeux cruciaux (l’écologie) et souhaite s’en remettre à ceux (l’écologisme) qui maitrisent le mieux la communication moderne et le storytelling politique? A ce titre, j’aurai beaucoup de mal à croire que la diffusion d’un certain film soit uniquement le fruit d’un hasard bienveillant ou d’une heureuse coïncidence, n’en déplaise à son réalisateur. A une société que le futur effraie et qui a honte de son passé, il a su apporter les réponses simples, même si elles sont souvent fausses, propre à la rassurer momentanément. Comme le dit Saint Exupéry dans « Terre des hommes » en prenant comme image la termitière, même si cette dernière est immense, la vraie vie se déroule au-dehors et il ne sert à rien aux termites d’en obturer toutes les ouvertures pour empêcher le soleil de rentrer.

    Commentaire par H. — 09/06/2009 @ 15:24

  2. Au passage, dans La Nuit sera calme (1974), Gary raconte que peu après la publication de son roman, il a pu constater dans un dîner parisien qu’une seule personne sur les dix invités connaissait le mot « écologie ».

    Aliocha : en voilà un que je n’ai pas lu, merci de me le rappeler !

    Commentaire par Novice — 09/06/2009 @ 16:11

  3. Au-delà de la puissance du discours politique des écologistes, l’absence de discours des autres formations a été également initiateur d’un vote ‘sanction’. La stratégie anti-Sarkosyste qui aurait été très porteuse l’an dernier, aujourd’hui, elle lasse les français. Le film ‘Home’ a permis aux gens de faire un lien entre l’indécision de savoir pour qui voter.
    Et, il ne faut pas se leurrer. Penser que seul des personnes de gauche ont voté pour les verts, alors que les déçus de Sarko n’avait aucun autre choix que Bayrou ou… les verts. Vu l’anti-Sarkosysme primaire de Bayrou, ils se sont automatiquement détourné vers un autre candidat.

    Bref, je ne pense pas que les Français, ou les Européens aient vraiment une nouvelle fibre écologiste. Les prochaines élections nous donnerons certainement une meilleure vision sur l’avenir des écologistes au parlement. Mais, je ne m’étonnerai pas qu’ils accepteront volontiers un futur score de 12-15%.

    Je ne connais pas l’auteur dont vous nous parlé. Il faut dire que je n’ai jamais été passionné par la lecture… Mais pourquoi pas… dans les longues heures d’attente à la SNCF…

    Commentaire par Testatio — 09/06/2009 @ 17:24

  4. L’ami est très touché, et remercie l’amie Aliocha, qui est une prescriptrice d’une remarquable efficacité!

    Merci aussi (surtout) pour ce billet qui permet de voir l’écologie sous un autre angle. L’écologie qui compte est en effet celle qui associe la défense de la nature à celle de l’homme. Le combat est parfois brouillé, car certains écologistes semblent acquis à l’idée qu’il faut choisir entre les deux — et ils ont choisi la nature contre l’homme… Mais nous sommes arrivés à un stade où une saine écologie peut être porteuse des réformes les plus nécessaires en matière de système économique, de conception de la vie sociale, de politique internationale.

    Et la fable de Gary permet bien de comprendre qu’il s’agit aussi, je crois, d’un combat spirituel.

    Aliocha : merci d’avoir résumé avec tant de clarté, ce que je peinais à exprimer 😉

    Commentaire par Philarete — 09/06/2009 @ 17:50

  5. Je n’en suis qu’aux Promesses de l’aube et à La vie devant soi, Les racines du ciel étant le prochain sur ma liste, mais il est un autre « livre » de Gary qui pousse à la réflexion, et qui est furieusement actuel même s’il s’agit d’un recueil d’articles vieux de trente ou quarante ans (articles publiés dans diverses revues française ou américaine), c’est L’affaire homme, qui donne le point de vue de Gary l’artiste mais aussi le diplomate sur tout un tas de questions de sociétés. Un livre salutaire qui m’a fait le même effet que certaines chroniques de Vialatte.

    Aliocha : depuis le temps que je dois le lire, celui-là…J’aime beaucoup son idée consistant à dire que nous ne sommes pas encore des hommes mais que peut-être un jour…

    Commentaire par gwynplaine — 09/06/2009 @ 19:39

  6. « Avouez que vu ainsi, il y a peut-être un lien avec la crise financière. L’idée que le temps est sans doute venu de penser autrement le rapport de l’homme avec ce qui l’entoure. De mettre fin à toute cette folie collective. »

    A défaut des Hommes, Dieu puisse vous entendre … car dans la temporalité économique, on oublie vite les frasques passées. voir ici :

    http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/06/09/les-banques-americaines-se-hatent-de-rembourser-l-etat_1204680_1101386.html

    Commentaire par Yves D — 09/06/2009 @ 21:38

  7. Merci Aliocha, vous m’avez donné envie de découvrir l’oeuvre de Romain Gary. Merci aussi d’avoir pointé le magnifique texte de Philarête, qui sait à la fois prendre de la hauteur et mettre en perspective les thèmes qu’il aborde; j’ai faili attraper un torticolis! 🙂

    Commentaire par Maraudeur — 10/06/2009 @ 10:44

  8. Commentaire sur le billet de Philarête : j’ai trouvé intéressant son parallèle entre la République platonicienne et la visite du dimanche imposée par les parents. Néanmoins, il viole une loi métaphysique : faire parler ceux qui ne parlent pas conduit immanquablement à l’erreur. Parler au nom des abstentionnistes est un fantasme de politicien mais un égarement pour un philosophe.

    Voir dans une faible participation un constat d’échec d’un projet tel que le projet européen, mené par les politiques contre les peuples parce que c’est pour leur bien, c’est bien beau, mais ça ne tient pas. Les enfants ont grandi. Ils peuvent dire “ Non, je ne veux pas aller au musée. ” Il y a même tout plein de listes dont le programme est : fermons les musées et restons chacun chez soi. Mais ces listes font encore moins.

    J’ai un ami dont l’enthousiasme pour l’Europe est indéniable. Il n’a pas voté dimanche. Pourquoi ? Il n’a pas trouvé chaussure à son pied ? Est désabusé ? N’est pas d’accord avec le traité de Lisbonne ? Non. Il est inscrit au bureau de vote de sa résidence secondaire, à 400 km de Paris. C’est une petite commune et là bas, le droit de vote au municipale a du poids. Mais au sortir des ponts de mai, dont il a généreusement usé, il ne pouvait se permettre un déplacement de 800 km juste pour aller voter. D’autant que les résultats annoncés par les sondages (succès des listes pro-européennes, qui battent toutes les listes anti-européennes) n’était pas de nature à le motiver.

    Jean Quatremer a une autre lecture des chiffres de l’abstention. Pas d’un philosophe, certes, mais d’un journaliste baignant dans la politique et l’Europe. Or je ne crois pas que l’abstention soit un phénomène tel qu’elle relève de la philosophie.

    http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2009/06/europ%C3%A9ennes-de-quelques-id%C3%A9es-re%C3%A7ues-sur-labstention.html

    Commentaire par Eolas — 10/06/2009 @ 14:39

  9. @Eolas : aïe, nous avons touché ici au sacro-saint terrain de l’Europe, il fallait s’attendre à ce que vous interveniez mon Cher Maître. Je ne répondrais pas à la place de Philarête, bien mieux armé que moi sur ce point, je conteste néanmoins un point de votre argumentation : je ne crois pas qu’un quelconque sujet puisse échapper à l’analyse d’un philosophe et je regrette même qu’on les entende si peu. J’ajoute que je trouve intéressante son analyse de l’identité européenne (ou plutôt de son absence).Il faut bien chercher à comprendre l’abstention, et pour ce faire, avancer des idées. Dès lors, à tout prendre, je préfère les analyses d’un philosophe nourries de sérieuses références aux idées toutes faites de certains de mes confrères alimentées par quelques politologues auto-proclamés.

    Commentaire par laplumedaliocha — 10/06/2009 @ 15:13

  10. @eoals suite : quand je parle de mes confrères, je ne vise évidemment pas Jean Quatremer dont j’admire l’excellent travail.

    Commentaire par laplumedaliocha — 10/06/2009 @ 15:14

  11. Désolé Maître Eolas, entre l’énumération fastidieuse de chiffres de participation de Monsieur Quatremer, et la prose de Philarêtre, je sais où va ma préférence… Faire parler ceux qui ne parlent pas est certes risqué, mais aux chiffres, on peut tout autant faire dire ce que l’on veut!

    Commentaire par Maraudeur — 10/06/2009 @ 15:58

  12. @ Philarête et Aliocha :

    Je lisais (quelque part (désolé de l’imprécision de la référence, mais je cite de mémoire et c’était au moment du référendum sur la constitution) que si l’Europe n’avait pas de réelle identité c’est qu’il lui manquait une « fiction fondatrice » forte, comme la Déclaration des droits de l’homme fut celle de la République, la constitution de 1958 celle de la Vème, et comme la constitution aurait pu être celle de l’Union européenne.

    J’ai aussi vu la chronique historique de l’émission « La matinale » du 9 juin sur canal plus (très bonne émission pour le café du matin) qui rappelait également que la construction européenne a toujours été le fait de petits groupes de gens convaincus et motivés qui ont réussi à avancer contre les opinions (dernier exemple en date l’euro, je ne me souviens plus des exemples précédents) et que sans eux, nous n’en serions pas là où nous sommes actuellement (en bien ou en mal selon le point de vue). Voir là : http://www.canalplus.fr/pid2207.htm rubrique « l’histoire éclaire l’actu : L’idée européenne », partie 3 vers 17’15 ». Avec des vrais morceaux d’une déclaration visionnaire de Victor Hugo en 1848 dedans.

    Commentaire par gwynplaine — 10/06/2009 @ 16:50

  13. @ Aliocha : Permettez-moi de réfuter le terme de sacro-saint, car il est caricatural, et +vous+ l’utilisez pour caractériser +ma+ position, ce qui est une raillerie et non une argumentation. Je ne cache pas mon indéfectible enthousiasme pour la construction européenne. Prise comme un tout, en bloc depuis 1957 s’entend. Comment des nations qui se sont menées trois guerres terribles ont six ans plus tard décider de faire le plus grand bras d’honneur à l’Histoire qui se soit jamais vu en se jetant dans les bras les uns des autres. Ce qui en fait à mes yeux le plus grand projet politique du XXe siècle (les États-Unis étant celui du XIXe siècle, selon moi). Mon enthousiasme n’a rien de religieux, car je peux l’expliquer et je l’ai déjà longuement fait en son temps [ http://publiusleuropeen.typepad.com/publius/2005/05/les_raisons_de__2.html ] (et je ne retire pas un iota à cet article quatre ans plus tard). Je vous invite donc à le lire, vous verrez qu’il n’y a rien de mystique ou de religieux dans mon enthousiasme qui repose sur un solide socle rationnel. Contestez mon point de vue autant que vous le voudrez, je suis prêt à le défendre. Mais ce genre de railleries sur mon attachement qui serait mystico-religieux, laissons les pour les plateaux d’Arlette Chabot.

    Quant à mon propos initial, je le maintiens aussi. Faire parler les muets est travail d’haruspice ou de Messie, pas de philosophe. En ce sens, je vous rejoins : un philosophe est aussi incompétent qu’un commentateur politique.

    Mieux vaut écouter ceux qui parlent. Et ceux là ont voté à 70% pour des partis pro-européens. Les autres se partagent les 30% qui restent, leur incompatibilité fondamentale faisant le reste : quasiment pas d’élus. Sachant que l’électorat des ces partis est motivé et discipliné, donc ne s’abstient pas sauf cas de force majeure, la faible participation gonfle artificiellement leur pourcentage. Je comprends que les nostalgiques des dimanches à la maison devant la télé, fût-ce au nom de Platon, aiment à penser que ces 60% de Français qui n’ont pas voté sont en fait avec eux, voire pensent tous comme eux. La tentation du plébiscite n’est pas l’apanage des Bonaparte. Il demeure, je me garderai de les revendiquer et contesterai à quiconque le droit de le faire (et au premier chef ceux qui se sont abstenus eux-même).

    Ajoutons que ces résultats se retrouvent au niveau européen : Declan Ganley, le fondateur de Libertas, est battu en Irlande, lui qui était le leader de la campagne pour le Non à Lisbonne il y a même pas un an.

    Moi, je trouve que les Européens, ils ont plutôt envie d’aller au musée le dimanche. Ils ne sautent pas de joie, hélas, mais c’est plutôt parce que papa et maman se disputent tout le temps en route. Parce qu’ils savent qu’à la télé, il n’y a que des rediffusions de la Grande Vadrouille et que depuis le temps, ça les soûle.

    Commentaire par Eolas — 10/06/2009 @ 16:55

  14. @ Eolas

    Vous avez parfaitement raison de rappeler que l’analyse des sondages ou des scrutins électoraux ne relève pas de la philosophie. Je ne prétends pas toujours, je crois, parler en philosophe, pas plus, par exemple, que je ne vote en philosophe: je le fais en citoyen, et tâche autant que possible de me garder de ce fantasme professionnel consistant à prétendre que tous les faits et pensées d’un philosophe devraient découler de la philosophie.

    Dans ma petite considération sur l’abstention, je me suis contenté d’articuler un fait difficilement contestable (le faible intérêt des Français pour ce scrutin) et une question d’ordre plus général, que Jean Quatremer enregistre à sa manière en parlant de « déficit démocratique ». Je m’explique ce déficit par le lien qui existe, à mes yeux, entre le régime démocratique et la forme nationale — c’est sur ce point, je crois, que la discussion doit s’engager entre les europhiles et les eurosceptiques. Quatremer est cohérent lorsqu’il estime que l’Union doit évoluer vers l’Etat fédéral: cela veut simplement dire qu’il concède le lien entre démocratie et nation, et espère voir naître une nation européenne. Mon billet donne mes raisons d’estimer cet espoir sinon vain, du moins très prématuré. Nous sommes donc dans la situation, historiquement assez inédite, d’une organisation « démocratique » (ou prétendant l’être) de l’Union qui précède l’avènement d’une forme quelconque d’unité nationale: singulier décrochage dont on s’efforce de conjurer les effets en faisant comme si tout allait bien et qu’inéluctablement une «conscience européenne» dût finir par naître des urnes.

    Pour autant, j’espère ne pas me rendre coupable du crime (sans existence pénale — mais c’est heureux, les prisons sont déjà assez pleines comme ça) de viol d’une loi métaphysique. L’abstention, en tant qu’elle relève de la catégorie générale de l’omission (s’abstenir de faire ou de dire) est souvent fort éloquente et entraîne bien des conséquences. À ce titre, elle peut souvent être analysée comme un acte effectif: ainsi le fait de s’abstenir de porter secours à un noyé ou un suicidaire constitue-t-il souvent un fait de non assistance à personne en danger. L’abstention est imputable comme un fait dès lors que la personne pouvait agir et devait le faire: il serait bien curieux qu’on objectât une «loi métaphysique» interdisant de juger comme un fait une absence de faire.

    De la même façon, sans prétendre sonder les reins, les cœurs, ni les rapports des citadins avec leurs maisons de campagne, je me permets de considérer l’absence de participation à un scrutin comme un manquement délibéré à un devoir (civique, mais devoir quand même). Il est souvent très sage de manquer à ses devoirs: je ne suis pas kantien, et je méfie des impératifs catégoriques. Mais dès lors que votre pote n’était pas assez motivé pour faire 800 km, que mon voisin préférait passer la journée à bricoler, et que quelques autres millions de Français avaient mieux à faire que d’aller voter dimanche, je ne crois pas jouer les cartomanciennes en concluant qu’ils s’intéressaient à d’autres choses et que, dans l’ordre de leurs priorités, l’Europe occupe une place assez modeste. S’abstenir est un choix, qui peut avoir toutes sortes de bonnes raisons. Mais il y aurait quelque paradoxe à prétendre que, parmi ces bonnes raisons, puissent figurer l’enthousiasme pour la construction européenne et la conscience d’avoir son mot à dire sur la composition du Parlement de Strasbourg.

    Commentaire par Philarete — 10/06/2009 @ 17:10

  15. Je signale en passant que je n’ai pas parlé de Platon (qui n’est pas une référence en matière de démocratie). Par ailleurs, je partage avec Eolas la conviction que ceux qui se taisent n’ont pas le droit de se plaindre, et qu’en démocratie il faut voter, que le vote blanc ou nul n’est pas une option, et même que la réconciliation franco-allemande est un des événements majeurs du XXe siècle.

    Ça ne m’empêche pas de continuer à m’interroger sur ce vaste silence d’une majorité de l’électorat, et d’y voir le symptôme d’un gros déficit démocratique. Je ne m’en réjouis pas spécialement, mais nier le fait me paraît difficile. Une démocratie aussi solide que les Etats-Unis peut se passer d’un fort taux de participation électorale, parce que la participation à la vie civique s’y exprime d’une foule d’autres manières autrement puissantes, et sur fond d’un patriotisme généralisé et sans complexe. Ce n’est pas le cas dans l’Europe comme telle, en tous cas pas « chez nous ».

    Pour être constructif, j’ajoute une réflexion. En France, le patriotisme républicain a été fort dans les moments où il existait le sentiment que la France était porteuse de valeurs universelles. On a dit un jour que le Français se sentait d’abord homme, et ensuite français (par contraste avec l’Allemand, pour qui l’appartenance à l’humanité était « médiatisée » par l’appartenance à l’Allemagne). Quoi que vaille cette idée, elle me semble significative. Aujourd’hui, la place de l’Europe dans le monde semble devoir être celle que la France occupait dans la conscience nationale il y a encore un gros demi siècle: l’Europe a un titre à parler au nom de valeurs universelles. C’est sur cela, je crois, que pourrait s’enraciner un sentiment européen commun.

    Mais précisément, c’est peut-être pour les Français que ce « transfert » est le plus dur à avaler, et qu’il a du mal à prendre. Le fait que les instances européennes donnent souvent le spectacle des compromis et des cotes mal taillées, que certains Etats y ont un poids suffisant pour interdire certaines décisions importantes, tout cela, hélas!, ne fait que renforcer le scepticisme. Mais, plus fondamentalement, ce qui rend sceptique est justement la difficulté que l’Europe, à travers quelque instance que ce soit, éprouve à parler d’une seule voix sur la scène internationale. Or c’est sur ce plan-là qu’elle peut acquérir dans la conscience commune une forme d’unité — lorsque « nous » saurons nous faire entendre des autres, ceux qui ne sont pas d’Europe.

    Commentaire par Philarete — 10/06/2009 @ 18:02

  16. @Eolas : Nulle raillerie dans mon propos mais simplement l’humour que je cultive à dessein ici pour maintenir une ambiance aussi légère que cordiale. Cela évite bien souvent que les discussions ne tournent au pugilat. Contrairement à vous, je n’aime pas le rugby, pas plus que je n’apprécie les placages dans la boue à l’occasion d’un débat, excepté dans les cas fort rares où ils sont mérités. Ne prenez donc pas pour une attaque ce qui n’était qu’un clin d’oeil complice, nous ne sommes pas dans un prétoire et je ne suis pas votre adversaire.

    Pour le reste, je maintiens l’intérêt que j’ai pris à lire le billet de Philarête. Le travail de Jean Quatremer est parfaitement remarquable, mais je ne vois pas en quoi il épuiserait à lui seul le sujet et interdirait à quiconque d’aller chercher chez les anciens de quoi éclairer nos interrogations contemporaines. Les journalistes livrent des faits éventuellement enrichis d’analyse pour qu’ensuite puisse avoir lieu le débat public. Et le débat public, que je sache, est ouvert à tous. Il est très sain que nous tentions de comprendre le phénomène de l’abstention et plus sain encore que des intelligences éclairées fassent émerger des pistes de réflexion. Que vous jugiez l’analyse de Philarête discutable, soit, toutes les analyses méritent d’être débattues, mais que vous lui opposiez une fin de non-recevoir de principe, parce qu’il est philosophe et parce qu’il s’interroge sur un phénomène d’abstention qui vous semble inexplicable sauf à sombrer dans la psychologie de bazar, il y a un pas que personnellement je me garderais de franchir par simple respect démocratique pour la liberté d’expression.J’ai moi-même écrit dans ce billet que je n’adhérais pas aux psychanalyses collectives qui suivent invariablement les votes et relèvent souvent plus de l’extrapolation à partir d’un cas personnel, ou pire d’une vision condescendante des électeurs cultivée par une pseudo-élite, que d’un vrai travail d’analyse et de réflexion. Philarête est à mille lieux de cela, il n’interprète pas la psychologie des électeurs, il met en exergue une problématique politique : existe-t-il un lien nécessaire entre nation et démocratie, lien dont l’absence ou la faiblesse expliquerait du coup la faible participation aux élections européennes. Je trouve que c’est une sacrée bonne question.

    Et c’est une européenne convaincue qui vous le dit. Une européenne qui ne cesse de se demander pourquoi un si beau projet – et si nécessaire aussi – peine à ce point à conquérir les citoyens.

    Commentaire par laplumedaliocha — 10/06/2009 @ 18:07

  17. Je prends au hasard « Ça ne m’empêche pas de continuer à m’interroger sur ce vaste silence d’une majorité de l’électorat, et d’y voir le symptôme d’un gros déficit démocratique » pour rebondir : il faudrait faire payer le vote. Avec des tarifs différents, économique, affaires, luxe en fonction de la liste choisie (voire de la qualité du papier du bulletin). Un peu de réclame : un enfant trouve son père has-been parce qu’il ne vote pas Europe Ecologie. Le père y consent. La famille est réunie, souriante et heureuse. Ou bien : Monsieur a des pellicules. Son meilleur ami lui conseille l’UMP. Il vote. Les femmes se pressent contre lui. Bien sûr, les plus pauvres seraient envieux de ces riches qui s’affichent avec leurs bulletins UMP ou PS. Ils en voudraient eux aussi, même s’ils ont déjà des NPA ou des Front de gauche, voire des FN (ou même des UMP et PS, pourquoi pas). Impossible que ça ne marche pas, ce truc.

    Commentaire par david — 10/06/2009 @ 18:35

  18. Dire que voter est démocratique n’a aucune chance de réussite. Le message « Se rendre aux urnes, c’est consommer de l’élection » a de bien meilleures chances de succès (d’autant qu’avec la machine électronique, c’est écologique). C’est un mage qui vous le dit.

    Commentaire par david — 10/06/2009 @ 18:38

  19. À tous : une urgence m’appelle du côté de la rue Montpensier, mais je reviens disputer avec vous dès que possible.

    Aliocha : on ne bouge pas, de toutes façons, il pleut… 😉

    Commentaire par Eolas — 10/06/2009 @ 19:23

  20. Ah? Et pourquoi, Aliocha, la construction européenne serait aussi nécessaire que cela? Et pourquoi cela serait un beau projet?

    Si on analyse la chose sous l’angle des nécessités, on ne trouve que des motifs d’ordre stratégiques, dont on s’accorde en général à penser qu’ils n’ont que peu à voir avec le concept du beau.

    Le beau, c’est ce qu’il y a derrière nous. Devant nous il n’y a que des problèmes assez arides d’organisation institutionnelle et de choix stratégiques.

    Tenez par exemple, un des trucs qui peut le plus surement flinguer la construction européenne est ce qu’on appelle le « découplage » franco allemand.

    En clair, en Europe les Allemands sont les meilleurs et les plus forts. Pour contrebalancer leur puissance et réduire leur velléités d’aventurisme solitaire, ou de domination continentale par le biais d’une Mitteleuropa germanophone, on a inventé le concept de « couple franco allemand ».

    Ce concept reposait notamment sur un projet économique qui se concrétisait plus ou moins selon les époques et qui consistait à faire de l’Allemagne notre premier fournisseur à l’import et notre premier client à l’export, et réciproquement, de telle sorte que les deux économies nouent des liens de complémentarités, façon airbus A 380.

    Depuis la fin des années 90, cette réalité économique – si tant est qu’elle en fut une un jour – n’existe purement et simplement plus.

    Reste l’euro, monnaie commune, comme garant de la pérennité du couple, avec tous les inconvénients que cela comporte pour une économie comme celle de la France, en termes d’avantages comparatifs avec celle de l’Allemagne.

    Dans ce tout petit ensemble de problèmes stratégiques, que j’ébauche sommairement, où voyez vous la beauté? Où voyez-vous la part de rêve? Où voyez-vous qu’on puisse conquérir le cœur de nos concitoyens, alors qu’il n’est absolument plus question d’utiliser l’Europe comme « levier d’Archimède de la France », comme le souhaitaient assez égoïstement les gaullistes?

    Pour un Français, la construction européenne d’aujourd’hui, c’est la « contrainte extérieure » des années 80. Le truc anxiogène au possible.

    Je veux bien que vous ayez des interrogations sur la faiblesse de l’enthousiasme pro européen des Français, mais franchement, faudrait être bigle pour ne pas voir que toute sorte de raisons s’accumulent. Et je n’en ai donné qu’un minuscule échantillon.

    Commentaire par tschok — 10/06/2009 @ 19:38

  21. @ Philarête,

    L’abstention est aussi bien un geste politique (et juridique), qui peut être à l’occasion savamment calculé (dans certains systèmes de vote, l’abstention peut modifier le calcul de la majorité ou les seuils d’éligibilité)qu’un comportement relevant du plus parfait je m’en foutisme.

    En disant à peu près cela, si je vous suis bien, vous n’écorchez aucune loi.

    Mais il ne faut pas perdre de vue que des élections sont souvent suivies par des sondages (et pas seulement précédées) et que les électeurs, votants ou non, sont interrogés sur leurs motivations.

    Avec le temps, les instituts de sondage disposent d’une base de données qui leur permet de profiler les différents types d’abstention et de pondérer leur incidence lors d’une élection, avec plus ou moins de précision et plus ou moins d’arrières pensées.

    Donc, l’abstention parle. Mais paradoxalement, après l’élection: L’abstention, c’est le troisième tour d’une élection à deux tour ou le deuxième tour d’une élection à un tour. C’est ça l’enjeu de l’abstention.

    Côté légitimité et déficit démocratique, la règle est simple: l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt le dimanche pour aller voter. Il suffit que ces votes soient suffisamment nombreux pour dégager un résultat pour que, par définition, le vote soit légitime.

    Mais vous me direz que l’existence de cette règle ne résout pas la question du « déficit démocratique » (entendu dans le sens où il existerait un lien entre « déficit démocratique » et participation électorale). Elle ne résout effectivement que la question de la légitimité.

    En fait, ce qu’il faut comprendre c’est qu’une démocratie peut continuer à fonctionner normalement alors qu’elle est en situation de « déficit démocratique », ce qui sous entend qu’une participation maximale du peuple aux actes de la vie politique est sans doute désirable sur le terrain de l’idéal, mais pas indispensable dans les faits.

    Quand on y réfléchit posément, cette aptitude à fonctionner normalement en situation « déficitaire » est une qualité qui favorise la survie du système démocratique.

    C’est un peu comme si une démocratie était un animal marin capable de plonger en apnée et se passer d’oxygène pendant un certain temps.

    Ce qui fait alors la différence entre la vraie situation de crise et la simple péripétie, c’est le temps que ça dure et le sens de la courbe: si, sur une longue durée l’abstention augmente de plus en plus jusqu’à atteindre un niveau élevée, alors là oui, on est dans la merde.

    Sinon, on a de la marge et on peut attendre jusqu’aux prochaines élections pour se re-poser le problème.

    Si vous regardez les chiffres vous verrez qu’en gros côté élections européennes, on est dans la merde. Côté élections nationales, on a de la marge.

    Maintenant, il semble que le déficit démocratique dont vous parlez a l’air d’être aussi autre chose qu’en lien avec l’abstention. Là dessus, j’irai lire votre post, pour bien comprendre.

    Commentaire par tschok — 10/06/2009 @ 20:17

  22. Bonsoir Aliocha,

    Vu le sujet de votre billet, je suis surprise que personne n’ait encore cité l’émouvant Éducation Européenne, de R. Gary. Son premier roman, me semble t-il, écrit entre deux missions au-dessus de l’Allemagne, et qui raconte « l’éducation européenne » reçue par un jeune partisan polonais pendant la seconde guerre mondiale. Une éducation européenne qui renvoie aussi bien à celle donnée par cathédrales les plus anciennes, les universités les plus célèbres, les librairies les plus prestigieuses, que celle qui vous apprend à « trouver le courage et de bonnes raisons, bien valables, bien propres, pour tuer un homme qui ne vous a rien fait ».

    Si ça peut vous inciter à le lire, je ne vous le conseille pas…

    Aliocha : je l’ai lu, mais je ne l’ai pas aimé. Il y a des moments où je ne suis plus Gary, des romans dans lesquels je ne parviens pas à entrer.

    Commentaire par Fantômette — 10/06/2009 @ 22:04

  23. @Eolas

    A 70% les gens ont voté aux Européennes pour des partis pro-européens! Mon oeil!

    La liste Europe-Ecologie emmenée par Cohn-Bendit n’a fait ce score que parce, justement, figuraient sur l’affiche des personnalités non affiliées aux Verts (Eva Joly) ou « nonistes » (Bové, entre autres).

    On peut dire d’ailleurs la même chose des listes socialites où figuraient d’anciens « nonistes ».

    Les gens réticents vis-à-vis de l’Europe réelle ne peuvent donc se réduire à ceux qui ont voté pour des partis clairement anti-européens.

    Commentaire par didier specq — 10/06/2009 @ 23:12

  24. Vaste sujet que l’Europe, ey j’ai eu plaisir à lire les derniers commentaires sous ce billet.

    Quand FANTOMETTE évoque les cathédrales, j’ai immédiatement pensé à l’un des premiers empereurs « européen », le Grand Charles (non, pas De Gaulle, celui qui a été couronné en l’an 800). Comme quoi il y a toujours eu plusieurs façon d’aborder la construction de l’Europe …

    Comme EOLAS, je suis un Europeéen à tendance fédéraliste.

    Mais comme PHILARETE, et sans doute TSCHOK, je m’interroge sur la difficulté de dégager, au niveau des (du ?) peuple européen, autre chose qu’un vague « sentiment » d’appartenance.
    Contrairement à d’autres états fédéraux, nous avons le désavantage de ne pas avoir une langue commune.
    Certains y verront une richesse, mais avouez que c’est tout de même un handicap fort pour « parler d’une même voix », « au nom de valeurs universelles ».

    Mais je terminerai en rebondissant sur une info très peu commentée en France (dans les grands médi en tout cas), et qu’EOLAS m’a apprise ici: la défaite de Libertas en Irlande.
    Irlande qui a dernièrement fait « capoter » l’adoption du dernier projet de Traité, aurait des remords en cette période de crise qui la frappe de plein fouet ?

    Commentaire par Yves D — 11/06/2009 @ 00:20

  25. @didier specq

    Bové était partisan du non, mais a évolué. (il n’y a que les …)

    http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2008/12/jos-bov-et-les.html

    @Aliocha & @Eolas : Get a room 🙂

    Commentaire par fx — 11/06/2009 @ 08:01

  26. « De l’art de prendre les électeurs pour des imbéciles qui voteraient aux européennes comme à la Star Ac’, sous le coup de l’émotion »

    C’est pourtant la raison pour laquelle certains mettent sur le tapis des « faits divers » afin de pousser une politique sécuritaire?

    Aliocha : bien malin celui qui parviendrait à démontrer l’efficacité de ce genre de manipulation. Les juristes, comme les économistes, savent bien qu’il faut se garder de voir des liens de causalité partout 😉 Ce n’est pas parce que les ventes de cartables augmentent en automne et que l’automne est aussi la saison des feuilles mortes qu’il y a un rapport entre les deux événéments.

    Commentaire par DM — 11/06/2009 @ 09:07

  27. @ tschok et philarête,

    La question de la légitimité est devenue une question récurrente dans le débat publique, mais souffre souvent de n’être pas abordée très rigoureusement.

    La seule légitimité qui semble ne souffrir aucune contestation aujourd’hui est celle qui émane de l’expression directe du corps électoral dans son entier – ou du moins dans une proportion qui se rapproche le plus possible de son entier – d’où les interrogations sans fin sur le problème posé par l’expression partiellement muette d’un corps électoral frappé d’abstentionnisme.

    La légitimité des élus et des membres de l’exécutif est sujette à caution – ce qui découle de la façon dont s’est par exemple déroulée l’histoire du TCE. Le TCE était un compromis, élaboré, rédigé et approuvé par des représentants des Etats, théoriquement légitimes à les représenter. Mais, que penser de cette légitimité (qui leur est normalement accordé par leurs Droits constitutionnels respectifs), dès lors que le référendum la leur a, en quelque sorte, rétroactivement retiré ?

    Paradoxalement, alors même que certaines autorités classiquement légitimes à parler au nom de leurs électeurs, administrés, etc voient cette légitimité rongée peu à peu, d’autres intervenants sont invités (ou s’invitent) dans le débat public sans que la question de leur légitimité à y intervenir ne soit clairement abordée. C’est le cas, me semble t-il, des partis politiques. Mais aussi des syndicats, des associations (reconnues d’utilité publique ou non), des ONG, des experts.

    Je ne suis évidemment pas en train de leur contester le droit de s’exprimer. Ni même, d’ailleurs (ce qui va plus loin que le simple exercice de leur liberté d’expression) le pouvoir d’influencer, ou disons, pour utiliser un terme un peu moins connoté, d’inspirer le législateur.

    Mais je suis régulièrement frappée par ce double mouvement symétrique – retirer de la légitimité à certains, en attribuer à d’autres – sans que la question des raisons de ces marques de confiance ou de défiance ne soient explicitées, ou même simplement mises sur le tapis.

    Commentaire par Fantômette — 12/06/2009 @ 10:14

  28. Je concède volontiers tout cela.

    Ce que vous dites me semble très pertinent pour la politique intérieure: nous tendons à considérer que la légitimité obtenue par l’exécutif ou le parlement vaut, en quelque sorte, sous conditions — tant qu’elle n’est pas virtuellement invalidée par la protestation plus ou moins massive d’une partie des citoyens. Un gouvernement est élu pour mettre en œuvre une politique, mais sa légitimité sera battue en brèche, on dirait, si des manifestations suffisamment considérables surviennent, ou que des experts «éclairés» font savoir qu’ils ne sont pas d’accord.

    Pour le processus européen, c’est tout de même un peu différent. L’exemple du Traité constitutionnel européen, que vous prenez, est instructif. Après tout, le gouvernement n’était pas obligé de le soumettre au référendum… S’il l’a fait, pourtant, c’est qu’il sentait bien, je crois, que cette étape significative devait recevoir l’onction du suffrage universel. Le TCE entrait parfaitement dans le cadre des questions pouvant être soumises au référendum et, en un sens, «devant» l’être dans la logique de nos institutions. Depuis la courte victoire du «oui» pour le traité de Maastricht, plusieurs étapes importantes avaient été franchies, plusieurs traités conclus (Nice & C°), entre gouvernements légitimes. Il était logique qu’avec les années, une nouvelle sanction populaire soit apportée au processus. C’est un peu l’équivalent de l’élection présidentielle chez nous: comment admettre un rythme de 5 ans pour la présidence, et garder les questions européennes «sérieuses» à l’abri du suffrage universel? Les élections au Parlement européen ne jouent pas ce rôle, vu les attributions réduites du Parlement. Donc le TCE s’imposait comme un bon choix. Avec cette différence, je crois, qu’une seule réponse (le oui) était vraiment possible — puisqu’il est entendu par tout le monde que le processus ne va tout de même pas s’arrêter sous prétexte qu’une fraction minoritaire des pays membres refuse de cautionner la marche des choses.

    Ce qui nous renvoie derechef à la faiblesse du «nous» européen: dès lors que la majorité du peuple français est en minorité au niveau européen (j’admets, par hypothèse, que le TCE était accepté par la majorité des pays membres — ce n’est évidemment qu’une hypothèse), il faut choisir entre le «nous» national et le «nous» européen…

    Commentaire par Philarete — 14/06/2009 @ 18:08

  29. […] ce joli texte de Gary extrait de “L’affaire homme” que m’a  recommandé gwynplaine sous un billet précédent. De quoi peut-être prolonger notre discussion sur l’écologie, au […]

    Ping par A propos de l’homme et des éléphants « La Plume d’Aliocha — 17/06/2009 @ 17:31


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